TESTAMENT
DE MORT
C^S-e.
r/?c
/£ 57
/DE SIEUR THOMAS DE MAHY DE FAVRAS,
Exécuté en Place de Qreve, après avoir fait
amende
honorable devant la principalè porte de VEglife deNotre-Dame.
U
L ’an
mil fept cent quatre-vingt-dix\ * y
, le
ven-
»dredi dix-
neuf
février, après-midi:Nous
Jean- NicolasQuatremere
, Confeiller
du Roi en
fon Châteletde
Paris, affilié de
Me
JeanDrié
,
Greffier
Commis
,fommes
tranlportés à l’Hô- tel-de-Ville,
pour
faire mettre à exécution lejugement
en dernier reffortrendu
au Châteletde
Paris ,laCompagnie
alfembléelejour d’hier, lequelcondamne Thomas
deMahy
de Favras,
a faire
amende
honorable,&
à êtrependu en
place deGreve, &c.
,&
ledit Greffier dere- ‘ tourde
l’amende honorable dudit deMahy
de
Favras, nous ayant rejoint dans l’une des
falles dudit Hôtel -
de-
Villepubliquement,
&
les portes ouvertes; fur ce qui nous a été
dit
que
lecondamné
avoit des déclarations ànous
faire, nous avonsordonné
qu’il leroitA
HiENE¥B£fliUf
UBRARÏ
amené
pardevant nous par l’exécuteurde
la haute-Juftice.Et
nous
a dit :que pour
l’acquit* de facon-
fcience, il fe croit obligé de nous déclarer qu’en cemoment
terrible, prêt à paroître de- vantDieu
, il attefte en fa préfence , à fes Juges ,&
àtous les citoyens qui l’entendent;d’abord qu’il
pardonne
auxhommes
qui l’ontinculpé fi grièvement,
&
contre leur confcien- ce,de
projets criminels qui n’ont jamais étédans fon
ame
,&
qui ont induit juftice en er-reur.
Le
déni d’entendre ceux qui étoient pro- pres à dévoiler l’impofture 6c les faux témoins,
eft peut-être
en
cemoment un
reproche qu’unmalheureux condamné
pourroit faire à juftice*mieux
éclairéey l’erreur ne fe fût pasem-
parée d’elle, §&
un jugement
effroyable, quicondamne
l’innocence, n’auroit pas fouillé les levres qui l’ontprononcé, &
les mains quil’ont (igné.
Mais un aveu
folemnel , quimé-
ritera fans doute à
un
innocent , lacompaf-
fîon d’un peuple qui femble jouir de fa mi-
fere
&
de fon infortune, eft l’aveu qui vafuivre.
Ni en
juilletyni enfeptembre,
ni en oélo-bre, quand
jeme
fuis adreffé àM.
lecomte
de
St-Prieft,aucune a&ion
dema
part, pro- pos ni projet^ n’apu donner
lieu aux confpi- rations effroyables quim’ont
été imputées pour enlever leRoi
, détruire 1AfTemblee
Nario- nale , &. faire périr trois des principales têtesde
l’Etat. Je jure au contraire, devantDieu, que
j’ai plulieurs foisblâmé
,non
pas direéle-ment,
ceux qui ontformé de
pareils projets,
car je ne les ai pas
connus,
maismeme
l’idéede
pareils projets, particuliérement,de violen- ces contre leRoi
, convaincuque
jamais ilne
devoit quitter fa réfidence ordinaire ,&
qu’ilauroit fallu l’y maintenir plutôt
que de
l’en enlever. J’ai profefTéouvertement
cette façonde
penfer par cette confidération,&
fans au-cune
intelligence préalable ni préméditée. J’ai confenti, le cinq octobre, fur lademande
de la pluralité de ce qui*étoit aux appartemensdu
Roi
,&
avant que l’on fût certain fi la milicenationale de Paris fe rendroit effeélivement à Verfailles, J’ai confenti, dis-je, à m’adreffer a
M.
de St-Prieft ,pour
lors au cabinetdu
Roi,
dont il eft forti
pour me
parler, afinde
luidemander
fion
pourroit ufer1des chevaux des écuriespour
enlever l’artilleried’une multitudearmée
qui occupoit l’avenuede
Paris ,&
quimenaçoit la tranquillité
de
Verfaillespendant
la nuit. Cette
demande
ne pouvoir avoir fon exécutionque
dans le casoù M.
de St-Priefty
auroit confenti par lapermiflïon du Roi ; elle etoit tellement innocenteque
je ne fuis pasen
ctat de
nommer un
feulde
ceux quim’ont engagé
à la faire#,Dieu m’entend
^&
je disvrai. Cette
demande
cependant,venue
à la fuite d’une dénonciation déjà faite àM.
le mar- quisde
la Fayette,&
par laquelle je lui avorsdéjà été repréfenté
comme un
confpirateur,
par
un homme
dont je n’étois pasconnu
,paroît être
devenue un
premier indice de lui- picion qui a fortifié cette prévention; elle étoït mal-fondée.Le moment de
lademande
paffé,
il n’a plus été queftion -de rien. C’étoient
de
A
igrands
ennemis
du bien public ,&
par-ticuliérement
du Roi
, qui avoient excité cette infurrediondu
cinqodobre
: cesenne- mis
, difoit-on de toutes parts, vouloient la deftru&ïon entièrede
la Famille Royale, J’ai-mois mon
Roi, je mourrai fidele à ce fenti-ment
, il m’avivement
affedé, mais aucunmoyen
enmoi
ni volonté, n’a été d’employerdes mefures violentes contre l’ordre des chofes
nouvellement
établies. Je n’ai point de penfion, aucune grâce perfonneüe*mes
interets, ceuxqüi attendent les
miens
, font en pays étran- gers , je ne perdois rien avec le nouvel ordra des chofes , je ne pouvois efpérer qu’y gagner perfonnellement $ maisle
Roi
conduit à Paris,
la faction qui luiétoit contraire , ne perdoit pas
de
vue ,que
lecoup
prémédite aV
erfailles,
avoit été
manqué. Pour y donner
de la fuite,&
dans l’intention de [effectuer,on
a travailléle peuple, afin d’y fomenter les troubles qui
,
au
mois de novembre
, ontmenacé
la villede
Paris d’une infurreétion nouvelle.À
cette occafion,un
grand feignetir , d’une maifon quimarche
après celle de nos Princes,&
atta-ché
par état à la cour , ayant défiréme
par- ler, parceque,
difoit-il ,mutes
les trames lui étoient connues; je fus chez lui ; dans la pre-mière
converfation , il ditque
la maniéré dont Pavois voulu garantir les jours du Roi àVer-
failles , le cinq
odobre
, lui avoitdonné une
haute idée demon
attachement à Sa Majefté;que
fi j’avois quelquesmoyens
de prévenir lecoup
terrible dont elle étoitmenacée
, ilme
prïoit dem’y employer
,pour
préferverles jours du Roi, qu'il regardait dans le plus grand danger,
& que
fi jepou
vois connaîtrete degré des troubles dont le fauxbourg ‘St.
An-
toine paroifïoit agité, il
me
prièreit de l'en in-former
; qu’étant vorfin
de ce
fauxbourg, j'au- rois plus dre
moyens que
lui de favoir ce quis
y
paiïe.Quelques
réflexions dema
part, fur
cette inquiétude, le mirent dans le cas
de
ndafiurer qu'il connoifloit la cabale;&
enfin , fans rienme demander
autre choieque
de ^in-former
de l'étaton
japprendrois -être les ap- parences d'infurrecliondu
fauxbourg St-An-
toine, il
me
ditque
Tachantque
je n’êtôis pas riche ,&
la recherche de ce connot(Tentent pouvantme
devenir difpendieufe, Ü m'cfFroît cent louis,
pour
les inftruélionsque
je pourraisI-ui
donner
:que ma
déiicateflene
devoitpasfouf- frirde
lesaccepter,qu'il
me
tes donneroiten lieu propre à levertous fcriipiiles. Et enfin ,pour
les lever, il m’invita àme
rendre chez le Roi , le foirdu même
jour ,où
ilme
les remettroit y aprèsque
Sa Majefté auroitdonné
l'ordre.Je
me
fuis rendu au rendez-vous ; ce Seigneurs'y trouva de
même
; en fortant du cabinetdu
Roi , ilme
remit les cent louis ,en deux
rou- leauxde
vingt-cinq doubles chacun,.Nous
des-cendîmes enfemble du
château ; ilme
con-duifit dans fon cabriolet jufquYla rueVivien ne, dans la rue des Petits
Champs
,& chemin
fai-fant , il
ne
ceffoit de m'entretenir des dangersimminens que
couroit la viedu Roi
, fiPinfur- reêlion avoit lieu.Ce
Seigneurne me
dit pointque
lescent louis venoient de Sa Majeflé, mats
bien tout ce qu'il faut pour y faire croire :
& on
l
tionappréhendée. Je lui
promis donc
toutmon
zèle. Je ne
manquai
pas à prendre les infor- mations néccfïaires. Lesmouvemens
étoientgrands, mais je ne les ai jamais jugés dange- reux ,
&
je le lui ai dit. Lui-, au contraire,me
regardantmal
informé , confidéroit ledanger
toujours plusimminent
,&
au point qu’il cefsa de coucher dansIon hôtel, pour,me
dit-il, être plus prèsdu Roi, ayant
une chambre
aux Tuileries, près
de
Sa Majefté,ou
il paf-foit toutes les nuits quelques jours apres,
moi,
cherchant toujours à le raiîiirer, parce
que
je favois quil avoittenu la Famille Royale fur pied toute la nuit, ilme
dit ces propres paroles :Vos
informations font mauvaifes, i’iniurreêlionaura lieu; elle fe portera vers les Tuileries.
La
viedu Roi
eft dans le plus grand danger. Je fais,de
fcience certaine,que
s’il a peur ,&
qu’ilforte de fon appartement, il
y
a ordre de tirerdeflus. Je frémis à ce récit,
&
ilme
le répétadeux
ou trois fois; je fus toute la journée horsde
moi. Je fus, fur le foïr, au fauxbourgSaint-Antoine
; jeme
mêlai dans plus de vingt pelo- tons de gens attroupés,&
j’entendisde
toutesparts, fans
que
perfonne aitpu m en
expliquerla caufe
,
que
le tumulte fe porteroit fur les Tuileries.Me
trouvant fortifié,pour
lors,dans la terreur quiavoit été
imprimée
amon ame
du
fanatifme qui menaçoit les joursdu
Roi , je rentrai chezmoi
très-effrayé. Cétoitlemême
( 7 )
jour
que
s’y trouvèrentks
fleursTourcaty &
Morel
,&
il ne faut pas s’étonner fl je leur témoignai de l’inquiétude. Il ne fut ditque
cela&
point parlé decomplot
,&
peut-être que,fije n’avois pas
eu
Teipoir d’appaifer, de quel- qu’autremaniéré
, l’inturre&ionappréhendée
9je leur auroispropofé de m’aider par les
moyens
qu’ils m’avoient dit être en
eux
, pourme
fervirdans l’occafion , fervice qui fe rapportoit à des pays étrangers; mais pour lors il n’en futpoint
quedion
,&
je neles réclamai pasde
cesdeux
hommes
kqui jepardonne, &
à qui je fou haiteque Dieu pardonne également
leursimpo
dures.L’un m’a
accufé, ce jour-làmême
, d’un long détailde
confpiration. L’autre l’a nié.Mais
lelendemain
, voulant tenter de calmer le peupledu
fauxbourg , Si la nuit s’étant pafTée pluscalme que
je ne l’auroisdû
fuppofer, jem'a-
drefi'ai au
Curé
de fainte Marguerite ,comme
un
digne&
honorable Pafleur,pour
m’infor-mer
de lui s’ilne
connoilfoit perfonne en étatde
calmer le peuple,&
de l’inviter à la paix :il
m’a
ditque non
^ ce quime
caufabeaucoup de
peine.D’un
autre coté , je travaillons à raf- furer laFamife
Royale parmes
rapports, ilsfurent toujours judifiésparl’événement; deforte
que
ceSeigneur, qui la tenoit dans des craintes
beaucoup
plus confldérables, n’étoît plus cru :j’obferve
que
ce Seigneur n’ed pointM.
leComte
delaChâtre, maisun
Seigneur d’un rangbeaucoup
plus élevé.Ce
fut dans cemême
temps
, qu’inopinément,&
par hafard , je fus invité àm’informer
du fleurMarquié
, dequel- ques circondances relatives au 6 Qéfohre :on
(
étoitperffiadé
que
le faîut de la FamilleRoyale
lui étoit du : qu’il avoit auffi
empêché
lemaf-
facre général desGardes-du- Corps,&
je trouvaidans cet Officier des fentimens fi honorables,
que
vu la crifedu moment
, je crus ne pouvoir
mieux
faire que de le fonder fur la difpofitionde
faCompagnie
des grenadiers, afin
d’empê-
cher l’approche des Tuileries en cas d’infurrec- tion.Mon motif
étoit pur,&
ilme mena
à quatreconventions
aiec cemême
Officier, ians^autremotif que
de prévenir lesmalheurs
des jours du Roi. Je n’ai jamaiseu d’autre inten- tion.Le
plus grand détailde
ceque
j’ai fait , à cet égard , eft configné dansun Mémoire
qui auroitdu paroîtreimprimé
ily
a plufieurs jours,&
dont je n’ai euque
fortpeu
d'exemplaireshier au foir a près de dix heures. Je prie ceux des Citoyens qui m’entendent %
&
à qui ce dé-tail vrai peut caufer quelqu’impreffion , d’y re- chercher 1innocence d’un
homme
qui vamourir
tout-à-Vheuie, de leplaindrecomme une
vic-time dévouée
, mais parfaitement réfignée ,&
de
fe pénétrerde
cette autre vérité,
que
lesxnouvemens
de l’inforreftion n’ont fini qu’aumeme moment
où j’ai celle de voir le heurjMmquie
, puilqu’alorsje r/avois plusaucun motif
p mr
le rechercher ;que
d’ailleurs je n’avoiscommunique
à perfonne, pas
même
au Seigneur dontjai parle,
ma
conduite enversle (leurMar-
q
ié ;& que
cemême
Seigneur, verscemême
temps
ou j’ai celle de voir ledit heurMarquié
,
me
dit,
en préfence d’un
témoin
, queDieu merci
fes alarmescommençoier.t
à cefler,
que
le Roi
ne
tarderoit pas à recouvrer l’autorité«légitime qui lui appartient, fans
aucune
crife ni ronvuifion populaire , qu’ilne
s’agiffoitpour
cela
que de
faireun
Connétable ,&
dedonner
un nouveau Commandant
à laMilicedeParis.Jefispeut-être
une
réflexion qui n’apasj
favoir,
que
l’un&
l’autreétoient trop jeunespour'' "leur deftination refpe&ive, car
on me
tournale dos,
en me témoignant
dumécontentement.
Depuis
ce jour, je n’ai plus vu ce feigneur qu’une feule foischez
lui,où
ilme
déclara qu’ilme
prioit dene
plus venir ; parceque
jedevenois fufpeêl. Je
m’enfuis, en
effet abfte*nu;
il n’avoit jamais été, entre nous, queftionde
toutes ces confpirations déteftables. Cette dépofition fait voir le principede ma
condui- te, qu’elle étoïtmue
parun
agent vifihîe, fk.par
mon amour pour mon Roi
, fansque
j’yaye été pouffé par aucune million direde. Je h’avois
que
celle d’informer desmouvemens
;cette conduite,
néanmoins,
toute loyale& ho-
norable qu’elle efl,me
fait périr furl’échafaud;elle
me
laiiïe aumoins
la paixde famé
,&
la tranquillité
de
la confcience. Elle foutientmon
adverfité. Jene
doute pointque
les té-moins
impofteurs foient reconnus. Jedemande
leur grâce.
Que
perfonne n’appréhende lafuited'un
complot
imaginaire.Que chacun examine,
. * furmon Mémoire,
les dépofitions^à^ témoins,*\
elles
y
font par-toutune
, à l’exceptionde
quel- ques faits matériels&
fans preuves, cités ver-balement, &
prefque toujours contradictoire-ment
par lesdeux
auteurs d’une dénonciation prétenduede complot
qui m’affaffine. Je leurpardonne
r je le répété. Je plains leségaremens
fe /;
r
de
îa judice;comme
pouvant être attribués*en
partie , à ces bruits accrédités dans le peu- ple , par lefqueîs il a ététrompé
,&
qui luifont délirer en ce
moment ma mort;
ce n’eft QW'iww>»»vjeque
je rendraiun peu
plutôt à l’E- tre éternel quime
l’adonnée,&
qui,s’ilme
faitgrâce,m’accordera,peut-êtredansfâjudice,undé*
dommagement
perionnel à l’infamie dufupplice qui terminemes
jours. Jerecommande ma mé- moire
à l’edimedeshonorablescitoyens quim’en- tendent.J’yrecommande mon
époufetrop infor- tunée,
que
des adverdtés relatives à îa Religion Catholiquequ
elle profefle , ont éloignéedu
fein d’un pere
&
d’une famille, dont l’alliancene
déshonorerait pas nos Rois.Jerecommande deux malheureux
enfans,
que
xje laide à l’at- tentionde ceux
qui , dans quelques-unes des circondancesde
leur vie, croiront pouvoir lesdédommager de
îaperte d’un pereil néceffaire à leur éducation&
à leur fortune.J’ai faitcette dé-*pofition
uniquement
dans l’intentiondeme
laver des taches criminellesdecomplot,
dontma
con- duite cachée apu donner
lieu à fufpicion.Une
grande
confolationpourmoi,
fontlesfoinsgéné-
reux deM.
le curé de S.Paul,mon
refpe&ablePadeur que
j’ai appelé auprèsde moi,
dans cesmomens
cruels, pour calmer les follicitudesde
mon ame/
jîes qu’elle va être détachéede
mon
corps^ jedemande
à judicede
permettreque
ce dernier lui foit remis ,pour
qu’il re- çoivela fépulturede
tous lescatholiques apofto- îiques&
romains.Dieu me
faifaut la grâce demourir
dans les fentimensd’un vrai chrétien,de
la fidélitéque
je dois&:que
j’aijurée àmon
Roi, &
d’emporter avecmoi
l’efpoirque
ianouvelle conflitutîon Françoife rendra les peu- ples de cet
Empire
suffi heureuxque
je le de-fire. J’ofe prier
M.
leCuré de
Saint-Paulde
réclamermon
corps , des quil ne fera pusque
matière , deme donner
les foins .de l’anitié qu’il
me témoigne
dans cesdermeis momens
, en l’honorant dune
fepulturecou
venable; j’ai fatisfait à juftice, par 1amen
e honorable à laquelle ellem’a condamne,
ÔCque
j’ai faite devant l’Eglifede notre-Dame.
Il appartient à tous
& un chacun de commen-
cer par lui obéir.
Mais
avant de remettremon ame
dans lesmains
deDieu,
je protejten’avoir fait
aucun
projet pouremmener
leKot
à
Peronne
ni ailleurs ; n’avoir jamais préméditéla deflru&ion de l’affemblée Nationale, oc
en-
coremoins
des violences envers elle, niaucun de
fesmembres
*, n’avoir jamais euen
penieedesaffaflinaîsaffreuxdont
on
m’ainculpécomme
projet d’attenter aux jours
de
trois principales têtes de cetEmpire
;que
je n’ai jamais voulu porter la famine dans cet ville& que
jene
conçois pas
même
ce qui apû donner
lieu aune
inculpation fi étrange.Que
fi j ai par edes
mécontentemens de£ province
îeT1 al parlécomme
de chofesconnues &
publiques ,mêmes imprimées
, mais auxquelles je naijamais
donné
lieu,en
quelquemaniéré que
ce Toit ;que
les troupes étrangèresque
je fuis ac~eufé avoir voulu faire entrer dans le
royaume
,
feront aux
yeux de
tous les Princes etrangers a qui elles appartiennent&
qui doivent^ (avoir,
que
jamais je n’ai rien tenté de fembiaDle> ns-gocie directement ni indireflement vis-à-vis
deux
,
une
p cuvé évidentede mon
innocence iur ce dernier fait. Enfin, puifqu’il fautune
victime je préféré quelle foittombée
furmoi,
par préférence fur tout autre,&
fuis prêt àme
rendre à l’échafaud
où
la jufticem’a condamné,
afin d’y expier des crimes
que
jen’ai'pascom-
mb
, mais dont le peupleme
croitcoupable
aPre'
/
avoir élevé à
Dieu
la derniere demes
penfée dansce
moment
fiterrible quifaitfrémirla nature.
Sommé
de déclarer lenom
du feigneur dontil a parlé dans îa préfente déclaration.
A
ditque
cefeigneur ne luiayant jamais paruque
pénétréde crainte fur les dangersoù
s’efitrouvée îa vie du
Roi
,ou du moins
dont il a paru êtrefermement
perfuadé, que le
Roi
étoit
menace
, fansque
ledit feigneur lui aie jamaistémoigné
rien propre à faire fufpecler les intentions, ni à faire croire qu’ilpuifle être confpirateur, fon
nom ne
parcîtd'aucuneutilité a déclarer.Sommé
de déclarer s’il a fa quelles étoient les perfonnesque
le feigneur dont il a parlédéfignoit pourêtreConnétable
& Commandant-
,général
de
îaGard?
Nationale Parifienne.,
qu'ouï
,
que
cesdeux
perfonnes luiontété
nommées,
maisqu'il croitégalement
inu-tile de les citer
,
vu que
l'on en pourroit dé- duire quelqu’idée de fa part contraire àcequf
fe doit au
moment ou
foname
va paroîrre devantDieu
,que
d’ailleursces élévations par- ticulières, efpérées difoit-on, du confentementdu
Roi, n ont point été indiquéescomme
de-vant opérer
une
contré- révolution nuîfibîe à Tordre préfent des chofes;mais uniquement,
comme moyens de
faire reprendre auRoi, une
autorité légitime qui feroit agréable au peuple: déclaranten
outre qu'aucune de cesdeux
places éminentes ne devait êtreoccupée
par aucun des Princesdu Sang Royal
, qui,
dans tout ceci,
ne
font rien niais feulement,comme
je l’ai dit, d’autres familles puiflantes qui ont joué, depuis long- tepips,un grand
rôle à la Cour,Que
ces révilptions n’ont été fai- tes, dema
part,que comme
indices certains de ce qui amu mes démarches
tropmalheu- reufement
interprétées;que
juftice ayant pro-noncé
l’arrêt dema mort,
quine
peut plus fe différer, l’aveumême
de celui quim’a donné
ces diverfes connoiffances,
ne
pourroit plus re- tarder ni fairechanger
cejugement; que
je le crois affez loyalpour
penferque
fi cet aveu de- voitme
rendre la vie, 6c avec elle l’honneur, qui m’efi encore plus cher, cet appareil quien-
vironnemon
échafaud, ne lui permettroit pasde
balancer à convenir de faits véritables qu’ilm’a dit; mais
que
fi parmalheur
quelque confi- dcration le retenoit fur cet aveu, je pourroi#, par cela feul, être'taxé d’impoftures; ce à quoi•je ne ni’expolèrai pas£
quanâau moment
de per-dre la vie
ignominieufement
^ je puis, parmon
filence, la perdre en quelque
maniéré
glorieu- fement. J’attefte qu’un feul de cesdeux
perfon- nages a converfé avecmoi
fur ces dignités;que
l’autre ne
m’en
a point parlé,
que même
je n’aijamais eu avec lui
aucune
relation,
que
feule-ment
les deuxnoms m’ont
éténommés
;& com-
me
je l’ai dit, en préfence d’une tierce perfon-ne
: tout ledécouvre
, tout s’apprend, mais ce nefë pasmoi
quien
donnerai l’ouverture, celame
paroilîànt ,comme
je l’ai dit , d’une inu- tilité parfaite. Jeme
permettrai, avant de clorema
déclaration/
dedemander
àM.
le Confeil-ier-Rapporteur, s’il lent Ton
ame émue
par ceque
je viensde
dire en faveur d’une jullifica- tion qui pouvoit être plus complette enma
fa- veur, fi je n’avois éprouvéun
déni de juftice fur des témoinsque
j’ai cru nécefîàires à l’inf-truélion de
mon
procès, s’il croitque
l'aveu desnoms
qu’ilm’a demandé
pouvoit changer quelque chofe à la fentence fous laquelle jeme
trouveopprimé, &
fi il penfeque
l’aveude
tout ceque
j’ai dit ici , dont je n’ai point parléau procès, par la perfüafionoù
j’étois qu’au-cun témoignage
ni preuve n’étoit completteou
fuffifante
pour
faire perdre la vie àun homme
qui, dans le for de fa confcience , fe fentoit innocent:jelui
demande
, dis-je, s’ilpenfeque
ces dénonciations auroient portéun
plusgrand
jour àmon
innocence,&
retenu le brasde
Ja juftice qui
me
tranche les jours> S’il lepen-
fe, je le fupplie de repréfenter à la
Cour
quim’a
jugé , qu’une de fes ^viâîmes fouhaitede-
venirpour
elleun
fujet de circonfpeêtion qui la fafïe balancer àprononcer
desjugemens de mort
, s’il fe préfente à fesyeux
quelqu autre accufé, aufïï extraordinairement impliquéque
je l’ai été dans
une
caufe furnatureile, qui tient
du roman & de
la féerie. Je prie, dis-je,&
en
casde
befoin, je
fomme
, fi cela m’eft per-mis, M. Quatremere
, ce digne Confeiller,de
.jj
vouloir bien, d’après fa confcience, répondre à ces interpellations
de ma
part. Sa révéritén’a fait
aucun
tort, vis-à-vis demoi
, à la droi- ture de fa façon de peufer&
de foncœur
,en
rem
pli(Tant un devoir pénible, ]eme
complaisà croire qu’il a déploré
ma
pofttion, vu la cir- conftance qui, peut-être, aaggravé&
précipitémon
jugement.Lecture faite, ledit
condamné
a perfifté,&
alignéavec nous
&
notregreffier, aprèsnousavoirdemandé
lapublicité|dupréfent parlavoiedefini- preffion :&
au bas dechaque page, comme en
fin
du
préfent, eft ainfi fignéMahy
de Favras,Quatremere &
Drié.Enfuite efl écrit:
Nous
fouffignés, reconnoif- fonsque
le cadavrede Thomas de Mahy
de Fa- vras, exécuté àmort
ce foir, nous a été à Finf- tant remis pour le faireinhumer en
lamanière accoutumée,
dont décharge. Faiten
l’Hôtel- de-Ville deParis,leVendredi
i9 Février 1790.Signés, Guillaume* François
Mahy,
baronde Cormeré
, fon frere; Charles-LouisMahy
de Chitenay, fon frere.Collationné conforfrie à la minute.
DRIÉ.
Nous permettons
au Greffierde
faire impri-mer &
rendre public, le préfentTeflament de
mort. Fait au Châtelet de Paris, ce
22
Févrieç 1790.Signés
,
TALON.
DE FLANDRE DE BRUNVTLLE.
Veuve Desaint , Imprimeur du Châtelet
, 111e de la
Harpe, au-defTüs de PEgliie S. Corne,