ATHÉNÉE ROYAL DE JETTE
Cours de français
Travail de vacances Eté 2020
Deuxième année commune
Une question ?
[email protected]N
OM:
P
RÉNOM:
C
LASSE:
P REMIÈRE PARTIE : L ECTURE
Récits de fiction
Texte 1 : « Le veston ensorcelé »
Bien que j'apprécie l'élégance vestimentaire, je ne fais guère attention, habituellement, à la perfection plus ou moins grande avec laquelle sont coupés les complets de mes semblables.
Un soir pourtant, lors d'une réception dans une maison de Milan, je fis la connaissance d'un homme qui paraissait avoir la quarantaine et qui resplendissait littéralement à cause de la beauté linéaire[1], pure, absolue de son vêtement.
Je ne savais pas qui c'était, je le rencontrais pour la première fois et pendant la présentation, comme cela arrive toujours, il m'avait été impossible d'en comprendre le nom. Mais à un certain moment de la soirée je me trouvai près de lui et nous commençâmes à bavarder. Il semblait être un homme poli et fort civil avec toutefois un soupçon de tristesse. Avec une familiarité peut-être exagérée - si seulement Dieu m'en avait préservé ! - je lui fis compliments pour son élégance ; et j'osai même lui demander qui était son tailleur.
L'homme eut un curieux petit sourire, comme s'il s'était attendu à cette question.
« Presque personne ne le connaît, dit- il, et pourtant c'est un grand maître. Mais il ne travaille que lorsque ça lui chante. Pour quelques clients seulement.
- De sorte que moi… ?
- Oh ! vous pouvez essayer, vous pouvez toujours. Il s'appelle Corticella, Alfonso Corticella, rue Ferrara, au 17.
- Il doit être très cher, j'imagine.
- Je le pense, oui, mais à vrai dire je n'en sais rien. Ce costume, il me l'a fait il y a trois ans et il ne m'a pas encore envoyé sa note.
- Corticella ? rue Ferrara, au 17, vous avez dit ?
- Exactement », répondit l'inconnu.
Et il me planta là pour se mêler à un autre groupe.
Au 17 de la rue Ferrara je trouvai une maison comme tant d'autres, et le logis d'Alfonso Corticella ressemblait à celui des autres tailleurs. Il vint en personne m'ouvrir la porte. C'était un petit vieillard aux cheveux noirs qui étaient sûrement teints.
À ma grande surprise, il ne fit aucune difficulté. Au contraire il paraissait désireux de me voir devenir son client. Je lui expliquai comment j'avais eu son adresse, je louai[2] sa coupe et lui demandai de me faire un complet. Nous choisîmes un peigné gris puis il prit mes mesures et s'offrit de venir pour l'essayage, chez moi. Je lui demandai son prix. Cela ne pressait pas, me répondit- il, nous nous mettrions toujours d'accord.
Quel homme sympathique ! pensai-je tout d'abord. Et pourtant, plus tard, comme je rentrais chez moi, je m'aperçus que le petit vieux m'avait produit un malaise (peut-être à cause de ses sourires trop insistants et trop doucereux[3]). En somme je n'avais aucune envie de le revoir. Mais désormais le complet était commandé. Et quelque vingt jours plus tard il était prêt.
Quand on me le livra, je l'essayai, pour quelques secondes, devant mon miroir.
C'était un chef-d'œuvre. Mais je ne sais trop pourquoi, peut-être à cause du souvenir du déplaisant petit vieux, je n'avais aucune envie de le porter. Et des semaines passèrent avant que je me décide.
Ce jour-là, je m'en souviendrai toujours. C'était un mardi d'avril et il pleuvait. Quand j'eus passé mon complet, pantalon, gilet et veston, je constatai avec plaisir qu'il ne me tiraillait pas et ne me gênait pas aux entournures comme le font toujours les vêtements neufs. Et pourtant il tombait à la perfection.
Par habitude je ne mets rien dans la poche droite de mon veston, mes papiers je les place dans la poche gauche. Ce qui explique pourquoi ce n'est que deux heures plus tard, au bureau, en glissant par hasard ma main dans la poche droite, que je m'aperçus qu'il y avait un papier dedans.
Peut-être la note du tailleur ?
Non. C'était un billet de dix mille lires.
Je restai interdit. Ce n'était certes pas moi qui l'y avais mis. D'autre part il était absurde de penser à une plaisanterie du tailleur Corticella. Encore moins à un cadeau de ma femme de ménage, la seule personne qui avait eu l'occasion de s'approcher du complet après le tailleur.
Est-ce que ce serait un billet de la Sainte- Farce[4] ? Je le regardai à contre-jour, je le comparai à d'autres. Plus authentique que lui, c'était impossible.
L'unique explication, une distraction de Corticella. Peut-être qu'un client était venu lui verser un acompte, à ce moment-là il n'avait pas son portefeuille et, pour ne pas laisser traîner le billet, il l'avait glissé dans mon veston pendu à un cintre. Ce sont des choses qui peuvent arriver.
J'écrasai la sonnette pour appeler ma secrétaire. J'allais écrire un mot à Corticella et lui restituer cet argent qui n'était pas à moi. Mais, à ce moment, et je ne saurais en expliquer la raison, je glissai de nouveau ma main dans ma poche.
« Qu'avez-vous, monsieur ? Vous ne vous sentez pas bien ? » me demanda la secrétaire qui entrait alors.
J'avais dû pâlir comme la mort. Dans la poche mes doigts avaient rencontré les bords d'un morceau de papier qui n'y était pas quelques instants avant.
« Non, non, ce n'est rien, dis-je, un léger vertige. Ça m'arrive parfois depuis quelque temps. Sans doute un peu de fatigue. Vous pouvez aller, mon petit, j'avais à vous dicter une lettre mais nous le ferons plus tard. »
Ce n'est qu'une fois la secrétaire sortie que j'osai extirper la feuille de ma poche.
C'était un autre billet de dix mille lires.
Alors, je fis une troisième tentative. Et un troisième billet sortit.
Mon cœur se mit à battre la chamade.
J'eus la sensation de me trouver entraîné, pour des raisons mystérieuses, dans la ronde d'un conte de fées comme ceux que l'on raconte aux enfants et que personne ne croit vrais.
Sous le prétexte que je ne me sentais pas bien, je quittai mon bureau et rentrai à la maison. J'avais besoin de rester seul.
Heureusement la femme qui faisait mon ménage était déjà partie. Je fermai les portes, baissai les stores et commençai à extraire les billets l'un après l'autre aussi vite que je le pouvais, de la poche qui semblait inépuisable.
Je travaillai avec une tension spasmodique[5] des nerfs dans la crainte de voir cesser d'un moment à l'autre le miracle.
J'aurais voulu continuer toute la soirée, toute la nuit jusqu'à accumuler des
milliards. Mais à un certain moment les forces me manquèrent.
Devant moi il y avait un tas impressionnant de billets de banque.
L'important maintenant était de les dissimuler, pour que personne n'en ait connaissance. Je vidai une vieille malle pleine de tapis et, dans le fond, je déposai par liasses les billets que je comptais au fur et à mesure. Il y en avait largement pour cinquante millions.
Quand je me réveillai le lendemain matin, la femme de ménage était là, stupéfaite de me trouver tout habillé sur mon lit. Je m'efforçai de rire, en lui expliquant que la veille au soir j'avais bu un verre de trop et que le sommeil m'avait surpris à l'improviste.
Une nouvelle angoisse : la femme se proposait pour m'aider à enlever mon veston afin de lui donner au moins un coup de brosse.
Je répondis que je devais sortir tout de suite et que je n'avais pas le temps de me changer. Et puis je me hâtai vers un magasin de confection pour acheter un vêtement semblable au mien en tous points ; je laisserai le nouveau aux mains de ma femme de ménage ; le mien, celui qui ferait de moi en quelques jours un des hommes les plus puissants du monde, je le cacherai en lieu sûr.
Je ne comprenais pas si je vivais un rêve, si j'étais heureux ou si au contraire je suffoquais sous le poids d'une trop grande fatalité. En chemin, à travers mon imperméable, je palpais continuellement l'endroit de la poche magique. Chaque fois je soupirais de soulagement. Sous l'étoffe le réconfortant froissement du papier-monnaie me répondait.
Mais une singulière coïncidence refroidit mon délire joyeux. Sur les journaux du matin de gros titres ; l'annonce
d'un cambriolage survenu la veille occupait presque toute la première page. La camionnette blindée d'une banque qui, après avoir fait le tour des succursales, allait transporter au siège central les versements de la journée, avait été arrêtée et dévalisée rue Palmanova par quatre bandits. Comme les gens accouraient, un des gangsters, pour protéger sa fuite, s'était mis à tirer. Un des passants avait été tué. Mais c'est surtout le montant du butin qui me frappa : exactement cinquante millions (comme les miens).
Pouvait-il exister un rapport entre ma richesse soudaine et le hold-up de ces bandits survenu presque en même temps ? Cela semblait ridicule de le penser. Et je ne suis pas superstitieux. Toutefois l'événement me laissa très perplexe[6].
Plus on possède et plus on désire.
J'étais déjà riche, compte tenu de mes modestes habitudes. Mais le mirage d'une existence de luxe effréné m'éperonnait[7]. Et le soir même je me remis au travail.
Maintenant je procédais avec plus de calme et les nerfs moins tendus. Cent trente-cinq autres millions s'ajoutèrent au trésor précédent.
Cette nuit-là je ne réussis pas à fermer l'œil. Était-ce le pressentiment d'un danger ? Ou la conscience tourmentée de l'homme qui obtient sans l'avoir méritée une fabuleuse fortune ? Ou une espèce de remords confus ? Aux premières heures de l'aube je sautai du lit, m'habillai et courus dehors en quête d'un journal.
Comme je lisais, le souffle me manqua. Un terrible incendie provoqué par un dépôt de pétrole qui s'était enflammé avait presque complètement détruit un immeuble dans la rue de San Cloro, en plein centre. Entre autres, les coffres d'une grande agence immobilière qui contenaient plus de cent trente millions en espèces avaient été
détruits. Deux pompiers avaient trouvé la mort en combattant le sinistre.
Dois-je maintenant énumérer un par un tous mes forfaits[8] ? Oui, parce que désormais je savais que l'argent que le veston me procurait venait du crime, du sang, du désespoir, de la mort, venait de l'enfer. Mais insidieusement ma raison refusait railleusement d'admettre une quelconque responsabilité de ma part. Et alors la tentation revenait, et alors ma main (c'était tellement facile) se glissait dans ma poche et mes doigts, avec une volupté soudaine, étreignaient les coins d'un billet toujours nouveau. L'argent, le divin argent ! Sans quitter mon ancien appartement (pour ne pas attirer l'attention) je m'étais acheté en peu de temps une grande villa, je possédais une précieuse collection de tableaux, je circulais en automobile de luxe et, après avoir quitté mon emploi « pour raison de santé », je voyageais et parcourais le monde en compagnie de femmes merveilleuses.
Je savais que chaque fois que je soutirais de l'argent de mon veston, il se produisait dans le monde quelque chose d'abject[9] et de douloureux. Mais c'était toujours une concordance vague, qui n'était pas étayée[10] par des preuves logiques. En attendant, à chacun de mes encaissements, ma conscience se dégradait, devenait de plus en plus vile. Et le tailleur ? Je lui téléphonai pour lui demander sa note mais personne ne répondit. Via Ferrara, on me dit qu'il avait émigré, il était à l'étranger, on ne savait pas où. Tout conspirait pour me démontrer que, sans le savoir, j'avais fait un pacte avec le démon.
Cela dura jusqu'au jour où dans l'immeuble que j'habitais depuis de longues années, on découvrit un matin une sexagénaire retraitée asphyxiée par le gaz ; elle s'était tuée parce qu'elle avait perdu les
trente mille lires de sa pension qu'elle avait touchée la veille (et qui avaient fini dans mes mains).
Assez, assez ! pour ne pas m'enfoncer dans l'abîme, je devais me débarrasser de mon veston. Mais non pas en le cédant à quelqu'un d'autre, parce que l'opprobre[11]
aurait continué (qui aurait pu résister à un tel attrait ?). Il devenait indispensable de le détruire.
J'arrivai en voiture dans une vallée perdue des Alpes. Je laissai mon auto sur un terre-plein herbeux et je me dirigeai droit sur le bois. Il n'y avait pas âme qui vive.
Après avoir dépassé le bourg, j'atteignis le gravier de la moraine[12]. Là, entre deux gigantesques rochers, je tirai du sac tyrolien l'infâme veston, l'imbibai d'essence et y mis le feu. En quelques minutes il ne resta que des cendres.
Mais à la dernière lueur des flammes, derrière moi (à deux ou trois mètres aurait- on dit, une voix humaine retentit : « Trop tard, trop tard ! » Terrorisé, je me retournai d'un mouvement brusque comme si un serpent m'avait piqué. Mais il n'y avait personne en vue. J'explorai tout alentour, sautant d'une roche à l'autre, pour débusquer le maudit qui me jouait ce tour. Rien. Il n'y avait que des pierres.
Malgré l'épouvante que j'éprouvais, je redescendis dans la vallée, avec une sensation de soulagement. Libre finalement. Et riche, heureusement.
Mais sur le talus, ma voiture n'était plus là. Et lorsque je fus rentré en ville, ma somptueuse villa avait disparu ; à sa place, un pré inculte avec l'écriteau : « Terrain communal à vendre ». Et mes comptes en banque, je ne pus m'expliquer comment, étaient complètement épuisés. Disparus de mes nombreux coffres-forts les gros paquets d'actions. Et de la poussière, rien que de la poussière, dans la vieille malle.
Désormais j'ai repris péniblement mon travail, je m'en tire à grand-peine, et ce qui est étrange, personne ne semble surpris par ma ruine subite.
Et je sais que ce n'est pas encore fini.
Je sais qu'un jour la sonnette de la porte retentira, j'irai ouvrir et je trouverai devant moi ce tailleur de malheur, avec son sourire abject, pour l'ultime règlement de comptes.
Dino Buzzati, Le K. Éditions Robert Laffont.
[1] Beauté linéaire : la beauté des lignes du costume.
[2] Je louai : je fis l'éloge de sa coupe.
[3] Doucereux : trop aimable, hypocrite.
[4] Un billet de la Sainte-Farce : une plaisanterie.
[5] Spasmodique : avec des mouvements brusques.
[6] Perplexe : qui ne sait pas ce qu'il doit penser.
[7] M'éperonnait : me poussait.
[8] Forfaits : crimes.
[9] Abject : odieux, révoltant.
[10] Étayée : soutenue.
[11] Opprobre : honte.
[12] Moraine : débris arrachés à la montagne par les glaciers.
1. Ecris un adjectif qui pourrait résumer et qualifier le genre de cette nouvelle.
...
2. Parmi les titres suivants, quel est celui qui conviendrait le mieux à la nouvelle que tu viens de lire ? Justifie ton choix.
a) Le veston ensorcelé b) Le veston magique c) Le veston …
Je choisis le titre …………...……. parce que ...
...
...
3. Qu’est-ce qui te permet d’affirmer que cette histoire se déroule avant l’an 2000?
...
...
4. Le narrateur est-il externe ou interne ? Justifie.
...
...
...
5. Qui est l’auteur du texte ?
...
6. Dans cette histoire, on parle d’un complet, de quoi s’agit-il ? Coche la bonne réponse.
Vêtement masculin à 2 ou 3 pièces.
Pantalon en coton.
Personne dotée de toutes les facultés possibles et qui les a pleinement développées.
7. Relève l’adverbe que l’auteur a spécialement utilisé pour montrer au lecteur que l’histoire se déroule dans une réalité normale, banale.
...
8. À quel moment l’histoire bascule-t-elle clairement dans le surnaturel ?
...
...
9. Cite trois éléments étranges qui accompagnent le personnage du tailleur.
...
...
...
10. Retrouve un moment au moins, dans le texte, pour illustrer chacun des sentiments ou comportement suivants adoptés par le personnage principal ? Voici un exemple : L’hypocrisie Quand il refuse d’admettre que son argent et les crimes sont liés.
a) L’égoïsme ...
...
b) Le doute, la perplexité ...
...
………...
11. Tout au long de l’histoire, le personnage principal tente de donner des explications aux phénomènes auxquels il est confronté.
a) Quelle explication donne-t-il :
Au premier événement étrange ? ………...
...
Au lien entre son argent et les crimes commis ? ...………...
...
b) A la fin du texte, que laisse-t-il sous-entendre avec la phrase « Personne ne semble surpris de ma ruine subite » ?
...
...
Finalement, le narrateur se considère-t-il comme un criminel OU comme victime ? Justifie.
...
...
12. Quels sont TES sentiments envers le personnage principal et envers le tailleur?
Complète ces phrases.
J’éprouve ………... pour le tailleur parce que ...
...
...
...
...
J’éprouve ... pour le personnage principal parce que ...
...
...
...
13. Que devient finalement le personnage principal ? Explique ce qui te permet de le penser.
...
...
...
...
Texte 2 : « Un beau joueur
» - Je me permettrai de vousconseiller le caviar ! murmura le maître d’hôtel en penchant imperceptiblement la tête. Il nous arrive tout droit d’Odessa1… L’homme en smoking rajusta son monocle, questionna du regard sa
compagne, qui déchirait une orchidée à coups d’ongles roses.
- Entendu pour le caviar. Ensuite un turbot à la bisque d’écrevisses.
- Il n’y a encore qu’à Paris que l’on mange vraiment ! dit l’homme, quand le caviar mit sa note d’encre sur la blancheur de la nappe où brillaient les cristaux.
- Oui ! Au Lido, la cuisine était détestable !
- Quand je pense que j’y étais aussi et que je n’ai pas eu le plaisir de vous rencontrer… Nos destinées ne devaient pas encore se rejoindre…
La femme sourit, but une gorgée de vodka, tandis que les perles de son collier roulaient sur sa nuque ployée.
- Je ne me doutais pas alors qu’un jour viendrait où je vous aimerais comme un fou, et où ma seule ambition serait d’être votre esclave.
- Vous m’aimez tant que cela ? - N’ai-je pas renoncé pour vous à ce voyage au Mexique qui devait me rapporter des millions ?
L’orchestre jouait en sourdine un tango au rythme enveloppant. Le maître d’hôtel
1Port russe sur la Mer Noire
servait le turbot avec des gestes précieux de grand-prêtre.
L’homme, qui balbutiait toujours, d’une voix chaude, des paroles d’amour, aperçut soudain, par-dessus l’épaule de sa voisine, deux dîneurs aux vêtements mal coupés, à l’attitude raide, qui l’observaient sans la moindre discrétion.
Il ne sourcilla pas. Son visage garda son expression
enamourée. Ses phrases frémirent ; ses prunelles devinrent fixes.
- Vous acceptez, n’est-ce pas ? de m’accompagner à Saint-Sébastien. Nous y mènerons une existence folle, celle de deux êtres qui exigent de la vie tout ce qu’elle peut donner…
Il était beau, trop beau presque, grâce à un teint mat qui laissait aux traits toute leur finesse, mettait en valeur la frange épaisse des cils, le dessin pourpre des lèvres.
Et la princesse avait souri. Car la jeune femme était princesse, Slave de surcroît.
- Pourquoi ne m’emmèneriez-vous pas dans votre château, en Hongrie ? demanda-t-elle du bout des lèvres.
- Nos sites sauvages vous attirent ? Les deux dîneurs aux habits
vulgaires le regardaient toujours. Ils paraissaient prêts à se lever.
- Et bien nous irons dans mes terres… Vous savez que je ne puis rien vous refuser…
Il se cassa un ongle, tant ses doigts étaient crispés.
- Vous permettez un moment ?…
Un ordre à donner et je suis à vous…
Le monocle frémissait dans son orbite gauche. Mais tandis qu’il
s’approchait des deux inconnus, l’homme paraissait très calme, désinvolte.
- Je vous suis, messieurs ! Sortons vite, voulez-vous ?… Ne craignez rien…
Il y eut quelques secondes d’hésitation, mais bientôt, les trois
personnages étaient sur le trottoir, au bord duquel stationnait un taxi qui faisait tache parmi les limousines.
- Je suppose que c’est pour moi, cette voiture ? Permettez que je monte le premier, messieurs…
Un des agents de la brigade
mondaine2 s’installa près de lui, cependant que l’autre restait sur le trottoir.
- Avouez que je n’ai pas de
chance ! poursuivait le prisonnier… Vous arrivez au moment précis où j’étais décidé à me ranger. Cette nuit même, je devais quitter Paris avec la princesse et…
Le policier ne soufflait mot.
- Vous m’écoutez ?… Une femme charmante, d’une aristocratie raffinée ! J’eusse été confus3 de la mêler à un scandale… Comme ceci, au contraire, l’honneur est sauf ! Nous ne démarrons pas encore ? Vous attendez peut-être un
commissaire ?… Remarquez que je ne suis
2 ancienne dénomination de la brigade des stupéfiants
pas pressé. Tout ce que je désire, c’est que la princesse ne me voie pas en aussi vilaine posture…
Plus grave, tout à coup, l’homme questionna.
- C’est pour le chèque sans provision ?… Un joli coup, avouez-le ! Trois cent mille francs.
- Heu…
Ses lèvres se crispèrent.
- Ce n’est pas pour cela que vous m’arrêtez ?… Alors, c’est l’affaire du collier ?… Je vous fais remarquer que cette Américaine méritait d’être volée ! Je lui ai donné en somme une leçon salutaire.
L’autre se pencha à la portière.
- Prenez le strapontin ! dit-il. Voilà du monde…
- Ah ! C’est donc un coup de filet sérieux ? Une vraie rafle ?…
Mais l’homme blêmit en apercevant la princesse, que le second agent
conduisait vers le taxi.
En même temps son voisin éclatait de rire et expliquait brièvement :
- Imaginez-vous qu’on était là pour vous protéger contre cette aventurière !…
On vous prenait pour ce que l’on fait de plus noble en matière de noble hongrois…
Le prisonnier serra les dents.
Et il se détourna avec mépris quand sa compagne prit place devant lui, tête basse, les joues livides sous le fard.
3 j’aurais été confus
Georges Sim4 21 avril 1926 NB : les choix orthographiques sont ceux de l’auteur.
4 Georges Simenon
13
Questionnaire
1. Tu sais qu’un texte peut poursuivre quatre intentions : plaire, enjoindre, persuader ou informer.
Laquelle de ces quatre intentions domine dans ce récit ? Justifie ton choix par une phrase personnelle.
………
………
………
2. Tu sais également qu’un récit appartient généralement à un genre. Parmi ceux qui te sont proposés ci-dessous, lequel choisirais-tu pour classer « Un beau joueur » ? Souligne ton choix.
- science-fiction - fantastique
- énigme criminelle - aventure
Justifie ta réponse en formulant une (ou plusieurs) phrase(s) complète(s).
………
………
………
3. Cite les deux lieux successifs où se déroule l’action. A quelle(s) ligne(s) se produit le changement ?
………
………
………
4. Recopie 4 mots ou expressions faisant partie du champ lexical du luxe, de la richesse.
………
………
………
14
5. Souligne le sens qu’ont, dans le texte, les mots suivants.
un turbot a) un poisson plat estimé pour sa chaire b) un moteur suralimenté par un compresseur c) un quartier de bœuf très tendre
d) un bruit d’avion très gênant un strapontin a) une chaise pliante
b) un coussin
c) un siège d’appoint dans un véhicule
d) une ruse pour attirer quelqu’un dans un piège
il ne souffle mot a) il parle à l’oreille de quelqu’un b) il s’exprime à voix basse
c) il est hors d’haleine d) il se tait
une leçon salutaire a) donnée par l’armée du salut b) qui apprend à saluer poliment c) qui s’avère très utile
d) qui montre un exemple à suivre
6. Explique le sens des mots suivants.
Monocle Enamouré
7. Recopie deux éléments décrivant les dîneurs observateurs qui s’opposent au décor dans lequel ils se trouvent.
Elément 1 : ……….
Elément 2 :………..
15
8. Explique, en d’autres termes, les deux phrases suivantes.
a) Le caviar mit sa note d’encre sur la blancheur de la nappe (ligne 7)
………
……….………..
b) Le maître d’hôtel servait le turbot avec des gestes précieux de grand-prêtre (ligne 20)
………
……….………..
9. Au début du récit, les sentiments de l’homme vis-à-vis de sa compagne de table ne sont pas les mêmes qu’à la fin. Relève des expressions du texte qui montrent ces sentiments différents que tu nommeras.
Au début, l’homme éprouve ……… pour sa compagne, on dit dans le texte ….………. ; à la fin, il éprouve
……….., on dit dans le texte………..
….………
………
10. Les apparences cachent la réalité de la situation des deux personnages principaux, qui semblent-ils être et qui sont-ils réellement ? (4 points)
La femme apparaît comme ……….
mais est en réalité ………….……….
L’homme se présente comme ……….
mais est en réalité……….……….
11. Dans le dictionnaire Robert, un beau joueur est celui qui s’incline loyalement devant la victoire, la supériorité de l’adversaire. Devant quel adversaire s’incline l’homme et à quel moment ?
Explique ta réponse.
………
……….
12. La chute du récit réserve au lecteur une dernière surprise de taille. En quoi consiste-t-elle ? Comment appelle-t-on ce procédé ?
………………
………
16
Texte 2 : L’arme absolue
La pièce était plongée dans le silence et la pénombre du soir. Le Dr James Graham, grand savant, responsable d’un important projet, était assis dans son fauteuil préféré. Il méditait. Tout était si calme qu’il pouvait entendre le bruit des pages du livre d’images que regardait son fils, dans la chambre voisine.
C’était ainsi que Graham travaillait le mieux, que souvent lui venaient ses idées créatrices, assis dans la solitude de son appartement obscur, après sa journée de travail. Mais, ce soir-là, son esprit se refusait à fonctionner de façon constructive. Il pensait surtout à son fils, son fils unique, dont le développement mental était arrêté et qui se trouvait dans la chambre voisine. Ses pensées étaient des pensées d’amour, non plus cette amertume et cette souffrance qu’il avait éprouvées quelques années auparavant, quand il s’était aperçu que l’enfant n’était pas normal. Le garçon était heureux, n’était-ce pas là le principal ? Et à combien d’hommes était-il donné d’avoir un enfant qui serait toujours un enfant, et qui ne le quitterait pas plus tard ? Certes, cette idée était une manière de se faire une raison, mais il faut bien se faire une raison quand… la sonnette retentit.
Graham se leva et éclaira la pièce où l’obscurité était devenue presque totale, avant de traverser le hall pour ouvrir la porte. Il n’était pas fâché : ce soir-là, en cet instant précis, il accueillait bien volontiers quiconque pouvait lui changer les idées.
Il ouvrit la porte. Il aperçut un étranger qui dit :
“ Le docteur Graham ? Mon nom est Niemand.
J’aimerais vous parler. Puis-je entrer un instant ? ”
Graham le regarda. C’était un homme de petite taille, sans originalité aucune, manifestement inoffensif…vraisemblablement un reporter ou un courtier d’assurances.
Mais cela importait peu. Graham s’entendit lui répondre : “ Mais bien sûr, entrez, monsieur ” Quelques minutes de conversation le distrairaient et lui feraient penser à autre chose.
“ Asseyez-vous, dit-il quand ils furent dans le salon.
Voulez-vous boire quelque chose ? ” Niemand dit : “ Non, merci… ”
Il était assis dans le fauteuil, Graham était sur le canapé.
Le petit homme se croisa les mains et se pencha en avant. Puis il dit : “ Docteur Graham, vous êtes, plus que
n’importe qui, l’homme dont les travaux scientifiques ont le plus de chances d’aboutir à la disparition de la race humaine. ” C’est un cinglé, pensa Graham. Il se rendait compte, mais trop tard, qu’il aurait dû demander à cet homme qui il était avant de le laisser entrer. Cette entrevue allait être pénible. Il détestait devoir être impoli, et pourtant, seule l’impolitesse était efficace.
“ Docteur Graham, l’arme à laquelle vous travaillez en ce moment… ”
Le visiteur s’interrompit et tourna la tête en direction de la porte de la chambre qui venait de s’ouvrir. Un garçon de quinze ans entra. Le garçon ne remarqua pas Niemand. Il courut vers Graham : “ Papa, tu veux bien me lire une histoire maintenant ? ”
Ce garçon de quinze ans riait comme un bébé de quatre ans. Graham passa un bras affectueux autour de ses épaules. Il regarda le visiteur, se demandant s’il connaissait l’existence de ce fils anormal. Le visage de Niemand ne témoignait aucune surprise, aussi Graham en conclut qu’il était au courant.
- “ Harry (il y avait une grande tendresse dans la voix de Graham), papa est occupé. Dans un moment. Retourne à ta chambre, et j’irai bientôt te faire une petite lecture.
- Le Petit Poulet ? Tu me liras le Petit Poulet ? - Si tu veux, et maintenant, va. Ah ! attends, que je te présente à monsieur Niemand. ”
Le garçon sourit timidement. Niemand dit : “ Bonjour Harry ” et lui sourit aussi, en lui tendant la main. Son sourire et son geste étaient destinés à un garçon de l’âge mental de Harry, non pas à un garçon de quinze ans.
Harry prit la main de Niemand. Pendant un instant, il sembla que l’enfant allait se précipiter sur les genoux de Niemand, et Graham le retint avec douceur, en lui disant : “ Va dans ta chambre, maintenant, Harry. ”
Le garçon repartit en trottinant, sans refermer la porte derrière lui.
Le regard de Niemand rencontra celui de Graham et il dit : “ Il est gentil ”, avec une évidente sincérité. Il ajouta :
“ J’espère que ce que vous lirez sera toujours des choses vraies. ”
Graham ne comprenant pas, Niemand lui dit : “ Le Petit Poulet, c’est une belle histoire, mais puisse-t-il se tromper à propos du ciel qui doit nous tomber sur la tête. ”
Graham avait ressenti de la sympathie pour Niemand quand il s’était montré gentil à l’égard de son fils. Il se rappela
17 soudain qu’il avait l’intention d’abréger l’entretien au plus
vite. Il se leva pour l’inviter à partir, en lui disant :
- “ Je ne voudrais pas vous faire perdre votre temps, monsieur, je connais tous vos arguments, je les ai entendus un millier de fois. Peut-être dites-vous vrai, mais ceci ne m’intéresse pas. Je ne suis qu’un savant. Oui, il est de notoriété publique que je travaille à la mise au point d’une arme absolue.
Mais, pour moi, personnellement, cette considération n’est qu’accessoire au fait que je travaille à l’avancement de la science. J’ai réfléchi à fond à cette question et j’en suis arrivé à la conclusion que c’est là mon unique but.
- Mais, docteur Graham, L’humanité est-elle prête pour une arme absolue ? ”
Graham fronça les sourcils.
“ Vous avez entendu mon point de vue, monsieur. ” Niemand se leva lentement de son fauteuil et dit :
“ Très bien. S’il ne vous plaît pas que nous en discutions, je n’en parlerai pas davantage. ” Il se passa la main sur le front.
“ Je vous laisse, docteur…Ah !, après tout, est-il encore temps que je change d’avis et que j’accepte le verre que vous m’avez proposé tout à l’heure ? ”
L’agacement de Graham s’estompa. Il répondit : - “ Mais certainement, voulez-vous un whisky à l’eau ?
- Parfait. ”
Graham s’excusa et se rendit à la cuisine pour aller chercher la carafe de whisky, la carafe d’eau des glaçons et des verres. Quand il revint au salon, Niemand sortait de la chambre de son fils. Il l’entendit dire : “ Bonsoir, Harry ! ” Et joyeusement, Harry lui répondit : “ Bonsoir, m’sieur ! ”
Graham versa le whisky dans les verres. Un instant plus tard, Niemand ayant refusé d’en prendre un deuxième, se leva pour partir.
Il dit : “ J’ai pris la liberté d’apporter un petit cadeau à votre fils, docteur. Je le lui ai donné pendant que vous êtes allé chercher les verres. J’espère que vous ne m’en voudrez pas.
- Bien sûr que non. Merci et bonne nuit. ”
Graham ferma la porte. Il traversa le salon et entra dans la chambre de Harry en disant : “ Bon, et maintenant, je vais te lire… ”
Il eut soudain une sueur froide au front, mais se contraignit à conserver un visage et une voix calmes pour demander en s’approchant du lit : “ Fais-moi voir ça, Harry ! ” Quand tout danger fut écarté et qu’il eut l’objet entre les mains, il se mit à trembler. Et il se dit : “ Seul un fou peut faire cadeau d’un revolver à un idiot. ”
Frédéric BROWN, L’arme absolue In Teddy CARR, coll. Présence du futur, édition Denoël
18 Questionnaire
Question 1
Résume la préoccupation essentielle de Graham avant que Niemand ne se présente.
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________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
Question 2
La visite de Niemand chez le docteur Graham a pour but d’obtenir un résultat bien précis et il a d’ailleurs tout prévu à cet
effet. Parmi les propositions suivantes, choisis celle qui correspond le mieux au résultat visé.
1. Tuer Graham 2. Tuer Harry
3. Faire tuer Graham par Harry 4. Donner une leçon à Graham 5. Offrir un cadeau à Harry
6. Faire du tort à Harry 7. Voler la fortune de Graham 8. Voir à quoi ressemble Harry 9. S’emparer de l’arme absolue
Réponse choisie : n° ……
Question 3
L’attitude de Graham vis-à-vis de Niemand ne reste pas la même à travers tout le récit.
Voici quatre phrases qui évoquent cette évolution. Complète-les chaque fois en respectant les indications suivantes.
par un des groupes verbaux proposés ci-dessous (premier espace) : tu ne peux employer le même groupe qu’une fois.
est énervé / trouve N. antipathique / se montre accueillant / est effrayé / est soulagé / est révolté / lui fait peur / est agacé / est ému / se montre aimable
par une raison qui explique son état d’esprit.
a) Au début de la rencontre, Graham ______________________________________________________________
parce que ____________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
b) Quand Niemand lui parle de son fils, Graham ________________________________________________________
Parce que ___________________________________________________________________________________
____________________________________________________________________________________
____________________________________________________________________________________
____________________________________________________________________________________
19 c) En écoutant Niemand argumenter, Graham ______________________________________________________
parce que ____________________________________________________________________________________
d) Après le départ de Niemand, Graham ______________________________________________________________
Parce que ___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
Question 4
Au cours de leur conversation, Niemand et Graham se livrent, tour à tour, à une argumentation destinée à persuader l’autre.
a) Que reproche Niemand à Graham ? Pour quelles raisons ? (Réponds par une ou des phrases personnelle(s) et complète(s).)
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___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
b) Face à la critique de Niemand, Graham se sent-il coupable ? Oui ou non ? Justifie ta réponse en recopiant un extrait du texte qui le montre.
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________________
Question 5
Ce récit se termine par un coup de théâtre, c’est-à-dire par un rebondissement inattendu.
a) Explique en quoi il consiste en précisant sa conséquence sur Graham. ( Réponds par des phrases personnelles et complètes.)
__________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________
20 b) Complète la phrase suivante :
Niemand avait manifestement prévu d’agir ainsi puisqu’il___________________________
__________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________
mais il n’aurait pas eu besoin de le faire si ______________________________________________________
_________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________
c) Qu’est-ce que Niemand a voulu faire comprendre à Graham ? ? (Réponds par des phrases personnelles et complètes.)
_________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________
_________________________________________________________________________________________
Question 6
Complète cette phrase :
Si Graham a bien compris le message de Niemand, il va ___________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
________________________________________________________________________________________________
Question 7
On a demandé à des élèves de ton âge de dire s’ils approuvaient ou non la méthode utilisée par Niemand : certains la trouvent habile et intelligente, d’autres l’estiment particulièrement cruelle, voire inhumaine. Et toi ? Qu’en penses-tu ? Justifie ton avis par un petit texte de trois à quatre lignes cohérent et correctement exprimé. (Réponds par des phrases personnelles et complètes.)
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21 Question 8
Es-tu d’accord avec la réflexion suivante émise par une élève ? Justifie ton avis.
“ Finalement, ils sont tous fous dans cette histoire ! ”
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Question 9
Cette nouvelle est un récit exemplaire, c’est-à-dire un récit où l’histoire racontée sert essentiellement à faire réfléchir le lecteur.
a) En ce qui te concerne, à quoi cette histoire te fait-elle réfléchir ? ( Réponds par des phrases personnelles et complètes.)
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b) Avec quel événement de l’actualité mettrais-tu cette histoire en rapport ? Pourquoi ? (Réponds par des phrases personnelles et complètes.)
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Texte informatif
Lis attentivement le texte ci-dessous. Après ta lecture, tu devras choisir des intertitres.
Vivra-t-on un jour sur Mars ?
MARS, la quatrième planète (1)
Dans le ciel, Mars la rouge traîne sa signature ensanglantée. Cette couleur n'est pas une illusion : l'essentiel de sa surface a un teint de brique. De ses volcans hauts trois fois comme l'Everest à ses étranges canyons longs de milliers de kilomètres, tout ou presque sur Mars est rouge orangé. La plus proche voisine de la Terre est d'ailleurs loin d'être une tendre. Son atmosphère, cent fois moins dense que celle de la Terre, est un mince halo de dioxyde de carbone (CO2) qui ne la réchauffe guère, puisque les températures moyennes sont de -60°C.
Glorieuse, Mars l'est surtout de son passé. Il fut un temps où la planète était, sinon plus chaude, en tout cas plus humide. Aujourd'hui, la planète rouge est une planète de sable balayée par des vents de poussière qui transportent des Sahara couleur rouille.
(2)
Sous un ciel rosé saumon, le sol de Mars doit son rouge brunâtre à la présence d'oxydes de fer.
Dans un passé lointain, il y a quelques milliards d'années, le visage de la planète était différent : une atmosphère épaisse, des températures et des pressions supérieures ont pu alors permettre à l'eau d'y prendre ses aises. Des océans y ont même peut-être roulé leurs vagues, et de larges banquises étendu leur carapace gelée. Pour expliquer cette transformation, les planétologues en sont réduits aux hypothèses. Ils pensent notamment que la planète aurait pu basculer à plusieurs reprises sur son axe, transformant radicalement les climats.
Aujourd'hui, l'essentiel de l'eau est sans doute descendu se réfugier en profondeur dans le sol gelé, où certains chercheurs imaginent qu'une vie souterraine pourrait s'être développée.
(3)
La vie aurait-elle existé ailleurs dans notre système solaire ? Pour la littérature et le cinéma d’anticipation de la fin du 19ème siècle jusqu’à aujourd’hui, aucun doute n’est permis : nous ne sommes pas seuls ! De vastes complots interplanétaires se trameraient même au-dessus de nos têtes et notre liberté de terriens serait bientôt comptée !
De quelle planète viennent ces envahisseurs ? De Mars, bien sûr ! Pourquoi Mars ? Après la Lune, c’est la planète la plus accessible pour l’homme. Ses dimensions, ses caractéristiques géophysiques ont longtemps fait croire qu’elle a été la jumelle de la Terre.
Au-delà des représentations et des mythes qu’elle véhicule, Mars ne nous a jamais semblé aussi proche. Après avoir conquis la Lune, il y a bientôt 40 ans, l’Homme est aujourd’hui aux portes de Mars. Les sondes et les robots envoyés semblent indiquer que l’eau a coulé en grande quantité à la surface de Mars et que la probabilité que la vie y ait pu se développer est forte. Mais la vie est-elle vraiment apparue? Existe-t-il encore aujourd’hui des « niches écologiques » où la vie aurait pu subsister ? Sous quelles formes ? Celle d’un petit « homme vert » ou d’une bactérie fossilisée?
Pourtant, à ce jour, aucune roche martienne ne nous a donné une preuve formelle de l’existence d’une vie martienne présente ou passée. La seule alternative possible est l’exploration de la planète rouge par l’Homme. Mais à quel prix ?
(4)
Les premiers astronautes qui débarqueront sur Mars seront exposés à des conditions d’accueil peu favorables.
S’il y a installation d’une base, elle sera dans un premier temps temporaire, allant de 1 à 12 mois selon l’avis des scientifiques, durée dépendant essentiellement de la configuration des 2 planètes et influant donc directement sur le temps de trajet. Mais les conditions de vie sur place seront
également très rudes ! En effet, il est hors de question pour nos astronautes d’enlever leur
combinaison pressurisée chauffante ou de dévisser, ne serait-ce qu’un instant, leur casque : l’issue leur en serait fatale!
La pressurisation et le chauffage des bases et des combinaisons des astronautes sont donc des conditions nécessaires à leur survie :
l’atmosphère de Mars est si peu dense (environ 7 millibars) qu’un liquide comme l’eau bout et s‘évapore très rapidement. Sans combinaison, notre sang commencerait donc tout simplement à bouillir !
la concentration en dioxyde de carbone (CO2) de l’atmosphère de Mars la rend irrespirable pour l’Homme (95% de CO2 contre 0,1 % sur Terre) ;
le froid sur Mars est très intense. Contrairement à une idée répandue (due à l’association de la chaleur avec la couleur rouge de Mars), les températures y oscillent entre –120° et 0° Celsius.
Une exposition sans protection thermique entraînerait des gelures immédiates des parties exposées du corps (visage, main, bras, jambes …)
les rayons cosmiques et ultraviolets ne sont pas arrêtés par l’atmosphère de Mars et frappent directement la surface. Les astronautes devront disposer, à l’intérieur de leurs bases, d’abris spécialement conçus pour se protéger. Ces rayons peuvent créer des cancers de surface (cancer de la peau) ou généraux (leucémie).
(5)
Les amateurs de la saga de la « Guerre des Etoiles » de Georges Lucas risquent d’être un peu déçus : le saut dans « l’hyperespace », ça reste encore du cinéma ! Ce voyage, permettant au Faucon Millenium de Han Solo de parcourir en quelques secondes des millions de kilomètres dans l’espace intersidéral, ne renvoie évidemment à aucune réalité scientifique actuelle !
Plus modestement, un voyage habité vers Mars devrait durer au minimum 6 mois. La longueur du voyage est due à 2 facteurs déterminants :
la distance à parcourir pour rejoindre Mars (plusieurs millions de kilomètres)
le type de propulsion utilisée par le véhicule spatial : chimique et électrique.
D’autres difficultés apparaissent sur un vol de ce type. Le voyage devant comprendre au moins un équipage de 6 personnes, celui-ci doit être psychologiquement solide à cause de la durée du voyage, la monotonie du paysage, la promiscuité, l’absence d’activités et de contacts extérieurs… En quittant le champ magnétique de la Terre, les astronautes et le vaisseau ne sont plus protégés des rayonnements cosmiques de grande énergie d’origine solaire ou galactique, dangereuses pour les tissus humains et les circuits électroniques. Une fois dans l’espace, l’absence de pesanteur provoque une atrophie musculaire et une décalcification des os.
Texte conçu d’après deux sources d’informations - Planètes, la vie est ailleurs, éd. Tana, coll. Science et vie junior dossier hors-série, septembre 2000 - Dossier diffusé par le Centre national d’études spatiales Paris / Toulouse France 2006 (http://www.cnes.fr/)
Questionnaire portant sur le texte informatif
1) Choisis parmi les intertitres suivants ceux qui pourraient convenir dans le texte. Recopie-les en les faisant correspondre aux emplacements prévus.
A. Mars, la planète bleue
B. Un monde hostile à l’homme C. Les Martiens, mythe ou réalité ? D. Un mythe devenu contemporain E. Difficile, le voyage vers Mars !
F. Le passé humide de la planète poussière G. La planète rouge
H. La recherche de vie relancée
1.………
2.………
3………
4.………
5.………
2) Pourquoi Mars est-elle rouge ?
____________________________________________________________________________
____________________________________________________________________________
____________________________________________________________________________
3) Quelle forme de vie avons-nous le plus d’espoir de trouver sur Mars ? Coche le dessin correspondant à ton choix que tu justifieras par un ou des élément(s) du texte.
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_______________________________________________________________________
_______________________________________________________________________
4) Imagine que Frank Dewinne, astronaute belge, soit sélectionné pour le premier voyage habité vers Mars. Cite quatre difficultés qui l’attendraient pendant son voyage.
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___________________________________________________________________________
5)
Juliette Arthur
Qui a raison et qui a tort ? C’est……….qui a raison.
Cite trois éléments et leur(s) effet(s) sur l’homme qui justifient ton choix.
Eléménts Effet(s) sur l’homme
5) Voici le scénario d’un film d’anticipation « Flight to Mars » tourné en 1954. D’après ce que tu as appris sur Mars, cite quatre invraisemblances dans ce scénario.
En 2001, une fusée révolutionnaire a été construite suivant les plans du Dr. Jim Baker. Elle dispose d'un réacteur nucléaire ce qui va lui permettre de s'élancer vers Mars sans problèmes. Les meilleurs spécialistes sont choisis pour cette mission. Après un décollage sans histoire, l'équipage se familiarise avec la fusée. Après deux mois de voyage, à l'approche de Mars, un nuage de météores heurte la fusée endommageant un système directionnel, l'expédition se trouve contrainte à se poser en catastrophe.
Heureusement la fusée se crashe dans la neige martienne ce qui amortit le choc. A travers les hublots, les Terriens aperçoivent des constructions. Habillés chaudement (en blousons d'aviateurs de la seconde guerre mondiale) et masques à oxygène sur le visage, les explorateurs avancent dans la tourmente glacée. Au coin d’un édifice, apparaissent les Martiens, vêtus de combinaisons multicolores. Ils sont humains et parlent parfaitement l'anglais.
1) 2)
3) 4)
Vivre sur Mars,
quel cauchemar !
Vivre sur Mars, c’est génial !
D EUXIÈME PARTIE : CONNAISSANCE DE LA LANGUE
1. PRENDS connaissance du texte suivant.
Jeanne, ayant fini ses malles, s'approcha de la fenêtre, mais la pluie ne cessait pas.
L'averse, toute la nuit, avait sonné contre les carreaux et les toits. Le ciel bas et chargé d'eau semblait crevé, se vidant sur la terre, la délayant en bouillie, la fondant comme du sucre. Des rafales passaient pleines d'une chaleur lourde.
Le ronflement des ruisseaux débordés emplissait les rues désertes où les maisons, comme des éponges, buvaient l'humidité qui
pénétrait au-dedans et faisait suer les murs de la cave au grenier.
Jeanne, sortie la veille du couvent, libre enfin pour toujours, prête à saisir tous les bonheurs de la vie dont elle rêvait depuis longtemps, craignait que son père hésitât à partir si le temps ne s'éclaircissait pas; et pour la centième fois depuis le matin elle interrogeait l'horizon.
Guy DE MAUPASSANT, Une vie.
a. La première phrase comporte un mot qui est à l'origine d'un important champ lexical dans le texte. Repére ce mot, et relevez dans le texte tous les mots qui forment le champ lexical.
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_____________________________________________________________________
_____________________________________________________________________
2. Prends connaissance du texte suivant.
Moi aussi, je sais une chose étrange, tellement étrange, qu'elle a été l'obsession de ma vie. Voici maintenant cinquante-six ans que cette aventure m'est arrivée, et il ne se passe pas un mois sans que je la revoie en rêve. Il m'est demeuré de ce jour-là une marque, une empreinte de peur, me comprenez- vous? Oui, j'ai subi l'horrible épouvante, pendant dix minutes, d'une telle façon que depuis cette heure une sorte de terreur constante m'est restée dans l'âme. Les bruits inattendus me font tressaillir jusqu’au cœur; les objets que je distingue mal dans l'ombre du soir me donnent une envie folle de me sauver. J'ai peur la nuit, enfin.
Guy DE MAUPASSANT, «Apparition », paru dans Le Gaulois.
a. Donne la nature des mots encadrés et la fonction des mots soulignés.
Natures Fonctions
étrange Une chose étrange
L’obsession étrange
m’ la
une Pendant dix
minutes
que Les bruits
inattendus
b. Relève dans le texte les termes ou expressions constituant le champ lexical de la peur.
_____________________________________________________________________
_____________________________________________________________________
_____________________________________________________________________
c. Selon toi, à quel type de récit appartient ce texte ? Justifie ta réponse.
__________________________________________________________________
__________________________________________________________________
__________________________________________________________________
3. Complète par tout ou par même selon le sens ( 1= « tout », 2= « même »).
1. (1) ………. les héros de mon enfance réussissaient les (2) ………
exploits.
2. C’est la (2) ……… équipe qui bat (1) ………. les records.
3. (1) ………. ces escaliers mènent au (2) ……… endroit.
4. (1) ………. les trente minutes, nous envoyons le (2) ……… message.
5. La promenade en calèche que venait de faire Marguerite l’avait (1) ………. ébranlée parce qu’elle détruisait une fois pour (1) ……….. l’image romanesque qu’elle s’était formée de la ville.
4. Choisis, parmi les expressions en caractères gras, celle qui convient le mieux au sens de la phrase.
1. Nous avons tous, du temps de notre scolarité, étudié le théorème de Thalès ………
si l'on nous demandait, après tant d'années, d'en expliquer le principe, nous serions bien ennuyés !
(d’ailleurs - de plus - par contre - pourtant - effectivement )
2. ………nous avons rencontré plusieurs personnes désagréables, nous en avons côtoyé davantage d'aimables et qui plus est, intéressées à notre projet.
(puisque - au même titre que – même si - tellement que - en vertu du fait que )
3. II est impossible de tout envisager : je souhaite ……… brosser ici les grandes lignes du projet, quitte à y revenir de manière plus détaillée au cours du débat qui suivra.
(au contraire - plutôt - a fortiori - par là - de cette façon )
4. J'ai prévu toutes les éventualités, ………par une série de calculs très précis: la navette spatiale réussira sa mission sur Vénus.
(si ce n'est - malgré tout - néanmoins - excepté - notamment )
5. Vous êtes plusieurs à avoir relu cet ouvrage, mais c'est ……… mon collègue Pierre qui n'a pas ménagé son temps pour retrouver toutes les fautes de « coquilles ».
(tout d'abord - tout au plus - principalement - au préalable - une fois )
5. Transpose en discours indirect
1. Il me dit : »Tu es coupable puisque tu rougis. »
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2. Il me déclara : « J’ai payé ton livre. »
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3. Je lui répondis : « Tu dois être malade, tes joues sont bien pâles ! »
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4. Tu me précises : « Il viendra, il l’a promis à ton père. »
____________________________________________________________
5. Elle me précisa : « Tu le verras en même temps que mon amie. »
____________________________________________________________
6. Conjugue chaque verbe entre parenthèses au temps qui convient. Fais bien la différence entre le récit (voix du narrateur) et le dialogue (voix des personnages).
Attention aux accords.
Florence (regorger) ………. de richesses et d’œuvres d’art dans lesquelles les couleurs roses (se disputer) ………. aux teintes orange, et les décors brun clair (servir)
………. de fond à des scènes gaies ou tristes. Les artistes (s’employer)
………. donc dans la fièvre à conserver la réputation de cette cité.
Les jeunes gens (parler) ………. en travaillant des dernières œuvres que le génie de Florence et des autres villes, Rome, Venise, Bologne (produire) ……….
« Je (voir) ………. hier Le Printemps que Sandro Botticelli (achever)
………. l’année dernière, (déclarer) ………. avec une évidente satisfaction un noiraud qui (travailler) ………. à une Nativité.