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Impact économique d'une réduction d'usage des antibiotiques en feedlot

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Academic year: 2021

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To cite this version:

Sauvage, Pierre . Impact économique d'une réduction d'usage des antibiotiques en feedlot. Thèse d'exercice, Médecine vétérinaire, Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse – ENVT, 2019, 122 p.

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ANNEE 2019 THESE : 2019 – TOU 3 – 4055

IMPACT ECONOMIQUE D'UNE REDUCTION

D'USAGE DES ANTIBIOTIQUES EN FEEDLOT

_________________

THESE

pour obtenir le grade de DOCTEUR VETERINAIRE

DIPLOME D’ETAT

présentée et soutenue publiquement devant l’Université Paul-Sabatier de Toulouse

par

Pierre SAUVAGE

Né, le 24 février 1995 à Strasbourg (67) ___________

Directeur de thèse : Mr Didier RABOISSON

___________

JURY

PRESIDENT :

Mr Laurent MOLINIER Professeur à l’Université Paul-Sabatier de TOULOUSE

ASSESSEURS :

Mr Didier RABOISSON Professeur à l’Ecole Nationale Vétérinaire de TOULOUSE

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Ministère de l'Agriculture et de l’Alimentation ECOLE NATIONALE VETERINAIRE DE TOULOUSE

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M. JOUSSERAND Nicolas, Médecine interne des animaux de compagnie

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Remerciements

À Monsieur le Professeur Laurent Molinier,

Professeur à la faculté de médecine de Rangueil, Qui nous fait l’honneur de présider ce jury de thèse, Hommages respectueux.

À Monsieur le Docteur Guillaume Lhermie,

Maître de conférences à l’École Nationale Vétérinaire de Toulouse, Productions animales – Économie,

Pour son encadrement, son aide et sa disponibilité tout au long de la réalisation de ce travail, Sincères remerciements.

À Monsieur le Professeur Didier Raboisson,

Professeur à l’École Nationale Vétérinaire de Toulouse, Productions animales – Économie,

Pour son encadrement, son regard critique sur ce travail et sa participation à ce jury de thèse Qu’il reçoive mes profonds remerciements.

À Leslie Verteramo Chiu, Harvey Morgan Scott, Loren William Tauer et Yrjo Tapio Gröhn,

Pour leur regard critique sur ce travail, Sincères remerciements.

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Table des matières

Table des figures ... 10

Table des tableaux ... 11

Table des équations ... 12

1. Introduction ... 13

1.1. Antibiorésistance et santé publique ... 13

1.2. Consommation des antibiotiques dans le monde ... 14

1.3. Importance des productions animales dans la problématique de l’antibiorésistance . 15 1.4. Politiques publiques et antibiorésistance ... 17

1.5. Dimension économique des antibiotiques en productions animales ... 18

1.6. La production bovine états-unienne ... 18

1.6.1. Importance, systèmes de production et consommation générale d’antibiotiques ... 18

1.6.2. Feedlots : principales maladies infectieuses et consommation d’antibiotiques ... 20

1.7. Problématique ... 21

2. Matériel et méthodes ... 22

2.1. Définitions des scénarios ... 22

2.1. Modélisation du feedlot ... 23

2.2. Définition des maladies infectieuses et incidences ... 26

2.3. Impacts des maladies ... 28

2.4. Calcul des coûts ... 34

2.5. Comparaison des scénarios ... 35

2.6. Analyse de sensibilité ... 36 3. Résultats... 37 4. Discussion ... 44 4.1. Validité du modèle ... 44 4.2. Interprétations économiques ... 46 4.3. Limites du modèle ... 49

(10)

4.4.1. Une nécessité... 52

4.4.2. Exemples... 53

4.5. Suivre l’exemple européen ? ... 55

5. Conclusion ... 57

Bibliographie ... 59

Annexe 1 : International Society of Economics and Social Sciences for Animal Health annual conference, juillet 2019, Atlanta, USA. ... 76

Annexe 2 : Guillaume Lhermie, Pierre Sauvage, Leslie Verteramo Chiu, Didier Raboisson, Harvey Morgan Scott, Loren William Tauer, Yrjo Pario Gröhn. 2019. Economic effects of regulating antimicrobial use in U.S. feedlot – Article à soumettre. ... 83

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Table des figures

Figure 1. Perte de revenu net par animal entrant en feedlot dans les scénarios Pro et

No-AM, par rapport au scénario BAU, en fonction du niveau d’incidences des maladies (faible, modéré, fort)... 38

Figure 2. Graphiques tornades représentant les effets des variables utilisées dans l’analyse de

sensibilité sur la perte de revenu net dans les scénarios No-Pro (graphique A) et No-AM (graphique B).. ... 39

Figure 3. Répartition de la différence de revenu net par animal entrant en feedlot, dans les

scénarios No-Pro et No-AM, par rapport au scénario BAU, lorsque les incidences étaient modérées ... 40

Figure 4. Répartition de la différence de coût net des maladies, par animal entrant en feedlot,

dans les scénarios No-Pro et No-AM, par rapport au scénario BAU, lorsque les incidences étaient modérées, en fonction des maladies étudiées. ... 41

Figure 5. Répartition de la différence de coût net des maladies par animal entrant en feedlot,

dans les scénarios No-Pro et No-AM, par rapport au scénario BAU, lorsque les incidences étaient modérées, en fonction des postes de coûts. ... 42

(12)

Table des tableaux

Tableau 1. Caractéristiques de production utilisées pour le paramétrage du modèle. ... 24 Tableau 2. Effet de l’antibioprophylaxie sur le GMQ des animaux, les risques relatifs de

morbidité (RRMORB), de létalité (RRLET) et d’abattage anticipé (RRAA). ... 25

Tableau 3. Coûts de production individuels utilisés pour le paramétrage du modèle. ... 26 Tableau 4. Incidences des maladies utilisées pour le paramétrage du modèle. ... 28 Tableau 5. Jours de déclenchement des maladies, de mort et d’abattage anticipé associés

maladies, utilisés pour les calculs des impacts et des coûts associés. ... 32

Tableau 6. Impacts des maladies utilisés pour le paramétrage du modèle. ... 33 Tableau 7. Équations utilisées pour le calcul des coûts des impacts des maladies, dans chaque

scénario.. ... 35

Tableau 8. Revenus nets ($) moyens obtenus par animal entrant en feedlot, dans les différents

scénarios en fonction du niveau d’incidences des maladies (faible, modéré, fort). ... 37

Tableau 9. Variations du prix d’achat des bovins maigres et du prix de vente des bovins

engraissés nécessaires, toute chose égale par ailleurs, pour obtenir un revenu net égal à celui obtenu dans le scénario BAU pour des prix de vente et d’achat moyens, dans les scénarios No-Pro et No-AM, en fonction du niveau d’incidences des maladies. ... 43

(13)

Table des équations

Équation 1. ... 27 Équation 2. ... 29 Équation 3. ... 29 Équation 4. ... 35 Équation 5. ... 36

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1. Introduction

1.1. Antibiorésistance et santé publique

Le 21 septembre 2016, la résistance aux antimicrobiens, et particulièrement aux antibiotiques, a fait l’objet de la quatrième Assemblée Générale des Nations Unies sur un thème de santé, après le virus d’immunodéficience humaine, les maladies non transmissibles et la maladie due au virus Ébola (WHO, 2016). Aujourd’hui, environ 700 000 décès par an (nombre probablement sous-estimé) sont imputables à l’antibiorésistance à l’échelle de la planète. En 2050, il est estimé que le nombre de décès imputables à l’antibiorésistance serait de 10 millions par an, devant les cancers (8,2 millions), les diabètes (1,5 million), les maladies diarrhéiques (1,4 million), ou les accidents de la route (1,2 million) (Review on Antimicrobial Resistance, 2016). Ainsi, il s’agit d’une problématique planétaire dont la prise en charge requiert une approche pluridisciplinaire (WHO, 2015 ; FAO, OIE, WHO, 2003).

On définit cliniquement la résistance aux antibiotiques comme étant la capacité d’une bactérie à survivre à des concentrations d’antibiotiques qui tuent, ou inhibent la prolifération, des bactéries sensibles de la même souche. C’est un phénomène évolutif inévitable qui répond à la théorie darwinienne. La résistance, spontanée ou acquise, de bactéries face aux antibiotiques leur procure un avantage évolutif vis-à-vis des bactéries sensibles en présence d’antibiotiques. Ainsi, tout usage des antibiotiques augmente la pression de sélection en faveur des bactéries résistantes (Acar, Davies, 2009).

Les conséquences de l’antibiorésistance sur la santé humaine peuvent être regroupées en deux catégories (FAO, OIE, WHO, 2003). La première conséquence citée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est « l’augmentation du risque de développer des infections qui n’auraient pas dû se déclarer ». En effet, lorsqu’un antibiotique est consommé, les bactéries qui y sont résistantes prolifèrent plus facilement que les bactéries sensibles. Par exemple, le risque de déclarer une salmonellose à Salmonella résistante à un antibiotique est multiplié par plus de trois lorsque cet antibiotique est consommé concomitamment à la contamination par

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d’échec des traitements antibiotiques et l’augmentation de la sévérité des infections » (allongement de la durée des maladies, augmentation de la fréquence de développer une bactériémie ou une septicémie, augmentation de la fréquence des hospitalisations et de leurs durées, augmentation de la mortalité).

Par son impact sur la santé, l’antibiorésistance a des conséquences économiques globales. Elle augmente les coûts de santé, diminue la main-d’œuvre et la productivité et abaisse le revenu des ménages et national (WHO, 2015). En Europe, l’impact économique dû aux bactéries résistantes est actuellement estimé à plus d’1,5 milliard d’euros (Commission Européenne, 2017). Une équipe américaine a évalué l’impact économique d’infections à germes résistants aux antibiotiques dans un centre hospitalier universitaire au cours de l’année 2 000 (Roberts et al., 2009). Les résultats sont surprenants. Dans une cohorte d’environ 1 400 patients, 138 présentaient une infection à un ou plusieurs germes résistants. En moyenne, les infections à germes résistants coûtaient 21 018 $ de plus par patient que lorsque les germes n’étaient pas résistants. En tenant compte des coûts hospitaliers, de la mortalité et de la perte de productivité, le coût sociétal des infections à germes résistants de la cohorte étudiée s’étalait de 10,7 à 15 millions de dollars.

1.2. Consommation des antibiotiques dans le monde

En parallèle, la consommation d’antibiotiques ne cesse d’augmenter dans le monde. Entre 2000 et 2015, la consommation humaine d’antibiotiques a augmenté de 65 % (Klein et al., 2018). Ce phénomène est particulièrement notable dans les pays à revenus intermédiaires inférieurs : on note par exemple une augmentation de 103 % en Inde. Si les taux de consommation par habitant restent constants entre 2015 et 2030, la consommation mondiale d’antibiotiques n’augmenterait que de 15 % pendant cette période. En revanche, dans le cas où l’augmentation des taux de consommation serait aussi nette entre 2015 et 2030 qu’entre 2000 et 2015, on noterait une augmentation de 202 % de la consommation mondiale d’antibiotiques chez l’Homme. Parallèlement, en tenant le plus possible compte de l’évolution des systèmes d’élevage, la consommation mondiale d’antibiotiques chez les animaux passerait de 63 151 tonnes en 2010 à 105 596 tonnes en 2030 (Van Boeckel et al., 2015), soit une augmentation de 67 %. Les deux-tiers de cette augmentation seraient liés à l’augmentation du nombre d’animaux élevés à travers le monde.

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1.3. Importance des productions animales dans la problématique de l’antibiorésistance

Ainsi, l’utilisation des antibiotiques dans les productions animales est au cœur du problème. L’alimentation est en effet reconnue comme la première voie de transmission de la résistance aux antibiotiques de l’animal à l’Homme (FAO, OIE, WHO, 2003). Une étude s’est intéressée à l’influence de l’utilisation d’antibiotiques comme promoteurs de croissance sur la contamination des carcasses des bovins abattus et de leur viande hachée par des bactéries résistantes (Alexander et al., 2010). Dans le groupe traité aux antibiotiques et le groupe non-traité, des Escherichia coli résistantes à l’ampicilline (Ampr) et aux tétracyclines (Tetr) ont été

retrouvées dans les fèces, le contenu intestinal, sur la peau, la carcasse immédiatement après l’éviscération et après 24 heures de réfrigération, dans la viande hachée réfrigérée à 5 °C pendant un à huit jours, ainsi que sur le matériel de l’abattoir. Seule l’analyse des fèces a mis en évidence une prévalence supérieure de bactéries résistantes dans le groupe traité par rapport au groupe contrôle (Ampr : 26,5 % vs. 7,9 % ; Tetr : 50,9 % vs. 12,6 %). Ainsi, la contamination

des denrées alimentaires par des E. coli résistantes aux antibiotiques peut avoir lieu que les animaux aient été traités ou non aux antibiotiques. Par ailleurs, une enquête rétrospective (Dechet et al., 2006) a fait le lien entre une épidémie de salmonelloses à Salmonella enteritica sérotype Typhimurium DT104, résistante à plus de cinq antibiotiques, dans le nord-est des États-Unis en décembre 2003, et la consommation de bœuf haché cru ou insuffisamment cuit. La viande avait été préparée dans un abattoir où Salmonella enteritica Typhimurium avait été isolée auparavant. De même, en 1999, une épidémie de salmonellose à Salmonella enteritica sérotype Typhimurium DT104 résistante aux fluoroquinolones, qui s’était déroulée en 1998, a été investiguée (Mølbak et al., 1999). L’enquête a permis de remonter jusqu’à deux élevages de porcs charcutiers où des salmonelles qui présentaient le même profil de résistance que celles responsables de l’épidémie, ont été isolées. Aucune fluoroquinolone n’avait été administrée dans ces élevages en 1998 ; l’acquisition de la résistance à ces antibiotiques était certainement liée à une utilisation plus ancienne.

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résistance aux antibiotiques des bactéries du tube digestif de souris. Avant l’administration par voie orale ou intraveineuse de tétracycline ou d’ampicilline aux souris, des Enterococcus spp. résistants aux tétracyclines (Tetr) et des E. coli portant un gène codant pour une bêta-lactamase

(blaCMY2) leur ont été inoculés. Les pools de gènes Tetr et blaCMY2 ont été mesurés après

l’administration de tétracycline et d’ampicilline, respectivement. Dans les deux cas, l’augmentation de la population bactérienne antibiorésistante était plus rapide et plus forte lors de l’administration des antibiotiques par voie orale que par voie intraveineuse. L’administration d’antibiotiques a également favorisé l’émergence de résistances chez des souris à qui aucune bactérie résistante n’avait été inoculée. Ce phénomène était plus prononcé lorsque les antibiotiques étaient administrés par voie orale. En effet, lorsque les concentrations en antibiotiques sont insuffisantes pour tuer les bactéries, leur ADN est plus souvent réparé et la fréquence de réparation de l’ADN, et donc le nombre d’erreurs de synthèse, augmente (Acar, Davies, 2009). C’est ainsi que les concentrations sous-thérapeutiques d’antibiotiques favorisent l’émergence de gènes de résistance. Ce phénomène est plus important lorsque les antibiotiques utilisés ciblent l’ADN des bactéries ou sa synthèse. En 2015, une équipe canadienne s’est intéressée à l’effet de l’administration continue de tylosine par voie orale, à dose sous-thérapeutique, sur la résistance aux macrolides des entérocoques fécaux de jeunes bovins engraissés en feedlot (nom donné aux ateliers d’engraissement de bovins en Amérique du Nord) (Beukers et al., 2015). Le groupe d’animaux traités à la tylosine a été comparé à un groupe contrôle non-traité. Avant toute ingestion de tylosine, environ un quart des animaux (tous groupes expérimentaux confondus) présentaient dans leurs fèces des entérocoques résistants à l’érythromycine et un tiers à la moitié des animaux présentaient des entérocoques résistants à la tylosine. La proportion de jeunes bovins présentant des entérocoques résistants à au moins un macrolide a augmenté au cours de l’expérimentation dans les deux groupes. Toutefois, la proportion d’entérocoques résistants était significativement supérieure dans les fèces des animaux traités à la tylosine que dans le groupe contrôle. Ainsi, l’administration d’antibiotiques par l’alimentation sélectionne des bactéries résistantes chez une grande proportion des animaux d’un atelier, et le transfert de bactéries résistantes entre les individus est facile lorsque la proximité entre les animaux est grande. La population de bactéries résistantes peut donc augmenter chez des individus non-traités. Par ailleurs, le personnel d’élevage est exposé au microbiote des animaux élevés et des bactéries résistantes peuvent être transférées des animaux d’élevage à l’Homme. Le portage humain de Staphylocoques dorés Résistants à la Méthicilline (SARM) est supérieur chez les éleveurs de veaux de boucherie que chez les personnes qui ne sont pas en contact d’animaux d’élevage, et est d’autant plus important que le nombre de veaux

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dans l’élevage est grand (Graveland et al., 2010). En connaissant le risque que constitue le transfert de germes pathogènes résistants entre hommes, qui peut générer des infections nosocomiales à bactéries résistantes aux antibiotiques (Mølbak et al., 1999), il est logique de s’intéresser au développement de l’antibiorésistance à grande échelle dans les élevages.

1.4. Politiques publiques et antibiorésistance

Afin de « maintenir le plus longtemps possible et sans discontinuer la capacité de traiter et de prévenir les maladies infectieuses au moyen de médicaments sûrs et efficaces » (WHO, 2015) des politiques publiques internationales, communautaires et nationales sont mises en place. Selon l’OMS, les politiques mondiales et nationales devraient suivre cinq objectifs. D’abord, l’antibiorésistance devrait être connue et comprise par l’ensemble de la population. Ensuite, les connaissances sur l’antibiorésistance (écologie microbienne, mécanismes d’acquisition et de transmission de l’antibiorésistance, etc.) devraient être renforcées grâce à la recherche fondamentale. De plus, la prévention devrait être le premier moyen de gestion des maladies infectieuses. L’utilisation des médicaments antibiotiques devrait être optimisée en santés humaine et animale, en incitant les professionnels de santé à obtenir des diagnostics de certitude, et la consommation des antibiotiques devrait être parfaitement connue pour faciliter sa régulation. Enfin, les investissements dans la lutte contre l’antibiorésistance devraient être incités par des arguments économiques de poids.

En médecine vétérinaire, l’application de ces grands principes passe par la régulation de l’utilisation des antibiotiques à des doses sous-thérapeutiques pendant de longues durées pour la prévention des maladies ou pour favoriser la croissance des animaux. Comme dans les pays européens (Commission Européenne, 2017), cette pratique a été jugée « inappropriée » par l’Agence Nationale de l’Alimentation et du Médicament états-unienne dans sa « Guidance for Industry #213 » (Food and Drug Administration, 2013). La régulation de l’utilisation des antibiotiques s’axe autour de la classification des antibiotiques selon leur importance en médecine humaine : ce sont les antibiotiques d’importance médicale (WHO Advisory Group

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l’élevage et qu’aucun autre antibiotique n’est efficace dans ce but-ci. Ensuite, l’utilisation des antibiotiques d’importance médicale doit se faire sous la supervision d’un vétérinaire, par le biais d’une consultation ou d’un protocole de soins. À l’échelle nationale ou communautaire, les recommandations internationales sont appliquées sous la forme de mesures réglementaires ou incitatives (Food and Drug Administration, 2013 ; Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, 2019).

1.5. Dimension économique des antibiotiques en productions animales

Le traitement des maladies des animaux de production, infectieuses ou non, est nécessaire pour optimiser le bien-être animal, pour lutter contre les maladies infectieuses transmissibles à l’Homme et pour limiter leur impact économique à toutes les échelles (Lhermie et al., 2015). En effet, l’activité de production consiste à transformer une ressource en produit dont la quantité conditionne le revenu. Ce processus dépend de facteurs de productions. Dans le cadre des productions animales, l’apparition d’une maladie diminue la productivité des facteurs de production. La quantité de produit diminue donc, et ce d’autant plus que l’intensité (p. ex. : mortalité) de la maladie est forte (Chi et al., 2002 ; Lhermie et al., 2015). Or, le traitement des maladies bactériennes passe par l’administration d’antibiotiques. Ainsi, la dimension économique de l’usage des antibiotiques pour gérer les maladies animales bactériennes ne doit pas être délaissée lors de la construction de plans de régulation de l’utilisation de ces médicaments en productions animales.

1.6. La production bovine états-unienne

1.6.1. Importance, systèmes de production et consommation générale d’antibiotiques

La production de viande bovine, qui s’est élevée en 2018 à 72,1 millions de tonnes dans le monde, est la troisième production mondiale de viande après la viande de volaille (122,5 millions de tonnes) et la viande de porc (121,1 millions de tonnes) (FAO, 2018). Avec 12,2 millions de tonnes produites en 2018 et une probable augmentation de 4 % en 2019, les États-Unis sont les premiers producteurs mondiaux de viande bovine (USDA, Foreign Agricultural Service, 2018). Trois systèmes d’élevage principaux composent la production de viande bovine

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aux États-Unis (Sneeringer et al., 2017 ; Field, 2018). D’abord, des veaux sevrés entre 5 et 10 mois sont produits par des élevages naisseurs. La plupart de ces ateliers sont composés de moins de 50 vaches reproductrices, mais ce nombre peut aller jusqu’à plus de 1 000. Dans les élevages naisseurs, la production est majoritairement extensive : dans certaines régions, chaque vache peut disposer de 150 hectares. Les veaux sevrés sont ensuite dirigés vers les ateliers de croissance (backgrounding en anglais), où ils sont nourris pendant 3 à 8 mois au pâturage à la belle saison et avec des fourrages conservés en hiver. Les veaux sevrés les plus lourds sont souvent engraissés directement après le sevrage, sans passer par la phase de croissance. L’engraissement constitue le troisième système et a lieu dans des ateliers nommés feedlots. Les bovins y sont confinés et leur nombre peut aller de moins de 1 000, pour la majorité des ateliers, à plus 32 000 pour les gros. Les ateliers de plus de 1 000 bovins regroupent plus de 80 % de la production de viande bovine aux États-Unis. La période de finition, ou d’engraissement proprement dite, dure de 100 à 300 jours, pour atteindre un poids d’abattage compris entre 450 et 700 kilogrammes. Les veaux mâles castrés représentent entre 60 et 70 % des bovins engraissés, les animaux restants sont principalement des génisses ; les vaches de réforme sont minoritaires.

Dans les feedlots, des bovins de plusieurs origines sont regroupés et confinés après un transport qui peut être de plusieurs centaines de kilomètres. Dans ces conditions, les facteurs de risque de développement de maladies s’accumulent. Ainsi, en 2011, dans plus de 50 % des feedlots de plus de 1 000 animaux, des antibiotiques ont été injectés à des groupes de bovins pour prévenir l’apparition de maladies, lors de leur introduction dans les ateliers. Vingt-six pourcents des bovins qui sont entrés dans les feedlots ont ainsi reçu une injection d’antibiotiques à ce moment-là. De plus, 73,4 % des feedlots de plus de 1 000 animaux ont administré des antibiotiques dans l’alimentation pendant des durées qui pouvaient dépasser 30 jours. Par ailleurs, dans environ 90 % des feedlots de plus de 1 000 animaux, les bovins ont reçu des ionophores1 per os pour améliorer leur croissance. A contrario, moins de 20 % des

ateliers naisseurs états-uniens ont utilisé des antibiotiques pour la prévention des maladies ou comme promoteurs de croissance.

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que les productions de viandes de volaille et de porc (Van Boeckel et al., 2015). Toutefois, cette estimation ne tient pas compte de la diversité des systèmes d’élevage bovin, propre à cette production (cf. ante). Dans les ateliers d’engraissement états-uniens, où le risque de développer des maladies infectieuses est important, la consommation d’antibiotiques y est supérieure que dans les autres systèmes d’élevage.

1.6.2. Feedlots : principales maladies infectieuses et consommation d’antibiotiques

Les maladies infectieuses qui touchent les bovins en feedlots sont nombreuses mais seules quelques maladies constituent des dominantes pathologiques. Le complexe des maladies respiratoires bovin représente près de 60 % de la morbidité totale dans les feedlots nord-américains et le même pourcentage pour la mortalité (USDA, Animal and Plant Health Inspection Service, 2013 ; Church, Radostits, 1981). L’impact économique annuel des maladies respiratoires a été évalué à presque un milliard de dollars dans la filière bouchère états-unienne (Griffin, 1997). Plusieurs virus et bactéries participent au développement de cette maladie chez les bovins et le stress, qui affecte les bovins à l’entrée en feedlots, en est un facteur de risque majeur (Constable et al., 2017). En l’absence d’examens complémentaires pratiqués en routine, les antibiotiques sont souvent utilisés pour traiter les cas cliniques de maladie respiratoire et prévenir les épizooties par la prophylaxie ou la métaphylaxie (DeDonder, Apley, 2015). Ainsi, presque tous les jeunes bovins (JB) affectés cliniquement par ces maladies reçoivent un traitement antibiotique par la voie parentérale et, en moyenne, 59,8 % des ateliers d’engraissement états-uniens préviennent les troubles respiratoires cliniques et subcliniques avec des antibiotiques (45,3 % des ateliers de moins de 8 000 JB et 92,6 % des ateliers de plus de 8 000 JB) (USDA, Animal and Plant Health Inspection Service, 2013).

Les abcès hépatiques sont des troubles subcliniques fréquents chez les bovins à l’engraissement (Nagaraja, Lechtenberg, 2007). Fusobacterium necrophorum et Trueperella pyogenes peuvent former des abcès hépatiques à la faveur d’une acidose ruminale et d’une ruminite chroniques. En plus de la saisie des foies abcédés à l’abattoir, les abcès hépatiques affectent les performances de croissance des animaux et dévalorisent les carcasses. Ils sont généralement gérés par l’utilisation prophylactique de tylosine par voie orale : 71,2 % des JB en ateliers d’engraissement reçoivent de la tylosine à cette fin (USDA, Animal and Plant Health Inspection Service, 2013).

(22)

Selon les données issues de cinq grands ateliers d’engraissement de l’ouest des États-Unis, les boiteries représentent 16 % de la morbidité totale et 5 % de la mortalité (Griffin et al., 1993). Elles diminuent la capacité des animaux à se déplacer et donc à accéder à leur ration. Ainsi, elles affectent leurs performances de croissance et dévalorisent les carcasses à l’abattoir (Terrell et al., 2017). Les boiteries peuvent être infectieuses ou non-infectieuses. Le premier groupe, composé principalement de la dermatite digitale (ou maladie de Mortellaro), des phlegmons interdigitaux et des arthrites infectieuses (Constable et al., 2017), représente la quasi-totalité des troubles locomoteurs (Davis-Unger et al., 2017). Ces trois affections sont causées par des bactéries mais seuls les phlegmons interdigitaux et les arthrites infectieuses nécessitent l’administration d’antibiotiques par voie générale (Constable et al., 2017). En 2011, plus de 95 % des animaux boiteux, soit 1,4 % des JB (sains et malades) en engraissement, ont été traités à l’aide d’antibiotiques administrés par la voie parentérale (USDA, Animal and Plant Health Inspection Service, 2013).

1.7. Problématique

La fréquence des maladies infectieuses en engraissement bovin aux États-Unis et leur impact économique expliquent que les antibiotiques soient utilisés dans ce système de production. La gestion de l’antibiorésistance passe, entre autres, par la mise en place de mesures dont l’objectif est de diminuer l’utilisation des antibiotiques en productions animales (WHO, 2015), dont l’engraissement bovin fait partie. Ces mesures sont potentiellement coûteuses pour les producteurs, et l’évaluation économique d’une diminution de l’utilisation des antibiotiques est un préalable nécessaire (Seegers et al., 2011). Bien que beaucoup d’études se soient intéressées à l’impact économique des maladies qui touchent les bovins en engraissement dans la situation actuelle, où ils sont traités aux antibiotiques (Faber et al., 2000 ; Nautrup et al., 2013 ; Engler et al., 2014 ; Schneider et al., 2009 ; Brown, Lawrence, 2010 ; Griffin, 1997 ; Davis-Unger et al., 2017), les conséquences économiques d’une réduction, voire d’une suppression, de l’utilisation thérapeutique ou préventive des antibiotiques n’ont jamais été

(23)

2. Matériel et méthodes

Pour évaluer l’impact de la réduction de l’utilisation des antibiotiques en engraissement bovin aux États-Unis, nous avons simulé, à l’aide du logiciel Microsoft Excel (Microsoft, Edmond, WA), un lot de 100 JB dans un atelier d’engraissement (feedlot). Nous en avons modélisé les paramètres biologiques et économiques afin de calculer les coûts nets de la réduction de l’utilisation des antibiotiques, en utilisant la méthode du budget partiel.

2.1. Définitions des scénarios Scénario Business As Usual (BAU)

Le scénario BAU correspond à la situation actuelle dans les feedlots états-uniens. Les antibiotiques sont utilisés à des fins curatives et préventives, sous le contrôle des vétérinaires. Dans notre modèle, nous avons considéré que les traitements utilisés étaient propres à chaque maladie.

Les traitements curatifs ont pour but de limiter la mortalité et de réduire l’impact des maladies sur les performances zootechniques des malades. Le premier objectif de l’antibioprophylaxie est de diminuer la fréquence d’apparition des maladies contre lesquelles les antibiotiques sont administrés. Toutefois, les animaux qui reçoivent ce type de traitement voient théoriquement leur Gain Moyen Quotidien (GMQ) augmenter et la durée de leur engraissement diminuer. Les coûts de production (alimentation, travail, etc.) en engraissement sont donc théoriquement inférieurs lorsque les bovins reçoivent des antibiotiques en prophylaxie que dans le cas contraire. Ainsi, bien que l’antibioprophylaxie ait un coût, nous pouvons supposer qu’elle augmente le revenu net des feedlots qui l’utilisent.

Scénario No-Pro

Le scénario No-Pro correspond à la situation où l’usage préventif des antibiotiques est interdit. Les antibiotiques ne peuvent être utilisés qu’à visée curative.

Scénario No-AM

Le scénario No-AM correspond à la situation où tout usage des antibiotiques est interdit. Les maladies peuvent être traitées avec des traitements substitutifs aux antibiotiques à condition

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qu’ils soient disponibles et que leur efficacité ait été démontrée. Dans le cas contraire, les animaux ne sont pas traités.

2.1. Modélisation du feedlot

Toutes les caractéristiques de production des bovins engraissés ont été fixées à partir de données de la littérature (Babcock et al., 2009 ; Schneider et al., 2009 ; USDA, National Agriculture Statistics Service, 2016b ; 2018b ; 2018c ; Thompson et al., 2006).

Dans tous les scénarios, les poids d’entrée en feedlot et d’abattage ont été fixés à 295 kg et 590 kg respectivement.

Dans le scénario BAU, la durée d’engraissement a été fixée à 197 jours. Elle a été divisée en deux phases successives, la phase 1 (P1) et la phase 2 (P2), de 37 jours et 160 jours respectivement. Le passage de P1 à P2 était déterminé par un poids ; P1 se terminait lorsque les animaux atteignaient 331 kg. Le gain moyen quotidien (GMQ) était de 0,97 kg/j pendant P1 et de 1,63 kg/j pendant P2 ; le GMQ était donc de 1,50 kg/j pendant toute la durée d’engraissement. Dans les scénarios No-Pro et No-AM, les antibiotiques n’étaient pas utilisés en prophylaxie. En accord avec les données de la littérature, nous avons considéré que l’utilisation prophylactique des antibiotiques augmentait le GMQ de 7,30 % (Wileman et al., 2009). Dans les scénarios No-Pro et No-AM, les GMQ étaient donc plus faibles et les durées plus longues que dans le scénario BAU. Les GMQ et les durées d’engraissement étaient identiques dans les scénarios No-Pro et No-AM. Les caractéristiques de production des animaux dans les différents scénarios sont recensées dans les Tableau 1 et Tableau 2.

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Paramètre Scénario(s) Valeur Unité

Poids d’entrée Tous 295 kg

Poids d’abattage Tous 590 kg

GMQ moyen BAU 1,50 kg/j Autres 1,40 kg/j GMQ P1 BAU 0,97 kg/j Autres 0,90 kg/j GMQ P2 BAU 1,63 kg/j Autres 1,52 kg/j Durée de P1 BAU 37 j Autres 40 j Durée de P2 BAU 159 j Autres 171 j

Durée d’engraissement BAU 197 j

Autres 211 j

Tableau 1. Caractéristiques de production utilisées pour le paramétrage du modèle. GMQ : gain moyen quotidien ; P1 : phase 1 ; P2 ; phase 2 ; BAU : Business As Usual ; Autres : scénarios No-Pro et No-AM.

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Moyenne IC 95 % Min Max Augmentation du GMQ, % 7,30 6,60 8,60 RRMORB MR 0,52 0,47 0,57 RRMORB AH 0,27 0,24 0,31 RRMORB boiteries 1 RRLET MR 0,62 0,54 0,72 RRLET AH 1 RRLET boiteries 1 RRAA toute maladie 1

Tableau 2. Effet de l’antibioprophylaxie sur le Gain Moyen Quotidien (GMQ) des animaux, les risques relatifs de morbidité (RRMORB), de létalité (RRLET) et d’abattage anticipé (RRAA). MR : maladies respiratoires ; AH : abcès hépatiques tous grades ; boiteries : phlegmons interdigitaux et arthrites infectieuses ; IC 95 % : intervalle de confiance à 95 %.

Les coûts de production individuels ont été calculés à partir de la méthode décrite par Lawrence et Ellis (Lawrence, Ellis, 2008). À partir de la moyenne des coûts des aliments (maïs, foin de luzerne et grains distillés modifiés à 50 % de matière sèche) entre janvier 2016 et décembre 2018 (USDA, Economic Research Service, 2019a ; Johanns, 2019) et des charges opérationnelles (travail, frais liés à l’équipement, frais de gestion du lisier et du fumier, amortissements, etc.), les coûts de production journaliers ont été calculés. Le feedlot dépensait 12 $/animal pour les implants hormonaux et les antiparasitaires et le transport (arrivée dans l’atelier puis départ pour l’abattoir) coûtait 13,99 $/animal. Le coût d’achat des JB a été fixé à partir de la moyenne des prix d’achat de mâles castrés non-engraissés de 295 kg de janvier 2016 à décembre 2018 (USDA, Economic Research Service, 2019b).

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Paramètre Moyenne Écart-type Min Max Unité

Prix d’un JB maigre 3,44 0,3 2,69 4,04 $/kg

Coûts alimentaires 1,63 1,17 2,73 $/j Charges opérationnelles 0,38 $/j Frais de transport 13,99 $ Implant, AP 12 $ Vaccination vs. MR 7,44 $ Antibioprophylaxie 20 $

Prix de vente d’un

JB engraissé 2,62 0,20 2,23 3,00 $/kg

Tableau 3. Coûts de production individuels utilisés pour le paramétrage du modèle. JB : jeune bovin ; AP : antiparasitaires ; Vaccination vs. MR : vaccination contre les maladies respiratoires ; JB : jeune bovin.

Dans tous les scénarios, le feedlot pratiquait la vaccination contre les maladies respiratoires. Les frais de vaccination s’élevaient à 7,44 $ par animal entrant en feedlot (Wang et al., 2018 ; Wildman et al., 2008). L’antibioprophylaxie était utilisée pour lutter contre les maladies respiratoires et les abcès hépatiques dans le scénario BAU uniquement. Les frais d’antibioprophylaxie s’élevaient à 20 $ par animal entrant en feedlot : 10 $ déboursés pour lutter contre les maladies respiratoires (Nickell, White, 2010) et 10 $ pour lutter contre les abcès hépatiques (valeur estimée).

Les frais vétérinaires (implants, antiparasitaires, vaccination, antibioprophylaxie) et de transport, ainsi que l’achat des JB maigres étaient des coûts de production non-journaliers, déboursés quelle que soit la durée d’engraissement. L’ensemble des coûts de production est décrit dans le Tableau 3.

2.2. Définition des maladies infectieuses et incidences

Trois grandes entités pathologiques, divisées en sous-catégories ont été considérées dans le modèle. Les maladies respiratoires, qui constituaient la première entité, pouvaient affecter cliniquement les JB pendant P1 (MR-P1) et pendant P2 (MR-P2). Elles pouvaient également être subcliniques (MR-Sub). La deuxième entité regroupait les trois grades d’abcès

(28)

hépatiques habituellement observés à l’abattoir : AH-, AH et AH+2, dans un ordre de sévérité

croissant (Nagaraja, Lechtenberg, 2007). La troisième entité regroupait deux causes infectieuses de boiteries : les phlegmon interdigitaux (PI) et les arthrites infectieuses (AI).

Des incidences ont été attribuées à chaque maladie, dans chaque scénario. Dans le scénario BAU, les incidences de MR-P1, MR-P2, MR-Sub, AH-, AH, AH+, PI et AI ont été fixées à 12 %, 3 %, 20 %, 8,5 %, 6 %, 10 %, 1,5 %, 0,5 % respectivement, en accord avec les incidences moyennes de plusieurs études (Schneider et al., 2009 ; Tennant et al., 2014 ; Thompson et al., 2006 ; Faber et al., 2000 ; Babcock et al., 2009 ; Amachawadi, Nagaraja, 2016 ; Brown, Lawrence, 2010 ; Checkley et al., 2005 ; Davis-Unger et al., 2017 ; Faber et al., 2000 ; Fulton et al., 2009 ; Terrell et al., 2017). Nous avons également créé deux autres niveaux d’incidences, l’un représentait un feedlot avec un bon niveau sanitaire (incidences faibles), l’autre un feedlot avec un niveau sanitaire médiocre (incidences fortes) (Tableau 4).

L’utilisation prophylactique des antibiotiques diminue l’incidence des maladies contre lesquelles ils sont utilisés. Dans les scénarios No-Pro et No-AM, où l’antibioprophylaxie était interdite, les incidences des maladies ont été calculées à partir des risques relatifs de morbidité (RRMORB, Tableau 2) recensés dans la littérature (Baptiste, Kyvsgaard, 2017 ; Wileman et al.,

2009). Un RR est égal à la probabilité l’apparition d’un événement (p. ex. : morbidité, létalité) dans un groupe traité, divisée par la probabilité d’apparition de ce même événement dans un groupe contrôle. L’équation suivante a été utilisée :

Équation 1.

INCIDENCETEST = INCIDENCEBAU / RRMORB

Où, INCIDENCETEST est l’incidence d’une maladie donnée dans un scénario test (No-Pro ou

No-AM) ; INCIDENCEBAU est l’incidence de cette même maladie dans le scénario BAU et

RRMORB est le risque relatif de morbidité de la maladie associé à l’antibioprophylaxie

(29)

l’antibioprophylaxie pour lutter contre les phlegmons interdigitaux et les arthrites infectieuses ; les risques relatifs de morbidité ont donc été fixés égaux à 1 pour ces maladies.

Maladie

Incidences faibles, %

Incidences

modérées, % Incidences fortes, %

BAU Autres BAU Autres BAU Autres

MR-P1 6,4 12,3 12 23,1 18,4 35,4 MR-P2 1,6 3,1 3 5,8 4,6 8,8 MR-Sub 10 19,2 20 38,5 30 57,7 AH- 4,5 16,7 8,5 31,5 12 44,4 AH 2,3 8,5 6 22,2 9 33,3 AH+ 4,5 16,7 10 37 22 81,5 PI 0,1 0,1 1,5 1,5 13 13 AI 0,1 0,1 0,5 0,5 7 7

Tableau 4. Incidences des maladies utilisées pour le paramétrage du modèle. BAU : scénario Business As Usual ; Autres : scénarios No-Pro et No-AM ; P1 : maladies respiratoires cliniques pendant P1 ; MR-P2 : maladies respiratoires cliniques pendant MR-P2 ; MR-Sub : maladies respiratoires subcliniques ; AH-, AH, AH+ : grades des abcès hépatiques ; PI : phlegmons interdigitaux ; AI : arthrites infectieuses.

2.3. Impacts des maladies

Les impacts individuels des maladies ont été estimés pour chaque maladie dans chaque scénario. Ils regroupaient l’augmentation de la durée d’engraissement (A-DE), la létalité (LET), les abattages anticipés (AA), la diminution du grade de qualité des animaux malades atteignant le poids d’abattage optimal (D-GQ), le coût des traitements curatifs ($) et le coût du travail supplémentaire ($). Un abattage anticipé est l’abattage d’un animal qui n’a pas atteint le poids d’abattage optimal.

Pour le scénario BAU, les valeurs moyennes des impacts ont été extraites de travaux publiés dans lesquels les antibiotiques étaient utilisés pour lutter contre les maladies infectieuses. Ces valeurs ont été directement utilisées dans le scénario BAU.

Pour le scénario No-Pro, la létalité et la probabilité d’abattage anticipé ont été calculées à l’aide de risques relatifs de létalité (RRLET) et d’abattage anticipé (RRAA) liés à

(30)

Équation 2.

LETNo-Pro = LETBAU / RRLET

Où, LETNo-Pro est la létalité d’une maladie donnée dans le scénario No-Pro ; LETBAU est la

létalité de cette même maladie dans le scénario BAU et RRLET est le risque relatif de létalité de

la maladie associé à l’antibioprophylaxie permettant de lutter contre elle.

Équation 3.

AANo-Pro = AABAU / RRAA.

Où, AANo-Pro est la probabilité d’abattage anticipé associée à une maladie donnée dans le

scénario No-Pro ; AABAU est la probabilité d’abattage anticipé associée à cette même maladie

dans le scénario BAU et RRAA est le risque relatif d’abattage anticipé associé à la maladie

lorsque l’antibioprophylaxie est utilisée pour lutter contre elle.

Les RR de létalité et d’abattage anticipé ont été fixés égaux à 1 pour les maladies subcliniques et lorsqu’aucune donnée bibliographique n’était disponible.

Dans le scénario No-AM, pour chaque maladie, nous avons fixé des létalités et des probabilités d’abattage anticipé intermédiaires entre celles utilisées dans le scénario No-Pro et les valeurs maximales trouvées dans la littérature.

Dans un souci de simplification du modèle, nous avons fixé le poids d’abattage à 590 kg. Ainsi, les animaux malades qui ne mourraient pas et qui n’étaient pas abattus de manière anticipée voyaient leur durée d’engraissement augmenter. L’augmentation de la durée d’engraissement a été calculée à partir d’un pourcentage de réduction du GMQ induit par les maladies. Le pourcentage de réduction du GMQ a été appliqué au GMQ théorique d’un animal sain (Tableau 1). Pour chaque maladie, nous avons supposé que cette baisse de GMQ était identique pour les scénarios BAU et No-Pro car les animaux malades étaient traités avec des

(31)

la maladie (Thompson et al., 2006 ; Babcock et al., 2009 ; Schneider et al., 2009 ; Faber et al., 2000 ; Tennant et al., 2014). En revanche, la réduction du GMQ induite par les phlegmons interdigitaux et les arthrites infectieuses a été appliquée à partir du déclenchement de la maladie (Tableau 5 ; Davis-Unger et al., 2017). Les maladies respiratoires subcliniques et les abcès

hépatiques ne s’exprimant pas cliniquement, la réduction de GMQ a été appliquée sur l’ensemble de la durée d’engraissement pour ces maladies.

Aux États-Unis, le prix de vente des bovins engraissés est calculé à partir d’un prix de base auquel des primes sont ajoutées, ou des pénalités appliquées. Les primes et les pénalités sont déterminées à l’aide d’un grade de qualité (Quality Grade) et d’un grade de production (Yield Grade) (Gerken, 1996). Le même système est utilisé pour déterminer le prix des bovins sur pieds et de leur carcasse. La détermination des grades est toutefois plus précise pour les carcasses car elle nécessite des mesures qui ne sont pas réalisables avant l’habillage3 du bovin.

Du vivant de l’animal, les grades sont donc estimés à partir de critères externes. On trouve huit grades de qualité, classés en suivant du plus valorisant au plus pénalisant : Prime, Choice, Select, Standard, Commercial, Utility, Cutter et Canner. Les grades de production sont des nombres entiers qui s’étalent de 1 à 5 ; 1 représente le grade le plus valorisant. Les prix de base sont généralement établis pour le grade de qualité Choice et le grade de production 3. Dans notre modèle, nous avons considéré que les animaux atteignaient cette notation. Les maladies pouvaient modifier les grades et entraîner une baisse du prix de vente. Seul un certain pourcentage des animaux malades abattus à 590 kg voyait son prix être pénalisé. Dans le modèle, les pourcentages d’animaux malades abattus à 590 kg dont le grade de qualité était abaissé étaient de 10 % pour les maladies cliniques (Schneider et al., 2009 ; Garcia et al., 2010) et 2 % pour les maladies subcliniques (Brown, Lawrence, 2010). Les pourcentages étaient constants d’un scénario à l’autre. Nous ne disposions de données concernant la diminution du grade de qualité que pour les maladies respiratoires et les abcès hépatiques. Nous ne disposions pas de ce type de données pour les causes de boiteries. Cependant, compte tenu du fort impact de ces maladies sur la croissance des animaux, nous avons jugé judicieux de poser, a priori, la valeur de 10 % pour les causes de boiteries. Les pourcentages d’animaux malades abattus à 590 kg dont le grade de qualité était pénalisé étaient donc de 10 % pour MR-P1, MR-P2, PI et AI, et de 2 % pour MR-Sub et les abcès hépatiques. Les maladies n’entraînent généralement pas une variation du grade de production suffisante pour conduire à une pénalité financière

3 Habillage (n. m.) : Ensemble des opérations qui consistent à apprêter, à préparer en vue d’un certain usage

(32)

(Schneider et al., 2009 ; Garcia et al., 2010 ; Gardner et al., 2000 ; Brown, Lawrence, 2010 ; Gerken, 1996). Nous n’avons donc pas tenu compte du grade de production dans le modèle.

Pour chaque scénario et chaque maladie, les coûts individuels des traitements (Babcock et al., 2009 ; Gifford et al., 2012 ; Faber et al., 2000 ; USDA, Animal and Plant Health Inspection Service, 2013) et du travail supplémentaire (Gifford et al., 2012 ; Davis-Unger et al., 2017 ; Davis-Unger, 2018) étaient fixes et variaient uniquement en fonction de l’incidence des maladies.

Pour simplifier le modèle, nous avons considéré que les maladies étaient indépendantes et que chaque animal ne pouvait être affecté qu’une seule fois. L’ensemble des impacts des maladies est recensé dans le Tableau 6.

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Maladie Jour du déclenchement de la maladie Jour de la mort Jour de l’abattage anticipé MR-P1 20 50 50 MR-P2 83 113 113 MR-Sub SO SO SO AH- SO SO SO AH SO SO SO AH+ SO SO SO PI 85 101 118 AI 32 48 65

Tableau 5. Jours de déclenchement des maladies, de mort et d’abattage anticipé associés aux maladies, utilisés pour les calculs des impacts et des coûts associés. Ces jours correspondent au nombre de jours passés depuis l’arrivée en feedlot. MR-P1 : maladies respiratoires cliniques pendant P1 ; MR-P2 : maladies respiratoires cliniques pendant P2 ; MR-Sub : maladies respiratoires subcliniques ; AH-, AH, AH+ : grades des abcès hépatiques ; PI : phlegmons interdigitaux ; AI : arthrites infectieuses ; SO : sans objet (maladies subcliniques).

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Maladie

A-DEi, j LET, % pAA, % pD-GQ, %

TRTi ($/animal malade) TRAVi ($/animal malade) BAU No-Pro No-AM BAU No-Pro No-AM BAU No-Pro No-AM BAU No-Pro No-AM BAU No-Pro No-AM BAU No-Pro No-AM MR-Cl1 3 3 6 4,7 7,6 14,7 5 5 5 10 10 10 20 20 0 1,2 1,2 0 MR-Cl2 0 0 0 4,7 7,6 14,7 5 5 5 10 10 10 20 20 0 1,2 1,2 0 MR-Sub 10 11 14 0 0 0 0 0 0 2 2 2 0 0 0 0 0 0 AH- 4 4 7 0 0 0 0 0 0 2 2 2 0 0 0 0 0 0 AH 11 12 16 0 0 0 0 0 0 2 2 2 0 0 0 0 0 0 AH+ 19 21 23 0 0 0 0 0 0 2 2 2 0 0 0 0 0 0 PI 2 3 13 7,2 7,2 12,1 3,1 3,1 4,2 10 10 10 12 12 0 2 2 0 AI 165 179 179 22 22 30,8 4,5 4,5 5,8 10 10 10 17 17 0 2 2 0

Tableau 6. Impacts des maladies utilisés pour le paramétrage du modèle. BAU : scénario Business As Usual ; Autres : scénarios No-Pro et No-AM ; MR-P1 : maladies respiratoires cliniques pendant P1 ; MR-P2 : maladies respiratoires cliniques pendant P2 ; MR-Sub : maladies respiratoires subcliniques ; AH-, AH, AH+ : grades des abcès hépatiques ; PI : phlegmons interdigitaux ; AI : arthrites infectieuses ; A-DEi : augmentation individuelle de la durée d’engraissement ; LET : létalité ; pAA : probabilité d’abattage anticipé ; pD-GQ : probabilité de réduction du grade de qualité d’un animal anciennement malade abattu à 590 kg ; TRTi : coût d’un traitement individuel ; TRAVi : coût individuel du travail supplémentaire.

(35)

2.4. Calcul des coûts

Les coûts des maladies ont été estimés pour un lot de 100 JB. Les équations utilisées pour le calcul des coûts sont regroupées dans le Tableau 7.

Revenus en moins et dépenses en plus

Le coût des JB morts a été calculé à partir du nombre de morts et du revenu brut obtenu par animal sain. Pour estimer le revenu brut, nous avons utilisé une moyenne des prix de vente des bovins sur pieds, engraissés, de janvier 2016 à décembre 2018 (USDA, National Agriculture Statistics Service, 2016a ; 2018a ; 2019). Le prix de vente est indiqué dans le Tableau 3). Nous avons calculé le coût des abattages anticipés à partir du nombre d’abattages anticipés, du revenu brut procuré par les abattages anticipés et du revenu brut procuré par les animaux sains. Le revenu brut procuré par les abattages anticipés dépendait du poids des animaux au moment de l’abattage et du prix de vente de ces animaux, égal à 53 % du prix de vente des JB qui atteignaient le poids d’abattage optimal (Davis-Unger et al., 2017 ; Griffin et al., 1993). Le poids des JB abattus prématurément a été calculé à partir du GMQ des animaux malades sur le principe décrit plus haut (section Impact des maladies). Le coût des jours d’engraissement supplémentaires dépendait de l’augmentation de la durée d’engraissement et des coûts de production journaliers.

Le passage du grade Choice à un grade inférieur (Select, Standard, etc.) entraîne une pénalité d’environ 10 % par rapport au prix de base (USDA, Agricultural Marketing Service, 2019b, section LM_CT155) Nous avons utilisé cette valeur pour le calcul du coût de la baisse de grade de qualité.

Tous les animaux cliniquement malades étaient traités. Seuls les animaux traités généraient du travail supplémentaire.

Charges en moins

Les charges en moins correspondaient aux coûts de production journaliers économisés lors de mort ou d’abattage anticipé. Pour chaque maladie, des jours de mort et d’abattage anticipé ont été fixés selon les données de la littérature (Fulton et al., 2009 ; Terrell et al., 2017) (Tableau 5). Lorsqu’aucune donnée sur le jour d’abattage anticipé n’était disponible dans la littérature, nous l’avons fixé égal au jour de mort. Lors de mort ou d’abattage anticipé,

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l’engraissement entre le jour de mort ou d’abattage anticipé et l’abattage théorique à 590 kg n’avait pas lieu. Des frais de production étaient donc économisés. En connaissant les coûts de production journaliers, le nombre de morts et d’abattages anticipés pour chaque maladie, nous avons pu calculer les charges totales en moins.

Coût A-DE 100 * I * A-DEi * CPj * (1-LET) * (1-pAA)

Coût des morts 100 * I * LET * 590 * PV

Coût des AA 100 * I * pAA * (590 * PV – PAA * PV * 0,53)

Coût des D-GQ 100 * I * (1 - LET) * (1-pAA) * pD-GQ * 0,1 * PV * 590

Coût de traitements 100 * I * TRTi

Coût du travail sup. 100 * I * TRAVi

Dépenses en moins 100 * I * [(pAA * (DE – JAA) + LET * (DE – Jm)] * CPj

Tableau 7. Équations utilisées pour le calcul des coûts des impacts des maladies, dans chaque scénario. A-DE : augmentation de la durée d’engraissement totale ; AA : abattages anticipés ; sup. : supplémentaire ; I : incidence ; A-DEi : augmentation individuelle de la durée d’engraissement ; CPj : coûts de production journaliers ; LET : létalité ; pAA : probabilité d’abattage anticipé ; PV : prix de vente des bovins sur pieds ($/kg de poids vif) ; PAA : poids des animaux lors de l’abattage anticipé ; pD-GQ : probabilité de réduction du grade de qualité d’un animal anciennement malade abattu à 590 kg ; TRTi : coût d’un traitement individuel ; TRAVi : coût individuel du travail supplémentaire ; DE : durée d’engraissement des animaux sains ; JAA : jour de l’abattage anticipé ; Jm : jour de la mort.

2.5. Comparaison des scénarios

Nous avons calculé les coûts des maladies dans tous les scénarios à partir des calculs décrits ci-dessus. L’objectif du budget partiel est de déterminer l’impact économique d’une situation test par rapport à une situation de référence. Ici, le scénario BAU est la référence. L’antibioprophylaxie modifie les performances des animaux et les coûts de production ; connaître l’impact économique de la réduction (scénario Pro), voire de l’arrêt (scénario No-AM), de l’utilisation des antibiotiques dans les feedlots a donc consisté à comparer le revenu

(37)

Équation 5.

Coût net = RNBAU – RNTEST

Avec, RN le revenu net, RB le revenu brut, DE la durée d’engraissement théorique, CPj les

coûts de production journaliers, CPnj les coûts de production non-journaliers, CM le coût des

maladies, RNBAU le revenu net dans le scénario BAU et RNTEST le revenu net dans les scénarios

tests (No-Pro ou No-AM).

Nous nous sommes également intéressés aux variations du prix d’achat ou de vente nécessaires pour compenser la perte de revenu dans les scénarios No-Pro et No-AM. Nous avons modélisé les revenus nets de ces scénarios en fonction des prix d’achat ou de vente, toute chose égale par ailleurs. Nous avons ensuite calculé les prix d’achat ou de vente permettant d’aboutir au même revenu net que celui obtenu dans le scénario BAU lorsque les prix d’achat et de vente étaient moyens (i.e. égaux aux prix indiqués dans le Tableau 3). Des pourcentages de variation des prix ont donc pu être calculés.

2.6. Analyse de sensibilité

Une analyse de sensibilité a été conduite, afin de déterminer les effets de variations des paramètres biologiques et économiques retenus. Les variables « prix d’achat des bovins maigres » et « prix de vente des bovins engraissés », ainsi que les coûts alimentaires et les effets de l’antibioprophylaxie sur les performances des animaux, la morbidité des maladies respiratoires et des abcès hépatiques et la létalité des maladies des respiratoires (Tableau 2 et

Tableau 3) ont été modélisées de manière stochastique. Le logiciel @RiskÒ (Palisade, Ithaca,

(38)

3. Résultats

Les revenus nets moyens obtenus dans chaque scénario et chaque niveau d’incidence sont recensés dans le Tableau 8.

Faible Modéré Fort

BAU 62 42 -33

No-Pro 27 -20 -132

No-AM 13 -49 -189

Tableau 8. Revenus nets ($) moyens obtenus par animal entrant en feedlot, dans les différents scénarios en fonction du niveau d’incidences (faible, modéré, fort). BAU : scénario Business as Usual ; No-Pro : scénario dans lequel l’antibioprophylaxie est interdite ; No-AM : scénario dans lequel toute utilisation des antibiotiques est interdite.

Cinq milles itérations du modèle ont été réalisées à l’aide du logiciel @Risk®. Les pertes

de revenu net liées à l’interdiction de l’antibioprophylaxie (scénario No-Pro) ou de toute utilisation des antibiotiques (scénario No-AM) sont représentées sur la Figure 1. Lorsque le

niveau d’incidence était modéré, ce qui correspond aux incidences que l’on observe aujourd’hui dans les feedlots américains, la perte de revenu était en moyenne de 62 $ par bovin entrant en feedlot (écart-type : 9 ; min. : 43 ; max. : 102) dans le scénario No-Pro et en moyenne de 91 $ (écart-type : 11 ; min. : 63 ; max. : 139) dans le scénario No-AM. Dans chaque scénario, la perte de revenu augmentait avec le niveau d’incidences.

(39)

Figure 1. Perte de revenu net par animal entrant en feedlot dans les scénarios No-Pro et No-AM, par rapport au scénario BAU, en fonction du niveau d’incidences (faible, modéré, fort). Les boîtes représentent les moyennes ± écart type et les barres s’étalent du minimum au maximum. La simulation a compris 5000 itérations.

L’analyse de sensibilité a montré que les trois variables qui influençaient le plus la perte de revenu étaient le coût de l’alimentation, l’efficacité de l’antibioprophylaxie vis-à-vis de la morbidité des maladies respiratoires et le prix de vente des bovins engraissés (Figure 2). Les effets de l’antibioprophylaxie et du prix de vente étaient semblables.

$0 $50 $100 $150 $200 $250

Faible Modéré Fort Faible Modéré Fort

No-Pro No-AM

$50 $70 $90

Coût alimentaire MR / RR-MORB Prix de vente bovin engraissé ($/kg) Augm. GMQ / ABP AH / RR-MORB MR / RR-LET Prix d'achat bovin maigre ($/kg)

(40)

Figure 2. Graphiques tornades représentant les effets des variables utilisées dans l’analyse de sensibilité sur la perte de revenu net dans les scénarios No-Pro (graphique A) et No-AM (graphique B). MR / RR-MORB : risque relatif de morbidité associé à l’antibioprophylaxie contre les maladies respiratoires ; AH / MORB : risque relatif de morbidité associé à l’antibioprophylaxie contre les abcès hépatiques ; MR / RR-LET : risque relatif de létalité associé à l’antibioprophylaxie contre les maladies respiratoires ; Augm. GMQ / ABP : augmentation du gain moyen quotidien des animaux induit par l’antibioprophylaxie. Couleur rouge : entrées élevées des variables ; couleur bleue : entrées faibles des variables.

Le calcul de la perte de revenu dépendait fortement de la différence de coût net des maladies (Figure 3). Nous avons réparti la différence de coût net des maladies entre les scénarios

tests (No-Pro et No-AM) et le scénario BAU, d’abord en fonction des maladies étudiées (Figure 4), puis en fonction des postes de coûts inclus dans le calcul de leur coût (Figure 5). Les maladies

respiratoires, cliniques et subcliniques, étaient les troubles de santé les plus prépondérants dans le calcul de la différence de coût des maladies. Elles représentaient en moyenne environ 65 % de la différence de coût entre les scénarios tests et le scénario BAU, alors que les abcès hépatiques et les causes de boiteries représentaient respectivement 34 % et 2 % de cette différence. Les parts de chacune des maladies dans la différence de coût des maladies étaient assez stables d’un scénario test à l’autre. La mortalité et l’augmentation de la durée

$80 $100 $120

Coût alimentaire Prix de vente bovin engraissé MR / RR-MORB Augm. GMQ / ABP AH / RR-MORB MR / RR-LET Prix d'achat bovin maigre

(41)

Figure 3. Répartition de la différence de revenu net par animal entrant en feedlot, dans les scénarios No-Pro et No-AM, par rapport au scénario BAU, lorsque les incidences étaient modérées.

29 -20 53 29 -20 82 -$40 -$20 $0 $20 $40 $60 $80 $100

Coûts de production journaliers

Antibioprophylaxie

Différence de coûts des maladies

No-Pro No-AM

(42)

Figure 4. Répartition de la différence de coût net des maladies, par animal entrant en feedlot, dans les scénarios No-Pro et No-AM, par rapport au scénario BAU, lorsque les incidences étaient modérées, en fonction des maladies étudiées. MR-P1 : maladies respiratoires cliniques pendant P1 ; MR-P2 : maladies respiratoires cliniques pendant P2 ; MR-Sub : maladies respiratoires subcliniques ; AH-, AH, AH+ : grades des abcès hépatiques ; PI : phlegmons interdigitaux ; AI : arthrites infectieuses.

22.9 5.9 4.9 2.6 4.5 12.3 0.1 38.5 10.1 7.0 4.7 6.1 14.2 1.1 0.4 $0 $5 $10 $15 $20 $25 $30 $35 $40 $45 MR-P1 MR-P2 MR-Sub AH-AH+ PI IA No-Pro No-AM AI

(43)

Figure 5. Répartition de la différence de coût net des maladies par animal entrant en feedlot, dans les scénarios No-Pro et No-AM, par rapport au scénario BAU, lorsque les incidences étaient modérées, en fonction des postes de coûts. MORT : mortalité ; AA : abattages anticipés ; A-DE : augmentation de la durée d’engraissement ; D-GQ : diminution du grade de qualité ; TRT : traitements ; TRAV : travail supplémentaire ; Ajustements CP : coûts de production économisés.

Le Tableau 9 recense les variations des prix d’achat et de vente, toute chose égale par

ailleurs, dans les scénarios No-Pro et No-AM, nécessaires pour atteindre un revenu net égal à celui obtenu dans le scénario BAU avec des prix d’achat et de vente moyens. Par exemple, dans le scénario No-AM, à un niveau d’incidence modéré, une diminution de 9 % du prix d’achat des bovins (i.e. passer de 3,44 $/kg à 3,13 $/kg) permettrait d’obtenir un revenu net égal à celui obtenu dans le scénario BAU lorsque le prix d’achat est égal à 3,44 $/kg ; c’est-à-dire de passer d’un revenu net de -49 $ à 42 $ par animal entrant en feedlot.

23.0 7.3 22.5 4.4 2.8 0.2 -7.0 56.1 7.6 31.4 4.1 -3.3 -0.2 -13.4 -$20 -$10 $0 $10 $20 $30 $40 $50 $60 MORT AA A-DE D-GQ TRT TRAV Ajustements CP No-Pro No-AM

Figure

Tableau 1. Caractéristiques de production utilisées pour le paramétrage du modèle. GMQ : gain moyen  quotidien ; P1 : phase 1 ; P2 ; phase 2 ; BAU : Business As Usual ; Autres : scénarios No-Pro et No-AM
Tableau  2.  Effet  de  l’antibioprophylaxie  sur  le  Gain Moyen Quotidien  (GMQ)  des  animaux, les  risques  relatifs  de  morbidité  (RR MORB ),  de  létalité  (RR LET )  et  d’abattage  anticipé  (RR AA )
Tableau 3. Coûts de production individuels utilisés pour le paramétrage du modèle. JB : jeune bovin ; AP :  antiparasitaires ; Vaccination vs
Tableau 4. Incidences des maladies utilisées pour le paramétrage du modèle. BAU : scénario Business As  Usual ; Autres : scénarios No-Pro et No-AM ; P1 : maladies respiratoires cliniques pendant P1 ;  MR-P2 : maladies respiratoires cliniques pendant MR-P2
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Références

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