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LA FORMATION DES INSTITUTEURS

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Academic year: 2022

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LA FORMATION DES INSTITUTEURS

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n avril dernier, le ministre de l'Education avait présenté à la presse les nouvelles modalités de la formation des instituteurs qui doivent entrer en vigueur dès la prochaine ren- trée scolaire. L'essentiel de ce qui est prévu peut se résumer en quelques propositions. Les futurs instituteurs seront désor- mais formés en trois ans après le baccalauréat au lieu de deux actuellement. Les universités apporteront leur concours à la formation des maîtres dont les études seront sanctionnées par un diplôme d'études universitaires (DEUG), analogue à celui qui, dans toutes les facultés, de droit, d'économie, de sciences ou de lettres, sanctionne le premier cycle des études supérieures d'une durée de deux ans. L'octroi de ce D E U G permet d'entre- tenir les instituteurs dans l'espérance d'une revalorisation maté- rielle de leurs traitements. La réforme annoncée va donc au- delà d'une refonte pédagogique de la formation, même si le premier ministre a annoncé que « les aménagements de la car- rière des instituteurs » ne prendront effet qu'en 1980.

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l y a un an, le 27 octobre 1978, devant la vingtième confé- rence générale de l'UNESCO, M . Valéry Giscard d'Estaing avait proclamé bien haut en quelle estime il tient « le plus beau métier qui soit », celui d'enseignant, ajoutant qu'aux « diffi- cultés accrues » que connaissent les maîtres d'aujourd'hui doit répondre une « dignité nouvelle ». « Tous ces maîtres à qui nous allons confier les adultes de l'an 2000 ont droit à notre gratitude et à notre admiration. Ils doivent bénéficier de la part des gouvernements de toute la confiance et de tout le

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soutien nécessaires. » M . Christian Beullac n'a jamais fait mys- tère de rimportance qu'il accordait à l'amélioration de la pré- paration des enseignants à leur formation, « clé de tout ».

Cette réforme, depuis la Libération, des gouvernements très divers n'avaient pu la mener à bien et, après la tourmente de 1968, les différents ministres qui se sont succédé hésitaient à la confier aux universités.

Il est vrai que le problème n'était pas simple à régler.

Devait-on choisir entre les écoles normales, créées par Jules Ferry et dont on a dit qu'elles étaient des séminaires laïques, et les universités, à qui la loi d'orientation sur l'enseignement supérieur semblait accorder un monopole de formation ? Il fal- lait y penser : les écoles normales seront conservées et les uni- versités ne seront pas absentes dans une formation dont les aspects pratique et universitaire devront s'intégrer étroitement.

Il appartenait à Mme Saunier-Séïté de traduire en textes les principes de la réforme, de préciser cette dimension univer- sitaire de la formation des instituteurs sans lui faire perdre ni sa spécificité ni son efficience, tout en lui conservant comme cadre principal celui des écoles normales d'instituteurs. Ce choix du ministre des Universités qui a été accepté par tous a consisté à créer, à l'intérieur du D E U G (Diplôme d'études universitaires générales), qui est le diplôme de premier cycle commun à tous, les premiers cycles des grandes filières universitaires, une « men- tion » particulière pour les élèves instituteurs. Ce D E U G men- tion « enseignement du premier degré » sera délivré aux élèves instituteurs à la fin de la troisième année, avant le contrôle terminal de la formation professionnelle, elle-même sanctionnée par le certificat d'aptitude pédagogique. Afin d'éviter la juxta- position ou la superposition d'enseignements théoriques et d'acti- vités pratiques et pour obtenir une formation d'ensemble homo- gène, il sera substitué aux programmes et horaires traditionnels d'enseignements un système d'unités de formation comprenant des objectifs précis. Ces unités de formation seront constituées de disciplines enseignées à un niveau universitaire par des maî- tres appartenant à l'université ou agréés par elle et seront sanc- tionnées par des examens universitaires confiés à des jurys pré- sidés par des professeurs d'universités. La liste des unités de formations optionnelles, au nombre de dix, sera établie en fonc- tion des possibilités des universités concernées. Elles pourront

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toucher à des matières variées : scientifiques, littéraires ou artis- tiques par exemple. L'arrêté créant le D E U G « enseignement du premier degré » constituera donc, sur ce point, un guide et un cadre. Les programmes de ces diverses unités de formations seront établis avec l'objectif de réaliser un équilibre entre la formation nécessaire aux futurs instituteurs pour exercer leur métier avec la meilleure formation possible et pour leur permet- tre de poursuivre avec succès les études qu'ils désireraient entre- prendre. L'accueil qui a été réservé à ce texte par les inté- ressés, leurs groupements professionnels, les futurs enseignants, les universités, a été unanimement favorable. Cette unanimité est trop rare pour ne pas être soulignée. Elle consacre le double souci qui a constitué le fil de conduite de Mme Saunier-Séïté dans son action ministérielle : donner à tous les étudiants quels qu'ils soient une solide formation fondamentale qui ne soit pas coupée de la vie professionnelle.

Cette étroite imbrication sera assurée par la passation de conventions entre le ministre des Universités et le ministre de l'Education, représentés par les recteurs d'une part et les uni- versités d'autre part. Ces conventions prévoiront les modalités d'organisation de la formation, la répartition des enseignements et des activités, les responsabilités incombant aux unités d'en- seignement et de recherche dans les universités et aux écoles normales. L'Université sera représentée au conseil de perfec- tionnement de l'école normale et au conseil de formation institué auprès du recteur, deux organismes nouveaux dont la création est prévue par la réforme.

La formation des futurs instituteurs sera assurée par et dans les écoles normales dont la vocation d'établissement de formation professionnelle est confirmée. Leur nombre (actuelle- ment cent trente-deux) devrait légèrement diminuer dans les années qui viennent pour atteindre la centaine (soit une par département). Des regroupements sont d'ores et déjà en cours de réalisation dans les départements où il en subsiste plusieurs.

Malgré des perspectives de recrutement quelquefois faibles dans certains départements, compte tenu des besoins, une école nor- male sera maintenue dans chaque département. Les écoles nor- males assureront non seulement la formation initiale des insti- tuteurs mais participeront à leur formation continue. Elles pour- raient s'ouvrir progressivement à la formation d'autres petson-

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nels enseignants. Elles devraient devenir les centres non seule- ment de la formation mais de l'animation, de l'expérimentation, de la documentation pédagogiques dans les départements.

L'explosion scolaire des années 1950, l'allongement de la scolarité à seize ans, les troubles universitaires de 1968, l'entrée de tous les jeunes Français au collège, l'hésitation des ministres à faire intervenir les universités dans cette formation pour ne pas grossir les effectifs des facultés des lettres, avaient retardé une réforme jugée pourtant indispensable puisqu'elle est au « com- mencement de tout » dans n'importe quel système éducatif. La réforme était d'autant plus nécessaire que le mode de recrute- ment a changé puisque les instituteurs et les institutrices en exercice, qui se sont formés « sur le tas » en qualité de sup- pléants, représentent 60 % des effectifs. En effet, de 1967 à

1977, sur 150 000 maîtres recrutés dans le premier degré, 62 000 (soit 40%) sont issus des écoles normales et 88 000 ont été engagés directement. Depuis le décret du 22 août 1978, tous les instituteurs et les institutrices doivent être recrutés j>ar la voie des écoles normales. Après ce texte, la réforme ne pouvait plus être éludée et il fallait connaître la marge d'initiative et d'action laissée aux universités. C'est maintenant chose faite.

La période d'été a pu être utilisée pour régler les modalités pra- tiques d'un système qui laissera le puissant syndicat des insti- tuteurs sourcilleux et en éveil.

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es enseignants du premier degré n'ont pas été en effet mé- contents : « moment historique et mémorable », « jour à marquer d'une pierre blanche », les mots employés par le Syndi- cat national des instituteurs résonnaient comme un bulletin de victoire. On peut espérer que les six mille huit cents futurs insti- tuteurs et institutrices qui entreront à l'école normale à la pro- chaine rentrée seront mieux préparés à « faire leur classe » et à guider les enfants. Et c'est là l'essentiel. Mais un autre pro- blème demeure à l'arrière-plan,, difficile à résoudre, car les masses budgétaires ne sauraient grossir impunément. Les dis- cussions, sur le plan des problèmes matériels, seront ardues.

Les trois années de formation ne comptent en fait que deux années d'études de niveau universitaire. Le D E U G n'est pas la licence, et les instituteurs auront du mal à se prévaloir de ce

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seul changement pour accéder à la catégorie supérieure dans la grille de la fonction publique.

Le vote par le Parlement du budget du ministère de l'Edu- cation fait ressortir chaque année une comparaison entre les rémunérations des instituteurs et celles des militaires. Les rap- porteurs des commissions, intervenant dans les discussions, insis- tent sur une revalorisation, puisque celle-ci a déjà bénéficié aux sous-officiers et officiers. A quoi le ministère des Finances et les experts de la rue de Rivoli répliquent qu'avec un montant qui n'est pas loin maintenant de 100 milliards de francs lourds les dépenses du secteur éducatif, Education et Universités, repré- sentent plus de 90 % du produit de l'impôt sur le revenu et restent supérieures à celles des dépenses militaires. Ce qui donne une idée des limites des possibilités budgétaires, sans parler des risques d'entraînement et de croissance des dépenses que toute revalorisation dans un secteur important peut avoir sur la grille des traitements de la fonction publique. Voilà pourquoi, jouant quelque peu avec les règles de vérité et de simplicité, les gou- vernements successifs ont préféré apporter une revalorisation partielle par le jeu d'indemnités disparates et confuses. Mais à chaque jour suffit sa peine, et ces problèmes d'amélioration des traitements sont renvoyés à 1980.

Sur l'école, tout a été dit. Le pire et le meilleur. Notre société s'en prend volontiers à son école pour la charger de tous les maux alors que celle-ci ne lui renvoie, dans le miroir, que le reflet de sa propre image. Que l'école doive s'adapter aux évolutions de notre temps, qu'elle doive assurer aux jeunes Fran- çais les bases fondamentales qui leur permettront de suivre une scolarité allongée désormais ouverte à tous ; qu'elle doive éveiller chez tous les élèves toutes les aptitudes qu'ils recèlent, sans en négliger nj en privilégier aucune : voici des objectifs qui recueillent l'unanimité. Encore faut-il en tirer toutes les conséquences. La première était, sans nul doute, une amé- lioration et une adaptation profonde de la formation générale et professionnelle des futurs instituteurs et institutrices. L a se- conde consiste à favoriser tout ce qui peut réconcilier les ensei- gnants avec la nation et les pouvoirs publics qui en sont les garants. A cet égard, les problèmes matériels ont leur impor- tance, mais ce ne sont pas les seuls.

PASCAL ARRIGHI

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