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L'esprit bourgeois dans le théâtre de Racine.

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(1)

L'ESPRIT BOURGEOIS DANS

)A

LE THEATRE DE MC IIiJE

by

nmTilLD, Rosette, BoA., HoA ..

Il tholJis Gul)mit'!iocl to

tho Faculty of Gracluute Studios and Research l:'lcGill Univorsity,

in partial fulfilmont of the roquiromonts for tho degroe of

Doctor of Philosophy

DepartI1!(O;}nt of French Li terattu'o July

19670

(2)

, .,~ ... ,,1

L)~J~

) A

ii"O"m·~~,1~IDE 130URGElOIS DANS LE THEATRE DE RACINE par

DONALD, Rosette

Dana cette étude, noua essayons de montrer que les grands personnages mythologiques et historiques de Racine agissent sous l'emprise du monde bourgeois dans lequel ils vivent. De cette

ma-ni~re, nous dégageons le côté moderne des héros raciniens, dépouil-lés de leur masque légendaire, reprenant leur humble visage humain potU' exprimer leur désir d'éveiller la tendresse et l'admiration de leurs semblables.

Dnns la première partie de la thèse, nous présentons les

bou~geois de l'univers racinien. Nous rencontrons d'abord los in-trigants et les parvenus~ les tulO exploitent les faiblesses humo.i·· nes pour s'élever tandis que los autres acceptent un rang qui los dépasse pour le prestige qu'il leur octroie. Avec leur nouvelle condition, ils se transforment en défenseurs de toutes les institu-tions sacro-saintes de la bourgeoisie: la famille, la patrie, la monarchie et ~ la religion établie. Ils expriment leur indignation, contre les infractions alU lois rigides de leur société, dans le noble langage cornélien, devenu justification de leurs désirs les moins avouables. Au nom de leur morale? ils vont sévir durement contre ceux qui ont osé mettre en question les principes qui ré-gissent leur vie.

(3)

20

prennent, aux yetm du monde botœgeois, l'cffray~te fiG~e de monstroo loprewc .. Ils ont, en effet, bravé tOUD leo inte:cdits par leurD folIos umourspour cel~ quo la société bourgeoise lotœ dé-fonda:lt d'eimoro Ilo reniel1t~ par pnsaion, famille, roi, patrieo Aussi so vorront-ils mis au ban do l'humanité et

à

jamais séparés de coux pour qui ils Ele Dont porclus. Car l' êtro qU'ils aiment est 10 plus pur symbole de ce monde bourgeois, contre lequel ils oe heurtonto Aussi lours amours sont-elles toujotu'o tragiquos~ vouées cl' avnnco l\ l'échec 0 C'est en vain qu' :ils 0' ombourgooioont pour

pla:i.-1'0 L~ cetl..'C qu 1 ilo aimon'Ii 7 c' oat on vain 'lU v ils 00 cachent dorriùro tm rnODUr[1.nt mnoquo bourgeoio. kmr pD,ooion criminolle 100 trD,hirn ot 100 oxilera U. jD.!11aio du royaume dos vivanto, do.no ID.. oolitudo

(4)

'l'ABLE DES MATIERES

Page

INTRODUCTION .. • • • 0 0 0 • 0 • 0 0 • 0 • • • 0 • • • • • l

CHAPITRE l - Les intrigants

.0

0 0 • • • • • 0 • • 0 • • 1

CHAPITRE II - Les parvenus • 0 • • 0 . • 0 • • 0 • • • • 0 • 17

CHAPITRE III - 10 bourgeoio indigné 0 • 0 • 0 0 0 0 0 0 0

43

CllilPITRE IV - Corneille à rebours 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 • 0 88

CIUPITRE V - 1eo monstres 0 0 0 • 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 122

CHAPITRE VI - Les lépreux 0 0 0 0 0 0 0 • 0 0 0 • 0 0 0 0 141

CHAPITRE VII - Lo masque bourgeois 0 0 0 0 0 0 u 0 0 0 0 161

CHAPITRE VIII - 1es amours défendues 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 183

CONCLUSION - La démystification tragique 0 0 0 0 0 • 0 • 216

(5)

INTRODUCTION

Avant Racine, la littérature sérieuse on Franco oot dominée

par l'idéal chovaleresquool AprUo 1:1. Ohonoon do Roland, nous

pott-vona rotrouver, deo romWlO courtois

a

Corneille, calgra certaines

différences de ton ct da détail, los mûmee attitudes dovant la vic

et l'amour, la môme aspiration ~ l'héro2omoo Jusqu'û Racine~ la

poésie a surtout été écrite BOUO le ai~le de l'amour courtoiso

Oe-pondantp nous obsorvons,

U

travorü leo oi~cleop ~U1e progrossion

qui va nous moner &ruduol1cmont Û la concoption racinienno de

16hom-IDOo

D.:ms J.JD. Chanson do Roland, .ot la chanson do geste 011 génornl,

nous avons le héros qui se dévoue

u

ln causo commune et dont 10.

vic privée De confond uvec la vie publiquoo Lo personnage joue tUl rôle politique et socia13 il se doit de maintenir l'ordro établi, de défendre oon POlfo, oon suzorain et son Dieuo Sa gloire

peroollnel-le DO confond avec la gloiro nationaleo Houa savons peu de chaco dos

sentiments persomlo1s de RolruldB il éprouve toutes los po.osions qu'un

digno chevalüœ se doit de ressElütil'o En frdt, nolond reste une

idé-alisation d'une certaine forme d'hér020IJo féodalo

Chez Chrétien de Troyes, pOl' contre, nous voyons Ulle ht1Daniov .... tion plus gl'<::""lde du héroo, dCll18 1'imP01"tonCO accolx16o

Il

l v individu ..

10 Vido Bonichou, Paulp Hornles du GrD..nd Sioclo, Pariop l'lorofoll

(6)

II

Alors que Roland est né parfait, les personnages de Chrétien de

Troyes nfattei~1ent cette perfection que par la souffrance et un

pénible effort de volonté. Ils sont, en effet, investis d'une

dou-ble responsabilité: envers la société et envers eux-mêmes. Leur

devoir social consisto

à

secourir les faibloD et ~ maintenir la

jus-tico. l,eur mission correspond au sorment qu'ils ont prêté 10 jour

de l'adoubement3 défendre la veuve et l'orphelin. Les duols qu'ils

acceptent et les batailles qu'ils livrent ne sont entrepris que pou~

rétablir los droits de ceux qu'on a injustement traitéso Cependant,

si 10 héros accepte do remplir les fonctions assignées par la socié-té, c'est parce qu'il est de son devoir envers lui-même do se vouloir

chevalier exemplaire et do oouocrire ~t tous los comnw.ndoments du

par-fait chevaliero D'ailleurs, pour conquérir sa dame ne doit-il pao se distinguer entre tous et éveiller l'amour par son Dlorite? La

fem-me désire la perfoction dano celui qu'elle aifem-me et ~'homme, pour

s'attirer la tendresse de collo quOil a choisio, se voudra parfaito AUDSi la femme devient-elle toute puissanteo C'est tUle

divini-,té

â

qui l'homme voue un culte. Il apporte

ê

scs pieds los trephées

dG ses victoires et son coeur, et il attond les ordres de celle qu9il

adore avoc uno soumission GJcomplairoo L'e.mour so spiritualise pour

so transformer en abstraction avec Gtùllat~o de Lorris et on

mysti-cisme avec Danteo Ce nouveau mode d'ainler triomphe, en Italio, avec

10 IIdolce stil nuovo"o Ainsi, dans La Vite Nuova, Béatrice n'o, rien

(7)

I I I

Beau, l'image de la perfection divine destinéo

a

élevor les

pon-séos de l'hommo, ~ lui insuffler de. nobles sentimontso L'Dmour

purifié do tout désir sensuel se transforme en fervento

contempla-tiono Cetto fe~me inaccessible, impalpable et éclatante comme la

pluo puro dos visions célostes n'ost autro que ln divine inspira-tiono C'est ello que n.ous retrouverons chC'lz Pétrarque, chez tous les poêtes pla.toniciens et môme chez los Précieuxo A travex'o los

si~cles, toute cette littérature idéalisera la. dame et, pour par-1er d'olle, utilisera la même vocabulaire poétiq\le et sentimental.

En conoorvant ce langage do l'amotœ cotœtois, Corneille

1'eo-tera l' héri tier direct do la trad! tion chevaleresqueo Ainsi9 "kl

Cid exprime les préoccupations profondos d'tille u.l.'iotocratie

t\

la

rechorche do seo origines féodales 0 1110 Le héros

cornélien~

COIl1L.1e

le chevalior, joue un rôle politiqua: il so constitue défonseur du royaume et des institutions établieso Copendant, il essaio de

concilier co qu'il doit

u

son roi et à son pays, par conséquent son

devoir social, avec ce qu'il se doit en tant qu'individuo Il veut à la fois devenir héros national, peroonnage hiotorique, et demeuror

personne irl.·éductc1ble~ un être de chair et de sengo Il réussit ce

tour de force

â

la pointe do l'épée: la gloire militaire lui

appor-te le cOlll'onncffient do ses amOlWG o L'amour est, en effet, subordonné

au salut public~ sc confond avec lVord1~o social et no fait que le

10 Doubrovshy, Serg0~ Corneille et la Dialectique du Héros, Paris,

(8)

IV

8outeniro Aussi découvrons-nollo une oublimationnécessaire doo sentimontoo C'est ainsi que Doubrovsky l'explique, dono son COInmen-taire dos stances de Rodriguea

"Co qui peu è pou o.fflotU"o et so fait jO'lU', au

cours do cct admirable monologue, et qui repré-sento lo.tourno.nt décisif de l'hér02sme 90rnélien,

c'est la. nécessité du sacrifice de l'amour on tant

~uo ~ouissanp9 au maintien de l'ordre

aristocrati-quos derriore l'"honneuru et la. "gloire" personnels

oe profilent la "maison ct l·nEspagne"o"l

Ainsi, Corneille réconcilie "dem!: valeurs qui étaient apparues un

moment irréconcilialJlos (on) faisant rentror la paosion dono 11

Ord~'o,,2

9

Il ocmblo dOllC~ qu'avont RD.cine~ 10. littérature

[I.riotocl'ati-quo soit csoootiollomont didacti[I.riotocl'ati-quo:! olle enseiene mue Nobles il

do-miner lours instincts dano leur COillpOl.-.te[Jen·~ avec 100 lJ.ub.'oo ct 1Jt1r~

tout avec la femllloo Loo Noblos nppronnent éGalement, pm" la lecture

doo équipées doo héros do fiction, qu'ils sont investio d'tUl :.t"ôlo

social et politique, que leur vic publique

ct

leUl' vie privée no

fo~-m(mt qui Ull tout harmonieux et hér02que 0 Poètes et romanciers

D.ffir-ment latoute-puisoance do la raison et de la iTolol1tép dnno cotte

domination des instincts et co noble dépasseffi0nt de soi., Du r'Toy0n

~ge à Corneillep il stlffiru à cet homme privilégié de vouloir pottr

pouvoir 0

C0pendant "Corneil10 respü'o encore 10 mOy0n ûgco En lui et

dans le Fronde râle la voix de la vieille chevalerie 000 ~bio dans

Racine le8 sentiments du moyen fige sont complètement éteints; en

10 Doubrovskyp Sergcp OPo citop po 10)0

(9)

v

lui ne s'éveillent que des idées nouvelles; c'est l'organe d'une

société neuve."l

En

effet, la gloire individuelle et par les armos

n'ost plus possibles les nobles domestiqués s'embourgeoisent dans

une cour où le seul mot d'ordre est de parvenir. 119S stanes de ditJ~

tinction sont puremont extérieUl'so Ce matérialisme qui a

profondé-ment marqué tout le siècle découle de l' av~nemellt d'une classc'

jusque-là effacée par l'aristocratie, notre bourgeoisie modenleo

"Lo fait historique ost celui-cio Ile XVIlo Di~cle,

dès son début, a vu naître tille claose nouvello de

la sociétéll dao botu'goois onrichis par le

dévolop-pement (lu coru.::nol.'CO et do IV ind1.lotrie, que 100

1)0-ooins do l'Etat ont mis 011 fonction do rondre do

grands oerviceo qu roi ot

ù

la (Sootion dos financeo

publiquco .. n2

Le Roi Soleil lui-même passe DOS nuits il vérifier doo factures et

ù régler dos questions de détailoo

liEn fait, co gTand roi est un grand bourgeois, qui

tient ses comptes

à

morvoille et no confie

û

point

d'autre le soin de ses affaires et la gestion do son domaineo Ce domaine s'appelle royaumeo";

Parmi les contemporains, il suffit de jeter un coup d'ooil sur los Némoires de Saint-Simon, témoin non dépourvu do ma.lveillanco, pour

voir le ton plein d'indignation de ce't aristocrate, devant

l'embolll'-geoisement de son siècle et do son monarquoo Cette nouvelle tournure

10 Hoino, Ho 9 Die romnntische Schulo9 Hambourg, 18;6, po 1;11/ ci'té

pnl~13énichou7 OPo citoll po 1550

20 Henriot, Eruile7 COtu~ier Litt.érairo, XVIlo siècle, nouvo édo

(10)

VI

d'esprit oxplique, on partie, l'arrestation do Fouquet et le déclin do Corneille, le pouvoir de Colbert et l'extraordinaire réuosite de Raoine ..

Avoo Racine, noua quittons le monde héro2quo de Corneille pou~

pénétrer dans les couœ'o étouffantes oû les rois se sontent mal

a

l'aioe dano leur grand rôle de roio

"LVoptimiomo héro!lquo efrt une attitude aristocratique.

Car on no trouve plus maintenant un seul écrivain

optimisto, Ull seul moraliste qui fasse confiance ~

11 hOl11l11Cp Ù sa raioon,

V.

sa volontéo ,,1

L30 moto de "

a

l oire" ot d' 11hor.mour" sont employés?

a

tort ot

a

trc.-vors, pm' dos princes bourgooio qui jouent aux {P."c.nds pOrS01U18.gos

mytb~logiquos, sans jamais y parvoniro En ceci9 Racine est bien

l' opporttmiote que il fut toujouro ot; présento,our son théâtro, dos

héroo û la me ouro de oon tempso

"Donc personnage ht1lJ.1Bin~ et non sLu'humain, personnage

moyen, voilû le premior point; pOl'SOmlCgo dano le

goût du tcops? voila 10 Docond. Une génération 0. pris

la placo d'unc autre dopuis Corneilleo

La

gén6ration

do 1660 no c1"oi t plus n'lUI: homoolJ stu·ht1IIlc.ins ct amc

fommes onc6re plus sLrrh\1IIlo.ineso C'est Ulla génération

de moralistes trôs pénétrants et minuti0wc qui savent

s'observer et observer les autres? qui avec Ln

Roche-fouca.uld, avec Nicole, avec Bossuet, avec Bourdaloue,

avec La Bl~0re tout

à

l'heUl"o, trouvent l'ho~ne plus

souvent petit que grand et 10 moquent de ses faiblos ...

sos chez r'10li01"o et l' aiment dons ses faiblessos quand

elles sont mêlées do quelque chose de noble chez Racine .. "2

10 Roger, Jacques,

XVIIo

Si~cle - Lo Grruld Si~cle? Paris, cdo Seghers,

1962, po 1700

20 Faguet, Emile, Dix-Septième Sioclo - Etudes littéraires, Pal.'is,

(11)

VII

Racine, qui fut lui-môme le plus bourgeois des écrivains, le produit môme do co sioclo do nouveaux-riches et de parvonlw, crée

Wle société û l'imags de son idéal bo~~geois.

flRaoille nlost point do coo poet os qui ont horrour

de la vie la plus quoti(liollllO. Il ot:rÏi POloO de

famille et bourgcoio, sans ostentation ni gênooull

NOUD no nous étendrons pos on parallôles entre la vie do ~

cine et celle de ses héroo puisque

r·T.

Ro Picard a déji\ traité, pans

son brillant ouvrage2, l'aspect botœgoois de l'étonnante carrioro

de Racino. Nouo nous attacherono Li montror, dons quelle mcotu'o, COD

gronds horos mythologiqucs cachent, SOtlO lours noms preDtigiotUCp

deo préoccupations bourgeoiDeo" HOUD allons d'abord eoso..yor <le

mon-tror

a

quel point 10 bourgooio du

XVIIo

oioclo ost déjù l'esquisse

promiôre de notro bourgeoiso Nous trouvons déjâ chez lui le goût de la parada et d'lUl prestige visible puisque sa grando ambition

est do s'incorporer

â

la noblesse.

"L9. bourgeoisie est toute tournée vers la noblesso, 0~1. elle espôre cu'rivor PD'!' los charges ou par la

richessoo")

Not1D découvrons aussi son attachement â la famille, la

responsabi-lité quail se sent

à

l'égard de ses enfants pOUi' qui aucun sacrifice

nlest BSSOZ grando Il ost loin do possédor la désinvoltUi~e'des Nobles

a

l'égard de leUl' doscendanooo

10 pnuriac ~ Frangois, La Vio (10 Joan nacino? Pm'is ~ Plon, 1928 p po 1710

20 Picard? Raymond? La Carri~ro de Jornl Racino? Paris? norofo, édo

Gallioard, "Bibliothoque dos Idéeo", 19610

30 Aynard, Joseph, La Botlrgeoisio franqaise - Essai do Ps~chologiGg

(12)

VIII

IILa faiblesse pour'les enfants, caractéristique

de la bourgeoisie, commence donc

a

devenir

pro-verbiale. C"est un trait nouveau, que nous n'avons

pas

vu

marqué au Moyen âge et ~ la RenaissanceD

C'est le' pl~opre d'une claooe 9,ui SI él~ve:l liNos

en-fe..nte seront plue quo nouano

uI

Il se coractériee déjà par une vanité qui lui fera. tout sacrifier aror:: apparences ..

"A Lyon, le bourgeois ou maître oot mainten~t d'tme

claose entièrement diotincte 'de l'Bl9tisan, simple

ouvrier

ù

façon qui gagno û peine de quoi vivre et

se plaint toujours do la mis~reo 1smaître qui sou- '

vent pour~ait s'enrichir 00 dépouille par sa vrulité~

ou bien il est dépouillé par la royautép il aine

mieux devonir fonctionno.iro que rester industriel 0 112

Enfin, il possedo l'hypocrisio foncière du bourgeois de la

littél'l1-turo contemporaine dont 10 SOtù but ODt do ,parvonir otpour qui la

morale n'ost que faundoo

liEn dehors do la religIon, le botu'geois n'avait pao

de moralep '10 déoir du gain étant Don eoul lîlOtOtlrou ;

.Ainsi, dans ce siècle ot\ l' incroyence et le libertinage triomphentp

10 bourgeois va se cOllsti'~uer défonsOtu' de la famille, do l'église

e'~ du gouvornemen'b établi qui le protège et lui donne une chance

de s'élevero Le patriotisme n'est que la conséquence de la fidélité au souverD~n du moment, qui distribue los faveurs et asstœe le

bien-être du pays essentiel au calme de 18~ vie peroonnelle du bourgeoiso

10 Aynard, Joseph~ La B0U1~gGoi8ie fran~aise - Essai de Psychologie 9

(13)

IX

En effot, il 00 plaît Ô. créer autour do lui une atmoophôre de

oé-curité qtrl ost devenuo, do nos jours, son élémont proproo "Cotte o.tmosphôro de paiJc qui pnra1t essentiollo

Ù la vie do la bourgooisiep la séotu~it6 de la

1~10 et de le ~Bison, il y a

a

peina uno dizaine

d'unnéos qu'on on jouit quand l'Ouis XIV aSSUIile

10 gouvernement porsonnolo Dos dynaetios

bour-geoises s'établissent dans la quiétude dos rentosp

dos placee ou dos sinéctu~eao ul

Ln description du bOU1'goois du XVIIe sioole n'ost-ello pas uno pre-miôre ébaucha dos grandos familIas bourgeoisos décrites par Philippe

Hério~ ou l'nutolu' doo ~ibo.ult?

IlC 9 ost c1éliciouo0fJcl1t p dal1t:J biol1 deo coino do

pro-vince, qu'il vit on lettré, on pore do fœ:lillo?

sonoible ot indulGent, dans DOS bomuc mcublos

illnin-tonant confortablosp dans 00. ChŒ1'8ante [miaou

pnrfuméo o'l; rayontm .. nto do pCloi:~ ot do sécm'itoo 13

oiocle dUal', caost 10 cno do le dtre-5 do la

bour-geoisie, ost entre

1660

ct

1760

oooUt.;.

Ce bosoin inné de sécU1'ité D~u'a pour corollaire la pour maladive

du sco.ndnlo o"fi, par conséquont ontrEÛnora une DurvoillCloUCO jalouso

do 00. pl'opre réputa.tion ot do colla de sos procheso il tout prix?

il éludo la violenco qui n'eot quVtmo formo do scandnloo Son rôvo

oot do s'élovor duns la hiérarchio socialo'oo~o, copondrult,

atti-l'or l'attention publiquo, car l'essentiol ost do 00 maintenir dans

la. norme des howmes 0 Ls conflit entro le Imut rallG oocio..l auquel

(14)

x

Notl"e bourgeois 'moderno nRost-il pas le deocendarit direot de

celui du XVIIe si~cle? Nouo noUD proposons de montrer que les perc

sOlmugos de Racine, marquéo par cet osprit bourgeoio qui colora

toute l'époque)l et jusqu f il la brillante cour du Roi-Soleil, S'apPEl..,..

rontent directement aux héros de notre littérature contemporaine.

En offot, le héros racinien réprinL~t oes aopirations les plus

pro-fondeo, derriôro une série de gestes conventionnels, sévira

dure-mont contre ccme qui no se confo:rment pno. D' oû. le lourd blâme

public qui pôsera, cOlJ.ll11e nou~ 10 vcrronop sur PyrrhUDo L'entourage

racinien jouo déjù le rôlo 00 cial du botU'geois moderno)l o.inoi défini

pOX Haxc Bloch8

"enfin (il) 00 Dent ou sc croit appartenir II uno

closso vouéo

,u

tenir donc la nation un rôle

di-rectetu' et pur oillo détail/J, ducostuLle, de la

IO.llgllo, do 18J bienséance, ma.rque, plus ou moins

instinctivement, son attachoment ù cetto

origi-nalité du {,,'l.'oupe et â ce preotigo coll,ectii 0 tll

Aussi 10 personnage racinion oot-il oboédé pLU~ l'imago quOil offro

Û ceme qui gravitent autour de lui, image d'ailleurs entioremcnt

superficiello; c'estlû quo réoide la différence Gssentielle entre

le point de vue aristocratique ct celui du botU'geoiso Di oû l'

im-portance de la pompe, du train de maison, des habits flamboyants,

des grands gestes moraux, da~s cette vie conventionnellement régie

par le code d'une société qui trouve, e11 co personnage agissOlr~

(15)

XI

"bonno oonooionco" 0 Lt D.ocord entra 10 Iimoi profond" ot co umo:f.

socialft oot compl~temont s1l:porflu. On no dcmOllde

Li

co peroonnnBe

que de sauvor la faccD

Notw sommes loin dos héros cornéliens qui 00 mirent dans lour

glace avoc la oa.tiofo.ction de se dires n~Lo. beauté· do mon vioago

n'cst quo le reflot do la boauté de mon âmo immortollo. u Los héros raciniens, où contrairo, s'étudient dons leur impitoyablo miroir,

pour 00 composor un ~~intien tout extérieur d'apparat. 110

o'invon-tent (le::l traito nob100 ot immobilos, tIDO IJoauté touto do ourfncop

pOUI' Diome co.chor loux troublo illtél'iotu·, pour 00 préoorvor,

ou::r:-mûruoo, doo I;lSléfiquoo ot monDh:uomr inotillCtO qui 0 t o.C'i tont

dOl'riô-ra cotto fo.~Qdo., PO'i.ll'tt111t, co péniblo déeuioemont eot nécoooo.irc

pour DO ouintonir pm:T.Ji leuro oCJblnbleo, potu' ot1'o uccopté par 10

monde deo vivantoo

..!luODi tl~ouvono-noUtJ deme co.tégorioo do poroolmarrOS li les

bour-gcoio proprement dits, vanitctucp éBQ2otos, no comprenant quo 10

code étroit des val ouro qu'ils 00 Dont fixéesJ ot 100 autreD9 cao

gronda vioagoa doulouZ'otrlc du théûtro racinien, ces rebolles de nais-sance qui eSDuiont do toutos leU1'o faibles forces de rompre leur

déacspéronto solitude on oherchullt

a

pénétrer dono co monde défondu

qui les 0. rojotéso

CeD gréLVldo mdléo ronieront leurs plt1D profondes o.opiratio1l8 pour rODsontir un peu do cotto chtdour humnine qui, pour COD

(16)

XII

choisiront. tonjotU"Q P:êtl'o 10 pluo bourgeois. de co monde bourgeois, clans l'oopoir iUtlvoué de D'infiltrer par lui,. do 00 foire acceptor,

grâco

il

lui, dans cotte société qui oot la ooule qu'ils connaiooonto

Aussi cao omours. sont- clloo toujours des 6moUl"S tragiques, vouées

d'avance Li l'échoco Et, contre ,cotôtre symbole d'lm ·milieu hostilo

et formé, cet êtro pour qui ils se sont embourgeoisés. i10 vont sc hourter dnna une lutta Dano eopoir jusqu'au momont où, do guorre

laoso. ils jettoront 10 masque potœ .découvrir lOtlr vroi vioagop

ce-lui do fauve indompté et oolitair09' I l no 10tlr restera plua quQune

aolutioll pour échnppor [l co déaol'tp la r.!orto GOG pOrOOlll1ugoo DD.udito

appCU'tiol1noüt toua û la mômo ft:mdllop il ID. l'nco jl1!Jlm.o éteinte doo'

Gronda rêvol téo, dont l' existenco mêma oot un de.ngol'et"L"r défi pour uno société attachée û de rigidos convontionoo

Aussi cotte étudo compl'ondra,-t-ollo dome pnrtioso L8. prcmi(}re, oonooc3,'éo il co monde bourgooio, pl'éa011toro intriglll1ts at pnrvOl1U13o

Loo UllO GOU"/; on voio do parvcmü' pIao outroo ont o..ttoint Ull l'ana qui

los dopnooe m~io nuquel ilo D'accrochent désospérément

â

CUUDO

do

tout 10 proDtigo oocial qulil lo'!.u· octroico CQ1~ la bourgooioio ODt?

aV2llt tout? tulO claooe qui SI él(}voo

liA toutcs leo époquofJ 10 bourérOois oot oaract6::i':ioé

par co Gontiment: oorti du pouple? il no vaut pluo

on ütl'co 100 réoononcoo étrangco du mot s' Q:lcpJ.iquol1t

pnrco qu'on oont dano la 010..000 tantôt l'offort

hou-rO'!.lli, tantôt 10. prétention oalhourouso

p û montero

(17)

XIII

Cette Helasse on asconsion" nous ln verrons Li. l ' oouvre a.vec 100

in-trigo.ntso Aucun crimo ne les fora reculer dano leur couroe

nu

plus

It!J.ut l'an go Ils nous font découvrir l' hypoorisie fonci~re dos

bour-geois dont la morale

a

flottr-do-poau oct mise au oervioo de

l'ambi-tiono Lours plus bes oalculs pronnent 10 masque édifiant do la

rospectabilitéo Ainsi, Créon dont 100 actes sont uniquement dictés

par Don amour du trône, pOUDoe les demI: frèros

a

lCtu" destruction, on prétextant le bien-être de ThôboD déchirée par uno lOl1gl1o guerre

fratricide; IJoreioDe tl'uhit Dritn.l'1l1icuo car le DB:Ltl'C incontesté do l'empire eot, rnnl&rJ.·6 tout p lTéronp ACOillo..t ooutient Ik1jo.zot po.rco

quI il entrevoit on lui un moillour oouverail1 quo 10 cruel ct

tyr12!l-niquo P..OtU'lJ.t qui n? do pltm9 injuotcillont condnmné un frère 'VortuoLUCo Quant

Il

Joud, il intrigua POU1~ ln bonno Co.UDe Il cella du DOuI Diou

véritabloo Co Dont~ du moins, 100 raioono qu'ile donnent POtu"

juoti-fiaI' lOurD actiono pou juotifinbloDo Ilo tronof01~ont lotu" égoïDto

d60ir do parvonir on tIDO quootion de salut pulllico TIo invoquent,

avec une oauvaioo foi remorqunblo~ tout 10 crédo bOU2'geois: protec~ '1;ion de la famille, du gouverncnellt établi, de la reliGiollo Houa rotrouvonop 0vidomnent, la mission chevaIerooque des héros dlantc~p

mais cotto fois, los moto Dont vidés de sons et employés avec LL~C

hypocrisie plus ou moino conscionto, da~ 10 ooul but do oatisfairo

des ambitiol18 pel'oollnolles et égo2stooo

Les parvonuo, ~ûl1t déjù commio los crimos et 100 banDasses

qui 100 ont œnenés illégo.lclllont

a

leur haut rrulG, ou

(18)

XIV

investis d'un titre qU'ils sont incapables de soutenir, invoquent leur bon droit POlU' expliquer lour ascensiono Ils assument mêmo 10 rôlo do défensolu' do toutes los valeurs bourgeoisoDo Ils vont ex-primor loU!' L."1dignation, contl'o los infractions m'lX lois de l'uni-vors·oil ils so sont infiltrés, dons le noble langage cornélien dovenu justification dos sentiments los moino avotmbleso

La domdCJme pal"tio nous introduira dans l'inquiétant miliou deo robelles qui prendront, au.~ yOt1X do lour entottrogo, l'offrayan~

te fiGuro de monstros lépl'OWCo Coo âtres oouil160, bt:L'I'Ulio pm" 10 l'oote dao hommos tOl."X'ifiéo par la opectre do lVhorrilJle contagion du DaI, tenterolTIi un del"llior offol't pour pénétror parni leUl'o

SCIa-blableso Ils vont 0' embourgooisor l'otU.' plaire

a.

ceme qu'ils uimonto r·Iais c'est en vain qu t ilo empruntent le lllaoque bOlu'geois, ilo

tra-hiront leur Vl"aie nature en oe consumant dans los C1.'TIOUJ.'O défondueoo LOl~ pasoion criminelle, défirult touo 100 interdits bOlu'gooiop 100

exilera Û jamais du royauso deo Vivffilto, dans la solitude étornolle do la d.amllationo

(19)

,

Pre mie r e Par t i e

LI ENPREINTE BOURGEOISE

Se laissor choisir pour des motifs

eJC-térielu's ù soi, quelle humiliation!

Quelle facilité, bien digne des fiertés

botœaeoioes~ toutes basées sur la faveur! Bazin, Hervé, 1a Hort du petit cheval

(20)

CH.APITRE l

LES INTRIGANTS

1e monde bourgeois abrite d'inquiétants personnages dont l'unique mot d'ordre est "10. fin justifie les moyens". Ils vont mener tous les autres, les utiliser

à

leur guise et exploiter leurs faiblesses pour parvenir.

Créon, Narcisse, Acomat et, dans une certaine mosure, Joad appartiennent à la même race et n'auront qu'un but, réussir ot dominer en imposant leurs volontés. Patients comme le destin" ils vont lentement faire leur chemin dans l'ombre, humbles subalternes posDédan'~ le respect de tous et même celui de leur victime.

Créon est le premier modèle de ces psychologues sans scru-pules, maniant les sentiments les plus meurtriers des êtres qui évoluent autour d'eux'. Créon jouit de la confiance des frères ou, du moins, de celle du prince qtri lui sert de marionnette et d'é-chelon social. T:cop impatient, il n'Il cependant pas réussi à

entièrement camoufler son jeu. Il a éveillé les soupçons de Jocaste et ceux de la méfiante Antigone. Dès l'acte l, Jocaste accuse son beau-frère de perfidie

à

l'égard de ses nevea~.

liMais avouez, Créon, que toute votre peine

C'est de voir que la paix rend votre attente vaine; Qu'elle assure à mes fils le trône où vous tendez, Et va rompre le piège où vous les attendez.

Comme, après leur trépas, le droit de la naissance Fait tomber en vos mains la suprême puissance, 1e sang qui vous unit aUx deux princ0s mes fils

(21)

2.

Vous fait trouver en eux vos plus grands ennemis;

Et votre ambition, qui tend

à

leur fortune, Vous donne pour tous deux une haine commune. Vous inspirez au Roi vos conseils dangereux,

Et vous en servez un pour les perdre tous deme." 1 La Thébaïde, A.I, soI,p.124-5. Mltigone, avec toute l'intuition et la lucidité de la personne

tragique, ne sera jamais dupe du double rôle de Créon. Pleine de lnépris, elle parlera

à

la troisième personne de son oncle, que ses yeux ne dàignent même pas voir, pour exprimer le peu de foi qu'elle possède en lui.

"L'intérêt du public agit pou sur son âme,

Et l'v..mour du pays nous cache une autre flamme." La Théb. 7 A.I, s.V, p. 127.

Au dénouement, elle conserve la même perspicacité et, sans ménllge-ments, rend Créon responsable de toutes les morts qU'on vient leur almoncer :

"N'imputez qu'ù vous seul la mort du Roi mon frère, Et n'en accusez point la céle~te colère.

A ce combat fatal vous seul l'avez conduit: Il a cru vos conseils; sa mort en est le fruit."

La Théb., A.V, s.III, po 1610 Avec toute la cruauté et le désespoir de l'extrême jeunesse, elle creuse l'abîme qui les sépare on lui jetant à la tête, d'une façon cinglante, son am'bition même.

10 Pour toutes les citations de Racine, nous utilisons l'édition de I.J:. Ra.ymond Picard de la "Bibliothèque de La Pléfade" (Voir bibliographie potIT la référence exacte)

(22)

).

"Le trône vous atten.d, le peuple vous appelle; Goûtez tout le plaisir d'une grandeur nouvelle. Adieu: nous ne faisons tous deux que nous gêner.

Je veux pleurer, Créon, et vous voulez régner."

.ka.

Théb., A. V, s. IV, p. 164. Régner est, en effet, son unique désir. Cette aspiration secrète sera le mobile de toutes ses actions. Il attise la haine inassouvie des deux frères, dans une guerre meurtrière. Il espère bien que, de ce champ de bataille jonché de cadavres, il sera le seul survivant~ Il n'hésite pas à l'avouer, avec cynisme, à son confident:

"Je ne fais point de pas qui ne tende

à

l'empire: Des princes mes neveux j'entretiens la fureur, Et mon ambition autorise la leur.

D'Etéocle d'abord j'appt'Yai l'injustice; Je lui fis refuser le trône

à

Polynice.

Tu sais que je pensais dès lors

à

m'y placer;

Et je l'y mis, Attale, afin de l'en chasser."

La Théb., A.III, s. VI, p. 146. Créon manipule les deux frères avec une pénétration troublante. Tous ses gestes ne tendent qu'à les dresser l'lUl contre l'autre. Sa ten-tative même de réconciliation n'est qu'un babile calcul. D'ailleurs, ce pacificateur tient tul langage étrange et sanguinaire:

"Que la guerre s'enflamme et jamais ne finisse, S'il faut avec la paix recevoir Polynice."

La 'Ilhéb., A 0 IV, soI, po 149 0

Avec l'objectivité d'un spectateur indifférent, il s'est rendu compte que la haine est régie par les mêmes lois que l'amour. Comme l'amour, elle aspire

à

la présence physique, au rapprochement des

(23)

leU!' violence meurtriôre, ranimer ~o feu de leU!' passion somnolente.

"L'on hait avec excèa loraquo l'on hait un fr~re.

Huio lem.' éloiBnemont ralentit leur colère 3

Quelque ha.ine qu'on ait contre un fier emlomi,

QL~d il est loin de nous on la perd à demi.

No

t'étonne donc plus si je vewe qu'ils

se

voient:

Je veux qu'en se voyrurt leurs fureurs se déploiont,

Que rappelant leur Imine, a.u lieu de ln chasserp

Ils s'étouffent, Attale, en voulant s'embrasser."

La

Thébo, A.III, SO VI, po

1470

Il fait preuve de 10. froide loeiquo de Néron et le jeune emporeur

emprunt oro. au premier roi ~acinion sa alo.çcnte Denuee:

"J'ombro.ooe mon rivalp Duis c'est pour llétoufforou

~, ll.oIVp ooIIIp po

4370

Pourtant, cat hommo qui vit los yowc tOlu'nés voro l'avenir, qui ne croit ni au passé ni au renordo, inutile regret de co qui

0. été, ce grand poli tique 001"1S foi ni 10i9 perdrao Parvenu au

comble de la gloiro? il abandonnera la partie pOlU' mouriro Premier

de cette remarquablo liguée d'runbitieux sons scrupulesll il alll'a

commis 11 eI'reur do Dettro SOIl OLlbi tion au service do sa passioll?

de oacrifier 10 trône pOUl' l'nmour d'AntiGPneo Cet échec a'explique

par 10 fait que Créon, porsonnago ambigu, appartient ù la. fois aux

intriganto et aw{ rebelleo que nous roncontrerons dans notre dou-xième pllrtioo

Son oJce8ple ne sern pao vain puisque Narcisse et Acomat?

éplll'és de toute flliblosoe htllilaino? inaccessibles à la pitié et ù

(24)

préoccupation. }Inrciooe et Acomnt se l'essemblent tan"t que la. remarque de Segond our Acomat pourrait tout auooi bien

o'nppli-quer il Narcioses

ClAinsi donc cette obstin€l.tion do l' "effort pour

persévéror don 0" l'ôtro" comporte uno absence

totale de "faiblesse" et de sentimentalité quel-conque - môme do cetto sentimentalité à rebouxo

dont l'inhumanité serait le vrai nom, quelle que

soit d'ailleurs l'inhumanité foncière de ce jeu intelligent avec des êtres inotinctifoo"l

Cet inqui6tant personnage n'a qu'un oeul but, escalader l'éohelle socialo, acquérir un pouvoir illimité auquol ni oa naissanco ni

oon rang ne lui donnent aUCWl droit 0 Hnrquioo do I-lortoui1

2

avant

10 lottr09 il va pénét:l.'or 100 Docrots 10D pluo profonds des coeursp

afin do mierne affirmor son œprioo ot do monor, à Da guio09 la

rondo effrénée dos mo.riol1llettoD désarticuléoD dont il détient les

fils. La clef deD Liaisons dangerouoos n'est-elle pas CÙlllD la

con-fossion do la HnrquiDo qui résume cinoi le Docrot do 00. réuDsitc)g

"Descondue dans mon coour, j'y ai étudié celui dos

autros. J'y ai vu qu'il n'est perDonne qui n'y

conDorve tm Decret qu'il lui imporGo qui no Doit

point dévoilé: vérité quo l'Antiquité paraît avoir

mioux connue quo nOUS51 0 0 .tl)

10 Sogond, Jo, Psycholorçi.o de Jean Racino li Pm."is, uLes 13ellos

1ottrosll, 1940, po181o

20 Peroonnago principal doo Linioono dŒngerouoeoo

Jo 1:::1clos, Chodorlos do, ]J3D Liaisons dDn(;erotl13oo9 préfaco d' .l\ndré

H(),lramr~ Pm'isp Gullimm-dp utG Li\71'0 do POChO~I? 19529 Lo LXXXIII p02080

(25)

Cotte affinité entre Laclos et Racine n'est. d'aillet1ro pao une

cofncidenceo Valmont.ne mrulque pao de la prendre comme mod~le

et de le citer9 dano le récit d'l.Ule de oeo séductions les plus

1

piquant os 0 Giraudoux ne va pas SallS remarquer 100 lions de

parenté de ces deux autetlrs, qu&un aiécle pourtant sépare.

Parlant du scandale provoqué par Loo Mainono dal1.Q;erouses, voici ce qU'il dit:

Il 0 " • ce fu·t. l' appori tion, la dernière appori tion

dffilO notro littérature, apparition attardée,

com-posée~·froidG, mais indéniable, de celui qui no

mélo.ngo pas Il qui no bégayo 1'0.0, qui no transigo

et ne cille pas: de Racineoll2

Lu

Hurquioo de Hortenil ne parle-t-elle pas comme le Dootin qui

régI t la vio dos personuugeo racilliens? He joue-t-olle pas un peu

10 rôle do Narcisse, cet émiosairo do la volouté capriciouso et

méchante des Dieux?

liN' ost-il pas plaisant p en offet p de consoler pour

et contre, et d'être le soul agent de doux inté-rats directement contraires? He voilù comme la Divinité; recevant les·voettx opposés des aveuglos

mortels v ct no cLlongoant l'ion ù mos décrets

immuableoollJ

10 L~clos, Choderlos de, Los ]1iaioons dangereuoeop préface d'André

Halraax, Paris, Gallioords> fiLe Livre de Pùcho"? 1952p L. J.JOŒ,

po 1720

20 Giraudowc, Jean? Littératurop LcUSffilllep édition Rencontrop 1962?

(26)

Narcisse jOtrlt aussi de 10 foi aveugle de Britannicuso

"Narcisse, tu dis "Tui. r·Tais cette défiance

Est toujours d'un erand coeur ln dernière science:

On le trompe longtempso r·fuis enfin je te croi,

Ou plutôt je fais voeu de ne croire que toi.1I

Brit~p Aolp soIVp po 4030

Il observe les méandres do l ' fune du jeune prince pour mieux le

vendre ~ son mortel ennemi, Nérono Si Narcisse a choisi Néron,

c'est tout simplement que l'empereur représente le pouvoir, CIta. roison du plus fort"" le seul homme capable de le Dortir de

son obscuxité et de son esclnvage oocio.lo D'nilletu~s, Narcisse

no voua Li son maître d'élection aucmw 'tendresse, aucune

recon-l:1BisSUllceo Avoc un art COllSOlillUé, il joue sur les ins"tincts les

plus bo.s cle Héron, afin, de mieux (1.0 teniro Il oc l'end obscurément

compte que la réussi"lie lui serni t impossible dalls une conr

vertueuse où,de droit, il serait pe~~étuGllement condamné

à

servir

et à plier le genouo Atillsi entreprend-il de pervertir Don maîtreo Il se foit démon de la tentation, et de la tentation ln plus forte

du coour humain, celle du plnisiro C'est un hymne

à

ln vie que

Narcisse doucement chante

à

l'oreille du jeune empereur éblouio

IIVivez, régnez pour vous: c'est trop réener pour ellooll

~ito, AoII, SolI, po 4080

Ce règne personnel serait tlU règne de jouissance où, avec délices,

on cueillerait "les nourritures terresiiresllo

liDo vos propres désirs perdez-vous ln mémoire?

Kli serez~vouo le seul que vous n'oserez croi1'e?1I

(27)

Narcisse devenu ministre du bonheur individuel contre la ra~son d'état, Narcisse ayant osé formuler tout haut ce que Néron n'ose ..

s'a.vouer même en secret, parvient, à la. fin de la pièce, à parI or

~ son empereur en égal, lui, simple affranchi de nouvolle date

et esclave d'hier. Il acoomplit le tour de force de se voir devenir

1'âme damnée de l'empereur, celui qui décide et, par conséquent,

celui qui peut tout.

liMais, Narcisse, dis-moi, que veux-tu que je fasse?1I

Brit.,

AoIV,

s.

IV, po 441

Ce rôle qu'Agrippine, reine-mère, rêvait d'occuper, ce rôle qui lui

rovonait de droit, c'est Narcisse qui l'usttrpe insidieusemento Il devient l'Ullique refuge de cette ûme tourmentée, indécise, ombrn-geuse. Après la catastrophe, c'est encore vers lui que Noron De tourne, dans son désarroi, pour échapper aux récriminations de sa

mère qui, une fois de pluo, semble reprendre le dessus. Néron se

retire, accablé, e11 s'appuyant sur l'épaUle réconfortante de son

confident:l

"Narcisse, suivez-moi."

~,

A.V,

s.

VI,

po

450.

Cette retraite devant la redoutable Agrippine est aussi un aveu de

complicité, complicité scellée par le complot d'empoisonnement:

"Viens, Narcisse • .Allons voir ce que nous devons faire."

~, AoIV, s. IV, p. 4420

Ce fils insoumis, se rebiffan'/j devo.nt le moindre ac'lie d'autorité de

sa mère, se remet corps et âme entre les mains d'un personnage sans scrupules. Il fait preuve d'une obéissance enfantine devant cet

(28)

homme dont l'unique devise est la réussite matérielleo

Narcisse s'est assuré le succès en. misant uniquement sur ce

qui dépeJ:'ldai"b de lui 0 .Ayant fermé 80n coeur li. tou·~. amour humain,

il a ainsi évité le seul écuoil contre lequel sa volonté eût pu se briser puisque, comme Créon l'avait tragiquement appris, nous n'avons nulle prise sur l'affection d'autruio Psychologue consommé, il va, au contraire, jouer sttr·les cordes les plus sensibles de

l'homme, l'intérêt et l'amour-propreo Il va mettre

à

son service

la misère même do ceux qui l'ontourent, misère qui deviondra le mot d'ordro de sa réussiteo

elEt pout" nous rendre heureux~ perdons les misérablesoll Brit~ AGIl, soVIII, po

4170

S'il perd, à la fin, c'eot pour quo la morale bOU1~gooiso soit

so.u-vegardée parce que Néron ne pouvait pas, à cause des données

his-toriques, mourir et qu'il fallait un coupable ejcpiant la mort de Britannicus. D'ailleurs, une fois de plus, Narcisse, avant de mOllrir, n'accomplit-il pas le geste que le timide empereur, encore novice dans l'arbitraire, n'ose faire pour imposer son caprice?

"Ils la mênent au temple, où depuis tant d'années

Au culte des autels nos vierges.destinées Gardent fidèlement le dépôt pracieu.."C

Du feu toujours ardent qui brûle POtlD nos Diet~.

César les voit partir sans oser les distraireo Narcisse, plus lmrdi, s'emprosse pour lui plaire. Il vole vors JtUlie, et sans s'épouvanter,

D'une profane main comraence

à

l'arrêtero

DG mille coups mortels Don audece oot punie;

Son infidèle sang rejaillit sur Junieo

César, de te~t d'objets en même temps frappé,

Le laisse entre les mains qui l'ont enveloppé 0 Il

(29)

10.

Néron, frappé de douleur, dépassé par les événements, no voit-il pas l'unique complice de son crime disparaître avec complaisance? A quel point sa lâche inaction, devant le châtiment de son plus fid~le serviteUl~, n'est-elle pas un machiavélique caloul? Racine ne v~t-il pas jusqu'à oiter, dans sa seconde préface? cet éloquent passage, de Tacite?

"Je lui donne Narcisse pour confident. J'ai suivi en cela Tacite, qui dit que Néron porta impatiemment la mort de Narcisse, parce que cet affranchi avait une conformité merveilleuse avec les vices du prince encore cachéss Cujuo abditis adhuc vitiis mire

congruebato Co passage prouve deux choses: il prouve

ct que Néron était déjà vicieux~ mais qU'il dissimu~

lait ses viceo, et que liJ'arciose l'entretenait dons ses mauvaises inclino.tionso" po 3900

Narcisso qui a eu la na2veté de compter sur la gTo.titude do

son prince, Narcisse\) victime expiatoire, abandOlmé à une foule

furieuse, instrument indirect de la volonté de César, est la

pre-mière esquisse du plus pa.:t'fait des politiquos~ Acomo.t. Dépourvu

de la faiblesse de Créon et des illusions de Narcisse, incapable do tendresse et n'attendant jamais rien en retour de ses services" Acomo.t retrouvera en lui la dure et cynique lucidité de ses deuoc

malheureux prédéce~seurso L'exemple de Créon lui a appris que

l'amolU" et la réussiJGe sont incompatihleso

" 0 0 0 Voudrais-tu qu'à mon "âge

Je fisse de l'amotœ le vil apprentissage?

Qu'un coeur qu'ont enduci la fatigue et les ans

Suivît d'un vain plais~r les conseils imprudents?"

. ]ajo,

AaI,

Sol, po 5380

(30)

senti-Il.

mentalité; la haute politique entre seule en ligne de compte.

Non seulement cette union serait pour lui un moyen do s'élever, mais elle le protôgerai t contre 1 r éventuel oa.prioe d' 'lUI sul tan

ombrageux qui désirerait aupprimer l'unique témoin de sa misère

passée.

UJ'o.ime en elle le sang dont elle ost descendueo

Par

elle D~jazet, on m'approohant de lui, I·Ie va contre lui-même assurer un appui. Il

Daj., A.I, s.I,

po

538 •

.il propos de cette même citation, Se gond remarques

"Cet instinct-penDée n'eat autre que l'o.mbitionp

dono la sphôre ID. plus vaote de Don élnrgiooement, où olle D'avare capable de distinguer et de ménager

toua a eo mo hil es 0 D'ott? chez l' how.me qui incarne

ce jeu, Ull étouffeuent paradoxal, ploinement volol1Q

taire et pr6modité~ de -touo les intérêts quo oenblo imposer la nature ct qu'il subordonno û la logique

passionnée du deooein qU'il agence. Certes, l'amour, au sono d'Ul1 emportement "éperdu", ne saUrait

trou-ver pInce dano los détottro savants do cette penséo

qui s'oricnte3" 1

1'exomplo do J:Jm'cisso prouve il Âcomat qu'il no .faut jamais compter

sur ln générosité des hommes ct on particulior sur celle des princos.

Il sait que pluo on a droit

à

la reconnaioorulce et pluo on s'expose

à

la plus noire inGratitude. ~ c'est une connaissance qu'il semblo

avoir acquise

à

travers los siècles et une longue lignée d'ancêtres,

(31)

120

"Un vizir aux sultans fa.it toujours quelque ombrage:

A peine ils l'ont choisi, qu'ils craignent letœ ouvrage.

Sa dépottille est tUl bien quO ils veulent recueillir,

Et jomais leurs chagrins ne nous laissent vieillir. I3ajazet aujourd'hui m'honore et me caresser

Ses périlp tous les jours réveillent sa. tendresseo Ce

même

I3aja.zet, sur le trône affermi,

IvIéconnaîtra peut-être un inutile amioll

~i.,

A.I,

0.1, p.

5380

Pourquoi cet homme astucieux,

à

l'ambition démesurée aurait-il donc

misé sur un prince malhettreux, hors-la-loi et condamné

à

mort par

le puissant Amurato En joueur effronté, Acomat se fait protecteur

de la vertu parce qulil sait la partie perdue pour luia IlJe sais bien qu '.Amurat a juré ma rnine;

Je sais

à

son retour l'accueil qu'il me dostineoll

I3aj.~

AoI,

sol, po

535.

Et il Bort cette dernière corte potœ gagner le tout.

Pour évitor le retoU1' d'Amurat et sauvor DU tâte, Acomat vo.

audacieusement entraîner les personnages los plus considérables de

l'empire, dane tUle compromettrulte intrigueo .~nsi, il attachera à

son sort le frèro du sultan ot so. favorite oôme qui, par l'absence et les ordres d'ÂmU1'at, gouverne en régente. Désormais, il sera dans l'intérêt de tous que l'absence d'Amurat devienne une éternelle absence!

Comme Narcisse, il connaît tous los ressorts du coeur humain.

En

artiste COllSOmrué, il va faire appel

à

l'imagination fiévreuse

de la sultane. En feDIDlo, elle se laisse prendre au mythe du héros

vertuel1X injustement persécuté. 19 mystère9 entotll'ant Bajazet d'une

(32)

13.

Ce beau parleur se contentera d'évoquer une figure palie et noyée par l'ombre épaisse d'impénétrables prisons, un visage paré de la

beauté de la jeunesse et du ID~lheur. Ce visaee aux traits vaeueo

et imprécis, pure et impalpable vision de rôves romanesquos, finira par hanter les nuits solitaires d.e la sultane.

"Je plaignis Ba.jazet,; je lui vantai ses charmes, Qui pUr un soin jaloux dans l'ombre retenus, . Si· voisins de ses yeux, leur étaient inconnus.

Que

te dirai-je enfin?

La

sultane éperdue

N'eut plus d'autres désirs que celui de 00. vue."

Baj.,

A.I, BGI,

po

5370

Acomo.t, ayant remonté le mécanisme infernal dos pesDions

racinien-nes, n'aura pltlD qu'

0.

les voir sui vro leur cours inmcoro.ble et ù

leD utiliDer Ù sos fino. Sa clœiooité éveillée, cotto f0EIDO sevrée,

étouffée par l'rrmour d'un vieillard qu'elle n'a 6p6uoé que par

intérôt, Roxane sequestrée dans un luxueux sérail trouvera dans

cette occasion Da dernière o.vontlu~e9 la dernière chance de vivre

un grruld amour. Dane cotte atmosphère lourde d'effrayants Decrets

vaguement pressentis, dans ce palai8 masquant,

à

chaque pao, de

sinistres oubliettes, la sultane verra, dans les menaçantes

ténè-bres des nuits d'Orient, le pathétique visage du condamné

à

mort.

Après cette roncontre, son coem' qu'elle a donné au bel inconnu,

avant même de l'entrevoir, sera irrémédiablement perdu.

"Tout conspirait pour luio Ses soins, sa complaisance, Ce secret découvert, et cette intelligenco,

Soupirs d'autant plus doux qu'il les fallait color, L'embarras irritant de ne D'oser parler,

r1ême témérité, périls, craintes communes9

Lièrent pour jamais leuro coeurs ot lourD fortunes 0 '1

(33)

14.

ROJeD.lle, Bajazet, Atalide, compromis par les habiles calculs

,d'Acomat, deviendront les pièces principales de la gI'lIDde partie

d'échecs que le vi~ir mène ù so guise. Il donne à Bajazet, qui est

l'enjeu sur lequel i l a tout misé, doo conseils dignes de celL~ de r1achiavel à son Prince 1

"Ne rougissez point. Le Sallg' des ottomans Ne doit' point en esclave obéir aux serments.

Consultez ces héros que le droit de la @lerre Hena. victorieUx jusqu'au bout de la terre:

Libres dans letœ victoire, et maîtres de 10uI' foi,

L'intérêt de l'Etat fut lelœ unique loi;

Et d' lm trône si saint la moi ticS n'est fondée Que sur la foi promise ct rnrement (Sardéeotl

~~9 A.II,

ooV,

po

552-3.

Cet homme si oaître do lui ne manifoste pao la moindre col()ro

de se sentir lésé loroqu'il découvro l'a~our de Bajazet et

d'Atha-lide. Son aeul Douci est encore d'éviter la catastrophe et, ai possible, do réparer l'irréparable.

"Que veux-tu dire? Eo-tu toi-même oi crédule Que de me ooupgonner d'un courromr ridicule?

Hoi~ jeloux? Plût

nu

ciol qu'en mo manquant do foi,

L'imprti.dent Bajazot n'eût offensé que moUI!

, Bajo, Ao IV, SO VII, po 5780

Il n'y a de placo, dans cette vie, que pour la réussite qU'il s'ost fixéeo Et cette alerte lui servira de leçon:

"Prince aveugle! Ou plutôt trop aveugle ministre! Il te siod bien d'avoir en de si jeunes mains,

Chargé d'ans et d'honneursp confié tes dosseins,

Et laissé d'un vizir la forttme flottante

Suivre de ces amants la conduite ioprudenteoll

Bn,; 0 9 ibid.

(34)

"Je sais, sans me flatter, que de 00. seule a.udaco

Un homme tel que moi doit attendre sa. grâce~

Baj., A.IV,

s.VII, po

579.

Il n'est pas étonnant qu'avec tUl tel détachement des êtres et une

philosophie d'un tel cynisme, Acomat Doit le seul l\. se ·tirer

in-demne de la. "grande tuerie" du dénouement. Il ne parvient sans

doute pas ù ses fins puisquo son départ ost tout de même une fuite:

IIEt jusqu'au pied des murs que la mer vient lavor,

Sm' mos va.isseaux tout prêto je viens vous retrouver. Il

Bajop

A.V, 130

XI,

p.

591.

Haio l'océan eot toujours une échappéo vero de 110tweau::c horizons, vors un nouvel avoniro Sortir d'un dénouement racinien, la vie sauvo, le cootœ inta.ct, a.vec l'oopoir do recocmoncor, eot

tm réel triompho 0 Il oot intéroooant de voir que le gagnon'~ do

cotte sombre pioce n'eot ni la. roine tonte-puissanto ni 10 héros

vertueux et 00. tondre amrulte, wai~ celui qui froidooont s'ost

joué doo folloo aspirations do l'Ûlne humaine, sous le masque du dévouemonto N'est-il pas précisémont sauvé po.rce('qu'il no croit

à

aucWl idéal?

Ce triomphe prend l'aspect d'tme mission divine dans Athalie, avoc Joad. Lo grand-prêtro est un Acomat travaillant pour la bonne cause. Jrun.ais, il ne manifeste la. moindre pitié devant le lourd destin de Joas, jamo.io la moindre sympathie pour l'ü.ffoction que

sa. femme éprouve

u

l'égard du frêle enfanto

"Grand Dieu, si tu prévois qu'indigne de sa race, Il doive de David abandol1ner la trace,

(35)

)

Qu'il soit comme le fruit en naissant Bl'raché,

Ou qu'un souffle ennemi dano sa fleur a. séché."

Ath., A.I, o.II, po 885~

Le plan de Joad réussit parce qu'il est soutenu par Dieu. ~fuis

n'utilise··t-il pas, lui aussi, de façon éhontéell l'innocence et

la candeur du jeune roi pour séduire Athalie et la mener

â

sa

perte? N'exploite-t-il pas la faiblesse de la vieille reine 60li-taire, émue par la grâce de l'enfance; et s'il vainc, n'est-ce

pas, ironiquement ll Ù causo de l'unique occaoion où Athalie se soit

laissé tenter par la tendresse humaine?

Joad inveoti d' ml pouvoir slU'naturel, repréoentrult de tout

un pouplo, de toute une tradition, jouissant du roopoct et de la

vénération attachés à Don rang et

à

son rôle socinl, est déjà une

(36)

CHAPITRE DEUXIEr1E

LES PARVENUS

"Outre que la passion de l'argent nous aveu(rlOl1t

ù tout autre intérêt qu' Ct. no'hre intérôt personnel, éteint dans notre coeur tout zèle du bien public, tout amour de la patrie, tout respect pour la religion, tout attachement au prince,

à

l'Etat et même à l'homleur: outre cela, quel secours tire l'Etat du luxe insolent dos nouveaux riches et do la pompe odieuse qU'ils étalent autour dloUii: comme pour insulter

à

la mioore publiqueo" l

])Touo constatons, par cette citation, que les "nouveaux ri-chos ne datent point du XXe oiècloo Au temps de Lotus XIV, déjà, cette classe de parvenus suscitait l'indignation et l'onvieo creot, en effet, sous le roi Soleil surtout que l'argent commence ù deve-nir un moyen d'accéder au pouvoir et même celui de s'acquérir des let'lireo de noble8seo C'est l'époque ou les aristocrates de plus vieille souche ne rougissent pao d'épouser dos filles de financiers afin de "redorer leur blnoon", l'époquo où Saint-Simon observe avec écoeurement une "espèce de prostitution du rOi ll2 , frayant avec le riche roturier Samuel Bernardo

CI es'I; ainsi que nous assistons â. un bouleversement de la société et

à

l'avènement d'une nouvelle classe. Elle est composée d'hommes placés en position do puissance, sans y avoir aucun droit,

10 père de' la Rue, Sermon mU' la Pénitence, cité par Gaiffe, Félix, L'Envers du Grand Siecle, Etude historique et anecdotigue, Paris,? Ao r1:i.chel, 1924, po 1320

(37)

18 ..

sinon leurs richesses, incapables d'être

à

la hauteur de la si-tuation parce que ni leur éducation, ni leur rang ne les y ava.ient préparés. Ces parvenus, nous les trouvons, chez Racine, faisant

sonner leur grand nom et leurs titres récemment acquis qU'ils

utilisent comme une monnaie courante, au pouvoir d'achat illimité.

Il ne sera jamais question, oomme dans Corneille, de devoir lié

à

la fonction publique. Les héros raciniens ne se doutent même pas

qU'on puisse tirer une certaine fierté

à

bien faire son métier.

Aussi les honneurs, chez Racine, deviennent-ils une simple

satis-faction d'amour-propre, des mots vides de sells" tronofol'Llés cn

flamboyante cooarde. Los titres, et les avnntages matériels qu'ils pro-,curent ? sont leur seule ambition; les responsabilités attachées

Ù leur nouveau rang sont totalement secondaires, pottr ne point dire

inexistantes.

Ainsi, Etéocle, vi()Jant lez conventions établies par son père, ne recule pas devant la possibilité de voir son pays ravagé par une guerre meurtriere plutôt que de renoncer El sa nouvelle condition. Comme ce fr~re détesté, Polynice est prê~ à tout, plutôt

que de renoncer

à

la grandeur souveraine et à l'admiration béate qu'elle apporte avec elle.

"Quand je devrais au ciel rencontrer le tonnerrep

J'y monterais plutôt que de ramper

à

terre."

La.

Théb ... , A. IV, Bo III, po

1,6.

Contrairement

à

Etéocle, il a cependant tille conception

(38)

190

et l'opinion du peuple sont soo moindres souois. Polynice parle en monarque absolu et son bon plaisir a force de loi:

"Est-ce au peuple, 11adame, à. se choisir un maître?

Sitôt qu'il hait un roi, doit-on cesser de l'être?

Sa haine ou son vmour, sont-ce les premiers droits Qui font monter au trône ou descendre les rois?

Que le peuple à. son gré nous craigne ou nous chérisse,

Lo sang nous met au trône, ct non pas oon caprice: Il

Lo. Thébo, A.II, Bo III, p.

133.

Et plus loin, il ajoute, avec morgue:

IlI1a.is je croirais trahir la me.jesté des roio,

Si je faisais le peuple arbitre de mes droits."

La

Théb., A.II, s.III, p&

1340

A l'école de Créon, Etéocle~ fort de la faveur des Théba.ins,

refuDe de céder 10 trône car,

liOn ne partacre point ln [,.rrandeur souveraine;"

L!1Thébn, AoI, ooV, po 1211-0

Etéocle défend Bon acte d'usurpation en le justifiant par la volon-té publique:

"Hais ce même pays, qui demandait Don sang,

Deuw..nde que je règne, et m'attache à mon rang."

La 'llhéboll A.III, soIV, po 1420

Il ne réussit cependant pas

à

donner le change à sa mère qui voit

clair dans la lutte fratricide des doux princeso

"Et si le diadème a pour vous tant d'attraits,

Au moins consolez-moi de quelque heure de paix.1I

La Thébo, AoI, soIII, po

121.

DI ailleurs, à deux reprises, E'~éocle se trahito La première fois,

conscient de la lucidité tragique de Jocaste, il finit par avouer les véritables motifs de sa haine3

(39)

20.

"Et toutefois, 11adame, il fa.ut que je vous die Qu'un trône est plus pénible à quitter que la vie: La. gloire bien souvent nous porte l>. la ha2r:

Mais peu de souverains font gloire d' 0 béü' ° "

La. Thébo, AoIII, s.IV, p ..

142.

Il n'y a pas la moindre équivoque possiblè: la royauté, dût-elle même représenter le déshonneur; est le seul bien auquel il aspire. Et c'est bien en parvenu qU'il fait sa seconde confession:

"Q.u'on veut régner toujours quand on règne une fois.1I La Théb., A.IV, o.III, po

1570

Aussi, la vengeance de Polynice est~elle d'arrachor le pouvoir

à

cet homme qui a goûté CL l'ivresse de 00 voir ma1tre de oes oembla-bles. Polynice égorge son frère avec un cri de triomphe écrasant pour le parvenu:

"Et tu metU~O, lui dit-il, ot moi je vais régnor .. Regarde duns meD mains l'ompire et la victoire; Va rougir aux enfers de l'excos de ma gloire;

Et pour mourir encore avec plus de regret, 1 Traître, songe en mourant que tu meurs mon sujetoll

La Théb., A.V, soIII, po

1630

Les deux frèreo ouvriront la voie à tous 100 abus de pouvoir.

Nous verrons rléfiler tout un cortoge d'êtres DaIm mérite, travestis dans les rôles les plus prestigieux et les plus respectés de la. société bourgeoiseo Comme le fai'h remarquer Roger,

IILos rois de llo.cinell ne sont pas rois pour régner, mais seulement pour être affranchis de toutes les conventions, pOJtr pouvoir s'abandonner sans' frein

à. leur nature." 2

10 En italiques dans le texte

20

Roger, Jacques, XVIIe Siècle franqaiso Le Grand Sièc!211 Paris, édition Seghers,-

1962,

po

1490

(40)

210

Investi du costume honorifiq.ue d'ambassadeur, Oreste n' est-il pas le type même de cette race d'usurpateurs? S'est-il a accepté de représenter les Grecs aupr~s de Pyrrhtm, c'ost p~ur se rappro-cher d'Hormione. Nouveau Pâris, il est prêt t.\ violer les lois los plus sncrées do l'hospitalité et de son runbassade. On peut. se de-mander, à juste titre,· si sa mission co~siste

à

enlever la fiancée officielle du roi d'Epire ou

à

exiger la mort d'Astyanax. D'ailleurs, il nous l'avoue sans la moindre pudeurs

"lIé bienl va donc disposer la cruelle

A revoir un runnnt qui no vient que pour elloo"

An~n A.I, Dol, po

250.

Picard constate, avec rai Don , que "La politique est enticroment subordonnée Ù l'intrigue omoureuDe: dans la scôno qui suit» l' D ..

Il1-l

baoDadeur servira Ir amo.nt. II·

Lors de sa première ontrovue avec Pyl'rhus, Oreste parle bien en représentant des Grecs . 0 0 mais c'est une pure formalité. Il se

laisse facilement suborner par son hôte qui achète son silonce et sa complicité en lui faisant inoolew~ent don d'Hermione.

"Vous pouvez cependant voir la fille d'Hélène:

Du sang qui vous unit je sais l'étroite chaîne. Après cela, Sei@leur, je ne vous retiens plus, Et vous pourrez aux Grecs annoncer mon refus." An~o,

A.I,

solI, po

253.

La scène 130 termino sur cette offre corruptrice de Pyrrhus car Oreste n' a plus rien li dire: son désir le plus secret vient d'être'

(41)

22.

exaucé, par celui même qui devait constituer le plus grand obstacle

a

Don entreprise.

IIHeureux Sl. Je pouva.is, dans l'ardeur qui me presse, Au lieu d'Astyruia.x lui ravir ma princesseS"

ftJldro, Aolo, sol, po 2480

En effet, Astyanax n'est que le prétexte respectable camouflant le but peu honorable de son voyage. Lorsque Pyrrhus, lors de leur deu-Jcième entrevue, fait acte de soumission en offrant ~ l'émissaire des Grecs le fils d'Hector, lorsqu'Oreste obtient ainsi l'accord poli-tique qu'il était venu chercher, le fils d'Agamemnon ne manifesto pas le moindre triompho. Au contraire, ce diplomato d'une nation in-floxible no trouvo quo des mots do pitié pour le triste oort de l'enfant dont lui-même domo~dait hautement le oacrific07 Ù oon

orri-véoo

"Seigneur, par co consoil prùdent et rigoureux, C'est acheter la pabc du (Jang d'un malheureux."

Andr., AoII, s.IV,

po

2650

N'a-t-il pao accopté co. rôle qtU lui pèse, uniquoment pour éblouir Hermione de sa nouvelle importance? Et n'y réussit-il pros-que pas? Cette toute jeune fille qui no rêve pros-que do voir Bon nom inscrit en let'tres de feu dans la légende, qui n'a choisi Pyrrhus que parce qu'il est fils d'Achillo, regarde pour la première fois, avec une certaine complaisance, le fidêle soupirant qu'elle avait méprioé 0 • Les mots qu' elle 'I:;rouve, pour l'accueillir, sont certes

durs mais imprégnés, illalGTé tout, de considération pour le nouvel Oreste imbu de hautes fonctions.

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