ire
Année t N°
9Mardi
i 5Décembre
1903BERLIOZ JUGE PAR WAGNER
Si
j'étais Beethoven, je dirais:
«
Sije n'étais Beethoven et
sij'étais
Français, je voudrais être Berlioz. » Parlerai-je ainsi dans
l'espoir d'être plus
heureux? Je ne le sais
au juste, mais je
ledirais cependant. — Chez ce Berlioz flam- boie la jeunesse d'un grand homme
;ses symphonies sont les batailles et les victoi-
res de Bonaparte en Italie. —Il vient d'être fait consul,
ilva deve-
nir empereur,
ilva conquérir l'Alle- magne et
lemonde. — Mais l'en-
verra-t-on
'à Sainte-Hélène
?Je
l'ignore. — Je sais bien toutefois que, dans ce cas, on l'en ramènerait triomphalement. Berlioz est un grand général. De même que je ne puis me figurer les victoires de Bonaparte
qu'en me représentant clairement devant les yeux l'image du héros et
en le mettant
àla tête de la mons- trueuse mêlée, ver- sant à travers la masse mille pensées fulgu- rantes qui le dirigent,
— de même je ne puis m'imaginer une svm- phonie de Berlioz sans le voir lui-même à la
tête des exécutants.
Ces créations gigan- tesques, enfants des orages juvéniles d'un génie débordant, con- tinueront de vivre lorsqu'un jour
la France reconnaissanteaura dressé un marbre fier sur la tombe de leur auteur"; mais, seule, la tradition pourra leur donner, aux yeux de la postérité,
lasignification qu'elles avaient pour les contemporains,sous
la direction du héros. -gënial>x.Le
HECTOR BERLIOZ
(;;
Décembre 1S03 - S Mars iS6ç>)98 REVUE MUSICALE DE LYON
père doit en transmettre le souvenir
au fils, et celle-ci au petit-fils, autre- ment
ilarrivera peut-être que l'on
ne croira plus à ces réalités étonnan- tes et qu'on lés prendra pour des contes des Mille et une Nuits (i).
RICHARD WAGNER.
Le Centenaire de Berlio?
^°
Le centenaire de Berlioz
aété célébré
la
semaine dernière,
àParis, par
desauditions d'oeuvres du compositeur, dans
les
grands concerts du dimanche.
Leil décembre, une cérémonie fort simple
a
eu lieu au square Yintimille,
aupied
dela
statue
deBerlioz. Cette réunion tout intime
aété simplement un hommage silencieux et muet
auMaître dauphinois, hommage plus
expressif, ensomme, que
desdiscours solennels. Des fleurs et
descouronnes ont été déposées, au nom
dela
Société
desConcerts du Conservatoire,
de
l'Opéra-Comique,
desConcerts- Colonne,
de laville
de laCôte-Saint- André,
etc.Une couronne portant l'ins- cription
: « Letombeau ne couvrira jamais ta gloire
», a étéenvoyée par rémi- nent capellmeister Weingartner
;d'autres, par l'orchestre Kaim
deMunich,l'orchestre royal
deBerlin,
lethéâtre
de laCour
deCarlsruhe...
Quelques paroles furent prononcées par M. Meyer, maire
de laCôte-Saint-André, et par
M.Bourgault-Ducoudray.Puis,
lesassistants
sesont rendus au tombeau
de Berlioz(cimetière Montparnasse),
oùM.Eugèned'Auriac, proiesseur àlaFacuité
des
Lettres,
adéveloppé
enun discours cette idée que Berlioz, enfant de l'admi-
rable génération
de1^30, fut, parmi
les(1) Cette page traduite et publiée récemment par M.'-Kufïerath,est la première page d'un projet d'articleécrit par Wagner en 1840 ou 1841 pen- dant son premier séjour à Paris.
musiciens,
leseul qui
en1ait exprimé l'idéal et n'en ait
pastravesti l'esprit, ayant
créé des oeuvresd'une hauteur
égale, à celles des plusgrands génies de la
poésieet
desarts que cette époque ait vus naître.
Les
pouvoirs
publics sesont complè- tement abstenus
detoute participation
officielleau centenaire
deBerlioz.
A Lyon,
lecentenaire
de Berliozaurait
passé
inaperçu sans-le concert
de laSym-
phonie lyonnaise,
dont nous publions plus loin
lecompte rendu. Nous espérions que la municipalité organiserait peut-être, à
cette occasion, un
de cesconcerts du Con- servatoire,
sisolennellement annoncés dans
leprojet
de larégie municipale
desthéâtres; Berlioz
aété
laissé decôté.L'or-
chestre du Grand-Théâtre
esttrop
occupépar
lapréparation
desreprises du
Chalet, de laFille
dit Régiment, de Mignonet
deLa Traviata...
De la "Musique d'Orgue
^°
1
De toutes
leslittératures musicales la moins connue
sanscontredit est
celle del'orgue.
Aussicroyons-nous être utiles aux lecteurs
de la Revue enpubliant un ar- ticle sur
cesujet
engénéral. Dans
lasuite, par une
séried'articles, nous essaierons de
lesdocumenter
aussicomplètement que
possible
en publiant
desétudes sur
lesprincipaux maîtres de.l'orgue.
Parlez
àun musicien même instruit qui connaît
lamusique
dechambre et d'or- chestre,
les oeuvres depiano et violon
lamusique théâtrale, etc.de
lamusique d'orgue,
ilpourra vous citer quelques noms,
Bachet Hândel
chez lesanciens, Guilmant et peut-être
M.Widor
chez lesmodernes.
Si
vous
le poussez plusloin et que vous
lui demandiez quels sont
lesmorceaux
REVUE MUSICALE DE LYON 99
qu'il préfère,
ilvous citera deux ou trois fugues
de Bach.Pour Flàndel
onserait bien embarrassé
de lefaire car
iln'existe pas,
chosequi .surprendra beaucoup
degens, d'oeuvre originale
delui pour or-
gue seul. Chez
lesmodernes
onvous ci- tera
la Toccata de M.Widor. Un point et
c'est tout.
D'autres encore vous diront qu'il n'y
apas
demusique intéressante écrite
spécia- !lement pour l'orgue et qu'il vaut mieux jouer
destranscriptions d'ceuvres connues et de valeur,
desfragments de Beethoven, Schumann, voire même Wagner.
Al'in- convenance de l'exécution de
cesoeuvres
à
l'église
il aété répondu l'autre jour par avance dans l'article sur
laMusiqifi d'Eglise. De plus
il y aune réponse to- pique
àfaire aux amateurs de transcrip- tions. Le pays
où il sejoue
leplus de
cestranscriptions,
il y en adescentaines de pu- bliées, c'est l'Angleterre,
le pays leplus antimusical qui soit
aumonde.
Cette ignorance presque générale
aplusieurs causes. Une
desprincipales est qu'il n'existe
pas detranscription
despièces
d'orgue pour piano. Alors que sur tous
lespianos traînent
desarrangements,
de
quatuors, symphonies ou opéras vous chercheriez en vain une transcription de morceau d'orgue et cependant certaines
pièces
pourraient facilement
sejouer
àquatre mains ou
àdeux pianos et en don- ner une idée
àpeu près
aussiexacte pour
le
moins que
celleque peut donner l'ar-
rangement
àquatre mains
dessymphonies
de
Beethoven.
La
seconde raison est que l'on entend, en France du moins, l'orgue exclusive- ment
àl'église. Là,
lesmorceaux sont souvent tronqués par
lesexigences de
laliturgie; de plus l'auditeur n'ayant
pasde programme, ne pouvant matérialiser
cequ'il entend par un nom d'auteur ou par un titre de morceau, est
exposé às'égarer
et ne peut coordonner
sesimpressions.
Enfin,
ladernière
cause,peut-être
lameilleure, c'est que
cen'est que depuis peu d'années que
lesorganistes jouent de
la
musique digne de
cenom.
Ily
aencore quelque trente ou quarante ans, en pro- vince du moins, on inaugurait toujours un orgue
avecun
belorage
avec effetsde grêle, tonnerre, etc., des improvisa- tions macaroniques, et deux ou trois morceaux de
Bâtisseou Lefébure.
Legoût était tellement corrompu que Saint-' Saëns succédant à Lefébure-Wély
àla
Madeleine ne trouvait grâce ni devant
le clergé
ni devant
les fidèles de lapa- roisse.
Aujourd'hui
leschoses ont bien changé.
Grâce
àLemmens et
àson école,
grâce àl'excellente
écoledu Conservatoire
deParis
à latête delaquelle ont été
succes-sivement César Franck, Ch. M. Widor
et
A.Guilmant
(cedernier est encore titulaire) toute une pléiade d'organistes
virtuoses et compositeurs
estnée et
sedéveloppe tous
lesjours.
Mais
l'éducation du public est encore
àfaire, en partie du moins.
Aussiapplau- dissons-nous
avecplaisir
à latentative que
vafaire cet hiver notre excellent
col-lègue,
M.Daniel Fleuret, dans
la salled'orgue
de larue Childebert et ne pou- vons-nous qu'engager nos lecteurs
àsui-
vre
sescours sur
laLittérature de l'Orgue.
Un simple aperçu aussi bret que pos- sible, prouvera amplement que
lalittéra-
j
ture
del'orgue est une
desplus riches et par
lenombre et par
laqualité
descom- positeurs qui ont écrit pour
leroi
desinstruments.
i Le
plus ancien compositeur pour orgue connu est Paumann (1410-1473), dont
lemanuscrit est
à labibliothèque
deMunich. Nous avouons humblement ne
pasconnaître
sescompositionset,
sinous
le
citons, c'est pour montrer que la mu- sique d'orgue
est desplus anciennes.
I
Au
xiYesiècle, mentionnons
:en Alle-
!
magne, Schlick
;dans
lesPays-Bas, Buns
REVUE. MUSICAL!: DE LYON
et Sweelinck, l'inventeur
de laFugue d'orgue; en Italie, Merulo
etFrescobaldi, dont
lessonates et
lesfugues sont éton-
nantes pour l'époque
où ellesfurent
écrites.
Citons seulement
lesprédécesseurs
de Bach,Buxtehude Pachelbel, Reinken, Scheidt, etc., et arrivons
augrand Cantor
de
Leipzig.
Il est malheureux que
lapartie de son
oeuvred'orgue
laplus
expressivesoit
lamoins connue, nous voulons parler
des Choralspour orgue qui sont une
des oeu-vres
lesplus
parfaitessorties d'un cerveau humain.
Hândel, que
lescontemporains aimaient
à
opposera
Bach, aécrit dix-huit concertos pour orgue
etorchestre, qui nous ont
ététransmis plus ou moins fidèlement
etsont
bieninégaux comme valeur.
Après
Bach, lescompositeurs allemands pour orgue furent légion
;qu'il nous
suf-fise
de citer
ses fils et ses élèvesKittel, Krebs, Yogler, Kirnberger, puis Rinck, parmi
lesplus modernes, Thiele, Merkel, Rheinberger,
etc.Mendelssohn, qu'il est
demode
de dé-tracter aujourd'hui,
aécrit trois préludes et fugues
et sixsonates
quisont
depurs chefs-d'oeuvre
deforme et d'inspiration.
Le
nom
de Bach (B. A.C. H.),
ainspiré
à
Schumann
six bellesfugues.
La dernière
oeuvre deBrahms est un recueil
de onze choralspour l'orgue, qui malgré une forme un peu
sévèresont
detoute beauté.
Enfin
ledernier venu, Max-Reyer,
apublié
des oeuvrestrès modernes. Alors que l'influence
deMendelssohn
estencore flagrante
chezMerkel, Rheinberger,
etc.Max
Reyer semble dans
ses procédéshar- moniques,
dans sonarchitecture musicale s'inspirer
deWagner.
Le
Danois
Gade aécrit trois
piècesintéressantes. Un
de sesjeunes
compa-patriotes Otto Mailing
a eu desdébuts
qui
promettent,
bienqu'il
abusepeut-être
des eflets
descriptifsdans
sasuite intitulée
«
Christus
», où il avoulu représenter
les
différents
épisodes de lavie de Jésus.
Les
Italiens
aprèsun long temps d'arrêt ont quelques compositeurs
esti-mables:
MM. Bossi,Bottazzo,
Capocci,Ravanello.
En France
auxvnc
siècleet au xvmc nous avons
euune
écoled'organistes qui ne séparaient
pas assez le jeudu
clavecin de celuide l'orgue. Néanmoins
onpeut trouver
des chosesintéressantes
dans les oeuvresde Gigault, Clérambault,
A.Rai- son, Marchand,
lesCouperin, etc.
M.
Guilmant
a consacré les Archives del'orgue à la
publication
de ces oeuvres.Aujourd'hui,
aprèsune période d'inac- tion pendant
lapremière moitié
de ce siècle,nous avons une période d'activité qui
fait bienaugurer
del'avenir de
l'EcoleFrançaise.
Parmi
lesdisparus, citons
enpremière
ligne CésarFranck.
Sestrois
Choralspour orgue sont comme
lebréviaire
del'orga- niste. Dans
ses piècesd'orgue,
la Pastorale, Prélude, Fugue et Variation, la Prièresont presque populaires. Et
cepen-dant qued'anathèmes n'avait
pasencouru
le
brave Père Franck en jouant
saFantai-
sie en. ut. majeur à
l'inauguration
del'orgue
deSaint-Eustache
en 1S54. Le seulreproche que l'on
puisse faire àFranck c'est
den'avoir
paspensé que l'extension
desdoigts
desorganistes
ades limites.
Disparu encore et trop tôt, Léon
Boellmann dont
lenom
afranchi
le cercle desinitiés
grâce à des pièces demusique
dechambre
quiont
été exécutéesun
peupartout.
Saint-Saëns
aécrit pour l'orgue diver-
ses pièces de
genre
{Bénédiction nuptiale, Rapsodicssur
des thèmes bretons,Fantaisie) et
six Préludes et Fuguessolidement
cons-truits
bienque de forme un peu
sévère.MM. A.
Guilmant, professeur d'orgue
au Conservatoire et
à la Scola deParis,
REVUE MUSICALE DE LYON
Gigoult, Widor et d'autres encore feront
les
sujets
desprochains articles.
Par
cesimple aperçu on peut juger
del'importance de
lamusique d'orgue qui
à desnoms comme ceux de Bach, Mendels- sohn, Schumann peut joindre ceux de César Franck, Saint-Saëns, Brahms.
ÇA
suivre)
GABRIEL BERNARD.L'Ouverture de Tannhauser
•4- -t- .i.
Comme pour
leprélude du troisième acte
desMaîtres-Cbanleurs(\), Wagner
adonné de l'ouverture de
Tannhoeuse.run intéressant commentaire que nous repro- duisons ci-dessous
\« Au
début, l'orchestre chante
lecantique
des pèlerins. Les voix se rapprochent, s'en- flentdans
un élanpuissant et s'éloignent.
— Crépuscule ; derniers échos du cantique. — Dans les ombres de lanuit,
onvoit
se dessi- ner desapparitions
fantastiques. Un nuage rose et parfuméles enveloppe, des cris volup-tueux
frappent l'oreille et la danse joyeuse déroule sesanneaux
lascifs. C'est la fantas- magorie séduisante duVénusberg...
Attiré par le charme, on voit paraîtreTannhauser,
le chantre de
l'amour...
Il fait entendre sonhymne
fier etpassionné...
A sa voix leVénusberg
s'ouvre devant
luiet
montre ses mystérieuses merveilles. Des cris de joie sauvagerépondent
à sonchant.
Emportées par le délire de l'ivresse, les Bacchantes enla-cent Tannhauser
dans leur ronde furieuse etle
jettent
aux bras de Vénus quil'entraîne
dans les profondeurs inaccessiblesde l'empire du Néant. Latroupe
sauvage disparait et latempête
s'apaisebrusquement.
' Unbruit
léger et
plaintif continue pourtant
à planer dansl'espace...
— Mais déjà l'aube blanchit l'horizon. Dans le lointain, on entend s'éveil- ler la mélodie du cantique. A mesure que les voix se rapprochent et que la clarté du joui-fait reculer les
ténèbres
de lanuit,
les vibra-tions
aériennes, qui ressemblaienttout-à- rheure
à la douloureuse lamentation des damnés,prennent
peu à peu l'accent de la joie. Lorsque, enfin, le soleilsurgit
et que le cantique des pèlerins s'élève comme unchant
([) V. le n" 4 (10 iiov. 1903).
de délivrance, elles se
répandent
en nappes sonores, oùl'on sent
vibrer leravissement
del'enthousiasme. C'est l'hymne du
Vénus- berg, racheté del'antique
malédiction, qui s'enlaceaucantique
divin lui-même. Ainsitou-
tes les forces de la vieentonnent
lechant
de larédemption, et
les deux élémentsjusqu'ici
séparés,l'esprit et
la matière, Dieu et la Nature,s'embrassent et s'unissent
dans lebaiser sacré de
l'amour
(1),Un
desprochains numéros de laREVUE MUSICALE DE LYON sera
entière- ment consacréà
une étudedu Dr
Edmond .tocard sur
leCRÉPUSCULE DES DIEUX.
Chronique Lyonnaise
GRAND-THÉÂTRE
La Fille du Régiment,
—
Le ChaletIl
est
permisd'être
éclectique. L'absencedetout
exclusivisme est inscrit au programme de notre Revue. Mais il y a des bornes,et
laFille du Régiment se trouve
nettement
en dehors de celles-ci. Il est detoute
évidence que Donizclti est un criminel, qui a commis plus de mauvaise musiquequ'il n'était
néces- saire pour le faire exécrer detous
les hon- nêtes gens, mais iln'y
a rien danstoute
sonoeuvre qui approche, en
hideur.
en bêtise enstupide nullité,
de l'abominable opérette dont on a régalé nos oreilles jeudi dernier.Olïenbach a de
l'esprit,
Hervé a des drôleries, Lecoq a de la verve, Varncy a desrythmes
berecurs, Audran lui-même a parfoisd'heu-
reuses veines mélodiques, Donizettin'a
rien detout
cela : iln'est
queprétentieux
et exas-pérant. L'ouverture
de la Fille du Régimentest plus inepte àelle seule
quetousles
choeurs de laJuiveadditionnés.
Aprèscela on nepeut plus
rien dire. C'est le maximum del'injure.
Dans-ce fumier, il
y
a cependant une perle, au moins comparativement. C'est la phrase de cor anglais qui souligne les adieux de Marie, je ne sais pas de qui elle est, mais je(1) OcfammcltcSebnflent. IV.
REVUE MUSICALE DE LYON
me refuse à croire qu'elle soit du même
auteur
que les gloussements du Salut à la Franceetles
« Rataplan, sergent,présent
» qui nediscontinuent
paspendant
cet inqualifiable duo du premier acte.L'interprétation
était digne de l'oeuvre ; latoute
maniérée et mignarde Mlle I. Davray,était
fort peu indiquée pour jouer ce rôle martial ; les qualités vocales de MM. Boulo et Artus,n'ont,
comme on sait, rien d'excessif.Tout compte
fait;
leplus intéressant
était certainement M. Merle-Forest.La soirée
tirait
son principalagrément
de la représentation du Chalet, oeuvre un peu dé- fraîchie, et cependant bien supérieure à la pantalonnade militaire de Donizetti. On est heureuxd'y
rencontrer au milieu de lon-gueurs
déplorables, de roulades navrantes et de choeurs enfantins, quelques scènes, agréa- bles comme le duo ://
faut lui faire oublier l'heure, ou cette vieille phraseattendrissante
:Dieu, soutiensmon courage,simplement écrite, et mélodiqueinent gentille.
Carmen
La publication à la fin de chaque saison théâtrale des
statistiques indiquant
le nombrede représentations des diverses oeuvres musi- cales permet de constater certains faits de prime abord
surprenants.
C'est ainsi que le relevé des théâtres allemands montre que les pièces le plus souvent jouées outre Rhin sont les opéras comiques de Bizet. Djamileh, la jolie Fille de Perlh, les Pécheurs de Perles, oeuvres exquises d'ailleurs, qui sont presqueinconnues en France, figurent à chaque ins-
tant
sur l'affiche de grands centres artistiques allemands, et Carmeny
est joue plus souvent que Lohcngrin,etdétientainsi
le record. Les autres drames wagnériens neviennent
quebien après, conjointement avec Gounod en Allemagne, et Masscnet en Autriche.
On ne
peut
dire que ce succèssoit
immé-rité,
etqu'il
ne s'agisse là que de l'engoue-ment
populaire qui a porté au pinacle les oeuvres les plusregrettablement
banales del'école italienne, ou de l'école française du milieu du xixc siècle. C'est que Carmen a
toutes les qualités de fraîcheur, de charme et de séduction qui font la vogue des produc-
tions
de M. Masscnet, par exemple(Oh ! le succès de Cendrillon et de Grisèliclis),et qu'enoutre, elle a les fondamentales
vertus
de sincé- rité etd'inspiration
quiconstituent
les oeuvresvéritablement
grandeset
définitives. Cen'est point cette
harmonie savamment descriptive, oùl'analyste peut
fouiller des journées en- tières, découvrant à chaqueinstant
quelque 'intention
nouvelle, quelque détail encore inaperçu, quelquetrait
non encoredistingué
dans un dessin poussé à fond : la mélodiede Bizet est essentiellement colorée, à larges touches, à vives oppositions de couleurs, chaude commece pays d'Espagne,dont
il asi clairement
interprété
le folklore, vivante etvibrante
comme cette page intense de Mériméequ'il
a si adéquatementtraduite
;doucesou dramatiques, tendres ou violentes,
toutes
les pages semblent également inspi- rées sans que jamais transparaisse le procédé, le faire, la machination, comme dans cetautre compositeur français
trop
habile ettrop
« métier »dont
nous parlions un peu plushaut.
Quoique ce ne soit pas noire coutume
d'insister sur l'interprétation
ici, nous devonsaujourd'hui
nousarrêtera
celle que Mme Char- les Mazarin a donnée du rôle de Carmen, parce que cetteinterprétation
est extrême-ment
personnelle et neuve. Mme Mazarinavait
composé remarquablement le person- nage de Salammbô. Sa beauté hiératique et froide, son allurehautaine,
la profondeur de son regard, en faisaient une représentation intéressante de la femmeantique,
telle que nous la concevons, au moins d'après lesreconstitutions
un peu romanesques de Flau- bert. 11n'y
avait rien de moins en rapport avec le caractère de Carmen, passionnée, mouvementée, amorale, impulsive et incons- ciente. Passerd'un
rôle àl'autre, pouvait
passer, àjuste titre,
pour untour
de force.En outre,
l'artiste avait
contre elle le souve- nir d'actricesextrêmement
remarquables,d'interprétations
fort connues et présentes danstoutes
les mémoires..Sans parler deDelna, que presque tous les
lyonnais
con-naissent, Carmen
avait
étéjoué d'une
façon parfaite par Mme Bressler-Gianoli. une des ar-tistes
les plus consciencieusesetlesplus
admi- rablesqu'il
nousait
été donnéd'applaudir.
On ne
saurait
faire un reproche à Mme Maza- rind'avoir
voulu faireautrement,
etd'avoir
cherché une version neuve de ce rôle ; bienREVUE MUSICALE.DE LYON
au contraire,
c'est
là unepreuve d'intelli-.
gence
artistique et
degoût
qu'on nesaurait trop
encourageret
applaudir. Ceci dit, nous sommes endroit
de discuter cette conceptionnouvelle
et
de la comparer aux précédentes.Il nous a semblé que
l'innovation
apportéeavait surtout consisté
à rendre plus inté- rieure,plus
contenue,et
d'apparenceplus
froide la passion qui anime ce personnage, que don Josén'a
pasabsolument tort
detraiter
de diabolique. Il enest résulté
que les scènes de séduction ont été moins chaudes, moinsvivantes qu'il n'aurait
fallu : mais,dès l'instant où
Carmen cessed'aimer
don José, où elleentre
en révolte contre le carac-tère
brutal de sonamant,
le jeu de Mme Ma- zarin apris toute sa
valeur,et, dans
les deuxderniers
tableaux, elle a été, à mon sens, excellemmentdramatique.
Quant
à M.Gauthier,
iln'avait
jamais étéaussi bon au
point
de vue scénique. Les miè- vreries et les tendresses liesont point
son fait : il nedonnera jamais l'illusion
d'être unWerther
ni un Roméo : mais ce rôle de soldat amoureux etbrutal convenait
à son allure énergique et un peu rude. Lui aussi a donné là une note personnelle, malheureusement gâtéepar
sa fâcheuse habituded'attaquer
un demi-tontrop
bas, et de faire du trapèzevolant autour
de la notejuste.
Le côté le
plus
remarquable de cette re- prise,était
les modifications apportées à la mise en scène,sur
latoujours
intelligente influence de M. Flon. On a été aussi heureuxqu'étonné
devoir
les choeursvivre
ets'agiter
au premier acte : les
passants
causent, les femmesaguichent
les soldats, les gaminsjouent
àsaute-mouton.
Que nous voilà loin de cesstupides
masses choralesbêtement
entassées sur les côtés de la scène. Audeuxième acte, on avait aussi supprimé les
tutus et
lesvolants,
auxquels suppléaient des costumes espagnols infiniment plus vrai- semblables. Cesont
là desdétails d'une
im- portance beaucoupplus grande qu'on
nepourrait
croire au premier abord. Ce qui entout
casn'est
pas discutable,c'est
que les choeurset l'orchestre,
grâcetoujours
àM, Flon,
ont
ététout
à faitintéressants.
EDMOND LOCAUD.
Symphonie Lyonnaise
" ' •*• -t ' "v
Un accident
demise en page survenu au dernier moment nous empêche de publier
lecompte rendu de la Symphonie L3'onnaise annoncé au sommaire. Nous ne pouvonsque constater
le succèsobtenu
par le concert du n décembre consacre
tout entier
àHector Berlioz
:Harold
en
Italie,
Symphoniefantastique, etc.
LES CONCERTS
ir i-
Nous avons annoncé le concert qui sera donné vendredi 18 décembre, dans la salle de musique classiquede Dufour
et
Cabannes, par MM. AlbertoBachmannet
Gabriel jaudoin{Sonate, de Franck ; Variationssymphoniques,
de
Schumann,etc.).
Nousdonnons
ci-dessousle
portrait
de M. Bachmann.M. Alberto Bachmann
est
né à Genève en 1875,d'une
familled'origine
russe et fit ses débuts en 1882, à Ostende, à l'âge de 7 ans.Après avoir été
lauréat
du Conservatoirede Lille (à 10 ans), il fut l'élève
d'Ysaye.
11a été violon-solo au Conccrthausde Berlin et
à In SociétéPhilharmonique de Munich
et s'est
fixé à Paris.
M. Bachmanna composé un certain nom- bre d'eeuvres : Aria. Elégie, Suite Espagnole
pour
deux violons, Bourréepourtrois
violons,un Concerto, et écrit une méthode pourviolon.
104 REVUE MUSICALE DE LYON
Jotes historiques,
SOP-GfllflHEfl
La première représentation de Carmen
eut
lieu à l'Opéra-Comique le 3 mars 1875. Le publicfut
un peusurpris,
légèrement décon- certé et presque scandalisé. On se déclara choqué du réalisme dulivret
que le composi-teur avait,
dit-on, férocementmaintenuet surtout
des amours de la Carmencita bien vulgairespour
le temple des entrevues matri- moniales. Lapartition eut
peu de succès ;l'air
du « Toréador » fut, ilest
vrai, bissé, mais la mélodie fut, engénéral,
jugée bru- meuse, le coupe des morceaux peu claire, les choeurstourmentes et
ambitieux ettout
l'ouvrasre lono; et diffus.
L'interprétation était
très bonne avecM. Bouchy (Escamillo), Mlle Chapuy, (Micaëla). Lhérie(DonJosé), enfin MmeGalli- Marié qui réalisait
admirablement
le.type
de Carmen.Personne ne
crut
àl'avenir
de l'oeuvre ettout
le mondeapprouvait
un peu cette bou-tade d'un
spectateur qui,apprenant
que Bizet recevait la Légiond'honneur
le jourmime
de la première de Carmen,disait
: « Onl'a
décoréle matin parce qu'on savait bienqu'on
nepouvait
plus le décorer le soir ! »On
sait
que Bizetn'a pas pu
assister au.triomphe
de son oeuvie; ilmourut
le 2juin
1875,
trois
mois après la première de son chef-d'oeuvre. Détail curieux, une femmeavait
eu lepressentiment
de ce malheur, s'ilfaut en croire M. Reyer qui écrivait dans son feuilleton du
journal
des Débals: a Un soir,pendant
le Trio des caries, Mme Galli-Mariéressentit
une impression inaccoutumée enlisant dans
son jeu les présages de mort. Soncoeur
battait
à se rompre ; il lui semblaitqu'un grand
malheurétait
dansl'air.
Rentréedans
la coulisse, après des effortsviolents pour
allerjusqu'à
,1a fin du .morceau, elles'évanouit.
Quand ellerevint
à elle, on es-. saya de la calmer, de la rassurer ; la même pensée
l'obsédait toujours,
le même pressen-timent
latroublait.
Mais cen'était
paspour
elle
qu'elle avait peur;
elle chanta donc puis-qu'il
fallait chanter. Le lendemain, Mme Galli-Marié
apprenait
que, dans lanuit,
Bizetétait mort.
»Dans La .Revue des Deux Mondes du
15 mars 1875, M. F. de Lagennais cons-
tatait
à propos de cette représentation que« l'opéra-comique de nos pères », c'est-à- dire celui de Boïeldieu, Aubert, Hérold
et
Adam,
n'existait plus
; que la symphonie etl'opérettel'ayaienttué...
Carmen fut joué à Lyon
pour
la première fois le 11avril
1877 sous la direction Sen-terre
avec Mlle lsaac (Carmen) M. Laurent (Don José) M, Chopin (Escamillo)et
Mlle Galli (Micaëla).
Le
Salut
Public du 12 avriltrouvait
la musique charmante, la mélodie abondante, neuveet
originale ;l'orchestration,
àpart peut-être
quelques excentricités, concessionsfailes
à
la peste wagnèrienue,chaude, viveet entraînante
; l'ensemble lumineuxet
repré-sentant
une des plusbrillantes
créations musicales desvingt
dernières années.Le Courrier de Lyon
publiait
le même jour un excellent acticle de M. Paul Aubry dans lequel nous relevons les appréciations sui- vantes : « Ce quel'on
remarquetout d'abord
dans cette
partition c'est
la haine du poncif, du vulgaire ;c'est
la recherche d'effets har- moniques nouveaux et d'accompagnementspiquants...
Ondevrait
fondre en un seul les deux derniers actes quisont longs!..
Leduo
de la séduction
est un.bijou...
»Mlle lsaac
était
excellente- dans le rôle de Carmen.bien qu'elle ymanquât
peut-être un peu debrutalité et
que sa beautéopulente
et généreuse s'accordât mal avec lecaractère sau- vage decettegourgandine
espagnole{LeSalutPublic).
La première de Carmen fut donnée
devant
une salle pleine, mais l'accueil du public fut assez froid, quelques sifflets saluèrent même la chute du rideau.MM. les Artistes et Organisateurs de Concerts qui désirent qu'il soit rendu compte de leurs auditions sont priés d'adresser un double service à la Rédaction de laRevue Musicalede L^on, 117, nie Picnx-Corncillc.
REVUE MUSICALE DE LYON
A travers la Presse
Les
reprises du Chalet et dela
Fille du Régimentont
eu unetrès
mauvaise presse.Citons le
Salut
Public (Amaury).« Si la municipalité qui préside à nos desti- nées locales
esl
avancée enpolitique,
elleest, en
musique, terriblement
réactionnaire à certainsjours.
Aumoins conviendrait-il,
quand on
veut
revenirà ce répertoire presqueantédiluvien, d'abaisser notablement
leprix
des places.
Atout
fairequed'allerentendre
de l'opérette, ilvaut
mieuxtraverser
le Rhône et passer sa soirée au Ncuveau-Théàtre : onn'y
paie pashuit
francs un fauteuil, et, avec Mlle MarietteSully,
le spectacle yest
certai- nement plus agréable. »L'Express Républicain(L.)
proteste
à cette occasion contre certains procédés de la di-rection du Grand-Théâtre.
« Depuis la reprise du Barbier de Séville,
nous
n'avions
pasrevu
M. Boulo, La directiona pris, en [effet,
l'habitude d'établir
parmi sespensionnaires une
sorte declassement
correspondant aux diverses catégories despectateurs.
« Au public des « premières », s'il
s'agit
d'opéra-comique, on faitentendre
M. Gau-tier
; M. Boulo suffit aux spectateurs de la semaineet
ceux du dimanchedoivent
se con-tenter
de M. Vialas.« Pour le
grand
opéra, unegradation
ana- logue nous fait descendre de M. Verdier àM.
Gautier,.puis
à M. Viviany, enattendant
que M, Echenne soit chargéd'assurer
le ser-vice des matinées du dimanche.
« Il en
est
de même pour lesartistes
de tous lesautres
emplois, et il arrive que ladistribution
de certains opérassoit
parfoistellement
bouleversée, commedans-Salammbôdimanchedernier, que les
chanteurs
nesavent
plus, eux-mêmes, où ils en sont et quelssont leurs
rôles respectifs.« Jen'ai pas à
insister sur
le caractère peu démocratiquede cesingulier
procédéet
de ce sans-gêne avec lequelsont traités
les spec-tateurs
du dimanche. 11 me suffira de consta-ter
que les directionsantérieures
à la régieont
été sévèrement blâméeset
rappelées à l'ordre chaque foisqu'elles
sepermettaient
depareils errements. »
Lyon Universitaire (Fafner).
« 11
nous revient
de diverses sources que le public intellectuel papote ferme au sujet des prochainesreprésentations
detout
oupartie
dudivin
Anneau du- Niebelitvg. Un de mes amis,généralementbien
informé, m'affir-mait l'autrejour
avec la plus déplorable con- viction, que,pour imiterdeplus prèsBayreuth
on allait transformer à cette occasion le foyer du Grand-Théâtre en buffet, à la mode alle- mande. Complétons l'information en
annon- çant
que la direction vient de décider que lestrompettes
sonneraient, toujours àl'instar
de Bayreuth, les thèmes caractéristiques de chaque tableau, sous le péristyle à la fin des entractes ; en outre, il
estquestion
de planter,pour
plus de ressemblanceencore, une forêt,rue Lafont et rue Puits-Gaillot, on aura ainsi
d'une
façon frappante,l'illusion d'un
pèleri-nage au Festspielhaus
bayreuthien.
»Dans la Revue du Nouveau Siècle, notre collaborateur ]. Sauervein donne du Styleen musique une excellente définition que nous
reproduisons ci-dessous :
« Le style,
c'est
l'application en détail de l'idée d'ensemble. Une oeuvre de style,par
exemple en architecture,est
une oeuvre où chaqueornement,
chaque pierre, pour ainsi dire,est
marquéed'un
sceau, nepourrait
pas appartenir à un autre édifice. Il en est de même en musique : ce qui fait si hideusesles compositions de M. Léoncavallo.
par
exemple,c'est
quel'idée d'ensemble n'existe
pas et que, par suite, il
est
superflu de la chercher dans les détails. Il y a unstyle
italien, mon Dieu ! qui envaut
bien un autre ://
Trovatorepeut
déplaireà certains, mais du moins, iln'y
a pas de dissonnances choquan- tes, decesheurts
maladroitsquiprouvent
quele compositeur, au lieu
d'écouter
la grande voix unique de son inspiration,s'est
adresséà droite, à gauche, un peupartout
:d'où
l'as- pect hétérogène de son oeuvre. En matièred'interprétation,
il y a deux casà
considérer : ou bien l'oninterprète
une oeuvre faite de pièceset
morceaux, dénuée destyle,
oùla
pensée manque. Dans ce cas, iln'y
aqu'une
ressource :tirer
de chaquepartie,
de chaque détail, en particulier, sonmaximum
d'effets, sans se soucier de faire concourir ces effets de détail à un effet d'ensemble.C'est
une maigre ressource, mais le plusgrand
génie ne pourra faire une oeuvred'art
du person-nage de Caravadossi,
io6 . REVUE MUSICALE DE LYON
<< Au contraire, si l'on interprète du
Gluck, du Bach, ou du Wagner, il est essen- tiel que chaque détail, fût-ce
un'
simplegruppello, un simple apoggiaiurc, soit
traduit
comme, une partie intégrante de l'oeuvre.Dans Gluck, par exemple, la déclamation lyrique,
tout
en demandant de la vie et de la chaleur,doit
demeurer assez austère, assez digne dans la passionmême pour quela ligne mélodiquegardesa noblesseet se déroule non pas pompeusement, certes, mais avec un cer- taindécorum...»
M. Arthur Pougin. le musicographe bien connu,
dont
les opinions très spéciales sur R. Wagner, en particulier, s'étalent dans les colonnes du Dictionnaire Larousse, a porté récemment sur l'Etrangerce jugement origi- nal :« La partition de l'Etranger
n'est
autrechose
qu'une
vaste leçon d'harmonie, ou mieux untraité
pratique de modulation qui dure près de deux heures, ce qui est peut- être excessif pour un exercice de ce genredont
le charme est un peu subtil. Par exem- ple, quand on a étudiéça on saità quoi s'entenir
sur la manière de passerde tonalité en tonalité sans courir le risque de s'appesantir uninstant
sur une seule. 11n'y
a pas dans ces deux cents pages de musiquehuit
mesu-res, que dis-je ? il
n'y
a pas quatre mesures de suite qui soient dans le même ton. Quand on sort de là, on donnerait un billet de laBanque centrale de Monaco pour entendre le commencement
delà
cavatinede Figaro dansle Barbier de Séville. Songez donc ! quarante mesuresen ut, sansmême
l'ombred'un
accord diminué ! C'est ça une joie !«
Quant
à del'inspiration,
ily
en a dans l'Etranger comme dans le creux de ma main.Des dièses, des bémols, des doubles dièses, des doubles bémols, des accords fantasques, des agrégations étranges, des cadences évi- tées, des enharmonies,
tout
ce que vous voudrez ; mais pour le reste, bernique ! je me suispourtant
laissé dire qu'il y avait dans la partition des leiimolive. [e n'en crois pas un mot, car pour ça il faudrait qu'il y ait au moins des motifs, et dame »L'immortalité assurée aux critiques de Scudo sur Richard Wagner, nous la promet- tons sans crainte aux chroniques musicales de M. Arthur Pougin
CORRESPONDANCE DE PARIS
GRANDS CONCERTS
Damnation de ci,
Damnation
delà, nos
deuxgrands
chefsd'orchestre ent
en effetavant-hier soir exécuté,
avecun
égalsuccès,
comme vous
lepensez,
le chef-d'oeuvre du Maître dauphinois.
Cematin même
MM.Colonne et Chevillard cou- doyaient dans
legentil et tranquille square Yintimille, d'autres notoriétés musicales
;Alfred Bruneau, Georges Marty, Gabriel Pierné, votre distingué compatriote Alexandre Luigini, Georges Hue, Théodore Dubois, etc., venus
faireun émouvant pèlerinage au pied de
lastatue
deBerlioz.
L'auteur
sipassionné et
siardemment sincère du
Rêveet de
YAl
laque duMoulin
a lu
un très beau discours au nom
del'Association
desartistes musiciens.
Puisque
lesconcerts me laissent quel- que répit, j'en
veuxprofiter pour vous dire un mot
de htpremière matinée litté-
raire et musicale qui eut lieu hier
aucoquet petit théâtre Victor-Hugo, sur
laButte
Sacréeet dont l'initiative est due
àdeux charmants et accueillants Lyonnais,
MM. Louis Payen, et Emile Vuillermoz.
Après
un prologue dit par
M.Armand Bour et dû
à laplume délicate et spiri- tuelle
de M.Payen,
enentendit
Trois Rondels deCharles d'Orléans,
desfrag- ments d'oeuvres
deVerlaine,
deVictor Hugo,
deLouis
Bouilhe-t,Albert Samain,
deCatulle Mendès et d'autres que j'ou- blie, puis
lamusique, cette
soeurailée
de lapoésie, vient
ànous sous
laforme
demélodies
deMM. Fauré et Georges Huë, chantées par Mines Raunay et Mayrand.
Qui dira
enparticulier
lachaste et tendre mélancolie
de Soir deFauré, sur
l'admirable poème
deSamain
?Qui dira également
lagrâce musquée,
REVUE MUSICALE DE LYON 107
un peu précieuse mais
siexquise de la Pavane pour
uneinfante
défuntecicM. Mau- rice Ravel, la fraîcheur, la saveur un peu debussyste, mais
sipersonnelle quand même de
sesJeux d'eau, merveilleuse- ment interprétés par l'artiste
sidélicat que j'ai toujours apprécié en M. Ricardo Vin es?
Voilà un heureux début et
jesuis bien certain que nos deux jeunes et ardents compatriotes ne voudront point faillir à d'aussi belles promesses. D'ailleurs
succèsoblige.
EDOUARD. MILLIOZ.
flouveïïes IDiuerses
SAINT-ETIENNK.
—
Dimanche a eu lieuun
grand concert donné par YAssociation sym-phoniste et des choeurs mixtes sous la direc- tion de M. A. Mariotte.
Le
programme comprenait l'exécution
intégrale du Déluge de Saint-Saëns et deRcbccca de César Franck,
Le Mémorial de la Loire apprécie en ces
termes
César Francket
Rebcccadont l'inter-
prétation
a été excellente :« Ceux qui
l'ignorent
(César Franck) — et ilssont
si nombreux!—
le déclarentobscur,
et ilest lumineux
comme lesoleil,comme
le génie, comme l'évidence. Qui pourra dire, avec desmots,
le charme du choeur quisert
de
début
et definal;
qui pourra faire com-prendre
lepittoresque
et le coloré du choeur des Chameliers? Et quisurtout pourra
direjusqu'à
quelpoint
César Franck a fait siennel'âme du Temple.?
« Quels sons de lis ! quelle
harmonie
de rêve écrite par unséraphin
avec lamémoire
lointaine deschants
qui bercent la gloire du Très-Haut !« Et là dedans quelle mine
pour
les infé- conds ! que de chosesqu'on
a revues ailleurs depuis etdont
César Franck est le vrai père.« Le musicien de Rèbccca
n'est
pasobscur...
il estinconnu
de la foule — cen'est
pas la même chose. Onpeut
donc prendre chezlui...
et il est si richequ'il
lui reste encore de quoiéblouir...
»Nous ne pouvons que nous associer à cette
excellente appréciation de la musique du
Pire
Franck et adresser à M. Mariotte nos félicitationspour
son ardeur à propager dans lepublic
de Lyon et de Saint-Etienne legoût
des oeuvresvraiment
belles.CHAMBÉRY.
—
Le 6 décembrea été donnée dans la salle de concert annexée authéâtre
une soirée musicale desplus
intéressantes.M'"e Evrot, la cantatrice mondaine si appré- ciée à Chambéry, a fait, une fois de plus,
valoir
sa belle voix de soprano, chaude etpuissante
servie par une diction impeccable, dansl'air
de Brunehilde de Sigurd,l'air
desCigalesde MadameChrysanthème de Messager et
dans
la scène de lamort
de Thaïs où elleavait
pour partenaire un autrejeune amateur
pleind'avenir,
M. Meige, douéd'une
belle voix debaryton.
Cedernier
futtrès
fêté après son
interprétation
de « Vision fugitive » d'Hérodiadc.Parmi les autres artistes qui
ont
prispart
àce concert, citons M,le Dardel, excellente dans
la 12e Rapsodie de Liszt et M. Pizzi, violo-
niste,
dans les Poèmeshongrois de Hubay et une sonate de Charles René.Les frèresIsola, directeurs du théâtre-lyrique de la Gaieté,
songent
àmonter, l'année
pro- chaine, les quatre ouvragessuivants
: Armide de Gluck ; Aphrodite, de Camille Erlanger ; Marie-Madeleine, de Massenet et la Vie duPoète, de
Charpentier.
Louise a été jouée la semaine dernière à Dijon avec le plus grand succès. L'oeuvre de Charpentier
était
interprétée par Mlle Gril, de l'Opéra-Comique,M. Cremel (Julien) et Simon (le père).•? °? °?
Oftenbacha publié en 1855, dans l'Artiste quelques articles de critique musicale
dont
nousextrayons
l'appréciation suivante sur l'Enfance du Christ de Berlioz :« HectorBerlioz se console
d'être
repoussé de l'Académie, enobtenant
un immensesuccès avec son Enfancedu Christ... Nous ne pouvons nous étendre
aujourd'hui...
surcette vaste composition, où la science de
l'harmonie
et de l'orchestre semble le dispu-ter
à la grâce et àl'originalité
de la mélodie.C'est