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Influence des attitudes, des préférences et des contraintes sur la localisation résidentielle des ménages en contexte d'étalement urbain dans la région de Québec

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Academic year: 2021

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(1)

Influence des attitudes, des préférences et des

contraintes sur la localisation résidentielle des ménages

en contexte d'étalement urbain dans la région de

Québec

Mémoire

Simon Turcotte

Maîtrise en sciences géographiques - avec mémoire

Maître en sciences géographiques (M. Sc. géogr.)

(2)

Influence des attitudes, des préférences et des

contraintes sur la localisation résidentielle des ménages

en contexte d'étalement urbain dans la région de

Québec

Mémoire présenté à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de

l'Université Laval dans le cadre du programme de maîtrise en Sciences

Géographiques pour l'obtention du grade de maître en Sciences Géographiques

(M. Sc.)

Turcotte, Simon

Sous la direction de :

Marie-Hélène Vandersmissen directrice de recherche

Marius Thériault, codirecteur de recherche

(3)

Résumé

L’étalement urbain est un phénomène inhérent à l’organisation du territoire nord-américain et marqué par l’actualisation des valeurs libérales (liberté individuelle, droit à la propriété privée, etc.). Cet étalement est surtout attribuable à l’installation des ménages en périphérie des pôles urbains, dans des zones de faible densité démographique, générant de la congestion automobile, de même que de nombreuses conséquences sur la santé des populations, sur la gouvernance et sur le lien social. Dans ce contexte, il importe de mieux comprendre les facteurs qui orientent les ménages vers un lieu excentré, afin d’orienter avec justesse les politiques et pratiques en aménagement du territoire. Considérant la complexité du processus décisionnel lié au choix d’un lieu de résidence et les défis empiriques associés à son étude, ce mémoire documente et modélise les facteurs qui influencent le processus de choix résidentiel des ménages de la zone urbaine de Québec. Il s’articule autour des trois questions suivantes : 1) Dans quelle mesure la localisation résidentielle reflète-t-elle les attitudes, les préférences et les contraintes des ménages ? 2) Quels facteurs sont les plus déterminants ? 3) Comment les ménages ayant une localisation divergente (dissonante) de la tendance générale se spatialisent-ils sur le territoire ?

La situation de la région de Québec apparaît préoccupante dans la mesure où la superficie de la zone urbaine a crû de 630 % entre 1950 et 2000, alors que sa population n'a augmenté que de 35 %. À l’aide d’une analyse de données secondaires effectuée à partir des données issues de l’Enquête

demain-Québec, de l’Enquête origine-destination et du répertoire des immeubles du MAMOT, un

modèle d’équations structurelles a été généré. Cette analyse a permis de montrer que les contraintes économiques conduisent un grand nombre de ménages à s’établir à l’extérieur du centre-urbain, notamment ceux avec enfants. Malgré une préférence pour un lieu de résidence situé dans la zone-centre, ces ménages s’établissent néanmoins en périphérie en raison de l’attractivité d’une résidence de type pavillonnaire, dans un quartier perçu comme étant sécuritaire, tranquille et agréable. L’analyse révèle également que le type d’environnement dans lequel les ménages ont vécu leur enfance exerce une influence significative sur le type de logement souhaité. Enfin, la perception des ménages, tant sur la zone-centre que sur la zone périphérique, exerce une influence sur le choix de localisation résidentielle.

(4)

Table des matières

Résumé ... II

Table des matières ... III

Liste des tableaux ... VII

Liste des figures ... IX

Remerciements ... XI

Introduction ... 1

Chapitre 1 Problématique et questions de recherche ... 3

1.

L’étalement urbain - un phénomène géographique, environnemental et sanitaire ... 3

2.

L’étalement urbain et les enjeux sociodémographiques ... 5

3.

La localisation résidentielle - lorsque les politiques et la technologique incitent le déplacement des ménages hors des villes-centres ... 6

4.

La situation à Québec ... 7

5.

Le choix de localisation résidentielle – un phénomène difficile à étudier dans toute sa complexité ... 9

6.

L’élaboration d’une modélisation plus adaptée ... 15

6.1.

Utilisation des variables latentes ... 15

6.2.

Les modèles d'équations structurelles ... 16

7.

Question de recherche et objectifs du mémoire ... 18

8.

Zone d’étude et période de l’analyse ... 19

9.

Principale hypothèse ... 22

10.

Pertinence de cette étude ... 22

Chapitre 2 Perspectives conceptuelles du processus de décision ... 23

1.

Les théories économiques : l'être humain rationnel ... 23

(5)

2.

Les théories comportementales : l'être humain partiellement rationnel ... 25

3.

Le modèle des attitudes ... 26

3.1.

Attitude affective ... 27

3.2.

Attitude cognitive et culturelle ... 27

3.3.

Attitude comportementale ... 28

4.

Évolution du lien entre les théories économiques et comportementales ... 28

5.

Les contraintes liées au choix de localisation résidentielle ... 31

6.

Schématisation du processus décisionnel ... 32

Chapitre 3 Cadre méthodologique ... 34

1.

Bases de données ... 34

1.1.

L’enquête Demain Québec ... 34

1.2.

L'enquête Origine-Destination ... 35

1.3.

Les données du répertoire des immeubles du MAMOT ... 37

1.4.

Redressement de la base de données ... 37

1.5.

Application d'un filtre sur la base de données ... 38

1.6.

Les effets du redressement et du filtre sur l'analyse ... 40

2.

Les modèles d'équations structurelles ... 42

2.1.

Comprendre la symbolisation des modèles d'équations structurelles ... 43

2.2.

Procédure de modélisation ... 44

2.2.1.

Spécification du modèle ... 45

2.2.2.

Identification du modèle ... 45

2.2.3.

Estimation du modèle ... 45

2.2.4.

Évaluation du modèle ... 46

2.2.5.

Présentation des résultats ... 47

3.

Méthodologie des analyses secondaires ... 48

(6)

4.

Évaluation des résidus ... 49

5.

Autre méthode d'analyse ... 50

5.1.

Le test de Kappa ... 50

5.2.

Test d'homogénéité ... 51

Chapitre 4 Modélisation du choix de localisation résidentielle ... 52

1.

Identification du modèle ... 52

1.1.

La localisation résidentielle effective ... 52

1.1.1.

Densité du quartier ... 53

1.1.2.

Les quartiers de type pavillonnaire ... 55

1.1.3.

La mixité du cadre bâti résidentiel ... 57

1.1.4.

La motorisation ... 59

1.1.5.

L'éloignement du centre ... 60

1.2.

Les facteurs influençant la localisation ... 64

1.2.1.

La contrainte économique ... 64

1.2.2.

La contrainte des enfants ... 70

1.2.3.

La contrainte de mobilité ... 72

1.2.4.

Les préférences ... 74

1.2.5.

Les valeurs ... 82

1.2.6.

La biographie résidentielle ... 86

2.

La spécification du modèle ... 87

3.

Estimation du modèle ... 90

4.

Évaluation du modèle ... 94

4.1.

Mesures d'ajustement ... 94

4.2.

Évaluation des résidus ... 94

Chapitre 5 Résultats et discussion ... 96

1.

Analyse du modèle ... 96

(7)

1.2.

Le modèle rend compte de l'étalement urbain ... 97

2.

Analyse des résidus ... 99

3.

Quelques pistes d’actions permettant de limiter l'expansion urbaine ... 101

3.1.

Transport ... 102

3.2.

Décentraliser les activités ... 103

3.3.

Cibler les familles ... 103

3.3.1.

Valoriser et publiciser le bien-être des familles en ville ... 103

3.3.2.

S'adapter aux besoins et aux contraintes des familles ... 104

4.

Limites de la recherche ... 104

Conclusion ... 106

Bibliographie ... 108

Annexe 1 Les analyses d'autocorrélation spatiale ... 115

Annexe 2 Statistiques descriptives des variables mesurées ... 128

Annexe 3 Statistiques descriptives des variables du modèle ... 149

Annexe 4 Programmation du logiciel de statistique Stata ... 154

(8)

Liste des tableaux

Tableau 1 Correspondance entre les profils des répondants et l'endroit où ils résident ... 13

Tableau 2 Distribution de la population des municipalités de la Communauté métropolitaine de Québec en 2011 selon l’âge, le nombre de personnes par ménage et le revenu médian ... 21

Tableau 3 Contenu de l'enquête Origine-Destination 2011 dans la région de Québec ... 37

Tableau 4 Critères de sélection appliqué à la base de données de l’enquête Demain Québec ... 40

Tableau 5 Modifications des fréquences des variables sociodémographiques selon le redressement et du filtre appliqués à la base de données ... 41

Tableau 6 Modification des fréquences des variables socio-économiques selon le redressement et le filtre appliqués à la base de données ... 42

Tableau 7 Analyse confirmatoire de la variable synthèse « Quartier dense » : analyse factorielle confirmatoire et Alpha de Cronbach ... 53

Tableau 8 Analyse confirmatoire de la variable synthèse « Quartier pavillonnaire » : analyse factorielle confirmatoire et Alpha de Cronbach ... 56

Tableau 9 Analyse confirmatoire de la variable synthèse « Quartier motorisé » : analyse factorielle confirmatoire et Alpha de Cronbach ... 59

Tableau 10 Distribution des fréquences des répondants et du conjoint des répondants selon leur revenu (base de données pondérées) ... 65

Tableau 11 Revenu moyen selon le groupe revenu ... 65

Tableau 12 Tableau croisé de la distribution des fréquences des répondants et de leur conjoint selon leur revenu ; fréquence des conjoints ayant un revenu plus élevé que celui des répondants (en gris) (base de données pondérées) ... 66

Tableau 13 Distribution des fréquences des ménages selon leur « Revenu du ménage estimé » et leur « Revenu du ménage » (base de données pondérées) ... 68

Tableau 14 Distribution des fréquences selon le « nombre d'enfants » dans le ménage en 2011 dans la CMQ (base de données pondérées) ... 70

Tableau 15 Distribution des fréquences des répondants selon le nombre de permis de conduire par ménage en 2011 dans la CMQ : variable « Contrainte de mobilité » (base de données pondérées) ... 73

Tableau 16 Analyse confirmatoire de la variable synthèse « Satisfaction logement » : analyse factorielle confirmatoire et Alpha de Cronbach ... 75

Tableau 17 Analyse confirmatoire de la variable synthèse « Satisfaction quartier » : analyse factorielle confirmatoire et Alpha de Cronbach ... 77

Tableau 18 Analyse confirmatoire de la variable synthèse « Satisfaction de la localisation » : analyse factorielle confirmatoire et Alpha de Cronbach ... 78

(9)

Tableau 19 Distribution des fréquences des variables mesurant la « Satisfaction du logement » en 2011 dans la CMQ (base de données pondérées) ... 80

Tableau 20 Distribution des fréquences des variables mesurant la « Satisfaction du quartier » en 2011 dans la CMQ (base de données pondérées) ... 80

Tableau 21 Distribution des fréquences des variables mesurant la « Satisfaction de la localisation » en 2011 dans la CMQ (base de données pondérées) ... 81

Tableau 22 Distribution des fréquences des variables mesurant la « Satisfaction de la localisation » en omettant la classe « Non concerné » en 2011 dans la CMQ (base de données pondérées) ... 81

Tableau 23 Analyse confirmatoire de la variable synthèse « Valeur de localisation » : analyse factorielle confirmatoire et Alpha de Cronbach ... 82

Tableau 24 Distribution de fréquences des variables mesurant la « Valeur de localisation » en 2011 dans la CMQ (base de données pondérées) ... 84

Tableau 25 Distribution des fréquences de la variable « Enfance dans un environnement de banlieue » dans la CMQ en 2011 ... 86

Tableau 26 Synthèse du modèle d'équations structurelles standardisées de l'influence des attitudes, des préférences et des contraintes sur la localisation résidentielle en 2011 dans la Communauté Métropolitaine de Québec (N: 257 862; base de données pondéré) ... 92

(10)

Liste des figures

Figure 1 : Modèle de l’intégration hiérarchique de l’information (HII) ... 12

Figure 2 Modèle de régression simple ... 16

Figure 3 Modèle comportant des variables latentes ... 16

Figure 4 Zone d'étude : la Communauté métropolitaine de Québec, 2011 ... 19

Figure 5 Modèle standard de choix de localisation résidentielle en fonction du revenu des ménages ($) et de la distance au centre d'emploi ... 24

Figure 6 Modèle comportemental intégrant les concepts d’habitus, d’affectivité et de subjectivité ... 26

Figure 7 Modèle conceptuel de la théorie de l’action raisonnée (TAR) ... 29

Figure 8 Modèle conceptuel de la théorie des comportements interpersonnels ... 29

Figure 9 Modèle conceptuel de la théorie du comportement planifié ... 30

Figure 10 Modèle conceptuel de la théorie de la prise de décision ... 31

Figure 11 Modèle théorique retenu pour illustrer le choix de localisation des ménages ... 33

Figure 12 Territoire de l'enquête Origine-Destination 2011 dans la région de Québec ... 36

Figure 13 Exemple modèle d'équations structurelles ... 44

Figure 14 Les cinq étapes de modélisation ... 45

Figure 15 Distribution spatiale de la variable « Quartier dense » dans la CMQ en 2011 ... 55

Figure 16 Distribution spatiale de la variable « Quartier pavillonnaire » dans la CMQ en 2011 ... 57

Figure 17 Distribution spatiale de la variable « Quartier mixte » dans la CMQ en 2011 ... 58

Figure 18 Distribution spatiale de la variable « Quartier motorisé » dans la CMQ en 2011 ... 60

Figure 19 Principaux lieux d'emploi dans l'agglomération de Québec en 2011 (symbole proportionnel au nombre d'emploi) ... 61

Figure 20 Artères, centres et méga-centres commerciaux de l'agglomération de Québec en 2011 ... 62

Figure 21 Distribution spatiale de la variable « Éloignement du centre » dans la CMQ en 2011 ... 63

Figure 22 Schéma de modélisation de la variable « Revenu du ménage estimé » ... 67

Figure 23 Distribution spatiale de la « Contrainte de revenu » dans la CMQ en 2011 ... 69

Figure 24 Distribution spatiale de la « Contrainte des enfants » dans la CMQ ... 72

Figure 25 Distribution spatiale de la « Contrainte de mobilité » en 2011 dans la CMQ (base de données pondérées) ... 74

Figure 26 Distribution spatiale de la « Satisfaction du logement » en 2011 dans la CMQ ... 76

Figure 27 Distribution spatiale de la « Satisfaction de la localisation » en 2011 dans la CMQ ... 79

Figure 28 Distribution spatiale des « Valeurs de localisation » en 2011 dans la CMQ ... 85

Figure 29 Distribution spatiale de la variable « Enfance dans un environnement de banlieue » dans la CMQ en 2011 ... 87

(11)

Figure 30 Cadre conceptuel du modèle mesurant l'influence des attitudes, des contraintes et des préférences sur la localisation résidentielle effective des répondants de l'enquête Demain-Québec en contexte d'étalement urbain dans la Communauté Métropolitaine de Québec en 2011 ... 89

Figure 31 Modèle d’équations structurelles - Coefficients standardisés - Influence des préférences, des contraintes et des attitudes sur le choix de localisation résidentielle [N (pweight): 257 862] ... 93

Figure 32 Focus sur l'interconnexion des satisfactions ; section du modèle d’équations structurelles - Coefficients standardisés - Influence des préférences, des contraintes et des attitudes sur le choix de localisation résidentielle [N (pweight): 257 862] ... 99

Figure 33 Distribution spatiale des résidus de la modélisation : influence des attitudes, des préférences et des contraintes sur la localisation résidentielle des ménages dans la Communauté Métropolitaine de Québec en 2011 ... 100

Figure 34 Analyse d'autocorrélation spatiale ( I de Moran global) sur la variable « Quartier dense » ... 115

Figure 35 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Quartier pavillonnaire » 116

Figure 36 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Quartier mixte » ... 117

Figure 37 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Quartier motorisé » ... 118

Figure 38 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Éloignement » ... 119

Figure 39 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global ) sur la variable « Contrainte de revenu » 120

Figure 40 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Contrainte des enfants »121

Figure 41 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Contrainte de mobilité » 122

Figure 42 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Satisfaction de la localisation » ... 123

Figure 43 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Satisfaction du quartier » ... 124

Figure 44 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Satisfaction du logement » ... 125

Figure 45 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Valeur de localisation » 126

Figure 46 Analyse d'autocorrélation spatiale (I de Moran global) sur la variable « Enfance dans un environnement de banlieue » ... 127

(12)

Remerciements

Je suis rempli de reconnaissance et de fierté lorsque je me remémore le parcours qui m'a permis d'écrire ce mémoire. Entreprendre un tel projet, à ce moment de ma vie, ne peut se faire sans l'appui des membres de son entourage ; et je tiens à les remercier.

D'abord, je tiens à remercier Carole Després pour m'avoir permis d'utiliser les données de l'enquête Demain Québec. Merci également pour ses judicieux conseils lors de nos rencontres.

Un merci tout spécial à Marie-Hélène Vandersmissen, ma directrice. Merci pour la confiance accordée tout au long de mon parcours à l'Université Laval, de m'avoir accueilli avec mes forces et mes faiblesses et d'avoir su trouver les bons mots au bon moment. Je voudrais aussi saluer son dévouement à faciliter l'organisation entre ma vie d'étudiant et de père.

Merci à Marius Thériault, mon codirecteur, pour son soutien ces deux dernières années. Le temps qu'il m'a consacré est précieux à mes yeux.

Je tiens également à remercier mes amis et collègues Benoît Lalonde, Philippe Gilbert et toute l'équipe qui a gravité autour du projet de l'Atlas des vulnérabilités. Travailler dans un environnement stimulant n'a pas de prix.

Merci au Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) et au département de Géographie pour le soutien logistique et financier.

Finalement, aux membres de ma famille. À mon amoureuse, Catherine. Sans toi, je ne pense pas que j'y serais arrivé. Ton soutien indéfectible en mes capacités, même dans mes grands moments de doute, a été pour moi d'un grand réconfort. Pour tous tes conseils, pour les séances de motivation énergiques et aussi pour le cours d'épistémologie sur le petit tableau des enfants, je te remercie du plus profond de mon cœur. À Nora-Maélie, ma fille aînée ! Pour ta petite main dans mon dos quand j'en avais besoin, pour nos discussions qui se déroulent dans un regard et pour tes paroles qui ont plein de bon sens, merci. À Béatrice, merci pour les gros câlins et les beaux mots d'encouragement. Merci à mes parents, ma sœur et mes beaux-parents. Votre support même de loin a toujours été apprécié.

Un merci particulier à ma tante Andrée pour les innombrables relectures, pour tes conseils de rédaction et tes mots d'encouragement, ainsi qu'à tonton Pierre pour avoir fait la mise en forme de ce mémoire.

(13)

Introduction

L'étalement urbain est un phénomène géographique caractérisé par un développement résidentiel de faible densité et par une mobilité exceptionnelle des résidents (Vandersmissen,2006). Cette dernière se caractérise par des parcours de longue distance, entre le lieu de résidence et le lieu de travail. Si les effets de l’étalement urbain sur l’environnement (Barla et al.,2011 ; Waygood et al.,2014), sur la santé des populations (Lachapelle et Wolfram,2011 ; Newman et Matan,2012), sur la gouvernance (Rust,2003) et sur le lien social (Walks,2011 ; Waygood et Friman,2015) sont bien documentés, les mécanismes permettant de limiter sa prévalence apparaissent plutôt limités (Simard,2014a).

La situation de la ville de Québec est particulièrement préoccupante, dans la mesure où la Communauté métropolitaine de Québec a vu sa superficie augmenter de 630 % entre 1950 et 2000, alors que sa population n'a crû que de 35 % (Mercier et Côté,2012). L’étalement urbain y serait facilité par une meilleure accession à la propriété pour les familles issues de la classe moyenne dans les villes périphériques (Villeneuve et Vandersmissen,2003). Des recherches récentes estiment qu’environ 50% des économies réalisées par ces familles sont néanmoins englouties dans les frais additionnels en transport (Des Rosiers et al.,2016b). Ces chiffres permettent de soulever des questionnements sur les facteurs menant au choix de localisation résidentielle.

Cette recherche a pour objectif de documenter et de modéliser les facteurs qui influencent le processus de choix résidentiel. Elle s’articule autour des trois questions suivantes : 1) Dans quelle mesure la localisation résidentielle reflète-t-elle les attitudes, les préférences et les contraintes des ménages ? 2) Quels facteurs sont les plus déterminants ? 3) Comment les ménages ayant une localisation divergente (dissonante) de la tendance générale se spatialisent-ils sur le territoire ?

Le chapitre 1 proposera une revue de la littérature en lien avec la problématique de l'étalement urbain. Les facteurs influençant la localisation résidentielle seront aussi abordés. Puisqu’un des objectifs de ce mémoire consiste à modéliser les facteurs influençant la localisation résidentielle, les limites associées aux modèles servant à illustrer ce phénomène dans la revue de littérature seront également présentées.

Le chapitre 2 pose le cadre théorique du projet. Une revue des différentes théories économiques et comportementales sera présentée et mise en lien avec les études portant sur le choix de localisation résidentielle. Ce chapitre aboutira à la schématisation du processus décisionnel menant au choix du lieu de résidence, proposé dans le cadre de cette étude.

(14)

Le chapitre 3 abordera les modèles d'équations structurelles, de même que la pertinence et la justesse de cette modélisation pour la réalisation de cette étude. Les différentes méthodes d'analyses menant à la construction des variables seront aussi exposées.

Le chapitre 4 décrira les étapes de modélisation et présentera l'ensemble des variables du modèle ainsi que les statistiques descriptives s'y rattachant.

Finalement, le chapitre 5 sera consacré aux analyses du modèle et des résidus. Ce chapitre proposera des actions permettant de limiter l'expansion du périmètre urbain.

(15)

Chapitre 1

Problématique et questions de recherche

Ce mémoire portant sur la localisation résidentielle des ménages en contexte d’étalement urbain, ce chapitre présente une recension des écrits scientifiques sur ces deux thèmes.

Trois stratégies de recherche documentaire ont été utilisées. Une recension des articles scientifiques parus entre 2012 et 2019 a été réalisée dans la base de données bibliographiques « Web of Science » à l’aide des mots clés « residential behaviorial choices » et « residential self selection ». Cette requête permettait d’identifier les recherches portant sur le choix de localisation résidentielle. Le répertoire de vedettes-matières de l’Université Laval avait été préalablement exploité pour cibler des descripteurs les plus pertinents. Les quelques articles obtenus ont permis d’identifier d’autres mots clés pour les fins de cette étude. Ainsi, « behaviorial » et « attitude » ont été ajoutés aux critères de recherche subséquents. Cette requête a permis d’identifier 52 articles scientifiques dont plusieurs cités dans ce chapitre.

Ce projet s’inscrivant dans un projet de recherche dirigé par la professeure Marie-Hélène Vandersmissen (Vandersmissen et al.,2017), les articles scientifiques cités dans les différents documents produits dans le cadre de ce projet (ex.: demande de subvention) ont été parcourus de façon systématique, puis sélectionnés en fonction de leur pertinence, ce qui a permis d’ajouter 24 articles au corpus d’articles recensés.

Enfin, 92 articles et 6 livres ont été joints à la collection, à la suite de suggestions des membres du comité de direction et par effet boule de neige, lors de la lecture de la première recension. Ces références visaient à ajouter une profondeur théorique aux différents concepts abordés dans ce chapitre. Elles abordent notamment les théories psychosociales, comportementales, cognitives et économiques associées aux choix de localisation résidentielle présentés au chapitre 2.

Dans les sections suivantes, le concept d’étalement urbain sera défini. Les problèmes que celui-ci soulève, de même que les causes qui lui sont associées seront présentées. Le choix de localisation résidentielle sera par la suite abordé.

1. L’étalement urbain - un phénomène géographique, environnemental et

sanitaire

Si de nombreuses études se sont penchées sur les différents problèmes associés à l’étalement urbain, celui-ci demeure difficile à définir et à circonscrire de façon précise (Rondier,2012: 34). Pour Rondier

(16)

(2012), le contexte dans lequel ce phénomène est étudié, qu'il soit perçu de manière favorable ou indésirable, explique la disparité entre les définitions. Néanmoins, les recherches convergent vers l'identification de certaines caractéristiques révélatrices de l'étalement urbain : un réseau routier surdéveloppé, conçu et utilisé presque exclusivement par l'automobile (Fortin et al.,2011: 13); une expansion du périmètre urbain supérieure à l'augmentation démographique (Villeneuve et al., 2006 cité dans Rondier, 2012:12) et une séparation des fonctionnalités urbaines (Fortin et al.,2011: 111). Il est également possible d’observer le déploiement de l'étalement urbain par des aménagements de faible densité sur un substrat rural (Ritchot et al.,1994: 263). Fortin et al. (2011) le décrivent par des phases plus ou moins imbriquées les unes dans les autres. Dans un premier temps, les maisons de villégiature deviennent des maisons unifamiliales habitables à l'année. Elles peuvent aussi être tout simplement démolies, puis remplacées. Puis, les terrains vierges adjacents, reliant autrefois les lieux de villégiature au centre urbain, sont déboisés lorsque ceux-ci sont en milieu forestier, ou bien dézonés dans les cas où ils sont en zone rurale. Finalement, d'autres axes routiers sont développés afin que les municipalités puissent conserver leur offre foncière (Fortin et al.,2011: 159).

La zone urbaine se déployant plus rapidement, souvent au-delà des secteurs desservis par le transport en commun, l’étalement urbain laisse place à l’utilisation presque exclusive de l’automobile (Vandersmissen,2006). Par exemple, à Québec, selon Mercier et al. (2014 : 327), plus de la moitié des résidents des banlieues développées dans un contexte d'étalement urbain font quotidiennement la navette entre leur quartier en banlieue et le centre urbain (Mercier et al.,2014: 327). C'est d'ailleurs l'une des caractéristiques utilisées pour déterminer l'admissibilité d'une municipalité dans une région métropolitaine de recensement (Statistique Canada,2011). Cela dit, la croissance du tissu urbain ne s'effectue pas sous forme de cercle concentrique (tache d'huile), mais s’articule plutôt autour des différents axes routiers (Fortin et al.,2011: 150).

Le navettage entre les municipalités périphériques et le pôle urbain entraîne dans son sillage des enjeux au niveau du transport et de la mobilité, de même que des problèmes environnementaux. Ritchot et al. (1994 : 265) observent que les nombreux déplacements saturent quotidiennement les grands axes routiers. Cette congestion routière fait entrave à la productivité commerciale en plus de causer des dommages à l’environnement (Fortin et al.,2011). Ritchot et al. (1994 : 265) montrent d’ailleurs un lien entre l’étalement urbain et l’augmentation des rejets de CO2 dans l’atmosphère. Aussi, les installations humaines étalées sur plusieurs kilomètres, sans coordination ou véritable agencement, polluent l’air par l’utilisation de plus de pétrole (Bae,2004) et déstabilisent les écosystèmes qu’elles colonisent (Sushinsky et al.,2013).

(17)

Enfin, la faible densité d’occupation du territoire, réduisant le nombre de commerces ou de lieux d’activité à proximité, rend pratiquement impossible le recours aux moyens de transport actifs ou en commun et contribue ainsi à la dépendance à l'automobile. Cela amplifie les cas d’obésité et de troubles respiratoires chez les populations résidant dans les lieux périphériques, en raison de cette dépendance (Reyburn,2010). Ainsi, la mobilité automobile, phénomène indissociable de l’étalement urbain, est porteuse de conséquences tant pour l’environnement que pour la santé des populations.

2. L’étalement urbain et les enjeux sociodémographiques

Au-delà des conséquences sanitaires et environnementales, l’étalement urbain soulève également divers enjeux sur le plan social et sur la gouvernance (Fortin et Després,2009: 1). Si l’étalement urbain s’explique par un choix de localisation résidentielle des ménages pour des quartiers de faible densité, en périphérie d’un pôle urbain dense (ville-centre) (Vandersmissen et al.,2006), tous et toutes ne disposent pas de la même marge de liberté face à la possibilité d’effectuer un choix éclairé, à l’abri de toutes contraintes. Ainsi, la distribution d’une population sur un territoire est liée à différentes caractéristiques sociodémographiques (Morin et Fortin,2008: 112).

Par exemple, ces auteurs montrent que la majorité des ménages habitant la ville-centre sont formés de personnes seules et sans enfant (Morin et Fortin,2008: 112). Ces ménages disposent également d’un revenu inférieur à la moyenne de l’agglomération (DeLuca et al.,2019: 577). Inversement, les familles issues des classes moyennes à supérieures se dirigeraient plutôt vers les périphéries. Dans ce contexte, cette distribution de la population crée une forme de ségrégation sociale porteuse de conséquences sur la gouvernance de la ville-centre (Ritchot et al.,1994: 264). La distribution de la population dans une même aire géographique entraîne des disparités au niveau de l’organisation des services sociaux, communautaires et municipaux (Ritchot et al.,1994: 264). Par exemple, il est possible de poser l’hypothèse qu’un quartier central ayant un fort indice de défavorisation présente des besoins plus grands en termes de services sociaux. Ou bien, les services de santé de proximité peuvent être plus en demande dans un secteur où les résidents sont plus avancés en âge (Mossay et Picard,2019: 481). Enfin, d’un point de vue foncier, cette dispersion engendre également un contexte difficile dans le financement et la dispensation des services publics; le pôle urbain devant financer une plus large proportion des coûts de ces services publics par des résidents moins nantis, alors que ces services sont utilisés par des « usagers non-résidents », donc non payants. Cela entraîne un fardeau fiscal supplémentaire pour la ville-centre (Villeneuve et Côté,1994: 410).

Enfin, l’étalement urbain et la ségrégation des populations en fonction du revenu génèrent différents conflits compromettant la solidarité au sein des communautés. Historiquement, la réinstallation

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massive de citadins dans les campagnes s’est accompagnée de conflits de voisinage portant sur la vocation de ces zones autrefois agricoles (Côté et al.,2014: 393). On estime qu’environ 4000 hectares de terres cultivables sont perdus chaque année en raison de l’étalement urbain au Québec (L'union des producteurs agricoles,2016). Les agriculteurs sont ainsi confrontés à différentes problématiques. Par exemple l’augmentation de la demande pour l’achat de terrains résidentiels produit une surenchère qui, à son tour, entraîne une augmentation de la valeur et du prix de vente des résidences. Dans ce contexte, les municipalités, profitant d’une demande disproportionnée en fonction de l’offre disponible, peuvent augmenter les impôts fonciers, fragilisant du même coup les ménages les plus précaires ou les plus endettés (Ritchot et al.,1994: 261). Face à l’augmentation de l’offre d’emploi non agricole dans leur secteur, les agriculteurs sont également confrontés à une pénurie de main-d’œuvre (Marois et al.,1991: 329). Ces conséquences malencontreuses sont néanmoins partiellement atténuées par l’augmentation de la masse de clients potentiels à proximité (Marois et al.,1991: 329). Bien que quelques études se soient penchées sur ces questions, il reste beaucoup à comprendre sur les différents défis et enjeux sociodémographiques soulevés par l’étalement urbain. Cette section soulève également l’importance de mieux comprendre les facteurs favorisant ou incitant les ménages à s’établir à l’extérieur des grands centres.

3. La localisation résidentielle - lorsque les politiques et la technologique

incitent le déplacement des ménages hors des villes-centres

L’étalement urbain est inhérent à l’organisation du territoire nord-américain (De Vos et al.,2016: 839) marqué par l’actualisation des valeurs libérales (libertés individuelles, droit à la propriété privée, etc.). Pour Oakerson (1999; cité dans Simard, 2014b), ces valeurs deviennent si cristallisées et reproduites dans différentes pratiques sociales que certains auteurs n’hésitent pas à comparer l’étalement urbain à un phénomène naturel impossible à éviter (Côté et al.,2014: 394; Mercier et al.,2014: 326; Simard,2014b: 339). Toutefois, en raison de sa complexité sur le plan individuel et social, on ne peut limiter son apparition à un simple phénomène naturel, sachant que celui-ci s’est construit historiquement par le soutien de différentes politiques d’aménagement.

En effet, certains éléments de conjoncture politique et économique sont apparus comme des éléments facilitant l’étalement urbain. D’un point de vue économique, les politiques provinciales des années 1950 permettant le remboursement des emprunts hypothécaires sur des périodes de 25 ans, avec des taux d’intérêt raisonnables, ont permis à une majorité des citoyens d’accéder plus facilement à la propriété (Morin et Fortin,2008: 109). De plus, la possibilité d’acquérir, à moindre coût, des terrains dans les zones périphériques (Côté et al.,2014: 393), le prix relativement bas du pétrole

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(Calthorpe,2010), l’augmentation des revenus des ménages (Simard,2014b: 342) et l’amélioration des technologies de communication favorisant l’accès au télétravail (Simard,2014b: 334) ont permis d’atténuer les effets de la distance entre le domicile et le lieu de travail.

4. La situation à Québec

À Québec, comme dans la plupart des villes nord-américaines, il est possible d'observer les symptômes de l'étalement urbain. Pensons à la présence d’un réseau routier surdéveloppé (Hollingworth et al.,2016)1 et à celle de banlieues dortoirs de faible densité. Entre 1950 et 2000, la population n'a crû que de 35%, alors que la superficie de la zone urbanisée a augmenté de 630% (Mercier et al.,2014). Il est aussi possible de constater l'évolution toujours actuelle de l’étalement urbain par l'ajout de nouvelles municipalités dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Québec lors des derniers recensements de la population (Saint-Henri en 2006, Neuville en 2011 et Saint-Antoine-de-Tilly en 2016) (Statistique Canada,2016). L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) prévoyant une augmentation de la population régionale de 124 311 personnes, soit l’équivalent de 50 000 nouveaux logements2 entre 2011 et 2016 (Institut de la statistique du Québec,2014: 41), il apparaît d'autant plus nécessaire de se préoccuper de l'aménagement du cadre bâti.

S’il s’avère que les ménages favorisent la périphérie de Québec lorsque vient le moment de choisir le lieu de résidence, c'est avant tout parce que ce choix est possible et accessible (Ritchot et al.,1994: 264). Certaines pistes d’explications ressortent de la littérature et forment en quelque sorte « l'orogénèse » de l'étalement urbain dans cette région.

Il faut remonter aux années 1950 pour voir la première vague de ménages s'établir en périphérie du centre urbain à Québec. Le retour des soldats à la vie civile et le rationnement des matériaux de construction avaient engendré une crise du logement sans précédent. Plus de 700 personnes étaient logées dans des baraquements sur les Plaines d'Abraham à cette époque et il n'était pas rare de voir plusieurs familles vivre dans un même logement (Courville et Garon,2001). Pour contrer ce surpeuplement, le gouvernement provincial a subventionné les prêts hypothécaires sur des périodes

1 Québec offre 1,09 km/1000 habitants d'autoroute en 2016. C'est 1,6 fois plus que Toronto (0,68 km/1000

habitants).

2 Calcul basé sur la moyenne actuelle du nombre de personne par ménage dans la région de Québec : 2,3

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de 25 ans, avec des taux d’intérêt aussi bas que 3%, permettant à de nombreux citoyens issus de milieux populaires de s’établir hors du centre (Morin et Fortin,2008: 109).

À cette époque, le gouvernement provincial a aussi stimulé la croissance de la banlieue de Sainte-Foy par l’entremise de cinq chantiers majeurs :1) le déménagement de l'Université Laval (1948) ; 2) l'ouverture d'un deuxième hôpital (1954) ; 3) le développement de deux centres commerciaux : Place Sainte-Foy (1956) et Place Laurier (1961); 4) la création d'un institut d'enseignement qui deviendra le cégep de Sainte-Foy (1962) et finalement 5) la décentralisation de la fonction publique à l'ouest de la ville de Québec (Morin et Fortin,2008: 111). Cette première vague d'étalement urbain (1950-1970) a entraîné dans son sillage la « colonisation » des terres agricoles dans un contexte où aucune loi ne contraignait encore l'expansion du tissu urbain dans la province.

Afin de contrer ce problème, le gouvernement du Québec a mis en application la Loi sur la protection

du territoire et des activités agricoles (1978) et mis sur pied les Communautés urbaines de même que

les Municipalités régionales de comté (MRC) l'année suivante (Caron,2009: 7). Si ces lois articulées autour d’une volonté d'indépendance alimentaire et économique ont permis de freiner, dans une certaine mesure, la perte du territoire agricole ou son morcellement, elles ont surtout légitimé l'aménagement urbain en milieu rural (Côté et al.,2014: 394). Cette deuxième vague s'inscrivait dans un projet plus vaste de modernisation de l'État québécois dans un contexte de mondialisation de l'économie. Le remplacement de la main-d'œuvre agricole par l'entremise de la mécanisation a favorisé le développement industriel en rendant disponible la main-d'œuvre déjà établie dans ces secteurs (Côté et al.,2014: 391).

Dans ce contexte, l’expansion urbaine des années 1980 a pris son essor dans la structuration du territoire imposé par les schémas d'aménagement sous la responsabilité des MRC (Ritchot et al.,1994: 281). De plus, dans ce contexte de modernisation, l’étalement urbain fut accentué par de grands travaux routiers structurants, comme l’édification du pont Pierre-Laporte en 1970 et la construction de l'autoroute de la Beauce en 1978 (Fortin et al.,2011: 147). S’ajoutent à ces deux vagues les facteurs transversaux énumérés précédemment permettant de diminuer les inconvénients associés à une résidence en périphérie (Simard,2014b: 334).

Si les facteurs expliquant le processus de l’étalement urbain sont bien documentés dans les écrits scientifiques, il appert que les aménagistes nord-américains se retrouvent en manque de solution devant l’ampleur de ce phénomène. Certains pays vont en amont en élaborant des politiques d’aménagement du territoire strictes. C’est le cas des Pays-Bas qui, grâce à des politiques urbanistiques plus agressives, parviennent à contrôler l’expansion du tissu urbain. Dès 1901, les Néerlandais ont adopté la politique de « déconcentré concentré » dont l'un des éléments majeurs

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consiste à interdire l'établissement de résidence ou de commerce le long des axes routiers, entre les villes et les villages (ribbon developments) (Halleux et al.,2012: 891).

Ce n’est toutefois pas le cas en Amérique du Nord où les politiques d'aménagement sont empreintes des valeurs libérales (Simard,2014b: 339). En l'absence d'une volonté politique, il apparaît important pour les aménagistes de comprendre les facteurs qui régissent les choix résidentiels des ménages, dans un souci de retenir des populations dans la ville-centre. Il importe de souligner qu’au final, l’étalement urbain est provoqué par le « choix » des ménages de s’installer en périphérie des pôles urbains (Vandersmissen, 2006). Bien que ces derniers ne prennent pas toujours cette décision en évaluant l’ensemble des impacts qui y sont associés ou choisissent selon certaines contraintes (Des Rosiers et al.,2016a ; Latendresse,2014 ; Mancebo,2007 ; Simard,2014b: 338), il n’en demeure pas moins que de plus en plus de ménages décident de s’établir en périphérie (Fortin et Després,2009: 9).

5. Le choix de localisation résidentielle – un phénomène difficile à étudier

dans toute sa complexité

Les précédentes sections ont permis de faire un survol du contexte social, technologique et politique du phénomène d'étalement urbain de la ville de Québec. Ce contexte est pertinent dans la mesure où il fait ressortir l'absence de contrainte administrative limitant spatialement la localisation résidentielle. Par conséquent, si le ménage peut s'établir ou bon lui semble sur le territoire, il est limité (contraint) ou influencé par d'autres facteurs tels que le choix du mode de transport, la capacité de payer, les préférences, etc. Cette section dressera une ébauche des facteurs influençant le processus entourant la décision du lieu de résidence. La littérature montre que les ménages évaluent périodiquement les avantages et les inconvénients d'un possible déménagement en lien avec les facteurs influençant le choix de localisation résidentielle.

Peu d’études s'attardant sur le processus menant au choix de localisation résidentielle ont été réalisées ces deux dernières décennies. Les chercheurs se sont plutôt concentrés sur le choix de localisation (self-selection) en tant que variable explicative dans le cadre d’analyse de mobilité (Kroesen,2019: 108).

Néanmoins, des études plus anciennes se sont intéressée à la prise de décision. Par exemple, Rossi (1955) a proposé que le choix est influencé par les préférences de l'individu qui, à leur tour, définiront le degré de satisfaction. La décision est néanmoins influencée par l’étape du cycle de vie dans lequel l’individu se situe et les différentes contraintes que celle-ci soulève (Rossi, 1955).

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Avant les années 1970, les recherches définissaient surtout la mobilité résidentielle comme un processus par lequel un ménage actualisait son affiliation à une classe sociale (Vásquez,2007: 4). Plus récemment, les études sur la prise de décision se sont concentrées principalement sur les raisons qui ont contribué au choix (Kestens,2004: 46). Par exemple, Kestens (2004) définit le processus décisionnel comme étant une réaction individuelle à un problème. Le choix est un comportement encadré par des valeurs et des objectifs en mouvance, évoluant dans le temps et l’espace (Coolen et van Montfort,2001 ; Rubinstein et Parmelee,1992). Appliqué aux études sur le choix de localisation résidentielle, le temps fait référence au cycle de vie, alors que l’espace renvoie aux contraintes associées au lieu : par exemple, le prix des maisons, la distance aux services, le revenu du ménage, le voisinage, etc. (Gärling et Golledge,1993 ; Gibson,1950 ; Reginster et Edwards,2001). En ce sens, nous verrons plus loin que les études qui portent actuellement sur la mobilité résidentielle abordent parfois un seul, parfois quelques-uns de ces aspects.

Quelques études qualitatives auprès de ménages en contexte d’étalement urbain mettent en relief les facteurs de sélection de localisation résidentielle. De façon générale, cette approche vise à mieux comprendre une situation précise, sans tenter de la généraliser. En procédant par induction, elle permet d’aborder une situation en limitant les préjugés. Ainsi, l’analyse qualitative met en lumière certains éléments explicatifs non quantifiables d’un phénomène. Les principales méthodes préconisées par cette approche sont l’observation et l’entrevue directe avec un répondant (Mongeau,2008: 29).

Ces études portent principalement sur les préférences déclarées de même que sur les perceptions (Kestens,2004: 51). Par exemple, les participants aux études vivant en banlieue justifient leur choix de résidence par la qualité de vie : cadre champêtre, beauté des paysages, calme et proximité des activités de plein air (Côté et al.,2014: 394). En contrepartie, ils associent généralement la ville aux problèmes sociaux, à la pollution et à un cadre non approprié pour l’éducation des enfants (Fortin et Després,2009: 3). Latendresse (2014) introduit le concept de nostalgie pour expliquer leur décision. Tout comme Fried (1963) et Proshansky (1983), elle attribue les choix résidentiels à la nostalgie de la nature, de la vie rurale et de la maison individuelle telle que vécue par leurs parents ou grands-parents (Latendresse,2014). Finalement, il s’avère que les maisons neuves sont particulièrement attractives pour les ménages (Fortin et Després,2009: 2).

Hauser (2002) critique les études qualitatives en affirmant que l’échantillonnage restreint ne permet pas de faire une revue complète d’un phénomène. Il affirme également que ces études ne s’intéressent pas aux variables non déclarées (variables latentes) et que les résultats sont influencés par les interprétations des chercheurs. L’analyse des réponses aux questions posées directement (variables

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déclarées) introduit un biais puisqu’il est rare qu’un répondant ne se juge pas vertueux (Kestens,2004: 52). Néanmoins, l’apport des études qualitatives est indéniable. Soulignons, par exemple, le concept « d’attachement au lieu » mis en lumière par cette approche (Fried et Leonard,1963).

Du côté des études quantitatives, les recherches proposent deux types d’analyse: les analyses des variables déclarées (à l’instar des études qualitatives) et les analyses reposant sur des variables déclarées et latentes (Kestens,2004: 46). L’ensemble de ces recherches est basé sur le principe que les ménages font un choix rationnel. C’est-à-dire que lorsqu’ils entrent en processus du choix de localisation résidentielle, ils se fient à leur jugement sur la résidence, sur le lieu, sur leurs expériences et leurs contraintes économiques (variables socio-économiques, contraintes, préférences, attributs) (Lundgren et Wallentin,2016: 254).

Les analyses des préférences déclarées, aussi désignées par le nom de l’approche par choix, tentent de démontrer une relation entre une variable déclarée, le plus souvent la préférence des ménages, avec le choix de localisation résidentielle. Une première consultation de la littérature scientifique montre des résultats difficiles à rendre homogènes et généralisables. Banerjee et Hine (2016 : 24) et De Vos

et al. (2016 : 847) parlent d’un manque de convergence entre les résultats des études qui portent sur

les variables déclarées. Liao et al. (2015 : 334), Lundgren et Wallentin (2016 : 251), pour leur part, montrent les incongruités entre les résultats de leurs études et les autres. Par exemple, ces auteurs montrent que la relation entre le style de vie et les choix personnels a un très grand impact dans certaines recherches et, au contraire, très faible dans d’autres. Kestens (2004) présente dans son article deux recherches de Bender et al. (1997, 2000) réalisées à partir de la même méthodologie, à Genève et Zurich, qui obtiennent des résultats contraires. Si la tranquillité et le verdissement s’avèrent les facteurs les plus significatifs, alors que l’accessibilité à la ville et le voisinage le sont peu à Genève, le contraire est démontré à Zurich. Molin et Timmermans (2003) expliquent l’absence de consensus entre les études par la très grande complexité d’un choix de résidence. De plus, pour Kestens (2004), l'utilisation des variables latentes est essentielle pour éviter les problèmes de multicolinéarité où chaque mesure est insuffisante pour dégager un effet significatif, entraînant ainsi des biais dans la modélisation (Foucart,2006: 7).

Pour capter la complexité du choix de résidence, Louviere et Timmermans (1990) ont développé la théorie de l’intégration hiérarchique de l’information (hierarchical information integration ou HII), qui inclut l’analyse des variables latentes, tel que recommandé par Kestens (2004). Cette théorie soutient que les ménages, lorsque vient le moment de faire un choix de résidence, regroupent l’information sur: 1) la maison ; 2) le voisinage ; et 3) la région si nécessaire (Figure 1).

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Figure 1 : Modèle de l’intégration hiérarchique de l’information (HII)

Source : (Molin et Timmermans,2003: 45) Ainsi, l’intégration des variables latentes simplifie l’analyse et permet une meilleure généralisation des résultats (ex. Schwanen et Mokhtarian (2005)). Néanmoins, pour Molin et Timmermans (2003), les résultats obtenus à partir du modèle conceptuel HII et ses variantes présentent des lacunes importantes. Ils affirment que les regroupements de variables sont cantonnés sur la base du modèle conceptuel ou effectués de façon arbitraire alors qu’aucun test n’est effectué pour valider les relations. Ils reprochent également au modèle HII de ne pas tenir compte des théories développées depuis les années 1950 dans d’autres disciplines et de se limiter à un nombre restreint de variables (Molin et Timmermans,2003: 43). Ainsi, il importe de développer une méthode d’analyse qui tient compte de l’ensemble des facteurs influençant le choix de localisation résidentielle et des théories plus récentes faisant état du processus décisionnel en lui-même.

Une autre façon d'étudier empiriquement le choix de localisation résidentielle des ménages consiste à créer des profils de citoyens et de lieux, puis d’en vérifier la correspondance. Cette méthode a été préconisée par Thomas (2014) et par Lotfi (2017). Cette dernière étude utilise d’ailleurs l'une des bases de données employée dans ce mémoire.

Dans le cas de la thèse de doctorat de Lotfi (2017) intitulée « Residential choice and sustainability : comparing people and place performances in sprawled city », les répondants ont été classés en 7 catégories constituées à partir de 6 indicateurs, eux-mêmes construits à partir d'une analyse factorielle de 25 variables déclarées. Ces indicateurs sont :

1. Dépendance à l'automobile 2. Intensité des activités

3. Intensité des activités de loisir

4. Intensité des activités de consommation 5. Distance parcourue dans les transports publics

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Les 7 catégories de répondants construites à partir des 6 indicateurs sont : 1. Les dépendants à l'automobile occupés (Car-dependant Recreationers) 2. Les dépendants à l'automobile hyperactifs (Car-dependant Hyperactives) 3. Les hyperactifs locaux (Hyperactives Locals)

4. Les utilisateurs de transports publics (Public Transport Commuters) 5. Les actifs locaux (Active Local)

6. Les sédentaires occupés (Home-based recreationers) 7. Les sédentaires (Domocentered Locals)

Les regroupements de lieux ont été faits sur la base de l’identification d'un degré d'intensité d'étalement urbain à partir de trois types de densité : 1) la densité urbaine (Weighted Urban

Proliferation) : la densité de construction (Dispersion of Built-up Areas) ; 2) la densité d'occupation

du sol (Urban Permeation) ; et 3) la densité d'utilisation (Utilization Density). La division des quartiers de l'agglomération de Québec a servi d'échelle de division géographique. Des petites municipalités de la rive-nord de Québec faisant partie de la CMQ, et de la Rive-Sud de Québec ont été regroupées en une seule catégorie. Les secteurs ont été décrits selon les indicateurs suivants :

1. Pas étalé (Not at all sprawled) : La Cité-Limoilou

2. Légèrement étalé (Slightly sprawled) : La Haute-Saint-Charles

3. Modérément étalé (Moderately sprawled) : Beauport, Charlesbourg, Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge et Rive-Sud

4. Très étalé (Very sprawled) : Les Rivières

5. Extrêmement étalé (Extremely sprawled) : L'Ancienne-Lorette

Bien que ces analyses soient rigoureuses, il apparaît difficile, à partir de la lecture du Tableau 1, d'établir une relation entre le profil des répondants et leur localisation urbaine selon un indice d’intensité d'étalement urbain. On remarque que la majorité des répondants (43%) de cette étude réside dans les banlieues modérément étalées, peu importe le groupe auquel ils appartiennent (entre 28% et 54%). Même les actifs locaux vivent majoritairement dans ce milieu (50,4%), alors qu'ils sont réputés être ceux qui marchent le plus, qui utilisent peu le transport en commun et présentent les trajets travail-lieu de résidence les plus courts (Lotfi,2017: 56). Seuls les hyperactifs locaux résident majoritairement dans la ville pas étalée (62,9%).

Tableau 1 Correspondance entre les profils des répondants et l'endroit où ils résident

Source : (Lotfi,2017: 77) Dépendants à l'automobile occupés (%) Dépendants à l'automobile hyperactifs (%) Hyperactifs locaux (%) Utilisateurs de transports publics (%) Actifs locaux (%) Sédentaires occupés (%) Sédentaires (%) Total (n=588) Pas étalé 20,5 13,9 62,9 19,1 26,8 15,9 31,6 34,2 Légèrement étalé 23,1 27,8 3,1 13,5 4,1 11,4 9,2 9,4 Très étalé 43,6 47,2 28,3 52,8 50,4 54,5 43,9 43,4 Extrêmement étalé 12,8 1,1 5,7 14,6 18,7 18,2 15,3 13,1

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Thomas (2013, 2014) utilise sensiblement la même méthodologie que Lotfi (2017) dans sa thèse intitulée « Urbanisme et modes de vie : enquête sur les choix résidentiels des familles en Suisse ». Les 7 profils de résidents sont basés sur les caractéristiques des répondants, elles-mêmes construites à partir de 14 indicateurs (variables latentes) :

1. Citadins engagés 2. Communautaristes 3. Bourgeois 4. Citadins individualistes 5. Indifférents insatisfaits 6. Champêtres ancrés 7. Paisibles

Sept catégories de secteurs ont été créées dans les villes de Lausanne et de Berne à partir de sept indicateurs (variables latentes) significativement distinctifs. Contrairement à Lotfi (2017), Thomas (2013, 2014) utilise des caractéristiques fonctionnelles, sociales et sensibles (variables déclarées) pour différencier les secteurs.

1. Bohème

2. Bourgeois-Bohème 3. Bourgeois

4. Petit-moyen mobile

5. Petit-moyen villageois sédentaire 6. Petit-moyen suburbain sédentaire 7. Populaire

Tout comme Lotfi (2017), Thomas (2013, 2014) n'a pu que constater que ses résultats étaient difficilement interprétables puisqu'une correspondance franche entre les profils de résidents et les catégories de lieu s’avère impossible à dégager. Néanmoins, en retranchant de son enquête les répondants ayant un faible revenu (0-7000 francs suisses mensuellement), donc ceux étant le plus contraints d’un point de vue économique, son étude a permis de dégager des résultats plus facilement interprétables.

L'auteure a constaté que les communautaristes, les individualistes et les champêtres vivent généralement dans un lieu qui est conforme à leur profil peu importe le revenu. À l'inverse, les Citadins engagés, les Bourgeois, les Indifférents insatisfaits et les Paisibles ayant un faible revenu vivent généralement dans les quartiers populaires plutôt que dans un secteur correspondant à leur profil. Thomas (2013, 2014) constate par conséquent que les résidents ayant un revenu inférieur sont contraints dans leur choix de localisation résidentielle.

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6. L’élaboration d’une modélisation plus adaptée

Deux constats ressortent de la lecture des études portant sur le choix de localisation résidentielle. Si les études qualitatives ont permis d’identifier les facteurs influençant ce choix, les tentatives de modélisation dans le cadre d’études quantitatives présentent d’importantes lacunes. Elles sont la plupart du temps insuffisantes pour capter l’ensemble des facteurs explicatifs. Ces études ont néanmoins démontré l'importance de considérer des variables latentes dans une modélisation du processus de choix de localisation résidentielle.

6.1. Utilisation des variables latentes

Une variable latente est construite à partir de variables observées ou d'autres variables latentes (Dickes,1994: 210). Elle est utile pour la mesure d'un phénomène difficilement observable ou pour pallier certains problèmes soulevés par une question posée directement à un répondant. Par exemple, si l'on demande : « Trouvez-vous qu'il est important de s'occuper de l'environnement ? », il est peu probable qu'un individu réponde : « pas du tout ». Par contre, si on lui pose des questions comme : « Trouvez-vous important de prendre l'autobus pour aller travailler ?» ou « Trouvez-vous que le gouvernement devrait augmenter les impôts pour les investir dans la protection de l'environnement ?», il sera possible de composer, à partir des réponses à ces questions (variables déclarées), une variable décrivant l'importance de l'environnement pour le répondant (variable latente) (Kestens,2004: 52). De plus, son utilisation permet de résoudre le problème de multicolinéarité dans un modèle soulevé par Louviere et Timmermans (1990). Le schéma de la Figure 2 illustre ce problème. Dans ce modèle de régression simple, on tente de rendre compte de la variable mesurée dépendante « Z » avec les variables mesurant deux concepts « X » et « Y », eux-mêmes déclinés en trois variables mesurées indépendantes « X1, X2, X3 » et « Y1, Y2, Y3 ». Dans un tel agencement, il est fort probable que les effets des variables indépendantes sur la variable dépendante se révèlent non significatifs parce que ces variables ne seraient pas assez différentes de leurs homologues mesurant le même concept « X » ou « Y » (Foucart,2006: 7).

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Figure 2 Modèle de régression simple

L'utilisation des variables latentes, tel qu'illustré à la Figure 3, permet de contourner ce problème. En commençant par une étape de création de deux variables latentes « X » et « Y », puis d'analyse des effets de celles-ci sur la variable dépendante « Z », il est possible d'obtenir des résultats interprétables.

Figure 3 Modèle comportant des variables latentes

Néanmoins, cette façon de procéder sous-tend qu'il n'y a aucune influence entre le concept « X » et « Y » (mutuellement indépendantes), ou du moins ne la mesure pas. Si cela peut être vraisemblable dans certains cas de figure, il appert que cela n'est pas cohérent avec la critique de Molin et Timmermans (2003) soutenant que le choix de localisation résidentielle est un processus complexe.

6.2. Les modèles d'équations structurelles

En ce sens, les modèles d’équations structurelles (SEM) pourraient se révéler une solution. Cette méthode de modélisation permet d’évaluer les relations entre une multitude de variables de façon simultanée en procédant à la création de variables latentes et en validant les théories proposées (Molin et Timmermans,2003: 44). Il est possible de supposer que la prise en compte de l'ensemble des variables dans un même traitement de données puisse faire ressortir des distinctions mieux ajustées à la réalité observée.

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Cette recherche se servira des modèles d’équations structurelles (SEM) afin de mettre en relation de façon concomitante l’ensemble des facteurs ayant une influence sur le processus décisionnel menant au choix d'une localisation résidentielle. Contrairement aux méthodes traditionnelles (analyse factorielle, régression simple et multiple...) qui modélisent seulement un ensemble de relations à la fois (les variables indépendantes influencent la variable dépendante), les SEM peuvent représenter les relations multiples entre les variables (Bagley et Mokhtarian,2002: 285). Cela suggère qu’une variable peut influencer et être influencée en même temps dans le même modèle. Selon Bagley et Mokhtarian (2002 : 285), il est aisé de comprendre que l’utilisation de cette méthode d’analyse permet de se rapprocher un peu plus de la réalité que les précédentes méthodes. Ignorer une relation potentiellement importante pourrait entraîner de graves distorsions dans le modèle. Néanmoins, il importe de souligner que les SEM sont une simplification de la réalité comme tous les modèles. Il serait incohérent de prétendre qu’ils illustrent parfaitement la réalité. Il s’agit, selon plusieurs chercheurs (Bagley et Mokhtarian,2002: 285; Kline,2015: 21; Najjar et Najar,2013: 2), d’une amélioration méthodologique par rapport aux méthodes traditionnelles.

Les SEM ont été développés dans les années 1970 et principalement utilisés dans les études sociologiques et économiques (Najjar et Najar,2013: 2). Ils sont issus de deux méthodes traditionnelles : les analyses factorielles et les modèles d’équations simultanées. Il s’agit essentiellement d’une méthode d’analyse confirmatoire (Kline,2015: 11). Cette méthode rend possible la confirmation d’une relation de causalité dans la mesure où celle-ci rencontre les critères nécessaires à son acceptabilité et dont il n'est nullement question dans ce projet de recherche. Elle propose également la possibilité d’évaluer l’influence des variables latentes, d’estimer les erreurs et d’évaluer la qualité d’ajustement du modèle (Najjar et Najar,2013: 2). Les SEM offrent une solution aux critiques formulées par Molin et Timmermans (2003 : 43) voulant que les modèles simples n'offrent pas la possibilité de valider les relations.

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7. Question de recherche et objectifs du mémoire

La recherche proposée dans le cadre de ce mémoire vise à répondre aux questions suivantes : 1) Dans quelle mesure la localisation résidentielle reflète-t-elle les attitudes, les préférences et les contraintes des ménages ? 2) Quels facteurs sont les plus déterminants ? 3) Comment les ménages ayant une localisation divergente (dissonante) de la tendance générale se spatialisent-ils sur le territoire ? Elle a pour objectif de mieux comprendre le processus de choix de localisation résidentielle en contexte d'étalement urbain. Elle se décline autour des objectifs spécifiques suivants :

1. Schématiser le processus de choix de localisation résidentielle en tenant compte, dans la littérature scientifique, des facteurs influençant les personnes/ménages dans leur décision (modèle conceptuel).

2. Développer un modèle empirique selon la méthode des équations structurelles permettant de mesurer l’impact sur les personnes/ménages de ces facteurs sur leur localisation résidentielle actuelle dans la région de Québec.

3. Identifier les personnes/ménages consonants (choix résidentiel en accord avec les facteurs mesurés) /dissonants (choix résidentiels en désaccord avec les facteurs mesurés) et les localiser dans l’espace urbain/périurbain.

4. Analyser la structure de leur répartition géographique afin d’améliorer l’élaboration des politiques publiques adaptées aux priorités des ménages.

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8. Zone d’étude et période de l’analyse

La zone d'étude de ce projet est le territoire de la Communauté métropolitaine de Québec de 2011 (Figure 4).

Figure 4 Zone d'étude : la Communauté métropolitaine de Québec, 2011

Source : (Communauté métropolitaine de Québec,2011: 7) En 2011, la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) était divisée en 28 municipalités3, trois Municipalités régionales de comté (MRC) et deux agglomérations ayant compétence de MRC : Lévis et l'agglomération de Québec (Figure 4 et Tableau 2). Des 760 440 personnes qui habitaient la CMQ en 2011, deux tiers (67,9%) avaient élu domicile dans la ville de Québec (Tableau 2). Le Tableau 2 montre également la distribution des personnes selon leur groupe d'âge. On constate que le poids des

3 Dont une municipalité de paroisse : Saint-Louis-de-Gonzague-du-Cap-Tourmente ; qui n'apparaît pas dans le

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groupes « 15-25 ans » et « 25-65 ans » est sensiblement constant, peu importe le territoire puisqu'il varie entre 9% à 12% pour le premier groupe et de 55% à 60% pour le second. Toutefois, l'observation du poids des deux groupes d'âge aux extrémités montre le vieillissement de la population dans la ville-centre. Les « 65 ans et plus » représentent 18% de la population dans l'agglomération de Québec et 13,6% à Lévis. Le phénomène s'inverse pour le groupe d'âge « 0-14 ans », alors qu'à Lévis, ce groupe représente 17,1% et seulement 13,3% dans l'agglomération de Québec. Ce phénomène se répercute sur l'âge médian qui est de 2,8 ans plus bas à Lévis (Tableau 2). La MRC ayant l'âge médian le plus bas est la MRC de la Jacques-Cartier dans la couronne nord de la CMQ (35,5 ans). D'ailleurs, cette MRC connaît la plus forte augmentation démographique de la région de Québec (Statistique Canada,2016). Il est également possible d'observer un nombre moins élevé de personnes par ménage dans l'agglomération de Québec (2,1) que dans le reste de la CMQ (2,3). Ce résultat était également attendu puisque la majorité des ménages dans la ville-centre est formée de personnes seules ou de couple sans enfant (Morin et Fortin,2008: 112). Finalement, le Tableau 2 confirme que les citoyens de la ville-centre sont moins favorisés économiquement que ceux résidant en périphérie (Morin et Fortin,2008: 112). Si le revenu médian dans l'agglomération de Québec est de 30 033$, il est plus élevé de 2 400$ dans la ville de Lévis (32 428$) et encore plus élevé de 13 200$ dans la MRC de la Jacques-Cartier (43 279$) (Tableau 2).

Figure

Tableau 1 Correspondance entre les profils des répondants et l'endroit où ils résident
Figure 6 Modèle comportemental intégrant les concepts d’habitus, d’affectivité et de subjectivité
Figure 10 Modèle conceptuel de la théorie de la prise de décision
Figure 11 Modèle théorique retenu pour illustrer le choix de localisation des ménages
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Références

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