LES RELATIONS ENTRE ÉCOLE ET MUSÉES DE SCIENCES
COMME PROGRAMME DE RECHERCHES
Gaud MOREL, Daniel RAICHVARG, Michel VAN PRAET
Service d'Animation Pédagogique et Culturelle
Muséum National d'Histoire Naturelle
MOTS·CLÉS : DIDAcnQUE MUSÉALE· ANIMATION PEDAGOGIQUE-VISITES SCOLAIRES
RÉSUMÉ:
Depuis quelques années, les classes de tous niveaux: vont de plus en plus vers les musées de sciences (une trentaine de classes par jour actuellement dans les expositions du M.N.H.N., sans considérer les ménageries). Cette augmentation ne doit pas masquer un certain nombre de dysfonctionnements, qu'il convient de clarifier et auquelilfaut apporter des solutions pour que ces musées jouent pleinement leur rôle dans la fonnation scientifique des élèves. Cette communication a pour objectif de préciser les bases d'une recherche-action autour des relations école-musées de sciences.SUMMARY :
Organized school visits tO museums of science have been încreasing for the last ten years.Inspite of this enthousiasm, the reality mightappear
rathergrim.
This paper tries to point out sorne of the shoncomings that shouldbesolved before [he tum of the century for museums of science and the schools to renegociate their relationship and develop their possibilities of co-operation,1.
INTRODUCTION
Ce champ de la didactique muséale est encore peu exploré dans les pays de langue française si
l'on se réÎere aux études ex.istantes (deux colloques: Montréal, 1986 et Remus, 1991, et deux
recensions bibliographiques: AN1HEAUME, 1989, SAMSON et SCHIELE, 1989).Malgréleur faible nombre, ces études révèlent déjà quelques-uns des thèmes possibles d'un programme de recherches centré sur les relations écoles-musées (histoire de ces relations, déroulement des visites. organisation des services pédagogiques, impact pédagogique général sur les apprentissages, aspects sociologiques, comparaisons possibles avec les musées d'Art).L'axe de ces recherches pourraitpartirde la constatation que l'écoleetle musée souffrent d'un mal d'identification réciproque. Le musée n'est pas l'école, n'a pas de programme à suivre et doit, en outre,
être
en constante résonance avec les idées les plus neuves de la recherche scientifique. Quant à l'école, elle entre souvent au musée en y attendant surtout une réponse à ce qu'elle ne peut pas faire, sans rechercher son apport au musée, voire son appon aux élèves dans le contexte du musée.2. ÉCOLE ET MUSÉES DE SCIENCES DANS L'HISTOIRE
Dès les années 1920, les groupes scolaires sont accueillis de manière spécifique dans les Muséums d'Histoire Naturelle de province(LaRocheHe, Rouen, Le Havre) : "Les élèves des écoles, souvent guidés par leurs professeurs, viennent s'instruire d'une façon plus large et plus complète. Les collections scolaires, même les plus étendues. ne sauraient s'égalerà celles du Musée local; si les premières peuvent convenirà des notions conunençantes, la démonstration ne s'achève que grâce à ces dernières ... Une entente s'est donc nouée entre les Administrations académiques et les Conservateurs pour mettre en commun toutes les ressources et pour s'entr'aider... Dans des villes d'imponance moyenne, le Conservateur et son personnel reçoiventà dates fixes les élèves désignés et leur font des démonstrations." (ROULE, 1923)
L'outil principal pour avancer dans ce type de reçherches est évidemment constituépar les archives des musées et, également, celles du Ministère de l'Instruction publique (RAICHVARG, 1989). Deux axes d'analyse peuvent être retenus pour le dépouillement, en dehors d'une simple approche quantitative: le premier ayant trait en partie à la didactique muséale et le second, à l'organisation des visites scolaires en relation notamment avec la mise en place du "musée scolaire" défini, en France, par (es Instructions de 1920 (voir ALLARD et GAtm-nER, 1990 pour le point de vue canadien).
3. RECHERCHES SUR L'ÉTAT DES LIEUX
Les études à mener concernent les personnels des deux institutions et la visite scolaire proprement dite.
3.1 Les personnels
Il faut savoir que le public enseignant représentant la catégorie de visiteurs libres quantitativement la plus importante du M.N.H.N. (ID à 35% selon le type d'exposition, VAN
PRAËT, 1987). Les contacts téléphoniques, les statistiques sur cahiers, les mini-enquêtes et les dossiers classes-muséum permettent de rechercher des indicateurs, La connaissance des motivations des enseignants, des animateurs et des chercheurs fait apparaître un point nodal, révélateur d'un conflit latent entre école et musée: l'articulation de la visite autour d'un programme scolaire. D'un côté, l'enseignant vient chercher le traitementd'unpoint de programme qu'il nesaitpas,ou ne peut pas traiter, ou qu'il souhaite seulement illustrer, de l'autre, l'animateur, ou le chercheur, se sent investi d'une mission directement pédagogique. Denière
ce
conflit, ilyaà l'oeuvre la problématique que nous rappelionsau
début: le musée n'est pas un complément direct du programme scolaire, en toul cas, pas seulement. Cela signifie quela
visite peut avoir,a
priori, quatre enjeux différents:1 -venir par rapport au programme scolaire,
2 - venir
pour
sensibiliser aux méthodes et résultats de la recherche scientifique,3 -
venir pourle
plaisir,4 -venir pour tout autre chose.
La communication téléphonique représente la plupart du temps le premier contact que l'enseignant
a
avecle
musée pour enclencher le processusde
visite. Ce contact s'établit pour mettre en place une visitepoUTlaquelle une fourchette de dates, et même parfois une seule date, est déjà le plus souvent fix:ée par l'enseignant lui-même. L'échange peut se développer mais, de manière archétypale, on peut dire que le dialogue met en évidence un facteur limitant majeur:ils'agit souvent d'une visite déterminée par des contraintes sur lesquelles le musée et l'enseignant n'agissent que partiellement (lecar
prêtépar
la municipalité). Cetypede visite devrait alors clairement dire son nom: ce n'est pas une visite scolaire. ce n'est pas non plusdela pédagogie buissonnière. Il faudrait tout simplement la transfonner en visite-plaisir, pour éviter toute ambiguïté et notamment l'essai d'un traitement artificielà l'intérieur de la classe.Lescahiersde réservation de visites avec conférencier de la galerie de Paléontologie, la plus connue de nos Ga!eries, montrent l'importance de statistiques fines. Si l'époque de l'année considérée dans cet exemple explique sans doute l'absence de classesde Quatrième, une comparaison avec les programmes officiels montre que seuls les CMI et CM2 sont susceptibles de venir dans le cadre d'une visite en relation avec leurs programmeset que, dans les autres cas, un autretypede visite devrait
être
mis en oeuvre,Visites scolaires dans la Galerie de Paléontologie (19.09.91 - 30.11.91)
niveau classes élèves
rrmt 14 CP 6 CEl 20 CE2 43
CMI
39
CMU 45e
2
6e 1 6e adapt. 1 CPPN 1 l;Iandicapés mentaux 1 Ecoles spécialisées (mode, métiers de la table) 3406
168
508
1078
931
114
5130
15 227
53
Les mini-enquêtes menées à l'Arboretum de Chevreloup, lieu spécifique du Muséum consacré au monde végétal, renforcent l'idée d'une liaison avec la saison mais surtout d'une certaine adéquation aux programmes scolaires et aux objectifs généraux de la visite,
Cette adéquation se retrouve dans le cas d'un autre produit spécifique du Muséum. Les classes-muséum pendant lesquelles, sur des thèmes précis, nous mettons en relation un (ou des) chercheur (s), avec des classes développant un projet éducatif plus c1airementdéfmi.
CP: plantes, graines, serres (4) CE: la diversité du monde animal (6)
les champignons(3) les insectes (2) ornithologie (2 CM: le sol (6)
les fossiles (7)
plantes, graines, serres (2)
Classes Muséum accueillies dans l'année scolaire 1991 (niv. école élémentaire)
Cependant, un important dysfonctionnement se crée souvent dans la manière dont les chercheurs se situent par rapport à cette mission de diffusion de leur science et par rapport à l'institution scolaire. Ils passent d'une approche de la recherche à une simple présentation de connaissances, même si cette présentation est année des moyens spectaculaires que possède le Muséum par rapport à un établissement d'enseignement. Cette situation tient à deux facteurs très différents dont le second met en cause également l'enseignant en visite:
• Le premier facteur est un facteur technique. Compte-tenu du nombre d'élèves par groupe, il est souvent impossible au chercheur d'accueillir le groupe dans Son laboratoire.LeService d'Animation dispose d'un amphithéâtre récemment rénové, dont l'organisation générale pennet un contact de qualité entre le chercheur et les élèves, mais cette situation conduit Le chercheur vers une position pédagogique trop marquée. Le chercheur met de côté non seulement sa vie de scientifique mais aussi le regard que la recherche actuelle pOrte sur le thème qu'il doit aborder.
- Le deuxième facteur est d'approche plus complexe. Il rientà une sorte de jeu de rôle mal conuûlé. Le chercheur a tendance à vouloir faire passer des connaissances de base sur le sujet qu'on lui a demandé de traiter et non plusà présenter son travail de chercheur sur ce sujet. Quant à l'enseignant, il vient très souvent au Muséum dans l'espoir que le chercheur compensera ses propres lacunes aussi bien en matériel, qu'il lui est impossible d'acheter pour &On établissement d'enseignement, qu'en connaisssances.
Ces quelques remarques montrent donc que les relations peuvent être connicmel1es ou du moins frustrantes pour ces acteurs lorsqu'elles s'articulent autour du programme et uniquement autour de lui. Cependant, dans le cas où le produit muséal est plus précis, autour d'une notion de science ou dans le cas où le produit muséaJ nécessite un contact entre l'enseignant el le musée, il semble qu'il yait meilleure compréhension des rôles de l'un et de l'autre. D'où ta question du "comment développer les rencontres entre les uns et Les autres ?" Nouvel objet de recherches qui croisent celles sur le développement du partenariat entre l'école et d'autres structures, dont les
musées.
3.2 La visite
De nouveau, ce qui frappe, c'est la pauvreté, sinon l'absence, d'érudes récentes sur ce sujet Si celles de didactique muséale stricte se développent, par exemple, sur la réalisation de fiches d'aide à la visite d'exposition, il n'yen a pas, pour suivre ce cas, sur leur rôle joué dans la pédagogie muséale de l'enseignant (parfois, ces fiches sont notées au retour en classe !).Plusieurs types d'études devraientêtre menées s'organisant sur l'axe du temps: pendant la visite, avant et après (voir par exemple, ALLA RD, 1986)." Pour cela, il faut définir des indicateurs et une méthodologie (et trouver le personnel pour les réaliser, niveau DEA).
Deux études des années 1920-30 témoignent de la richesse de telles recherches (citées dans SAMSON et SCHIELE, 1989). Destinées à tester l'efficacité d'une présentation muséale dans l'acquis des connaissances par rapport à des classes témoins n'allant pas au musée, elles retiennent neuf critères classe traditionnelle, visite non guidée pendant laquelle l'élève est libre de ses déplacements, visite guidée par un questionnaire, utilisation d'une histoire romancée pour contextualiser les objets, comparaison entre deux galeries, projection de diapositives juste avant d'entrer dans la galerie, projection de diapositives une journée ou une semaine avant la visite, utilisation du dessin pour répondreà des questions, utilisation d'une histoire se rapportant aux objets vus. Il ressort de cette étude, en particulier, que l'apprentissage était grandement optimisé par l'utilisation de matériel visuel. Trois facteurs favorisent l'efficacité de la visite; la préparation en classe de la visite (utilité d'une préparation le jour précédent la visite), l'utilité d'une petite leçon traditionnelle d'une quinzaine de minutes donnée au musée juste avant la visite, par les guides, l'utilisation obligatoire d'un questionnaire-guide. D'une façon générale, la visite libre émit la moins efficace et c'est celle qui enthousiasmait les éducateursà l'époque!
4. CONCLUSION
Le musée de sciences peut être un tieu de documentation et de délectation, de coopération et de trandisciplinarité, de panenariat et d'innovation, encore faut-il que le musée connaisse les attentes du monde scolaire et que celui-ci ait une connaissance des approches et des buts de l'institution muséaJe. Mais, pour que le musée de sciences soit "un aHié de l'école, un complémentà celle·ci, et qu'il contribue en même tempsà son ouverture", il convient de s'appuyer notamment sur une recherche-action dont nous avons essayé de donner quelques basesà partir des éléments qui sont actuellement à notre disposition.
5. BIBLIOGRAPHIE
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Laculture scientifique et techniqueà destination des jeunes - parcours historique,Les Jeunes et la Culture Scientifique et Technique, Culture Technique, 20, Les Jeunes et la Culture Scientifique et Technique.VAN PRAËT (M.), 1987. -Les publics des galeries, serres et expositions du Jardin des Plantes, document interne.