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Identités et exotisme : représentations de soi et des autres dans la presse coloniale française au XIXe siècle (1830-1880)

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(1)

Identités et exotisme : représentations de soi et des

autres dans la presse coloniale française au XIX

e

siècle

(1830-1880)

Thèse en cotutelle

Doctorat en études littéraires

Laure Demougin

Université Laval

Québec, Canada

Philosophiae Doctor (Ph. D.)

et

Université Paul-Valéry Montpellier III

Montpellier, France

Doctorat en littérature française

(2)

Identités et exotisme : représentations de soi et des

autres dans la presse coloniale française au XIX

e

siècle

(1830-1880)

Thèse en cotutelle

Doctorat en études littéraires

Laure Demougin

Sous la direction de :

Guillaume Pinson, directeur de recherche

Marie-Ève Thérenty, directrice de cotutelle

(3)

I

Résumé

Identités et exotisme : représentations de soi et des autres dans la presse coloniale française au XIXe siècle (1830-1880)

Sur les territoires colonisés par la France paraissent des journaux locaux qui suivent le développement national de la presse : entre 1830 et 1880, l’époque est médiatique et le journal est un support important des publications littéraires. Dans les colonies, les périodiques contiennent ainsi des textes adaptés à leurs territoires respectifs, mais publiés toujours selon la même structure, ce qui permet une comparaison entre les différentes stratégies conduisant à l’élaboration d’identités coloniales. Ces textes, par leur diversité et leurs évolutions, représentent une sorte de chaînon manquant entre la littérature des récits de voyage et la littérature coloniale qui se définit au tournant du XXe siècle : interrogés et étudiés sous cet

angle, ils prennent valeur de corpus signifiant. Ils montrent en effet le rôle identitaire de cette littérature médiatique adaptée aux colonies : en adaptant l’exotisme aux conditions coloniale, en faisant varier le critère d’altérité et par bien d’autres moyens encore, la presse locale fonde en partie une attitude coloniale qui se retrouve, mutatis mutandis, dans l’empire colonial français. C’est également la raison pour laquelle le corpus médiatique colonial du XIXe siècle

se trouve être au centre de connexions avec les textes de la littérature coloniale ainsi qu’avec les problématiques de l’écriture postcoloniale : lieu de publication, de nouveauté, de tentatives identitaires et d’essais génériques, le journal colonial a produit entre 1830 et 1880 des mécanismes d’écriture appelés à se développer par la suite.

(4)

II

Abstract

Identities and exoticism : representations of self and others in the french colonial press in the 19th century (1830-1880)

Local newspapers were published in French colonial areas following the same evolution as the national newspapers: between 1830 and 1880, media-rich times, the press represents a significant publishing-platform for literary texts. Colonial newspapers contain texts adjusted to their respective geographic areas, but keep the same structure regardless, thereby allowing the comparison between the strategies leading to the building of colonial identities. The diversity and the different evolution pathways of these texts may then be considered as the missing link between the travel narratives and the early-20th century defined colonial literature. As such, they can undoubtedly be considered as a significant corpus of colonial times. These texts reflect the identity role this colonial-area adjusted media literature had: by adapting exoticism to the colonial conditions, by varying the criterion of alterity and by many other ways, local press founds, partially, a colonial attitude that can further be found, mutatis mutandis, in the French colonial empire. This is also the reason the 19th-century colonial-media corpus is at the crossroads of both colonial literature and postcolonial writing problematics: as a place for publication, novelty, identity essays, and literary genre essays, the colonial newspaper witnessed the creation, between 1830 and 1880, of writing mechanisms that would eventually develop later on.

(5)

III

Table des matières

RESUME ...I TABLE DES MATIERES ...III REMERCIEMENTS ... X

INTRODUCTION ... 1

PREMIERE PARTIE – LE JOURNAL COLONIAL ... 17

1 UNE MOSAÏQUE DE JOURNAUX COLONIAUX ... 20

1.1 TITRES ET PROJETS : QUAND LES JOURNAUX PARLENT D’EUX-MEMES ... 23

De quelques titres : modèle national, appartenance locale ... 23

Une presse « littéraire, politique, commerciale et d’annonces » ? ... 29

Le premier numéro : ne pas être « le simple avènement d'une feuille périodique » ... 33

1.2 LA FABRICATION DU JOURNAL COLONIAL... 37

Les arcanes du journal : coûts, abonnements, retards et traductions à la une ... 37

Les liens avec les lecteurs locaux : un marqueur identitaire ... 41

Les liens matériels avec la métropole ... 46

Le journal parodié : la reconnaissance d’une familiarité ... 51

1.3 PERIODISER LA PRODUCTION MEDIATIQUE COLONIALE ... 55

Législation et presse coloniale ... 55

Journal et développement colonial ... 61

Les années 1860, un pic de production médiatique ? ... 66

2 AUTEURS ET SIGNATURES ... 69

2.1 SIGNATURES ET COLLABORATEURS : PROFILS DE JOURNALISTES ... 69

Signer par périphrase : cristallisation de certains enjeux de la presse coloniale ... 70

Le colon, l’interprète : silhouettes de la société coloniale et auteurs médiatiques ... 73

Le régime du pseudonyme colonial ... 76

Écritures indigènes : une absence remarquable ? ... 79

2.2 « L’ECRIVAIN BANAL » ET LE JOURNAL COLONIAL ... 85

La presse coloniale algérienne : historiens et interprètes, deux images de savants ... 86

Hommes de lettres réunionnais et antillais : colonies anciennes et question créole ... 91

La Nouvelle-Calédonie : de la transition à l’installation ... 93

2.3 LE JOURNALISTE COLONIALCOMME CATEGORIE ... 97

Les journalistes représentés par eux-mêmes ... 98

L’auteur de presse coloniale, un journaliste ? Une question de scénographie ... 102

(6)

IV

3 « TU T’IMAGINES, MON CHER AMI » : LA RECEPTION DU JOURNAL COLONIAL ... 107

3.1 LA REALITE – VISEE – DU LECTEUR COLONIAL ... 108

Représenter les lecteurs de la presse coloniale ... 110

Faire entendre la parole des lecteurs : le rôle du courrier ... 114

Sermonner les lecteurs : les lecteurs présents au cœur du fonctionnement colonial ... 118

3.2 LE LECTEUR METROPOLITAIN, PENDANT DU LECTEUR COLONIAL ... 122

La métropole au centre du journal colonial ... 123

Rectifier la vérité auprès d’un lectorat métropolitain ? L’ambiguïté des rectifications... 126

La presse racontée par des témoins métropolitains : une histoire immédiate ... 131

Transition : du journal colonial au territoire colonial ... 133

DEUXIEME PARTIE – LA PRESSE ET LE TERRITOIRE ... 135

1 L’ELOIGNEMENT COLONIAL MIS EN LUMIERE ... 137

1.1 BATEAU, COURRIER, PACKET : L’ELOIGNEMENT PAR LES TEXTES ... 139

Le « packet » colonial : la malle, le courrier, les nouvelles ... 140

Le bateau, objet littéraire symbolique ... 145

L’auteur embarqué : une posture littéraire coloniale ... 150

1.2 INTERCOLONIALITE, INTRACOLONIALITE : LE RESEAU PAR LES TEXTES ... 158

Les colonies d’un journal à l’autre : intercolonialité médiatique ? ... 159

Les journaux coloniaux entre eux : une presse avant tout locale ?... 166

1.3 DE CERTAINS LIEUX : LA CRISTALLISATION DE L’IDEOLOGIE COLONIALE ... 169

Le Tombeau de la chrétienne et le Fort des Vingt-Quatre-Heures en Algérie ... 169

Les cimetières coloniaux, symboles idéologiques et littéraires ? ... 174

Écrire les rues et les villes des colonies ... 180

2 (D)ECRIRE EN MOUVEMENT : PROMENADES, EXCURSIONS, DECOUVERTES ... 183

2.1 L’EXCURSIONOU LA CONQUETE MISE EN MOTS ... 185

Des descriptions dynamiques ... 186

Explorations, expéditions, voyages : une première approche ... 188

Les excursions ou comment décrire une colonie pacifiée ... 193

2.2 LA PROMENADEOU UNE FLANERIE COLONIALE ... 200

Une typologie des promenades... 201

Voir la ville : les mœurs coloniales au cœur des descriptions ... 204

Scénographies auctoriales de promeneurs ... 208

2.3 LA DECOUVERTE « EUROPEENNE » ... 213

« L’Européen qui découvre » : envisager le territoire colonial par détour ... 213

Le touriste, avatar de l’Européen ... 218

D’autres découvertes : un journalisme de l’enthousiasme ? ... 224

(7)

V

3.1 UNE NATURE BIENVEILLANTE ET EDENIQUE... 232

Les îles : de la beauté naturelle à la tentation allégorique ... 233

L’opposition à la métropole : paysages édéniques et civilisation ... 235

Répondre aux stéréotypes : une signature coloniale ? ... 238

3.2 ENTRE METONYMIE ET JUSTIFICATION : UNE NATURE SAUVAGE, A DOMPTER ... 241

L’Algérie : la domestication, « ense et aratro » ... 242

Les naufrages : du fait divers au microrécit... 247

3.3 TOPONYMES ET DESCRIPTION : L’ABOUTISSEMENT DU TERRITOIRE... 253

De plusieurs noms : une polyphonie géographique ? ... 254

Une approche visuelle de la distance : cartes et plans... 260

Transition : la colonisation, du territoire au peuple ... 262

TROISIEME PARTIE – LE COLONIAL ET SES AUTRES ... 264

1 LE MYTHE DE LA RENCONTRE COLONIALE ... 267

1.1 LA RENCONTRE PAR LA LANGUE : L’IDENTITE DES AUTRES PAR LES TEXTES ... 269

Le créole et les fables ... 271

Contes arabes et style oriental ... 274

Tahiti ou les chants ... 278

1.2 DE LA DIVISION A LA FUSION : ECRIRE LE RAPPORT AUX AUTRES ... 284

Diviser pour mieux régner : classer les colonisés... 284

« Une maison dont la façade est française et l’intérieur mauresque » ... 287

L’esclavage ou le contact impossible ... 291

1.3 PRISONNIER OU CHASSEUR : UN COLONIAL RENFERME SUR LUI-MEME ... 297

Les prisonniers en Algérie ou la survivance de l’épée ... 297

Les chasseurs : le récit cynégétique rejoue la guerre coloniale ... 300

2 UNE ECRITURE DE LA DIFFRACTION : S’INSCRIRE DANS LE FLUX HISTORIQUE ... 305

2.1 LES CONFLITS COLONIAUXOU LES MOMENTS DE COMPARAISON ... 307

Une galerie de héros coloniaux ... 308

Un héros anticolonial : Abd el-Kader ... 311

La disparition du héros : le cas d’Ataï ... 316

2.2 RACONTER L’HISTOIRE : PRISE DE POUVOIR ET AFFIRMATION DE SOI ... 322

Histoire antécoloniale : le poète, le missionnaire, le conservateur ... 323

Histoire coloniale... 327

L’actualité coloniale ... 333

2.3 UNE ECRITURE ETHNOGRAPHIQUE ... 340

Les mœurs coloniales : décrire une société à plusieurs niveaux ... 341

Le métadiscours et le discours : deux strates de composition ethnographique ... 345

L’interprète ou un avatar de l’ethnographe ? ... 347

(8)

VI

3.1 LE ROLE DES STEREOTYPES : DE L’INSTALLATION A L’UTILISATION ... 352

L’anthropophagie ... 352

Barbarie et violence ... 358

Décivilisation et décadence... 363

3.2 LES TRAITS DEFORMES : SATIRE ET IRONIE ... 367

L’indigène dévalorisé : entre caricature et ironie ... 368

La saynète satirique, une manière de traiter de l’actualité ... 370

Déconstruire les stéréotypes par l’ironie ... 374

3.3 ENJEUX ET FONCTIONNEMENTS DE LA FICTIONNALISATION ... 379

Les influences orientalistes en Algérie ... 379

La circulation d’un fait divers : construire une héroïne ... 382

Transition : vers d’autres corpus ... 387

QUATRIEME PARTIE – DE LA PRESSE COLONIALE AU ROMAN POSTCOLONIAL ... 389

1 LE TEXTE MEDIATIQUE COLONIAL DANS SON ENVIRONNEMENT ... 392

1.1 LE TEXTE ET SON ENTOURAGE : CONTAMINATION ET ECHOS ... 394

Le journal colonial et les frontières des textes ... 395

Le contexte, le cotexte : l’importance de l’environnement en littérature ... 402

La lettre : l’expérience comme modèle esthétique ... 406

1.2 UN PACTE DE LECTURE : MODELE DE NARRATION ET LECTORAT ... 411

D’où vient l’auteur, de la presse au livre... 412

De la presse coloniale au récit de voyage : une transformation du pacte ... 415

Alexandre Dumas lecteur de la presse coloniale ... 418

1.3 UNE TERATOLOGIE MEDIATIQUE ? ... 421

Le contexte, une source d’originalité ... 422

Les illustrations des périodiques : quand l’image parle ... 424

2 HISTOIRE DE CONNEXIONS : D’UN CORPUS A UN AUTRE ... 429

2.1 LA PRESSE ET LE LIVRE FACE AUX COLONIES AU XIXE SIECLE ... 433

Le socle de l’écriture coloniale : les références aux livres canoniques ... 433

La créole, entre colonie et métropole, entre journal et livre ... 438

Publications métropolitaines et cadre colonial : des interactions ... 443

2.2 LITTERATURE COLONIALE ET PRESSE COLONIALE : DES CORPUS GEMELLAIRES ? ... 451

Feuilletons locaux et littérature coloniale : quand les corpus se confondent ... 452

Le refus de la littérarité, un programme impossible ... 458

Motifs et personnages récurrents : du feuilleton au livre ... 460

2.3 LA LITTERATURE POSTCOLONIALE OU L’ECRITURE COMMEREPONSE ... 463

Le territoire au centre des corpus ... 465

De la littérature coloniale à la littérature postcoloniale : la question de la temporalité ... 469

(9)

VII

Le document et la parole : une représentation de la situation coloniale ... 472

3 LA PRESSE COLONIALE COMME CLEF HEURISTIQUE ... 477

3.1 UNE PRODUCTION LITTERAIRE PRISONNIERE DE SON EPOQUE ... 478

Des horizons d’attente : répondre aux lecteurs ... 479

L’écrivain introuvable ... 481

3.2 LA LITTERATURE POSTCOLONIALE ET LA PRESSE COLONIALE : UNE QUESTION D’ECHELLE ... 483

Le local : une négociation quant à la valeur littéraire des textes ... 484

Le national : un but... 489

Le mondial : deux fonctionnements ... 494

3.3 IDEOLOGIE ET ESTHETIQUE : LE DILEMME DES CORPUS DEVALORISES ... 497

Des œuvres en défaut de beauté ? ... 500

La décentralisation et le décentrement : mots-clefs colonial et postcolonial ? ... 503

La recherche de l’origine : une idéologie première ? ... 507

Transition : vers la conclusion des recherches ... 509

CONCLUSION ... 511

BIBLIOGRAPHIE ... 520

INDEX DES PRINCIPAUX JOURNAUX CITES ... 541

ANNEXES ... 543

1 ANNEXE 1 : BIBLIOGRAPHIE DES PRINCIPAUX ARTICLES CITES ... 543

Algérie ... 543 Cochinchine ... 550 Guadeloupe et Martinique... 551 Guyane ... 553 La Réunion ... 554 Nouvelle-Calédonie ... 556 Tahiti ... 557

2 ANNEXE 2 : TABLEAU DE DEPOUILLEMENT DES PERIODIQUES ... 559

3 ANNEXE 3 : ANTHOLOGIE DE TEXTES MEDIATIQUES COLONIAUX ... 566

« Esquisses de la Guyane », La Feuille de la Guyane française, 9 janvier 1830, deuxième page ... 566

« Excursion dans l’Atlas. Le prince Pukler Muslaw », Le Moniteur algérien, 13 mars 1834, deuxième page ... 568

« Les Nouvellistes algériens, comédie en deux actes et en prose », Le Moniteur algérien, 27 mai 1836, feuilleton ... 571

« Le Tombeau de la chrétienne », Le Moniteur algérien, 17 juin 1836, feuilleton (extrait)... 573

(10)

VIII

« Cinq mois de captivité dans l’intérieur de la province d’Oran », Le Moniteur algérien, 13 janvier 1837,

troisième page (extrait) ... 576

« Traduction libre de quelques poésies orientales », Le Moniteur algérien, 8 février 1840, troisième page ... 578

R. de B., « Type. – Un nouveau débarqué », Le moniteur algérien, 4 juillet 1840, troisième page ... 578

« Un chasseur changé en cerf, ou le nouvel Actéon », L’Akhbar, 10 et 13 février 1842 ... 580

B., Le Moniteur algérien, 10 novembre 1843, troisième page ... 583

H. Vignerte, « Revue et chronique de Saint-Pierre », Les Antilles, 18 et 22 novembre 1843 (extraits) .. 585

Le Moniteur algérien, 5 février 1844, deuxième page ... 589

Eugène X., « Le sultan et la mouche », L’Akhbar, 19 mai 1846 ... 593

« Une Mauresque », La France algérienne, du 23 juillet au 11 août 1846, feuilleton ... 594

L’Écho d’Oran, « Un miracle d’Aïssa. Légende arabe », 22 juillet 1848, feuilleton ... 616

Un campagnard, « L’actualité, comédie en un acte et en prose », Le Commercial de la Guadeloupe, 23 août 1848 ... 617

Rousseau St-Val, « Le Jugement de Dieu », Le Commercial, 26 septembre 1849, feuilleton... 619

« Dernière lamentinoise », Le Commercial, 17 octobre 1849, deuxième page ... 621

Chandellier, « Les petites misères de la vie algérienne », L’Akhbar, 16 août 1851 ... 622

C. Chanel, « Martinique. Eruption volcanique de la Montagne-Pelée. Première visite aux cratères », La Feuille de la Guyane française, 13 et 20 septembre 1851, troisième page. ... 626

J., « Les îles du Salut », La Feuille de la Guyane française, 3 juillet 1852, troisième page ... 628

Le Messager de Tahiti, « Mœurs tahitiennes », 22 mai 1853 ... 629

« Le martyr du fort des Vingt-Quatre-Heures », Le Moniteur algérien, 30 décembre 1853, première page ... 631

Le Messager de Tahiti, 14 mai 1854 ... 635

Le Messager de Tahiti, 16 juillet 1854 ... 637

Celtibère, « Voyage autour du monde », Le Messager de Tahiti, 28 janvier, 4 et 11 février 1855, feuilleton (extraits) ... 637

Le Messager de Tahiti, 13 juillet 1855, première page ... 641

Marie-Lefebvre, « Le cimetière Bab-el-Oued, à Alger », L’Akhbar, 29 juin 1858, feuilleton (extrait) ... 643

« Tournée d’exploration dans les Ksours et dans le Sahara de la province d’Oran, par le commandant de Colomb », Le Moniteur algérien, 5 et 10 juin 1858, troisième page (extraits) ... 644

L’Avenir, 23 mars 1859, troisième page ... 651

« Chronique locale : petit avant-propos pour tenir lieu de préface », L’Avenir, 18 juin 1859, troisième page ... 653

Bou Achra, « Souvenirs d’un vieil Algérien. Une chasse au lion à Philippeville en 1844 », 25 septembre 1863, feuilleton ... 654

Armand Closquinet, « Hommage et Adieu », Le Moniteur de la Nouvelle-Calédonie, 17 avril 1864, deuxième page... 655

Augustin Marquand, « Les Poètes du Sa’hara », 13 novembre 1864, deuxième page ... 657

E.-J. Sartor, « Hassen le chaouch. Nouvelle algérienne », Le Moniteur de l’Algérie, du 29 novembre 1865 au 2 décembre, feuilleton ... 660

E.F., « Boghari ou une ville arabe », 12 août 1865, troisième page ... 669

(11)

IX

Walt’her, « Le chant du Reïs », Le Chitann, 19 août 1866, feuilleton ... 671

« Monologue du dernier des Arabes », L’Est algérien, 4 décembre 1868, première page ... 674

Dr. E. Bertherand, « À propos d’un conte arabe », Le Moniteur algérien, 3 juillet 1869, troisième page ... 676

Tric-Trac, « Origine des scorpions (légende arabe) », Le Moniteur algérien, 10 septembre 1869, feuilleton ... 681

C. l’une, « Alger, la nuit », La Vie algérienne, 23 et 29 janvier 1870, deuxième page ... 683

Trabaud, « De Paris à Tahiti, par Londres et New-York. Souvenirs et impressions de voyage », Le Messager de Tahiti, du 14 mai au 25 juin 1870 (extraits) ... 685

Somebody, « La machine ne fonctionne plus », Le Moniteur de l’Algérie, 2 août 1871, troisième page 687 Tinterio, « Les Dix plaies d’Alger. Les arabolâtres », Le Moqueur, 22 avril 1866, feuilleton ... 688

« Chronique locale », Le Moniteur de la Nouvelle-Calédonie, 20 septembre 1871, première page ... 689

La Feuille de la Guyane française, « Mme Gillain », 11 et 18 novembre 1876, feuilleton ... 689

A. Ralu fils, « Les Fastes de l’histoire des Antilles », Les Antilles, 16 février 1876, troisième page ... 696

F. Ratte, « Sentiers canaques. De Gomen à la côte Est (Nord de la Nouvelle-Calédonie) », Le Moniteur de la Nouvelle-Calédonie, 13 novembre 1878, deuxième page (extraits) ... 698

X., « À Papoa (communiqué) », Le Messager de Tahiti, 27 décembre 1878, deuxième page ... 700

(12)

X

Remerciements

Mes premiers remerciements vont d’abord à Marie-Ève Thérenty et Guillaume Pinson : il y a tant de raisons de les remercier que je ne pourrais pas les énumérer… Je les remercie cependant, et avec un peu plus de précision, pour ces si belles années passées à Montpellier et à Québec : pour les réunions menées par Skype d’un continent à l’autre, pour les projets auxquels j’ai pu participer, pour les rencontres que j’ai pu faire, pour toutes les discussions partagées et pour tout ce que ce travail de thèse m’a apporté, de colloques en cafés.

Merci aussi, plus spécifiquement, à Marie-Astrid Charlier, Claire Ducournau et Mélodie Simard-Houde pour leurs encouragements et conseils ; à Yvan Daniel et son équipe rochelaise pour leur accueil et pour l’année passée avec eux ; aux archivistes des ANOM à Aix-en-Provence pour leur travail. J’ai une pensée pour Anne-Marie Houdebine, dont les réflexions ont constitué une étape dans mes recherches.

Sur un plan plus personnel, je profite de cette page pour remercier également mes parents : il y a longtemps que j’ai appris qu’ils étaient extraordinaires, et ils l’ont été particulièrement pendant cette thèse. Claire et Charlotte savent bien tout ce que ce travail leur doit, mais qu’elles soient remerciées ici un peu plus encore que ce que j’ai pu leur dire. Merci aux amis nîmois (même au plus récent d’entre eux), montpelliérains, parisiens ou québécois ; en particulier aux sœurs Claire et Laure, à Sophie et Anaïs, à Laurent, qui ont tous dû m’écouter parler de presse coloniale plus qu’il n’est raisonnable.

Merci à Pauline pour ses relectures attentives (Madeleine a été nourrie de cette thèse, j’en suis sûre) et à Benjamin, pour tout. Je crois même que je remercie mes lycéens de Pézenas pour leur enthousiasme en classe qui m’a permis de terminer cette thèse avec un regain d’énergie.

Merci enfin, parce que je crois que cette thèse a commencé avec elles, à Marie-Rose Dumont et à Aziza Sadki.

(13)

1

Introduction

Cette thèse se donne pour but d’étudier la presse coloniale française entre 1830 et 1880, et plus précisément l’une des problématiques qui explique cette presse à cette période donnée : l’émergence, par les textes, d’une identité coloniale qui réévalue la distance entre l’exotisme et l’identité. La colonisation française est un pan de l’histoire nationale – et mondiale – qui s’est développée sous différentes formes, avec différents résultats et sur différents territoires : mais à cette hétérogénéité problématique répond l’unité d’un corpus littéraire, celui de la presse. Bien plus encore que le livre, le journal est soumis à une matrice médiatique première, à un modèle que les différents périodiques réalisent : cette forte contrainte, assortie d’autres impératifs annexes (la répercussion des nouvelles, la circulation des textes, les voyages des journalistes) fait du journal colonial un objet particulièrement propre à révéler les ressemblances et les divergences des écritures coloniales. Les textes de la presse coloniale appartiennent tous en effet, quel que soit le statut de la colonie et quel que soit son avenir, à un modèle médiatique national que l’on adapte au cadre territorial. À l’échelle de l’empire français, chaque colonie a son histoire médiatique particulière, conditionnée par ses problématiques propres, qu’elles soient historiques, sociologiques, littéraires ou médiatiques. Au loin apparaît également l’histoire médiatique nationale qui égrène les étapes de la naissance du journal à la française et ses transformations matérielles et poétiques. Justement, la présente thèse trouve son unité et sa justification dans le corpus traité : c’est le journal français, sa structure et ses orientations, qui sont au centre d’une réflexion sur l’adaptation d’une matrice médiatique aux divers cadres coloniaux. Ce corpus présente un organisme semblable quel que soit le territoire sur lequel il est produit : c’est le premier invariant sur lequel nous faisons reposer les fondations de notre étude d’une littérature (pré)coloniale, précédant la littérature coloniale instituée et succédant à la littérature des découvertes et des voyages si l’on adopte un schéma dans lequel l’histoire littéraire serait linéaire et régulière. Plus que sur des aires géographiques limitées, c’est sur les variations de la présence coloniale française que nous allons centrer cette étude, et plus précisément encore sur le produit médiatique d’une appropriation territoriale. Le corpus de la presse produite dans les territoires coloniaux, pour et par les colonisateurs, permet de problématiser un des aspects de l’identité des sociétés coloniales françaises en respectant leur

(14)

2

hétérogénéité fondamentale par une étude comparative1. Puisque c’est un mécanisme général

que nous voulons interroger, la comparaison de territoires coloniaux très différents sur une durée suffisamment longue pour permettre de voir de grandes évolutions semble la meilleure méthode. C’est en effet le principe de « société coloniale2 » que nous visons, et ici de société

coloniale française dans ses variations sur différents continents, face à différentes cultures : l’inflexion particulière que prend notre étude est que nous interrogeons le corpus sous un angle littéraire, que nous faisons ressortir cet aspect de son identité. Les textes de la presse coloniale ressortissent tous en effet à cette littérature médiatique qui ne se résume pas à des bulletins d’information, mais constitue au contraire l’un des plus formidables laboratoires littéraires du XIXe siècle. Or les responsables coloniaux ont attribué à la presse une mission

première de toute importance : créer la colonie au plan culturel, l’ancrer comme une identité à part, la développer littérairement. Cette ambition se réalise pleinement dans les décennies qui suivent 1880 par la production d’une littérature coloniale reconnue et publiée sous la forme de livres : mais avant cette date, c’est par le journal que passe la littérature coloniale, par un « hors livre » qui s’écrit dans les colonnes des périodiques.

D’un point de vue matériel, l’on peut se demander ce qu’est devenue la presse coloniale française : un onglet présentant les périodiques de la Bibliothèque Nationale de France ; des séries de cartons dans des archives nationales ou départementales ; l’expression apparaît également dans quelques études ciblées présentant les journaux de telle ou telle colonie sous un angle le plus souvent historique… Cet éparpillement des collections ne rend pas apparente l’unité du corpus – car c’est bien d’un corpus qu’il s’agit –, de la même manière qu’il ne permet pas d’envisager au premier regard son aspect littéraire. Et pourtant, cette voisine de la littérature coloniale qu’est la littérature médiatique coloniale peut comme elle réunir des auteurs, des conditions, des territoires différents sous une même étiquette : celle d’une presse particulière, pas seulement locale, mais déclinant des identités coloniales selon une même matrice. De la même manière que la littérature coloniale est une forme de littérature réaliste, la presse coloniale est avant tout une forme de littérature médiatique. L’ensemble des périodiques qui répondent à cette catégorie n’est pas numérisé ; mais quelques titres le sont, et la Bibliothèque

1 Il sera donc question ici, exclusivement, de la presse francophone, bien que les colonies françaises aient également produit des journaux en d’autres langues : langues dites indigènes, mais aussi langues européennes (par exemple les journaux en italien ou espagnol parus en Algérie).

2 L’objet complexe que désigne une expression comme « société coloniale » est à comprendre au croisement de l’histoire, de la sociologie et de la littérature. Voir l’article de Georges Balandier, « La situation coloniale. Approche théorique », Cahiers internationaux de Sociologie, XI, 1951, p. 44-79. L’historienne Isabelle Merle en a fait une analyse récemment, eu égard au caractère fondateur de l’article : Isabelle Merle, « ʺLa situation colonialeʺ chez Georges Balandier. Relecture historienne », Monde(s), 2013/2, n° 4, p. 211-232.

(15)

3

Nationale de France les présente en voisins d’autres corpus médiatiques, « presse culinaire », « presse d’annonces » et « presse de cinéma » entre autres :

À la fin du XIXe siècle, l’expression « Presse coloniale » recouvre un ensemble de périodiques facilement identifiables. Elle décrit en effet les journaux édités dans les colonies et les organes qui, depuis la métropole, s’intéressent aux questions coloniales. À la lumière de l’histoire de la colonisation au XXe siècle et de la presse qu’elle a engendrée, il est nécessaire d’ajouter une autre dimension à cette définition. La presse coloniale, qu’il ne faut pas confondre avec la presse colonialiste, représente un éventail de tendances : des journaux qui assurent la promotion et la mise en valeur des colonies jusqu’aux publications anticolonialistes qui apparaissent dans l’entre-deux-guerres, en passant par ceux qui, sans nécessairement relever de la presse anticolonialiste, ont critiqué les politiques coloniales3.

La présentation est large, et ne précise pas un point important : les journaux numérisés ressortissent plutôt à des publications du XXe siècle, ou à des publications métropolitaines ; il

n’y a sous ce même onglet que très peu de périodiques parus avant 1880 dans les territoires coloniaux. Cette première remarque montre les manques qui entourent le corpus que nous allons étudier.

En outre, cette presse coloniale locale qui nous intéresse, « non métropolitaine », est importante par les chiffres comme par le poids symbolique qui est le sien : et l’on peut s’étonner de devoir préciser que « presse coloniale » ne désigne pas forcément et premièrement les organes métropolitains destinés à promouvoir l’action coloniale. Mais le fait est que la définition même de la presse coloniale est problématique : il faut souvent redoubler « coloniale » par la précision « non métropolitaine ». Ce que ces précautions et cette répétition signalent, c’est à quel point la métropole est première dans la constitution de la colonie, dans l’imaginaire actuel que l’on en a. Quand l’on envisage ce corpus, et passée cette première étape de définition par le local, il apparaît que la presse coloniale locale pourrait n’être qu’un avatar exotisant de la presse provinciale. Il est vrai qu’elle présente plusieurs points communs avec son équivalent régional : retards de publications, textes dont la valeur esthétique peut être problématique, positionnement par rapport au centre que constitue Paris… Mais la spécificité de la presse dans le contexte colonial tient à sa valeur symbolique (elle signale l’appartenance à la culture française) et pragmatique (elle tient lieu de littérature locale). Ces deux axes se retrouvent d’ailleurs, avec les variations nationales auxquelles l’on peut s’attendre, dans les colonies anglaises. La presse coloniale est ainsi fondatrice aux États-Unis où elle désigne les journaux parus avant l’indépendance, mais elle est également importante en Australie ou en Afrique du Sud : le rôle des publications médiatiques est suffisamment reconnu dans ces pays

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pour que l’on s’interroge sur l’absence de reconnaissance qui caractérise la presse coloniale issue de l’empire français. Sans doute cela tient-il à l’idée du corpus canonique français, qui s’accommode mal de littératures moins légitimes, moins reconnues.

Au cours du XIXe siècle pourtant, lorsque les puissances coloniales s’emparent d’un

territoire pour le coloniser, elles mettent en place les structures administratives propres à la constitution d’une communauté coloniale : bureaux du gouverneur, tribunaux, casernes, commerces et entrepôts apparaissent assez rapidement. L’on pourrait donc penser, à l’instar de Gabriel Audisio, écrivain de l’école d’Alger et chantre de la littérature coloniale, que les premières décennies des colonies ne sont faites que de préoccupations économiques, qu’elles ne comptent aucun écrivain, et que les accompagne une presse administrative, orientée vers la conquête, l’agriculture, le commerce :

Pendant plus de cinquante ans, l’Algérie n’a pour ainsi dire pas eu d’écrivains à elle, et c’était bien normal : les soldats, les pionniers, les colons de l’âge héroïque avaient autre chose à faire que d’écrire ; ils ne racontaient pas l’Algérie, ils la faisaient avec leur sueur et leur sang4.

Ce serait oublier qu’à côté des soldats et des fonctionnaires, des pionniers et des colons, les puissances coloniales commencent aussi par mettre en place d’autres lieux symboliques, par construire d’autres bâtiments : théâtres, imprimeries, écoles sont également au premier plan de l’implantation coloniale. Plus précisément, l’argument de l’écrivain algérianiste est contredit d’abord, et pour rester sur son propre territoire, par l’existence même de journaux variés qui se répondent durant ces cinquante premières années de la colonisation de l’Algérie : L’Estafette d’Alger paraît brièvement mais dès 18305 ; Le Moniteur algérien est lancé en 1832, et

L’Akhbar, premier titre privé, sort son premier numéro le 12 juillet 1839. De ces premières étapes à la multiplication des titres dans les années 1880, en passant par les éclosions éphémères de 1848 ou 1870, la presse algérienne locale témoigne d’une belle vitalité qui ne se résume pas à des annonces de ventes de biens et de départs de bateaux. Dans les autres territoires coloniaux s’accomplit le même phénomène : la conquête est souvent suivie de près par une feuille officielle qui intègre dès qu’elle le peut une littérature – embryonnaire peut-être, mais littérature tout de même – à côté des chiffres qui rythment la vie coloniale : arrivées et départs, naissances et morts, faillites et mises aux enchères. Ainsi, outre les bulletins administratifs, une perspective chronologique montre que les journaux officiels paraissent dans la décennie suivant la conquête

4 Gabriel Audisio, « Les écrivains algériens », Documents algériens, n° 67, 1952, p. 113. Cité par Alain Calmes,

Le Roman colonial avant 1914, Paris, L’Harmattan, 1984, p. 62.

5 Cette temporalité de l’urgence est illustrée, par exemple, dans le « roman historique » Ali le renard d’Eusèbe de Salle : récit de la conquête, il paraît en 1832 chez Gosselin à Paris et met en scène dans son chapitre VII (« Le Conseil de censure ») la création, sur le vif, de L’Estafette d’Alger. Nous reviendrons sur cet épisode du livre.

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française : Le Moniteur Impérial de la Nouvelle-Calédonie et dépendances paraît en 1859 alors que le territoire est sous contrôle français depuis 1853 ; Tahiti possède son Messager dès 1847 alors que la prise de possession française date de 1842 ; Le Courrier de Saïgon, journal officiel de la Cochinchine, paraît en 1864, deux ans après la prise de possession du territoire6. En ce

qui concerne les territoires issus de la première colonisation, les Antilles, l’île de la Réunion et la Guyane ont des journaux dès le XVIIIe siècle, appartenant ainsi à l’histoire ancienne du

journalisme français qui suivra les évolutions du XIXe siècle7. À la fin du siècle, chaque colonie

compte une belle floraison de titres privés, et pas seulement des titres officiels. Un cas qui se situe à la limite de l’histoire coloniale fait ressortir encore l’importance du journal dans la colonie : lorsque le marquis de Rays se lance dans la fondation de la colonie de Port-Breton en 1879, un journal colonial accompagne l’aventure ; publié à Marseille puisque la colonisation n’est pas encore faite, il est cependant le témoin et le pendant textuel de cette tentative coloniale avortée, qui est rapidement qualifiée d’escroquerie8. C’est dire à quel point, dans ce siècle

médiatique qu’est le XIXe siècle, les colonies sont loin de rester à l’écart du grand mouvement

médiatique qui anime la métropole : elles aussi vivent une ère médiatique, mais avec des caractéristiques propres. La presse coloniale devient donc consubstantielle à cette deuxième période de colonisation française : c’est à partir de ce constat que l’on peut progresser vers l’idée d’une constitution médiatique et littéraire de l’identité coloniale au cours du siècle.

Le moment est propice, justement, à une telle étude de la presse coloniale. La vague de numérisation de la presse qui a cours dans plusieurs institutions de conservation est le signe d’un intérêt croissant pour les corpus médiatiques : même si la presse coloniale française datant d’avant 1880 n’est majoritairement pas numérisée, son exploration dans différents domaines gagne en puissance9. Nous avons pu comprendre, grâce à la numérisation des corpus du XXe

siècle, comment le réseau médiatique allait évoluer ; nous avons pu alors avoir une idée de l’identité des périodiques coloniaux parus plus tard – ne serait-ce que dans les années 1880 – dans les territoires qui nous intéressaient. En outre, et puisque notre approche tend à subsumer les différentes aires de l’empire colonial français pour aboutir à une vision globale de

6 Actuellement, sud du Viêt Nam. Saïgon est l’actuelle Hô-Chi-Minh-Ville.

7 Le site http://dictionnaire-journaux.gazettes18e.fr/ permet de retrouver les traces de ces publications. Consulté le 7 août 2017.

8 Sur la fausse colonie du marquis de Rays, voir : Anne-Gabrielle Thompson, « Une escroquerie à la colonisation : l’entreprise du marquis de Rays à ʺPort-Bretonʺ », Revue française d’histoire d’outre-mer, tome 65, n° 238, 1er trimestre 1978, p. 21-39 ; Bill Metcalf, « Utopian Fraud : The Marquis de Rays and La Nouvelle-France », Utopian studies, vol. 22, n° 1, 2011, p. 104-124. Le journal relatif à l’entreprise est disponible sur Gallica.

9 Et ce au moment même où nous écrivons : pour preuve, la consultation de L’Océanie française, journal de Tahiti paru entre 1844 et 1845, en mai 2017 à la Bibliothèque Nationale de France a été suivie par la numérisation du journal le 22 juin 2017.

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la presse coloniale française, s’inscrire dans un réseau de titres en cours de numérisation a confirmé notre appréhension d’une bibliothèque médiatique dépassant les frontières nationales et s’épanouissant dans un réseau francophone10. Mieux encore, les périodiques coloniaux au

sens large, francophones ou non, peuvent offrir une possibilité de comparaisons intéressantes avec notre corpus, à partir d’études déjà réalisées11. Pour les journaux non numérisés, les fonds

des Archives Nationales d’Outre-Mer et de la Bibliothèque Nationale de France constituent le point de départ de nos dépouillements12. Nous avons pu y ajouter un dépouillement aux

Archives Départementales de la Réunion, et des échanges avec le conservateur des Archives de Nouvelle-Calédonie. Il a fallu également, à partir de ces consultations, exclure du corpus certains périodiques. Après quelques dépouillements, certains territoires ne se sont pas avérés posséder une presse assez riche pour donner prise à une étude littéraire : ainsi des comptoirs du Sénégal, représentés par le Moniteur du Sénégal et dépendances, qui reste malheureusement un journal purement administratif et qui n’offre donc pas assez d’aspects saillants pour une étude littéraire ; ainsi de Saint-Pierre-et-Miquelon, qui avant 1880 ne possède qu’une feuille officielle très administrative, elle aussi. La structure du comptoir et le trop petit nombre de Français présents sur place expliquent sans doute ce défaut de matière. Il ressortit aussi à une autre particularité de notre corpus quand il est envisagé sous un angle historique : il existe des écarts flagrants de bibliographie critique et historique selon les territoires. Ce n’est pas une surprise, et ce constat est même intuitif : la Nouvelle-Calédonie a suscité moins d’études que l’Algérie en ce qui a trait à la société ou à la culture coloniale, alors même que les deux territoires connaissent théoriquement une colonisation qui repose sur le principe du peuplement.

Quant aux bornes chronologiques de notre étude, elles se sont imposées à partir d’une lecture croisée du projet : l’histoire coloniale et l’histoire médiatique ont été prises en compte. L’année 1830 marque le début de la présence française en Algérie ; médiatiquement, c’est de 1836 que l’on peut dater le début d’une nouvelle « ère médiatique13 ». Entre 1830 et 1880, l’on

peut estimer que vont se développer dans l’empire colonial français plusieurs centainesde périodiques : parutions officielles, parutions éphémères, titres n’ayant produit qu’un numéro ou

10 La plateforme Medias19 offre ainsi une liste de ressources pour trouver des périodiques du XIXe siècle numérisés : http://www.medias19.org/index.php?id=80. Elle offre aussi une carte permettant de les situer ; cette carte permet de se représenter les aires francophones et d’établir des liens entre la presse coloniale et la presse étrangère francophone : http://www.medias19.org/index.php?id=10575. Consultés le 14 avril 2015.

11 Ainsi de la presse francophone égyptienne, dont on peut trouver une liste et certains exemplaires numérisés à l’adresse suivante : http://www.cealex.org/pfe/presentation/liste_200ansPFE.php#haut. La presse belge est elle aussi en cours de numérisation ; or elle était une source d’informations pour la presse coloniale française, notamment par le biais de l’Indépendance Belge : http://belgica.kbr.be/fr/coll/jour/jour_fr.html. Consultés le 14 avril 2015.

12 À partir de maintenant, respectivement ANOM et BNF.

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au contraire entreprises florissantes, ces journaux n’ont pas tous été conservés, et parfois même n’ont laissé que très peu de traces. Ce qui est certain, c’est que le nombre de périodiques explose dans les années 1880, développement concomitant d’un changement de stratégie coloniale : la Troisième République amplifie l’expansion de l’empire (protectorat sur la Tunisie en 1881, annexion du Tonkin en 1884, de Madagascar en 1896, constitution aussi d’un parti colonial plus organisé et plus influent qu’auparavant14). Ces premières indications ont orienté le choix

des bornes de notre étude : médiatiquement et historiquement, 1830 et 1880 apparaissent comme des jalons importants. Les périodisations adoptées par la plupart des chercheurs en littérature et en histoire montrent que la période qui commence avec la IIIème République amène

une rupture consommée en 1880 : les périodisations adoptées hésitent entre 1870 et 1880 lorsqu’il s’agit de grands découpages chronologiques permettant une vue large du phénomène colonial15. L’année 1880 nous semble davantage adaptée à notre projet, et nous suivons en cela

l’idée qu’il s’agit alors d’un « moment idéologique spécifique du colonialisme européen : celui au cours duquel, dans les années 1880-1930, la justification morale de la colonisation s’impose aux dépens de, mais ne se substitue pas complètement à, sa justification économique16 ». Nous

nous arrêtons donc avant cette entreprise de « justification morale » de la colonisation qui ira de pair avec la naissance de la littérature coloniale comme genre de (para)littérature bien identifié. En outre, si nous n’avons pas choisi 1870 comme borne finale, alors que c’est une date parfois adoptée dans les chronologies coloniales, c’est parce qu’elle ne rendait pas compte d’une évolution propre à l’histoire de la presse, à commencer par la promulgation des lois sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, promulgation qui marque un tournant important dans l’historiographie médiatique. S’arrêter en 1870 serait le signe d’un calque politique qui ne rend pas compte d’une cohérence médiatique ; poursuivre après 1880 modifierait profondément la cohérence de notre corpus, en l’augmentant de manière vertigineuse, et y compris pour des titres éphémères.

14 Voir notamment l’ouvrage de Raoul Girardet, L’Idée coloniale en France de 1871 à 1962, Paris, Hachette, 1990. 15 Raoul Girardet présente ainsi les dix premières années de la Troisième République comme « une sorte de parenthèse dans l’histoire de l’expansion coloniale française » (p. 24) ; pour ce qui est de la littérature, Bernard Mouralis étudie « un corpus qui correspond à la période 1880 – 1960 et qui […] montre que ce grand ensemble est lié à la mise en place de la colonisation territoriale ». Référence : « Pourquoi étudier les littératures coloniales »,

Cahiers de la Sielec, 2003, n° 1, Paris-Pondichéry, Kailash, p. 17. Martine Astier-Loutfi, dans Littérature et colonialisme : l’expansion coloniale vue dans la littérature coloniale française, 1871 – 1914, donne comme bornes

à son étude 1871 – 1914 ; c’est ce que font aussi Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire dans leur ouvrage La

Culture coloniale. La France conquise par son empire en faisant porter leurs études sur la période 1871 – 1931.

David Spurr dans The Rhetoric of empire étudie aussi la période 1870 – 1960 ; Hans-Jürgen Lüsebrink étudie La

Conquête de l’espace public colonial. Prises de parole et formes de participation d’écrivains et d’intellectuels dans la presse coloniale entre 1884 et 1960.

16 Romain Bertrand, « Les sciences sociales et le ʺmoment colonialʺ : de la problématique de la domination coloniale à celle de l’hégémonie impériale », Questions de recherche / Research in Question, n° 18, juin 2006, p. 14. URL : https://hal-sciencespo.archives-ouvertes.fr/hal-01065637/document. Consulté le 7 décembre 2015.

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Choisir 1830 et 1880 comme bornes, c’est se situer dans le premier développement de la presse coloniale, avant sa fulgurante croissance de la fin de siècle. Il s’agit enfin pour nous de trouver, grâce à l’étude de cette période antérieure, une sorte de « chaînon manquant » entre le récit de voyage et le roman colonial : l’on postule que le XIXe siècle médiatique prend en

charge la transition entre ces deux types de littérature qui sont liées à un espace d’abord perçu comme exotique, puis comme colonial17. La période d’étude choisie se joue au cœur de ce

moment où s’accélère la mondialisation de l’information, où le bateau à voile est remplacé par le bateau à vapeur, où le télégraphe fait son entrée dans le monde de la communication, où les colonies françaises inscrivent leurs identités territoriales face à la métropole autant que dans un système régional qui ne se résume pas à la nation. Un exemple de ces identités territoriales en cours d’affirmation se trouve dans la langue et ses emplois : la parution de fables en créole se fait dans les Antilles, en Guyane et à la Réunion dans les années 1860. Une identité linguistique qui tend à revendiquer une langue autre émerge donc sur ces territoires, cependant qu’en Algérie les nouvelles et chroniques deviennent « algériennes » par leurs sous-titres ; la Nouvelle-Calédonie développe aussi ses chroniques dans les années 1860, en les disant « calédoniennes » et en traitant de la vie coloniale. Une évolution coloniale est donc en marche, qui est coordonnée sur des territoires différents ; pourtant, ces trois exemples tirés de trois territoires différents laissent entrevoir un risque : celui de céder à une analyse téléologique de la situation, et, en miroir, celui de se borner à remarquer des faits en ne pariant que sur leur coïncidence. Il nous faut donc adopter un juste milieu, et tirer de ces cas particuliers une inscription dans un système colonial plus global. Tout en reconnaissant la justesse des observations historiographiques récentes qui postulent que « l’idée de modèle national de colonisation ne résiste pas à la diversité des situations et des pratiques coloniales au sein de chaque formation impériale18 » et qu’« une situation coloniale relève rarement d’une seule

logique impériale19 », c’est cependant les liens très spécifiques entre une presse au modèle

français et sa réalisation effective sur des territoires ultramarins que nous visons.

Outre ces problématiques, nous avons axé notre titre autour d’une opposition qui n’est pas nouvelle entre l’exotisme et les identités ; elle nous a semblé rendre compte des tensions qui existent a priori dans la presse coloniale. La référence qui fonde notre réflexion en la

17 Grégoire Holtz et Vincent Massé, « Étudier les récits de voyage : bilan, questionnements, enjeux »,

Arborescences : revue d’études françaises, n° 2, 2012. URL : http://id.erudit.org/iderudit/1009267ar. Consulté le 6 février 2015 ; Roland Le Huenen, « Le récit de voyage : l’entrée en littérature », Études littéraires, vol. 20, n° 1, 1987, p. 45-61. URL : http://id.erudit.org/iderudit/500787ar. Consulté le 31 janvier 2015 ; Jean Sevry, Un Voyage

dans la littérature des voyages. La première rencontre, Paris, L’Harmattan, 2012.

18 Pierre Singaravélou, « Introduction », Pierre Singaravélou (dir.), Les Empires coloniaux. XIXe – XXe siècle, Paris, Points, 2013, p. 24.

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matière reste celle des ouvrages d’Edward Said, principalement L’Orientalisme et Culture et impérialisme, ainsi que les critiques qui ont pu lui être faites et les débats suscités par son modèle d’analyse : c’est dans un dialogue avec ce type de projets que nous ancrons les prémisses de l’étude20. L’analyse de Said a été nuancée depuis sa publication, et la constitution

de son corpus a pu être critiquée ; mais il n’en reste pas moins que ces ouvrages ont représenté la possibilité d’une nouvelle étude de la colonisation. Les questionnements sur la nation et la presse font également partie de ces nouvelles approches dans lesquelles nous nous inscrivons21.

En effet, les périodiques officiels, premiers nés de la presse coloniale non-métropolitaine, ont une mission d’éducation : pour garder le lien avec la patrie lointaine autant que pour accéder à la formation d’une nouvelle entité, ils forment en effet leur lectorat à un nouvel environnement ; et même dans les titres privés, des particularismes se retrouvent qui laissent à penser que cette mission d’éducation des colonisateurs est un pilier définitoire de la presse coloniale, qu’elle soit explicitement placée sous l’autorité officielle ou non.

Dans cette perspective, nous nous limitons aux colonies françaises, et en ce sens nous n’entrons pas dans les problématiques actuelles des historiens, davantage orientées vers la prise de parole indigène ou une réévaluation des territoires coloniaux. Il y a quelques années, Jean-Frédéric Schaub posait ainsi la question de la pertinence des études coloniales qui, se limitant au cadre impérial français, ne rendent compte ni de l’intégration de l’histoire coloniale dans une histoire nationale, ni de la spécificité régionale des aires colonisées22. Il y aurait donc

perpétuation de l’idée coloniale dans le mouvement même qui veut les étudier en tenant compte de leur histoire. Mais l’approche que nous avons choisie ici est justifiée par les études littéraires médiatiques et non par les écoles historiques actuelles, sujets elles-mêmes de débats que Patrick Boucheron et Nicolas Delalande ont résumé dans l’ouvrage qu’ils ont dirigé en 2013, Pour une histoire-monde23. La présente thèse ne peut se livrer à une étude « à parts égales24 » de la littérature médiatique coloniale, et pour cause : l’objet même du journal est l’un des outils

20 Edward Said, L'Orientalisme : L'Orient créé par l'Occident, trad. Catherine Malamoud, Paris, Seuil, [1978], 1980 ; Culture et impérialisme, trad. Paul Chemla, Paris, Fayard, [1993], 2000.

21 Marie-Ève Thérenty et Alain Vaillant (dir.), Presse, nations et mondialisation au XIXe siècle, Paris, Nouveau Monde, 2010.

22 Jean-Frédéric Schaub, « La catégorie "études coloniales" est-elle indispensable ? », Annales. Histoire, Sciences

sociales, 2008/3, p. 625-646.

23 Patrick Boucheron et Nicolas Delalande (dir.), Pour une histoire-monde, Paris, Presses Universitaires de France, 2013.

24 Selon le titre de l’ouvrage de l’historien Romain Bertrand, L’histoire à parts égales. Récits d’une rencontre

Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècles), Paris, Seuil, 2011. L’expression « à parts égales » est analysée comme un

slogan par Patrick Boucheron, « L’entretien du monde », Patrick Boucheron et Nicolas Delalande (dir.), Pour une

histoire-monde, Paris, Presses Universitaires de France, 2013, p. 12-13. Voir aussi p. 14 son analyse de l’injonction

faite aux jeunes historiens : « Aussi doit-on prendre garde à ce que […] l’histoire connectée n’apparaisse pas désormais comme une obligation morale à des chercheurs qui devraient s’excuser de ne pas pratiquer l’histoire à parts égales, par manque de sources ou de compétences ».

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majeurs de la domination coloniale, et ne laisse pas s’exprimer les indigènes25. Nous n’adoptons

pas non plus une perspective inter-impériale : parce que le journal présente des écritures et des différences nationales, se cantonner à l’empire français apparaît comme le choix le plus cohérent lorsqu’il est question des liens entre l’identité et la littérature26. Si elle n’apparaît pas au premier plan, l’armature impériale est cependant sous-jacente à notre étude27.

Il faut ensuite considérer ce corpus comme littéraire, et pour cela dépasser son statut actuel d’archive historique, sa littérarité problématique. Ce statut ambigu n’est pas spécifique à la presse coloniale ; il ressortit à l’ensemble des écrits médiatiques. La presse coloniale a cette spécificité cependant qu’elle fait office d’archives à bien des niveaux : elle contient les annonces d’arrivées et de départs, elle renseigne sur les décrets officiels, elle fournit les avis de ventes d’esclaves et de propriétés ; et les textes historiques que nous venons d’évoquer contiennent des éléments eux aussi riches dans une perspective historiographique… Outre ces éléments qui relèvent d’une histoire matérielle ou politique, les textes qu’elle contient peuvent intéresser les historiens en ce qui concerne les mentalités. Rien d’étonnant alors à ce que plusieurs thèses aient montré l’intérêt que l’étude de la presse coloniale pouvait avoir d’un point de vue historique : ainsi, par ordre chronologique, on trouve d’abord une étude sur La Presse dans le département de Constantine28 ; puis, en 1984, sur la Presse de la Nouvelle-Calédonie

au XIXe siècle (1859 – 1900)29 ; en 1986, mais effectuée et publiée à Alger, ce qui est intéressant

quant à la portée de ces études dans le monde post-colonial, une thèse sur La Presse musulmane algérienne de 1830 à 193030 ; enfin, dans le cadre des études plus récentes sur la presse, une

thèse sur Feuilletons et Histoire. Idées et opinions des élites de Bourbon et de Maurice dans la presse de 1817 à 184831 a été soutenue à la Réunion ; en études françaises et histoire, une thèse

intitulée Imagining the Peuple Nouveau : Medicine and the Press in French Algeria32 a été

25 La première attestation au sens d’un groupe opposé à celui des colonisateurs est donnée en 1770 selon le TLF : « personne faisant partie d'une population qui était implantée dans un pays antérieurement à la colonisation ». Nous utiliserons ce terme sans utiliser de guillemets et dans ce sens, bien que son utilisation dans le contexte colonial l’ait chargé de connotations négatives.

26 Voir Hélène Blais, Claire Fredj, Sylvie Thénault, « Introduction », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2/2016 (n° 63-2), p. 7-13 pour la justification, d’un point de vue historique, d’une telle approche.

27 Voir Pierre Singaravélou (dir.), Les Empires coloniaux. XIXe – XXe siècle, Paris, Points, 2013.

28 Louis-Pierre Montoy, La Presse dans le département de Constantine, thèse de doctorat en histoire sous la direction de M. le Professeur Jean-Louis Miège, Université de Provence, 1982.

29 Georges Coquilhat, La Presse de la Nouvelle-Calédonie au XIXe siècle (1859 – 1900), thèse de doctorat en histoire sous la direction de M. le Professeur Jean Chesneau, EHESS, 1984.

30 Zahir Ihaddaden, La Presse musulmane algérienne de 1830 à 1930, Alger, ENAL, 1986.

31 Fabienne Jean-Baptiste, Feuilletons et Histoire. Idées et opinions des élites de Bourbon et de Maurice dans la

presse de 1817 à 1848, thèse de doctorat en histoire contemporaine sous la direction de M. le Professeur Prosper

Ève, Saint-Denis de la Réunion, 2010.

32 Charlotte Legg-Chopin, Imagining the Peuple Nouveau : Medicine and the Press in French Algeria, 1870-1914, thèse de doctorat en études françaises et histoire sous la direction de M. le Professeur Edward Berenson, soutenue à New-York University, 2013.

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soutenue en 2013 à New-York University. Ces thèses étudient la presse comme un support particulier pour le développement d’idéologies nouvelles liées au mouvement colonial. Si elles ont été d’une grande aide pour comprendre les conditions de production de la presse, pour vérifier certaines de nos hypothèses et pour établir un arrière-plan historique de notre étude, il est à remarquer qu’il n’existe pas de thèses et de mémoires en littérature portant sur le corpus colonial français en général, dans une perspective de comparaison. Ce qui ressort en effet de ces titres que nous avons cités, c’est l’idée que la presse coloniale doit être étudiée selon les aires coloniales et leurs problématiques spécifiques : on ne trouve pas de vue générale de la presse coloniale en tant que telle. Loin de nous pourtant l’idée de postuler que la colonisation fut un bloc, et que l’on peut ainsi réduire ce phénomène ; mais c’est précisément par le jeu des comparaisons que nous voulons penser la colonisation française dans ses nuances. Notre interrogation rejoint ainsi des préoccupations qui dépassent le cadre national français, comme en témoigne une thèse soutenue récemment en études germaniques et portant sur la construction identitaire des colons dans la presse des colonies allemandes en Afrique, plus précisément dans ses rapports à l’Allemagne33. Si les débats mêmes qui animent les études historiques coloniales

constituent, pour nous, un bon point de départ, notre approche est résolument littéraire et donc axée sur des problématiques littéraires, au premier rang desquelles la constitution du corpus.

La constitution d’un tel corpus en effet n’est pas sans questionner différents aspects des études littéraires. Le geste premier de notre thèse a été celui d’une collecte de grande ampleur : les collections des périodiques coloniaux sont lacunaires, et les textes qu’ils contiennent sont courts, fragmentés du fait même de la parution médiatique. Le critère de l’auteur n’est pas pertinent dans la plupart des cas : les journalistes utilisent des pseudonymes, des initiales, ils disparaissent parfois, et parfois sont les prête-noms d’une manœuvre de plagiat. L’on se trouve donc face à un corpus à première vue décousu, constitué de fragments de textes qu’il faut assembler pour faire advenir l’image de l’identité coloniale construite : plus que jamais le terme de « mosaïque » semble alors adapté. Ces textes dispersés, liés aux circonstances de leur publication, ne permettent pas non plus l’émergence d’un texte majeur qui les surplomberait avec autorité : au contraire, souvent dans notre exposé il nous faudra résumer, replacer, raconter les textes pour mieux amener à leur compréhension. De la même manière, la plupart des textes que nous avons sélectionnés pour ce qu’ils apportaient à la constitution de l’identité coloniale appartiennent au genre narratif ; mais il se trouve aussi des

33 Elisabeth Schmidt, La Presse dans les colonies allemandes en Afrique 1898 – 1916. Rapports à l’Allemagne et

construction identitaire des colons, thèse de doctorat en études germaniques sous la direction de Mme la

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textes poétiques, des textes de « variétés » qui correspondent bien à la rubrique dont ils émanent34, des textes informatifs… Il se trouve dans cette recherche quelque chose qui tient au

risque de l’éparpillement ; mais ce risque appelle également à réfléchir aux gains que peut apporter une forme de kaléidoscope. Tous les éléments de notre corpus se combinent de manière à former une image que l’on peut faire varier. Grâce à la dispersion de l’image, grâce à la répétition de certains motifs, c’est une identité coloniale complète et complexe qui finit par se former.

C’est aussi dans une perspective développée par Marc Angenot35, celle de l’analyse du

discours social, que notre thèse se place plus largement, afin de lier les discours médiatiques coloniaux aux ensembles discursifs globaux auxquels ils appartiennent. Les discours médiatiques que nous avons retrouvés apparaissent en effet comme les traces d’un discours social plus large qui a enveloppé les colonies françaises à un moment où elles entrent dans ce qui est ressenti et compris alors comme une modernité. La remise en question du terme de « discours colonial » s’est alors révélée comme un axe centrifuge de notre recherche : autant que l’« imaginaire » ou l’« inconscient » colonial, et suivant en cela l’analyse développée par Emmanuelle Sibeud, nous employons le terme de discours pour mettre en avant une forme de dynamisme de la presse coloniale, qui assume sa fonction de force coloniale motrice36. Notre

hypothèse de travail repose sur l’idée que ce corpus a priori éclaté et fragmenté peut être « unifié » grâce au regard littéraire et médiatique : l’on y retrouve des procédés d’écriture, des poétiques, et plus généralement un discours social colonial qui les réunit.

La presse coloniale représente clairement l’instantané d’une vie coloniale, et l’on a donc aisément compris son intérêt historique, comme on l’a vu plus haut. Mais cette écriture momentanée a pourtant une valeur littéraire. La presse coloniale du XIXe siècle est un corpus à

part, nous l’avons dit, et peu étudié littérairement : nous nous servirons donc des outils et pensées propres à l’étude des littératures francophones et postcoloniales pour réfléchir, à rebours, sur la situation coloniale37. De la même manière, le champ de la littérature exotique,

34 Cette rubrique du journal permet de publier de courtes fictions, des textes humoristiques, des notices scientifiques… Elle contient donc des articles variés. Nous emploierons à partir de maintenant le terme sans guillemets.

35 Marc Angenot, 1889, un état du discours social. Consultable en ligne sur le site Médias 19 : http://www.medias19.org/index.php?id=11003. Consulté le 22 septembre 2014.

36 Emmanuelle Sibeud, « Cultures coloniales et impériales », Les Empires coloniaux. XIXe – XXe siècle, Pierre Singaravélou (dir.), Paris, Points, 2013, p. 335-376. Sur le « discours colonial », voir également : Norbert Dodille,

Introduction au discours colonial, Paris, PUPS, 2011. Sous un angle plus spécifique : Oissilia Saaïdia et Laurick

Zerbini (dir.), La Construction du discours colonial. L’empire français au XIXe et XXe siècles, Paris, Karthala, 2009.

37 Les ouvrages de Jean-Marc Moura, notamment : « Postcolonialisme et comparatisme », Vox Poetica, 2006 ; « Littérature coloniale et exotisme : Examen d’une opposition de la théorie littéraire coloniale », Regards

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par ses problématiques, apporte à l’édifice théorique des bases profondes, qui peuvent entrer directement en écho avec le corpus étudié. À considérer les périodiques coloniaux comme une forme de littérature en situation, le regard actuel gagne en acuité sur une forme de réalité coloniale. Les textes issus du corpus médiatique colonial se prêtent particulièrement à une étude littéraire, et ce pour des raisons structurelles qui tiennent au journal en tant que production culturelle. Il faut d’abord reconnaître que

la majeure partie du journal est, dès la monarchie de Juillet, faite de récits, même si les rubriques les plus nobles sont oratoires et si le lecteur, immergé dans une masse composite de textes hétérogènes, n’a sans doute pas la pleine conscience de cette prédominance du narratif38.

Parce que le narratif est le genre prédominant de la presse à la période considérée – il reste à étudier ce qui précède la monarchie de Juillet –, les outils littéraires peuvent rendre compte d’écritures médiatiques. C’est pour cette raison qu’il ne nous semble pas possible de renoncer aux microlectures, aux approches précises de textes choisis pour leur exemplarité, en précisant leur ancrage culturel et temporel. Quant à la citation d’extraits, inévitable ici, elle est contrebalancée par une annexe contenant certains des textes importants en intégralité : certains articles demandent une publication in extenso pour révéler leur teneur. Mais plus largement, pourquoi donc s’accrocher aux commentaires précis des textes, puisque le corpus est large et que la perspective adoptée pourrait être celle que développe Franco Moretti lorsqu’il indique que la microlecture tient d’un « exercice de nature théologique39 ». Ce point de vue témoigne

d’une perspective que nous reconnaissons et acceptons ; seulement la notion même de « genres », par exemple, en contexte médiatique, est problématique et ne peut se régler d’aussi loin40. Pour le reste, les entrées que nous utilisons sont thématiques, analysent les tropes,

sur les littératures coloniales : Afrique francophone, Paris, La Découverte, 1999, p. 21-39 ; et son ouvrage Littératures francophones et théorie postcoloniale, Paris, PUF [1999], 2013.

38 Alain Vaillant, « Écrire pour raconter », La Civilisation du journal : Histoire culturelle et littéraire de la presse

française au XIXe siècle, Dominique Kalifa, Philippe Régnier, Marie-Ève Thérenty et Alain Vaillant (dir.), Paris, Nouveau Monde, 2011, p. 779.

39 Franco Moretti, « Hypothèses sur la littérature mondiale », trad. Raphaël Micheli, Études de lettres, Lausanne, 2001, n° 7, p. 13. Citation in extenso : « on n’investit autant de temps sur des textes singuliers que si l’on estime que très peu d’entre eux valent la peine d’être étudiés. Sinon, la démarche n’a aucun sens. Si l’on porte son regard au-delà du canon (et bien sûr, le point de vue de la littérature mondiale y incitera de lui-même : il serait absurde d’en restreindre la portée), la microlecture ne fera pas l’affaire. Elle n’est pas faite pour cela, bien au contraire : il s’agit d’un exercice de nature théologique – un traitement très solennel de très peu de textes pris très au sérieux – alors que ce dont nous avons besoin, c’est d’un petit pacte avec le diable : nous savons comment lire des textes, apprenons maintenant comment nous pourrions ne pas les lire. La distance aux textes : où la distance, je le répète, est une condition du savoir. Elle permet de se concentrer sur des unités qui sont bien plus petites ou bien plus grandes que des textes : des procédés, des thèmes, des tropes – ou des genres et des systèmes ».

40 Corinne Saminadayar-Perrin, « Stratégies génériques dans l’écriture journalistique du XIXe siècle »,

Références

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