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A Thesis.
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•
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HENRI MICHAUX: CONNAISSANCE ET MYSTICISME Robert Chaput Juillet 1974.c:r
"
.
'Submitted to the_Faculty of Graduate Studies and Research in Partial Fulfillment
of the Requirements for the Degree of Haste!" of Arts Département
de
langue et littérature francaises McGill Univers~ty Montréal, Québec 1 .~.----"-1-
@
Robert Chaput
1 ..
197~ \,1
\ I; . . . . If''l
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, Robert Chaput
HENRI MICHAUX: CONNAISSANCE ET MYSTICISME
Thèse de M.A. ~I Département de langue et litt~rature françalses RESUME
...
La quête de Henri Michaux s'apparente bea~coup à
celle-,
des mystlques. En général; les critiques ont très pe~~élabaré
..
sur ce sUJet. Selon eux, c'est surtout l'expressl0n desmystères et des mécanismes du subconscient, qUi préoccupe le poète; Pour plusieurs, Henri Michaux ne se sert de la poésle
~ que pour se I1bérer d'une souffrance trop absorban~e. La ~@te "mystique!' du poète demeure à analyser.
)
Le premier chapitre de ce travail rappelle l'enfance du~
.
poète et l'état de perfection relié à cette période disparue.~
•
..
\
,
.
Adul~e, Henri Michaux devra falre face aux nombre~ses
contra-dictl0ns de l~ réallté physlque~ Ses efforts. pour retrouver
la perfectlon de l'enfance, n'auront pas les résultats escomptés .
..
~r
t .,. -~...
..
.:
Ce n'est qu'en se débarrassant de ses llmltes physlques
que le poète parvlendra
à
connaître l'Absolu. Le deuxl~mechapitre expose les di~férentes tentatlves "mystlques"
entre-prlses par le poète pour attelndre ce but. Toutefols, c'est
.
0 ,surtout au cours de ses recherches sur la drogue que le poète
t
1
aboutJ..ra
à
l'extase. Le troislème chapltre analyse la Valldl.téet les conséquences de cette expérience.
.
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~..
'v)
r Robert ChaputHENRI'MICHAUX: CONNAISSANCE ET MYSTICISME
M.A. Thesls
Department of 'French Language and Ll terature
~BSTRACT
a e.,
~Henri Mlchaux'§ search resembles closely that of the
.,
..
..
....
mystics. In general, critlcs have not elaborated very much on
,
.
the sUb]ect. Accordlng to them, the poet is preoccupied above aIl wlth the expression
of
mysterles and the.
(worklngs of the
1
SUbcOrI$C1OUS. For many, Henri Michaux ~ses poetry as a mean to liberate himself from sorne unbearable sufferlng.· The mysti
\)
search of the poet remalns to be analyzed.
)
,
.-The first chapter of this wor~ recalls the poet's childh60d and the idyllic state of this distant periode Henri Michaux, now
~ ...
..
•
e.
If
adult., shoul'd tace up to
f~e
proble'ms and~ontrad~ctIons
of llfe..
HIS eiforts to fInd the lost JOYS of hlS childhood wIli be vâIn .
..
The poet wlll,on1y know the Absolute if he can
,.
~r~e'hlmself from hlS physIcal llmlts.1
The seçond chapter descrIbes hlS mys-tl/al attempts to reach thls alm. f)
hl
e~érlments
wlth drugs \hat"he experlenCes ard attalns ecstasy.rh
, l ,
Ih third chapter analyses. the valIdIty and consequ~nces.of thls However, It is ma1nly durIng
,
.
ex,Perience. / ,.
) 1o
.
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Ji J ( '..
~,
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TABLE DES ~ MAT IERES
INTRODUCTION • . . . •
CHAPITRE PREMIER - LE PARADIS PERDU . . . .
a)
b)
c)
~~
"
La chute . . . • . . . .
Apr~s la chute: L'homme face au monde ... . L'échec de la connalssance . . . . pages, l 7 I l 24
'CHAPITRE DEUXIEME - LES TENTATIVES MYSTIQUES. .... .•.• 36
CHAPITRÈ TROISIEME L' ExTASE •.••..
...
CONCLUSION . . . • . . .
.
.
.
.
.
. .
.
.
.
.
.
..
.
.
. .
.
. .
.
.
.
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NOTE S • • • • • • . • . • . • • . . • . . III • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •..
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1
Il eXlste dans l'oeuvre de Henri Mlchaux, une certalne ambivalence qUl nCa pas échappé à la critlque. Alnsi, on nIa
,
,
pas hé~lt~ à aSSOCler ce poète à des écrlvalns aUSSl peu sem-blables que Lautréamont ou Kafka. Et pourtant, comblen profond nous apparaît le fossé qUl s~pare la révolte pure de Illmpuls-sance la plus totale. -Seralt-ce flnalement que le sentlm~nt
d'~trJ
écrasé par plus fort que SOlnlemp~che
en rlen la, révolte, ou du moins, le déslr de sIen sortlr? Et Sl Ilhomme n'avalt pas..
'touJours connu cet écrasement; s ' l l le sublssalt avec la'convlc-tlon que la Ilberté et Ilharmonle IUl étalent acqulses autrefols?
N~ seralt-ll pas tenté d'essayer, par tous les moyens, de retrou-ver cet équillbre aUJourd'hul dlsparu?
Ce~te amblvalence dont semblent.témolgner les écrlts du
poète, se retrouve aUSSl dans les Jugements que certalns crltl-ques ont formulés à l'égard de son oeuvre,. Aux yeux de Raymond Bellour, par exemple, sa poésle est "au ras: de llhomme. Il n'y
1
a plus lci au~un destln, plus de malédlCtion nl de mlsslon, rlen
h ' l
qUl" touc e a quelque surnaturel! Jeah Arnrouche, pour sa part, consldère que l'o~uvre de Henrl Mlchaux procède alune démarche ,mystlque; malS d'une "mystlque humaine, où Michaux se garde de
Qiviniser l'homme ou la~ature. Nl ciel, nl terre: l'homme seul, dans sa mlsère et dans sa faiblesse, mais dans la conscience de
2 .
ce qu' i l est ". Quant à rvon Belaval, i l reconnaît un certain
1 ,
succès aux tentatjves amorcées par le poète: "Il semble qu10n t
~
.
•
,
)
2
attelgne Dleu, ~ tout le mOlns une réalité dlVlne qUl seralt
/
l'envers du sens·lble". 3
qUl s'en tJent
D'une part, le poète est Jugé comme un lndlVldu aux Ilmltes asslgnées par l'unlvers qUi l'entoure; d'autre part, 11 est perçu comme un auteur qUl, 101n de se contenter de ce que la réalité quotidlenne peut lUl offrlr, orlente sa quête vers un certain au-delà. Henri Mlchaux est-lI donc un po~te de la révolte ou de l'acceptatlon?
,
Les crltiques inslstent beaucoup sur le caractère vlolent et agressif de l'univers poétique de Henri Michaux. Tout ce qUi envlronne l'écrivain, apparaît comme une menace. Celui qUi ne veut pas devenir une pro1e faCile, dOit constqmment se méfier. Il dOit être sur ses gardes. Car, comment saVOir aVec certitude que ce qUi nous paraît d'abord inoffensif, ne s'apprête pas
à
(il
'attaquer ~ l'instant même?' On ne saurait JamaIS trop se méfier
~es
objets qUl nous'entourent, d'autrui, et surtout de SOl. Iln'y a aucune place pour l'innocence dans cet univers. L'indlvidu
y est assal111 de toutes parts:
t'univers de Mlchaux est en effet encombré
d~ob)ets r~lstdnts, qUi piquent, coupent ou qriffent, contre lesquels on se cogne et on se déchire: lames, alguilles, thermocautère qUi entament la chair; voûtes et murs qUi se reforment
à
mesure qu'on l~s démolit. Monde métallique ou minéral, qUi présent'e des arêtes, monde opaque et pesant, agressif ou menaçant.4a
Dans ce monde "ancombré" et "agressif" que dépeint Robert, Bréchon, les chances de salut paraissent plutôt minces. Tout
•
3
..
o '
semble eXlster en fonctlon de la souffrance. Les objets sont
•
là pour attaquer ou dé'chlrer. Ils ni ont pas été créés pour la Joulssance de l'homme. Le poète ne dlspose pas Qe ces objets;
11 SUblt leurs assauts. Parcq qu'il est falble, il se défend
\
avec maladresse. Parfols, 11 parvIent à réslster tant blen que mal, malS
le
plus souvent, 11 est valncu par les forces host~esqUl hantent son unlvers:
..• J'al été transporté sans transitlon
~ l'ateller de démoll tl:on. Vl vant. Engourdl. L'on siest mIS aussit8t en devoir de mrextra~re
les tendons des membres, afln de les dIrlger vers l'atelier de triage du dép8t.
Et déjà du maIllet op m'at~endrit le dos à petlts coups qUl augmentent mon engourdlss~
ment. Il Il nI es.t pas encore assez tendre",'
annonce une VOlX et le martellement recommence, plus accentué.
Déjà Ils enfoncent des sortes dé pOInçons sur lesquels Ils tapent.
La pose, la recherche des endrolts est attentlve. "Le tout dOlt venIr comme une
mèche", dlt la VOlX qui a déjà parlé une fOlS.
C~tte fOlS, Je val~ leur p~rler.' J'en al la
force sublte. Valnement!
Je ne trouve rlen à leur dire. Exactement rien. Sous~les coups qUl contlnuent, Je
m1enfonce dans une paralysIe d'adieu.5
Faut-il donc considérer Henrl Mlchaux comme UQ poète de
l'échec?
.
Le malheur est une constante chez Hrnri .Micha~x. Une
grande partie de son oeuvr~ témoigne de l'i~ulssance de'l'homme ~
.face aux multiples agressions dont il est victIme •. A malntes ,
•
reprises, le poè~e semble connattre le paroxysme du désespoir •
•
.
,
•
,
.
,
4
On le crolrai t totalement vaincu, immob'lle ·devant ta ~O~ffrahc~,
pr~t à tout abandonner et à to~t accepter. Son malheur semble
~parfols Sl grand qu'on a peIne à conceVOIr la pos~iblllt~ d'u~'
~
redressement quelconque. MalS ce nlest là qu'une facette de.~on
oeuvre. Henrl Mlchaux es~ aUSSI ~e poète de la-révolte et du
d~slr de vaIncre.
rI
va utIliser tous les moyens dont '11 dlSpGSe,pour se Ilbërer de l'angplsse qUI l'accapare.
-
, Chez lUI, Jamais,
Ce n'est~nue • '1 partIe,remlse. ~ 10u'Jours,
'Il parVIent à se ressaiSIr, pour enSUIte alle~ à la recherche de
r' ~ \\
nouvelles portes de sortie. Sa poéSIe est aUSSI une poésIe. de l'espOIr:
~
Mon 'violon est un grand vlolon-glrafe; J'en Joue à llescalage,
bondIssant dans ses r~les, , au galop sur ses cordes senslbles et son ventre
affamé aux désirs épals,
que pèrsonne JamaIS ne satIsfera, . sur sop grand coeur de bOls enchagriné, que pèfsonne JamaIS ~e comprendra.
Mon v-1t@flon-girafe, par nature a la plaInte basse
et ~lI'nportante, façon tunnel,
lrair a6cablé et bondé de soi, comme llont 'les
" . . 1 • 1 .,
•
gros :poissons gloutons des hautes ,profondeurs, malS ~v~c~ au bout, un air de t~te et d'espolr
quand. m~me,
..
d'Emvolé~, de flrche, qUl ne cédera ,JamaIs,.6
;
~~·
Que l'oèuvr~,de Henrl Mlchaux s'lmprègne parfois de
déses-·
pOlr i cela demeuré lncontestable.. Néanmo.ins" le désir' de vaincre
·
dèmeure présent çh~z le poète, et par~lent tbu}ours à lui donner
.
un"élan nouveau'. t'ensemble de ses éc.cits se compose de
tenta-.
tives varities, plus ou moins fructueuses, '(lsant tantôt "à échapper
()
,
.
,
~ une souffrance trop absorbante, tant~t à
• ~
-, l'
5
perc~r la fàçade des
. c~oses pour atteindre 1" essentiel. Et cètte qu~te d'un au-delà
de la réalité physlque, l'écrivaln l'a poursulvle malgré ses
Il
diverses préoccupations.
Dans La Vle dans, les plis, Henri Mlchaux
informe~
lecteurqu'il1refuse toute llmitation. Non
se~emen~
11 s'acharne àrenverser les obstacles qUl viennent de l'unlvers physlque, malS a1fs'Sl, '11 ,fait ,"la guerre des plafonds":
1
La nUlt est un grand espaae cubique.
RéSistant. Extr~mement réslstant. En
tassement de murs et en tous sen$, qUl ,vous llmltent, qUl veulent vous Iimlter.
Ce qu'il ne faut pas accepter. •
Mal, ,e'n1en sors pas. Que d10bstacles
pourtant j1al déJà renversés.
Que de murs bousculés. MalS 11 en reste.
Oh! ~our ça, il en reste. En ce moment, Je
fai~ surtout la guerre'des plafonds.
Les vontes dures qUi se forment au-dessus de mOl, car 11 sien ptésente, Je le5 martèle, -Je les pilonne, -Je les fais sauter, éclater, crever, i l sren trouve touJours d'autres par derrlère.?
Le'~o~te ne s~ contente pas de détruire tout ce que la
culture impose à l'indiVldu . . 11 cherche surtout à vaincre les
\~ , HI
\,
, 'obstacles qui t'emp~chent d'attelndre la "Réallté"; cette "I{éalité"
'. 1
o
qU'on sltue ordinalrement au-dessus de llhomme, d~h~ la région t
céleste. Il fa"ut prendre gardé de ne pas. identlfier cette Réalité
.
, . A
a Die~ du mOlns, à un Dieu bien défini. Henrl Mlchaux r~j~tte
les Œ.eligions établies et J.es di vin:i- tés qq,' elles pr-oposent. La
"
'.\
6
•
Réal1.té dont 1.1
~
~
est quest1.on 1.C1., ne
peut,~tre ~1.f1.ée
à,aucun D1.eu connu. La dém~rche du poète correspond Ptut8t à une qu~tede l'~tre, une recherche du Pr1.nc1.pe qÙ1. rég1.t notre univers.
Cette
qu~te
d1un au-delà de notreu~rs sens~ble,
que certains crlt1.ques se sont refusés à V01.r, a beaucoup pré~~péle poète. Elle occupe une plaèe l.mportante dans son oe~re.
Elle est à 1lorlg1.ne de nombreuses démarches et de nombreuses
tentatlves que plusieurs ont afflrméF~ ~tre drlnspiratlon myst1.que. Faut-lI donc consid~rer Henri Mlchaux comme un ~ystique, ou ne
faüt-ll VOlr dans Son
o~uvre
qu'un moyen d1échapper à une soJ?-france trop accaparante? Crest ce qu'll conv1.endra de déterminer,"'- '
après s'~tre interrogé sur la nature de cet au-delà et sur la
\
f~çon dont l'auteur est parvenu à croir~ en son eXlstence. Par
la su"i te, ,~il sera' plus facile de comprendre ce que le poète
conSl-..
dère comme des limltes et les d1.v~rses démarches qu'il a
e~tre-prises afin de surmonter ces obstacles. Alors, seulement, 11
deviendra, possible de dét.erminer. jusqu 1 à quel point son oeuvre est réellement d~insplration mystique •
..
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•
CHAPITRE PREMIERLE- PARADIS PERDU
.
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...,
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ri' .......
t. 1
•
•
La chute
Tel un foetus dans le ventre de sa mère, Henrl.Mlchaux, enfant,----l5â"ignalt dans un bonheur 1Tdense" et "trouble":
-~ ~
Jusqu 1 au seull de, "1'1 adoléscence il formal t
une boule hermétique et suffisante, un univers dense et personnel et trouble où n'entrait' rien, ni parents, rtl'affectlons, nl aucun objet, nl leur lmage, ni leur existence, à moins qu Ion ne s'en servtt avec vlolence· contre IU1. En effet, on le détestait, on dlsalt qU'lI ne seralt Jamals homme.l
7
Entlèrement ~epllé sur soi et se sufflsant à lui-m~me, i l
1
Vlvalt dans une sorte de léthargi~ que, seul~t des éléments d'une "matlère mystérleuse" venalent quelquefols remuer:
Il étal~ sans doute destlné à la salnteté. Son état était des plus rares, déjà. Il se soutenait 'comme on dlt avec r~en, sans Jamais faiblir, ,s'en tenant à son mlnimum mlnce mais ferme, et sentant passer en lUl de grands trains d1une matière mystérleuse.2
!
Le monde extérieur l~ était alors complètement ~tranger. Il ignorait toute dlvlslon intérieure. Puis, un Jour, sous la
l' • •
poussée du monde extérieur, le corps ~it. sentir ses besoins et la per.fection de llenfant fut perdue ~ Jamais:
...
Nais les médecins, à forèe de ,slacharner contre lui par llldée fixe-qu'ils ont de la nécessité du manger et des besoins naturels, l'ayant_envoyé au loin dans la foule étran-gère de petits gredins de p~sans puants, . réussirent un peu
à
le vaincre.") "'Sa parfaite boule s' ana~tomosa et m~me se désagrége.a sensiblement. 3\
\ \
•
•
•
Et Mlchaux d'aJouter:
La boule donc perdlt sa perfection.
La perfectlon perdue, Vlent la nutrltlon, viennent la nutrit10n et la compréhension.
A l'~ge de sept ans, 11 apprlt l'alphabet
et mangea.4
8
A l'encontre de notre conceptlon habltuelle de l'enfance,
Henrl Mlchaux accorde une importance toute particullère aux pre_f
mlères années de la Vle. A ses yeux, elles font beaucoup plus
que préparer l'homme à une maturlté qu'il ne pourra Jamals Vlvre
plelnement qu'à l'~ge adulte. Elles sont déJà un sommet. Elles
correspondent en quelque sorte à l'âge d'or de la vie humalne;
à un âge d'or mythlque où l'homme n'auralt pas encorè à sublr les
lois physiques, lnhérentes à son espèce. D'alileurs, i l existe
un paralléllsme très étrolt entre ce réclt et le mythe chrétlen
du paradls ~errestre. Adam et Eve, nous raconte l'Anclen
Testa-ment, ont été créés à l'image de Dieu. Le temps n'avait aucune
prlse sur eux. Ils ne connaissaient ni la vlelliesse, nl la mort.
A l'instar de l'enfant, Ils étaie~t au-dessus des lois physiques
r
de la condition humaine. Tout comme lui, aussl, Ils étalent en
contact direct avec Dieu. La chute aura comme conséquence
pre-mière de brouiller ce contact. Dorénavant, Dieu ne se manifestera
,
plus à l'hommè, si ce nlest par l'entremise de quelques-uns,
choisis pAr lUl: ~
.,
•
La chute de l'homme est notre hlstolre. La perte de la vue de ,DIeu est notre
hlstolre. Notre châtlment est notre hIS-tOlre. La crolx, nos mls0res, nos efforts, nos dlfflcultés à monter, nos espOIrs .
Notre hIstolro et 'hotre expllcatlon.5
,
Au début des temps, l'homme cOnnalssalt la perfectIon. Il n'étaIt pas encore asserVl par son corps. Apr~s la ch~te,
9
cette sItuatIon se transforma. Il connut la honte et l'ahgolsse, la vleillesse ct la mort. L'homme n'étaIt plus en harmonIe avec
J ' .
la réailte ambIante:
MalS l'homme a été enfant. Il l'a été longtemps et, semble-t-ll, tout aUSSI en vaIn. Quelque chose d'essentIel, l'atmosphère Inté'rleure 1 un
Je ne salS qUOl qUI lIaIt tout, a dIsparu et tout le monde de l'enfance avec lUI; aInSI qU'un port de pêche entrevu et qU'une odeur de goudron et de calfatage seule llalt dans natre mémoIre et seule peut ressuscIter; mals l'odeur de l'en~
fance en nous est autrement enfoùle et lrretrou-vable.6
C'est alors que les notIons de connaIssance et de compréhen-SIon, autrefoIs lnutlles, s'éveIllent en lUI. ARr~s la perte de ce "Je ne saIS qUOI qUI lIaIt tout", c'est-à-dIre du sentlment d'une unlon avec le monde, ces notIons lUI devInrent Indlspensa-bles. Désormais, elles
,.
seul~s pourront lUI permettre de retrouver ce contact IntIme et es~entlel avec la réalIté ambIante. Et de même que l'enfant devra désormaIs satisfaIre les~besoins de son corps pour survlvre, de même, 11 lui se~a IndIspensable d'assouvIr,
.la
assoc1e la naissance de la
cabpréhens~on
à celle de la nutrition. Ces deux not10ns ne sont pas le résultat d'une évolut1on, ma1S bian d'une dégradation. Il faut les cons1dérer comme un ~igne..
de faiblesse, comme une tare. Elles sont le symbole m~~e de la
•
déchéance de l'1ndiv1du et annoncent le début d'une ère nouvelle, caractérisée par la souffrance et Itango1sse.
L'homme n'étant plus en harmon1e avec la réa11té, tous ses efforts viseront d'abord à surmonter l'host11ité de ce
nouvel-unive~s, pour ensu1te se lancer à la recherche de sa vérité
propre. . /
>--)
·'.
J ',
b) Après -la chute: L'homme face au monde
Sl le passage de l'enfance à l'adolescence se présente comme le ~ssage du saVOlr à l'lgnorance, 11 apparatt aUSSl
"""
I l
comme une prlse de conSCIence du monde'extérleur. Car ce.monde," l'homme ne peut plus l'Ignorer. Par son corps, 11 est
mal~te-nant soumIS à ses 101S. Dans l'unIvers surviennent sans cesse de
f
événements qUl déséquillbrent l'lndlvldu, qUl lUl font mal et l'alguliionnent tant et Sl blen que la souffrance deVIent son unlque préoccupatlon. La guerre est l'un de ces événements. L'avènement d'une civillsatlon construite sur de fausses valeurs..
en est un autre. I l en est de m~me pour les maladles du corps
(}
et les tlralilements du subconsclent. Dans ses relatlons avec la réalIté extérleure, avec son çorps et son subconSCIent, HenrI Mlchaux ne connaît plus que contradlctions et tourments:
.
Pauvre A., que rals-tu en Amérlque? Des m<;>ls passent; souffrlr; souffrir. Que f aIs-tu à bord de ce bateau? Des mois passent; souffrlr, souffrlr. Matelot, que
fals-tu? Des mois passent, souffrlr, souffrIr. -Professeur, que fais-tu? Des mOlS passent.
Souffrir, souffrlr, apprends bien toutes les façons puiSque ce sera ta vie. Non pas
absolument toutes, les honteuses surto~t,
puisque ce sera là ta vie.7
Que cette souffrance soit provoquée par llimpossibili~é
•
,1
l,
tenaillent ou par les maladles qul envahlssent son corps, la 12
souffrance surglt de partout et plus partlcullère~ent là où le bonheur cherche tlffildement à prertdre forme, Sl blen qu'on peut aIsément parler d'une fatallté de la souffrance:
Les désastres s'appellent les uns les autres. Et se racolent.
"Il y a du mal à falre lCl." Alors Ils sien Vlennent.
Chacun avec sa t~te, même la guerre, même la mort. , ... Et même la surdité qUI n'entend rIen,
Entend 11 appel et Vlent occup~r son sl~ge.8
D'ailleurs, toute souffrance n'ImplIque pas nécessalrement une blessure, au sens phy:;llque du terme. LI ennui qUI découle de
la monotonle du quotldlen ne laIsse aucune trace vIslble sur
11 lndl. v Idu; malS n'en" demeure pas mOl.ns pour l' hommo une sotirce de douleurs\vlves.
\"
En falt, les tourments de l'ennul sont Sl
...
intenses qUe\leS,blessures corporelles semblent blen ~ de choses,
compar a tl
vem~n
t a eux:~
'Il faut le dlre, Ils vivent surtout dans des
ca~ps de concentration.
Les camps de concentration où vivent ces Meldosems, ils pourraIent nly pas Vlvre. MalS Ils sont inqulets comment ils Vlvralent s· ils n' y étalent. plus. Ils ont peur de ' s'ennuyer dehors. On les bat, on les bru- _ talise, on les supplicie. MalS ils ont peur de s'ennuyer dehors.9
Si encore il était possible à l'homme de croire en la consis-tance de la réall té extérieure! 51 encore u-ne vie réglée et répé-titive pouvait lui donner l'illusion d'un monde solide et fixe!
MalS 11 n'en est rlen. Il sufflt de se soumettre à la drpgue pour que les obJets perdent aussltôt leur lmmobl1lté:,
Touts drogue modlfle vos appuls. L'appui que vous prenlez sur vos sens, l'appul que vos sens prenalent sur le monde, l'appul que vous prenlez sur votre lmpreSS10n générale d'êtr1' Ils cèdent. Une vaste redlstrlbutlon de ~la senslblllté se falt, qUl rend tout blzarre, une complexe, contlnuelle redistrlbution de la senslbl-lité. Vo~s sentez malfis lCl, et davantage là. Où "lCl"? Où "là"? Dans des dlzalnes d' "lCl", dans des dlzalnes de "là", que vous ne vous conna~ssez pas, que vous ne
reconnalssez pas. Zones obscures qUl
étaleht clalres. Zones légères qUl évalent lourdes. Ce n'est plus à vous que vous aboutlssez, et la réallt~, les obJets m~me,
perdant leur masse et leur raldeur, cessent d'opposer une résistance sérleuse à l'omni-présente mob~lité transformatrlce.lO
13
I l n'est pas nécessalrc de recourlr à la drogue pour
cons-1
'tater que notre unlvers n'est falt que d'apparences. Comme l'indique cette anecdote sur les Emanglons, cette constatatlon est à la portée de tous les hommes:
Sans motlfs apparents, tout à coup un Emanglon se met à pleurer, Salt qu'il VOle trembler une fèulile ou t9mber une pousslère, ou une feullie en sa mémoire to~ber, frôlant
d'~utres souvenirs dive~s, lointains, SOlt
~encore que son destln d'homme, en lui
appa-raissant, le fasse souffrir. .
Personne ne demande d'expllcations. On comprend et par sympathie on se détourne de
IUl pour qU'il soit à $on aise.
Mais, saisis souvent par une sorte de décristallisation collective, des groupes d'Emanglons, si la ch?se se passe au café, se mettent à pleurer slLencieusement, les larmes brouillent les regards, la salle et
e-
les tables dlsparaissent à leur vue.Les conver tions restent suspendues sans ersonne pour les mener à terme. Une espèce de dégel lntérleur, accom~
pagné de frlssons, les occupe tous. Mals avec palx. Car ce qu'lls sentent est un effrlttement général du monde sans llmltes, et non de leur slmple personne ou de leur passé, et contre qUOl rlen, rlen ne se peut falre.ll
14
Qu'un événement aUSSl banal qùe la chute d'une pousslère, ou son seul souvenlr, rpUSSlsse à provoquer chez l'Emanglon une
prls'C de conSClcnce de l ' " e ffrlttement général du monde sans Ilmltes", c'est-à-dIre du vlde de la rpallté e~térleure, lndlque clalrement que cette constatatlon est à la portée de tous. Elle peut survenir nllmporte où, n'lmporte quand, à la suite de gestes si lnslgnlflants que cetto prlse de conSClence a toutes les carac-térlstlques d'une éVldence. Comment expliquer autrement que les cllents d'un café sympathlsent avec celul qUl, sans ralson appa-rente, se met à pleurer? La collectlvlté comprend son geste.
Elle en connaît la slgnlflcatlon. Elle ne peut rester lndlfférente à un malheur dont elle est consclente.
Ce sentlment de vide, le poète ne l'éprouye pas seulement
à l'égard de la réalité, malS aUSSl de lUl-m~me. Les instants qUl Jalonnent sa Vle ne parviennent pas
à
l'emplir. Ils manquent de densi té. Ou, s 'lIs en ont, 11 homme demeure lncapabl'e de se les approprier. Il vit en marge de sa vle, comme S'lI n'existait pas réellement. Il manque de consistance:•
1
Chambre des halos.
Une plaque. L'hom~e qu~-passe
devant do~t la~sser un halo grand ou
pet~t, SUIvant son Importance grande
ou petIte.
DéJà, un enfant de clnq ans lalsse apparaître un halo Sen~lble. .
Moi, Je ne pus en faire apparaître un. C'est comme Sl J'avalS été absent. Confus, Je m'en ~llal en méditant vague-ment un retour p}bs heureux qUI jamaIS ne se produlslt. JamalS rlen ne venaIt sur cette plaque, mOl devant. Je m'en allals, abattu, promenant partout la
consclencè fâcheuse d'un homme sans halo, qUl se salt sans halo. Car, quelle conso-19t1on offrIr à quelqu'un qUl a prIS
cons-c~ence qU'lI n'apparaît pas.
lmpresslon qUl condUIt Immanquablement au SUICIde .12 '
Ce sentlment de néant qUI étreInt l'écrIvaIn lorsqU'lI contemple l'unIvers o~ son propre mOl, nulle Clvlllsatlon n'a
15
su encore le combler.: Les deVOIrs relIgieux ou SOCIaux que
l'homm~
s'est Imposés ,pour donnGr plus de pOIds à son eXlstence,ne suffIsent pas plus que les guerres ou la Vlo1ence réglée. , JamaIS les fausses valeurs ne sauront assurer la sécurIté à
l'indlvldu. Or, "Toutes les portes sont ouvertes, tout le monde est allleurs".13 Personne n'a encore atteInt l'essèntiel. C'est' pourquoi l'homme vit dans l'insécurIté et côtOIe sans Gesse le néant. La descrIptIon du Meidosern est assez éloquente. Parce
<J
qu'il a perdu son' unité, il n'a plus de conSIstance: Trente-quatre lances enchev~trées
peuvent-elles composer un être? OUi, un Meidosem. Un Meidosem .souffrant, un .. Meidosem qui ne salt plus où se mettre, qui ne "sai t plus comment se tenir, commEômt
•
•
16
•
faire face, qUl ne salt plus ~tre~
qu'un Meldosem.
Ils ont détrult son "un".14
Si l'homme se heurte sans cesse à l'unIvers, s ' i l en a perdu le sens, s ' l l balgne dans';'î~' néant, c'est qu1il ne possède
/
plus l'unIté qUI -caractérlsalt son enfance., Non seulement Il
'2
dOIt lutter contre le monde extérIeur, malS aussi contre son
"
,
propre corps assalill par les maladies et les fai~lesses, devant lesquelles 11 demeure ImpUIssant. , ~ Ce co;ps possède une eXl~tence autonome, souvent en contradIctIon avec les désIrs ~e l'~me .
• < Ordonne-t-elle au corps d'accompllr une action, celui-Cl agIt en
sens Inverse. Pour Hen~1 MIchaux, le corps et l'esprIt ne VIvent pas en bon accord. Ils ont leur Vle propre:
Parfois, rarement, des maIns donnent la réplIque. Mais les maIns sont trop affamées,'détachées, volontaIres. On n'y habIte pas.lS
..
Il en est de m~me pour le -subconscient. Tou t comme le
cor~, i l échappe au contrÔle de la volonté humaIne. rout comme lUI, il possède s~s lois propres qu'il Impose à l'indiVIdu, dès son plus Jeune ~ge:
.
..,.
La tentation-de coucher dans le l i t de sa mère et de 'supprimer son père constitue le premier, des pièg,es du Sphynx de la vie,
à
quoi il Qf au t, cerveauà
peine formé, savoi.r répondre, piège où ne manquent pas de sefaire prendre les natures maladives destinées
à.
ne jamais savoir 'apprécier les obstacles et>, à surestimer les Jouissances.~6
.
.
,
}
\
\.
, , 1\.11\.
"' 17 1 1L'emprlse du subconscient sur Illndlvldu est d'autant plus
.
"forte que la personnallté de chacun se forme, pU1S se 'développe
'!:>
danq le subconsclent:
'.
•
On crle pour talrè ce qul crIe. Le montreur
de glrafes cache un naln. Le montreur d'ours
cache un chauve. 1 7 ,;
.
~Tout ou presque tout chez l'homme est
inconsclence~ efforts en surface'et
conten-tement de m~me.18 .
CelUl qUI ne parVlent paq, à éVIter les t1~ièges du Sphynx
•
<1
de la vIe" -' est condamné à VIvre dans un. déséquillbre permanent.
Aucune palx IntérIeure ne lUI est
Pl~S perml~
'une forceétran-gère, née de déslrs ou
df
penséesreJ~~Js
par lacon~clencel
\'
s'InfIltre en lUI et prend PQssess~on de sa-volonté. C'est la
.'
raison pour laquelle 11 posera des actIons sans les-avoIr réelle-ment désirées:
Mais l'al-Je voulu?' Le voulions-nous?
Il y avait de la pression (VIS à tergo) .
.
.
.
.
. . . .
.
. . .
.
.
... .. .,... .
volonté du plus grand nombre? groupe le plus cohérent?
Volohté du
"
Je ne voulaIS pas vouloir. Je voulai~, Il
me semble, cohtre moi 1 pUIsque Je, ne tenais.
pas à vouloir et que néanmoins je voulais.19
)
if
C'est la raison pour laquelle Il ~gir~'souvent contre sa
volonté:
.\
Dqnger! Il faut fuir.... Il le faut. ·VIte.
Il ne fuira pas. Son 'dominateur droit ne
lui permet pas;
Mais il le f~ut. Ne veut pas son dominateur
d~oit_ Son épouvantant gauche s'âgite~ se tord,
au supplic~, hurle. Inutile, ne veut pas son
dominateur droit. Et meurt le Meidosem qui,
, \
18
/
IC1, le su~conscient est une source de désordre, non d'harmonle. De lui proviennent des forces l qherchent ~
,
en~ahlr la volonté et dlv1sent la ~ersonne
o malne. Encore
une fOlS, dans ses relatIons avec le subco scient, l'homme ren-contre l'angolsse et la douleur.
tf'4
.
,
-.
1
A, ns >, '1' homme ne conn a it po ln t
i
rep~
s', 'La spuff rance,l'ennUi, le néant dans lequel 11 baigje, les luttes qU1
l~déchl
rent, l'absorbent
~
tel pOlnt que to;fte actlvltél~'
devientlm-pOsslble. Comment pourral t-il espérer mener ~ bl~n une ent,reprlse,
qu~nd~son esprlt ne peut trouver son unité? Comment 90urra1t-ll
satlsfalre son besoln de connaître, Sl la souffrance i'accapare?' Henri MICh~ux propose déux solutIons maJeures: la métamorph~se
et l'exorCIsme. Il s'agIt, dans la métamorphose, de combattre le
(
désordre ~ provoque la douleur par une trar{sformation compl~te
ou partl~lle de l'être. L'homme attaqué devient, Instlnctlvement
ou involontalrement, autre .. _Il épouse la forme et les attrlbuts de l'an1mal ou de l'obJet le plus apte
à
combattre le déséquilibre naiss.ant:La dlstance qu'il y ~ de la forme de l'homme
à
celle des animaux est franchie avec aisance d~s que nous le désirons vraiment.... ~Certains ~arml nous, sentant le poids
de l'âg~ et lp dimin~tion presque fatale
de leur potentlel, prennent les oevants, se çhangeant en une forme petite, ~t
••
plus "économique" telle la "puce
préven-tive" ou un autre insecte, aussi menu mais mOlns alerte, plus ptopre par conséquent
~ les laisser tranquiJlement récupérer leur c • vigue,!r_21
~ 1
\
t'
1 19
Le Meidosem qUl ne veut pas souffrlr, emprunte les formes les plus diverses.
.
I~ parvient alDsià
conserver son équillbre chancelant. Peu lUi lmporte la nature de c~s transformations,pourvu.q~'elles }ui permettent de devenir lnsenslble
à
la/
1
J..l: ,se mue en cascades, en fissures, en f~.
C'es~ être Meidosem'que de se muer alnSi
r
mOires ch:angeantes. ,
PourquOi?
~
Au moins, ce ne sont,p des pla~es. Et va le Meidosem., Plutôt eflets et Jeux du
SOl~ll et de l'ombre quk souffrir, que méditer.
Plutôt cascades.22
li
douleur:
/
C~pendant, la métamorphose n'apparaît p~s toujours comme
rl/o
...
une solution aux situations doulour~~ses. L'homme peut aUSSi 'subir la métamorphose. Parc~ qU'lI manque de denslté, 11 est
" ...
SUjet
à
de perpétuelles transformations'qul sont pour IUl une,
source'de souffrances. L'lndlvldu qUi n:a aucune conslstance, ne réusslt pas
,
à conserver,son l~entlté. Il sublt les transfor-matlons que sa falblessê lUl impose. La métamorphose, 101n d'être"
un rem~de ari déséqullibre, devlent alors le Signe même de ce
désé-/
A~l~al
à
quatre pattes. ~e le SU1S. Je le deviens. Né de m~ faiblesse. Ne co!ncldant plus (par mes lignes'de forCes lntérleures, flageolantesà
présent ou même détrultes) avec~on organisme bipédique, je trouve meilleur ~
appui sur quatre ~attes.
Fatigue d'abord. Fatigue. Puis ne suis ni homme, ni sable, malS plus sable qU'homme. PUis'plus sable que toute autre chose. Puis
~ extenSion. Fatique. Fatigue. En moi-même, je m'étends. Je me livre
à
une extrême~extension. Il faut arri.er
à
me reposer. Cesera sur pattes, exactement sur quatre piles ,de petits disque§-',
•
-(
N'y
auraIt-il pas un modèle de pattes plus simple? Peut-être. Peut-être. EnfIn!l'lmportant est faIt. L'Infernal ~ffort pour demeurer toujours homme, m'en vOIlà lIbéré~23
20
,
, ~Quant a l'exorcIsme, Il a pour objet de retabllr ~'harmonle
Intér~eHre par 'une actIon dIrecte ou imagInaIre sur la réalIté. La nouvelle sItuatIon créée faIt contrepoids à la sItuatIon
désé-)
Quand vous avez mal, Il y a la souffrance du mal, Il y a aUSSI le déséquIlIbre. Trouv~z
donc un deuxIème mal, un qUI s'y oppose, comme un deuxième seau ~ porter. Quand on vous
torture une dent, vous pIncer le bras. "Quand on vous InCIse le pouce, vous mordre la langue. Ce ne pont que pet1tes tentatlves,d'lnstlnct. Une bonne étude des souffrances équilIbrantes
n'a pas été faIte, que Je sache . . . . 1
Pour les souffrances morales, Il y. a un peu plus d~lnstructions dans ce sens!
Quoique il y aIt des sots qUI cherchent à un malheur, le contrepoIds non d'un autre malheur, ma1S du bonheur!
24
, ('If,en va de même
-dé
ce que HenrI MIchaux lUI-même appelle ses "interventions". Parce que le monde extérieur est VIde et sans conSIstance; parce qU'lI est une source d'ennUI, le poète ChOISIt d'IntervenIr. A l'aIde de son Imag1nation, Il remodèle. la réalIté selon ~es beSOIns. Tout comme c'étaIt le cas dansl'exorci~me, la nouvelle sltuat10n c~éée faIt contr~poids ~ la·
)
situation 1rritante. A Honfleur, par exemple,
1f
lance un chameau &t un train de voyageurs ~ travers la ville afin de rompre lamonotonie des lieux:
1
Autrefols, J'avalS trop le respect de la nature. Je me mettais devant les choses et les paysages et Je les lalssals falre.
Finl, malntenant J'lntervlendral.
'J' étalS d0T!c à Honfleur et Je m' y ennuyal s. Alors résolument J'Y mlS du chamèau. Cela ne para!t pas fort lndlqué. N'lmporte, c'étalt mon ldée. ,D' alileurs, Je la mlS à exécu tlon avec ~a plus grande prudence. Je les intro-dU1S1S d'abord les Jours de grande aff~uence,
le samedl sur l a pl ace du Marché.
:..\
.
.
.
. .
.
. .
.
.
.
.
.
.
.
.
. . .
. .
. . .
.
. .
.
... .
J'avalS lancé également un traln de voyageurs. Il partalt à toute allure de la Grand'Place, et résolument s'avançalt sur la mer sans
S'ln-qUléter de la lourdeur du matériet; 11 filalt en avant, sauve par la foi.25
21
Le poète transporte aUSSl des montagnes où bon IUl semble. Il en met surtout dans les vllles, parce que les vllies sans
mon-4
t'agnes IUl paralssent odleuses." Il ne peut réusslr
,
à y Vlvre: Les montagnes, J'en mets quand ça mechante, .où ça me chante, où le hasard et des complalsances secrètes m'ont rendu aVlde de montagnes, dans une capltale, en-comorée de maisons, d'autos et de plétons pré-parés exclUSlvement à la mafche horizontale et à l'alr doucereux des plaines.
,
...
,.... .
D'ailleurs, ce 'sont des volcans, mes
montagne$, et fln pr~ts à cracher une nouvelle hauteur en moins de deux. Ils s'élèvent donc entre le~ p~tés de maisons du reste affreuses qu'ils bousculent pour prendTe place, la
place qU'lIs méritent. Ils sont là maintenant. Sinon, est-ce que Je continuerais d'habiter cette.ville opaque? Est-ce que quelqu'un
con-tinuera~t d'y habiter?
Non.
Sans cette invasion volcanique, la vie dans une grande ville serait bientet tout à
... __
---~t---•
-.
22 , 27·"·QUl. ne fal t m~eux que sa v~e?" , déclare Henr,l M~chaux
. 'r
dans La vie dans les pll.s. En transposant les événements au nlveau de l'l.maglnalre, le poète a la posslblllté d'aglr sur le monde' extérleur. A une réallt~ dé~evante, 11 peut substltuer une réallté lntéressante, ou du mOlns lnoffenslve. Parce que les
!
1nterve~tlons eX1stent en fonct1on des beso1ns de l'écr1va1n,
l'act1on entreprlse a la conslstance et l'eff1cac1té des gestes "concrets". Une fOlS ses besoins satl.Sfa1ts, la slluatlon 1rr1-tante n'a plus aucun lmpact sur IU1. Il peut conserver son éqU1-llbre.
C'est aussl' en fonct1on de son équll1bre que Henrl Mlchaux envlsage la créatlon llttéralre dans la postface de'Mes propr1étés. Tout comme l'exorclsme ou l'lnterventlon, elle obélt aux beso1ns
1
Le I c1néma", lSSU de ces beso1ns,
..,.
de l' lndl vldu. est pour la
. /
Il a pour objet de combler un manque:
"-Et aUSSl une petlte f1ll€, en sa Vle Sl morne, veut absolument aVOlr été vlolée dans un bOlS; pour sa santé. Et le lende-main, oublleuse de la velile SUlvant ses besolns du moment, ell~ rapporte, avolr vu une glrafe verte bOlre au lac vOlsln, dans cette réglon déserte, sans lac, sans girafe, sans verdure. Ce cinéma-est pour sa santé. Et 11 change selon ses beSOlns.
t
"Mes Proprlétés" furent' fal ts ainsl. Rien de l'imaglnatlon volontalre des
professlonnels. Nl thèmes, n1 développements, ni construGtion, nl méthode. Au contralre la seule 1maglnat10n de l'impuissance à se conformer.
Les morceaux, sans llens préconçus, y furent fa1ts paresseusement au jour le Jour, suivant mes besoins,) comme ça ven~lt, sans
•
•
....
"pousser", en SUlvant la vague, au plus pressé touJours, dans un léger vacll1ement de la vérlté, Jamais pour construlre,
simplement pour préserver.28
23
Cependant, 11 ne faut pas consldérer unlquement l'oeuvre de Henrl Mlchaux comme un exerClce d'hyglène. Dans Métamorphose de la Ilttérature, Ga~tan Plcon soullgne qu'avec Henrl Mlchaux, la poésle a évolué d'une magle " métaphyslque", selon la tentatlve
,
propre au surréal\sme, vers une magle "hyglenlque". 1 , 29 Joseph Chlarl ne voit en elle qU'une médecine pour obseSSlons. D'après
30
IU1, tout le reste est gratult. En Ij,hléral, la crltlque lnslste beaucoup trop sur cet aspect de l'oeuvre. Il ne faut pas le
négl1ger, malS comprendre que la tentatlv~ du poète ne s'arrête pas
là.
Pa~ cet exerClce d'hyglène, le poète chercheà
se dégager de l'emprlse d'une souffrance trop absorbante afln de pouvolr . tenter de nouvelles expérlences, notamment.~n ce qUl a tralt à la connalssance. Blen plus, comme 11 sera démontré plus 101n, l'exor-clsme partlcipeà
cette lntense quête du savolr, qUl ~aractérlse24
c) L'échec de la connalssance
MalS comment l'auteur compte-t-ll aSSOUVlr cette sOlf de connalssance, qUl s'est emparée de IUl apr~s la perte de son unlté? De quels moyens dlspose-t-ll? De quelles tentatlves son oeuvre poétlque est-elle le reflet? Dans QUl Je fus, Benrl
Mlchaux déclare:
Jamals 11 n'y a sommell pour mOl, ma colonne vertébrale a sa velileuse, imposslble de
l'ételndre. Ne seralt-ce pas la prudence qUl me tlent évelllé car cherchant, cherchant et cherchant, c'est dans tout lndlfféremment que j'al chance de trouver ce que Je cherche
pUlsque ce que je cherche Je ne le sals.31
Le but flnal de son entreprlse, le po~te afflrme l'lgnorer. Il dOl t "savolr", malS il ne salt p~S encore ce qU'lI den t saVOlr. Il marche ~ tâtons. Il se lance dans la poésle sans but détermlné,
,
avec espoir, blen décldé
à
en retlrer le maXlmum. Son oeuvre ne comporte pas une tentatlve unlque, malS blen une plurallté de tentatlves. Cependant, toutes ne revêtent pas pour lui la même importance. Les commentalres qUl se rattachent/ '
à
certalnes d'entre elles racontent les déceptlons de l' au'teur, ses inqui~t~des quantà leur efflcaclté. Les nombreuses expérlences qui Jalonnent son oeuvre apparalssent comme un~ longue suite d'échecs.
D'apr~s Robert Bréchon, la pensée de Henri Mlchaux "travaille
...
---,
•
25 •
Le premIer mode utIlIse le langage de la prose et de la logIque. Dans cette méthode, le poète examIne et dénonce le connu, SOIt par le rIdIcule, SOlt par le raisonnemen~. Dans les deux cas, ce mode de pensée faIt appel à la logique. C'est unlquement
lorsqu'un événement ou un obJet p~che contrs la logIque de l'esprIt qU'lI peut nous paraître rIdIcule.
.
AInSI, l'adoratIon des Images pIeuses et des statues est un phcinomène'généralement accepté par l'homme du vlngtlème sIècle. Parce qU'elles sont
à
l'Image de DIeu, elles facliitent le recueille-ment et le contact avec la bivinité. AUSSI longtemps que cephén~-mène paraîtra tout ~ faIt logIque
à
l'IndIvIdu, l'adoratlon des statues éc~aPRera au rldlc~le. ToutefoIS, 11 en va autrement J~~ ~
lorsqU'un homme se m~t
à
adorer une petJte lampeà
verre rougeqU'lI transporte dàns sa vallse. Ce geste est rIdIcule parce qU'lI ne faIt référence
à
~len
de logIque dans notre esprIt. Il estétonnant de VOIr que quelqu'un pUIsse alnSI prIer une vulgaIre lampe
,
a ~erre. Cela est d'autant plus étonnant que l'auteur avoueaVOIr été gagné par l'ambIance de dévotlon qUI r~gnait dans le
33
pays qU'lI VISItaIt, donc que son geste n'avaIt aucune valeur.
A l'aIde de l'humour, HenrI MIChaux remet en -questIon un phénomène religIeux accepté d'emblée par notre culture. Son but est de
dénoncer les abus que
V~hIcule,. l~
culture, en s'attaquant~
lracqul~ ratI0nne1 de l'IndIVIdu. En ce sens, on peut affIrmer
\.
26
qU'lI ne s'agIsse pas là d'une approche sCIentIfIque de l'unIvers, elle n'en demeure pas mOlns Grltlque, pUlsqu'élle dénonce le
connu. De ce falt, elle falt appel aux connaIssances ratIonnelles de l ' homme. 'Le premIer ,mode de pensée de HenrI Mlehaux repose
sur l'acquIs ratlonn~l de l'lndlvldu.
,;
Les Jugements du poète sur ce mode de pensée sont assez révélateurs. Si l'on se fIe
à
ses commentaIres;n~lle
démarche logIque de l'esprIt n'auralt pour but la seule recherche de lavérlté. Ce ne seralt là qU'un prétexte pour masquer des Intentlons
,,,.J
mOIns louables. Alns~ en seraI t-~'l de certaIns "orgueIlleux ral-son'nés ensembles d' expllcatlons, systèmesà
l'IneptIe crlante" qUl chercheraIentà
aombattre l'angOIsse qUI étreInt l'homme devant l'Inconnu:.,
Sl l'o'n découvraolt sur un mur de cathédrale
les
emprelntes de pas d'un rhlnocéros laIneux, nul doute qu'avant peu on en proposeralt uneexpllcatlbn~ Plus elle est impOSSIble, plus
lé beSOIn est fort.
En tout temps, en tout pays, le so}ell (son lever, son parcours, son coucher) et aUSSl la . lune (son acèrolss~ment, son décrolssement,
sa dIsparltlon, sa réapparItlon) ont été expllqués.
cou~~~t'i;~~~~~~~'~~'~~~~~'(D~~~:'~h~f'~~""),"~
p~re, c'est du connu), Ils faisaient du tISSU avec la lune et le soleIl, qui autrement eusse t été InacceSSIbles et leur eussent causé de l'angoisse, de l'agItatIon, les menant même
à
la folle. Relations établIes, satisfaits, ils n'a.aIent plusà
y penser, Ils pouvalent pense~à
autre chose. Penser étant la démangeaisonà
satisfaireà
'tel ou tel sUJ~t, pour pouvoir . passer, Ils pouvaient maintenant passerà
un autre souci. C'est pourquoI plus généralementles vastes organlsatlons d'ldées,
réponses absurdes aux grands sUJet~
,sans lssues, les 9rguellleux ralsonnés
ensembles d'expllcatlons, systèmes
à
l'lneptle crlante, une fOlS leur temps passé, et totalement lnutlilsables, n'ont cependant JamalS ôté aux SUlvants l'envle
d'en falre autant.34 h
- - - ~
27
,
La plupart de ces afflrmatlons ratlonnelles seralent lmposées
à
l'homme par un besoln lnconsclent et lnstlnctlf de retrouver unéqulllbre perdu devant les attaques lncessantes de l'unlvers: Chaque tendance en mal avalt sa volonté,
comme chaq~e'pensée d~s qu'elle se présente
et s'organi$e
à
sa volonté. Etalt-ce laml~nne? Un tel a en mal sa volonté, tel
autre, un aml, un grand homme du passé, le Gautama Bouddha, blen d'autres, de mOlndres,
Pascal, Hello? QUl salt?
Foule; Je me débroulllals dans ma foule'
en mouvement. Comme toute chose est foule,
toute pensée, tout instant. Tout passé, tout
lninterrompu, tout transformé, toute chose est
autre chose. Rlen ]amalS déflnltlvement
clrconscrlt, nl susceptlble de l'être, tout: ,rapport, mathérnatlques, symboles, ou muslque.
Rlen de flxe~ Rlen qUl sOlt proprlété.
Mes lmages? Des rapports.
Mes pensées? MalS les pensées ne sont
Justement peut-être que contrarlétés du "mOl", pertes d'équlllbre (phase 2), ou recouvrements d'équlllbre (phase 3) du mouvement du "pensant". Mais la phase 1 (l'équllibrel reste lnconnue,
lnconsClente.35
Une pensée ratl0nnelle, aUSSl abstralte sOlt-elle, n'est
jamais entl~rement dégagée de l'individu. "Ses lntentions, ses
-28
désir d'aVOlr ralson, de trlompher, de sédulre, d'étonner, de crolre et de 'falre crOlre
à
ce qUl lUl plaît, de tvomper, de se cacher, ses appétlts et ses dégoûts, ses complexes, et touteJ 1
sa Vle harmonlsée sans qu' 11 le sache, aux organes, aux glandes,
à
la vie cachée de son corps,à
ses déf lClences physlques" , 36.
tout partlclpe'
à
cette pensée et fausse la vérlté.Même S'lI
Y
avait une séparatlon radlcale entre l'homme et les mécanlsmes loglques de son esprit, l'un n'entretenant 'aucun rapport avec l'autre, la recherche de la vérlté n'endemeureralt pas mOlns lilusolre~ La pensée ratlonnelle est basée sur le syst~me blnalre des Opposlt~ons, et ce syst~me ne correspond en rlen
à
la réallté:Inutlle de dlre que notre dlvlSlon par 2 ou 3 ne correspond pas davantage ~,une réallté: "Etres anlmés, être inanJ.més, chaud et frold, ceux qui ont le mal de mer, ceux qUl ne l'ont pas:".37
,
D'alileurs, comme l'lndlque Henrl Mlchaux, en reprenant un mot de Koyu, le rellgieux:
••. seule une personne de compréhensl0n réduJ.te déslre arranger les choses en séries compl~tes.
C'est l'lncomplétude qUl est désirable. En tout, mauvalse est la régularlté.38
..,
La même idée est reprise dans un de ses derniers ouvrages, Poteaux d'angle:
.
-Si tu traces une route, attention, tu auras du mal ~ revenir ~ l'étendue.39
/
Le deuxl~me mode de pensée qUI caractérIse l'oeuvre du
po~te, Robert Bréchon le qualIf1e d' "expér1mental". Henr1
MIchaux chercheral t à se pl acer dans des Sl tuatlons... nouvelles
ou
à
agIr sur lUl-même, afIn d'être en demeure de produIre denouvelles 1dées:
Penser! Plutôt agIr sur ma machIne
à être (et
à
penser) pour me trouver ens1tuatlon de pouvoIr penser nouvellement, d'avoir des possibIlItés de pensées vraI-ment neuves.40
1
29
Puisqu'on ne cherche plus
à
atteIndre la vérIté au moyend'une pensée" logIque,. le subconsclent deVIendra un moyen de
con-naIssance précleux pour le po~te. Cependant, 11 faut se méfIer.
I l ne s'agIt pas, 'pour HenrI MIchaux, de mettre
à
Jour lesrl-chesses du subconScIent afin d'en faIre la clasSIflcatl0n. Une
telle tentatIve eXIgeraIt la présence d'un esprIt ~rItIque, ce
qui auralt pour effet de fausser toute la démarche:
En' un point aUS~I, l'examen de'la pensée
fausse la pensée'comme, en microphYSIque,
l'observation de la luml~re (du trajet du
photon) la fausse.41
Si Michaux est un explorateur du subconSCIent, ainSI que
r.
se plaisent
à
l'affirmerplusieur~
critIques, ce n'est pas entant qu'analyste, mais en tant que créateur, désl~eux
d'expérl-menter tous les moyens de connaissance qUl sont
à
sa disposition.•
- J
"
,.
'"
30
Selon Raymond Bellour, un désIr d'auto-connalssance seralt , l'orIgine de l~attralt que le subconSClent exer~e sur le po~te.
IIL'être se déflnlt par l'expulslon de
o la parole", afflrme-t-ll,
d ans son ouvrage sur H enr1 M, h 10(:: aux; 42 le langage 1SSU de la pensée
...
InconSClente est le mlrOlr de l'être. En exprlmant les multlples facettes de son mOl, ~enrl MIchaux cherche avant tout
à
se déflnlr. Sa démarche se présente comme une vaste conquête de SOl sur lenéant:
L'oeuvre de MIchaux se présente donc comme un mouvement d'auto-connalssance:
bn peut Imaglner comme un !epll secret voué
à
l'lnflnle observatIon de SOl.Elle ne dIt qU'un être et ne semble aVOlr d'autre desseIn que de lUl renvoyer son
lmag~.43
}
Cette rec-!1'ttche de SOl, le poète n'entend pas la mener
à
bien seulement
à
l'alde'de l'écr1ture. L'écrIvaIn éprouve une certa1ne méfIance' l'égard des mots "qUl viennent explIquer, commenter, ravaler, rendre plausIblci~ ralsonnable, réel". La "prose rend tout Ignoble", affIrme-t-Il dans Passages."J'étouf-\
fals. Je crevalS entre les mots".
Le~
sens que les mots rec?üent,.
se dérobe au regard Inqulslteur du po~te. Il les compare' des
44
murs qUI opposent une fotte réSIstance ~ l'esprlt. S'lI falt aUSSI appel ~ la peInture et ~ la musique, c'est que ces arts
per~ettent
une meilleure saisie du mouvement et de l'élan des êtres.45Al.~i,
Ir
musique exprlme avec plus -de fac1lité le "Déroulement duf ' l 1 m psychlque, du ru an emotl.Onne ". ' b " " l 46 Quant a "" l ' a peInture, e Il e
31
•
. l , 4 7
permet de "falre e portralt des temperaments". Ce n'est pas que t'auteur favorlse la pelnture et la muslque au détrlment de 1'écrlture. "Nouvelles dlff lcul tés. ' Nouvelles tentatl0ns", déclare-t-ll en parlant d~ ces deux moyens d' expresslon. "Tout
;. 48
art a sa tentatlon propre et ses cadeaùx". ," L' écrl ture, la
muslque et la pelnthre partlclpent au même degré ~ c~tte recherche de 501 que Robert Bréchon consld~re comme le but premler de l'oeuvre
•
de Henrl Mlchaux:
-)
J'écr1s pour me parcourlr. Pelndre, coTT\P.'oser t écr 1re: me parcour lr. L~ ést
l'a"enture d'être en Vié.' ;
En 50~me, depulS pl~s de dlX ans, Je
fals surtout de l'ocëupatlon progresslve.49
Par. aIlleurs, 11 a été démontré que les composantes du mOl n'étalent pas homogènes. En lUl, sl~nfIltrent des forces
étran-~.
gères qUI envahlssent l'1ndivldu et s'opposent
à
sa volonté. Par l'écrlture, aUSSI, le poète cheicheà
se libérer d'~lles:Slncère? J'écrls afln que ce qUl étal~
vral n~ SOIt plus vral. Prlson montrée nlest plus une prison.50
Ep exprlmant par le langage les dIverses modalités de son
(
..
être, le po~te 'parvlent donc dans un mê~e mouvement, .~ se libérer des éléments étrangers qUl s~nt en IU1, et
à
se Clrconscrlre. Parle fait ,même, i l tend
à
se rapprocher de son centre VItal..1 1 Mais, qu'en est-il .réelleme~de ce centre? Le po~te
/
32" "
pourra-t-ll Jamais e~pérer l,'attelndre? La démarche précédente sufflra-t-elle à l~y condulre? Au contralre, cette tentatlve n'apparaît-elle pas comme lilusolre, Sl l'on tlent compte du ~
fait que, touJou~s:
La prlson ouvre sur une nouvelle prlson Le coulolr ouvre sur un autre coulolr.?51
p
. En falt, l'homme ne semble se déllvrer de ses chaîn~s que pou"r s ~ en charger de nouvelles, encore plus lourdes. Jamals sa llbératlcn ne sera totale. TouJours, son centre vltal s'éloi-gnera de lu~. C'est là un mouvement qUl peut se répéter à
l'lnflnl. Et 11 en est de même Piur l'a~to~èonnals~ance. Comme tout saVOlr crée une nouvelle 19n;ran\e, toute lumlère, une zone d'ombre, l'écrlvaln ne parvlendra ']amalS à se Clrconscrlre com- \
G '
pIètement. L'lmage qU'lI aura 'de llul-même ne sera ]amalS qu'une
l'
SU,l te de, ref lets, J amalS épulsée. ; A l' lnstar de cet te femme qUl, dans sa quête"pour le "repos de
1+
nudlté" se heurté sans arrêt contre un~ouvel
obstacle, 11 semble impOSSlble qu'un Jour, l'écrivaln puisse attelndre son centre vltal:Une femme retlre une chemlse, qui lalsse VOl.r une autre chemlse, qu 1 elle retü;e, qui' lalsse voir une autre chemlse qu'elle retire, qui lal,se VOlr une autre chemlse qU'elle retire, qul laisse VOlr une autre chemise, et le repos de la nud~té n'arrive jamals.52
Si elle est fondée sur une exploratlon du subconscient, la tentative po~tique de Henrl Mithaux demeure donc une tentative
'"
l '
.'
33
Ilnlitée. Ou le po~te tent~ de rationa~lser les résultats de(ses recherches, et 11 parvlent ~ une connalssance restrelnte, VOlre douteuse, ou 11 cherche ~ se déflnlr en exprlmant les dlverses modalltés de son être, et aboutlt ~ une sUlte de reflets sans ;Elns. De part- et d'autre, le saVOlr absolu lUl échappe. Ces
,
démarc~es ne parvlennent pas
à
lUl rendre son uplté d'antan. Ildemeure un" être dlV1Sé et, comme tel, ne peu~
.
que constater la pluralIté de son être.MalS là ot la ralson s'est révél~~ lmpulssante, la connalS-sance lntultlve saura peut-être achenlner le poète vers la luml~re.
Dans-ce cas, 11 faudralt consldérer la créatlon poétlque et 11ex-ploratlon du subconsclent comme les seules VOles d'acc~s posslbles
à la certltude. C'est bien là ce qUl dlstlngue le saVOlr lntultl{ du, savoir ratlonnel. Dans la connalssance lntult~ye, la ralson,
la IDg~que et la ·déductlon n'ont plus aucun rôle
à
Jouer.s'adresse unlquement aux sens:
Quel'que chose en ma tête s'ouvre
'8
la Conhalssance. Quelque chose de nouveau.
Une zon~ s'évellle pour la preml~re fOlS .
• • • • ~ • • • • • • • • • • • • •• '11 • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •
Devant de l'admirable, J'admlre mOlns, Je me laisse davantage parcourlr par.
Sans bouger, je ressens plutôt.
Je m'enfonce dans le "sentir", sans m'lnterrompre par de l'admiratloh, par de l'approbation. Je continue
à
descendre dans le sentlr.53..
34
,
Alors que le saVOlr acquls par la raisUn ~'est ]amalS c:ertaln, nl définltif: pUlsqu'un nouvel apport peut contlnuelle-ment modlfler les résultats de nos déductlons et prêter à dlS-cusslon, le saVOlr qui découle de la connalssance lntultlve ne lalsse aucune place au doute. Il,s'lmpose de prlme abord à
l'lndlVldu avec toute la force d'une vérité éVldente et lndiscu-table.
Contralrement au saVOlr rationnel, on na peut transformer te saVOlr intultlf en formules mathématlques ou le traduire par des expllcatlons. Comme les deux méthodes de connalssance g'adres-sent à des facultés dlfférentes dans l'homme, passer de l'une à
1
l'autre provoque lnévitablement un changement de reglstre. Autant f '
le saVOlr acqul~ par la méthode ~ntultlve paratt certaln et éVl-dent, autant l'autre méthode 'appllquée à ce même savoir aboutlt
à des résultats obscurs et incertalns: ,
L'homme salt d'abord, ensulte 11 comprend, tertlo 11 VOlt ou crolt VOlr, et brode.
De même le vral poète crée, pU1S comprend ..• parfols.54
Cependant, même Sl le s/volr lntultlf est certaln et lndls-cutable, 11 n'en demeure pas moins llmité, de par sa naturè même. Parce qU'lI s'adresse uniquement aux sens, i l est ratlonnellement
\
intraduisible. Il appartlent au domalne de la sensation. L'homme ~
,
a la certl tude qu' 11 Y a "quelque chose", que "cela" est vral, sans
tJ