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Proposition de orpus autour de l analyse d un extrait de captation. La figure de l ange, entre ombre et lumière.

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Texte intégral

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Proposition de orpus autour de l’analyse d’un extrait de captation Claudel, Le Soulier de Satin, 1929.

La figure de l’ange, entre ombre et lumière.

DOCUMENTS

Captation - Paul Claudel, Le soulier de satin, mise en scène d’Antoine Vitez, Théâtre National

de Chaillot, enregistré au théâtre national de Belgique en 1988, INA ,2020

- scène XII, première journée

- Comédiens : Doña Prouhèze : Ludmilla Michael, L’ange gardien : Aurélien Recoing

Document 1 - Paul Claudel, Le soulier de Satin, « Introduction », édition Gallimard 1929.

Document 2 - Le soulier de satin, Paul Claudel, scène XII, première journée.

Mise en scène Olivier Py, créée le 12 mars 2003 au CDN/Orléans-Loiret-Centre- scénographie et costumes : Pierre-André Weitz- lumières : Olivier Py et Bertrand Killy

Document 3 - Entendre le théâtre, Mettre en scène et en voix Le soulier de satin, par Pascal

Léocrat, BNF, http://classes.bnf.fr/echo/claudel/#partie3.

Document 4 - Dominique Bruguière, Penser la lumière, Le Temps du Théâtre, acte sud-

papier, septembre 2017.

Document 6 - Wim Wenders, Les ailes du désir, 1987, Crédits : Tamasa

(Ce dossier comporte 9 pages)

Texte de la captation -

Doña Prouhèze mariée à Don Pélage a finalement décidé de rejoindre l’homme qu’elle aime : Rodrigue

SCÈNE XII. L’ANGE GARDIEN, DOÑA PROUHÈZE.

Le ravin profond qui entoure l’auberge, plein de ronces, de lianes et d’arbustes entremêlés.

Sur le bord se tient l’Ange Gardien en costume de l’époque avec la fraise et l’épée au côté.

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L’ANGE GARDIEN

Regardez-la qui se démène au milieu des épines et des lianes entremêlées, glissant, rampant, se rattrapant, des ongles et des genoux essayant de gravir cette pente abrupte! et ce qu’il y a dans ce coeur désespéré!

Qui prétend que les Anges ne peuvent pas pleurer ?

Est-ce que je ne suis pas une créature comme elle ? est-ce que les créatures de Dieu ne sont rattachées par aucun lien?

Ce qu’ils appellent la souffrance, est-ce que cela se passe

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dans un monde à part et de tout le reste exclu! est-ce qu’elle échappe à notre vision? est-ce qu’elle est une chose agréable à contenir pour cet être qui embrasse son objet?

Est-ce qu’elle est étrangère à cet amour et à cette justice

dont nous sommes les ministres? À quoi servirait-il d’être un Ange Gardien si nous ne la comprenions pas ?

Qui pleinement voit le bien, celui-là seul pleinement comprend ce qu’est le mal. Eux ne savent ce qu’ils font.

— Et moi, est-ce que j’aurais été choisi pour la garder sans une secrète parenté avec elle?

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— Enfin ! elle est tout de même venue à bout de ces ronces et de ces épines charitables qui voulaient la retenir. La voici qui apparaît sur le rebord du fossé.

(Prouhèze sort du fossé. Elle est en vêtements d’homme, tout déchirés, les mains et la figure meurtries.)

Oui, tu es belle, ma pauvre enfant, avec ces cheveux défaits, dans ce costume indécent,

Ces joues couvertes de terre et de sang, et ce regard dans tes

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yeux qui me fait mal de résolution et de folie!

Ah ! tu me fais honneur et j’ai plaisir à montrer ainsi ma

pauvre petite sœur. Si seulement il n’y avait personne pour nous voir !

DOÑA PROUHÈZE, regardant autour d’elle comme éperdue.

Je suis seule ! L’ANGE GARDIEN

Elle dit qu’elle est seule !

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DOÑA PROUHÈZE Je suis libre!

L’ANGE GARDIEN Hélas !

DOÑA PROUHÈZE Rien ne m’a retenue.

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L’ANGE GARDIEN

Nous ne voulions d’autre prison pour toi que l’honneur.

DOÑA PROUHÈZE

Il fallait mieux me garder. J’ai été loyale. J’ai donné avertissement à Don Balthazar.

L’ANGE GARDIEN

Il va payer ta fuite de sa vie.

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DOÑA PROUHÈZE Rodrigue va mourir !

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L’ANGE GARDIEN

Il est encore temps de perdre son âme.

DOÑA PROUHÈZE Rodrigue va mourir ! L’ANGE GARDIEN

80

Il vit.

DOÑA PROUHÈZE

Il vit ! quelqu’un me dit qu’il vit encore ! Il est encore temps que je l’empêche de mourir avec mon visage!

L’ANGE GARDIEN

Ce n’est point l’amour de Prouhèze qui l’empêchera de mourir.

DOÑA PROUHÈZE

90

Du moins je puis mourir avec lui.

L’ANGE GARDIEN

Écoutez avec quelle horrible facilité elle parle de déposer cette âme qui ne lui appartient pas et qu’il a coûté tant de peine à faire et à racheter.

DOÑA PROUHÈZE

Il n’y a que Rodrigue au monde.

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L’ANGE GARDIEN

Essaye donc de le rejoindre.

Elle tombe sur le sol comme défaillante.

DOÑA PROUHÈZE, haletante.

Ah ! l’effort a été trop grand ! Je meurs ! Ah ! j’ai cru que je ne réussirais jamais à sortir de cet horrible fossé!

L’ANGE GARDIEN. Il lui pose le pied sur le coeur.

Il me serait facile de te maintenir ici si je le voulais.

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DOÑA PROUHÈZE, à voix basse.

Rodrigue m’appelle.

L’ANGE GARDIEN

Porte-lui donc ce coeur où mon pied s’est posé.

DOÑA PROUHÈZE, de même.

Il le faut !

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L’ANGE GARDIEN. Il ôte son pied.

Vois où tu vas m’amener.

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DOÑA PROUHÈZE, à voix basse.

Debout Prouhèze ! Elle se lève en chancelant.

L’ANGE GARDIEN Je regarde Dieu.

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DOÑA PROUHÈZE Rodrigue ! L’ANGE GARDIEN

Hélas ! j’entends une autre voix dans le feu qui dit : Prouhèze ! DOÑA PROUHÈZE

Ah ! Que le chemin est long jusqu’au buisson là-bas !

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L’ANGE GARDIEN

Il était plus long encore jusqu’au Calvaire ! DOÑA PROUHÈZE

Rodrigue, je suis à toi ! L’ANGE GARDIEN

Tu es à lui ? C’est toi qui le rempliras avec ton corps d’excommuniée ?

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DOÑA PROUHÈZE

Je sais que je suis un trésor pour lui.

L’ANGE GARDIEN

On ne lui ôtera pas cette idée de sa petite tête stupide.

DOÑA PROUHÈZE, faisant un pas.

En marche !

L’ANGE GARDIEN, faisant un pas de son côté.

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En marche !

DOÑA PROUHÈZE, faisant quelques pas en chancelant.

Rodrigue, je suis à toi ! Tu vois que j’ai rompu ce lien si Dur !

Rodrigue, je suis à toi ! Rodrigue, je vais à toi ! L’ANGE GARDIEN

Et moi, je t’accompagne.

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Ils sortent.

SCÈNE XIII. DON BALTHAZAR, L’ALFÉRÈS

L’auberge. Dans un coin le porche fortifié avec une lourde porte garnie de clous et de verrous et fermée de barres de fer. Au fond de la scène, encadrée par des pins, la ligne de la mer. Le soir.

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DON BALTHAZAR

C’est entendu. Dès que ces canailles attaqueront, ordre à tous de rallier aussitôt et de garnir les tambours et chemins couverts que j’ai fait préparer des deux côtés de la porte. Et défense absolue de tirer avant que j’aie levé mon chapeau

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L’ALFÉRÈS

Laisserai-je pas quelques sentinelles du côté du ravin ?

Paul Claudel, Le soulier de satin, scène XII et début de la scène XIII, première journée,

édition Gallimard 1929.

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DOCUMENT 1 – Introduction au Soulier de satin et à la première journée.

…. Comme après tout il n’y a pas d’impossibilité complète que la pièce soit jouée un jour ou l’autre, d’ici dix ou vingt ans, totalement ou en partie, autant commencer par ces quelques directions scéniques. Il est essentiel que les tableaux se suivent sans la moindre interruption. Dans le fond la toile la plus légèrement barbouillée, ou aucune, suffit. Les machinistes feront les quelques aménagements nécessaires sous les yeux mêmes du public pendant que l’action suit son cours. Au besoin rien n’empêchera les artistes de donner un coup de main. Les acteurs de chaque scène apparaîtront avant que ceux de la scène précédente aient fini de parler et se livreront aussitôt entre eux à leur petit travail préparatoire. Les indications de scène, quand on y pensera et que cela ne gênera pas le mouvement, seront ou bien affichées ou lues par le régisseur ou les acteurs eux-mêmes qui tireront de leur poche ou se passeront de l’un à l’autre les papiers nécessaires. S’ils se trompent, ça ne fait rien. Un bout de

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corde qui pend, une toile de fond mal tirée et laissant apparaître un mur blanc devant lequel passe et repasse le personnel sera du meilleur effet. Il faut que tout ait l’air provisoire, en marche, bâclé, incohérent, improvisé dans l’enthousiasme ! Avec des réussites, si possible, de temps en temps, car même dans le désordre il faut éviter la monotonie.

L’ordre est le plaisir de la raison : mais le désordre est le délice de l’imagination. (…)

L’ANNONCIER, un papier à la main, tapant fortement le sol avec sa canne, annonce : LE SOULIER DE SATIN

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OU

LE PIRE N’EST PAS TOUJOURS SÛR ACTION ESPAGNOLE EN QUATRE JOURNÉES PREMIÈRE JOURNÉE

Coup bref de trompette

La scène de ce drame est le monde et plus spécialement l’Espagne à la fin du XVIème, à moins que ce ne soit le commencement du XVIIème siècle. L’auteur s’est permis de comprimer les pays et les époques, de même qu’à la distance voulue plusieurs lignes de montagnes séparées ne sont qu’un seul

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horizon.

Encore un petit coup de trompette. Coup prolongé de sifflet comme la manoeuvre d’un bateau.

Le rideau se lève.

Paul Claudel, Le soulier de Satin, « introduction », édition Gallimard 1929.

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Document 2 - Le soulier de satin, Paul Claudel, scène XII, première journée.

Mise en scène Olivier Py, créée le 12 mars 2003 au CDN/Orléans-Loiret-Centre- scénographie

et costumes : Pierre-André Weitz- lumières : Olivier Py et Bertrand Killy Jeanne Balibar est

Prouhèze ; Michel Fau : L’ange gardien

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Document 3 – Entendre le théâtre, mettre en scène et en voix Le soulier de satin, Par Pascal Léocrat, BNF, https://classes.bnf.fr/echo/claudel/#partie3.

Quelques jours avant les représentations de 1943, Claudel envoie à Barrault des conseils de diction pour Mary Marquet qui joue l’Ange gardien. Ces indications concernent la scène 8 de la troisième journée.

La même valeur alors que ces deux valeurs ne sont pas du tout les mêmes

« Au revoir, sœur chérie, dans la lumière éternelle » Grosse, grosse faute !

« Au revoir sœur chérie »

Quatre r

mais le quatrième doit céder la place pour l’expression au

ch tendre, caressant

« Dans la llumière ‘ éter’nelle »

L’élan, la fusée, l’enthousiasme est donné par l’l initial

-ère est important mais sa force est due à l

’r

répété dans l’-

tern -nelle

Demi-soupir après - mièr

e et -

éter

Sur - ter légère durée et léger aiguisement de la voix qui meurt sur - nelle.

La mélodie est très délicate portant sur une voyelle aussi pâle que le e , les 2 e ouverts de -ère et - ter n’étant pas tout à fait les mêmes.

Ce qu’il y a de bien curieux c’est que c’est la consonne qui donne le timbre de la voyelle !

Mais que Mary Marquet ne s’affole pas de ces subtilités. L’important est l’élan donné sur l’- l

de lumière

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Document 5

- Dominique Bruguière, Penser la lumière, Le temps du théâtre, acte sud-

papier, septembre 2017.

Dominique Bruguière crée de la lumière pour le théâtre depuis plus de trente ans. Elle a travaillé notamment avec Claude Régy, Patrice Chéreau, Jérôme Deschamps…

D.B - « Au commencement… » c’est en réalité de l’ombre que nait la lumière. On ne peut l’inventer sans elle. Plus elle est profonde, plus il est possible de raconter l’infini. Une infime vibration lumineuse prend sa juste valeur en jaillissant de l’obscurité. Si les mots naissent de la page blanche, la lumière, elle, a besoin de la page noire pour exister. L’ombre inquiète, mais si elle s’absente l’œil s’arrête trop facilement à la seule apparence des choses.

Cela me renvoie en effet à mes débuts avec Claude ( Régy) et au parcours que nous avons 5

mené ensemble avec, comme point de départ, un éclaboussement de lumière violent et sans nuances, celui dont il avait l’habitude avant notre rencontre, puis aux territoires obscurs et immatériels vers lesquels nous nous sommes dirigés. Ceux de La mort de Tintagiles par exemple, où les acteurs ne se percevaient que comme silhouettes sombres dessinées sur la surface étincelante d’un rideau métallique, ou ceux de Mélancholia où ils semblaient se 10

dissoudre en d’infinies vibrations dans la blancheur sans limites du décor de Daniel Jeanneteau. En partant du noir total - rare dans un théâtre - il est possible avec une fragile clarté de faire vivre tout un récit, d’en percevoir la moindre variation, le moindre tremblement.

Cette trajectoire avec Claude, dans laquelle je me suis coulée en toute autonomie et liberté, 15

est celle qui raconte le mieux ma certitude qu’avec l’ombre voire les ténèbres, nos sens s’aiguisent à l’extrême le temps de la représentation et nous ouvrent d’infinies possibilités de perceptions - intelligibles et sensibles.

Document 6 - Wim Wenders, les ailes du désir, 1987

Crédits : Tamasa

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