"Sous le soleil de Satan "
« la thèsothèque » réflexion et recherche universitaires
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La collection accueille les études et travaux universitaires présentés ès qualités par leurs auteurs. Ceux-ci développent librement, par des méthodes qui leur sont propres, des interprétations qui n'engagent qu'eux-mêmes et sous la forme tant méthodique que matérielle qu'ils ont retenue pour faire état de leurs recherches.
« la thèsothèque » 24
BERNARD VERNIÈRES
Bernanos : l'aventure humaine
dans
LIBRAIRIE MINARD
45, rue de Saint-André — 14123 FLEURY-SUR-ORNE 1992
toute reproduction ou reprographie même partielle et tous autres droits réservés PRODUIT EN FRANCE
ISBN 2-85210-040-1
Cette étude est, corrigé, remanié et augmenté, le texte de la thèse que j'ai soutenue en Sorbonne, le 23 février 1988, pour l'obtention d'un Doctorat d'Université. Elle avait pour titre : L'Existence humaine entre le mal et la grâce dans "Sous le soleil de Satan " de Georges Bernanos (Université de Paris IV).
Ma reconnaissance va à Monsieur le Professeur Jacques Robichez qui a bien voulu diriger ma recherche et me faire part de ses remarques et encouragements. Elle va aussi à Messieurs les Profes- seurs Henry Bouillier et Michel Raimond, membres du jury, comme à toutes les personnes amies qui ont accordé leur estime à ce travail, notamment Monsieur Michel Estève qui m'a encouragé à le publier.
Cette recherche n'est guère qu'une lecture personnelle du grand
roman de Bernanos, mais comme telle, ce fut une belle « aventure »
que l'on voudrait, en la publiant, faire partager.
RÉFÉRENCES
Sauf mention contraire, nous citons Sous le soleil de Satan et les autres romans de Bernanos d'après l'édition de la Pléiade : ces citations, sans autre mention que celle de la page, renvoient au volume des Œuvres Romanesques suivies de Dialogues des Carmé- lites (Paris, Gallimard, 1961, «Bibliothèque de la Pléiade»).
Abréviations :
- S* : Sous le soleil de Satan, « Première édition conforme au manuscrit original. Texte établi et annoté par William Bush» (Paris, Plon, 1982).
- II : Essais et écrits de combat, I (Paris, Gallimard, 1971, «Biblio- thèque de la Pléiade»).
- Corr., I : Correspondance. T. I. [Combat pour la vérité] (1904- 1934). Paris, Plon, 1971.
- ÉB : Études bernanosiennes. Série Georges Bernanos de « La Revue des lettres modernes» (Paris, Lettres modernes).
- Les sigles des livres bibliques sont repris de la Bible dite «de Jérusalem» (Abréviation : BJ ; cf. Index, p. 321), mais les citations bibliques proviennent, selon le cas, de la BJ ou de la TOB (Traduc- tion œcuménique de la Bible).
Les références consécutives identiques à l'intérieur d'un même paragraphe ne sont pas répétées dans ce paragraphe.
Toute citation formellement textuelle (avec sa référence) se présente :
. soit hors texte, en caractère romain compact, . soit dans le corps du texte en italique entre guillemets.
Les soulignés du texte d'origine sont rendus par l'alternance romain/italique ; mais seuls les mots en PETITES CAPITALES y sont soulignés par nous-même.
Le signe * devant une séquence atteste l'écart typographique propre au texte cité.
Outre les notes en pied de page, on trouvera, renvoyées en fin de chapitre, quelques notes plus développées, signalées par une lettre.
INTRODUCTION
« J'écris ce livre pour moi, et pour vous - pour vous qui me lisez, oui : non pas un autre, vous, vous-même. J'ai juré de vous émouvoir - d'amitié ou de colère, qu'importe ? Je vous donne un livre vivant. »
La Grande peur des bien-pensants (II, 45)
« Compagnons inconnus, vieux frères, nous arriverons ensemble, un jour aux portes du royaume de Dieu. Troupe fourbue, troupe harassée, blanche de la poussière de nos routes, chers visages durs dont je n 'ai pas su essuyer la sueur, regards qui ont vu le bien et le mal, rempli leur tâche, assumé la vie et la mort, ô regards qui ne se sont jamais rendus ! »
Les Grands cimetières sous la lune (II, 354-5)
OBJET
Les deux citations placées en épigraphe définiront le cadre de notre propos, la deuxième surtout, si justement célèbre et dont Albert Béguin fait remarquer que « Bernanos [y] parle à la fois à ses per- sonnages et à ses lecteurs inconnus ».
À ses personnages d'abord, les « Mouchette et Donissan, Cénabre, Chantal », qui « ont VU LE BIEN ET LE MAL, rempli leur tâche, ASSUMÉ LA VIE ET LA MORT » (II, 355). C'est pourquoi essayer de définir la vision bernanosienne de l'existence oblige à plonger dans l'œuvre pour y rencontrer ses principaux personnages et marcher en leur compagnie, sonder leur épaisseur de vie, dans le but de nous laisser
« émouvoir ». Qu'est-ce à dire ici? Peut-être leur permettre de nous révéler à nous-même, déchiffrer dans leur destin notre propre destin - comme celui du romancier - le mystère de notre vie affrontée au mal, à la mort.
Parce que ces personnages furent portés en lui dès son enfance,
« encore à peine formés, embryons sans membres » (II, 355), ajoute l'auteur dans cette page des Grands cimetières, « tels que mon enfance vous a rêvés », nous pouvons lire dans leurs yeux ce que fut l'existence de Bernanos lui-même aux prises avec le même drame.
Dimension centrale de l'œuvre, le problème du mal ne l'est que parce qu'il fut au centre de sa vie. C'est ce qu'affirme Louis Chaigne :
Ce n'est pas lui qui connaîtra l'éblouissement pascal, la jubilation intérieure qui sera la part d'un Chesterton ou d'un Claudel. Bernanos vécut toute sa vie dans le Jardin des Oliviers, suant la sueur de sang avec son Maître. Il devait, non seulement voir défiler, dans le plus effrayant des kaléidoscopes, des milliers et des milliers de représenta- tions du mal multiforme, mais partager effectivement, dans son sang et dans sa chair, les souffrances d'une humanité déchue. Il ressentira jusqu'à cette perte apparente de l'espérance qui peut faire croire à l'abandon du Père et à la victoire du Prince de ce monde, sans cesser toutefois de garder une confiance d'enfant en Celui qui avait émerveillé ses jeunes années.
1. A. BÉGUIN, Bernanos par lui-même (Paris, Seuil, 1954), p. 7.
2. L. CHAIGNE, Georges Bernanos (Paris, Éditions Universitaires, 1954), pp. 12-3.
L'allusion à l'enfance de Bernanos n'est pas gratuite puisque, dans cette même page que nous commentons, le romancier se réfère au petit garçon qu'il fut :
C'est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie, rassemblera mes pauvres années jusqu'à la dernière, et comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre entrera le premier dans la
Maison du Père. (II, 355)
Ainsi donc, ce qui est au couronnement était donné au principe.
Or le principe, en l'espèce « l'enfant vers lequel Bernanos se retourne se définit justement par sa conscience de la mort. L'enfant n'est pas celui qui a aimé la vie en ignorant qu'elle était péris- sable : il a aimé en sachant... » (XXXII). C'est ainsi que Gaëtan Picon, dans sa Préface au volume des Œuvres romanesques de l'écrivain, commente les lettres de l'adolescent dont nous citons une phrase significative :
Depuis longtemps - à cause de ma jeunesse maladive et des précau- tions qu'on me faisait prendre - je crains la mort, et par malheur, peut-être mon ange gardien dirait par bonheur, j'y pense toujours.
(XXVI) Ancrée à ce niveau, on comprend que l'expérience que Bernanos a faite du mal, ici sous l'espèce de la mort, traverse toute son œuvre. C'est en ce sens que les romans de Bernanos, nous dit G. Picon, « racontent l'histoire de l'homme allant vers une mort qui peut être pour tous commune et rachetée » (XXXIV).
Ou si l'on veut, pour la clarté du débat, présenter sous forme conceptuelle ce qui nous semble être le « problème » central, il nous suffit de recourir aux formules mêmes de son premier grand roman : si « l'expérience n'est pour la plupart des hommes, au soir d'une longue vie, que le terme d'un long voyage autour de leur propre néant » (197-8), si à un autre niveau, non plus phénoménologique, mais théologique, « À celui qui fit entrer la mort dans la famille humaine la puissance est peut-être dispensée de détruire la vie même, de la restituer au néant dont elle est tirée » (268), l'alter- native est simple ; faut-il dire « Sommes-nous vraiment si mal- heureux ! » (222) ; ou bien « quelque événement libérateur » peut-il
« faire brèche un jour dans le mécanisme universel ?» (285). L'objet de notre recherche n'est rien d'autre que d'essayer de saisir quelle
réponse le romancier, en tant que romancier, avec quels moyens, apporte à cette question.
Si tel est bien le débat, on saisit que Bernanos s'adresse avec tant de passion à son lecteur, avec cette volonté déclarée, non pas de convaincre ou de démontrer, mais, nous dit-il, de nous « émouvoir », de nous toucher le cœur ; et on ne s'étonne plus qu'au travers de ses personnages, ce soit nous, les « lecteurs inconnus » qu'il atteint : G. Picon, qu'il faut encore citer, nous fait prendre conscience (à propos des deux Mouchette) de ce mystère de communion qui con- fond personnage et lecteur : « [...] le prochain, sous le regard de Dieu. Mais c'est aussi à lui-même que parle Bernanos [...] : le prochain, c'est le semblable. Chaque drame est son drame, et il n'écrit qu'avec sa vie. Mais son drame est celui de chaque vie. » (XXVI).
De là vient l'accent particulier de la voix qui nous interpelle et que Michel Estève reconnaît, pour sa part, dans l'œuvre polémique :
« [...] les essais de Bernanos ne peuvent pas ne pas nous concerner, au plus profond de notre vie intérieure, tant leur accent de sincérité et leur force de persuasion nous frappent, tant ils éveillent en nous comme un écho mystérieux. »
C'est ici qu'il convient de parler de la « vocation » de l'écrivain afin de préciser la qualité de ce rapport qu'il entendait établir avec son lecteur. Car en même temps qu'il nous dit : « Je ne suis pas un écrivain » (II, 353) et qu'il nous décrit dans cette même Préface aux Grands cimetières le harassement que lui inflige le travail de l'écriture, Bernanos parle des affres de ce métier comme du « sel de [sa] vie » (II, 354) : « Toute vocation est un appel - vocatus - et tout appel veut être transmis. Ceux que j'appelle ne sont évidemment pas nombreux. Ils ne changeront rien aux affaires de ce monde.
Mais c'est pour eux, c'est pour eux que je suis né. » Peut-on trouver conscience plus aiguë de sa responsabilité chez un créateur ? Bernanos était persuadé de la nécessité de sacrifier sa vie à sa mission littéraire : « Mes livres et moi ne faisons qu'un » dit-il, tout en maintenant la nécessité d'une vie authentique et non pas rêvée :
« Personne ne se voit moins que moi à travers la littérature.
3. M. ESTÈVE, Préface aux Essais et écrits de combat (II, XI).
4. Lettre à Amoroso Lima du 5 mars 1939, citée par Hans URS VON BALTHASAR, Le Chrétien Bernanos (Paris, Seuil, 1956), p. 175.
Personne n'a d'une équivoque si hideuse une horreur plus vive que moi. »
Tel est donc le paradoxe qu'a dû affronter Bernanos : « Ou bien engager sa vie même dans son œuvre et en faire un véritable témoignage - mais alors qu'est-ce que cette pauvre vie en face des saints et des héros qui peuplent son œuvre ? Ou alors conserver sa vie pour soi, la séparer complètement de son œuvre - mais que valent ses rêves s'il ne les paie pas du prix même de sa vie ? » Et le problème se redouble d'ailleurs pour l'écrivain chrétien qui s'est engagé dans la dénonciation du mal et du péché. Car, comme le dit Albert Béguin : « Si l'élan de son cœur vers autrui lui permit de créer par amour tous ses personnages, et non seulement les plus purs, mais même les plus effrayants, l'affrontement du mal, la plongée dans l'obscurité des autres et surtout dans son propre péché furent sans doute plus propices encore à son génie. Il faut oser entrevoir, même, que la traversée des abîmes humains était devenue une nécessité de sa vie spirituelle et la condition de ses progrès intérieurs. »
Rien donc de moins proche du divertissement pascalien que la création littéraire pour Bernanos ; aventure spirituelle menée avec
« crainte et tremblement », expérience de mort et de renaissance car il s'agit de renoncer à soi pour servir une vérité qui nous dépasse :
« C'est que notre joie intérieure ne nous appartient pas plus que l'œuvre qu'elle anime, il faut que nous la donnions à mesure, que nous mourions vides, que nous mourions comme des nouveau- nés. »
C'est seulement par cette désappropriation que l'artiste peut échapper à toute complicité avec le mal dans la création romanesque au contraire de tous ces personnages d'écrivain que Bernanos campe, tel le vieux Ganse, dans Un Mauvais rêve, qui s'est vidé de sa substance en la coulant dans l'univers de ses créations, prolongement et expression de sa sensualité. Comme quoi « il faut que le créateur ait l'âme pure, pour donner la vie à des figures impures et pour les
5. Lettre à Vallery-Radot du 17 janvier 1926, citée par H. URS VON BALTHASAR, op.
cit., p. 176.
6. H. URS VON BALTHASAR, op. Cit., p. 172.
7. A. BÉGUIN, op. cit., p. 35.
8. Lettre à Michaelis, citée par H. URS VON BALTHASAR, op. cit., p. 176.
suivre au dedans de lui-même sur leur obscur chemin, sans perdre sa propre pureté, mais tout au contraire en sauvant, parce qu'il a le cœur limpide, la créature pécheresse, l'enfant perdu!»
TON
Si tel est le langage de l'auteur, quel sera celui du critique ? Comment parler de Bernanos? Ayant pris la mesure de l'œuvre, nous discernons ce que pourrait être la spécificité de la critique bernanosienne : un risque à la hauteur du risque encouru par l'auteur. Car s'il est vrai que son « métier était mis au service d'une vocation plus secrète, qui obéissait à la passion de comprendre et d'aimer, de scruter l'ombre du mal, de faire jaillir la lumière, de communiquer à autrui tout ce drame et tout ce mystère sans cesse approfondis » on ne saurait, sous peine d'imposture, prendre une telle œuvre à la légère.
Cela implique qu'on ne peut guère s'en tenir à un travail de
«professeur» ou de «psychologue», tous gens qui n'avaient pas particulièrement la faveur du romancier. Écoutons-le nous mettre lui- même en garde contre le «jargon» de ceux qu'il appelle «des économistes ou des philosophes à la mode », « ingénieux simula- teurs» qu'il accuse de falsifier «la pensée des maîtres» en n'en retenant que ce qui leur permet d'épater les snobs :
Déjà, ils commencent à se référer à moi et à mon œuvre, comme s'il s'agissait d'un hommage rendu à des divinités aussi oubliées que celles des Aztèques, ou à une civilisation disparue depuis des millénaires, [...] ils me traitent poliment, comme un homme con- venable, un serviteur octogénaire qui est bien vu de sa patronne et persiste à se donner beaucoup de mal pour astiquer un mobilier démodé, dont personne ne voudrait plus...
9. H. URS VON BALTHASAR, op. cit., p. 103.
10. A. BÉGUIN, op. cit., p. 64.
11. G. BERNANOS, La Vocation spirituelle de la France (Paris, Plon, 1975), p. 62.
12. Ibid., p. 63.
En contrepartie, l'auteur fait part à ses amis brésiliens de ses sentiments intimes : «Sachez qu'au cours de ces dernières semaines j'ai été parfois assailli par la tentation de désespérer du message que je dois transmettre coûte que coûte, sous peine de voir se perdre ma vie, d'avoir vécu en vain. » Nous pouvons expliciter cet aveu par ces lignes que A. Béguin appliquait à une autre page de l'écri- vain : «[...] deux sentiments alternent sans cesse, se mêlent et s'affrontent : la certitude de traduire par l'écriture une vérité qui dépasse de loin les contenus de la conscience claire, et le doute, l'interrogation jamais apaisée de l'écrivain sur la part de mensonge inhérente à son art. Examinant son propre destin et l'effort de toute sa vie, Bernanos ne peut que se voir dans la même ambiguïté fondamentale où il a placé tous ses personnages. La réussite et la dérision, l'accomplissement et l'échec, la sincérité et l'imposture sont inextricablement liés [...]. »
Bernanos tenait cette angoisse de la conscience de son inaptitude à traduire une vérité qui le dépassait parce qu'intérieure à lui, donc particulière encore qu'universelle c'est-à-dire adressée à tout homme, une vérité créatrice, à la fois fondation et appel à l'être. Et s'il nous a permis de mieux entrevoir cette vérité, nous ne sommes toutefois pas mieux placés que lui pour y répondre, pour la servir. Nous ne pouvons par conséquent que partager ses scrupules, conscients de partager la même ambiguïté, en essayant de marcher sur ses pas pour tenter de rejoindre sa vérité.
Or est remarquable la façon dont il parlait des saints, au prix de sa propre vie : «Le prix que doit payer l'écrivain pour entrer avec le saint dans une telle symbiose de mission n 'est évidemment rien de moins que le sacrifice de sa vie, c'est-à-dire le prix même de la sainteté, entendue [...] comme une vocation unique, irrévocable, un don sacrificiel de soi aux desseins de Dieu, une expropriation de son vouloir propre et de la conduite de sa propre vie au profit d'une mission surnaturelle. » Hans Urs von Balthasar voit ainsi dans la création littéraire comme une participation, par la souffrance, au charisme de la connaissance des cœurs, chez les saints
13. G. BERNANOS, op. cit., p. 63.
14. A. BÉGUIN, op. cit., p. 66.
15. H. URS VON BALTHASAR, op. cit., p. 154.
16. Ibid., p. 111.
Et c'est précisément là ce qui distingue sa propre réussite de l'échec de ses personnages romanciers ou historiens dont le génie, faute d'être fécondé par une source plus fraîche, a tourné à la stérilité. Quelle source ? Celle de la charité, dont vivent ses saints ou les saints authentiques de l'histoire de l'Église que Bernanos a voulu nous rendre présents. Il en dit, dans son Saint Dominique :
« Ces grandes destinées échappent, plus que toutes les autres, à n'importe quel déterminisme : elles rayonnent, elles resplendissent d'une éclatante liberté. » (II, 3).
L'auteur nous dit avec sobriété le secret de cette liberté : «La sainteté n'a pas de formules, ou, pour mieux dire, elle les a toutes.
Elle rassemble et exalte toutes les puissances, elle réalise la concentration horizontale des plus hautes facultés de l'homme. » (II, 4). Or toute critique fondée ailleurs que sur une espèce de connaturalité que l'on pourrait appeler sympathie ou empathie n'a- t-elle pas seulement pour objet de déceler des déterminismes, tels ceux du milieu, de l'époque, de la classe ou de l'inconscient...? C'est ce qui fait ajouter à Bernanos : « Voilà pourquoi les méthodes modernes de la critique historique, en de telles matières, n'ont pas fini de nous décevoir. [...] Chaque vie de saint est comme une nouvelle floraison, l'effusion dans un monde rendu, par l'hérédité du péché, esclave de ses morts - d'une miraculeuse, d'une édénique
ingénuité. » (II, 5).
Alors, si Bernanos a défini l'attitude juste, et si, d'autre part, il s'est efforcé de mettre lui-même en pratique ce qu'il a amoureuse- ment contemplé de ces hautes figures, s'il est vrai que son œuvre et sa foi sont intimement unies, ne faudrait-il pas user à l'égard de son œuvre de l'attitude dont il usa avec ses saints ? « Je m'y suis engagé à fond. Je m'y suis totalement donné » (II, 1039), dira-t-il de son premier grand roman. Si nous voulons rejoindre Bernanos dans ce que fut son intention, ne devons-nous pas consentir semblable effort ? On le voit, on ne peut s'aventurer dans l'œuvre bernano- sienne en dilettante, en témoin extérieur. On ne peut que s'y engager tout entier à notre tour, accepter l'imprévisible, se laisser guider par une fidélité sur des voies insoupçonnées, celles de notre propre mise en question. Sans cela, Bernanos serait trahi comme il aurait trahi ceux dont il a parlé car se borner à expliquer ce qui est de l'ordre du mécanisme en ignorant ce qui relève d'une compréhension ne peut que décevoir sur l'essentiel.
Parler de Bernanos comme lui-même parlait de ses saints : ce qui s'exprime, au niveau théologique, en termes d'identité entre la
vérité de la création littéraire et la vérité du salut, pourrait être transposé, au niveau de la critique littéraire, en termes de sympathie ou de filiation, de prolongement, comme Jean-Pierre Richard quand il essaye de définir, d'après Sainte-Beuve, « le rapport du langage critique au langage qu 'il critique » ; « Le discours critique prolonge- rait donc en lui la parole de l'œuvre [...]. Il formerait comme une couche de littérature seconde, indéfiniment continuée à partir de la littérature première». «Fidélité médiatrice » que Jean-Pierre Richard distingue d'une critique de mise en question, de provocation, qui entre d'une certaine manière en concurrence avec l'œuvre
Au demeurant, nous pensons ainsi être fidèle non seulement à l'esprit, mais à la lettre même de l'écrivain. On en jugera d'après ces lignes d'une lettre de décembre 1926 à R. Vallery-Radot : «Je pensais vos images à mesure, je pensais votre vision, avec une netteté incroyable, littéralement comme si elle était mienne. Il n'y a que le mot de sympathie qui puisse exprimer cela, en lui donnant toute sa force étymologique. » (Corr., I, 293). Nous essaierons donc de « penser » les « images » et la « vision » de Bernanos, en lui accordant, de notre part sans ironie aucune, cette « sympathie attentive » (303) et si possible « pénétrante », « politesse » dont Saint- Marin prétendait honorer le saint de Lumbres.
CHAMP
De la définition d'une attitude, nous sommes ainsi conduits à poser un problème de méthode. Mais avant de définir celle qui semblera la mieux appropriée à son objet, reste à préciser le champ de cette étude. Bien évidemment, notre étude portera sur l'œuvre de Bernanos et elle seule, indépendamment de ses « conditions d'exis- tence ou des déterminations extérieures - psychologiques, sociales, ou autres - [...] sur cette œuvre en elle-même, considérée non plus comme un effet mais comme un être absolu ». Cette forme de critique, que Gérard Genette, à la suite de Spitzer, appelle « étude
17. J.-P. RICHARD, « Sainte-Beuve et l'expérience critique », pp. 217-8 in Actes du
colloque de Cerisy-la-Salle consacré aux Chemins actuels de la critique (Paris, Plon,
1967).
immanente des œuvres » nous paraît en effet particulièrement adéquate ici, puisque nous avons rejeté tout recours aux détermi- nismes extérieurs au mystère de l'existence que l'œuvre entend dévoiler. Et à la liberté, au caractère imprévisible de ce mystère, que Bernanos lui-même a souligné, correspond une forme spécifique ou sui generis dans l'œuvre elle-même, le romancier mêlant en effet à la description de ses personnages, à leurs gestes, paroles et ré- flexions, ses propres réflexions pour illustrer, éclairer ou juger. Cette œuvre présente donc à un degré éminent ce caractère de totalité circulaire, autosuffisante qui justifie une critique immanente.
Mais, on le sait, cette œuvre est double en ce qu'elle présente deux parties, ou volets : aux nouvelles et romans - auxquels on peut adjoindre les Dialogues des Carmélites, œuvre de fiction, font face les « Écrits de combat » ou œuvre de caractère politique, de critique de la civilisation. Naturellement, ces deux parties se reflètent mutuel- lement car, outre que l'œuvre romanesque reste inscrite dans le contexte des années 1920 à 1940, les deux volets ont un unique propos, celui de nous faire prendre conscience du « pathétique divin », de « la profondeur tragique de l'existence ». Ou, comme le dit Michel Estève, il s'agit du double destin, charnel et spirituel ou plutôt surnaturel - car l'éternel est engagé dans le temporel -, de l'homme et de la France engagés dans l'histoire (II, X). Dit d'une autre manière, l'œuvre entière se définit par le seul objectif de la dénonciation du mal sous toutes ses formes : « Les romans sont consacrés à la peinture générale du mal ; les essais, à une lutte précise contre ses offensives particulières. Mais c'est le même mal, la même lutte. » Cela dit, pour notre propos, nous ne mettrons pas ces deux faces de l'œuvre sur le même plan mais nous privilégierons l'œuvre romanesque en fonction de cet axiome que le mal est d'abord une réalité intérieure à l'homme et secondairement ou en conséquence affaire de société, réalité collective. On connaît ces lignes de Soljénitsyne : « Sur la paille pourrie de la prison, j'ai senti pour la première fois le bien remuer en moi. J'ai découvert que la ligne de
18. G. GENETTE, Figures I (Paris, Seuil, « Points », 1966), « Structuralisme et critique littéraire », p. 156.
19. H. URS VON BALTHASAR, op. cit., p. 160.
20. R. PONS, Bernanos (Montreuil, Éditions Parabole, 1967), p. 11.
partage entre le bien et le mal ne sépare ni les États ni les classes, ni les partis, mais qu'elle traverse le cœur de chaque homme et de toute l'humanité... J'ai compris la vérité de toutes les religions du monde : elles luttent contre le mal en l'homme... Il est impossible de le chasser tout à fait hors du monde, mais en chaque homme on peut le réduire. » Cette expérience de Soljénitsyne est d'autant plus significative qu'elle s'est faite dans des conditions qui auraient dû l'amener à la conclusion inverse, à savoir que sa détention injustifiée était le fait d'un parti politique pourri ou d'un système injuste puisqu'il était innocent. Cette expérience tire donc des conditions qui l'ont entourée un surcroît d'authenticité et nous convainc qu'il faut, pour cerner le mystère du mal, sonder d'abord le cœur de l'homme, tenter d'accéder à ces zones profondes de ce que Jacques Maritain appelle « l'inconscient spirituel » où se joue la dialectique de la liberté créatrice et de la liberté créée. C'est le résultat de ce débat souterrain que l'on voit extériorisé sous forme d'options individuelles, d'actes bons ou mauvais ainsi que d'options collectives, sociales.
Au reste, tant que l'on n'a pas fait cette rencontre avec le mal intérieur à l'homme, à nous-même, on demeure exposé à tomber dans une forme de manichéisme, à voir l'ennemi dans l'autre classe, l'autre parti, l'autre régime ou l'autre... race et à vouloir sa destruc- tion : de là naissent la plupart des conflits contemporains, suscités par des idéologies, celles précisément que Bernanos s'est employé à dénoncer dans son œuvre de combat.
C'est en fonction de cet « axiome », disions-nous, que nous attacherons une importance prédominante dans notre investigation à l'œuvre romanesque car « Les romans percent plus aisément le secret des âmes, montrent dans toute leur ampleur le drame des êtres et de l'esprit dans lequel ils le vivent » C'est ce que Gaëtan Picon explicite de façon remarquable : « Hors de la sociologie et de la psychologie, les romans disent la situation fondamentale de l'homme par rapport au salut. [...] L'histoire ne montre que la contingence du bien, et du mal les romans livrent l'essence : M. Ouine incarne le
21. A. SOLJÉNITSYNE, L'Archipel du Goulag (Paris, Seuil, 1974), Tome II, p. 253.
22. J. MARITAIN, L'Intuition créatrice dans l'art et la poésie (Paris, Desclée De Brouwer, 1966), p. 83.
23. Y. BRIDEL, L'Esprit d'enfance dans l'œuvre romanesque de Georges Bernanos (Paris, Lettres Modernes, 1966) pp. 14-5.
mal plus profondément qu'Hitler. Et comme tout chez Bernanos se mesure à l'échelle et à l'expérience de la vie, puisque l'enfance et l'agonie sont les seuls moments où surgit l'âme profonde, disons que la voix des essais est celle de l'âge adulte, la voix des romans celle de l'enfance et de l'agonie. » (XX).
NIVEAUX
Cette démarche consistant à partir des différents personnages considérés comme prismes dans lesquels peuvent se refléter les diverses facettes du mal et du bien nous conduira ainsi à établir une typologie, à définir les types humains fondamentaux dans leur attitude face au mal. Mais nous n'aboutirons à une typologie de cette sorte que si nous soumettons ces personnages à une interrogation spécifique. Cette interrogation sera triple, c'est-à-dire que nous nous préoccuperons de les sonder sur trois plans différents :
Un premier plan sera d'ordre descriptif ; il s'agit de décrire tel personnage par les données immédiates, extérieures, individuelles et sociales et psychologiques. Cela peut donner lieu à une description, un inventaire des diverses formes que le mal revêt dans l'œuvre de Bernanos, mal physique, moral, psychologique ou social ; par exemple, le mensonge, la dissimulation, la curiosité, l'indifférence sont le fait d'âmes vouées au mal et qui peuvent s'engager sur la voie du crime ou du suicide.
Mais si nous en restions à ce niveau, notre description aurait la sécheresse et la superficialité d'un inventaire fait sur un document qui pourrait n'avoir rien de littéraire. Or Bernanos est un romancier, un « visionnaire » si l'on veut appliquer ce terme à un écrivain qui a « rêvé » son œuvre comme il le dit lui-même. Le « poète » ou créateur est visionnaire en effet dans la mesure où l'art, chez lui, passe l'art, quitte la simple recherche de la perfection formelle et se fait recherche de l'être ; et en second lieu, dans la mesure où son instrument n'est pas le pur concept par lequel le métaphysicien s'adresse à l'intellect seul, mais le symbole qui accède à l'intel- ligence gros des ébranlements produits dans la sensibilité. Il n'est donc d'œuvre d'art que symbolique et appelant par le fait un déchiffrage spécifique, une interprétation, au sens strict, une herméneutique. L'œuvre d'art en effet dans ce dévoilement, cette révélation de l'être, qu'elle vise, se fait tout à la fois expression de
soi, du soi de l'artiste, et reflet de la matière, de la nature, de l'être sensible, bref, de ce monde créé. C'est en ce sens que Balthasar, se référant à l'admiration de Bernanos pour Dante et Shakespeare, parle d'une « poésie cosmique », d'un « lien intime avec la nature (la nature extérieure et la nature intérieure, mais aussi celle du monde souterrain) », d'un « refus passionné de tout ce qui sent le jansé- nisme et le christianisme de la Loi, de tout ce qui évoque aussi une Église qui serait coupée du monde » Et c'est pourquoi l'œuvre de Bernanos se veut pour sa part incarnée, se veut « appartenir au ciel comme aussi à la terre, et à l'enfer où elle doit descendre »
C'est pour cela que nous devons être attentifs à la façon dont la nature entretient avec l'homme des relations privilégiées dans cette œuvre romanesque. Elle est comme en dialogue avec lui, non seulement cadre de vie, mais aussi compagne de destin et miroir de la vérité intérieure des personnages. Elle se fait ainsi révélatrice du mal qui les hante ou... de la grâce qui les élève. Paysages, brumes, souffle du vent, moments de la journée, jeux d'ombre et de lumière, sont autant de signifiants.
Enfin, quoiqu'il ne soit ni philosophe ni théologien, et qu'il se soit bien défendu de l'être, nous le savons, Bernanos entend se placer au cœur de la condition humaine et par là son œuvre est riche d'une anthropologie philosophique et théologique implicite. C'est pourquoi nous aurons à reconnaître dans ses personnages des êtres de désir. « Désir », non pas au sens de cette multitude de désirs qui nous assaillent, contradictoires, et constituent la trame de notre vie psychologique, mais au sens de cet appel à l'Être qui les sous-tend tous - sans se réduire à aucun - et dont Bernanos reconnaît l'ambivalence : « L'homme de désir, c'est-à-dire l'homme demeuré vivant, délivré des endurcissements et des prestiges installés, est lui- même sollicité par les désirs contraires de Satan, avide des âmes, et de Celui que Bernanos aime à appeler "le Dieu vorace". »
C'est dire qu'à ce niveau l'être humain se révèle acteur et enjeu d'un conflit qui le partage au fond de lui-même. Les termes de ce conflit, que l'on disait être celui du bien et du mal, se découvrent de ce fait grâce et péché, tout comme l'issue du destin que nous disions
24. H. URS VON BALTHASAR, op. cit., p. 167.
25. Ibid., p. 164.
26. A. BÉGUIN, op. cit., p. 76.
prend pour noms salut et damnation. Il en est ainsi en effet parce que dans l'œuvre bernanosienne le mal n'est pas seulement le mal objectif de la nature ou moral de l'homme, ni la face subjective de cette dernière forme, qui s'appelle la faute ; non, nous l'avons rappelé, parce que Bernanos, face à d'autres romanciers chrétiens, se place d'emblée dans une perspective théologique, le mal prend ici la forme du péché et appelle la rédemption. C'est ce qui fait que, dans cette œuvre romanesque comme dans l'Évangile, le péché renvoie à la grâce, ne peut se concevoir sans elle. Cette dimension de notre recherche sera une actualisation de l'œuvre de Paul Ricœur consacrée à déchiffrer « la symbolique du mal »
Nous pensons avoir montré que ces niveaux d'analyse ainsi définis s'appellent pour se compléter, mais s'il fallait une confirma- tion du bien-fondé de cette méthodologie, nous l'emprunterions à l'ouvrage remarquable de Philippe Le Touzé qui voit, dans l'œuvre de Bernanos, l'univers sensible « signifié premier » des « formes et structures phoniques, lexicales, syntaxiques, etc. », et tout à la fois signifiant d'un signifié second, « le monde spirituel, ou l'invisible » que Bernanos appelle « réel » en un sens plus fort que lorsqu'il s'agit
du monde s e n s i b l e
TYPOLOGIE
Soumis à la grille que nous proposons, à cette triple inter- rogation descriptive, symbolique et théologique, les personnages principaux de l'œuvre de Bernanos pourraient se laisser rassembler en trois groupes majeurs. Car face à ce conflit du péché et de la grâce qui partage l'humanité en son ensemble et en chacun de ses membres, et la nature avec elle, il n'est, dans le fond, que peu d'attitudes possibles.
La première attitude est celle du consentement au mal. Et l'entrée dans cet univers du néant détermine un premier type de
27. P. RICŒUR, Finitude et culpabilité. II, La Symbolique du mal (Paris, Aubier- Montaigne, 1968).
28. Ph. LE TOUZÉ, Le Mystère du réel dans les romans de Bernanos (Paris, Nizet, 1979), pp. 3-4.
personnages que l'on peut dire « artisans du mal ». Ce sont ces imposteurs, tels Cénabre que le choix lucide du néant conduit jusqu'à la folie. Ils ont leur référence, leur archétype dans ce maquignon qui tenta de séduire Donissan, et qui n'est autre que Satan. On parlera, à cet égard, avec Serge Hutin, du « mal radical » et de son « règne
t e r r e s t r e »
Mais comme dans une vision christologique le péché ne se con- çoit pas sans la Rédemption, le consentement à l'œuvre de la grâce détermine une cohorte de personnages qui en sont les artisans : saints bernanosiens tels l'héroïne de La Joie, Chantal, ou le curé du Journal. Leur archétype dans l'œuvre bernanosienne est bien évidemment la figure de Donissan.
Enfin, entre les deux, loin de tout manichéisme, nous trouvons les héros qui, à des degrés divers, participent à l'un et à l'autre de ces deux mondes : complices du mal certes, mais aussi sachant consentir au salut, ne serait-ce qu'au dernier instant ; ou bien victimes pitoyables de ce péché du monde qui leur donne figure de sacrifice telle la seconde Mouchette, tandis que Germaine, l'héroïne de Sous le soleil de Satan, constitue l'archétype recherché.
On le voit donc, nous trouvons dans cette première grande œuvre de Bernanos comme les figures archétypales de cette typologie que l'on pourrait constituer. Urs von Balthasar l'avait observé pour sa part : « Le couple Donissan-Mouchette commande symboliquement toute l'œuvre romanesque de Bernanos. ».
Sans doute, il faudrait prendre en compte le fait que sur la période où il écrivit son œuvre romanesque, Bernanos évolua. Et les rapprochements avec les derniers titres de cette œuvre s'imposeront à l'occasion. En effet, du maquignon à M. Ouine, Satan a bien perdu de ses caractères mythiques. De même, de Donissan au Curé de Campagne, l'épopée de la sainteté se mue en un récit beaucoup moins flamboyant et le héros de la lutte contre le mal s'efface devant une figure beaucoup plus proche du « Serviteur souffrant ».
Quant à Mouchette, elle renvoie bien évidemment à la seconde du même nom, encore que celle-ci soit bien plus victime que complice du mal.
29. S. HUTIN, « Le Mal radical chez Huysmans et chez Bernanos », pp. 625-6, in Bernanos, Actes du colloque de Cerisy-la-Salle (Paris, Plon, 1972).
30. H. URS VON BALTHASAR, op. cit., p. 352.
Mais enfin, parce qu'il faut bien que cette étude reste dans des limites raisonnables, nous ferons de l'étude de ce premier grand roman la pièce essentielle, sinon la seule, de notre recherche. Car l'itinéraire que suivent les héros de ce premier roman vaut pour les suivants. Là encore, nous trouvons confirmation de ces vues dans l'ouvrage de Ph. Le Touzé : « On peut dessiner [...] une sorte d'itinéraire type des héros bemanosiens, qui s'articule en quatre composantes ou "fonctions" : l'appel de l'infini, la transgression, la rencontre de l'adversaire et la mort. Cette constante se réalise en variables qu'on peut, en simplifiant, ramener à trois : celle du misé- rable, celle du saint et celle de l'imposteur, toutes trois faisant contraste avec la voie des médiocres condamnés à l'inertie spirituelle et aux hypocrites compromissions du monde. ».
L'unité d'analyse choisie sera donc le personnage central défini avec les relations qu'il entretient avec les éléments naturels, les autres personnages, et les événements qui marquent son histoire personnelle, son aventure. Que cette étude débouche sur le plan d'une réflexion d'ordre théologique relève d'une nécessité inhérente à l'œuvre romanesque de Bernanos, nous pensons l'avoir suffisam- ment montré. D'autant que Bernanos nous invite à effectuer cette démarche par son type même d'écriture : aux pages constituant la trame du récit, il fait succéder des développements qui n'apportent rien à l'action, mais sont comme des commentaires - sur le registre réflexif- de ce que vivent ses personnages, dans le souci de dégager le sens de leur expérience, de l'universaliser.
Il y a d'ailleurs à ce parti pris méthodologique une nécessité interne : l'existence de ces personnages se déploie, nous le verrons, dans une « aventure », ou une « histoire ». Et c'est le mouvement même de cette existence qui est significatif. C'est la courbe de leur destinée qui en tant que telle pose problème. Et ce sont les lieux et les moments où l'auteur les inscrit ou les fait s'entrecroiser qui constituent autant de clés nécessaires à l'interprétation
Enfin, en centrant ce travail sur les principaux personnages, nous serons d'autant plus fidèle à l'auteur que nous savons le rapport si étroit qui l'unit à ses créatures et dont la préface aux Grands
31. Ph. LE TOUZÉ, op. cit., p. 10.
cimetières citée au début, nous a avertis. Si, pour finir, le romancier pose la question : « Étiez-vous alors mes maîtres? Aujourd'hui même, l'êtes-vous ? » (II, 355), nul doute qu'il nous autorise à lui appliquer ces lignes que Berdiaeff écrit sur le compte de Dos- toïevski : « Naturellement, il n 'est pas Chatov, mais il aimait Chatov et quelque chose de Chatov était en lui. D'ailleurs tous les héros de Dostoievski sont des parties de son âme propre, des étapes de sa propre route. ».
Alors ne doutons pas de trouver dans ces personnages de Bernanos, rêvés dans son enfance, portés en lui depuis son enfance, espérés pour l'entrée « dans la Maison du Père » (II, 355), les données ultimes de ce conflit entre le mal et la grâce, de ce destin ouvert au salut et à la damnation, que Bernanos nous présente comme l'enjeu essentiel de notre aventure terrestre.
PLAN
Définir l'existence humaine selon Bernanos, ce sera donc la rechercher telle qu'elle apparaît dans son premier grand roman et réfractée par deux existants : le couple Mouchette-Donissan encadrera notre étude tout comme dans le roman il encadre la partie centrale où Satan dévoile pleinement sa présence et son rôle dans le monde.
Quant à ouvrir cette typologie de l'œuvre bernanosienne en évoquant la figure de Mouchette, cela exige une justification. En effet, du point de vue de la genèse du roman, nous savons l'antério- rité du saint de Lumbres sur Mouchette et même sur Donissan, c'est- à-dire de la Deuxième Partie de l'œuvre sur le Prologue et sur la Première Partie qui constitue, chronologiquement, le troisième mor- ceau
Mais dans l'œuvre, c'est Mouchette qui se présente à nous la première. Ce que nous percevons d'abord, c'est « le cri du désespoir sauvage » de « la misérable enfant révoltée » (II, 1100). C'est donc à elle qu'il convient de nous attacher en premier lieu; elle sera le guide qui nous introduira dans l'univers bernanosien du mal puis- qu'en elle nous découvrirons la foule immense de ceux qui, victimes et complices tout à la fois, appartiennent à ce monde.
32. N. BERDIAEFF, L'Esprit de Dostoievski (Paris, Stock, 1974), p. 227.
Ajoutons que par là, de Mouchette et de Donissan, c'est Mou- chette qui nous est la plus proche et représente au mieux l'humaine condition. C'est pourquoi nous nous proposons de nous attacher à ses pas, en suivant au plus près le texte de Bernanos en cette première partie consacrée à la jeune héroïne.
a. Précisons en quelle acception nous prenons ces termes de typologie et d'archétype :
- par typologie, nous entendons la définition d'une lignée ou famille de personnages : tous ceux qui dans l'œuvre romanesque de Bernanos appar- tiennent à une même famille spirituelle, ont une façon analogue de se situer face au bien et au mal ;
- par archétype, nous entendons, dans chacune des familles ainsi reconnues, le personnage rencontré chronologiquement en premier dans l'œuvre de Bernanos, comme chef de file, ou chef de lignée, et auquel il nous appartiendra de reconnaître une postérité.
b. Notre étude se distinguera ainsi d'une étude thématique comme celles qui définissent la première génération de travaux sur Bernanos, et à l'égard desquelles on peut maintenant éprouver un sentiment de saturation, car le niveau de généralité auquel on se tenait avait quelque chose de répétitif. Ce que l'on disait n'était pas faux, mais ne faisait pas forcément justice à la spécificité de l'œuvre trop facilement récupérée, ou carrément récusée dans ses aspects les plus incisifs.
C'est pourquoi par la suite, les critiques se sont attachés à la forme dans un plus grand souci de rigueur et d'objectivité à l'égard de l'œuvre.
Mais il semble que ce « travail de fourmi » (l'expression est de É. Lagadec- Sadoulet, Temps et récit dans l'œuvre romanesque de Georges Bernanos, Paris, Klincksieck, 1988), en lui-même remarquable, et ayant au moins l'avantage de fournir un cadre objectif à l'interprétation, ce qui ne serait déjà pas si mal, s'avère parfois décevant à l'heure même de passer à l'interprétation.
Dans tous les cas, ce que l'on retient comme par une opération de dis-
section, coupé du mouvement de l'œuvre, est réifié et se présente avec
l'arbitraire d'une abstraction. Aussi bien, nous semble-t-il, il convient
d'adopter une perspective différente qui fasse justice à l'exigence d'objecti-
vité de ce dernier courant, mais se lance résolument à la quête du sens, de
tout le sens et, pour éviter le piège de la subjectivité, fasse droit au plus
petit détail, assume l'intégralité des « mots rebelles » (II, 1040) et des réseaux
par eux tissés. Le gage de la réussite du projet critique sera la cohérence ainsi manifestée de l'œuvre, dans le détail et dans sa totalité, dans son mouvement surtout, car c'est l' « histoire de Mouchette» (comme celle de Donissan) qui, en tant que telle, dans son ensemble, est signifiante.
c. On se référera à telle déclaration du romancier sur le climat général de l'après-guerre, jugé particulièrement écœurant : « Qu'aurais-je jeté en travers de cette joie obscène, sinon un saint ? » (« Interview de 1926 » ; II, 1040), ou encore aux souvenirs des confidents de Bernanos, c'est-à-dire de celui
« qui lut le premier ce livre et l'aima » (Bernanos, Dédicace du roman, p. 57) : Robert Vallery-Radot qui affirma avoir reçu de son ami « la troisième partie, Le Saint de Lumbres qu'il avait composée d'abord parce qu'elle est à la fois le centre et le sommet de l'œuvre » (R. Vallery-Radot, cité par M. ESTÈVE, Sous le soleil de Satan, « Bibliothèque Bordas », p. 26).
Plus récemment, l'étude du manuscrit de la fondation Bodmer a amené René Guise et Pierre Gille à confirmer le témoignage de Vallery-Radot et à présenter l'ordre de création du roman : 1) « Le Saint de Lumbres », 2) « Histoire de Mouchette », 3) « La Tentation du désespoir » (l'abbé Donissan, futur saint de Lumbres) comme une « certitude » (René GUISE et Pierre GILLE, Sous le soleil de Satan. Sur un manuscrit de Georges Bernanos [Nancy, P.U.N., 1973], p. 11).
Enfin, tout dernièrement, l'étude minutieuse du même manuscrit a permis à William Bush d'apporter de précieux éclaircissements sur la genèse du texte et de confirmer par l'étude des liasses constituant le manuscrit et de leur pagination, la genèse du roman : les quatre premières, les plus anciennes, couvrant en effet « Le Saint de Lumbres », les deux suivantes
« Histoire de Mouchette » et enfin les cinq dernières « La Tentation du désespoir» (Genèse et structures de "Sous le soleil de Satan" [Paris, Lettres Modernes, 1988], pp. 41-45).
d. Cette première partie se tenant au niveau d'une anthropologie philoso- phique, et la deuxième à celui d'une réflexion plus théologique sur le monde du Mal, le lecteur pressé d'accéder à l'essentiel pourrait sans trop d'inconvé- nients se reporter directement à la troisième partie de cet ouvrage où nous tentons de révéler plus précisément la spiritualité bernanosienne.
MOUCHETTE ou
l'humanité en proie au mal
« Jouer avec l'espérance des hommes, c 'est duper la faim et la soif du pauvre. »
« Interview à F. Lefèvre »
(II, 1044)
Chapitre 1
« »
I - L'Élan initial.
Suivre « l'histoire de Germaine Malorthy » (59), c'est être témoin de la séduction que le mal exerce sur un être et assister à la lente et progressive déchéance de cet être. Toutefois, un tel phénomène affecte un individu non point abstrait de toutes relations avec son milieu, mais bien au contraire inscrit dans un contexte familial, social et même cosmique. Dans le cas de Germaine/Mouchette, il nous semble justement que Bernanos prend soin de nous avertir de la dysharmonie qui prévaut dans les rapports de la jeune fille avec son milieu au point que l'on peut voir dans l'inadéquation de celui-ci aux aspirations de celle-là le point de départ ou en tout cas l'occasion de sa dégradation spirituelle, les conditions qui l'ont déterminée, les circonstances qui l'ont favorisée. Il convient par conséquent de dessiner d'abord la silhouette de l'héroïne. Nous nous y emploierons en tirant parti du premier portrait que nous en fournit Bernanos :
À seize ans, Germaine savait aimer (non point rêver d'amour, qui n'est qu'un jeu de société)... Germaine savait aimer, c'est-à-dire qu'elle nourrissait en elle, comme un beau fruit mûrissant, la curiosité du plaisir et du risque, la confiance intrépide de celles qui jouent toute leur chance en un seul coup, affrontent un monde inconnu, recommencent à chaque génération l'histoire du vieil univers. Cette petite bourgeoise au teint de lait, au regard dormant, aux mains si douces, tirait l'aiguille en silence, attendant le moment d'oser, et de vivre. Aussi hardie que possible pour imaginer ou désirer, mais organisant toutes choses, son choix fixé, avec un bon sens héroïque. Bel obstacle que l'ignorance, lorsqu'un sang généreux, à chaque battement de cœur, inspire de tout sacrifier à ce qu'on ne
connaît pas ! (68)
Dans cette page, Bernanos nous fait saisir les mobiles profonds de
la liaison de Mouchette avec Cadignan, l'un des deux « seigneurs »
(60) du lieu, ce qui l'amène à préciser les traits de personnalité de
la jeune fille. Nous retiendrons en premier lieu son âge : « seize ans » (61), c'est, pourrait-on dire, un âge charnière. L'adolescente est en passe de tourner le dos à son passé, de s'arracher aux liens qui maintiennent l'enfant dans la dépendance. Et ce n'est pas encore l'âge adulte qui prend la mesure de ses limites au contact avec la réalité et voit se restreindre peu à peu le champ des possibles. C'est au contraire l'éveil des facultés à la richesse du réel et l'éclosion du désir dont Bernanos suggère par ailleurs le côté enivrant : Une fois de plus, un jeune animal féminin, au seuil d'une belle nuit, essaie timidement, puis avec ivresse, ses muscles adultes, ses dents
et ses griffes. (75-6)
La métaphore animale est propre à évoquer l'avidité de ce désir qui apparaît en même temps comme indifférencié, sans objet déterminé, de telle sorte qu'on peut l'interpréter comme un désir d'absolu.
Le texte confirme cette interprétation en nous disant de quelle façon s'extériorise, s'exprime ce vouloir être : « Germaine savait aimer » (68). On notera la simplicité de l'expression qui contribue à la plénitude du sens, soulignée par la parenthèse : « non point rêver d'amour »; ainsi, au divertissement mondain, à l'activité factice de gens oisifs, est opposée la gravité de l'amour de Germaine, sur laquelle insiste la reprise.
Mais aussitôt après avoir signalé la maturité de Germaine, le romancier nous avertit de ne pas nous méprendre sur la dimension de cet amour : non point la disposition altruiste qui fait reconnaître l'autre comme personne élue, mais « la curiosité du plaisir et du risque », par laquelle Mouchette se révèle en somme refermée sur sa propre immanence. Certes, c'est le risque qu'elle prétend expérimen- ter et les qualités qu'on lui reconnaît - confiance, intrépidité - avec la passion du joueur capable de tout risquer, confèrent à Mouchette un caractère bien trempé qui ignore la pusillanimité : l'héroïne représente l'élan constant de l'humanité en quête d'un « nouveau monde ». Et rien n'est plus émouvant et digne de considération que cet essor, cet élan vers on ne sait quelles Amériques auxquelles Bernanos donne à penser en nommant en effet Christophe Colomb, un peu plus loin.
Aussi il est désolant de constater que cet élan s'est dégradé en
se traduisant, de la façon la plus apparente - et la plus superficielle
- par « la curiosité du plaisir » (68). Certes, ce « beau fruit mûris-
sant » que Mouchette « nourrissait en elle » avec complaisance, nous
fait penser, pourquoi pas, à Ève la mère des vivants et nous reporte aux débuts de l'humanité puisqu'il s'agit, n'est-ce pas, de « l'histoire du vieil univers » toujours recommencée ; mais nous savons déjà qu'il s'est dégradé en un fruit charnel ; et la dérision deviendra totale lorsque la conduite du marquis anéantira « son amour, cet autre fruit » (74).
Quant à la « curiosité » (68), elle évoque encore plus fortement l'image d'Ève, tentée par la curiosité: « Ce "fruit", par une condensation symbolique audacieuse, est donc à la fois celui de l'arbre de la science du bien et du mal et celui de l'arbre de vie. ».
Or nous savons bien ce qu'il adviendra d'Ève et de sa lignée, pour avoir cédé à la tentation ; et si nous ne savons pas encore ce qu'il adviendra de l'enfant que porte Mouchette, on peut nourrir quelque crainte à son sujet, d'autant que nous pouvons savoir par ailleurs comment, chez Bernanos, la « curiosité » désigne une connaissance dévaluée parce que non respectueuse de son objet et dans laquelle le sujet connaissant ne fait que se rechercher lui-même, ou ainsi que nous le disions plus haut, demeure dans sa propre immanence.
Nous découvrons un autre trait de la personnalité de l'héroïne lorsque, par un brusque contraste, l'auteur nous ramène à la réalité apparente : « cette petite bourgeoise... » (68), pour nous dire aussitôt qu'elle attendait « le moment d'oser, et de vivre », ce qui dément l'aspect extérieur. Nous retrouverons cette opposition lorsque le romancier nous informe que perdre « cette petite vie bourgeoise, respectable » (75) et « tous ces biens ensemble, ne l'inquiétait pas une minute ». Ainsi donc le personnage fait preuve d'audace et possède les qualités que requiert l'action. Et l'alliance imprévue du
« bon sens » et de l' « héroïsme » annonce la complexité du caractère de Mouchette : son bon sens apparaîtra plus d'une fois comme une habileté déconcertante pour ses partenaires, au point que même ceux qui croient la connaître, comme le marquis de Cadignan, se laissent prendre, encore qu'ils restent sur leurs gardes :
Il la regardait, non sans méfiance. Ce caprice, cette humeur vive et hardie, ces discours aussi brusques que le crochet d'un lièvre lui
1. Ph. LE TOUZÉ, Le Mystère du réel dans les romans de Bernanos (Paris, Nizet, 1979), p. 79.
2. Ibid.
étaient devenus familiers. Mais, dans l'ardeur de la poursuite, il n'y avait vu bonnement, jusqu'alors, que les menues défenses d'une jolie fille rusée qu'un dernier scrupule entretient dans cette illusion d'être encore libre au moment qu'elle ne se refuse plus. La robuste maturité inspire aisément une confiance aveugle, et l'expérience la plus cynique est plus près qu'on ne pense, en amour, d'une naïveté
presque candide. (80)
Bernanos souligne malicieusement la balourdise du marquis, lequel, se croyant fin chasseur et s'attribuant le rôle du chat qui laisse jouer la souris avant de la croquer (80), est tout déconcerté de voir les rôles subitement renversés : « Ainsi le chien cordial et pataud reçoit sur le nez une griffe alerte. » (81). Mais c'est pour faire mieux ressortir l'habileté de Mouchette d'autant plus déroutante qu'elle semble procéder d'un instinct ou d'un sens qui la fait surclasser son adversaire :
Combien d'autres avant lui nourrirent cette illusion de prendre en défaut une jolie fille de seize ans, tout armée ? Vingt fois vous l'aurez cru piper au plus grossier mensonge, qu'elle ne vous aura pas même entendu, seulement attentive aux mille riens que nous dédai- gnons, au regard qui l'évite, à telle parole inachevée, à l'accent de votre voix - cette voix de mieux en mieux connue, possédée - patiente à s'instruire, faussement docile, s'assimilant peu à peu l'expérience dont vous êtes si fier, moins par une lente industrie que par un instinct souverain, tout en éclairs et illuminations soudaines, plus habile à deviner qu'à comprendre, et jamais satisfaite qu'elle
n'ait appris à nuire à son tour. (82)
Il nous fallait citer ce texte en entier car, outre qu'il met en évidence l'intuition remarquable de Mouchette, les derniers termes nous rendent attentif à l'aspect un peu inquiétant du personnage : ce bon sens s'avère ici être une ruse qui n'appartient peut-être plus à l'ordre humain, mais que nous dirons, par anticipation, marquée du sceau diabolique.
Nous soulignerons un dernier aspect de ce bon sens : ce peut être encore un masque sous lequel, les dominant avec une force « hé- roïque » (68), précisément, Germaine sait dissimuler sa déception, sa souffrance ; à moins que, n'ayant plus rien à attendre d'un être qui lui fut toujours étranger, comme son père, elle laisse paraître sa révolte :
Meurtre : 74-6, 159 Naissance : 182, 216-23 Nature : 34 64, 126, 293 Néant (cf. Être) : 10, 42, 48-9, 91-
92, 95, 118, 134, 135, 163, 169, 269, 275 n. d
Nuit(s) : 53, 54, 59, 79, 124, 130, 142, 230, 246, 296, 299 Ornière : 36, 77 n. b, 214 n. e Paix : 168, 199, 239, 249 n. g Paradoxe: 109, 111, 116, 198-201,
206, 257
Parallèle(s) : 173, 178, 189, 209 Parole : 194-7, 226, 274 n. a Passé : 37, 73, 155, 238 Passion : 229-41
Paternité : 65-7, 179, 248 n. b Péché : 57, 69, 83, 90, 117, 150,
157-70, 174, 198, 202, 207-8, 236, 256, 257
Perdition/Perdre (se) : 115, 118, 148-9 Prophète/Prophétie : 191, 195, 273 Psychologie : 18, 65, 71, 88-9, 97,
112, 143-4
Rédemption : 172-3, 198, 277 n. g Reflet : 298, 300
Réel/Réalité : 270, 272 Renouvellement : 242, 246, 250 n. i
et j
Ressemblance : 221, 229 Résurrection : 211, 241-7, 276 n. f,
294, 300-1
Retour : 44, 135, 212-3, 214 n. e, 307-8, 311 n. b
Rêve : 72, 81, 136-8
Révolte : 54-8, 119, 136, 138, 207 Rire : 71, 79, 117, 127
Route : 36, 44, 129, 168, 184, 214 n. e, 235, 308-9, 311 n. a Sacrifice : 36-8, 235, 302-3 Saint/Sainteté : 15, 140, 150, 181-
183, 239, 240, 255, 264, 302 Salut (cf. Rédemption) : 184, 258, Sang : 209, 213 n. b, 226, 231, 302
237-8, 298
Satan : 122-3, 131-4, 135, 138 n. a, 139-40, 142, 145, 152-3, 157, 164,167, 172, 193,210,273,290 Secret : 35, 36, 99, 251 n. k, 264 Sensible : 21, 112-4
Soleil : 33-5, 182 Solitude : 80-1, 111, 127 Souffrance : 151, 236, 251 n. k, 264 Souillure : 56, 60, 75, 94 Style : 139, 265, 267 Suicide : 97, 106-9, 166-70, 210-1 Surnaturel : 113-4, 257 Symbole : 19-21, 60, 67-8, 73, 83,
91, 94, 117, 141, 310 Sympathie : 16, 53, 144 Tentation : 140, 141-50, 151-6, 158,
167, 231, 233, 284, 290, 291 Théologie : 269-4
Tragique : 292 Transcendance: 141, 272 Transgression (cf. Révolte) : 92-3, Typologie (cf. Archétype) : 19, 21- 158
23, 25 n. a, 37 Vérité : 197 Vie : 109, 246, 247 Violence : 144, 150, 180, 208 Vision : 187-90, 203 Vocation : 11, 180, 181-4, 198 Voix : 115, 142, 147, 168, 207 Voyage (cf. Élan et Route) : 36-7
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