Les aspects de la réforme
de l'enseignement
propres aux enseignements techniques
Exposé de M. Pierre LAURENT
Secrétaire général du ministère de l'Éducation nationaleà la réunion du 15 avril 1966
de l'intergroupe «Formation-Promotion
professionnelles »
du Commissariat général du Plan
La réforme de l'enseignement, qui a fait l'objet de plusieurs communications publiques quant aux principes généraux qui l'ins-pirent, concerne pour une large part les enseignements techniques. Compte tenu de la compétence de l'intergroupe, c'est plus particulière-ment sur les aspects de la réforme propres aux enseigneparticulière-ments techniques •
que portera mon exposé. ,
Je voudrais, en matière d'introduction, retenir quelques elements essentiels qui servent de point de départ à la réforme, dire ensuite les principes qui l'ont animée en ce qui concerne les structures nouvelles de l'enseignement technique, enfin exposer la mise en œuvre de cette réforme et les efïorts qu'elle exigera dans les années a venir.
La situation de départ est, certes, le fait d'une évolution historique et pédagogique, mais aussi d'un certain retard dans cette évolution par rapport aux transformations économiques et techniques.
Le système scolaire français portait récemment encore la marque d'une structure unitaire et sélective, en ce sens que onentation se trouvait gênée par l'absence de diversification des strucmres et q el prenait trop souvent l'aspect d'une sélection par référencé a des critères Se noblesse» affectés par tradition à certains types Renseignement Or une sélection de cette nature comporte un risque seneux de segre-nombre de déséquilibres et de lacunes, notamment en ce qui concerne les^ormationT techniques supérieures aux niveaux
en effet, que la pyramide des enseignements techniques n'est pas harmo-nieuse, particulièrement pour ce qui a trait à la formation des techni-ciens supérieurs, c'est-à-dire des ingénieurs technitechni-ciens ou des ingénieurs de fabrication.
De toute évidence, l'évolution technique, comme les transformations économiques et sociales, posent, dans la plupart des pays, de difficiles problèmes d'adaptation des enseignements à caractère technique et professionnel, problèmes qui, dans notre pays, ont pris une dimension et une densité manifestes. Après avoir connu pendant de longues années une regrettable ségrégation, dont il a été lui-même en partie responsable, l'enseignement technique français a été menacé d'une sorte de disso-lution dans le système éducatif général; et jusqu'à présent l'équilibre souhaitable entre ces deux tendances n'avait pas été trouvé.
En même temps, cet enseignement technique français a subi les tendances contraires provoquées, l'une, par la spécialisation que parais-saient réclamer les exigences techniques, l'autre par la recherche d'une polyvalence qui semblait requise par l'évolution et la mobilité des emplois.
Il fallait aborder franchement ces problèmes, car la cohabitation que l'on a tenté d'organiser entre des disciplines générales, qui seraient communes à tous les enseignements, et des disciplines proprement tech-niques, ne pouvait apporter de solution heureuse. Cette simple coexis-tence ne pouvait que menacer l'avenir de l'enseignement technique, aggraver son isolement, voire tarir son recrutement, du fait qu'elle laissait en fin de compte aux élèves eux-mêmes la charge des synthèses à opérer entre deux fractions, en vérité hétérogènes par leur pédagogie, de l'enseignement qui leur était donné.
La somme de ces problèmes impliquait une réforme d'ensemble afin d'assurer la meilleure articulation possible avec la réorganisation générale des enseignements scolaires et universitaires, compte tenu d'une part de la perspective de prolongation de la scolarité, d'autre part de la mise en place de deux paliers essentiels d'orientation, notamment de celui situé à la fin du premier cycle secondaire, c'est-à-dire à la fin de la classe de troisième.
Il n'est sans doute pas inutile de rappeler quels sont les principes essentiels de la réforme de l'enseignement.
Je n'en retiendrai pour l'instant que deux, qui me paraissent très importants pour les travaux de l'intergroupe :
1. L'introduction dans le système français d'une nette diversifi-cation des enseignements;
2. La recherche, dans cette diversification, de la personnalité propre à chaque grand type d'enseignement.
La diversification des enseignements se manifeste, notamment, comme vous le savez, par la mise en place des collèges d'enseignement secondaire (C.E.S.) où coexistent des méthodes et des structures diverses 16
au même niveau, par la personnalité plus marquée des sections du bacca-lauréat, la création des baccalauréats de techniciens, l'ouverture de voies nouvelles au niveau de la seconde (second cycle court) et de l'Université (instituts universitaires de technologie).
Quant à la personnalité des enseignements techniques et profes-sionnels, elle s'affirme par les conditions nouvelles suivant lesquelles sont analysés les besoins en types de formations (recours à l'étude des fonctions dans les activités productrices et de services) et par la modifi-cation profonde des objectifs et des moyens pédagogiques des ensei-gnements techniques à tous les niveaux, particulièrement par le choix délibéré d'une pédagogie concrète et plus cohérente que par le passe. Pour mieux saisir l'ampleur des modifications engagées, il me parait souhaitable de retenir quelques points d'application essentiels et carac-téristiques de la réforme entreprise, à savoir : les collèges d'enseigne-ment secondaire et leur fonction d'orientation, les voies nouvelles qui s'ouvriront à la fin de la classe de troisième, la place des enseignements techniques dans le second cycle long, enfin les instituts universitaires de technologie.
1 Le collège d'enseignement secondaire constitue, de la classe de sixième à la classe de troisième, un appareil pédagogique d'orientation qui aura, sur l'ensemble du système éducatif français, une influence considérable. Cela ne signifie pas que l'orientation va se faire en classe de sixième. Au contraire, le collège d'enseignement secondaire est destine à mettre à la disposition des enfants des moyens de formation adaptes et préparant une orientation qui se situe bien à la fin de la classe de troisième, puisque, tout au long de la scolarité, de la sixième a la troi-sième des changements de sections seront possibles. A la fin de la classe de troisième un dispositif, actuellement à l'étude, et associant les donnees pédagogiques fournies par la scolarité dans le C.E.S. à des moyens de conseil et de décision extérieurs à l'établissement, permettra de dégager les orientations souhaitables. Ainsi sera substitué à la regrettable sélection négative actuellement pratiquée un ensemble de mesures nermettant des orientations positives.
P Au sein du collège d'enseignement secondaire, à côte des sections
classiques et modernes, sont prévues, pour un certain nombre d e eves des classes terminales pratiques de quatrième et troisième. Ces classe terminales sont destinées à des jeunes qui n'ont montré pour les étude de tvpe scolaire traditionnel qu'un goût et des aptitudes limites. Elle prépareront donc à l'entrée dans la vie sociale et professionnelle, qu il s ' a g i s s e a u L i bien de ceux qui prendront aussitôt un metier, que de c^ux qui entreront en a P = a g e ou d a , un g » ^
l'éducation professionnelle ultérieure. Je crois utile de vous donner connaissance de quelques-unes des dispositions de la toute récente circu-laire destinée à mettre à l'essai le système original d'éducation dans les classes terminales pratiques, à compter de la prochaine rentrée scolaire. Quatre directives essentielles se dégagent :
a) Une information sur les métiers. — Cette information sera assurée par des contacts avec les entreprises, des visites, voire de courts séjours en entreprise, en vue de faire connaître aux élèves ce que sont les réalités du travail, le marché de l'emploi, les perspectives d'emploi ; l'orientation vers les problèmes et les activités professionnels sera ainsi préparée et facilitée;
b) L'acquisition de certaines aptitudes concrètes devant les problèmes professionnels : qualités d'attention concentrée, possi-bilité de comprendre et d'appliquer des instructions, des consignes, aptitude à établir des projets simples, à transmettre des informations sous la forme orale, à acquérir le sens du travail en équipe, prépa-ration à certaines activités simples telles que l'établissement de petits tracés, la réalisation d'objets, etc. Il s'agit par conséquent d'attirer l'attention et le goût des jeunes vers les activités de fabrication, de les préparer à la précision dans l'exécution, sans pour autant leur donner une formation appliquée à un poste de travail déterminé;
c) L'initiation aux responsabilités élémentaires de la vie du travail, c'est-à-dire la capacité de pratiquer certains exercices très simples en matière d'organisation de son propre travail, en matière de compta-bilité élémentaire, en matière de dactylographie pour les filles...;
d) Une formation technologique pratique dans laquelle l'étude de mécanismes simples permettra en particulier d'exercer la réflexion en satisfaisant la curiosité naturelle des élèves.
Ces orientations indiquent déjà une sorte de révolution à l'intérieur de l'école, une révolution que nous ne pourrons pas faire seuls et qui exigera le recours à des formes de coopération nouvelles avec les profes-sions. S'il ne peut être question de confondre la situation de l'apprenti sous contrat et celle de l'enfant scolarisé, il n'y a pas lieu non plus de maintenir une manière d'opposition dépassée entre ce qui sera le monde de l'école et celui de la vie économique et sociale, où se trouvent les entreprises. L'enseignement doit être capable de s'ouvrir sur cette réalité extérieure et de rechercher l'aide qui lui est nécessaire à cet effet. Cela signifie que nous sommes, qu'on le veuille ou* non, entrés dans la voie d'une coopération tout à fait nouvelle et dans laquelle personne n'a rien à abandonner; je pense, pour ma part, que l'enseignement fran-çais doit et peut le faire.
2. Si nous nous plaçons maintenant à la fin de la classe de troisième, qui correspondra sensiblement à la limite de l'obligation scolaire après l'extension de celle-ci, les élèves auront à choisir entre plusieurs voies nettement différenciées qui s'ouvriront devant eux. C'est d'ailleurs à
ce niveau que se brancheront les enseignements techniques et les diverses formes d éducation professionnelle avec, chacune, leur person-nalité marquée.
A ce palier de la fin de la troisième, l'adolescent se trouvera devant plusieurs options.
S'il adopte une voie scolaire, il pourra choisir entre : Le second cycle long, qui conduit au baccalauréat;
— Le second cycle court, qui est celui des formations techniques en deux ans, conduisant à un brevet d'études professionnelles.
S'il décide d'accéder plus directement à la vie professionnelle, tout en recevant une formation sanctionnée, il optera pour l'apprentissage conduisant au C.A.P., en deux années, des enfants qui auront été scola-risés jusqu'à seize ans.
Mais la réforme fait place en outre à un troisième type de formation destinée aux jeunes qui entreront directement dans le monde du travail à la fin de leur scolarité. Il est clair que l'Education nationale doit etre en mesure de rendre service également à ces jeunes, qu'il ne s'agit pas, à proprement parler, de scolariser, en leur donnant une formation professionnelle courte en vue de postes de travail déterminés. Cette période de formation, qui compléterait la formation pré-professionnelle donnée dans les classes terminales pratiques et serait organisée en liaison avec les entreprises, préserverait les intéressés de la situation sans issue qui est celle du manœuvre.
Je m'arrêterai quelques instants sur le second cycle court, 1 orga-nisation prévue pour l'apprentissage et pour la formation professionnelle rapide en fin de scolarité.
a) Le second cycle court dans les établissements d'enseignement.
Son objet est la formation de professionnels qualifiés en deux ans. Mais encore faut-il tenir compte du fait que cette formation de profes-sionnels qualifiés ne peut pas être isolée de ce qui précédé. Il est bien évident, en effet, que les enfants qui seront orientes vers_ ces établis-sements ne seront pas essentiellement ceux qui auront suivi des classes de formation « abstraite ». Un nombre important d entre eux auront reçu l'enseignement des classes terminales pratiques, qui leur apportera une formation pré-professionnelle particulièrement utile.
L é t u d e de cette formation en deux ans a été entreprise des main-tenant quant au fond. Elle recouvrira la mission actuelle des collèges Geignement technique, et visera les formations techniques de rindustrie, des activités commerciales et celles du secteur des services. Elle sera donnée dans les collèges de second cycle.
Je ne retiendrai que quelques éléments essentiels sur les brevets
d'étude^professionnelles qui sont appelés à sanctionner cette formation d etud* rofessi°collèaes l e s e c o n d cycle court. C'est un enseignement dd°ontîa t ^ r
Pr o f ees s i o n n e l l e est affirmée. Il s'agit d e ^ a n t n - u n e
.• __ r 1 i r p r 1 : e de s ieunes garçons et des jeunes filles, par ces
technique, aux métiers d'ouvriers et d'employés exigeant un niveau élevé de qualification. Il en résulte certaines conséquences : ces brevets d'études professionnelles doivent sanctionner une formation profes-sionnelle technique, commerciale ou administrative; ils constituent un diplôme professionnel. Il y aura donc parallélisme d'objet et de niveau entre le brevet d'études professionnelles et le certificat d'apti-tude professionnelle.
D'autre part, le champ d'application du brevet d'études profes-sionnelles est actuellement à l'étude et doit être précisé en vertu d'une vue d'ensemble du secteur industriel ou commercial couvert. En effet, les brevets d'études professionnelles doivent normalement corres-pondre à des formations qui peuvent être données par des établis-sements d'enseignement. Par conséquent, ils prépareront à des métiers dont les caractéristiques sont d'exiger une somme de connaissances et d'aptitudes procurant une capacité technique plus large que le métier qui sera exercé. C'est le cas, en particulier, des postes de travail qui exigent la mise en œuvre successive de connaissances techniques diverses et qui comportent une succession d'opérations qui requièrent des aptitudes techniques diverses.
De même, paraissent relever du brevet d'études professionnelles les formations nécessaires à un certain nombre de métiers nouveaux qui exigent que le travailleur soit capable, à un moment donne, d u n e certaine synthèse de connaissances : par exemple, les postes de contrôle ou d'entretien, ou les postes de conducteurs d'appareils dans l'industrie chimique.
Dernière caractéristique : l'objectif du brevet d'études profes-sionnelles est de conférer une formation permettant l'accès direct a l'emploi. Il ne s'agit pas d'une formation générale de type polyvalent, mais bien d'une éducation à finalité professionnelle directe. Ceci n'exclut pas que, pour un nombre limité de postes particulièrement qualifies, un complément de formation puisse être prévu et réalisé, le cas échéant, en dehors des établissements d'enseignement, sur le lieu du travail ou par des organismes interprofessionnels; mais il s'agira de cas isolés et non pas de la règle générale.
Comme je l'ai déjà indiqué, à l'issue de la scolarité obligatoire, l'adolescent pourra se diriger aussi vers une formation donnée dans le monde du travail; c'est le domaine de l'apprentissage. Mais il est nécessaire d'apporter à cet apprentissage sur le lieu du travail un soutien et une valorisation pédagogiques, de telle manière que l'appren-tissage sanctionné par le certificat d'aptitude professionnelle (ou de fin d'apprentissage artisanal) se trouve toujours en correspondance avec le brevet d'études professionnelles, tout en gardant sa particularité quant à son objet et à ses méthodes. Il convient à cet effet d'organiser, sur des bases nouvelles, sans nul doute par voie de conventions négo-ciées, une coopération effective entre les moyens publics de formation, les moyens privés, les moyens professionnels des entreprises ou des groupements professionnels ou interprofessionnels.
Enfin, à l'issue de la scolarité obligatoire, l'adolescent peut aspirer à entrer rapidement sur le marché du travail en recherchant un emploi. Faut-il néanmoins lui refuser toute possibilité de formation profes-sionnelle? Nous avons pensé que l'organisation scolaire pouvait encore intervenir à son profit, à condition de mettre en œuvre des moyens adaptés, résolument nouveaux. Il convient d'observer à ce propos que même si le caractère exagérément sélectif à l'entrée des établissements techniques doit s'atténuer, il n'en est pas moins vrai que ce n'est pas la totalité des candidats à cet enseignement qui pourra "1e suivre et obtenir la sanction finale. Il faut donc offrir à ceux qui ne sont pas du niveau requis une autre voie, qui leur épargnera un début professionnel marqué par l'échec.
C'est pourquoi il est apparu qu'il était souhaitable d utiliser les moyens de l'éducation professionnelle pour offrir à ces jeunes une voie courte et concrète, de caractère délibérément professionnel, grâce a laquelle ils accéderont sans doute de plain-pied à des fonctions du type d'ouvriers de fabrication et pourront, par la suite, bénéficier des dispo-sitifs de promotion qui, comme je le souhaite, sont appelés à se déve-lopper Là encore il sera nécessaire de faire preuve d'imagination et d'un esprit de coopération entre les établissements scolaires, les entre-prises, les groupements interentreprises.
b) Le second cycle long.
Son objet est de conduire vers les baccalauréats et les brevets de t e c h n i c i e n . ^ ^ t e c h n i c i e n répond à un certain nombre de besoins
spécifiques. Une certaine ambiguïté résultait de sa cohabitation avec un système de baccalauréat qui exerçait une pression considérable sur la finalité propre de l'enseignement technique long
On s'aperçoit qu'il y a en réalité trois problèmes différents au
niveau des études longues : rarart^rp
Il v a place, en premier lieu, pour un enseignement de caractère général permettant aux élèves une compréhension large des problèmes techniques et les préparant à l'accès à des enseignements techniques de caractère supérieur. Cette voie conduit normalement au baccalauréat U c h X u e de l'enseignement du second degré, qui résultera de la modi-fication du baccalauréat de mathématiques et techniques.
C'est dans une perspective toute différente que doivent etre placées les formations professionnelles spécialisées, permettant^d c ^ a des postes d'exécution déterminés (postes de techniciens des e n t j i es) elles sont destinées à être sanctionnées par des brevets de techniciens^
Ma s l'analyse des besoins et des fonctions a mis en lumière la
finalité du baccalauréat de technicien, diplôme à caractère professionnel d'un type nouveau, actuellement à l'étude.
En résumé, les enseignements de caractère technique au sein du second cycle long s'ordonneraient suivant les principes résumés dans le tableau ci-dessous :
Baccalauréat technique de technicien Baccalauréat de technicien Brevet Formation
pluridisci-plinaire, préparant à des études supérieures. Le possesseur de ce baccalauréat n'est pas immédiatement destiné à faire usage de ce qu'il sait.
Formation de techni-cien centrée sur l'étude d'une branche détermi-née d'une science appli-quée.
Le possesseur de ce baccalauréat est destiné à appliquer ce qu'il sait dès la fin de ses études, à comprendre l'usage qu'il fait de son savoir et à transmettre au besoin cette compréhen-sion.
Préparation à une fonction d'exécution technique dans une spé-cialité déterminée.
Le possesseur de ce brevet est entraîné à exécuter à un assez haut niveau de qualifi-cation technique les ins-tructions qui lui sont données.
J'ajoute, pour mieux faire saisir la portée de l'effort de réflexion
pédagogique entrepris, que la réforme en cours doit permettre de
renoncer à la cohabitation, sans interpénétration réelle, qui existe
actuel-lement dans les programmes entre les disciplines dites « générales » et
les disciplines dites « techniques ». Une illustration de cette évolution
peut être donnée par les premières orientations des études entreprises
sur un exemple-type de baccalauréat de technicien, — étant bien entendu
qu'il ne s'agit, je tiens à le souligner ici, que de premières réflexions et
nullement de décisions arrêtées. Il semble possible d'élaborer un
bacca-lauréat de technicien en électro-technique, — matière prise à titre de
domaine expérimental du point de vue pédagogique, — dont le
programme reposerait sur la synthèse harmonieuse, en vue d'une
formation cohérente, de trois types de disciplines : les disciplines
spécifiques constituant « l'épine dorsale » du programme, les disciplines
auxiliaires des précédentes, et les disciplines d'expression. Le schéma
d'organisation d'un tel baccalauréat pourrait donc être le suivant : Disciplines
spécifiques
Disciplines auxiliaires des
disciplines spécifiques d'expression Disciplines Electro-technique et électronique. Technologie électrique. Travaux de laboratoire et plate-forme. (1) Cette appellation ne ds ayant pour objet de permettr exécutés rapidement.
Mathématiques.
Mécanique et thermique.
;signe pas le dessin d'art traditi e à l'élève de se faire comprer
Français. Langue vivante. Dessin industriel. Dessin à main levée (1). onnel, mais un enseignement îdre p a r des dessins habiles
c) Les formations techniques supérieures.
Je rappelle à ce sujet que leur réorganisation, qui est l'un des éléments importants de la réforme des enseignements supérieurs, a fait l'objet de récentes déclarations du ministre de l'Education nationale lui-même, qui en a exposé les lignes essentielles.
Je soulignerai seulement, à ce sujet, qu'en ce domaine également, une analyse assez poussée des besoins tendant à mieux déterminer les types de fonctions remplies par les cadres moyens et supérieurs a montré que l'Université ne serait désormais en mesure de répondre pleinement à sa mission sociale qu'en se dotant de structures nouvelles. Encore faut-il s'entendre sur le sens et la portée de cet accroissement et de cette diversification du rôle de l'Université. Il ne saurait être ques-tion ni de créer un type d'établissement par produit fabriqué ou vendu, ou par métier. Il ne s'agit pas, non plus, de subordonner l'Université à un utilitarisme étroit. Mais il lui revient de préparer, par un ensei-gnement approprié, les hommes qui occuperont ces fonctions d'enca-drement que l'on rencontre simultanément dans diverses branches de l'industrie et des services : ingénieurs-techniciens, ingénieurs de fabri-cation, cadres administratifs au sens large du terme, — dans les organismes et entreprises publics, semi-publics et privés.
Telle est la mission dévolue aux instituts universitaires de tech-nologie, créations originales à plus d'un titre : leur mission est celle d'établissements d'éducation professionnelle dans l'Université; la péda-gogie pratiquée sera toute différente de celle des facultés et des grandes écoles, leur organisation associera en permanence les professionnels intéressés, leur corps enseignant n'en fera le monopole d'aucune caté-gorie déterminée.
J'ajouterai encore que, de même que la création des baccalauréats de technicien n'exclura nullement le maintien, en fonction des besoins, de certains brevets de technicien, celle des instituts universitaires de technologie ne fera pas nécessairement obstacle au maintien de certaines des formations de techniciens supérieurs actuelles, nettement plus spécialisées, dès lors que des besoins déterminés le justifieront.
*
La mise en œuvre de cette réforme est évidemment une entreprise difficile, qui n'est pas sans provoquer, ici ou là, diverses inquiétudes. Je demande que nous y réfléchissions ensemble. Si nous prenons la mesure de la tâche à accomplir, nous devons reconnaître d'abord l'importance de l'enjeu et, en même temps, certaines lacunes de notre information. Nous connaissons mal, notamment, la formation qui est dispensée en dehors des établissements d'enseignement. Pour ce qui est du domaine scolaire, je rappellerai qu'il y a, dans le second degré long des lycées techniques publics et privés, 200 000 adolescents, 17 000 élèves environ, dans les enseignements techniques supérieurs; quant aux enseignements professionnels courts, ils groupent environ
630 000 jeunes, dont 400 000 dans les collèges publics. A ce total de 850 000 jeunes scolarisés s'ajoutent 280 000 inscrits dans les cours professionnels. C'est assez dire que devant une telle responsabilité nous ne pouvons envisager d'agir qu'en alliant à la détermination des études approfondies, des contacts étroits avec les milieux intéressés, des méthodes d'expérimentation ouverte.
1. La détermination des nouveaux types d'enseignements profes-sionnels, des programmes et des diplômes correspondants, sera conduite en respectant deux « règles d'or » : l'étude avec les milieux intéressés et l'expérimentation.
D'ores et déjà sont progressivement mis en place des groupes de travail qui, avec le concours des organisations professionnelles, ont pour mission de réfléchir à ce que pourraient être les objectifs et les contenus des brevets d'études professionnelles, ainsi que des commis-sions chargées d'étudier les programmes, l'organisation des études et l'implantation des instituts universitaires de technologie.
Quant à l'expérimentation, elle devra être systématiquement utilisée
au cours des années à venir. Il existe actuellement des expériences de
formation en deux ans dans les collèges d'enseignement technique. Ces
classes expérimentales constituent un banc d'essai intéressant. Elles
concernent 10 à 12 000 élèves, dont une moitié provient d'ailleurs des
lycées, l'autre moitié des classes de C.E.G. ; elles porteront, à la prochaine
rentrée, sur environ 20 000 élèves.
Pour les classes terminales pratiques, nous mettons à l'étude divers
procédés de formation des maîtres en faisant appel à des moyens et
des méthodes très différents, qui vont des écoles normales à l'institut
national de formation des adultes de Nancy. Enfin, pour les instituts
universitaires de technologie, l'année qui vient sera encore une année
expérimentale.
2. La réforme des enseignements techniques exige en outre que
soient développées un certain nombre d'activités complémentaires de formation. Il convient de souligner d'abord le rôle important qui sera en tout état de cause dévolu aux écoles à statut professionnel qui
dispensent des formations techniques. La scolarisation obligatoire
pourra en effet s'accomplir dans ces établissements; il y aura lieu d'examiner avec leurs dirigeants les modalités selon lesquelles ils seront
appelés à adapter leurs enseignements aux structures nouvelles,
en développant à ce propos une collaboration de toute évidence
indispensable.
D'autre part, un certain nombre de formations ne relèvent ou ne
relèveront pas des formes traditionnelles de la scolarité, qu'il s'agisse
de la formation professionnelle très courte dont j'ai parlé ou de
l'apprentissage. Leurs aspects et leur portée pédagogique ne sauraient
pour autant être négligés.
La formation professionnelle courte qui pourra être offerte à la fin de la scolarité obligatoire dans les conditions précédemment indiquées,
devra faire appel, évidemment, à des moyens et des méthodes non scolaires. Je crois devoir indiquer à ce propos qu'il n'y a nulle oppo-sition, contrairement à certaines allégations, entre les prévisions du V° Plan qui ont retenu pour base de calcul de la capacité d'accueil des collèges d'enseignement technique et de second cycle court, une fraction de 40 % des enfants à l'issue de la classe de troisième, et la faculté ouverte à l'Etat, en collaboration avec les professions, d'orga-niser en outre une formation professionnelle courte d'un type parti-culier, à laquelle les établissements d'enseignement pourront apporter un concours en personnel et en équipement, sans pour autant avoir à scolariser les jeunes intéressés.
Dans le domaine de l'apprentissage, il convient de rechercher d'abord une connaissance plus approfondie de la situation actuelle. Les travaux de l'intergroupe devraient faciliter une meilleure infor-mation sur les contrats d'apprentissage et leurs effets. D'autre part, la valorisation pédagogique de l'apprentissage doit donner lieu à l'étude des méthodes appropriées et des procédures convenables, notamment en matière de conventions.
D'autres situations devront recevoir des solutions nouvelles et appro-priées; celles des jeunes qui auront terminé leur premier cycle avant l'âge de seize ans, celle des jeunes qui auront dépassé seize ans avant la fin de ce premier cycle.
Enfin, des perspectives nouvelles en matière de promotion, de perfec-tionnement et de recyclage seront ouvertes par la refonte de nos ensei-gnements techniques, si elle va au fond des choses, c'est-à-dire si méthodes et programmes sont conçus dans une perspective profes-sionnelle et délibérément concrète.
*
Certes, l'on ne saurait envisager de réformes de cette portée sans évoquer le problème des moyens, en matière d'équipements comme en matière de personnel.
S'agissant des équipements, nous avons engagé l'effort nécessaire. Nous savons très bien qu'une des clés du système réside dans l'édifi-cation rapide des collèges d'enseignement secondaire, qui seront les bases et les appareils de l'orientation. Pendant la durée du Ve Plan, il
est prévu de construire environ 250 C.E.S. par an. Pour les collèges d'enseignement technique et les instituts universitaires de technologie, je me bornerai à indiquer qu'en 1966, sur les investissements destinés aux établissements d'enseignement (280 milliards d'anciens francs), 85 ont été consacrés à la construction de collèges d'enseignement tech-nique, ce qui correspond à un taux d'accroissement nettement plus fort que celui des autres enseignements, à l'exception des C.E.S.
S'agissant des personnels, il est en tout premier lieu indispensable de restaurer et de développer les organismes chargés de former les pro-fesseurs des disciplines techniques qui nous font défaut, tant au niveau des collèges qu'au niveau de l'agrégation. Déjà a été mis à l'étude un
programme de refonte et d'expansion des écoles normales d'appren-tissage; en même temps, l'Ecole normale supérieure de l'Enseignement technique sera appelée à préparer, dans l'avenir, les agrégations de sciences et de techniques appliquées qui nous manquent et qui sont nécessaires aussi bien pour le fonctionnement des enseignements longs de second degré que pour celui des instituts universitaires de technologie. Enfin, la mise en œuvre, dans le domaine qui lui est réservé, d'une active politique de coopération conventionnelle avec les professions doit conduire l'Education nationale à se doter des moyens de former des « formateurs » qui, sans appartenir au corps enseignant, permettront d'organiser et de développer les actions complémentaires de la réforme, en matière d'apprentissage, de formation professionnelle courte, de recyclage et d'éducation permanente.
Je voudrais, en guise de conclusion, me borner à dire combien,
après l'effort de clarification et de décision que comporte la période
d'organisation générale que nous venons de traverser, les responsables
de l'Education nationale sont conscients de la nécessité d'appuyer
désor-mais l'action, spécialement en matière d'éducation professionnelle, par
des contacts très ouverts et une large expérimentation. Nous savons
que des concours extérieurs nous sont nécessaires et qu'il serait
judi-cieux de mettre à profit la période qui nous sépare de la prolongation
de la scolarité pour mettre au point des formes nouvelles de
coopé-ration. Je me permets donc d'exprimer le vœu que cette réunion nous
donne le moyen de tirer tous les fruits d'une réforme combien profonde
et combien difficile, et de les faire mûrir ensemble; je l'exprime
d'au-tant plus volontiers que je sais pouvoir être entendu, et je tiens, dès
maintenant, à exprimer ma vive gratitude pour l'aide que nous
appor-teront vos travaux.