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.
; "" ' .1L'UNlVERS:Tl1EATRAL DE GUY DUFRESNE ,
-,' " -' 1 1 \
-1 1 1 ; -L..
-',i "-, 'Il , t, \ ,
,
RESUME
Guy' Duf~esne a écrit pour la radio, la télév1sion~ ~~
~ w' . ,
sc~ne, et :I.e Cinéma. Son 'oeuvre' 'entière . aouJ.~ve· le, prQIÜeme .'
" . de' l'alliance littérature-fait 'audio-visueL, ..
':. ~. , ~ . ' .... \ . ,
. .
, .Ltétude d'une oeuv~e théâtrale'part1cufl~rement
signlr1-" .oatlve JI' Le 'Cri: de, i 'engoulevent" ,nous permet
dM
dé:Couvr;r'l~S'
.. ~ ~ -
'.
~ A''
structures d'uhè oeuvre èonfrontéeà la 'tèchnlqué •
• ,~ètte'analy~e B~ 2ait en qeux phàseg'bièri d1~t1nctes:
l'oeuvre,dans
so~
achèvement et l'oeuvred~ns
'son évolution.En premier lieu; u,ne ~tUd'~"1htrj.nsèqué du èri de 1,'engou-,
:levent s'attache aux ~1rférents éléments du. langage théâtr~l
',(t'exte"" eft~ts, sonores, ~écors, costwn~s ~ mis.e en scène) afin
'~4e, déterminer le rôle de' ohacu~.' Cette aqalyse 'révèle des' ,
....
,-, ,-, , 11~ns , complexes entre lea d1ffêrents . lang~ge8; lienQ qui rendent
' i ' '
. PC?ssibl'e l'unit,é dramatique •.
. ,
, " E~' seco~d lieu, l'examen de trois .versions du Cri de
lten-6ou1event, écr1tes .entr~" 195,9, et 197~, t.avorise ,une X'~f~ex1on .
. . . . .'~ ~ ' . " .." ", ... .. ~ , ~ .
~u:r le,s ;t01s d~,la,dramaturg1e. De ~lus, cette seoonde phase'
," retrace le cheminement d 'une oeuvre devant se p11er aux
ex1.-gence's ~'tin' mode d!expres·Si.on' pOartloulier, ici le théâtre. '
GrAce h une oonr~ontation de ces deux études, nous ~ouvons'
p~rcevolr un jeu d'équ1l1brè complexe entre le mot et l'image,
la littérature et la technique.
, En terminant ce t'ravà,il, une question se pose. ,~ A quels
,~ .
cr1t~res doivent rêp'ondre, 1è.s oeuvres de la ra,d10, de la télé-, vision et dU cinéma pour atteindre l'équ1libre déoe1é'dans
l'oeuvre théâ~rale de Guy Dufresne?
, , ,
. . . \~ ..
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~""'·"~--~~~-"~iiiliiF"W'l~~itruiù,'*'é1"tti!1_. _ _ "lAIrIlIIIJ.llnimWim'?f1±'7 EzrsmnAt",
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! t4' ... ot;I"''''' .... ~ .... ;$ .... _ . • .,.~--, ... - ; . . . " , . , . . . _~ . . . . .;;.r ... ,.' ,_._' .... _ _ _ _ _ .. : ... , - > .1' .-- 2 , , \ \ " , ... ~ " ''Des é1.~lIierits dé solution aemblent se d~ge.ge'V ·.de: n,otre, ' l ,'.
étude. , Cep'ehdant chaque mode. aUdio-visuei. 'e'x1ge 'une analyse
~ - ,'~ ~ :.. ~. . , .
, ;pa:r;'ti~e1i~r~"rép~nd,~~ .~ ~a sv~~iri~it~ . . Noua ~e somme's qU'aux
,premier~?âlbut;Lement~ Cl 'un~ littérature ~ralment a.,dapt'éè ,au.:x
.r..,.
.
.f" ,',:' ' .' te9bn1ques conte~porairieB.. '. , " . >. : " \ ~ " -...
~ " . . , , / , -r' .'.
.-r , ~ 1~ 1'.
i l
,.
" , Fil ABSTR CTRadio, telev~sion, theatre, cinema are
Guy
Dufresne's fields. He has wr1tten for aIl of those. His worke raise a l1terary prob1em: the alliance between litera~ure and tech-n1cal processes.';
The study
ot
a'play part1cularly signifioative, Le Cri\
de l'engoulevent, let ua flnd out the structures of a ltt~rary work confronted v1th teohnics. ,
Two different-phases are constituting th1s ana1ysts: the play ~t 1ts end and the play\~ process of completion.
First of a11. an intrinsic study of Le Cri de
l'engoule-.
!!n!
presents the differ~nt dramatic la~guages (tex~, sonorous:c
effects. setting, coetumes, staging) to deter.minate the part
ot each one. This ,analysl~ shows the aomplex tiea between the languages and reveals how those ties are unifying Guy Dutresne's work. '
S~oondly, three versions of Le Cri de l'engoulevent,
,
wr~tten between ~959 ,and 1971, he1p us to reflect on the rules
iar d~ama. Besides, th1s second phase retraces the proeess , ,
or
a work in front of very 'specifie technical ex1gences, here theatre."t • l ,
The two studiea 'contrçnted, we oan d1scern
a
comple~,equil1br1um between wr1tlng and dràmatic techn1ca. 'f,:,
We have rQund 1n Guy Dufresne's play an interestins balance of 11térature and teohn1cs. Ve are wonderi~g what
,
struotures w111 be necessary to rad1o, televis!on, o~ 9inema
t ., 1 1 " \ 1 1
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l )) ,(t.
II
"
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,.., .Ii 1worka to pv~sent the a~e equ11ibrium. That would be the
,1 , 'subjeot
or
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, . ..~-~,1
~ "{ \ • ii -, , RECONNAISSANCE ""-. .)
Cette "thèse a été écrite sous la direction de Monsieur
Robert Vigneault. Grâce ~ ses nombreux conseils, nous avqns
pu mener ~ bien ce travail.
Nous rendons un hommage toùt particulier h Monsieur
..(J
Guy Dufresne. Ce dernier a mis h ~otre disposition to~s leB
manuBcrits utiles
~
nôtrereCherch~De
plus, il nous \a..,
fourni ~lu6ieura renseignement~ " biographiques et
bibliogra-.
.Enfin) nous tenons ~ remercier Mademoiselle Louise Bloù1n,
adjointe ~e recherche aux Archives québécoises de la nadio
< 1
et de la télévision. Ses informations ont permis un appendice
'bibliographique substant1e)1.
--""--""---, ,-'
-
...--
---c
TABLE . DES MAT RESReconnaissance
.
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•·
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~able des matières 1
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111•
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1/
l INTRODUCTION •· ·
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o i J 0· ·
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·
•·
1 l, 1 " ' a ")
Biographie· ·
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· ·
• •·
·
3 1 b) L'Oeuvre· · ·
·
•· ·
" 5 c) Choix du sujet " 9 0.
.
,· · ·
·
·
·
•·
1 j 1II PRESENTATION DU 'CRI L f ENGOULEVENT'
·
• , •· ·
11 - ~1/
a) ,Genèse .de sa créa , 12 ~
·
·
•·
·
· ·
·
1 ,b) Trame dramatique 0
·
0 0 , 19 ,1·
J
1
III ANALYSE DES LANGAGES 0
. ' 0
· · ·
27 a) Langage verbal 1 • ';'.
·
·
·
·
· · ·
29l
~.
0) Langage technlqu·
, ,·
•·
•·
·
56 l ~ c) Langage de la mi ( scàne, • ,731
se en· ·
•·
• ,·
· ·
,
'1.
IV ETUDE DE TROIS VERS ONS
· ·
•·
·
• 93 1a) Première versio 94
1
l '.-r:' ~ , 0 ' 0 0 0.
·
· ·
"1
;';~ " b) Deuxième version À"' .102 :1· ·
•·
• • •· ·
~ve~s~;
, 1 '" c) Trois1ème •·
·
·
~· ·
•·
114l
1 d) Synthèse. .
0·
·
•·
•·
·
122 .1 • " 1 l V CONCLUSION. . .
•. · · · ·
•.
•· ·
• • 1211 , ~ " , . "1
BIBLIOGRAPHIE DES OUVRAGtES CONSULTES
·
•·
•
" 128J
i
1 \-l,
.
.
~'.
1 ' , 1\*'
1 1. APPENDICE BIBLIOGRAPHIQUE •·
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·
·
•·
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0 143 't / 0 •'i
.~ p~J
<, ,,- -Yi ~, " ~ ... f · J , , l "'" • j 1
. 1
1 1 /!
1 INTRODUCTION Biographie L'Oeuvre ChOix du 0 suj et o '.:zr ,mwm.~" ,.
"
!
0t,-C
l' ~ ~ ".
, l INTRODUCT;rON ./ o •"GUY' Dufresnelt~ un.nom trop l'aI'ement a:;lsocié au fait
littéraire québécots. Cet auteur"y participe cependant
de-puis plus de trente ans.
Ses écrits,. en majeure partie inédits,"ont été diffusés
-par la radio, la télévision et le th~âtre. Tels sont les
cadres d'expression de cet auteur.
En contact direct avec un vaste ?ublic, les différentes
-oeuvres de Guy Dufresne font partie de notre patrimoinë
cultu-i i "'" .. ... C S
rel, pl' nc paIement les oeuvres televisuelles. ap-aux-
01'-J
ciers, Septième-Nord, Kanawio, Les Forges de Saint-Maurice,
ces quelques titres rappellent 'à ~ milliers de Québécois
de nombreuses soirées passées en ,compagnie des personl?ag~s
\
de notre auteur. Lardier, le capitaine Aubert, Yolande, Mon~
sieur de Vézin, personnages de ces différents téléromans, sont oertainement plus connus que ieur créateur! La popularité dans l'anonymat, ainsi se traduit la situation de Guy DufreEfne.
\
Nous retrouvons le phénomène de la littérature des origines on le nom du poète se perdait dans la nuit des temps en lais-sant,une oeuvre vivante et forte.
Pourquoi écrire une thèse sur Guy Dufresne? La créat~on
littéraire de ce dernier 6ffre un champ d'étude inexploré.
Il semble très intéressant de s'arrêter
à
cette oeuvre qui asu s'allier aux techniques
contempo~~
du faitaudio-visuel~
De plus, Guy Dufresne a su 'conser~r dans chacun de ses écrits
o \ - - " _ • • -L~~ • ,,~_ >l:"',...._ ... ~,~'=. w~~::;; ... "a_."~,_,n~.~_-,:,";;,,.-;;
1
:1
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.
3.
,.
.
AUn sene. tr~e profond de l'humain. Il &at all€
à
la 'recherche' 1de l'être
au
.fin0 ,.
tond dea siècles, dans les v1eux papiers
" ~
camouflés par la poussière ou sous la sclérose dU quotidien
contemporain. Il va sans "dire que cette oeuvre présente une
variété de. sujets d'étude.
Avant ",de délimiter notre choix, nous consacrerons
quel-'"
.
',
ques pages à u,ne courte biographie" suivte d ',une rétr~spective
'de l'oeuvre. 'Cette vue d'ensemble permettra de mieux s1 tuer notre travail.,
a} Biographie ,
Guy Dufresne naît
A
Montréal le 17 avril 1915. Son e~fance se déroule sans heurt. ,Son pè6'e exerce la profession
,
de médecin de quartier. ~a m~re, de santé fragile, s'impose
par sa force de caractère. Elle élèver~ ses quatre garçons
hors des . ambitions matérielles. Elle' favorisera chez eux Q
l'attrait de l'humain et du spirituel.
tIn voile au poumon vient lnt~,rrompre les études
collé-giales de l'aute~r. Alors que .~es confrères d~v~ennent
avo-cats, médecins, comptables,
~hommes d~affaires,
Guy Dufresne,.
,après un premier séjour en Gaspésie, s'installe à Frelighsburg.
,
et devient pomiculteur.' \
\ 1
Cette mal.adie est un tournant décisir dans "la vie et la
carrière de l'auteur. C'~st sans doute grâce à'elle que la
\ l , ~,
carrière d ',écrivain st est imposée
à
lui. Que s!=!rai t devenu• '1;
~e jeune Guy Dufresne sans cette infection pulmonaire?
" \
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~ ,-',' .. '"CHa
llJ~r~)
,ipta"habttu~
h user mon11~ge,
l
êtu41er, a,t~$Ya11le~; ~ 'ne pas ,jugerles gena d'apr~8 leur portefeuille et
h
v1eer un ~ut ~u1,en vaille la pel~e •. Rê-,
.,Bulta~: "l'immatériel" m'a tOUjOU:r'B plus
s~duit
que
"le matériel", ce qui estftlla-chron~que'au XXe st~cae en Am@rique
du'
Nord. .Je euta un p~~tre mgcanicien, Je~
me mgtie de moi en aN'a1res', j ' a1 ~~S du
temps ~ connattre le p~ix d'un soulier
et d'une~8ard1ne, je distingue·mal une
Ford d"une Ch~vrolet, la Bourse me donn.e,:
mal ~ la t8te • ..." lI} ,
.
~,
.
En 1939, il épo'uae Anne-Marie Lueier .si\! comt6 de
Bona-venture. Pendant Pl;.us de dix-huit ans t il ~artagera:' '~on temps
entre aon'm6tier de f0miculteur et celui d'6crivain.' Le monde
"
1:1~t6raire reconnatt quy ,Dufresne en 1946. Cette', ann6e-lh,
'.
"
Le ContrebandIer lui vaut un premier prix
B.
la rad10 d'Etat. '"t!-"\
.
Sacrlr1ee, écrit~la même année" lui ra1~ ~btènir un an plus,
t'"rd une série-
radiodlffusé-e~'
Le Ciel~par-dessus':
les toits ..• , f i ' f . , <
La oarri~re littéraire' débute officiellement
A
ce moment.'d , 0
A partir de cette' date les"évé~efuents importants dans ~a vie
~,
.
-, 'de Guy Dufresne co!nc1den~ avec lea-- grands moments de sa
car-~ car-~ - (~~,
, ,,~1~re rt,téraire. ' .. ,)
.' "Guy Dufresne- vit touj ours h la campagn·e. ,Il a dil èepen";",
, , - !" -.1; j",~_, " ,,~ ,
..
o • " ,dan1i' abandonner son métier de .opomiculteur pour sé con8ac~er
.'
.
enti~rement
A
,son oeuvr~ _.' r : '- t , '
, ,
rc>
(1): "
ffa.uy,
Durre~ne .. ~Le. - Cr!· de 1 ~engouleven,t·" ,ft ~ Le,s',
cahiers,. '. de la 'Nouv~11e.:Conipa&91e 1liéâtrale", n<1, l,' ootobre '1971.
p.
,4. '
.' ,',\'
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o
-1o
, , -, 1 .'.:;' , , ... ' 5~ ... 0,Urt~ X'êt~oapEicttye, ae éette pl'o4u.ct'-on litt~ra1re' nous
p.erDl~tt'.ra d~ 3~g~
O,e lava~~êtê
et de l' tntê:r@t~~e
a.. t oeuvrede nptre auteu'r.
,
bl LtOe'U'V':re
..
/:La
carr1&re de Guy Dutresne,dêbute officiellement en 1946,;
avec Le Contrebandlèr et Sacrifice.
~
Lé Contrebandier raconte les pêr1p8t1es d'un aventurier
gaspésien. Ce texte rappelle un tait v@cu
dans
uri village ducomté de Bonaventure. ~
Sacrifice relate le ma%'tyre d'une jeune .fille au temps"' de
la oolonie.' Ce l'éci't B' inspire d'un .fait ~n8crlt daris l~B
" .
annales d~ la Nouvelle-France.
C~S 'deux textes annoncent d'J~'les sources d'inspiration
prédominantes chez Guy Dutresne: l'observation directe du réel
• et l'étUde dea faits historiques.
De 19~1,A ~955, Le Ciel par-dessus les toits, sér1e de
, ,
texte~ radiophon1qùes, &èra consaoré ~ l'histoire de l'êgliee
oanadlel.lne. ~,'auteur' ne ,laisse ici r1en au hasard. I>es
touil-le~ ~~nutieuses dans lès archives du temps donneront
h
sestextes,une force .surprenante. L'auteur ne craindra pas. h la
,1um1~re de Bes <Jécouvertes ~ de remettre en cause certains "
\, r ' \ .
, 0 mythes historiques J audaoe étonnante pour l'époque.
,?
\,En 1955,. Radio-Canada dema.nde ~ Guy Du.fresne une &mission
-,\ .
~e var~~tês qui montrera~t soue un tour nouvëau le folklore du,
Québec. Avec ce Bouci de l'authenticité 'et du détail, l'auteur
...
"
lM ene ' , . HfU! il 11. U .... 6 ... ~ ,..
.
• > •pElnoont".rera Luc Laoou.rolère et quelques autres sp6cia11stf;ls
du to1klore,qu~~@co~~. A la demande de Radio-Canada" 11 s'é~
lQtgnera râp1dement:de cette première formule. , . , Il bRtira de toute pl~ce
un
téléromanà
partir de multip1e~ expér~pnces"
ooncr~tes: pen~ant deux @tés consécut1f~J Guy Dufresne
navi-guera sur le fleuve ~ bord de goét~ttea. Ces voyages'
enri-..
ohissent cette nouvelle création littéraire. Il en résulte une continuité de trois ans: Cap~aux-Sorciers.
,
Pour 1a.première foie,h la télévision, le fieuve 'devient
, . .
.
. , .une réalité culturelle. Quelques anhées plus tard, Gilles
"'-:: ..
Vigneault chantera cette même réalité.
t
Une étude des moeurs et des coutumes iridiennes
d'autre-\'
rois nous 'donne Kanawl0 de 1961 à 1962. Ce téléroman retrace la vie d'un village iroquois n Agn1ers" au temps de la, colonie, .
, Guy Dufreane déambulera pendant plus de huit mois' dans
• 1
les couloirs d'un grand hôpital. A la suite de cette longue observation, il créera et fera vivre des p~rBonnages du mi-lieu. De 1963 ~ 1967JSept1ème~Nord raconte la vie quotidienne d'un grand centre ,hospitalier. Les interrogations d'un monde en changement fusent h travers les différents 'textes de cette
sé:r:1e •
De 1972!~ 1975, nous assistons ~ la naissance de la s1d~
rurgie au Québeo et aux difficultés de oette installation grâ-ce aux Forges, de Saint-Maurioe" Cette série relate l' existenoe ardue
pas
tous prem+ers m6tallurg1stes du Québeo. , .Nous venons de souligner les oeuvres les plus marquantes dans le domaine de la radio et de la télévision. En terminant,
\
r
'.
'.'
- l~ ... .'~ 1 ,"
1 . i 7 - f f. -,,-~ • . ,nou~r survoleronG la c.l'~·atton tb.~âtrale de l'auteur. Docile,
.
'Lea~ Tra1tarl'1fs -' Ce InauéI;tt' La:rdl~eX' et ~e' 'Cri de 'lf'erï6ou'levent
sont les~pr1nctp~les oeuvres de cet univers.
Un YO~~in o~1g1nal, il n'en fallait-pas plus A,Guy
, '.. .
, '
I?ù/resne pour cr~er :Ooc1le (1967'). Magnus ~j" t 1 t av.el!1r dans les orteils et'les cuisses. ' Ce grain de ranta1s1e vient
"
al1~ger l~ choix difficile de l'héro!ne, Docile, aux pris~
aveo le mariage. ,
La fresque historique des Tra1tant~ (1960) soulève le problème de la contrebanae de l'eau-de~v1ê. Basée sur' des documents vérid1que,s, cette oeuvre se veut avant tout une reconst1tut,ion d'un procès réel.
Ce maudit Lar41er (1975) rappelle quelques épisodes des Forges de Saint-Maurice. , Cette pièce relate les ave.ntures
.1
1 du f~ndeur Lardier" escro~ du temps.
Le Cri de l'engoulevent met en sc~ne une héro!ne parta-" (.~-"//
gée entr~ deux sociétés. Il s'agit d'une pi~ce québ'coise.
Le momen~.part1cu1ier de sa création n'a nullement nui à
l'é-closion d'un ~rame humain attachant. Une étude particuli~re
to~te en sensib11it6 et en profondèur a permis un glissement
du partioulier
A
l'universel.~ ,
Quelques points saillants ~~ dégagent de cette brève présentatiori dè l' o'euvre. R~che et variée, l'oeuvre de Gu~ Dufresne érfre plusieurs champs d'exploration: la thématique,
les personnages, l'!nap1ration poétique, les struotures de
~ ~ L.J
l t oeuvre télévisuelle" radiophonique" èt théâtrale ne sont que '0"
quelques uns des sujets possibles .
..
/
f
.,
: -, " , "o
" \, "' ," ---"':'~...
_---~---_._---,oélle ftes 4ébuta de- la oolon1e)
-
se retrouve dans de nombreux' .
êor1.~~ • • a · · ' ' ' ' .
Un pror?nd res~ot eat vouê à la rabe !ndlenne. Kanaw10, Les Traitants, quelques textes du Ciel par-de~sus les to1ts ,abordent oe ~h~me.' De plus~ 'oe~ta1ns personnages ont hérité
.
des- traits caractérist1ques de cette race: le.capitaine
Aub~rt (Cap-aux-sorciers), Burt Quesnel (Sêpt1ème-Nord
t
i·Véronique (Lea Forge~ de Saint-Maurioe).
~-
"
.L'oeuvre entière est '~mprégnée de poésie, pbésie de
l'~-m~rveillement et de la simplicité. Le regard du po~te
s'arrê-tera surtout à la nature.
Les persorinages de Guy Dufresnè sont de~ êtres passionnés, entiers. Cette force de oaractère, voire cet entêtement,
re--~rl~te très bien'la pèrsonnalité de l~ur créateur •
. Jusqu'~ présent nous n'avons qu'effle~é la thématique,
les personnages et l'inspiration pè~t1que. Nous préférons
nous arrêter aux ~adres d'expression de cette oeuvre. Ils sent variés: radio, télév1s1on et théâtre. Oeuvrant constamment dans l'audio-visuel, cet auteur a
da
S'adapter aux différents,
modes d'expression. Il a su reconnattre la particular1t~
de ohacun. L'évolution de Bon oeuvre r'epo'se sur ce dialogue de l'écriture et du langage technique BOUS ~es différentes
.t'ormes.
Il faut pour comprendra l ',oeuvre de Guy Dufresne ,s ·'attar,-der h chaoune des tormes d'e.xpres~lon utilisées'\ (radio."
télé-v1s1on~ théâtre) en respe'otant la spéc1f1.a1té de chacun de ces
, .
'.TI l n " waaw •• !?I_UW.
r ."
• 1
l
."ba~"
Ct
'&*8'~ r lie r lÀ. llua .'_1$ d IiI! . . . UA
.
, '.., - 9
.tnode.~. Lea U.:mttea de ce travail ne 'permettent pas' cependant
':. une étu'de
aufia~ :v:aG~e..
:[1
.f'~Ud~a d~nf d~li~1te~
.le êadrede-·notre eiploratio,n.
cl Choix du sujet
, '
, L 'univers 11ttéra~e
de
ciuy-
"Duire sne souiève èl,'l fa1.t unprobl~me fondamental. en l1tté~atu~e: "comment Btart1cu~e une
oeuvre littéraire conjug ~e au fait audio-visuel? ,;;'~ •.
...,.
Nous nous attacherons à cette problématique en concentrant
notre recherche sur l'univers théâtral étudié ~ partir d'une
pièce particulièrement signifioative: Le Cri de l'engoulevent. Pourquoi le fait théâtral? L'oeuvre théâtrale, par son essence même, exige un lien constant entre l'écriture et la technique. Comprendre les st,ructures de l'oeuvre théâtrale sera déjà comprerdre un peu mieux le phénomène de l'audio-visuel d'ans 'la 11 ttérature.
Trop s?uvent la critique théâtrale ignore la réunion de
l'écriture aux langages techni~es. Elle s'arrête à ia
psy-ohologie des personnages, à l'évolution dramatique ou à
l'in-fluence sociale. La t~chnique, la miae en scène et l'~nter~
prétation Bont considérées trop souvent comme des faits
parall~les, non intégrés à 'l'oeuvre. '
La critique littéraire s'est mal ~daptée
à
l'alliance~
du mot à la technique. Ainsi la globalité du fait théâtral
-
..
est' rareme.nt respectée." Là où l'aut~ur crée simultanément
avec le motJ le ge~te> la V01X,(le dêcor, 1téc~airage, :e
r'
,
1 ,', .t&i:lsA:!J:t" e:
l , \i
!
r•
~ , ,-J , , , .11. . 14 , b ' 10 -•critique doit non seulement comprendre chacun de ce~ éléments
mais voir comment chacun de ceux-ci s'intègre à un tout.
Pourquoi - Le Cri de l'engoulevent? ,
Nous avons limité notre étu~e de l'univers théâtral hlune
seule pièce: Le Cri de l'engoulevent, ce qui 'permettra une étude détaillée des différents langages propres au théâtre.
Les trois versions de cette oeuvre, échelonn~es sur une période
de treize ans (1959-1971~', contribueront à élargir notre
con-• v
-naissance de l'écriture dramatique et de sa relation avec les différents langages techniques.
Notre sujet de travail se formulera ainsi: Analyser l'intégration des langages dans( Le Cri de l "engoulevent afin
de mieux déceler les structures~ -~ oeuvre littéra1r~ con-~
frontée A' des réalités .. techniques.
.-
111 '. , , ,.
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Genèse de sa création Trame dramatique..
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-II PRESENTATION DU 'CRI DE L'ENGOULEVENT'
..
La genèse du Cri de l'engoulevent et la trame dramatique
de cette oeuvre se~ont l'objet de .ce premier chap~tre.
L'analyse de ces deux Dpoints vise ~ situer le cadre de
l'oeuvre. -.ô " a) Genèse de sa création <:':::2'1
---
-~ __ :;...>,r---~~---_____ ~-..." ___________ ~---La-genè~e d'une création littéraire doit tenir compte de
l'étude de différents facteurs. L'auteur vit dans un milieu
~
social.donné. Il en subit les influences. D'autres part,
\
certaines expériences marquent sa yie personnelle. Enfin,
sea créations antérieures laissent leurs traces dans l'oeuvre naissante.
En
1959,
Guy Dufresne écrit la première version du Cri.
'çle l' èngoulevent. Comment explique'r la naissance de cette
oeuvre? Laissons l'auteur nous 'en parler:
"C'est ma première pièce Qe je
l'ai écrite en
59.
Je song authéâtre en
55,
quand on m'a emandé defaire de~ textes d'encha!nement d'une'
émission! di te 'de "fd'lklore" que j'avais_
intitu~ée Cap-aux-Sorciers. 1 L'émissiod
se tr~sforma en têléroman et je m'y
consaéra1 tout entier jusqu'en 58.
L'a-vent~e de Cap-aux-Sorciers me captiva
tellement que Je risquai d'y laisser ma
santé~ mais ce fut une expérience
extrê-mement stimulante: j'y ai beaucoup
ap-" pris, au plan de l' écri ture dramatique.
, ... - • ...;\:-- t!)J. l "
-~
!WOSJI!lIIJUI I*,," t b 1 " ..
'-,
o
13
'-On peut même déceler une certaine in-, fluence dans Le Cri de l'engoulevent:
le père dans Le Cri et le capitaine Aubert dans Cap-aux-Sorciers sont deux. grandes forces autour desquelles
gravi-tent les autres personnages. De même,
il y a une certaine ressemblance entre
la Nichouette et Lucie. '
"
-, A' la même époque-, on avait demandé à Robert Choquette le scénario d'un film comique sur les aventures d'un,Américain
en visite au Québec. Choquette,~e
pou-vait accepter à cause d'autres
èngage-ments; il me suggéra au ~roducteur et
je m'embarquai dans cette affaire) je fis une partiè du scénario, puis le
pro-jet tomba à l'eau. Mais certains
élé-ments du personnage de Crowninshield viennent de là. Certains éléments -de comédie aussi." (1)
Ces propos de l'auteur soulignent qU~llques éléments de la
. genèse littéraire. Cepen~at1:t., ,<i' autres ~acteurs ont faYoris~'
la création du Cri de l'engoulevent. Nous nous atpardero~s
plus particulièreme~t à quelques événements,sociau~ et
politi-,
ques du Québec à cette époque. Puis nou~ évoquerons quelques
faits deb.la vie personne'lle de Guy Dufresnè.
l)
1959, année de composition de la pièce) st~vère une étape
de transition pour le Québec. Au mois de septembre meurt le
premier ministre Duplessis. Jean Lesage accède au pouvoir.,
Renée Dandurand situe Le Cri'de l'en6ou1eveniP à une "périodecharnière" du Québeo.
-(1)'
\
(Interview avec Guy DUfresne), ~es Cahiers'de'la Nouvelle
.,.1Af.WJJJrJMI;lIiIll • .. r
.
!, <e
\-..r·e
. . . . lift. '"' 1 &; • t 14-"Cette oeuvre témoignè d'une époque
pré-cise: ce n'est pas le Québec de la
pre-mi~re moitié du si~ele où dominaient les
. obj ectifs <de la survivance d'une société traditionnelle harmonieuse, objectifs qui souvent s'accompagnaient du dénigrement d'une société moderne, de plus en plus industrielle et urbaine; cecn'est pas non plus le profil tout récent du Québec con-testataire, néo-nationaliste qui émerge.
Il s'agit ici de la période-charni~re
entre ces deux époques, période qui a'vu son apothéose dans la "révolution tran-,
quille". Dufresne,
a
la façon deplu-sieurs intellectuels ou artistes de son temps, prépare et préfigure la
"révolu-tion tranquille:" (1) ,
Plusieurs oeuvres de cette époque expriment les nouveaux
.
,
objectifs de la s?Ciété. Renée Dandurand définit ces objec-tifs comme suit:.
"Ainsi, peu à peu, entre le milieu des années '50 et ,la "belle époque" de la '. révolution tranquille, des projets
col-l~ctifs nouveaux se dessinent~ Il nous
semble que deux de ces projets se déga-gent nettement, qui ne sont. d'ailleurs
pas sans l+en l'un avec l'autre:
accé-dèr à la liberté de pensée et d'action
et pour cela, ouvrir nos frontières sur le monde et délaisser nos partiCUlarismes .
étroits,. en second lieu, accéder à la
connaissance et à la "rationnalitéU,
seules garantes de l'efficacité de nos
pouvoirs publics à faire de notre société
une société model'ne." (2)
(1) Renée B. Dandurand, U 'Le Cri de l '~engoulevent ,~ Demain
la l'évolution tranquille." Les Cahiers de la Noavelle compagnre
Th~§trale, l?o. l, octobre 1971, p. 9.!
. (2) Renée B. Dandurand, ~.~
p.
ll~,
~,._,~ 15 ~,._,~
-Cette idéologie québécoise naissante se retrouve dans Le Cri de l'engoulevent.
La révolte de Gabrielle préfigure le désir de la nation
québécOise d'accéder à une plus grande liberté. La jeune
fille rejette un milieu régi par la peur et le sectarisme. Elle choisit un monde où elle pourra s'épanouir en toute llberté~
/
Le désir.de connaissance et de rationnalité se retrouve
.. '1
principalement chez le personnage de'Harold Crown1nshield. Cet Américain vient faire échec au vieux système du
"pa:tro-nage". Il prend ses décisions 'selon des critères objectifs.
L'ln~luence politique de quelques individus ne regle,plu, tci
. ,
les d~cisions administratives.
Cette oeuvre contient une critique acerbe du B~t~rne
politique. L'organisation pol~tique de l'époque duplessiste
est attaqu~e, plus partioulièrement le "patronage". Gabrielle
se fait l~ porte-parole de l'exaspération collective:
(1)
GABRIELLE - uYos ~PIONS que vous placez à
gauéhe, à droite, et~qui vous
renseignent, vous informent, exécutent vos caprices, vos ordres! .
.
.
. .
~. ,.. .
.
.
.
.
Yous ramenez tout à un
échi-quier dont vous ê~es maltre!". Cl)
1
,',
Le Cri de l'eri§oulevent (Montréal: Le~éac~
Collection UTheâtre canadien 9", 1971)
(l~~e éd., 1969), p. 100. '
"'".,.:;..,
c
'"o
1 .;J , •••• uWililOt4m J'dU U ) 16-Godefroy , Déchênes incarne le personnage-type du "patro-neux".
•
o
FERNAND - "Le pére-les tient de même dans l'creux de sa main, toute la
maudite "gangu •
LUCIE -' ,
. .
.
.
.
. .
.
.
.
l' a l'patronage de trois comtés entre les mains, 1 t'pére!
- l'est informé d'tout! l' sait
tout! l' "runne" tout!" (1)
, '
"
\.
Rappelons qu'aù'moment de la création de cette oeuvre,
Lesa~'a
pas encore accompli ses réformes. del'organi-Jean
-, A
sation politique. Le Québec se réveille 'lentement ge sa
torpeur.
Nous décelons dans Le Cri de l'ensoule~ent une révolte
,
contre l'ingérence américaine dans rlotrè économie.'
'(1) (2)
LÈ PERE (s'adressant à l'Américain
Crowninshield).
"Ecoutez parsonne! A vot' 0
guise! ~Vous êtes chez vous!
.
.
. . .
.
.
.
.
.
.
.
. .
.
Le pays vous appartient!
.
. .
. .
.
.
.
.
. .
.
.
.
, Vos calculs qui pèsent! .'En regard de ça, nos opinions, nos sentiments, not'vie, l'bon
sens? Merci! Du vent!" (a)
.1
_.
G~y Dufresne, op. cit.,
Gu~ Dutresne, ibid., p •
p. 45.
,96.
... ~d'
\ 0 "
:a~.1'<y~~...----_._~_n .. _~~q)6a<~ 1$1Iil"'t";j~1:II* l:Wlii!<ml.,... .... Q ... '1,'!1.5t 9-M-tU· .. ~h1+t .. fl'r.!oir.;tI ... ~<&A.,.,... ... I"9t'~d\~à _la,~"'nïtliilHflM_~~W~ .. iihl.&',~iRH!c~rt
(}'
-, *~ -~ _______ • _ _ _ ~;.::;.---; ... _ ... 14 ___ . . . t ... ItJIMIJt_._IJ_._' - ... - - - , - - - -t , ''"17 - )
\ , \ ' ,-.
Le cadre de la pièce~ une ferme aux limites deola v11le
..,. , c ' o
1ndu~trlelle ~ ~ chemat,1ee la s1 tuatioh du Québec de~" années
"
.
,-La société hésite ~ntre ses t~adiiions passées et
l'at-p. ,~, ~ • ' 1 '
, ,
trait de la société lndua'triel1e naissante.
Outre le cadre~ les personnages ont.sub+ l'empreinte du
\
môment sociologique. ,Le conflit -entre GOdefr'oy 'Déchênes et
o •
Crown1~shield traduit l'oppo~ition d~ vieux 6ystèm~ de
patro-\
. nage à la liberté d'action selon des norme~ objectives.
"
o ", Pour sa part>' Gabrielle vit ,~~ dval'fl:e particlJ.1'1er dans ~n
temps et un espace préCiS. Cependant, son ch~minement au
'c'ours de 'la pièce vers la , D •
'~risè
eh mà:in de son ,desttn répondC , " pa~fai tement à' la "ai t,uation
?U'
~ll:ébec(Se libérant d~ sa l,ongue.péri~de
de tutellepo~r
accéder à la~aturité
politique,éco-nomique el
<> sociale.
-"'1 1
et Fernand sont l'es témoip.s dl une certaln~
allé-? C i e
o ' ,
nation cul~u~,elle. Selon Renée' Dandur.'rutd, If utilis'ation de
"
nombreux ang'11cismes chez, ces' cleux personnages prouve
r .~ • • (;
-, . 0 ~ ::. .
-ils sont éloignés dé's réalités, i}on' tr:aditionnelles.
"(.Ils) figurent de façon' tragique le 'Bort
de milliers~~e ~uébécois ,qui, mal
prépa-rés" se r&trouverlt dans Ja so~ciété, moderne
pour en devenip les prOlétaires et, non Jes
protagonistes actifs., Les term~s B.rlglais "
'que sEl\llfJ ces deux pers.onnages utilisent
: montrent "d'ailleurs à quel~point. tOQtes
c~s réalités non traditionnelles (la,shop,
le cash, le bOBS, etc •.• ) leur demeurent
étrangères,." (1) '. ;; ,"0.' " " ' c..omb1e,n
'.
JRenée B~ Dandurand, '~ '!,se' Cri 'de 1" engpuievemt' . Doema1h'.r r
la ~évoluti on tranquille. ft Les . ,(
Cahiers d~ la Nguv~lle compagnTe '\\
Théâtrale, no. 1, octobre', 1971, p. ,11. '. " ,
-.
.
Î " ~ t ;< -.: " J ,~ ~ 'j 'J j , l " ~ ~ 1 ; 1 ! •MIll''''''.: 1 1 1 ) "
o
cl " 1 , , ,-.
...
,
' .. ,' ....'"
~ . " 18 -, 0'Ges quelques. relations entre le ~oment sociologique de
.
la oréation et l'oeuvre' ellé-mbe manlfes-tent des influences
• t l' ~
1ntér~s~antes. Cépendant\ 11 ne faudra1 t pas pour autant
.
oub11er les sources d'1nspirat1on plus
pe;sonnell~s.
En ;e.~fet, une oeuvre doit '.'son existence non-fre"blement au moment'
, ,
part~culier de sa naissance maip ·aussi A 1 t opservat1'on de
'\
l'auteur
et
.
~ son expérienoe personnelle'" , . ..~
Gabri~lle poss~de la forCE: morale et le :don d'·êmerveil~".
. ,
lement propres
à
son créateur, D'aut~e part. GOdefroy 'Déchênes• /J " ' ' < . fi"
est un persolVls;ge., robust~ qu1 présente les traita de cert'8.1.ns cult1vateurs 1nflu~nts,de l'6poque .dupless1s~e,
: Le
bostonna1s Crown1nsh1eld est l'lé grâce à l'observation , , de l'auteur. Pom1culteur pendant. plusieurs années) Guy\ '
. Dut'resne a eu '1'occas1on de'
tr'avâill~l:'
avec' c;1es agronomes'"
américains venuâ aider'les agriculteurs quéëéooiS en d1rr1-u , , cuIté, De plus. l'auteur a véou q~elque temps à Boston: Il
"-- "
~ ,
'.
a rapporté de qe ,s~Jour des observations précieuses sur l'a~
ristocratie américaine.
Le déoor de la pi~ce est rural.
\
l'auteur vit lui-m3me ~ là ~ampagne.
On se rappellera que
\
La poéSie du deuxi~~e
acte doit sans doute beaucoup l ce oontact direot avec la nlltur.e.
o
, \ 'Le Cri de l'engoulevent
Il
1\ " 'b~dgraPh1qUesJ soclologiqu~s
se réf~re donc
h
des élémentset se situe dans la mouvanoe des
\ i
vèréat10ns antérieures. L'ins~iration créatrice a prooédé , la mise en torme de tous ces matériaux et ~ donné naissance
A
ce qu'on appelle une oeuvre.'o "
.-"
, ,
.
, ,..
, ,-,
;L
••
-\
o
.. 19 .. b) Tra'me draniat1'gue ~Apras ~Yo1r esqu1ss6 la genèse de la cr6ation du Cri de
l'e~gOUlevent;' arrêtons-nous à l~' t\rame dramatique de cette oeuvre."
L'acte l présent~ les d1f(érents personnages du drame et.
~ ~ 0"'"
- .-..'
ëxpose'~les diriéréi'lts éléments qui constitueront l'action.
C'est l'exposit1on.
.
,'Sc~ne T: o
Madame
,
.
-,n&chênes et son fils
sur les travaux, de la ferme. -,
Sc~ne II:
Lucie, la bet:ljam1ne de la fa.millè) s'Urv1ent. Son entrée ~
,choque
sa
mère. Cette dernière interroge -sa fille sur sesallées, et venues de la soirée. pttia,. Lucie 'et' Fernand se ~isputent.
-SCÊ!pe 'III:
Le QP~r,e, GOdefroy Déchênes J grand éleveur et "patroneUx"
du comté, s~rt de l'étable. I l ordonne de faire venir un
, 0
._ vétérinalrè'pula règle les différends- de la r~11le • . ~ais
.
- une 1nqui~tpde soudaine succède
à
sa colère tapageuselors-'qu'il prend conscience de l'absence de sa fille atn~e,
Gabrie).le.
..:
1
1,.,
o
lb
- 20 -
...
Sc~ne IV:
Le père retourne à l'étable. Lucie raconte
h
sa m~re, et à sQn frère l'escïandre de Gabrielle à la filature au coursde l'après-midi~ Cet esclandre d'une secrétaire modèle
sur->
prend le "clan
maternel'~
(1). L'attitude de Gabrielle, '.en-~, oûtre, choque le olan! Elle a osê prendre là défense de
l'ingénieur amérioain, oet homme qui a la prétention de tenir ~
f-~,~.
1 t@te à Godefroy Déchênes.
'r
. scène V:
_ • Gabrielle, paratt à la sui te dè cette na.rration. phacun désire conna!tre les détails' de l'inoident. Tous la pressent
,
de questions. r La discussion dégénère en al~ercation. Les
viei'lles rancunes se réveillent. Lucie et Fernand rappelle~t
la préférence du p~re à l'égard de Gabrielle. Mais bien vite, les deux jeunes gens abandonnent la prise de bec pour aller 'regarder une ~mission de télévision. Gabrielle et
sa
mèredemeurent seules.
, 1
Sc~ne VI:
Madame D~ch@nes interroge Gabrielle sur les projets d'agrandissement préparés par' l'ingénieur américain, Crown1n-shield. De plus. e'lle cherche à connattre les sentiments de'
(1) Nous
désisne~on~
BOUS' 'cette Yppellation': la mère,· .Fernand et Lucie parce,que p;~ trois personnages se trouvent tr~s souvent réunis lors' des diverses situ~
t1on's de la pièce. '
'-• LI F •• , n i • • •
1 ... wrl' I_~
".nll
...
21
-sa fille pour l'América~n., Elle se retire rapidement devant le silence ent~tê de Gabrielle.
Scène VII:
La dernière scène met en présence Gabrielle et son'père. L'autorité de Gode~roy Déchênes c~de la place à la tendresse. Par quelques sous-entendus, il met en garde sa fille contre les charmes du bel ingénieur. A la suite-de cet entretien, Gabrielle reste seule~
ACTE
IIL'acte II correspond au noeud du drame. Crowninshield, 1 t 1ngénieur-conseil de ,la f'ilature" rencontr,e Gabrieile. A la veille dè son départ, l'Américain lui avoue son amour et lui demande sa main. La jeune fille aime cet homme malgré
"
toutes les oppositiQns familiales 'et sociales. Seules, la tendresse pour so~'père et la crainte de ses réactions l'em-pêchent de ,répondre immédiatement à cette demande.
ACTE III:
A 1 t acte III, les divers é,onfli ts latents éclatiE}nt" au grand jour pour ftnalement se' résoudre.
, ,
Crowninshield at"f'ronte la famille Déchênes.t plus préci-sément Godefroy Dé chênes • Une première lutte &.! engage entrel
'
,le père ,et l'ingénieur quand ce dernier annonce que, l'agran-dissement de -la f11.ature.t oon'trairement
aux'
désirs de Godefroyp~~hënes.t-
..
se ters,sur la te~revots1nê
et 'non sur cel1~ des'
'.
c '1 ~ , 1 .~,
.'/. . tullt;;._ uÏao ! tA a , ... u
.&.-, \
..
22
-Déchê~es. HarOld~r?WninSh!eld explique les raisons de son
choix. Godefroy Dé~hênes tente de réfuter les raisons
tech-niques de cette décision. Il perd vite pied devant la fermeté
"
de l'ingénieur. L'argumentation de l'éleveur, basée su~ des
.
intérêts personnels et des raisons purement affectives, ne
tient pas le C?UP devant l'objectivité de Orowninshield.
Un second affrontement s'engage entre les deux
ant-agonls-tes, et qui touche ,au coeur du drame. Ce ne sont pl-us deux
systemes de pensée, de'ux manières de vivre qui s'opposent,
•
les.deux hommes luttent ma~ntenant pour gagner l'amour de
Gabrielle. Le p~~e tente dés~spéré~ent d~~loigner sa fille de
cet intrus. Il accuse ce dernier de sé,duction, de Qervèrsi té •
Crowninshiéld conserve son sang-froid. Il sè contente de
réfuter les fausses accusations. L' att1 tude même de Godefroy
Déchênes en-tratne sa 'perte: Ba violence rendra manifeste
~. 1 •
l'amour possessif de ce père pour sa fille. Devant cette évidence, ,Gabrielle décide- de partir avec l'ingénieur.
Aveuglé par sa douleur, Godefroy D~chênes s'empare diune
ehatne. Il tente de les frapper tout deux. Ces derniers-ont
déjA fui. Godefroy, demeure seul. Un cri déchire le silence:
- "Gabrielle! ft ( 1)
•••
-~ ....
Après c~tte ,brève tlescription du déroulement de l'àction
dans Le Cri de l'en5oulevent, attardons-nous aux dif~érents
niveaux du drame.
(1) Guy- Dufresne, op. 'cit. ~ p. 135.
,1
f
-w UA_WC!Jb li •
- 23
\
La pièce de au~ Dufreene présente unetparticularité. En
effet~
nous retrouvons deuxnlv~ux'dramatiqUes.
Le premierest oentré sur Godefroy Déchiries; le second, sur ie person~
,
nage de Gabrielle.
Le Cri de l'engoulevent relate le drame de Godefroy
Déchênes, riche éleveur et organisateur politique. Il impose
sa 101 ~ tous. Gabrielle, sa fille a!née, a été maintenue
hors-de ce réseau de domination. Elle a été la seule ~ itre
- \
admise dans l'intimité de son père. Celui-ci a investi toute
sa tendresse en Gabrielle.
LA MERE ,(h Gabriêlle) - " ..• Quand tu
t'en iras d'ici autant dire que
p'our lui; ton père J tout s'
é-teindra.
~
. .
..
.
.
.
. .
.
,. . .
.
.
,Autant dire qu'il ne restera plus
rien qui vaille pour , lui.'~ (1)
Le pr,enrler, il comprend l' attrai t naissant de sa '·fille pour Crowninshie1d. Malgré tous ses effo'rts, Godefroy
Déchênes perd la partie;'
La
pièce se termine sur l'échec total de ce personnage.Echec politique. Il·ne réussira pas
mal~é
ses influences hfléchir l'intégrité de Crowninshield. L'ingénieUr soumettra
ses plans à la suite d'une étuqe ra~ionnelle, sans tenir
compte des intérêts particuliers de Godefroy --::-Dêoh@nes.
..
\,(1) Guy Dufreane, 'op. cit., p •. 48.
.,
J
-li:• • _ _ l",4'S •• lIll V, JeaJN.eaua ."'. f 4 A
c
24 -nILa pe~te de sa f~lle représente, pour ce dernier, le
second gchec. Cet échec est cuisant pçmr le "patroneux" et
.
doul?ureux pour le p~re. Gabrielle s'enfuit avec l'homme qui
a osé braver son pere. Ce dernier se trouve vaincu sur deux
~ronts par le même homme.
~tte
oeuvre nous rait vivre, dtautre part, lechemi~e~
ment de Gabrielle. Pour elle, un choix déchirant s'imposé. Deux passions entrent en conflit. ' Elle doit choisir. entre
l'amo~ PO~sèB~1r
de Bon" père etl'amo~
passionné deCrown1n-shield. Lea manigances
dè
Son pè'r,e . pour l'éloignerdélibéré-'ri,
ment de i'ingénieur révéieront'à Gâbrielle la vraie nature de
ce père 1déa"l1sé •. A la Buite de cette
'déC~'1Verte~
la Jeun{fille est libérée d'un ~ourd passé. Elle peut alors choisl~
1" amouI' de Harold Crownlnshield en toute liberté.
Joseph Melançon qualifi~.cette ~ièce de drame décentré.
Il explique en ces termes les deux n~veaux dramatiques:
" "_... Le rôle du père est' central parce .qu' ii·
est, MEDIATEUR DE SENS. Les êtres et les
cho-ses ont, dans la famille, le seul sens que '
lui, le p~re, leur donne. .
La· pièce, n'en demeure pas moins centrée sur'
le père~ mais ce 'centre n'~6t rien d'autre
qu'un centre de s.ignification.
• • • • • • • fi ... • • • • • • • • • • • • • •
Cependant, le p~re n'est pas l'élément ~y
namique' de l'act1.on. G,est l'attitude et
l'option de sa fille qui créent le drame et
le conduisent ,à sa fin tragique.
• • • • • . • • ·1 • • . • • .• . • • • • • •
Il sr avère alors que' le 6yat~me dramatique
de là pièce est plutôt construit sur ce
conflit de perce~tions dont Gabrielle est,
,sans .-conteste) le lieu, le centre et le
f-oyer. ' > r' , ,
..
l'
1
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~ ~ .~I ;B Tf JI ~, ~, -, 'kt. ~ ;~ ;i,l
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aiz,MWlSit J~l$ J2sa:=: .. 1 MWda"
• • • • • • • • • •
.
.
. . .
.
. .
.
La fonction dramatlque est dtssoc1ée du
système aigntftéattt. Alors que tout:
acèessolres, gestes, paroles, personna-ges, lieux, acquiert un sens déterminé
qui ob~itère les références proprès, un
sens second, disions-nous, par l'action du père qui est regard, emprise,
omni-présence, le ronctionn~ment du_drame,
par contre, est lié à la rencontre en
aparté, de sa rille avec l'Américain ••• Il en résulte un drame décentré qui a
sa dramaturgie particulière. Il (1)
\
Ce commentaire, de Joseph Me1ançon a été rédigé
A
la suite,
de la seconde version. L'amour trouble du père n'était pas
Rda en évidence dans cette version. Ce fait explique sa per~
'"
ception du drame. .
A notre avis, le fonctionnem,ent du dr'ame n' e~t pas
uni-quement lié à la rencontre de Crowninshie1d 'avec Gabrielle.
Déjà, au premier acte" l'entretien entre Godefroy et sa rille contient un élément important p'our le déroulement de l'action.
, ___________ - - 1 '
--f.-,-~~---~eette ref'H.}ontre-p~ A s~/façon le dénouement. ,L'wnour
---trouble du père se devine déj~. C'est ce dernier facteur qui
précipi~era le dénouement. l '
Deux niveaux dramatiques~coexistent dans cette oeuvre.
Godefroy Déchênes s' ef.fondre'-,~ la sui te de ses défaites
sua-l
cess1ves. Au même moment, Ga~~'d.el1e )l~fume son destin en
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s'enfuyant avec 1 ',1ngenleur. Ces,,·deux résultantes de l'action ,r-.J .... ,.
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,,' "(1) Joseph Melançon, "Un drame décentré", Les 'Cahiers de la
Nouvelle COmPagnie Théâtrale, no. l,
octobre 1971, pp. 19,
20, 21.
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u • • 26dvamatlque présentent cependant une corrélation évidente • L'e.f.fondrement de Déchênes est provoqué par le dép'art de sa
fille. Celle,-ci a démasqué son amour trouble. Inversement,
l'amour possessif du 'père s'est révélé devant la menace de
.
perdre sa fille. La confrontation: tendresse possessive ee
imminence d~ dépa~t de Gabrielle fait éclater les protections
de l'inconscient. Cette confrontation pe~met la verbàlisation
\du conflit réel, soit la jalousie et la haine du père envers
Crowninshield. Cette même verbalisation provoque
à
son tourle règlement du conflit, le départ de Gabrielle. Avant de
termlnev cette réflexion, ~l faUdrait souligner quë la troi~
~dème vevsion laisse de côté l'échec du "patroneux" po-qr se concentver uniquement suv la douleur d'un pève délaissé par sa préfévée:
Connaissant le cadve de la.création et l'action du Cri de l'engoulevent, abordons maintenant l'analyse des différents langages. ,.
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III ANALYSE DES LANGAGES
L-angage verb al Langage technique
- Langage ce la mise en scène
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~ <l ~. m.ru NtIII ANALYSE DES LANGAGES
Avant d'entreprendre l'étude des différents langages dans Le Cri de l'engoulevent., définissons les termes employés dans
4
ce présent chapitre pour désigner les langages du fait théâ-tra1.
1} Langage verbal:
Dialogue écrit par 1ta~teur et interprété par les
. comédiens.
2) Langage technique:
Les éléments visuels et auditifs prévus par l'auteur
et réalisés au cours de la représentation. Les
princi-paux éléments de ce langage sont les décors, les effets sonores, l'éClairage et les costumes.
3) Langage de la mise en scène:
L'ensemble des attitudes du coméd~n au cours de la
représentation. Voix, regards, gestes composent .1a.ba~e
de ce langage.
s
• La version utilisée sera cèlle de 1971, soit la troisi~me
version présentée par la
NeT
(Nouvelle Compagnie Théâtrale)en octobre de cette même année.
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' 29
-Le verbal est évidemment un élé~ept important de la
créà-tion théâtrale. En effet, dans la démar~he globale de cette
création~ i.e. de la rédaction d'un manuscrit
à
la réalisationscénique, le fait écrit représente le premier contact avec
l.'oe'uvre. On peut donc considérer le fait verbal °comme élément
du langage théâtral. A ce titre, il ne s'agit pas d'une étude
de texte littéraire, au sens où le texte ne serait pas destiné
~ sortir de l'écrit. Au théâtre, le langage verbal est axé
sur l'action. De ce,fait, le texte de l'oeuvre théâtrale d'oit
s'accorder aux structures
de
la langue parlée et non à ce Ilede la langue littéraire. Les niveaux de langue varieront
se-lon les pe'rsonnages et les circonstances. Le texte théâtral
ne sera pas lu, mais entendu. Il doit donc obéir à l~
flexi-bilité du verbal. Le Cri de l'engoulevent se plie à cette
règle. Les personnages emploient le parler de leur milieu
respectif. Examinons de plus près le fait verbal de cette oeuvre.
a) Langage verbal
ACTE l
j
A la scène l, Madame Déchênes s~entretient avec son fils
Fernand du travail quoti~en. Ce dialogue se maintient au
niveau de la conversatiQ~ de tous les jours. Fer~and expri~
me sa mauvaise humeur en jurant. Son langage se situe aux
limites du familier. et du "joual".
, 1. ", , ".
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!;l,
us'" _ 1 pdU. __ I l • SItIIl& . .
30
FERNAND - fi J 'me promène pa' ALLEGE, moi.
'est capable d'en porter, la voiture, qu'elle en porte! •.• J'sui'lcite, la mére, à
cin-quante pieds du garage! I.~ ( 1)
..
.',Le langage de Madame Déchênes s,e veut plus châtié ~ Le
décalage entre ce~ deux niveaux de langage provoque d'ailleu~s
.n.!'
des altercations entre la mère et le f11s'~ Madame Déchênes
n'accepte pas les jur~ns de Fernand. \
"(Il a de la.<iifficu1té~ il
jure entre séS dents') Bout
d' sacre! _
., ,
.. <'
LA MERE'- (Avec anxiété} elle ne s'habitue
., pas aux jurons) Fernand!" (2,)
'4~*~
Au niveau verbal, cette première scène renseign~ assez
Le dialo;ue situe le spectateur 'dan) un cadre sociolo-peu.
gique, ici une ferme, et révèle le rude travail quotidien.
, 0
A la scène II, Lucie survient. Le verbal laisse deviner
les moeurs du cercle familial. Il révèle quelques détails
.
~ ,su~, les memb,~e1 dS" la, famille Déc~ên~s. Les ,~anières
de Fernand apparaissent ~ès ses premières répliques.
brusques Madame Déchênes se distingue par un langage familier mais SOigné.
Il correspond à so~ attachement à l'honneur et à la fierté de
la famille. Lucie, pour sa part, réplique facilement aux
<'
(1) ~uy Dufresne, op. cit., p. 26.
(2) Guy Dufresne, ~b~d. ,.p. 25.
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Il
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reproches et aux taquineries. 'Son parler s'apparente à celui
, .,
de sa mère. Il contient
~epe~d~
den~mbreux
anglicismes •.Au cours des deuX premières scènes, le verbal fait
con-naître le c~dre social et ~e milieu familial.
.
.
Au début, Fernand, tout en jurant cantre son pneu crevé,
'\
app~end au sp~tate~r qu'il est sur une ferme au temps des
semences.,_ pette terme paraît québécoise: le langage le
con-firme.
A
la deuxième scène; le milieu :familial se trouve mieuxdéfini. Lucie revient de son travail ·aU, restaurant. Cette
situation blesse la fierté de Madame'Déchênes. D'autre part,
quelque~ répliques dévoilent le' .,caractère autoritaire du père.
J
LA MERE - "Tu viens d'avoir 17 ans! Ton père n'te laissera pas":fa1re!, •.
Ton père te, l'a dit ~ pas d'
flâ-.' nage où que ce soit après 9
heu-res! ••.
Qu'est-ce qui est arrivé?, ..• Préfères-tu que ton père te
l'demande?" (1)
Dès le lever dQ rideau, les décors suggèrent a~
specta-teur un cadre déterminé. Le verbal des deux premières scènes
précise cette iropression. Toutefois, ~e verbal s'orientera
tr~s vite vers les éléments psychorogiques de l'action. Voici
, 0 •
comment '6'effectuer~ cette évolu~ion du verbal.
o
•
(1) Guy Dufresne,
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ci t., p, 28. ,1-1 1 ,
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LI, l~ .\.
-" c, 32'
-, . 'A la sc~ne l, le verbal co!ncide exactement avec les
a
déqQrs. Le spectateur voit la cour d'une ferme et entend les
,
propos susceptlblee d'être 'entendus dans ce l~éu. Dès la
" .
.
4eUxl~m~ ~c~ne~ le spectateur prête un peu plus attention au
dialogue. Son regard 'se détache, graduellement du vi~ue1;, Le
;er~~l~ntr~duit a~or.
,le publie au wèin de la famille
D~chên~
•
~~n insérant quelques' élé'ments importants, tel le caractère'
.
, 'autoritaire'. 'de Godefroy Déchânes, On peut maintenant initier
1 le spectateur.au drame.
~
A la s'c~ne III,' une tr~nBi tforl 6' eff'ectue. Le quotidien
est boulev~rsé. Le père surgit qe la grange. 'Quelque chose
ne va pas. Le vêlement d'.une bête de prix le tracasse. Il
donne quelques 'ordr'~s et .. r~gle les différends dè sa f~~lle •
.:J . , p " .... • 1
Il g,rogne contre l'a paresse de 'Fernand et la légèreté 'd,e Lucie.
1 "'J ' . '
Le verbal de Godefroy Déchênes au cours de cette première
par-of ' • ~ .. , , ' ~
o
tie' se constitue essehtlellement d'ordres et de reproches. 'Il
<>
"
ne laisse ~ personne, le temps .de se j~stif'ier. o~l impose
le
•
,silence et refuse de répondre aux que'stions. Il encha!ne d'un
, ' . '1 ordre ~ l'autre. \ o 1 .
.
LE PERE -
n'CA
Luc;te) '.':ro~, ieite!• 1 " . • • •
o. . . .
t • • • .n • •LA
MERE, -.e.
QU'est-de qu'il y a qui nè. va pas Godet:ro'y.? ,
LE P~E '(il grogne sans"'la regarder)
• •• Appelle ~e' y:étérlna1:r~. " (l)
~ .
~l • •
o . : .
Cl)' Guy Dutresne, op.' clt., p 3r. ft' li