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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Van Ruymbeke, C. (1997). Recherche sur les connaissances scientifiques dans la poésie persane classique: une étude des arbres et des fruits dans la Khamsa de Nezâmî Ganjavî (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.
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U.L.B.
Faculté de Philosophie et Lettres Section de langues et littératures orientales
Directeur : Professeur A Donckier de Donceel
Thèse présentée en vue de l’obtention du grade de Docteur en Philosophie et Lettres.
Christine van RUYMBEKE
RECHERCHE SUR LES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES DANS LA POESIE
PERSANE CLASSIQUE.
Une étude des arbres et des fruits dans la Khamsa de Nezâmî Ganjavî.
(Seconde partie)
1997
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L.CE. .
Chapitre VI 250
CHAPITRE VI QUELQUES EXEMPLES D’EMPLOI SCIENTIFIQUE EXPLICITE
Le chapitre IV, complété par la longue enquête du chapitre V, nous a permis de considérer l’ensemble du vocabulaire végétal relevé dans le corpus des matnavi-s. Nous y avons étudié les connaissances scientifiques implicites, par le biais de l’identification des végétaux. Nous nous sommes référées à nos sources pharmacologiques et lexicographiques, principalement, les sources géographiques et agricoles venant compléter le portrait du végétal. L’identification d’un certain nombre d’arbres forestiers ou fiiïtiers nous a posé de sérieuses difficultés, tandis que d’autres semblent inextricablement prisonniers d’un réseau de synonymes. Les points litigjojx ont été relevés et là où nous le pouvions, nous avons proposé une réponse en tenant compte principalement de l’emploi poétique, mais aussi des indications trouvées chez les pharmacologues et les lexicographes. Cette enquête d’identification relève de connaissances scientifiques implicites, nécessaires pour comprendre les beyt-s dans lesquelles apparaissent les mentions d’arbres.
Dans ce chapitre VI, nous nous proposons de réunir des indications précises concernant chacune des trois disciplines que nous avons analysées et qui comportent des données sur les arbres. Nous avons classifié les citations par discipline, selon l’emploi qui était fait, et avons choisi à chaque fois des exemples qui nous semblaient intéressants. Nous avons cherché à être exhaustive, mais il nous semble prudent de considérer qu’il y a certainement des allusions scientifiques qui nous ont échappé, particulièrement en ce qui concerne les connaissances pharmacologiques, qui sont moins facilement repérables que les autres branches scientifiques traitées. Aussi parlons-nous de « quelques exemples ». Au risque de ne pas rendre justice aux multiples facettes de la question, nous nous concentrerons sur trois pôles de recherche :
• les questions mettant en pratique des connaissances de pharmacologie
• les questions mettant en pratique des connaissances d’agriculture (arboriculture)
• les questions mettant en pratique des connaissances de géographie
Le jeu des significations superposées, auquel les poètes persans, et certainement Nezânû,
se prêtent avec plaisir, explique que certains passages, où nous pensons découvrir des
allusions scientifiques indéniables, peuvent passer totalement inaperçus pour d’autres
Chapitre VI 251
lecteurs. Ceux-ci pourraient bien considérer également que certaines de nos interprétations - particulièrement en ce qui concerne le premier point qui traite de la pharmacologie - sont forcées et trop éloignées d’une première signification de surface. D nous paraît important de souligner ici que nous n’avons nullement cherché à donner à tout prix des interprétations scientifiques. Au contraire, nous n’étudions ici que les exemples qui nous ont paru évidents et qu’il n’étah pas possible d’ignorer. De plus, le contexte permet souvent de découvrir une volonté d’allusion scientifique, là où elle n’apparaît pas à la première lecture.
1. PHARMACOLOGIE
A part les mentions d’emploi de végétaux comme remède, simple ou composé, des végétaux nocift, ou employés pour leur parfum et des végétaux malades, nous relevons ici deux points qui nous semblent mériter une attention particulière, parce que, à notre connaissance, ils n’ont pas ou peu été étudiés jusqu’à présent. D s’agit tout d’abord de la représentation des plantes qui se soignent l’une l’autre, et dont un exemple du MA a été analysé par AL. BeelaertV L’autre point qui nous semble très intéressant est l’emploi métaphorique du végétal, qui rappelle ses qualités pharmacologiques. Nous avons relevé plusieurs cas chez Nezâmî, mais il nous semble que personne avant nous, n’avait étudié ce phénomène.
1. Les mentions explicites d’arbres ou de fruits comme remèdes simples :
• sîb (la pomme) est le remède qu’Aristote, mourant, hume afin de prolonger quelque peu la vie qui s’en va ;
« ... il ordonna qu’on lui apporte une siïb (pomme) du jardin; on lui mit en main cette pomme qui calme ijuxvâzcàiiki) par son parfum, son âme prit quelque peu patience » (EN33,22-23)
Les sources pharmacologiques mentionnent l’intérêt de la pomme comme remède : respirer une pomme est excellent dans le cas d’affaiblissement et d’affections mentales;
le finit a des qualités étonnantes. C’est un puissant antidote. Heravî débute sa mbrique en affirmant que «l’ensemble des variétés de pommes est bénéfique contre les poisons ». Ce serait particulièrement la variété syrienne qui serait un tonique cardiaque.
Nous trouvons aussi chez al-Samarqandî que la nausée peut être prévenue en suçant un coing ou une pomme et en les humant... afin de calmer l’âme et de renforcer l’esprit naturel, de le rassembler et de l’empêcher de remonter, ou afin de diminuer la chaleur du cerveau. Quant à Ibn al-Bay^, il est formel : *
* Voir A.L.F.A. BEELAERT, A Cure for the Grieving, pp. 179-186
Chapitre VI 252
<< I^ pomme est iimi dans le cas
d’aâàiblissemrat et dWecdons mentales; eQe fortifie le cerveau eL le coeur »1 ■ ;
• HP31,355 résume les bienfeits du sondai :
« le sondai, r^uit ai poussière, (sûda) enlève le dard-e scv Qe mal de tête), il enlève la fièvre du cœur ifab z-del) et l’inflammation/la chaloir
du foie. »(HP31,355)
Et, en efiFet, nous signale Ibn al-Bay^, le sondai combat l’aflflux des humeurs vers les organes. Dans les tempéraments chauds, il agit comme réfiigérant. On le place sur le S'ont ou l’estomac échauffés et il les rafi^aîchit. Il est encore salutaire contre la fièvre inflammatoire, la fi'énésie, la faiblesse de l’estomac causée par la chaleur. Pétri dans l’eau et placé sur le S'ont et l’estomac, il est utile contre la fièvre chaude, l’aflàiblissement du cœur et la céphalalgie fâ)rile.^ Nous savons par Rashîd al-Dîn que c’est le santal blanc qui est l’onguent. En Inde, nous dit-il, on l’oint sous les aisselles (bon-e baghal) et on le mélange aussi avec du civet (zabâd). Tandis que le santal rouge est employé comme encens.'* *
• le "“ûd séché ;
jK En autornne, il mange du ‘ûd séché, taitâ^s qu’au printemps il apporte une pœhe de musc {nâf-e (ENI^
Nous avons ici une opposition de saisons : automne-printemps, et une opposition de deux substances odorantes : W et moshk (musc); l’une séchée, l’autre tellement fiaîche qu’elle est encore contenue dans la pœhe prélevée sur la chèvre productrice.
Dans la théorie des humeurs, chaque saison est dominée par une des humeurs du corps.
Cette une connaissance qui est très courante en Islam médiéval. Nous trouvons dans les Prairies d’Or de Mas‘ûdî que :
«î’atrabile 7 domine en septembre, octobre et novembre. La pituite (bdlgfiam) ai décembre, jaiivier et févrio; le sar^ en mars, avril ma;ïà bOe (.sq^â’) en jiun juillet et août. »*
Le personnage de Nezâmî mange donc du 'ûd séché en automne, c’est à dire au moment où, selon notre schéma, l’atrabile (sawdâ') domine, tandis qu’au printemps, lorsque la bile (sq/râ ') domine, il prend du musc fiais. Les deux substances ont des qualités très prœhes : ‘üd est chaud a sec, moshk aussi. On mâche le 'ud pour parfuma le corps a la bouche. Il fortifie les sens a les porte à l’expansion a U est
^ lAB, A n“ 417 pp. 311-13; QAZ, p. 220; KAS, p. 91 paragraphe 20; HER, pp. 25-6: HM, pp. 213-4;
AS, p. 92 et p. 160.
^lAB, B.n* 1418, pp. 383^.
^ RAD, p. 90.
*MAS, p. 502, n“ 1313.
Chapitre VI 253
efficace dans le cas de troubles d’incontinence causée par le froid. Il dissout le flegme (ou pituite, balghamf. Le moshk, quant à lui, donne de la viguoir aux tempéraments atrabilaires et pusillanimes. H échauffe les organes. H convient aux vieillards et aux sujets à tempérament humide, surtout dans les temps et les pays froids. D ffiit disparaître la coloration jaune de la frce.^ Il semble donc que l’emploi du musc au printemps soit tout à fait conseillé. Par contre, la consommation de ’^ûd séché en automne, va seconder l’action de la saison, en échauf^t les tempéraments. Par son efficacité à dissoudre le flegme froid qui va dominer en hiver, il aide à faire dominer l’atrabile, qui encourage les passions.
• pelpel est échauffant :
« dNtcXt pelpel (poivre) |je fris] bouillir les graines des lànties/(les larmes en ébullition par les grains de pe^l ?X je pousse des cris devant ta propre porte. » (KH51,157)
L’action échauffante du poivre est bien connue et Heravî lui attribue le troisième degré de chaleur et de sécheresse®. Nous ne trouvons pas de mention indiquant que pelpel feit jaillir les larmes; il faut donc uniquement considérer ici son effet échauffant.
• Le vin, bâda, sharâh ou mey, n’est pas analysé systématiquement ici, bien que, théoriquement, étant le jus du raisin, il devrait faire partie de notre étude. Mais il nous a semblé que son emploi poétique était trop différent de celui des autres végétaux pour être à sa place dans cette enquête. De plus, le processus de viniflcation peut être considéré comme un processus chimique, et nous avons signalé au chapitre IV que nous ne traitions pas les substance obtenues par ce biais. Cependant, nous relevons ici daix passages, parmi d’autres, où l’effet du vin est considéré d’un point de vue pharmacologique:
Les effets réchauffants et bénéfiques du vin sont décrits ici lors d’une fête offerte au roi BahrâmGûr :
« Lorsque le rcH eut bu deux ou trois coupes de mey (vin), de son firont rose s’échappa la transpiration (Mwey) »(HP21,28,)
Le teint qui se colore et le corps qui se réchauffe au point que la transpiration perle sur le front sont des manifestations tout à fait é\âdentes du vin, et point n’est besoin, bien sûr, d’être versé en pharmacologie pour les connaître. Cependant, il nous a semblé intéressant de retrouver ces symptômes exacts décrits par Ibn al-Bay^, qui donne leur explication scientifique ;
«Le vin échauffe le corps, il aide à la ^gestion des aliments dans l’estomac et à la rapidité de leur transmit dans le foie, à la pofection de
® HM. p. 616; lAB, B, n“ 1603, pp. 484-5
’lAB,C,n‘’2127, pp. 316-9
* lAB, C, n' 1696, pp. 41-3; AB, n* 34, pp. 2534; HER, p. 243, HM, pp. 647-8.
Chapitre VI 234
loir digestion dans cet organe et à leur passage ultériaor dans les vdnes et autres parties du corps.... Il embellit le teint, repousse toutes les humairs en général et facilite leur issue du corps, soit par les sueurs, soit par les urines, soit par la transpiration insensible des pores.... C’est donc un puissant auxiliaire pour la conservation de la santé, s’il est bu converfâblement mi temps opportun, en quantité telle que la nature puisse le supporta^
Mais l’abus du vin, l’ivresse répétée, sont dangereux. Dans la même rubrique d’Ibn al- Bay^, nous trouvons des mises en garde et des symptômes inquiétants. Et dans un passage où Nezâmî apostrophie l’échanson qui doit lui servir à boire avant qu’il ne commence un nouveau chapitre de la vie d’Alexandre, nous trouvons, et les symptômes de l’ivresse, et la mention de deux remèdes possibles, réunis dans une image composée : le vin au réveil, qui paraît pouvoir faire disparaître l’ivresse et le mal de tête, mais ce n’est qu’apparence, et le vrai remède : l’eau de rose, dont l’action rafraîchissante fait vraiment du bien ;
<f Viens, échanson, répands sur moi ce bàda (vin) comme l’eau de rose {goIâb\ jusqu’à ce que je sorte du sommai. Une eau de rose, amie de l’eau du foie (âb-e jegar\ un remède ami de tous les maux de tête (dard- esar). »{SN43,l-2);
Une fois de plus, nous interrogeons Ibn al-Bay^, qui décrit les maux causés par l’abus de vin et se fait l’avocat de l’eau de rose comme remède : la fréquence de l’ivresse, dit- il, entraîne des maladies mortelles, causées entre autres par l’inflammation des viscères et particulièrement du foie.
« Le vin aromatisé suscite des vapaars à la tête et de la céphalalgie. Les personnes sujettes à la céphalalgie, à l’ophtalmie, et dont la tête se congestionne facilement doivent s’en abstenir. Quand on est obligé d’en boire, on pare à ces inconvénients en flairant du camphre et des parfums froids, en rafiaîchissant la tête avec de l’eau de rose d de sandal.
Plus loin, il a ce conseil peu pratique, mais probablement efficace :
« Pendant qu’elles feront usage de vin, Pes personnes délicates]
s’appliqueront sur la tête un linge mouillé d’eau de rose. Pour contrebalancer l’ivresse, il feut se livrer à un sommeil prolongé et se verser de l’eau sur la tête... Il y a des gens chez lesquels les accidents de l’ivresse ne disparaissent pas complètement, s’ils ne boivent un peu de vin. Toutefois c’est une feute grave de leur en donner alors »“.
’ lAB, B, n° 820, p. 46 lAB, B. n” 820, p. 48
"lAB, B, n»820, p. 51-2
Chapitre VI 255
L’eau de rose {golâb) est donc un remède recommandé pour feire disparaître les séquelles du \ôn. Elle n’est pas décrite chez al-Samarqandî, pas plus que ne l’est le vin, mais, c’est une fois de plus chez Ibn al-Bay^ que nous trouvons des informations intéressantes : elle est froide au premier degré et incline vers l’humidité. Elle est efficace contre les maux de tête f^riles, que l’on en respire l’odair ou qu’elle soit employée en frictioa Elle dissipe les nausées, excite les cinq sens et surtout, nous dit Ibn al -aytar, en infusion sur la tête, elle dissipe l’ivresse'^. Ailleurs, nous trouvons que la rose convient à l’estomac et au foie. Elle dilate les obstructions du foie produites par la chaleur.
Nezâmî est donc parfaitement au courant des symptômes causés par le vin et des remèdes à appliquer.
• rotab %
La datte fraîche, macérée dans du lait est un aphrodisiaque. Nezâmî y fait allusion plusieurs fois, lors de la nuit de noces de Khosrow et Shîrîn, dans le HP, lorsque le héros de l’histoire du pavillon noir essaie de convaincre la fée de se laisser feire et lorsque le héros de l’histoire du pavillon jaune arrive à ses fins et séduit enfin sa belle esclave :
«la ropb (datte fiaîd») sans noyau tomba dans le lait» (KH89,100);
« une rqtoô (datte fi^che) est tombée dans le lait » (HP26,362); « il jeta une rotab (datte fi^che) au mllieai du laàt » (HP27,222)
Nous trouvons chez Ibn al-Bay^ une explication de ce phénomène, mais associé à tamr (la datte mûre, équivalent en arabe de la khormâ persane; voir chapitre V, la confusion qui semble exister entre rotab et khormâ) ;
« la datte qui à s^oumé dins du petit lait provoque de fortes érecfrôns. Si l’on en prolonge l’usage et que fon toive de ce lait additionné de cannelle, surtout dans les t«nps froids, le corps en profite et les propriétés génitales «i sont fortanent accrues. »*'*
Aillairs, Nezâmî semble signaler que la procréation n’est plus nécessaire s’il y a l’immortalité ;
khormâ (datte mûre), ni lait, lorsqu’il y a l’eau d’immortalité » (SN26,211)
1 2
Fig. 18 Le Sultan Saqar et la vieille femme (détail). Fdio 18 recto de la ATtonuo de Nezâim, de 1539-43 (Londres, British Muséum, OR. 2265) Détail d’une illustration tirée de S.C. WFXCH,Ro)u/Pers)anA/anuscri/>ts,p. 74, PL,21.
Fig 19. Miynûn dans le désert (détail). Folio 166 retHo de làKhamsa de Naânâ, de 1539-43 (Londres, Bnti^ Muséum, OR.
2265) Détail d’une illustration tirée ^ S.C. WElX:H,Hoy(dPersianManuscripts, p. 93, PL. 30.
lAB, C. n° 2069, p. 284.
lAB, C, n"2274. p. 406
“'lABA,nM25,p. 315
Chapitre VI 256
2. Les remèdes composés dans la confection desquds un arbre est ingrédient
Nous avons rencontré plusi^s termes spécifiques désignant des préparations de remèdes composés, mentionnés dans les formulaires médicaux, les aghrâbâd :în ou qarâbâd în, comme celui d’al-Samarqandî.
• tûtfyâ-hâ-ye hasram (HP3,118) ; tû^>â est la tutie, de l’oxyde de zinc impur, ou d’autres métaux. C’est, nous dit al-Kindî, im agent rafi^chissant pour les yeux, afin de rendre la vue plus perçante ou d’arrêter les larmes. Nous trouvons que tûtfya-ye ghûra ou hasrcan, puisque les deux termes sont synonymes, est de la tutie dissoute dans du veijus et appliquée en tant que remède pour renforcer la vue.‘* al-Samarqandî donne une recette « pour faire pousser les cils », dans laquelle, parmi de nombreux ingrédients nous trouvons de la tutie « qui est efiBcace pour arrêter les larmes », ainsi que du jus de raisins verts*^. Nezâmî emploie cette expression pharmacologique dans un contexte symbolique : la vie, le monde, l’a pressé, l’a maltraité, même lorsqu’il était encore jeune et sans expérience, comme du raisin vert, car le jus obtenu d’un fitiit vert est également bon et efiBcace dans certains cas.
• gavâresh-e ‘ûd (HP26,13) : gavâresh est un électuaire ou une confection, ou un digestif*’. La différence entre la confection et l’électuaire serait que la première peut être amère ou douce, avoir bonne ou mauvaise odeur, tandis que l’électuaire doit être doux, de goût agréable et de parfiun plaisant. Une autre différence serait que la confection ne contient du sucre que lorsqu’il faut la conserver longtemps, tandis que l’électuaire en contient toujours**. Le miel en est un des ingrédients principaux.
Quoiqu’il en soit, la meilleure gavâresh, nous dit al-Samarqandî, est celle de bois d’aloès. Elle renforce l’estomac et le réchauffe parfeitement. C’est un mélange d’une mesure (ratl) de sucre et de deux dirhams de bois d’aloès indien pulvérisé. On la place sur le fai. On y ajoute l’un après l’autre du safimi, du girofle, de la cardamome, etc.*^
Nezâmî emploie l’électuaire de bois d’aloès comme mét^hore pour l’histoire agréable que la princesse du pavillon noir fait jaillir de ses lèvres sucrées (shekary, une de ces histoire, nous dit-il, « qui incitent l’homme ivre au sommeil » (HP26,8). Et en effet, nous trouvons qu’al-Samarqancfî conseille en général l’emploi de confections et électuaires, lorsqu’il s’agit de « calmer les gens de mauvaise humeur, de rassembler et d’augmenter la douceur et de protéger le patient de l’excitation ».“ (Un autre exemple de gavâresh est analysé plus bas, en relation avec la khormâ (datte).)
• shamâma : pastille de bois de santal parfumée au camphre (HP30,304). Ce morceau de pastille, nous dit Nezâmî, « éloigne du coeur la soufifi'ance (ranj) de la concupiscence
** cité dans AS, note 407, p. 224; STEI, p. 333.
“AS,pp. 140-1.
AS, p. 76 n’est p)as clair à ce sujet. Il nous semble que le traducteur identifie jawârishin avec confection, mais le texte est confus.
’* M. LEVEY, Early Arabie Pharmacology, p. 82.
” AS, pp. 76-77.
“ Ibidem, p. 73.
Chapitre VI 257
(ou de l’atrabile {sawdâ ')). al-Sauiarqaïufi donne des recettes de pastilles purgatives, dont une qui calme l’atrabile et le flegme et nettoie le cerveau, mais dans laquelle le sondai n’intervient pas.^^
• sharbat de quelques feuilles de l’arbre sandal-bû (HP31,267-8). Nezâmî nous décrit une méthode de préparation très sommaire :
« Û avait sur lui queues Quilles de cet athre suspicieux [au parfum de sandal],... fl les écrasa isûd) et de cette poussière (sûdbr), fl pr^ara une boisson (sfuxrbat}. »{HP31,267-8)
Le sharbat peut désigner une boisson médicinale et est alors im sirop“, qui consiste en un jus, concentré jusqu’à une certaine viscosité. On y ajoute souvent du sucre ou du miel pour l’épaissir et l’adoucir. Nezâmî décrit le sharbat en question comme « fi'oid et doux isard va shîrîn), qui plaît aux assoiffés »(HP31,268). L’élément fi’oid (sard) feit peut-être allusion au sandal. Ce sharbat est employé expressément pour guérir l’épilepsie i&ar’). .«^-Samarqandî nous donne la recette d’un remède contre l’épilepsie, qu’il faut appliquer à travers le nez, mais dont aucun ingrédient ne ressemble au santal.
Par contre, il indique, de manière générale que « certains [aromates] sont froids et employés afin de calmer la chaleur du cerveau. Ce sont soit des aromates ..., soit des parfums comme le bois de santal, le camphre, la rose etc... »“. Au premier chapitre de son recueil, il donne également une recette de ârop de bois de santal, qui calme la chaleur du coeur ;
« on prend une quantité de 3Û <firfiams de bois d’aloès de Macassar, que l’on râpe, et on le fait trenqjer un jcxir et une nuit dans un demi r<d.I [d’eau]. Le lendemain, on le oiit dans trois d’eau [que Ton fait réduire] jusqu’à ce qu’fl ne reste qu’un rail, ensuite on le filtre. On y
^oute un demi de jus de groiade anière, un demi de jus de tamarinier et trois rad de suore cristallisé. Oa le laisse sur le jusqu’à ce que sa conâstancè soit devame visqueuse ^ on le fidt refi-oidir. y jette ensuite deux <£rhams àetabasht et de bois de santal, l’un et l’autre jHjlvérisés, avec un demi dirham de caniphre pulvérisé et trois riïrfeBas de safiraa
• marham des feuilles de l’arbre sandal-bû (HP31,134-5) : marham désigne un emplâtre, un pansement, une pommade^*. al-Samarqandî nous dit :
Ibidem, p. 82.
“ M. LEVEY, Early Arabie pharmacology, p. 75.
“AS,p. 160.
AS, p. 68. Selon M. LEVEY, p. 49 de l’introduction à sa traduction d’al Samarqandî, les mesures mentionnées ont la valeur suivante : le ratl équivaut à 34.63 grammes, le dirham à 4.3 grammes. Selon STEINGASS, p. 1316, le ratl égale un demi mann, lequel varie, selon les pays de 40 à 84 Ibs (livres) I
“S7E/,p. 1220.
Chapitre VI 2S8
« Les pansements sont des ronèdes composés dont la consistance est pareille à cdle des âectuaires. Ds sont appliqués sur tes m«nbres exposés et Us y adhèrent Lès endmts ont une conastancé plus Iég&*e, de teUe sorte que lorsque les membres en stmt «ndirits^Us y adhèrent ^ se répand^ sur la sur&ce. H n^est pas nécessaire de les bander ou de les attacher. Les Inuits scmt plus doux et pénètrent et se dissolvent fUus r^idement Les pansmioits sont plus épais ^ 0 en reste {Uus sur la sur&ce dumanbre. Bs retienrient la dial^ plus longteinps... Les cataplasmes sont soit humides, soit secs. Les [cal^lasn^] lunüdes sont par exeihple des poches remplies d*eau chaude, ou des morceaux de tissus saturés d’eau chaude et ^pliqués sur les monbres afin de les réchaufib' et de les huimdifier, Bn même t«nps que ces liquides, on peut faire bouillir des médicaments... Les cataplasmes secs sont par exemple du sel, du sable, du millet.., chauffés... appliqués sur les menibres afin de les réchauffer et de les sécher...
Nezâirû décrit la préparation du marham de la manière suivante :
« H &ut hacher [les feuilles de l’arbre scaidal-bu\ et en comprimer le jus, et l’oindre [sur la plaie] et [ainâ] feire sortir la fièvre »,(HP31,134)
sans que nous puissions savoir s’il s’agit d’un onguent à base du jus ou de la pulpe des f^iiUes, mais il nous semble qu’il s’agisse plutôt d’un cataplasme humide.
Mis à part ces deux derniers exemples, l’histoire racontée par la princesse de Chine dans le pavillon couleur de sardal, contient d’autres termes pour désigner le fameux remède préparé à base des feuilles de l’arbre sandal-bû.
• dârû des feuilles de l’arbre sawdbt/-èw(HP31,147-148). dârû est un terme générique pour « remède ou médicament ». Nezâmî décrit la préparation de la manière suivante :
« elle hacha [les feuilles] afin d’ai séparer la pulpe {maghz), die les passa à travers un tissu (^4^ afin qu’il ne reste pas de lie (durd), elle versa (fœsMnad) [c& liquide] sur les y«ox de celui qiü souffrait. Elle lia ensanble le remède et les yaix (=dle fit un pansement serré sur les yeux)».(HP31,147-48)
• talâ des feuilles de l’arbre sandal-bû (HP31,150) : Lalâ est une pommade ou un cataplasme^^. Nous trouvons chez al-Kindî une recette de pommade efficace, «à prendre à travers le nez » {sic) à base de « bois de sandal rouge Nezâmî nous signale que cette pommade est mise sur les yeux du patient.
*‘AS,pp. 126-7.
^ M. LE VE Y, Early Arabie Pharmacology, p. 91.
“ Ibidem, p. 93.
Chapitre VI 259
• davâ des faillies de l’arbre sarukd-bû (HP31,306). davâ est un terme générique pour désigner « les remèdes »^. Beaucoup plus breÇ Nezâmî ne donne pas de détails, sinon qu’il s’agit du « même moyen » qu’auparavant.
• Enfin, le Formulaire Médical d’al-Samarqandî mentionne encore des recettes de dentifiices, dont nous trouvons daix allusions chez Nezâmî. Bien que celui-ci n’emploie pas un terme précis désignant le « dentifiice », il indique clairement qu’il s’agit d’un moyen « pour se blanchir les dents » :
«fpour mieux sourire, les gens Men blanchissent leurs dents avec la cendre de *ûd etdebîd» (EN8,93)
« avec du charbon comme du bîd brûlé, le Noir se blanchit loi dents » (EN17,128)
Et, en effet, les dentifiices étaient fi’équemment des carbonates en poudre ou toutes sortes de cendres.^” Al-Samarqandî explique que les poudres qui soignent les dents sont sèches, mais les recettes qu’ü donne ne mentionnent pas le soüe^V
3. Les végétaux sont des médecines l’un pour l’autre
• sondai (et non l’arbre sandal-bû !) est un remède eflScace, nous signale Nezâmî, contre le mal de tête {dard-sar) (HP3,48). En effet, nous trouvons chez al-Samarqandî que certaines substances odorantes, parmi lesquelles le bois de sondai, sont efBcaces pour diminuer la chaleur du cerveau^^ et Ibn al-Bay^ l’atteste élément (voir ci-dessus, les remèdes simples). HP30,318 met en opposition le toronj (citron) qui est décrit comme étant lob ’ gashâda (qui ouvre/agite le tempérament) et le sanckil dont on s’oint pour se calmer :
« De désespoir (gham) pom ce tororg (citron) excÉant le tempéramoit {tab ’e gashâ ’î), Mâhân se &Ugua à oindre du sondai »(HP30,318)
Dans ce beyt, toronj peut être également compris comme une métaphore désignant les seins des fées qui attirent le héros caché dans un arbre de sondai. Mais nous nous intéressons à la signification pharmacologique du beyt. Il nous semble que nous avons ici un exemple de plantes dont les propriétés se combattent ou peuvent s’entraider (voir plus bas). À première vue, cependant, il semble que Nezâmî se soit trompé, car le toronj est fi-oid et humide et son action refi'oidissante ne peut donc pas être combattue, mais bien amplifiée par le sondai, qui est, lui aussi, fi'oid, mais sec. Ce dernier convient
®57E7,p. 539.
”M.LEVEY,op.«Y.,p. 91 AS, pp. 150-2.
^ Ibidem, p. 160.
Chapitre VI 260
contre les palpitations qui ont pour cause l’eflFervescence de la bile et, employé en embrocation sur les tempes, il est salutaire contre la céphalalgie causée par la chaleui^^.
Cependant, nous trouvons que toronj est un fruit très particulier, dont les différentes parties possèdent des propriétés opposées.
<< Q participe aux quatre natures ’f) Sa pelure est de la nafrire du feu, chaude et sèche.. . sa pulpe {gûsht-^^) est de la nature de l’eau, frdde et humide... son jus {hamâs) est de la nature de la terr^ froid et sec... ses pépins (/oÂi/iml ^ht de la natine de l’aîr, t^iauds et humides,
Ainsi donc, la pelure, l’écorce du citron est chaude et sèche, « de la nature du feu », excite l’appétit, est un médicament qui rqouit^*. C’est donc probablement de l’écorce de toronj que veut parler Nezâmî. Si, d’autre part, nous considérons que toronj ne doit être compris que comme métaphore pour les belles fées qui excitent et échmiffent le héros caché dans son arbre, là encore, Nezâmî sait de quoi il parie, puisque un peu de sondai sur les tempes va refroidir « les sujets dont le tempérament incline vers la chaleur
Nous avons vu l’action bienfaisante du sondai sur l’excitation causée par le toronj. Ici, ce sont les propriétés de doix végétaux qui se combattent et agissent efficacement sur le tempérament du héros. Ailleurs, les végétaux, personnifiés, se guérissent l’un l’autre des effets de changements de saison. Après le sommeil et le froid de l’hiver, l’arrivée soudaine du printemps a des effets qui peuvent être nocifs ;
• shemshâd (MA27,55-6) Ce passage a été analysé par A.L. Beelaert^’, dont nous reprenons brièvement ici l’interprétation. Au cours de cette description de l’arrivée du printemps, Nezâmî mentionne lâia (la tulipe) qui souffie du làurfaqân (tachycardie, ou palpitations qui provoquent une respiration saccadée). Ce khqfaqân, maladie de la variété chaude, est probablement provoqué par la hâte de la tulipe à se montrer parmi les premières du printemps. Le shemshâd (buis), couvert de foiilles, même au début du printemps, lui vient en aide, en dispensant sur son coeur, ime ombre dense, rafraîchissante et calmante^*; Cette image ne fait donc pas appel aux propriétés pharmacologiques du shemshâd, qui est chaud et sec et n’est pas particulièrement recommandé dans les cas de tachycardie^^.
” Par exemple lAB, B, n® 1418, pp. 383-4.
^HER,p.9.
" HER, p.9, et, lAB, A. n° 16, pp. 23-24.
^ lAB, B, n® 1418, pp. 383^.
^ A.L.F.A. BEELAERT, « Medical Imagery », pp. 180-2.
* A. BEELAERT, op. cit., p. 179, traduit shamâ'el parast par « which loves young shoots ». Une autre possibilité serait de lire shamû ’el por-ast, que l’on traduirait alors par : « il est plein de jeunes pousses ».
.Mais si shamâ’el peut en effet signifier «jeune pousse », il a également le sens de « vent du Nord». Nous traduirions plutôt : « aimant le vent du Nord », ce qui s’explique par le fait que le buis ne perd pas ses feuilles en hiver et que son ombre est fiaîche.
^ Voir par exemple HM, p. 171.
Chapitre VI 261
• qaranfol :
« la jacinthe isxmbot), excitée par des baisers Qchvash4iâ} [au parfiim] de musc, à cause du {bar) qarœtfol ^ofie) éternua/ lâcha un rôt iHuyamment (*cüsa-ye tîz). » (HP33,23y®
Cet extrait tiré d’une autre description du printemps nous a semblé contenir le même schéma que le précédant, mais en faisant référence aux propriétés du végétal ; après le froid de l’hiver, la sonbol, réchauffée et excitée par le musc (voir plus haut), réagjt violemment au contact du qaranfol, qui a entre autres propriétés, celle d’aider à la digestion, de chasser les vap^irs produites par les résidus alimentaires dans tout l’abdomen. De plus, il est utile contre l’afflux d’humeurs froides aux intestins; il échauffe le foie refroidi, ainsi que le cerveau'*^ et son action vient donc renforcer celle du Printemps.
• Les nombreuses associations entre bâdâm (l’amande) et qand (le sucre candi) font peut-être allusion au fait que, comme le dit Ibn al-Bay^, le sucre active le passage et la digestion de l’amande.'*^
4. Maladies des végétaux
Un autre genre d’images est celle des végétaux malades.
• Par exemple, ce passage où l’arrivée de l’automne est décrite avec tous les phénomènes qui l’accompagnent. La grenade trop mûre, s’est fendue et laisse s’échapper son jus :
grenade), de son propre foie éclaté, laisse sinnter de l’eau sanguinolente ifhûnâbd) sur son flanc blessé » (LM44,14).
Cette image est plus complexe qu’elle ne le semble à première vue, puisque nous trouvons qu’une préparation à base d’écorce de grenade, en application sur le bas- ventre et la poitrine, est efficace pour guérir les crachements de sang et suspend les écoulements sanguins des hémorroïdes'*^. Nous avons donc affaire ici à un fiffit, touché par une maladie (le mûrissement excessif de la fin de l’été), qui se guérit lui-même, grâce à ses propres propriétés pharmacolo^ques.
^ ‘at.sa peut signifier éternuement, mais également un rot. C’est plutôt dans ce second sens qu’il doit être compris ici. Voir la remarque de A.L. BEELAERT, op. cit., p. 170, au sujet des images médicales et physiologiques qui paraissent dans les poèmes persans et qui nous semblent choquantes et peu à leur place dans ce genre de littérature. J.S. MEISAMI, Haft Paykar, traduit, p. 235 : « With musky blooms the hyacinth loosed its sharp fiagrance o’er the pihk. »
lAB, C, n° 1748, pp. 64-5.
lAB, C, n' 2040, pp. 243-4.
^ lAB, B, n® 1058, p. 182 et AS, p. 130. Cet emploi est également attesté par A. PARSA, Médicinal
Plants andDrugs in Iran, pp. 102-3..
Chapitre VI 262
• DansJe beyt suivant, le contraste est vif entre le sarv, droit et haut, qui personnifie la taille de la princesse avant que l’épilepsie ne l’accable, et ce que la maladie en a &it : le bîd a une forme courbée, agitée de tremblements :
« il vît une beauté f^us belle {kheyr} que le soleil, un sarv (cyprès) devenu, à cause du vent de l’^ilqpsîe {bâd-e comme le bîd (saul^:»
5. Mentions d’arbres ou de fruits nocifs :
Si toronj excite le tempérament (HP30,318, voir plus haut) et que kharzahra est un poison aussi nocif que le venin des serpents (KH52,5); l’abus de khormâ, quant à lui est fortement déconseillé :
« ne mange pas trop, |au point] que datte) devienne épine, que l’électuaire {gcrvâresh) devieme charogne (mardâr) en bouche. »(KH48,39)
Dans ce passage où Nezâmî se fait, une fois de plus, l’avocat d’une diète rigoureuse, il argumente que la khormâ, mangée en quantité normale est un électuaire (gavâresh), qui assiste donc la digestion. Mais l’exagération la rend indigeste. Bien que nous n’ayons pas retrouvé de trace d’électuaire à base de khormâ ou d’autres formes de dattes chez al- Samarqandî, le reste de l’aflBrmation de Nezâmî est tout à fait fondé, puisqu’il est reconnu que khormâ est im aliment à manger avec prudence ; elle est grossière (ghalîz), nourrissante et grossissante. Elle est nuisible aux tempéraments chauds et ne vaut rien au foie, au poumons et aux intestins.'*^
Enfin, les fixiits non mûris sur l’arbre sont déconseillés à plusieurs reprises :
• sîb :
asîb 0a pomme) mûrit au rnarché, n^is elle n’ii pasib^^ la dait (SN7,102)»; «tout le ntônde peut feire mûrir sîb 0a pomme) à la maison, mais elle n’estbonne sous la dent de personne (SN43,72) »,
Ibn al-Baytâr signale que les pommes qui n’ont pas mûri sur l’arbre ne valent rien et doivent être rejetées. D en est de même, ^oute-t-U, de tous les fiuits qui n’ont pas mûri sur l’arbre. En efiet, ils sont indigestes, ils pénètrent difficilement dans les veines et ne fournissent que des humeurs grossières et réfiactaires. Loir usage entraîne des fièvres chroniques.'**
• anjtr :
« anjîr 0a figue) verte devient molle i» tu la {gesses,mais à tu la manges;
^ lAB, A n® 425, pp. 314-5; AB, n® 24, p. 92; HER, pp. 78-9; HM, p. 340, qui renvoie à tamr, p. 215.
'•*IAB,A,n®417,p. 312.
Chapitre VI 263
elle &it sumto- le sang du palais (SN7^103) ».
Ibn al-‘Awâm à son tour indique qu’ « il ne faut jamais manger ni figue ni aucun autre fitiit, qui n’ait atteint sa maturité sur l’arbre, particulièrement la figue. En effet, la perfection de la maturité enlève aux fiuits la majeure partie de ce qu’ils pourraient avoir de nuisible. » Chez Ibn al-Bay^, nous trouvons que la figue verte et sèche est très flatulente et passe difficilement et qu’elle ne vaut rien aux dents.^
Nous avons donc bien ici des mentions de deux fiuits qui sont reconnus comme étant nocifs lorsqu’ils n’ont pas mûri sur l’arbre.
6. Mentions des arbres ou des fruits employés comme parfums
Plusieurs fiuits sont tenus en main, sans doute pour l’agrément de leur parfum :
• toronj (KH78,87; SN18,7; SN18,8; SN33,100). Nous trouvons chez Ibn al-Bay^ que
« l’odeur du citron purifie l’air altéré et pestilentiel », mais il ne fait pas allusion à une coutume de le prendre en main.'*’
• nârcmj (MA27,52; KH48,2); SN33,293; EN28,8). Ici aussi, le parfum du fiuit est reconnu comme ayant une action bienfaisante : «son parfiun fortifie le coeur et convient contre les nausées. »'**
• sîh est tenue en main, parfois avec une nâranj (orange),(HP26,402; EN28,8) et, ainsi que nous le signalions plus haut, elle est également im remède par son parfum (EN33,22). Au cours d’un épisode du SN, Nezâmî dit ;
« le v^aireux homme (/mwwmard) était impatienté par son p^e, c^
le malade qui se plainàmt (nâkmda) du parfum de la pomme (SN59,82). »
Nous avons vu plus haut que sîb est un fiuit dont le parfiim est particulièrement efficace pour raviver les malades. D s’agit ici d’un exemple tiré de l’absurde qu’emploie Nezâmî. Aveugle au bien qui lui échoit, l’homme s’impatiente contre la source de sa chance.
• sandal-bû Nous avons vu plus haut également, les deux emplois que font les personnages du HP avec les feuilles du mystérieux arbre sandal-bû (au parfum de santal). D guérit l’épilepsie (sur ’) et les blessures aux yeux, quelle qu’en soit la gravité {rakhna-ye (Ma gar-che bâshad sakht). D semble qu’il y ait ici une confusion entre l’efficacité d’un parfum et l’emploi des substances végétales. Mais, plus loin, Nezâmî stipule bien que son parfum est également efficace comme remède (darmân) pour l’âme (HP31,236).
““ lAA, p. 279; lAB, A, n» 439, p. 327.
“'’lAB,A,n‘’16, p.24
lAB, C, n” 2204, p. 358
Chapitre VI 264
• Les personnages tiennent en main des fruits odorants :
« il avait en main un toronf de cantine (k^fur) et d’ambre (anbar) (SN45,35)»
Nous trouvons chez Ibn al-Bay^âr l’indication que « l’on en [anbar, (l’ambre)] prépare des parfrims sous forme de pommes que l’on donne à humer aux sujets affectés de paralysie, de tic facial ou de convulsions et on en obtient de bon effets ». Nezânû parle ici de toronj plutôt que de sîb, mais les formes des doix fruits sont équivalentes. Quant aux substances qui forment ce toronj, nous trouvons que kâfûr et anbar sont deux substances très aromatiques, mais qui ne se tolèrent pas. Ainsi, « on feit entrer le camphre dans tous les aromates, exceptés ceux qui contiennent de \a.gMlia, de l’ambre et des préparations musquées. », mais aussi « on modère son action réfrigérante par le musc et l’ambre »‘‘^. Nous trouvons chez al-Samarqandî l’indication que :
« les substances aromatiques qui scmt chaudes, sont employées pour modéra les humeurs d’un covew ffokl Ce sont soit des plantes aromatiques comme le jasnûn, te narcisse, l’^lantine d:c., des parfums comme le musc, l’ambre gris, te safran ^c., ... ou des fruits comme te citron, la noix de coco, la pastèque etc. Cmaines [autres substances odorantes] sont froides et employées afin de calmer la chaleur du caveau. Ce sont des substances aromatiques,., des parfruns comme te bois de sandal, 1e camphre, te rose, ac.f ou des h et des drogues comme te mandragore, l’écorce du cam{^er..
Le personnage aurait donc ici en main un remède efBcace à 1a fois contre 1a chaleur et contre le fi"oid.
• qaranfol, ainsi que nous l’avons vu plus haut a également un parfum pénétrant, qui peut faire éternuer.
7. Associations implicites d’une propriété médicinale du végétal et de ce qu’elle soigne, dans une image métaphorique non expliquée par Nezâmî :
Ce n’est pas le cas pour toutes les métaphores. Ainsi nâr et nâranj, qui sont employées pour désigner 1e sein, ou sarv, qui est le corps élancé, ou sîb, qui est le menton, ou encore toronj, qui est 1e double menton, ne semblent pas avoir de liens avec les qualités pharmaceutiques des arbres ou des fruits**. Par contre, nous avons noté ces associations dans trois cas : arghavân-vm:, shamshâd-chsv&\ ; pesta-houcht.
lAB, C. n” 1868, p. 128 et p. 130.
*’AS, pp. 159-60
Voir plus haut, chapitre IV, où nous mentionnons un relevé de toutes les métaphores comprenant
des arbres et des fruits.
Chapitre VI 265
• arghavân, dont la couleur rouge intense est souvent employée en métaphore pour désigner la couleur tout aussi intense du vin, est un remède e£5cace contre les effets de l’ivresse, ainsi que le signale le Borhân-e Qat ’e. Ibn al-Baytâr indique qu’on en mange la fleur après le vin’^.. Quant à Ibn al-‘Awâm, il signale que la fleur du dadf^,
« inflisée dans le \ôn lui communique promptement une sâv^r sucrée.
On dit encore que, dais l’Irak, on oi use pour provoquer la fermentation du vin de dattes. »
La comparaison avec la couleur du vin ne s’appuie donc peut-être pas seulement sur des qualités de pigmentation, mais pourrait faire référence à ces propriétés.
• shemshâd, dont les nombreuses petites feuilles rondes évoquent une chevelure bouclée, est recommandé, réduit à l’état de sciure de bois et pétri avec du henné, en application pour fortifier les cheveux.*’
• pesta, dont la coquille s’entrouvre comme une bouche qui rit, et dont la peau intérieure renforce les dents et donne une bonne haleine.”
De plus, nous trouvons une allusion à la relation entre anjîr (la figue) et le foie : « sur un foie cuit, de la forme d’une figue» (MA87,27).Nos sources ne mentionnent pas de rapport particulier entre le fiioit et l’organe, si ce n’est, mais sans que cela ne soit accentué, dâis VErshâd. Nous y trouvons que anjîr a une action bénéfique entre autres sur le foie*’.
Cependant, nous avons trouvé que cette association était reconnue depuis l’Antiquité grecque**.
Peut-être y a-t-il également un rapport, mais il nous semble moins évident, pour 'ormâb, la jujube, qui est efficace contre la toux sèche et les aspérités de la gorge, et qui est employée
par Nezânû comme métaphore pour les lèvres.
” TAB, p. 107, lAB, A, 53, pp. 50-1.
” lAA, pp. 303-4 de la tradiiction. Le dadi n’est pas identifié formellement avec Varghavân, mais, selon J.J. CLEMH4T MULET, « le dernier paragraphe de cet article donne la description d’un arbre qui rappelle le gainier ou arbre de Judée, Cercis siliquastrum, (Linn.), dont les fleurs, à cause de leur saveur piquante et agréable, servent à aissaisonner les sala^. » AB, p. 21 de la traduction, met, lui aussi, en rapport le dââ et Varghavân. Ailleurs, lAA, II, p. 262, Ibn al-‘Awâm, signale que si l’on arrose le pied du jeune sûsan (lis blanc) « avec de la lie de vin, il donnera un arjavân » (note (1) du traducteiu: ; « arjavân arab. et arghavân, la pourpre, ou, probablement, suiv. Castel, Lexic. Hept., c’est le nom du lilas de Perse dont la fleur est très rouge et d’une nuance plus vive en Orient que chez nous. ») Quoi que l’auteur ait voulu indiquer en disant que sûsan devient arjavân, nous trouvons encore un rapprochement avec le vin !
TAB, p. 107, lAB, A; n» 53, pp. 50-1
” lAB, A, n° 315, pp. 245-6; et HM, p. 171.
* HER, p. 240.
*^QAS,p. 190.
* Voir J. BROSSE, Mythologie des Arbres, passim.
Chapitre VI 266
8. Mentions qui ne s’accordent pas avec nos sources :
Nous n’en avons trouvé qu’une qui semble radicalement opposée à ce que conseillent les pharmacologues :
• halila
« un homme intelligent a dit que le sucre ^ le myrobalan ne poiv^t s’unir »^48,45).
Nous trouvons au contraire chez Ibn al-Baytâr, que l’on « part donner le suc [du myrobalan] avec du sucre » et Heravi indique même qu’il en existe une variété qu’il faut uniquement {mufrad tanhâ) manger avec du sucre. Al-Samarqandî note cependant que lorsque l’on ajoute du sucre et de la rose, la préparation des trois myrobolans augmente la constipation.’^
2. AGRICULTURE (ARBORICULTURE)
Les connaissances en arboriculture dont fait preuve Nezâmî se subdivisent en plusieurs points :
1. Indications sur les semis et la multiplication des arbres : a) par semis :
<<un^^^1^^ a semé Varghavân (le g^er) à la place de la ^ (graine) »(SN34,31).
Ce morceau de beyt, placé dans une description imagée du feu, peut se comprendre à plusieurs niveaux, mais ce qui nous intéresse est le fait que Nezâmî emploie le verbe keshtan (semer) en relation avec jû et arghavàn. Or, nous trouvons chez al-Bîrûnî une mention qu’en effet la reproduction de Varghavân se fait par semis*®.
b) par bouture :
« ringéruorr avait toujc^irs le manche de son pic en ader fait du bois d’unejame«dr(grenadia-).... le pic se ficha en terre d le manche tonÜTa dans la pousâère, et l’on raconte que la pousdde était à ce point moU^
[que] de ce marudie poussa une bouture (^lûsha) de «zir (grenade), qui devint un arbre, qui porta beaucoup de fiuits. » (KH59,97 et KH59,100- 101 )
D est étonnant que Nezâmî parle ici de nâr, qui est plus précisément la grenade, plutôt que du grenadier lui-même (mrbon, ou éventuellement nârvan).Au sujet de la multiplication du grenadier, Ibn al-‘Awâm indique :
« Tous les maîtres en acculturé, Kastos et Junius, disent que qu^ Ôh plante des arbres, il &ut toujours le &ire avant que les boutons se soient ouverts et que les feuilles se soient montrées, à l’excqition du grenadier qu’on peut planter quand ses feuilles oitt paru (litt. après l’caivatOT^ **
** lAB, C, n" 2261, pp. 393,7; HER, pp. 14-5; AS, p. 73.
“ AB, p. 21. Ce fait est confirmé par nos connaissances actuelles : P. LANZARA et MTZ7.F.TTT, Les
Arbres n® 236.
Chapitre VI 267
cda par une disposition spédaië à sa nature ».
H signale également la facilité de la bouture du grenadier, qui est également mentionnée par Rashîd al-Dîn.®‘
c) le sarvbon ne peut être multiplié par bouture puisqu’il ne rejette pas du pied
« lorsqu’il coupera le cyprès, un autre cyprès ne poussera pas de ce trcMic. » (LMll.llX
Ces informations sont confirmées par Ibn al-‘Awâm :
« c’est un aibre qu’on obtient de cette mamère (=par semis) et non de boutures; i! ne se produit point de rejets sur son tronc, m dans son voisinage. »*^
2. L’entretien des arbres :
• lesorv ;
«Le roi ordonna de préparer un jardin, de semer le soanart (lis) et de tailler (pîrâstan) le sar^ (q'pfès) >> (EN4,73).
Nous n’avons pas trouvé dans nos sources d’indications sur la taille des cyprès. Ni VErshâd, ni VAtâr ne mentionnent d’ailleurs le sarv, qui, apparemment, ne demande donc pas de soins particuliers.
• tàk ou tâk-e angür (la vigne) est considérée comme un arbre“, mais il est bien connu qu’elle s’agrippe à d’autres pour grandir. Ainsi, nous dit Nezâmî ;
« l’empai^ est pareil m lâk-^ angûr, il ne s’enroule pas autour de ce qui est éloi^ » (HP9,59).
Cette habitude de la vigne est décrite dans nos sources. Ainsi, nous renseigne Rashîd al-EWn d’emblée, dès les premiers mots de sa rubrique consacrée à cmgûr :
« Cet arbre paît devaiir le plus long (derœ) de tous les aibres, pour la raison qu’il pousse le long (b tronc jusqu’au sommet de chaque arbre et il arrive [mâne] qu’il passe d’un arbre à un autre. C’est pourquoi il port mesurer de dont à trois mille gsz, un peu plus ou un peu moins.
Mais un des soins à apporter à la vigne est la taille, qui est fort conseillée. Cette opération produit un résultat optimal lorsqu’elle se pratique à un moment précis de l’année, et de la journée :
lAA, pp. 253-4 et p. 354; RAD, p. 11.
lAA, p. 266. Ce fait est confinné par les connaissances actuelles. Ainsi, nous trouvons dans A.
QUARTIER & P. BAUER-BOVET, op.cit., p. 20; l’information que « seul de nos conifères, [l’if] repousse de souche ».
voir chtptre V, rubrique 3). (La kadû (citrouille) est elle aussi ^llée derakht (SN22,138X mais
ikxisne l’avais pas traitée dans notre étude, car il ne peut être question de la considérer comine un arbre).
*^RAD, p. 3.
Chapitre VI 269
i du milieu de mois de Àz^, jusqu’au milieti du mois de Day^ : certains agricufteui^ au cours de ce mois les b^chtô^ i^ de là vigne. Q ne &ut pas les tailler au cours des trois premières et donià'es heur^ de la journée afin qu’elle ne souffi'e
^^pas du fixîid. | ' I ::ÊMiMê:
Rashîd al-Dîn, par contre, nous donne des renseignements tout à fait opposés : iK Cet aifire a la caractéristique étoimante (Âi^rvvzt) [suivante] : plus il devient long, plus il porte de fiuits et plus il se fortifie.
3. Moment de floraison ou de récolte :
nâr (la grenade) a été observée dans ses différents stades de mûrissement ; (grena est f^dne de (grains de groiad^, mûre, c’est le rubis, et non it^e, c’est la pwle » (HP27,159).
Cette remarque n’est pas confirmée par nos sources. L’image pourrait donc être le résultat d’une observation persoimelle de Nezâmî.
• nâranj est désignée deux fois comme « orange de No Ruz ».(KH82,32 et SN58,117).
pourtant nous n’avons pas retrouvé cette désignation dans nos sources.
4. Les arbres sans fruits :
Nezâmî se fait l’écho d’une tradition dqà bien établie, mais erronée, qui désigne bîd et sarv, comme dépourvus de finits.
• Les bîd-s sont considérés comme stériles, pourtant leurs fleurs, les chatons, sont bien connus :
« le é&f porte des fleurs, mais produit pas de fruits » (KH74,13)
• Quant au sarv les firiits discrets^* qu’il porte ne sont pas comestibles et c’est sans doute pour cela qu’ils sont passés sous silence. Le sarv infixictueux, libre parce que ne produisant pas de descendance est d’ailleurs appelé à devenir un lieu commun dans la poésie persane. Nezâmî signale ce fait à plusieurs reprises ; (KH76,15; LM29,83;
LM35,29) **
“ Day est le dixième mois de l’année solaire, mois d’hiver, qui correspondrait à notre mois de décembre (STEINGASS, p. 550).
“ QAS, p. 77.
RAD, p. 3.
** A. QARTIER & P. BAUBR-BOVET, op.cit, pp. 50-54 : « les cyprès se distinguent des pins par
leurs faux fruits formés uniquement d’écaUles futiles... qui peuvent donner de fausses baies. »
Chapitre VI 270
5. Le besoin en eau de certains arbres.
• bîd:
« 0 se retira auprès d’^un ruisseau étroit, sous les ^m^vSd, sary, bîd et
^/KKÉOTg-»(HP32,213)
Nous trouvons l’indication suivante chez Rashîd al-Dm au sujet de bîd :
«la branche de saule dcât âre mise dai^ Teau, cm doit lui donner beaucoup d^eau et la planter le long de l’eau courante.
• chenâr
« tant que ne serait pas endigué le ruisseau, le ci^j^ n’ouvrira pas ses mains en supplication » (MA74,52)
Nous trouvons cette indication chez les géographes : « le platane répugne, comme dans la campagne de Bukhârâ, à un Kccès d’eau »™. Ceci pourrait expliquer la citation susmentionnée (MA 74,52). Nous ne savons comment interpréter le fait que le platane déploie ses feuilles en supplication {da '^n). Faut-il considérer que le platane demande de l’eau pour être en bonne santé et déploie ses feuilles par détresse lorsque le ruisseau est endigué ? D est également possible qu’au contraire, Nezâmî fasse ici allusion au feit que le platane ne demande pas beaucoup d’eau et qu’il ne déploie ses feuilles, en parfaite santé, que lorsque le ruisseau est endigué.
La question est peu claire lorsque nous consultons par exemple Ibn al-‘Awâm. A quelques lignes d’intervalle, il signale que le platane {dolb) : « supporte très bien la privation d’eau et il n’est point nécessaire de l’arroser » mais plus loin que ; « le platane aime les terres basses et le bord des rivières et des eaux courantes; c’est pourquoi on le plante dans les parties des vallées où il est facile de feire arriver l’eau ». Plus loin encore : « ...il ^t se hâter d’[arroser certains arbres] quand ils vont commencer à s’ouvrir pour montrer leurs flairs et leurs feuilles, qui. Dieu aidant, se montreront en plus grande abondance et avec plus d’énerve que sur les arbres qui n’auront point reçu d’eau. » et encore « Le cognassier supporte très bien l’eau donnée en grande quantité;
l’azédérach, le frêne, le platane, le peuplier, le noisetier, le laurier rose, aiment aussi les irrigations abondantes, parce que ce sont des arbres qui croissent sur le bord des rivières ou courants d’eau... »Pour RasMd al-Dîn, la question est plus simple :
« S’il n’a pas assez d’eau, lue sera pas beau mais lorsqu’il est adulte, il p«it se passer d’eau un moment D aime être près d’ime sources ou le long du ruisseau. »^^
® RAD, p. 58.
™ MIQ, p. 475. N’est pas mentionné dans NKH.
lAA, pp. 373, 374, 510 et 535. Voir aussi RAD, p. 55.
Chapitre VI 271
6. La fécondation artifîcielle des arbres fruitiers :
• La fécondation du nakhlbon (le palmier dattier).
Nezâmî y feit allusion deux fois, nous semble-t-il :
« on a Imsé le noyau de cette ro/tié (datte JGhûcl^), la nuit on attache le Ttakhl (palmi^) à la làionm (datte) de tes lèvres) » (ipi71,IÔ)
« Amourwisemoit, une nuit, le rdi la pris air sa potoe, de la thormâ (datte) du roi, le ncûàtîbon (palnûer) conçut un finit » (SNI2,45)
La fécondation du palmier dattier est bien connue depuis longtemps. Elle est dqà mentionnée (1. 43-44) dans la « Fable de l’arbre de B^ylone », un texte versifié en pahlavî^. Nous trouvons peu de descriptions détaillées de cette opération. Elle semble très habituelle et donc fort bien connue. Ainsi :
« lorsque l’arbre <i^er (khorihâ) foneUe (mâda) ne porte pas de finhs, 13
&ut d^os»* dessus qudques fleurs de l’arbre mâle (muzMkca)^ et [l’aibre féineUe] portera des fiuHs.
Les sources pharmacologiques ne s’intéressent pas à cette opération pourtant si importante. Elle est cependant mentionnée au passage par al-Bîrûnî’'‘. U'Ajâ’eb y feit référence en détaillant la croyance bien connue qu’un palmier femelle peut être
« amoureuse » d’un palmier mâle et refuser toute fécondation d’origine différente :
«Si tu déâres que le tio I q V (jpalmier dattia^^ porte de nonâ>raix (fymil), û feut que les aihres mâles (xofaîr) et femefles (andt/i) soient
«proches afin qu’ils se familiarisent les uns avec les autres et que l’od^
du mâle arrivé jusqu’à la femdle. Si parmi les femdles il y avait un nakhi (pahmer datd^) et que cetui-d soit coupé, die deviendra stérile (^K) à cmise 1^^ et ne portera plus de finit. Si ta fmdle est placée daiis un d’air, le vent apporte à la fenieUe rod^ M palmier inâle. 1l^e p^^ [alor^ de beaux fiuits. Et ri l’on dépose une autre ^àthe (2ti/e ') sur la tête de la femelle, son ^pédt sexud (shahwat) étant évdUé, ses fiuits seront beaux -
• Le vent semble donc être le véhicule naturel pour féconder le dattier femelle. Nezâmî emploie cette idée dans le beyt suivant, où il feit preuve d’une grande liberté vis-à-vis de la réalité, puisque, c’est l’ombre qui joue le rôle du vent porteur des semence, et ce n’est pas un autre palmier dattier qui est fécondé, mais bien l’herbe :
« D fécondait l’herbe par l’onibre de son pahmer » (Lhll9,106).
^ Voir C. J. BRUNNER, « The Fable of the Babylonian Tree ».
”QAS,p. 194.
AB, p. 254, al-Bîrûm compare le poivre blanc aux grains de la spathe du dattier « qui sont conservés pour féconder le palmier femelle, en répandant les fleurs mâles ».
” QAZ, pp. 245-6.
Chqjitre VI 272
• A un autre endroit, Nezâmî mentionne la fécondation de nâr (la grenade) par golnâr (le balaustier) :
<<ràmk Oe balaustier) et les nârdâna (grains de grenade)»
Si Ibn al-Baytâr signale simplement que golnâr (jolnâr) est la « grenade mâle », nous retrouvons rinformation au sujet de la fécondation du grenadier chez Ibn al-‘Awâm, qui la mentionne sans beaucoup de conviction, cependant ;
« ïï e» est qm veulent que ce soit avec son seiii^^^ le penadier^.:^l"i^:^il|i;li;i:S:4llil^^^^^
Il convient de noter ici que nous n’avons pas trouvé de mention de la caprification (fécondation du figuier), ni chez Nezânû, ni surtout dans nos sources consultées.
Apparemment, cette opération n’était pas pratiquée dans les régions étudiées ici’’.
7. La connaissance générale des arbres et des fruits.
tûd, le mûrier, est maltraité:
«le mûrier reçoit des ccmps de pieds parce jpclfe ^ ènfktfs tête en ... .
Nous n’avons pas retrouvé de détail sur le port des fiuits, mais Ibn al-‘Awâm nous signale que lorsqu’un arbre est trop vieux et ne produit plus assez de finit, il arrive
« qu’on doive finpper l’arbre par le pied. »’*
• Toujours au sujet de tûd, Nezâmî nous indique qu’il y a :
« deux prim^irs, la mûre ^ la feuille du mûria, apportant le profit des sucreries et de la soie » (Sh^9ij^):;:||::|ii;;|||||^^^^^
L’intérêt du mûrier pour nourir les vers à soie est bien connu. Rashîd al-EKn calcule qu’im dirham de graines de vers mange l’équivalent de 500 marm de feuilles de mûrier et produit 1 mann de soie’^.
• Nous trouvons une indication très particulière au sujet de anjîr (la figue), dans le second matnavî de Nezâmî :
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