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L’influence des traits du Big Five et de l’activité occupationnelle sur l’efficacité de la psychothérapie auprès de personnes souffrant d’un trouble de la personnalité et consultant dans un programme d’hôpital de jour

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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L’influence des traits du Big Five et de l’activité

occupationnelle sur l’efficacité de la psychothérapie

auprès de personnes souffrant d’un trouble de la

personnalité et consultant dans un programme d’hôpital

de jour

Mémoire

Charlène Fellouri

Maîtrise en sciences de l'orientation - avec mémoire

Maître ès arts (M.A.)

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L’influence des traits du Big Five et de l’activité

occupationnelle sur l’efficacité de la psychothérapie auprès

de personnes souffrant d’un trouble de la personnalité et

consultant dans un programme d’hôpital de jour

Mémoire

Charlène Fellouri

Sous la direction de :

Claudia Savard, directrice de recherche

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Résumé

Cette étude longitudinale sur 6 semaines a pour objectif d’évaluer la contribution de l’activité occupationnelle sur l’amélioration en psychothérapie en considérant les traits de personnalité du Big Five auprès d’une clientèle souffrant de troubles de la personnalité (TP) suivie dans un programme d’hôpital de jour. L’échantillon d’intérêt se compose de 211 participants souffrant d’un TP et référés dans un programme d’hôpital de jour à la suite d’un épisode de crise ayant nécessité une consultation à l’urgence. Malgré les constats de la littérature, les résultats de cette recherche ne permettent pas d’observer de différence statistiquement significative sur l’amélioration en psychothérapie entre les participants avec une activité occupationnelle comparativement à ceux sans activité occupationnelle. De plus, aucun des cinq traits de la personnalité du modèle des Big Five n’est associé à l’amélioration thérapeutique. Par ailleurs, des effets d’interaction sont observés entre le statut occupationnel et les traits de personnalité pour prédire l’amélioration durant le suivi. D’abord, les participants sans activité occupationnelle qui rapportent un degré élevé d’Ouverture à l’expérience s’améliorent davantage en ce qui a trait à leurs difficultés interpersonnelles en cours du suivi. De plus, un degré élevé de Conscience chez les participants sans activité occupationnelle est associé à une moins bonne amélioration quant à leurs symptômes de détresse en cours de suivi alors qu’il est associé à une plus forte amélioration des symptômes chez les participants avec une activité occupationnelle. Les études futures devraient répliquer le protocole employé dans le présent mémoire auprès d’un échantillon plus large, en documentant les motifs de consultation ainsi que les raisons de l’abandon thérapeutique.

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Abstract

The objective of this 6 weeks longitudinal study is to assess the contribution of occupational activity on improvement in psychotherapy, considering the Big Five personality traits of the Big Five in a clientele suffering from personality disorders (PD) followed in a day hospital treatment program. The sample of interest consists of participants with PD and referred to a day hospital program following a crisis episode requiring an emergency visit. Despite the findings in the literature, the results of this research do not demonstrate a statistically significant difference in the improvement in psychotherapy between participants with an occupational activity compared to those without occupational activity. In addition, none of the Big Five model's five personality traits were associated to therapeutic improvement. However, interaction effects were observed between occupational status and personality traits to predict improvement during treatment. First, participants without occupational activity who report a high degree of Openness to the experience improved more in terms of their interpersonal difficulties during follow-up. In addition, a high degree of Consciousness in participants without occupational activity is associated with less improvement in their distress symptoms during the follow-up, while it is associated with a greater improvement in symptoms in participants with an occupational activity. Future studies should replicate the protocol used in this master's thesis with a larger sample, documenting the reasons for consultation as well as the reasons for discontinuing treatment.

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Table des matières

RÉSUMÉ ... II ABSTRACT ... III TABLE DES MATIÈRES ... IV LISTE DES FIGURES ... VI LISTE DES TABLEAUX ... VII REMERCIEMENTS ...IX

INTRODUCTION ... 1

1 LES TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ ... 6

1.1 DÉFINITION DES TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ ... 6

1.2 LA PSYCHOTHÉRAPIE : UN OUTIL D’ACCOMPAGNEMENT ... 9

1.2.1 Définition de la psychothérapie ... 9

1.2.2 L’efficacité de la psychothérapie auprès des troubles de la personnalité ... 9

1.2.3 L’abandon thérapeutique ... 10

1.2.4 L’évaluation de l’efficacité psychothérapeutique ... 11

1.3 TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ ET FONCTIONNEMENT SOCIOPROFESSIONNEL ... 13

1.4 LE TRAVAIL COMME RÔLE FACILITATEUR EN PSYCHOTHÉRAPIE ... 15

2 LE MODÈLE EN CINQ FACTEURS : BIG FIVE ... 18

2.1 DÉFINITION ... 18

2.2 LES TRAITS DE PERSONNALITÉ DU MODÈLE EN CINQ FACTEURS ET LES TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ ... 20

2.3 LES TRAITS DE PERSONNALITÉ DU MODÈLE EN CINQ FACTEURS ET LA PSYCHOTHÉRAPIE ... 22

2.4 LES TRAITS DE PERSONNALITÉ DU MODÈLE EN CINQ FACTEURS ET L’ACTIVITÉ OCCUPATIONNELLE ... 25

2.4.1 La personnalité et les conduites de recherche d’emploi ... 25

2.4.2 La personnalité et l’efficience professionnelle ... 25

3. OBJECTIF ET HYPOTHÈSES ... 29 3.1 OBJECTIF DE L’ÉTUDE ... 29 3.2 HYPOTHÈSES ... 29 4. MÉTHODOLOGIE ... 31 4.1 PARTICIPANTS ... 31 4.2 INSTRUMENTS DE MESURE ... 33

4.2.1 La version française du Big Five Personality Trait Short Questionnaire (BFPTSQ; Morizot, 2014) 33 4.2.2 Le questionnaire d’évaluation des symptômes : OQ-45.2 (Lambert et al., 2004) ... 35

4.3 PROCÉDURE ... 37

4.4 ANALYSES STATISTIQUES ... 39

5. RÉSULTATS ... 41

5.1 ANALYSE PRÉLIMINAIRE ... 41

5.1.1 Recherche de covariables ... 41

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5.4 EFFET DE MODÉRATION ENTRE L’ACTIVITÉ OCCUPATIONNELLE ET LES TRAITS DE PERSONNALITÉ SUR

L’AMÉLIORATION EN PSYCHOTHÉRAPIE ... 52

6. DISCUSSION ... 60

6.1 L’ACTIVITÉ OCCUPATIONNELLE ET L’AMÉLIORATION THÉRAPEUTIQUE ... 60

6.2 LES TRAITS DE PERSONNALITÉ ET L’AMÉLIORATION THÉRAPEUTIQUE ... 62

6.3 LE RÔLE DE L’ACTIVITÉ OCCUPATIONNELLE COMME MODÉRATEUR DES TRAITS DE PERSONNALITÉ ET DE L’AMÉLIORATION THÉRAPEUTIQUE ... 63

6.4 LIMITES ET FORCES ... 65

6.4.1 Limites ... 65

6.4.2 Forces ... 66

6.5 PISTES DE RECHERCHES FUTURES ... 67

CONCLUSION ... 69

BIBLIOGRAPHIE ... 70

ANNEXE A : SYNTHÈSE DES FACETTES DE LA PERSONNALITÉ ASSOCIÉES AUX TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ ... 78

ANNEXE B BIG FIVE PERSONALITY TRAIT SHORT QUESTIONNAIRE (BFPTSQ)... 81

ANNEXE C QUESTIONNAIRE SOCIODÉMOGRAPHIQUE ... 83

ANNEXE D CORRÉLATIONS ENTRE LES VARIABLES DE L’ÉTUDE ENTRE LE TEMPS 1 ET LE TEMPS 2 ... 87

ANNEXE E CORRÉLATIONS ENTRE LES VARIABLES DE L’ÉTUDE ENTRE LE TEMPS 1 ET LE TEMPS 3 ... 88

ANNEXE F CORRÉLATIONS ENTRE LES VARIABLES DE L’ÉTUDE ENTRE LE TEMPS 2 ET LE TEMPS 3 ... 89

ANNEXE G DONNÉES DESCRIPTIVES AUX ÉCHELLES DE PERSONNALITÉ ET À L’OQ-45 SELON LE STATUT OCCUPATIONNEL ... 90

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Liste des figures

Figure 1 Effet d’interaction entre l’activité occupationnelle et l’Ouverture à l’expérience sur l’amélioration thérapeutique quant aux relations interpersonnelles entre le temps 2 et le temps 3 ... 56 Figure 2 Effet d’interaction entre l’activité occupationnelle et l’Ouverture à l’expérience sur l’amélioration thérapeutique quant aux relations interpersonnelles entre le temps 1 et le temps 3 ... 57 Figure 3 Effet d’interaction entre l’activité occupationnelle et la Conscience sur

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Liste des tableaux

Tableau 1 Dimensions et facettes du Big Five ... 20 Tableau 2 Statistiques descriptives d’échantillon aux trois temps de mesure ... 32 Tableau 3 Comparaison de groupes concernant les trois dimensions de changement thérapeutique (OQ-45) entre les individus exerçant une activité occupationnelle et les individus sans activité occupationnelle ... 46 Tableau 4 Comparaison des proportions d’individus qui s’améliorent de façon

cliniquement significative (variable dichotomique) en fonction de la présence ou

l’absence d’activité occupationnelle ... 47 Tableau 5 Prédiction de l’amélioration thérapeutique selon les traits de personnalité du Big Five... 49 Tableau 6 Résultats des analyses de modération des traits de personnalité et de l’activité occupationnelle ... 53

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À Maman, une femme incroyablement déterminée. Que cet écrit soit à la hauteur de tous les sacrifices que tu as fait pour moi.

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Remerciements

Je n’arrive pas à croire que j’écris enfin ces dernières lignes. Ce travail est l’aboutissement d’un dur labeur et de beaucoup de sacrifices. Cela fait maintenant 4 ans que j’ai pris la décision de quitter la France pour venir faire mes études et m’installer au Québec. Cela n’a pas toujours été facile, mais l’aboutissement de cette décision est arrivé, pour mon plus grand bonheur ! C’est un grand moment pour moi, cela marque la fin de ma sixième et dernière année d’études universitaires. Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin au succès de ce mémoire.

Je voudrais dans un premier temps exprimer toute ma reconnaissance envers ma directrice de mémoire, Mme. Claudia Savard qui a démontré une contribution et un soutien inégalable. Merci Claudia pour toute ta disponibilité, ta réactivité, ta patience et tes judicieux conseils tout au long de la rédaction de cet écrit. Tu es dotée d’une expertise impressionnante en plus d’avoir des qualités humaines que j’ai

particulièrement appréciées. Je disais souvent à mon entourage « Je n’aurais pas pu

avoir une directrice qui me correspond mieux ». Tu t’es montrée engagée du premier au

dernier jour pour ma réussite. Merci également pour ta confiance, tu m’as offert des opportunités de travail très enrichissantes et cela a été un réel plaisir de travailler à tes côtés.

Dans un second temps, je tiens à exprimer toute ma gratitude pour toi Maman. Tu es une maman extraordinaire, je ne te remercierai jamais assez pour tous les sacrifices que tu as fait pour moi depuis mon plus jeune âge afin que je puisse avoir la meilleure vie

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conseils, ton soutien émotionnel et financier m’ont permis de me construire sainement et de réaliser mes études avec succès.

J’aimerais également remercier mes amis et ma famille, qui ont joué un rôle considérable dans mon parcours. Laura et Noelly, je tenais sincèrement à vous remercier d’avoir été aussi présentes ces deux dernières années. Vous avez partagé avec moi joies et difficultés. Merci pour tous vos conseils, votre aide, mais surtout votre appui, vos encouragements, votre écoute et nos discussions. Notre amitié est tellement précieuse à mes yeux. Le temps passé avec vous m’a permis de mener à terme ce projet en plus de maintenir ma détermination !

Merci à Mathilde, ma meilleure amie (qui me manque énormément), pour ta relecture et ton œil de lynx, ton écoute et tes mots compréhensifs me réchauffaient le cœur lors des moments plus difficiles. Merci à ma marraine Tatie Cathy et ma cousine Barbara pour votre confiance et votre bienveillance. Je repars toujours de France avec les batteries complètement rechargées de votre amour.

Pour avoir pris le temps de m’écouter, de m’épauler et de me réconforter, je remercie mon doux, Patrick. Merci d’avoir été là, tu as été mon pilier au quotidien lors de la rédaction de ces lignes. Ton soutien moral, physique et financier m’a donné une force inestimable.

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Introduction

L’exercice du conseiller en orientation est varié; il peut intervenir sur l’orientation et la réorientation de carrière, l’insertion professionnelle ainsi que sur la santé psychologique (Milot-Lapointe et al., 2016). D’ailleurs, bon nombre d’entre eux auront à intervenir auprès de gens souffrant de troubles de santé mentale, dont les troubles de la personnalité (TP). Les TPs toucheraient environ entre 9% et 14,5% de la population générale (Torgensen, 2005). Ce taux passerait à 40% chez les utilisateurs de services psychiatriques (Newton-Howes et al., 2010). Selon l’Institut National de Santé Publique du Québec [INSPQ] (2015), en 2011-2012, la prévalence à vie des troubles de la personnalité s’élevait à plus de 207 000 cas au Québec. De plus, il y aurait près de 29 000 nouveaux cas dépistés chaque année (INSPQ, 2015). Chez les femmes âgées entre 18 et 24 ans, la prévalence des troubles de la personnalité est passée de près de 4 pour 1000 habitants en 2000-2001 à plus de 6 pour 1000 habitants en 2011-2012 (INSPQ, 2015). Ces chiffres sous-estiment vraisemblablement la prévalence « réelle » puisqu’ils n’incluent pas des gens répondant aux critères diagnostiques, mais n’ayant pas été diagnostiqués (Volkert, Gablonski, & Rabung, 2018). Cependant, ces chiffres démontrent tout de même l’ampleur de la problématique, les TPs étant reconnus comme un défi majeur de santé publique (Cailhol et al., 2015). En effet, en considérant uniquement le TP limite, qui est le plus répandu parmi les TPs (Thomas, 2014), les coûts financiers pour la société représentent une somme estimée à 50 000$ CA par personne

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annuellement (Grant et al., 2008) comprenant ceux engendrés par les frais médicaux et les arrêts de travail.

Différentes recherches ont établi que les personnes ayant un TP, en comparaison avec la population générale et d’autres populations cliniques (telles que les troubles dépressifs ou anxieux), sont surreprésentées parmi les utilisateurs de services hospitaliers. Ces hospitalisations engendrent des coûts élevés pour la société (Cailhol et al., 2015; Tomko et al., 2014). L’étude de Sansone et Sansone (2012) a révélé qu’environ 45% des individus présentant un trouble limite sont sans emploi et que 20% à 45% d’entre eux perçoivent une rente d’invalidité. D’autres études concluent à des taux encore plus désastreux allant jusqu’à 85%, alors que dans la population générale, c’est à peine 6,8% des gens qui reçoivent une compensation financière pour invalidité (Knudsen et al., 2012).

Le diagnostic de TPs représente un enjeu majeur de santé publique car ces troubles sont associés à une morbidité importante (Cailhol et al., 2015). En effet, les tentatives de suicide couramment rencontrées chez cette clientèle comptent pour beaucoup. Des études ont notamment documenté que 30 à 40 % des suicides complétés sont commis par des individus souffrant d’un TP (Cailhol et al., 2017; Chiesa & Fonagy, 2000; Duberstein & Conwell, 1997). En ce qui concerne l’espérance de vie, comparativement

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à la population générale, est diminuée en moyenne de 13 pour les hommes et de 9 ans pour les femmes (Cailhol et al., 2017).

Aux vues de ces taux importants de morbidité, plusieurs solutions ont été suggérées pour aider les individus aux prises avec un trouble de la personnalité, la psychothérapie étant souvent la solution priorisée (Cailhol et al., 2010). Cependant, l’abandon thérapeutique est un phénomène fréquent et alarmant chez les gens souffrant de TPs. En effet, des taux d’abandon préoccupants persistent allant de 25% à 64% auprès de personnes suivies en milieu hospitalier ou en cliniques externes (Barnicot et al., 2012). L’un des facteurs associés à la rétention et au rétablissement des gens souffrant de TP est l’importance d’exercer des activités occupationnelles (Dahl et al., 2017), mais ces dernières sont bien souvent compromises chez la clientèle (Sansone & Sansone, 2012). Dans le cadre de ce mémoire, l’activité occupationnelle se définit par le fait d’occuper un emploi à temps plein ou à temps partiel ou encore d’être aux études.

Certains traits généraux de la personnalité sont d’ailleurs reconnus dans les écrits scientifiques comme étant des variables déterminantes dans le fonctionnement général d’un individu (Hopwood et al., 2009), sa performance en emploi (Charbonnier-Voirin, 2013)et aussi l’efficacité des interventions psychologiques (Le Corff, 2011). Le modèle de la personnalité en cinq facteurs a pris une place prépondérante dans la littérature et constitue un modèle central dans le cadre de ce mémoire puisqu’il permet de

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documenter ces différents éléments, en plus d’avoir été utilisé pour dresser un portrait clinique de différents TPs (Widiger & Costa, 2013).

Nous savons que certains traits de personnalité ainsi que l’activité occupationnelle peuvent contribuer indépendamment au rétablissement d’une personne ayant un trouble de santé mentale, par ailleurs, leurs effets d’interaction n’ont jamais été explorés à ce jour. De plus, nous en connaissons très peu sur la contribution de ces variables dans le rétablissement des gens souffrant d’un TP et suivis dans un programme bref d’hôpital de jour. Ainsi, l’objectif général de ce mémoire est d’évaluer la contribution de l’activité occupationnelle sur le lien entre les traits de personnalité, tels que mesurés selon le modèle en cinq facteurs (Costa & McCrae, 1992), et l’efficacité de la psychothérapie auprès d’une clientèle souffrant de TPs selon la classification du Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (5ème éd.;DSM-5; American Psychiatric Association

[APA], 2015) et consultant dans un programme d’hôpital de jour. Divisé en cinq sections, ce mémoire présente dans un premier temps l’assise théorique et l’étendue des connaissances actuelles concernant les TPs. Le deuxième chapitre expose la documentation scientifique traitant des liens entre le modèle en cinq facteurs et les variables d’intérêts associées, telles que l’activité occupationnelle et la psychothérapie. Les objectifs et hypothèses sont présentés à travers le troisième chapitre. Le quatrième chapitre décrit de façon détaillée la méthodologie de l’étude, comprenant les participants, la procédure, les instruments de mesure utilisés ainsi que les méthodes d’analyse de données. Le cinquième chapitre expose les résultats en lien avec les

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objectifs spécifiques et hypothèses formulées. Enfin, le sixième chapitre présente la discussion du mémoire et fait état de l’interprétation des résultats à la lumière des hypothèses. De plus, les limites et les pistes de recherches futures sont présentées à travers ce dernier chapitre. Une brève conclusion termine ce mémoire dans laquelle sont soulignées les principales contributions de celui-ci.

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1

Les troubles de la personnalité

1.1 Définition des troubles de la personnalité

Un trouble de la personnalité est un mode durable des conduites et de l’expérience vécue qui dévie notablement de ce qui est attendu dans la culture de l’individu, qui est envahissant et rigide, qui apparaît à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, qui est stable dans le temps et qui est source d’une souffrance ou d’une altération du fonctionnement. Cette déviation est manifeste dans au moins deux des domaines suivants : la cognition, l’affectivité, le fonctionnement interpersonnel et le contrôle des impulsions (APA, 2015, p.841-842).

À ce jour, la conceptualisation des troubles de la personnalité fait débat. En effet, il existe deux approches : l’approche diagnostique selon une perspective catégorielle ainsi que l’approche dimensionnelle (Jourdy & Petot, 2018). Dans cette perspective, l’approche catégorielle évalue le trouble en termes de présence ou d’absence selon le nombre de critères diagnostiques présentés par la personne (Knafo et al., 2014). Cette approche rassemble les différents troubles de la personnalité en trois groupes selon des similarités descriptives. Le premier groupe (A) inclut les personnalités paranoïaques, schizoïdes et schizotypiques. Ces personnalités se caractérisent par des individus qui semblent bizarres ou excentriques. Le deuxième groupe (B) inclut les personnalités antisociales, borderline, histrioniques et narcissiques. Les individus de ce groupe

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apparaissent souvent sous un jour théâtral, émotif et capricieux. Enfin le dernier groupe (C) regroupe les TPs évitant, dépendant et obsessionnellement-compulsif. Généralement, les gens qui appartiennent à ce groupe sont décrits comme anxieux et craintifs. Il est à noter qu’il est possible que des individus souffrent de plusieurs TPs appartenant à différents groupes, ou encore qu’il soit non spécifié (APA, 2015).

Le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) répertorie ces 10 troubles supposés distincts à partir d’une série de critères diagnostiques. En effet, les catégories diagnostiques individualisées sont présentées comme « censées représenter des syndromes cliniques distincts » (Guelfi, 2014). Parmi les dix TPs mentionnés ci-haut, les plus étudiés sont les TPs limite, antisocial et narcissique. Le TP limite se caractérise par une instabilité de l’humeur, des relations interpersonnelles et de l’identité, une impulsivité et des comportements suicidaires. Quant au TP antisocial, il se définit par un mépris et la transgression des normes sociales, une irresponsabilité ainsi qu’une absence de remords. Enfin, le TP narcissique se qualifie par des fantaisies et des comportements grandioses, un besoin d’être admiré et un manque d’empathie.

Selon l’approche dimensionnelle, le trouble n’est pas conçu comme étant présent ou absent, mais peut s’établir selon une échelle progressive (APA, 2015). Dans le DSM-5, deux critères distincts sont utilisés pour décrire les TPs selon une approche dimensionnelle. Le critère A fait référence à quatre dimensions sur lesquelles la

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personne peut présenter des difficultés qui entravent son fonctionnement : l’identité (expérience de soi-même comme unique, avec des frontières claires entre soi et les autres; stabilité de l’estime de soi et appréciation correcte de soi-même, capacité à réguler une gamme d’expériences émotionnelles), l’autodétermination (poursuite d’objectifs cohérents, à court terme et au long cours; utilisation de standards internes de comportements prosociaux et constructifs; capacité à réfléchir sur soi de façon cohérente), l’empathie (compréhension et appréciation des expériences et des motivations d’autrui; tolérance de perspectives diverses; compréhension des effets de son propre comportement sur autrui) et l’intimité (profondeur et durée du contact avec autrui; désir et capacité d’entretenir des relations proches; comportement interpersonnel témoignant d’une considération mutuelle). Le critère B fait référence à 25 traits pathologiques de la personnalité qui peuvent se regrouper en 5 dimensions qui s’apparentent aux cinq facteurs du modèle du Big Five : l’Affectivité négative (Névrosisme), le Détachement (Extraversion), l’Antagonisme (Amabilité), la Désinhibition (Caractère consciencieux) et le Psychoticisme. Néanmoins, il est important de noter que les approches, catégorielle et dimensionnelle, ne sont pas totalement opposées (Widakowich et al., 2013). En effet, l’approche dimensionnelle permet d’identifier des catégories diagnostiques par une conjoncture spécifique de traits pour lesquels des résultats déviants significativement de la norme sont identifiés.

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1.2 La psychothérapie : un outil d’accompagnement

1.2.1 Définition de la psychothérapie

Le concept de la psychothérapie existe depuis bien longtemps et se définit par le fait de dispenser une certaine aide professionnelle; le professionnel possède des connaissances psychologiques qu’il va mettre en application de façon méthodique dans le but d’aider les personnes à améliorer leur santé mentale (Van Deth, 2013).

1.2.2 L’efficacité de la psychothérapie auprès des troubles de la personnalité

Les interventions psychothérapeutiques sont reconnues comme étant plus efficaces que la pharmacothérapie auprès de la clientèle souffrant de TP car elles peuvent entrainer un changement durable alors que les médicaments n’ont qu’une action transitoire (Cailhol et al., 2010 ; Darcourt, 2008). Plusieurs psychothérapies ont été reconnues comme étant efficaces au fil des années auprès des gens souffrant de TP. Les plus connues sont la thérapie cognitive comportementale dialectique (TCD; Linehan et al., 2015), la thérapie focalisée sur le transfert (TFP; Clarkin, Yeoman & Kernberg; 2002), la thérapie basée sur la mentalisation (TBM; Bateman & Fonagy, 2007) et l’approche Good Psychiatric Management (GPM; Gunderson et al., 2018). À l’instar de ces traitements, plusieurs études ont constaté que l’activité occupationnelle remplissait également un rôle facilitateur dans le rétablissement (Dahl et al., 2017; Larivière et al., 2015). Nous y reviendrons à la section 1.4.

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1.2.3 L’abandon thérapeutique

Malgré la souffrance souvent vécue par les gens atteints de TPs l’abandon thérapeutique et le refus de traitement sont des phénomènes fréquents et alarmants chez cette clientèle. En dépit de l’existence de psychothérapies reconnues comme efficaces auprès des TPs telles que mentionnées précédemment, des taux d’abandon préoccupants persistent, oscillant entre 25% et 64% chez des personnes suivies en milieu hospitalier ou en cliniques externes (Barnicot et al., 2012; Chiesa & Fonagy, 2000; Gunderson et al., 1989). d’emblée. Lorsqu’on ajoute ceux à qui l’on offre une évaluation et ou un traitement et qui ne se présentent pas à la première rencontre, cette proportion dépasse 50% dans plusieurs études (Arnevik et al., 2009; Chiesa et al., 2009; Chiesa et al., 2010; Mohl et al., 1989; Reitzel et al., 2006; Swift et al., 2012). De nombreuses variables ont été envisagées comme des prédicteurs potentiels de l’abandon en thérapie (p. ex., âge, employabilité, hostilité, anxiété, impulsivité, alliance thérapeutique; Barnicot et al., 2011; McMurran et al., 2010). Par contre, les résultats sur les causes de l’abandon prématuré demeurent fragmentaires ou contradictoires, notamment parce que nous ne connaissons pas bien encore les interactions entre ces variables et les caractéristiques du traitement (approches thérapeutiques, durée, alliance thérapeutique, etc.).

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1.2.4 L’évaluation de l’efficacité psychothérapeutique

L’efficacité d’une psychothérapie peut être difficile à déterminer au vu des 400 méthodes de psychothérapie existantes (Chiland, 2012). Cependant, les caractéristiques communes qui définissent les psychothérapies permettent de statuer sur différents éléments afin d’en évaluer son efficacité. En effet, l’efficacité d’une psychothérapie peut être évaluée selon différents critères : la réduction des symptômes, l’amélioration de la capacité à tenir des rôles sociaux et professionnels, la qualité de vie des patients et de leur famille, la sécurité, les effets secondaires, les problèmes éthiques et le rapport coût/efficacité comparé à d’autres traitements (Sartorius et al., 1993; cité par Inserm, 2004).

Dans le cadre de cette recherche, l’efficacité de la psychothérapie fait référence à l’amélioration significative des symptômes, des difficultés interpersonnelles et des rôles sociaux entre l’admission en traitement (temps 1), après 3 semaines de traitements complétées (temps 2) et enfin à la fin du traitement après 6 semaines (temps 3). Par conséquent, le terme efficacité indique l’amélioration entre les différents temps de mesure et n’est pas associé à une rémission totale de la personne. Une amélioration significative peut alors survenir en début de suivi entre le temps 1 et le temps 2, vers la fin du suivi, entre le temps 2 et le temps 3, ainsi que de manière globale sur toute la durée du suivi, soit entre le temps 1 et le temps 3. Nous utilisons également la variable d’efficacité cliniquement significative selon les écarts de scores donnés par Lambert

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(2005). Cette variable dichotomique permet d’établir si le patient connaît une amélioration significative de son état ou non selon des critères cliniques documentés empiriquement (Lambert, 2005). Ces critères seront discutés à la section 4.2.

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1.3 Troubles de la personnalité et fonctionnement

socioprofessionnel

Les TPs engendrent des perturbations interpersonnelles et occupationnelles importantes telles que la violence conjugale (Bouchard et al., 2017; Holtzworth-Munroe & Meehan, 2002; Lavner et al., 2015; Mauricio et al., 2007), les mauvais traitements envers les enfants (discipline inconstante, supervision inadéquate, insensibilité; DeGarmo, 2010; Ehrensaft et al., 2003; Eiden et al., 2009; Finger et al., 2010; Johnson et al., 2004, 2006), les arrêts de travail fréquents (Knudsen et al., 2012) et les conflits avec les collègues de travail (Arenstein & Gilbert, 2007). Les difficultés des TPs affectent donc le fonctionnement dans la vie quotidienne et en particulier, le travail. En comparant les TPs avec les personnes souffrant de troubles de l’humeur ou anxieux sur le plan occupationnel, les troubles de la personnalité auraient deux à trois fois plus de risques d’invalidité, d’être prestataires d’aide sociale ou de contraintes sévères à l’emploi, et ce avant l’âge de 24 ans (Moran et al., 2016; Østby et al., 2014).

Des études récentes ont montré que la participation au travail est l’un des domaines les plus impactés et les moins satisfaisants chez les gens atteints de TP (Gunderson et al., 2011; Larivière et al., 2010; Zanarini et al., 2012). Tel que mentionné auparavant, selon l’étude de Sansone et Sansone (2012), environ la moitié des individus présentant un TP limite sont sans emploi et de 20% à 45% perçoivent une rente d’invalidité. D’autres études concluent à des taux encore plus désastreux allant jusqu’à 85%, alors que dans la population, c’est à peine 6,8% des gens qui reçoivent une compensation financière pour invalidité (Knudsen et al., 2012).

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De plus, les individus avec un TP sont plus enclins à vivre de l’instabilité dans le domaine professionnel et donc à connaître des parcours peu linéaires, composés de plusieurs emplois à court terme (Hennessey & McReynolds, 2001), d’absentéisme conduisant à une perte d’emploi (Sansone et al., 2012), ou encore ponctués de réévaluations récurrentes de leurs choix professionnels et de leur évolution de carrière (Arenstein & Gilbert, 2007). À cela s’ajoutent plusieurs problèmes spécifiques liés au fonctionnement du travail chez les individus souffrant d’un TP. En effet, des conflits relationnels avec les superviseurs ou les collègues, ainsi qu’une grande sensibilité à la critique (Arenstein & Gilbert, 2007) ou encore des incivilités au travail (violation des normes du lieu de travail en matière de respect mutuel qui affectent la coopération et la compréhension entre les employés; Kemelgor et al., 2007) sont des phénomènes fréquents rencontrés chez ces individus. De plus, l’usage de stratégies inefficaces afin d’accomplir des tâches (Thompson et al., 2012), le recours à l’évitement de certaines tâches ou à la procrastination (Salz, 1983), l’absentéisme (journée d’absence du travailleur) et le présentéisme (journées de fonctionnement réduit au travail; Morey et al., 2011) sont également des comportements représentatifs du fonctionnement au travail chez les individus souffrant de TP.

Les gens souffrant de TP vivent beaucoup d’obstacles qui les empêchent de devenir des participants actifs sur le marché du travail (Stuart, 2006). Enfin, comme toute autre personne souffrant de troubles mentaux, les gens aux prises avec un TP ont des salaires et des taux d'emploi nettement inférieurs à ceux des personnes non handicapées ou des

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personnes souffrant de troubles physiques (Baldwin, 1999). Sur le marché du travail, ils sont aussi victimes de préjugés et de discrimination. Les troubles de la personnalité sont souvent mal connus et mal compris, ce qui peut conduire à une attitude négative de la part des employeurs (Anderson, 2012). Les employeurs sont plus craintifs d’engager une personne atteinte d’un trouble mental plutôt que d’un handicap physique (Roeloffs et al., 2003). Malgré les obstacles et les difficultés rencontrées dans la sphère occupationnelle, le travail occupe un rôle facilitateur qui apporte aussi beaucoup de bénéfices chez cette clientèle.

1.4 Le travail comme rôle facilitateur en psychothérapie

Le travail est un déterminant majeur de la santé mentale et une force d'intégration sociale hautement valorisée. Aucune activité sociale n’engendre plus de confiance en soi et d'identité sociale que le travail (Stuart, 2004). Exercer un emploi ou encore fréquenter l’école font partis des rôles sociaux qui peuvent être occupés par un individu et qui sont valorisés par la société (Whiteneck et al., 1992). De plus, lorsqu’une personne souffre d’un trouble de santé mentale, sa condition pourra l’affecter dans la réalisation de son activité occupationnelle. Pourtant, la reprise d’une activité occupationnelle constitue un élément important du rétablissement (Corbière & Lecomte, 2009; Farkas, 2007; McGurk,Mueser et al., 2009; Silverstein & Bellack, 2008). La reprise de ces activités pourrait être un moyen d’améliorer l’estime de soi de l’individu (Larivière, 2008). En effet, une étude réalisée par McCrohan, Mowbray, Bybee et Harris (1994) auprès d’une clientèle ayant des troubles mentaux graves révèle que 68% des personnes ont répondu que le travail change leur vie pour le mieux. Il est vrai que la question de

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l’importance du travail en réadaptation n’est pas chose nouvelle. En effet, cette étude a démontré que le travail permet alors des changements positifs tels que garder la personne occupée, créer un équilibre dans sa vie, l’aider à s’organiser, lui permettre d’assumer des responsabilités et lui offrir une vie plus « normale ». Le travail favoriserait alors un sentiment d’accomplissement et une estime de soi plus élevés pour les individus (Corbière et al., 2002).

De plus, de nombreuses études ont relaté la contribution positive d’activités occupationnelles, tel que l’emploi, sur l’efficacité en psychothérapie (Katsakou et al., 2012; Lariviere et al., 2015; Sansone & Sansone, 2012; Zanarini et al., 2014). L’étude qualitative de Katsakou et al. (2012), réalisée auprès de 48 utilisateurs de services de santé mentale en Angleterre présentant un TP limite, démontre l’importance d’activités significatives dans la vie des clients. Effectivement, les répondants manifestaient le souhait de travailler et d’occuper un emploi afin d’évoluer dans leur carrière professionnelle et de se sentir plus compétents et « normaux ». De plus, l’étude de Larivière et al. (2015) menée auprès de femmes âgées de 18 à 65 ans et diagnostiquées avec un TP limite, révèle que certaines participantes ont indiqué que le fait de travailler ou d’étudier contribuait à leur processus de rétablissement. S’appuyant sur un échantillon de 290 patients répondant au critère de TP, Zanarini et al. (2014) concluent également qu’un bon fonctionnement social et une vie professionnelle à temps plein sont des facteurs prédictifs significatifs du délai de rétablissement (amélioration plus rapide) sur le plan clinique.

(28)

En plus des diagnostics de TP formellement établis, certains traits de personnalité dits normaux sont largement utilisés et étudiés pour décrire le fonctionnement d’un individu. D’ailleurs, plusieurs recherches ont mis en évidence l’existence de relation entre les TPs décrit par le DSM et le modèle de la personnalité en cinq facteurs (Big Five), qui représente le modèle de personnalité le plus étudié et reconnu à ce jour. À la lumière de ces recherches, plusieurs tendances se dégageraient en ce qui a trait au profil de personnalité des individus aux prises avec un TP. De plus, de nombreux liens ont également été effectués entre les traits du Big Five, le fonctionnement socioprofessionnel, l’adhérence et le cheminement en psychothérapie. La prochaine section décrira davantage les traits du modèle en cinq facteurs, les parallèles à dresser avec les TP ainsi que les études permettant de faire le pont entre les traits ou TP, la sphère professionnelle et le cheminement psychothérapeutique.

(29)

2

Le modèle en cinq facteurs : Big Five

2.1 Définition

Au cours des dernières années, le modèle dimensionnel en cinq facteurs Big Five, développé afin d’évaluer la personnalité, a pris une place centrale dans la conceptualisation de ce construit. Ce modèle a d’ailleurs visiblement influencé le modèle alternatif pour les troubles de la personnalité intégré au DSM-5 (APA, 2015) qui décrit lui aussi cinq grands domaines dont trois (Affectivité négative, Antagonisme, Désinhibition) s’apparentent beaucoup aux domaines du Big Five (Névrosisme, Amabilité, Conscience) . Le modèle dimensionnel en cinq facteurs Big Five correspond à une représentation de la structure de traits de personnalité stables et durables dans le temps. Ces cinq facteurs, représentant les dimensions essentielles sous-jacentes aux traits de personnalité, sont le Névrosisme, l’Extraversion, l’Ouverture à l’expérience, l’Agréabilité et la Conscience (Costa et Mcrae, 1992). De façon générale, le Névrosisme réfère à une tendance à éprouver des affects « négatifs » tels que la peur, la tristesse, la colère, la culpabilité, la gêne et le dégout. Le domaine de l’Extraversion regroupe des caractéristiques telles que la sociabilité, l’exubérance, l’optimisme. En ce qui a trait au domaine de l’Ouverture à l’expérience, celui-ci fait référence à une imagination active, une sensibilité esthétique et émotive et à une curiosité intellectuelle. Les personnes ayant un score élevé au domaine de l’Agréabilité auront tendance à manifester des comportements altruistes, sympathiques, et seront disposées à aider les autres.

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Finalement, l’esprit consciencieux (Conscience) renvoie à la détermination, la forte volonté de réussir, la ponctualité, l’organisation et à la fiabilité.

À la lumière de ce modèle, une quinzaine de questionnaires visant à mesurer la personnalité selon le Big Five ont été développés (e.g. Big Five Aspect Scales (DeYoung, 2007; NEO International Personality Item Pool , Goldberg, 1999), le plus connu étant le Neo Personality Inventory (McCrae, Costa, & Martin, 2005), et certains sont des versions abrégées de questionnaires plus longs (e.g., NEO-FFI-3; McCrae & Costa, 2007). Alors que les versions les plus complètes permettent de donner un score sur différentes échelles spécifiques qui composent chacun des cinq facteurs (facettes) en plus de donner un score sur les cinq dimensions (voir Tableau 1), les versions abrégées permettent uniquement de fournir un aperçu de la personnalité aux cinq grands domaines. Elles permettent néanmoins de réduire le temps d’administration et sont alors moins ardues à utiliser auprès de personnes avec des difficultés d’attention ou d’alphabétisation (McCrae & Costa, 2007). Le questionnaire utilisé dans le cadre de cette recherche fait d’ailleurs partie de cette dernière catégorie : la version française du

(31)

Tableau 1

Dimensions et facettes du Big Five

Névrosisme Extraversion Ouverture à

l’expérience Agréabilité

Esprit consciencieux Anxiété Chaleur Ouverture aux Rêveries Confiance Compétence Colère-hostilité Grégarisme Ouverture à l’Esthétique Droiture Ordre

Dépression Autorité Ouverture aux

sentiments Altruisme Sens du devoir Conscience de

soi Activité Ouverture aux Actions Soumission

Recherche de réussite Impulsivité Recherche de

sensation Ouverture aux idées Modestie Autodiscipline Vulnérabilité Émotions positives Ouverture aux valeurs Sensibilité Réflexion

2.2 Les traits de personnalité du modèle en cinq facteurs et les

troubles de la personnalité

Plusieurs recherches se sont penchées sur les liens entre les traits de personnalité du modèle à cinq facteurs et les TPs définis de façon catégorielle dans le DSM-5. Il a été démontré que les TPs sont liés aux cinq dimensions globales du modèle (Saulsman, 2004, Samuel et Widiger 2008, Lynman, 2012). En ce qui concerne le domaine du Névrosisme, celui-ci serait corrélé de façon positive avec les TPs schizotypique, paranoïaque, limite et évitant et de façon négative avec les TPs dépendant et antisocial. En ce qui a trait au domaine de l’Extraversion, celui-ci serait lié de façon positive avec les TPs associés à la grégarité (histrionique, narcissique), et négativement avec les TPs caractérisés par la timidité (schizoïde, schizotypique et évitant). Le domaine de l’Agréabilité quant à lui est associé de façon négative aux TPs impliquant des difficultés interpersonnelles (paranoïaque, schizotypique, antisocial, limite et narcissique). Les TPs

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caractérisés par l’ordre (obsessionnel-compulsif) sont associés positivement avec le domaine Conscience, contrairement aux TPs caractérisés par l’insouciance (antisocial, limite) qui sont corrélés négativement avec le domaine Conscience. Enfin, aucune relation significative n’a été reportée entre le domaine de l’Ouverture et les différents TPs (Saulsman, 2004).

De plus, la méta-analyse de Samuel et Widiger (2008) et l’étude de Lynam(2012)

ont permis d’identifier les liens entre différents TPs distincts et les 30 facettes spécifiques du modèle en cinq facteurs du Big Five permettant ainsi de dresser des profils d’individus souffrant de TP à partir de traits normaux de la personnalité (voir Annexe A). Ces données sont utiles pour ensuite faire des parallèles avec les recherches portant sur le modèle en cinq facteurs et d’autres domaines de fonctionnement, notamment la psychothérapie et la sphère occupationnelle.

(33)

2.3 Les traits de personnalité du modèle en cinq facteurs et la

psychothérapie

Dans le contexte de psychothérapie, l’évaluation des traits de personnalité selon l’approche du Big Five peut permettre aux professionnels de détailler de manière pratique les points forts de la personnalité et les difficultés d’un individu qui sera amené à commencer un traitement (Stone, 2013). Les traits de la personnalité pourraient donc jouer un rôle important en ce qui a trait à l’alliance thérapeutique, au pronostic de traitement ainsi qu’aux choix de traitement et aux modalités à privilégier dans le processus de psychothérapie. En effet, plusieurs études ont mis en lien les traits de personnalité du Big five avec l’intervention psychologique (Coleman, 2006; Miller et al., 2006; Nelson & Stake, 1994; Staiger et al., 2007).

Il a été découvert que les traits de la personnalité ont un lien avec différents éléments du processus thérapeutique tels que l’alliance (Coleman, 2006; Nelson & Stake, 1994), l’engagement et l’adhésion au traitement (Miller et al., 2006; Staiger et al., 2007). Par exemple, l’alliance thérapeutique, qui implique la qualité de la relation entre le client et son thérapeute, est indispensable pour atteindre des objectifs communs lors d’un processus de psychothérapie (Rodgers et al., 2010). De ce fait, celle-ci serait favorisée par certains traits de personnalité tels qu’un degré élevé d’Agréabilité et d’Extraversion (Le Corff, 2011). L’étude de Ogrodniczuk, Piper, Joyce, McCallum, et Rosie (2003) composée de 107 patients référés en clinique psychiatrique démontrent que le trait d’Agréabilité est associé à une tendance à entretenir une certaine méfiance envers son

(34)

celui-ci. Le professionnel devrait alors adapter son type d’intervention et éviter toute confrontation (Anderson, 1998).

Sanderson & Clarkin (2002) affirment également que le profil de personnalité selon le modèle des Big Five peut avoir une influence dans le choix du traitement à privilégier pour les individus aux prises avec un TP. Ces choix concernent différents éléments tels que le milieu de traitement, le format de traitement (groupe, individuel), les approches (e.g. comportementale, psychodynamique) et la durée. Par exemple, la thérapie de groupe peut ne pas convenir aux individus qui montrent des degrés d’antagonisme (suspects, critiques, non empathiques) ou d’introversion élevés (faible chaleur, faible grégarité). C’est également l’étude d’Ogrodniczuk et al. (2003) qui démontre qu’un score élevé à l’Extraversion entraînerait un meilleur succès en psychothérapie, particulièrement en thérapie de groupe. Dans de tels contextes, les individus seraient alors plus optimistes et s’attacheraient plus facilement aux autres. De plus, l’Extraversion exerce également une influence sur l’engagement du client et son adhésion au traitement. En ce qui concerne la durée, un traitement bref pourrait correspondre aux individus ayant un haut niveau de Névrosisme, une grande ouverture aux activités et aux idées, une grande chaleur et une grande Agréabilité (Sanderson & Clarkin, 2002). Ce qui pourrait correspondre à certains clients aux prises avec des TPs limite, histrionique et schizotypique.

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Dans ce contexte et à la lumière des liens nommés précédemment entre les TPs et les traits du modèle en cinq facteurs, les gens présentant un TP histrionique, et dans une moindre mesure ceux présentant un TP dépendant, pourraient avoir plus de facilité à développer une bonne alliance thérapeutique contrairement au TP schizoïde, schizotypique, paranoïaque, antisocial, limite, narcissique et évitant. Ils pourraient également bénéficier d’une modalité d’intervention de groupe et d’un traitement bref. Chez les clients présentant un TP schizotypique et schizoïde, l’alliance thérapeutique pourrait être plus difficile à développer, l’adhésion au traitement plus laborieuse et l’intervention de groupe peu recommandée, bien qu’ils fassent parti d’un groupe présentant un haut niveau de détresse et qu’ils seraient plus enclins à consulter les services thérapeutiques qui sont à leurs dispositions dû à un réseau social moins développé (Miller et al., 2006). Les gens présentant des TPs narcissique, antisocial, évitant et paranoïaque pourraient également présenter des défis pour le développement d’une bonne alliance thérapeutique et lorsque l’intervention de groupe est privilégiée; les TPs narcissiques étant ceux pouvant davantage en bénéficier.

(36)

2.4 Les traits de personnalité du modèle en cinq facteurs et l’activité

occupationnelle

2.4.1 La personnalité et les conduites de recherche d’emploi

Les traits de personnalité du Big Five ont également été mis en relation avec l’activité occupationnelle. La méta-analyse de Kanfer, Wanberg, et Kantrowitz (2001) a de compilé des résultats concernant les traits de personnalité en lien avec le monde du travail. Il en est ressorti que les comportements de recherche d’emploi seraient corrélés significativement et positivement avec les domaines d’Extraversion, de Conscience et d’Ouverture. Un individu extraverti, consciencieux et ouvert à l’expérience serait plus actif dans sa recherche d’emploi. En outre, les auteurs ne démontrent qu’aucun des cinq domaines de la personnalité du Big Five ne constitue un obstacle pour la recherche d’emploi.

2.4.2 La personnalité et l’efficience professionnelle

De nombreux chercheurs ont voulu mettre en évidence les relations entre les traits de la personnalité et l’efficience professionnelle. La méta-analyse de Barrick, Mount et Judge (2001) dévoile que peu importe le type d’emploi ainsi que le critère d’efficience professionnelle, les dimensions de la Conscience et du Névrosisme permettent de prédire de façon générale le rendement en emploi. Ainsi, plus une personne présente un score élevé sur le domaine de la Conscience ainsi que sur le domaine de la Stabilité émotionnelle (donc un degré faible de Névrosisme), plus son rendement au travail sera élevé. Selon les profils préalablement présentés, les gens présentant un TP obsessionnel-compulsif pourraient obtenir un rendement au travail plus élevé. De plus,

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l’Extraversion, l’Ouverture, le caractère Consciencieux, l’Agréabilité ainsi que la Stabilité émotionnelle permettraient de prédire le succès dans certaines professions spécifiques, telles que dans les fonctions d’encadrement. Dans un ordre d’idées similaires, la méta-analyse de Hogan et Holland (2003) présente notamment les corrélations entre les traits de personnalité et les critères de performance en emploi. Selon ces auteurs, les cinq domaines de la personnalité seraient corrélés avec divers critères d’efficience professionnelle (Stabilité émotionnelle r = 0,43, l’Extraversion r = 0,35, l’Amabilité r = 0,34, la Conscience r = 0,36 ainsi que l’Ouverture r = 0,34).

Par ailleurs, l’étude de Cullen et Sackett (2003) illustre que les individus obtenant des scores faibles aux domaines d’Extraversion et Conscience seraient plus enclins à développer des comportements non productifs lorsqu’ils sont confrontés à un environnement de travail stressant. Ce serait le cas notamment des gens présentant des TPs schizotypique et évitant. Les traits de personnalité ne seraient donc pas forcément un frein pour l’insertion professionnelle, mais ils pourraient amener la personne à avoir de la difficulté à se maintenir en emploi lors de situations stressantes et, de ce fait, ne plus occuper une activité occupationnelle.

Comme nous avons pu le voir, plusieurs études se sont intéressées à mettre en lien les TPs avec différents concepts, tels que les traits de personnalité, l’activité occupationnelle ou encore la psychothérapie. Les études ont démontré que les TPs peuvent être corrélés avec différents domaines et facettes du modèle en cinq facteurs. De plus, les études ont également constaté les difficultés des individus aux prises avec

(38)

rôle facilitant lors d’un processus de traitement. Des recherches ont également trouvé des liens entre les traits de personnalités et la psychothérapie ainsi qu’avec l’activité occupationnelle. La personnalité peut donc être une caractéristique aidante lors d’une intervention en psychothérapie, comme par exemple en ayant un score élevé d’Ouverture ou d’Agréabilité. Somme toute, bien que diverses études se sont intéressées à ces différents concepts, celles-ci les ont étudiés de façon « indépendantes ». Jusqu’à ce jour, à notre connaissance, aucune étude n’a permis de mettre en lien les TPs, les traits de la personnalité du modèle à cinq facteurs et l’activité occupationnelle. Or, on pourrait à s’attendre à ce que l’activité occupationnelle accentue le lien présent entre les traits de la personnalité et l’amélioration en psychothérapie. Comme vu précédemment, selon les écrits scientifiques, des liens existent entre l’amélioration en psychothérapie et certains traits de la personnalité ainsi qu’entre l’amélioration en psychothérapie et l’activité occupationnelle. D’une part, posséder un score élevé sur les dimensions d’Ouverture et d’Agréabilité par exemple, favoriserait le rétablissement. D’autre part, exercer une activité occupationnelle permettrait également de bénéficier plus fortement de l’accompagnement en psychothérapie. Dans le cadre de ce mémoire, nous allons nous intéresser au rôle potentiel modérateur que peut avoir l’activité occupationnelle sur le lien présent et démontré dans plusieurs études entre les traits de personnalités et l’amélioration en psychothérapie. En effet, il serait intéressant d’étudier si l’activité occupationnelle peut renforcer ou au contraire diminuer l’interaction entre les traits de la personnalité et l’amélioration en psychothérapie.Hormis les études sur les personnes souffrant d’un TP limite, il n‘existe que très peu de connaissances scientifiques à propos de l’efficacité des interventions psychothérapeutiques auprès de personnes souffrant d’autres TPs ou traits problématiques. La présente étude tentera

(39)

donc de pallier ces lacunes en proposant d’étudier en milieu naturel la réponse au traitement de gens souffrant de TPs variés en prenant en considération les traits de la personnalité du modèle en cinq facteurs et le rôle de l’activité occupationnelle.

(40)

3.

Objectif et hypothèses

3.1 Objectif de l’étude

L’objectif général de cette recherche est d’évaluer l’impact de l’activité occupationnelle sur l’amélioration en psychothérapie en lien avec les traits de personnalité du Big Five auprès d’une clientèle souffrant de TPs suivie dans un programme d’hôpital de jour. Plus particulièrement, cette étude propose (1) d’évaluer la présence de liens entre l’activité occupationnelle, l’efficacité de la psychothérapie et les traits de personnalité et (2) d’évaluer l’effet modérateur de l’activité occupationnelle sur le lien entre les traits de personnalité du Big Five et l’efficacité en psychothérapie.

3.2

Hypothèses

S’appuyant sur un devis corrélationnel et longitudinal comprenant trois temps de mesure, la présente étude vise à mieux comprendre l’effet des traits de personnalité et de l’activité occupationnelle, ainsi que de leur interaction, sur l’efficacité en psychothérapie. Dans cette perspective, les hypothèses suivantes seront testées :

- Les individus qui occupent une activité occupationnelle bénéficient davantage de la psychothérapie (plus grande amélioration) comparativement aux gens sans activité occupationnelle. C’est-à-dire qu’ils vivent une diminution des symptômes, des difficultés interpersonnelles et des difficultés associées à leurs

(41)

rôles sociaux en début de suivi (entre le temps 1 et 2), en fin de suivi (entre le temps 2 et 3) ou de façon globale durant le suivi (entre le temps 1 et le temps 3). - Des degrés élevés de Stabilité émotionnelle, d’Extraversion, d’Ouverture à l’expérience, d’Agréabilité et de Conscience mesurés au premier temps de mesure prédisent l’amélioration en psychothérapie au deuxième temps de mesure, soit après la troisième semaine de traitement complétée, et au troisième temps de mesure, soit à la fin du suivi (sixième semaine de traitement complétée).

- Il existe un effet modérateur du statut occupationnel sur les liens entre les traits de personnalité (Stabilité émotionnelle, Extraversion, Ouverture, Agréabilité et Conscience) et l’efficacité en psychothérapie.

(42)

4.

Méthodologie

4.1 Participants

La population ciblée par cette étude se compose d’adultes de plus de 18 ans ayant des TPs divers ou des traits de personnalité s’apparentant aux TPs et ayant participé au programme d’hôpital de jour du centre de traitement le Faubourg Saint-Jean (CTFST). Les données auprès des participants ont été recueillies à trois reprises durant leur suivi (au début, à mi-traitement et à la fin du suivi). Ainsi, l’échantillon clinique d’intérêt se compose de 211 individus au Temps 1 (75,4% de femmes), 83 individus au Temps 2 (75,9% de femmes) et 66 individus au Temps 3 (80,3% de femmes). Cent-vingt-huit participants ont quitté le traitement entre le Temps 1 et le Temps 2, c’est-à-dire environ 60% de l’échantillon de départ, ce qui s’apparente aux taux d’abandon retrouvés dans plusieurs études auprès de la clientèle (Barnicot et al., 2012 ; Chiesa & Fonagy, 2000 ; Savard et al., 2019). De plus, 17 participants supplémentaires n’ont pas poursuivi le suivi après le Temps 2, ce qui correspond à environ 20% de l’échantillon au Temps 2 et à 8% de l’échantillon initial. Ainsi, le taux d’abandon en cours de suivi est de près de 69%. Aucune variable n’a permis de distinguer les gens qui abandonnent de ceux qui terminent le suivi.

Le Tableau 2 présente les statistiques descriptives des participants. Le diagnostic principal le plus répandu auprès de cet échantillon est le TP limite (73%, n = 154), suivi du TP narcissique (9%, n = 19), dépendant (1,9%, n = 4), histrionique (0,5%, n = 1) et

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pas été nommément explicité, mais que seuls les traits pathologiques prépondérants ont été indiqués : traits limite (4,3%, n = 9), traits narcissique (0,5%, n = 1), traits du cluster B (1,4%, n = 3), traits de personnalité non spécifiés (1,4%, n = 3). Pour 24,2% d’entre eux, plus d’un diagnostic de TP était mentionné.

Tableau 2

Statistiques descriptives d’échantillon aux trois temps de mesure

Temps 1 (n = 211) Temps 2 (n = 83) Temps 3 (n = 66) Sexe(%) Femme 75,4 75,9 80,3 Homme 24,6 24,1 19,7 Age moyen (É.T.) 32,1 32,3 31,4 (10,5) (10) (9,9) Scolarité (%) Secondaire non complété 8,1 6 7,6 Secondaire 25,6 16,9 13,6 Cours professionnel 19 20,5 21,2 Collégial 30,3 38,6 37,9 Universitaire 17,1 18 19,7 Activité occupationnelle (%) Oui 46 53 60,6 Non 54 47 39,4 Statut marital (%) Marié 6,9 6,2 4,7 Conjoint de fait 41,7 43,2 43,8 Célibataire 51,4 50,6 51,5

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4.2 Instruments de mesure

Ce projet de recherche de type quantitatif implique principalement l’utilisation de deux questionnaires : le Big Five Personality Trait Short Questionnaire (BFPTSQ ; Morizot, 2014) et le Questionnaire d’évaluation des symptômes (Lambert et al., 2004). En plus de ces deux instruments de mesure, un questionnaire sociodémographique documentera les caractéristiques des participants ainsi que l’activité occupationnelle. Le questionnaire d’évaluation des symptômes (OQ-45) est administré aux trois temps de mesure afin de documenter l’évolution sur le plan clinique des participants. Quant au questionnaire sur la personnalité, il est administré à l’arrivée des participants dans les services, c’est-à-dire au temps 1.

4.2.1 La version française du Big Five Personality Trait Short Questionnaire

(BFPTSQ; Morizot, 2014)

La version française du Big Five Personality Trait Short Questionnaire (Morizot, 2014) est un questionnaire autorapporté comportant 50 items (voir Annexe B). Il évalue les traits de la personnalité selon cinq grands domaines : Ouverture (évalue la curiosité intellectuelle, la créativité, l’appréciation esthétique et artistique et l’ouverture à la diversité culturelle); Extraversion (évalue la sociabilité, l’expressivité, l’activité, l’affirmation de soi, la recherche de sensation, les émotions positives et la joie); Agréabilité(mesure l’altruisme, la compassion, la capacité à pardonner, la coopération, le machiavélisme [item inversé]); Conscience(évalue le sens du devoir, l’auto discipline, la planification, l’ordre, l’impulsivité [item inversé]); Stabilité émotionnelle (évalue l’absence d’anxiété, de peur, d’inquiétude, de dépression, d’irritabilité et l’estime de soi).

(45)

échelle de type Likert en cinq points allant de 0 (fortement en accord) à 4 (fortement en

désaccord). Un item se présente comme ceci : « je me perçois comme étant quelqu’un

qui provoque des chicanes ou des disputes avec les autres ». Un score élevé aux

différents domaines tels que l’Ouverture, l’Extraversion, l’Agréabilité, la Conscience et la Stabilité émotionnelle représente un haut degré de ceux-ci dans la personnalité de l’individu. Environ 10 minutes sont nécessaires afin de compléter ce questionnaire. Cet instrument démontre également d’excellentes qualités psychométriques. Selon, Morizot (2014), la validité de contenu est adéquate et toutes les dimensions ont dépassé le seuil recommandé de consistance interne (α > 0,70) (0,96 pour le domaine Conscience et 0,94 pour le domaine Ouverture, Extraversion et Stabilité émotionnelle, ainsi que 0,93 pour le domaine Amabilité). En ce qui concerne la validité convergente avec le NEO PI-3 (correspond à la mesure étalon dans le domaine), il obtient des corrélations élevées se situant autour de 0,70. Dans le cadre de cette étude, la consistance interne des dimensions s’est avérée satisfaisante (Ouverture, α = 0,83 ; Extraversion, α = 0,86 ; Agréabilité, α = 0,68 ; Conscience, α = 0,76 ; Stabilité émotionnelle, α = 0,78).

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4.2.2 Le questionnaire d’évaluation des symptômes : OQ-45.2 (Lambert et al., 2004)

Le questionnaire d’évaluation des symptômes (Lambert et al., 2004) est une échelle d’auto-évaluation de 45 items. Pour des raisons de droits d’auteurs, le questionnaire n’est pas présenté en annexe. Cependant, pour que le lecteur puisse en savoir davantage, des informations sur le questionnaire le site internet de l’éditeur sont disponibles (http://www.oqmeasures.com/oq-45-2/). Celui-ci sert à estimer le degré de détresse éprouvé par le client au début et au cours du traitement, permettant ainsi de mesurer l’amélioration thérapeutique. L’OQ-45 est composé de trois dimensions : Détresse symptomatique (25 items qui mesurent les symptômes de dépression et d’anxiété), les difficultés sur le plan des Relations interpersonnelles (11 items qui mesurent la satisfaction et les difficultés lors des interactions avec les autres) et la perturbation des Rôles sociaux (9 items qui mesurent le niveau d’insatisfaction et de conflit dans les tâches reliées à l’emploi, aux rôles familiaux et aux loisirs). Ensemble, ces trois dimensions mesurent l’expérience subjective et le fonctionnement global de l’individu. Chaque item est évalué à l’aide d’une échelle de type Likert en 5 points allant de « presque toujours » à « jamais ». Dans cette perspective, plus l’individu obtient un résultat élevé sur les différentes échelles, plus sa détresse est élevée. Un item se présente de cette manière : « Je me fatigue rapidement » ou « Je m’entends bien avec

mon entourage » (item à sens inversé). Lorsque le participant complète l’OQ-45, il doit

répondre en indiquant comment il s’est senti au cours des sept derniers jours. Il faut environ 10 minutes pour compléter les 45 items. Le résultat global à ce questionnaire peut varier de 0 à 180 ; un score de 63 ou plus indique des symptômes de détresse d’importance clinique. La dimension Détresse symptomatique s’établit de 0 à 100, un

(47)

dimension de Relations interpersonnelles s’échelonnent de 0 à 44; un score de 15 ou plus démontre des difficultés d’importance clinique. Enfin, la dimension mesurant les Rôles sociaux s’établit de 0 à 36, un score de 12 ou plus signale des difficultés cliniquement significatives (Lambert et al., 2004).

Les résultats recueillis auprès de 12 000 sujets traités partout aux États-Unis (Lambert, 2012) ont permis d’établir des seuils de changements fiables de rétablissement comme marqueurs de l’évaluation du succès thérapeutique et de la possibilité de mettre un terme au traitement. De ce fait, des différences égales ou supérieures à 14 pour l’échelle totale, à 10 pour l’échelle Détresse symptomatique, à 8 pour l’échelle Relations interpersonnelles et à 7 pour l’échelle Rôles sociaux sont indicateurs d’amélioration significative.

En ce qui concerne les qualités psychométriques de l’instrument, le questionnaire détient d’excellents indices de fidélité et de validité. Selon Lambert (2004), l’OQ-45 possède des coefficients élevés de consistance interne (α = 0,90) et de fidélité test-retest (0,84 sur 3 semaines). De plus, il obtient des corrélations élevées se situant autour de 0,85 quant à la validité convergente avec des échelles telles que le Symptom Checklist-90 (Derogatis, 1994) et le Beck Depression Inventory (Beck, Steer, & Brown, 1996). L’OQ-45 a été traduit dans plus de 30 langues ; la version française a été éprouvée et un indice de consistance interne excellent a été retrouvé (α = 0,92 ; Flynn, 2002). Dans le cadre de cette étude, une consistance interne adéquate a été retrouvée pour l’ensemble des dimensions du questionnaire (Détresse symptomatique, α = 0,88 ;

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Relations interpersonnelles, α = 0,71 ; Rôles sociaux, α = 0,64 ; OQ-45 global, α = 0,88). Seule la dimension Rôle sociaux est en dessous du seuil préconisé par Cohen (2013).

4.3 Procédure

Cette étude longitudinale s’inscrit dans le cadre d’un projet de plus grande envergure qui a pour objectif de caractériser la clientèle qui fréquente le programme d’hôpital de jour, une clinique spécialisée dans l’évaluation et le traitement des TPs de la région de Québec. La clinique accueille une population âgée de 18 ans et plus souffrant de TP ou de traits de personnalité pathologiques. Dans le cadre du programme d’hôpital de jour, il s’agit d’un programme thérapeutique intensif de six semaines destiné aux personnes présentant un TP ou des traits problématiques qui ont consulté à l’urgence psychiatrique lors d’un épisode de crise. La durée du programme d’hôpital de jour s’étend sur 6 semaines et comprend des activités thérapeutiques de groupe ainsi que des rencontres individuelles, ce qui représente une présence de quatre demi-journées par semaine. Une fois les patients référés, une entrevue individuelle est d’abord réalisée afin de présenter les services de l’hôpital de jour et d’effectuer une évaluation plus approfondie. C’est lors de ce premier rendez-vous que les participants reçoivent l’information concernant le projet de recherche. Ils ont alors la possibilité d’accepter de participer à l’étude ou de continuer leur accompagnement au centre sans participer à la recherche. En effet, cette recherche se réalise sur une base volontaire et confidentielle. Pour les participants intéressés, ils sont invités à se présenter une heure avant l’heure prévue de leur premier rendez-vous thérapeutique avec un professionnel. Une fois sur place, ils sont accueillis par une auxiliaire de recherche ou un responsable de la recherche dans une salle

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sont toujours intéressés à poursuivre, ils doivent signer un formulaire de consentement avant d’entamer la complétion de la batterie de questionnaires propre à l’étude.

Ensuite, les participants sont invités à compléter la première batterie de questionnaires (Temps 1) en présence de la personne responsable de la recherche qui demeure disponible pour répondre aux éventuelles questions. Le temps 1 correspond à la semaine de « pré-traitement », c’est-à-dire que les participants n’ont encore reçu aucune intervention thérapeutique et la batterie comprend notamment le questionnaire sociodémographique (voir Annexe B), le BFPTSQ et l’OQ-45. Par la suite, les participants sont contactés après trois semaines de suivi thérapeutique par téléphone ou par l’entremise de leur intervenant individuel afin de compléter une nouvelle batterie de questionnaires (Temps 2) qui comprend notamment le questionnaire d’évaluation des symptômes (OQ-45). À la fin de leur suivi, les participants sont de nouveau contactés par téléphone ou via leur intervenant afin d’être invités à compléter la dernière batterie de questionnaires (Temps 3) comprenant notamment le questionnaire d’évaluation des symptômes (OQ-45). Le Temps 3 est alors mesuré lorsque le traitement est terminé soit à la sixième semaine de traitement complétée. Pour les Temps 2 et 3, les participants sont invités à se présenter quinze à vingt minutes avant une activité clinique (p.ex. un groupe de thérapie) ou de rester après une activité clinique. Un membre de l’équipe de recherche est disponible en cas de questions. Les trois temps de mesure de cette étude sont considérés dans les analyses.

Références

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