Portraits de l'objet abstrait
Mémoire
Olivier Moisan-Dufour
Maîtrise en arts visuels - avec mémoire
Maître ès arts (M.A.)
Résumé
Ce mémoire est une réflexion philosophique sur l’infini et l’indéfini, champ de recherche en arts visuels en relation avec ma pratique personnelle. Je vous propose une recherche basée sur les enjeux impliqués dans la construction, la présentation et la représentation de mes œuvres produites au cours de ma maîtrise, soit de 2017 à 2019. Ce projet d’écriture accompagne l’exposition « Reproduire l’improbable », qui a pour but d’amplifier l’appréciation de l’objet abstrait en présentant son portrait en peinture.
Table des matières
Résumé ... iii
Table des matières ... iv
Liste des figures ... v
Remerciements ... vi
Introduction ... 1
Chapitre 1 - Réflexions sur la création ... 2
Que faire? ... 2
La pénible tâche ... 3
L’intention ... 3
Pourquoi faire de l’art? ... 4
La motivation ... 5 La satisfaction ... 6 Chapitre 2 - La pratique ... 8 La problématique ... 8 Le dessin ... 8 La sculpture ... 17
Le dialogue entre la sculpture et la peinture ... 25
Les objets et leurs représentations ... 25
La peinture ... 26
Chapitre 3 - Les différents arts ... 34
Les influences ... 34
La fascination de représenter ... 36
Conclusion ... 37
Liste des œuvres citées ... 39
Liste des figures
Figure 1 Une ligne 1, stylo sur papier, 21,59 x 27,94 cm, 2017 ... 9
Figure 2 Une ligne 2, stylo sur papier, 27,94 x 21,59 cm, 2017 ... 10
Figure 3 Sans titre, stylo sur papier, 27,94 x 21,59 cm, 2017 ... 11
Figure 4 Sans titre, stylo sur papier, 27,94 x 21,59 cm, 2018 ... 12
Figure 5 Sans titre, stylo sur papier, 27,94 x 21,59 cm, 2018 ... 13
Figure 6 Sans titre, stylo sur papier, 27,94 x 21,59 cm, 2019 ... 14
Figure 7 Sans titre, stylo sur papier, 27,94 x 21,59 cm, 2019 ... 15
Figure 8 Sans titre, stylo sur papier, 27,94 x 21,59 cm, 2019 ... 16
Figure 9 Objet abstrait 3, sculpture en bois et latex, 180,34 x 33.02 x 33,02 cm, 2019 ... 18
Figure 10 Deux objets abstraits, sculpture en bois, chacune, 121,32 x 15,24 x 15,24cm, 2019 ... 19
Figure 11 Un objet abstrait, sculpture en bois, 137,16 x 16,24 x16,24 cm, 2019 ... 20
Figure 12 Trois sœurs, sculpture en bois, poussière de bois et latex, 142,24 x 30,48 x30,48 cm, 2018 ... 21
Figure 13 Palette de couleur, sculpture en bois et latex, 238,76 x 16,24 x 30,48 cm, 2018 ... 21
Figure 14 Improbable 1, sculpture en bois, 182,88 x 35,56 x 35,56 cm, 2017 ... 22
Figure 15 Improbable 3, sculpture en bois et latex, 157,48 x 60,96 x 71,12 cm, 2017 ... 23
Figure 16 Improbable 5, sculpture en bois et latex, 106,68x 10,16 x 16,24 cm 2017 ... 24
Figure 17 Construction improbable 1, Acrylique sur toile, 152,4 x 91,44 cm, 2017 ... 27
Figure 18 Construction improbable 3, Acrylique sur toile, 91,44 x 60,96 cm, 2018 ... 28
Figure 19 Figure sur socle 1, acrylique sur toile, 121,92 x 91,44 cm, 2018 ... 29
Figure 20 Figure sur socle 2, acrylique sur toile, 121,92x 91,44 cm, 2018 ... 30
Figure 21 Figure sur socle 4, acrylique sur toile, 182,88 x 121,92 cm, 2018 ... 31
Figure 22 Un socle, acrylique sur toile, 182,88x 121,92 cm, 2019 ... 32
Figure 23 Deux socles, acrylique sur toile, 182,88 x 121,92 cm, 2019 ... 33
Figure 24 Paul Klee, Chemin principal et chemins secondaires, huile sur toile sur châssis à clés, 1925 ... 34
Figure 25 Paul Klee, Jeu assyrien, huile sur carton, 37 x 51 cm, 1923, coll. privée, Suisse ... 35
Figure 26 : vue partielle de l’exposition : Idée d’objet. Galerie des arts visuels de l’Université Laval…………..38
Remerciements
Merci Anne-Marie.
Écrire pour dire ce qu’on pense à propos des choses que l’on fait. Dire ce qui ne peut pas être mis en image, ce qui ne se retrouve pas dans l’œuvre, mais l’accompagne. Si l’œuvre est la présentation de notre être, de nos expériences et de nos pensées, l’écriture est nécessairement la même chose en mots. Je désire accomplir une œuvre importante, avoir une vie remplie de création et inspirer les autres. Faire partie d’une communauté ayant à cœur différentes pratiques et ainsi vivre dans un lieu où les propositions artistiques abondent, se répondent et s’invitent, où une connection entre les artistes instaure une ambiance agréable et favorable à une scène culturelle riche. Si nous voulons amplifier notre rayonnement, c’est certainement en créant une communauté de travailleurs en art qui s’entraident ; c’est là une solution, une belle opportunité pour nous de se voir, de produire ensemble et d’exposer. La maîtrise a été pour moi l’occasion de partager cette vision avec mes collègues. Je tiens à les remercier pour leur travail extrêmement inspirant qui a fait évoluer le mien, différemment. Je perçois cet exercice d’écriture comme étant le journal de cette aventure artistique où j’aurai donné le meilleur de moi-même dans cette expérience des deux dernières années. Autant que possible, j’ai profité de l’énorme privilège de côtoyer plusieurs esprits créatifs impliqués dans cet atelier collectif.
Je remercie M. Marcel Jean pour son support et ses généreux conseils, il est pour moi un exemple à suivre. Je reconnais l’ampleur de son œuvre et de son dévouement envers les arts visuels. Être son élève pendant les six dernières années a été une chance incroyable. À ses côtés, j’ai eu accès à une source innombrable de connaissances théoriques et philosophiques, et aussi à une conception très particulière de l’Art. Le travail élaboré durant ces années de sessions universitaires s’est énormément transformé grâce à l’enseignement de mes professeurs, David Naylor en sculpture, Nicole Malenfant en dessin et gravure, Bernard Paquet en espace pictural, Alexandre David en Dessin et proposition conceptuelle, Julie Faubert en vidéo, Denis Simard en lithographie, Mario Bergeron en animation, Richard Baillargeon en histoire de la photographie, Paryse Martin en Arts et Science et L’artiste et sa carrière, Sébastien Lavoie et Tania Girard-Savoie en sérigraphie, Sébastien Vachon en moulage, Branka Kopecki en photographie. Je dois aussi remercier Suzanne Leblanc, Joëlle Tremblay, Marie-Christiane Mathieu et Julie Faubert pour les cours de Praxis et Séminaire dans le cadre de la maîtrise. Je remercie Lisanne Nadeau qui a joué un rôle très important lors de l’exposition : Idée
d’objets à la galerie des arts visuels de l’Université Laval. Je suis extrêmement reconnaissant d’avoir eu accès
Introduction
Le nom que je donne à cette recherche est : Portraits de l’objet abstrait. Je pose la question « Qu’est ce
qu’une chose? » comme le dit Heidegger. Afin d’éviter certains problèmes du domaine du langage,
commençons par définir le sens des termes : portrait, objet et abstrait, dans mon travail. Tout d’abord, le portrait est un terme en peinture utilisé pour parler d’une image de visage. Ce visage représenté est habituellement une personne humaine. J’utilise ce terme dans un sens plus élargi, celui du portrait de quelque chose. En utilisant le mot portrait pour des images d’objets, je questionne la valeur que l’on accorde aux objets que l’on construit, que l’on utilise et que l’on a tendance à jeter après l’utilisation. Je nomme « objet » les choses que j’ai construites. En tant qu’artiste, je considère que l’effort, l'amour et la passion qu’implique le travail requis pour moduler l’œuvre d’art, méritent amplement que j’en fasse le portrait. Je fais l’activité de mettre en image quelque chose qui n'existait pas, de transformer une matière en un objet et de le comprendre en tant qu’œuvre d’art. L’objet abstrait ne peut se détacher de l’intention de son auteur, il peut ressembler à quelque chose, mais ne se réfère à rien de ce que l’on connaît.
L’exercice de transformer une matière en une œuvre est une activité concrète. Je conçois les objets que je construis comme étant abstraits, dans le sens où ce sont des formes nouvelles. L’abstrait s’applique de différentes manières dans mon travail. D’une part, l’aplat de couleur sans aucune perspective où flotte la représentation des sculptures est un espace abstrait, un absolu. En considérant qu’un portrait fait en peinture ne peut pas dépasser le réalisme, l’illusion d’optique créée par la peinture figurative est quelque chose d’abstrait aussi. La sculpture transposée en peinture est une image abstraite tout simplement parce que l’image est modelée en peinture.
Chapitre 1 - Réflexions sur la création
Que faire?
Faire de l’art implique la question : que faire? Ma façon de faire est de regarder ce qui a été fait, de prendre le meilleur et de le réutiliser pour l’améliorer davantage. La création est une expérience physique, une rencontre entre une ou des matières et l’humain.
L’accumulation, le recouvrement, l’énumération et la verticalité sont très présents dans mon travail. Ces éléments m’inspirent beaucoup, mais pourquoi? Qu’est-ce que j’apprécie autant dans ces propositions? Il y a forcément quelque chose de fondamentalement acquis, quelque chose de reconnaissable. Est-ce qu’on aime certaines formes seulement parce qu'on les connaît bien? Parce qu’elles sont facilement définissables, qu’elles partagent plusieurs similitudes avec des clichés de l’histoire de l’art, des règles de l’art ou tout simplement quelque chose qui nous est familier, mais nouveau?
On écrit, on choisit de suivre ou de transgresser des règles. J’ai fait quelque chose, je l’expose, je dois faire des invitations, venez voir ce que j’ai fait, venez voir mon travail! L’exposition est une fête, le témoignage d’une exploration. C’est une histoire, que ce soit seulement la nôtre ou celle de l’art, on peut la mettre en films, en chansons, en peintures, en sculptures ou en dessins, etc. Tout commence dans l’atelier, il faut profiter du privilège que nous avons d’être animés par l’ambition de faire de l’art.
Mon projet de maîtrise m’a permis, entre autres, d'acquérir des aptitudes en tant que peintre et sculpteur. Est-ce qu’on est, par orgueil, trop facilement fier de Est-ce qu’on a créé, de Est-ce qu’on a accompli, juste parEst-ce que c’est réalisé par nous? Cette chose n’empêche pas l’angoisse, le désir de créer toujours mieux et toujours plus. Qu’est-ce qu’on veut atteindre et quels sont nos buts en art? Il y a plusieurs facteurs qui peuvent altérer notre exercice et faire en sorte qu’il ne s’avère pas concluant. Savoir agir avec une confiance indéniable, inébranlable, est un atout. Si on a un talent, il faut bien essayer de le partager, de le transmettre et de le mettre au service des autres. C’est ce que je crois faire.
Les portraits de choses abstraites est le thème de ma maîtrise. Il faut savoir quel est l’enjeu : je fais des représentations d’objets. C’est ce que la peinture a longtemps été. Maintenant, avec ce qu'on connaît de l’histoire de l’art, on sait que certaines propositions ont voulu inventer les règles de la perspective, ensuite les briser, se détacher de la figuration, créer de nouvelles formes en art. Malgré tout, la représentation me semble être indissociable de la création, même dans l’art abstrait. J’ai l’impression qu’à partir du moment où on réalise une œuvre, on représente quelque chose, on se représente. Par exemple, les graffitis sont des
donc j’ai voulu représenter des objets de l’art. Suivant l’énoncé de Paul Klee : « L’art ne reproduit pas le
visible, il rend visible. » (Cité par Alexander Douglas, 2016, p. 114), je dois montrer ce que je perçois et non ce
qui est déjà présent.
Le travail de mettre en œuvre des choses non-figuratives est une ouverture assez récente dans l’histoire de l’art, mais extrêmement importante pour les artistes actuellement. Telle la communication avec internet, l’art, en acceptant les objets abstraits, multiplie les possibles.
Je cherchais une manière peu coûteuse et écologique de travailler, j’ai choisi la gratuité en réalisant de l’art avec des matériaux recueillis dans les ordures, telles les palettes de transport. Ainsi, les morceaux que j’utilise ont une histoire. L’objectif est parfois de conserver la trace de l’objet antérieur, de sa fonction et dans ce cas de la richesse chromatique du bois sali. J’ai commencé à utiliser le principe de récupérer des matériaux pour faire de l’Art, en voyant l’abondance de cette ressource. Je prends quelque chose ayant été jeté et je le métamorphose en œuvre.
La question est : que faire avant tout? On devrait régler l’urgence pour avoir la conscience tranquille, trouvons alors des propositions de changement. Affirmons les propos sur l’environnement de Richard Buckminster dans
“Operating Manual for Spaceship Earth” et de Jeremy Davies dans “The Birth of the Anthropocene”.
Empruntons les propos de Lee McIntyre dans “Post-Truth” sur la vérité dans le contexte où les politiciens excellent dans l’art de dire des conneries. Appliquons les recommandations de Ruedi Baur en se critiquant et en admettant la désorientation comme une possible source motivatrice et de renouveau. Peut-être que ceci va créer de nouvelles formes d’art tout comme les expositions « Do it » de Hans Ulrich Obrist. Après on pourrait se concentrer librement à faire de l’art pour de belles raisons. Voilà des propositions pour des possibles évolutions percutantes, pour la pérennité de la création artistique, donc de notre civilisation.
La pénible tâche
Dire bonjour j’existe, regarde ce que je fais, voilà mes œuvres, voilà mon idée, mon c.v., ma démarche artistique, quelques images de mon travail précédent et mon dossier de presse. Est-ce que je peux présenter mon travail dans votre établissement? Cette tâche tellement pénible semble indispensable.
L’intention
L’intention est de créer un cycle de production, de construire des objets fébriles inspirés de mes dessins, des structures étranges pouvant jouer avec différents rapports d’échelles et ensuite de faire le portrait de ces objets en peinture, par observation. Je veux énoncer des idées qui n'apparaissent pas forcément dans l’œuvre, produire un texte les présentant d’une manière inattendue. Démontrer que les œuvres ne s'arrêtent
pas aux objets mais les transcendent, qu’elles invitent à une autre idée se poursuivant dans l’écriture, dans l’imaginaire que je veux présenter. J’invente des histoires aux objets que je construis. Comme le dit Benjamin : « Trouver des mots pour ce qu’on a devant les yeux, comme cela peut être difficile. Mais, lorsqu’ils viennent, ils frappent le réel à petits coups de marteau jusqu’à ce qu’ils aient gravé l’image sur lui comme sur un plateau de cuivre. » (Cité par Didi-Huberman, 1992, p. 58).
En recherche de la singularité, d’une expression personnelle exclusive, d’inventions, je construis des objets particulièrement improbables et pourtant fonctionnels en art. Dans l’intention de faire vivre des rencontres, des interactions bénéfiques pour les autres.
Pourquoi faire de l’art?
Faire de l’art implique un déplacement comme le voyage. Cette curieuse aventure nous amène à quitter le confort de notre demeure pour laisser apparaître le nouveau, les nouvelles possibilités, les interstices, les lucioles. « De la même manière que les fleurs tournent leur tête vers le soleil, un héliotropisme de mystérieuse nature veut que ce qui a été ait tendance à se tourner vers le soleil qui se lève au ciel de l’histoire. » (Benjamin 1942, p. 58) Pourquoi faire de l’art? Parce que c’est la contribution la plus pacifiste et poétique de l’existence humaine.
Ça ne sert à rien de faire des suppositions, je ne peux pas connaître les réelles motivations qui mènent les autres à faire de l’art. Par contre, je dois être en mesure de définir les raisons qui me motivent, en étant conscient que ces raisons modifient ma production artistique. Je dois dire que faire de l’art est pour moi une manière de répondre à la vérité de mon époque tout en m’adressant au futur.
Est-ce que l’argent est une motivation pour faire de l’art? Est-ce que l’art devient un objet mercantile à partir du moment où l’artiste désire le mettre en vente ou il l’est déjà peu importe l’intention de son auteur? L’œuvre pure, est-ce qu’elle existe? Ce qui est indéniable, c’est que la pure expérimentation d’un médium sur un support, les gestes intuitifs, la création libre de toute pensée mercantile sont nécessaires.
Les problèmes sociaux, la pollution, la guerre, la famine, la pauvreté sont certainement des bonnes raisons de faire de l’art, mais je n’utilise pas ces thèmes directement, même s’ils font partie de mes préoccupations. Faire de l’art implique le choix de s’opposer à l'engrenage nocif du système, cela restreint du moins notre apport à celui-ci. Mon travail doit être un plaisir, il ne peut pas être seulement une revendication. C’est bien normal que l’on éprouve de la difficulté à définir et expliquer ce qu’est l’art. C’est tout de même une question fascinante, aux réponses multiples, à chacun sa définition, à chacun sa vérité. C’est à nous de trouver une définition personnelle, à partir du moment où on a la capacité et l’intérêt de se poser la question.
J’ai l’impression qu’être un bon artiste aujourd’hui ne signifie pas avoir une carrière importante dans le marché de l’art, parce que celui-ci est depuis longtemps une commercialisation d’objets plus ou moins estimés selon des critères plutôt douteux et souvent machiavéliques lorsque les œuvres atteignent des prix élevés. « L’homme lui-même est vendu ou acheté : l’argent est toujours à un degré quelconque salaire. Contre-valeur d’un produit, il agit sur la volonté qu’il flatte et s’empare de la personne.» (Lévinas, 1991, p. 47) Sans vouloir être pessimiste, j’ai l’impression que la capacité d’être un bon sophiste est primordiale. Je crois qu’être un professeur d’art peut aider à garder une pratique artistique pour les bonnes raisons : construire un monde autour d’une pratique singulière et renouveler ce monde constamment; faire de la recherche à sa manière sans se soucier de l’aspect financier. Enseigner en art serait montrer des pratiques que les étudiants ne connaissent pas, préparer ceux-ci à continuer une pratique, propager la conviction que faire de l’art est une aventure fondamentalement nécessaire et bénéfique pour l’artiste ainsi que pour sa communauté.
Est-ce qu’on fait de l’art pour augmenter notre estime de soi, pour se donner des raisons d’être fiers de nous, pour se trouver bon? Quelqu’un qui n’arrive pas à se trouver bon en faisant de l’art, ne risque pas d’en faire longtemps. C’est ce qu’il faudrait dire aux étudiants : Soyez fiers de ce que vous avez créé parce que c’est la première chose qui va faire en sorte que vous allez continuer, ça donne l’énergie nécessaire pour se mettre au travail, pour être concentré, pour être capable d’atteindre ses buts et accomplir ce qu’on s’était imaginé. L’idée est sûrement de se fixer un objectif ambitieux.
L’espace et le temps sont des choses indéfinies, sans limites, globalement sans contrainte, sans arrêt, sans réel début. On crée des barèmes, en relation avec notre présence, on marque notre existence pour un certains temps. On court après le temps, dans l’espace, dans le lieu qu’on a choisi ou qu’on assume, pour accomplir notre rôle social. Il est collé à notre quotidienne conscience de ce que nous sommes. Dans notre société individualiste, riche et triviale, l'individu s’identifie par son emploi. C’est selon moi de bonnes raisons d’être un artiste. Les choses se transforment, tout n’est pas permanent sauf l’état de transition, mais les œuvres d’art elles arrêtent le temps.
La motivation
Vivre avec la nécessité de créer des œuvres est sans prix. La création est une quête inépuisable de possibilités, une source de plaisirs régénérés d’une œuvre à l’autre.
L’histoire de l’art est une partie indétachable de toute nouvelle création artistique, que ce soit en accord ou en contradiction. L’enseignement de l’art nous motive à s’y insérer, à la connaître et à la perpétuer, à mettre en lumière certaines caractéristiques en s’éloignant des stylistiques préexistantes. La motivation est de créer nous aussi. On ne veut pas faire la même chose, on veut innover, faire à notre manière, dévoiler ce qu’on fait
pour inspirer les autres ou pas. Exposer et se faire apprécier ou pas. Inviter des gens à voir notre travail ou pas. D’où vient la motivation, qu’est-ce qui nous pousse à être productif, actif dans le milieu et être ou vouloir être un acteur de la scène culturelle actuelle? On peut se convaincre que l’art est une liberté, mais « Qu’est-ce qu’une liberté qui est avant tout passion? » (Agamben & Di Piezza, 2003, p. 47). Est-ce une impression qu’on peut faire des choix?
Il y a plusieurs options, car faire de l’art est une suite de choix. La qualité du choix donne de l'efficacité à l’œuvre, émet de l’intérêt, que ce soit un questionnement, un effet visuel ou une harmonie. J’ai la motivation de définir et de m’incruster dans une histoire en pleine et constante transformation. Un des plaisirs est de penser à comment mes créations peuvent être intéressantes dans cette histoire, comment je peux offrir des propositions singulières, personnelles, créer de l’unique, à travers un travail issu d’une préoccupation partagée par beaucoup d’autres individus jouant le même jeu que moi, ou sensiblement le même.
La satisfaction
Qu’est-ce que la satisfaction en art? Est-ce que c’est le sentiment de pouvoir arrêter notre œuvre? Un tableau n’a pas de fin! La satisfaction est une question intéressante parce qu’elle semble conclure l’œuvre. Nos œuvres restent inachevées parfois par insatisfaction. Être satisfait d’un travail est pour moi très irrégulier et éphémère. Parfois, je peux aimer rapidement une œuvre ou la remettre en question longtemps, parfois je dois la laisser de côté et commencer autre chose. Il y a toujours une intention. À force de travailler, je développe des manières de fonctionner facilitant ma faculté d’anticiper les résultats parce que je suis en contrôle des gestes posés. Dans l’exploration de nouveaux gestes ou de nouvelles techniques de construction, je fais face au néant. C’est moins déconcertant d’être très aptes à percevoir le résultat, mais j’invente davantage en utilisant des choix sporadiques. La satisfaction implique donc d’être habile à repérer, parmi toutes les idées qui émergent à différents moments de la création, lesquelles sont les plus convaincantes. Il s’agit d’une sensibilité, d’un sentiment d’avoir réussi.
Créer de la singularité, qu’est-ce que ça veut dire? Comme en musique, l’art visuel manifeste des tendances, des regroupements de variantes causant des ressemblances, d’une commune utilisation d’un certain nombre d’instruments, je cherche à créer des œuvres personnelles en utilisant les mêmes médiums que les autres. Très souvent la singularité peut devenir synonyme de bizarrerie.
La satisfaction est un état d'âme, un sentiment d’accomplissement d'un désir ou l'assouvissement d'un besoin. Je termine un tableau, je suis satisfait, j’éprouve un moment de bonheur face à un travail accompli, auquel j’accorde une grande importance. J’ai exprimé avec ferveur et assurance que ce travail méritait une grande
appréciation, je le valorise, j’en prends soin, j’en parle avec amour. C’est peut-être l'apogée de ce que je vais avoir créé. Aussitôt, le souhait de faire mieux prend la place de la satisfaction.
Chapitre 2 - La pratique
La problématique
Je m'interroge sur la présentation et la représentation à travers les différents médiums que j’utilise. Je cherche à reproduire l’improbable : c’est une problématique que je trouve assez audacieuse, contradictoire et utopique, mais un défi stimulant invitant à la rêverie. C’est en cherchant à produire des œuvres se référant à des choses uniques (qui ne représentent souvent rien) que « peut-être », je trouve des solutions. La problématique prend son sens dans l’aventure de l’écriture se rattachant à ma pratique, d’ailleurs elle est elle aussi une entreprise artistique ambitieuse. Écrire n’est pas un geste simple, c’est une discipline, un objet artistique, une autre aptitude singulière dans le large et infini champ de recherche des arts visuels. Reproduire l’improbable est donc un exercice de création causant volontairement des coïncidences et des imprévus en les réutilisant dans l’intention de dire quelque chose d’inédit.
Le dessin
Ma pratique en dessin est devenue un réflexe, une habitude. Je fais des dessins généralement au stylo bleu, je fais des hachures dans plusieurs sens pour faire des zones plus foncées. Durant ma première année de maîtrise, j’ai commencé à faire des dessins que je nomme des « une ligne ». Il s’agit d’une forme tracée rapidement en une ligne continue, sans lever le crayon. Ils ne représentent rien mais s’apparentent souvent à des animaux.
Je fais différentes sortes de dessins, parfois ce sont des personnages inventés, des lettrages, des dessins d’observation d’objets sur une table ou des idées de ce que je pourrais faire en sculpture. Le dessin est la prémisse de toutes mes œuvres même si je ne le conçois pas comme une esquisse préparatoire. Il est la mise en image d’idées que je n’utilise pas directement; comme si l’œuvre était conclue par son apparition sur le papier. Le dessin sert seulement d’idée et non de référence. Ainsi, ce sont des documents très personnels que je ne montre pas souvent, la base de l’exercice de création, l’activité la plus primaire, peut-être primitive, mais impérative à la recherche d’idées et de concepts.
La sculpture
Je fabrique mon sujet, je fais des représentations d’objets abstraits construites dans l’intention de créer des formes. Je désire produire des sculptures menant vers des questionnements, qu’ils soient formels ou physiques. Elles doivent affirmer leurs étapes de construction et leur présence par elles-mêmes et donc inviter à tous les questionnements possibles, même si je sais que les réflexions sur ce type de sculptures demandent une certaine sensibilité. J’ai voulu créer des objets possédant une personnalité, que ce soit par leur ampleur, leurs matériaux ou leurs couleurs. Ils fonctionnent souvent par l’accumulation d’une quantité d’éléments semblables.
En cherchant l’essentiel dans une construction comme la structure d’une architecture, j’ai l’impression d’être devant la dure tâche de faire un bonhomme de neige se détachant du paradigme des bonhommes de neige, sans devenir seulement des boules de neige. Qu’est-ce qui se démarque dans une sculpture? Comment les clichés sont-ils devenus des standards si contraignants? Les critères sont précis et multiples, mais ce sont ces critères que tout le monde reconnaît.
L’application de la peinture sur mes sculptures vient modifier notre compréhension de la structure interne de l’objet, elle unifie sa matérialité en y ajoutant une couche plastifiée. Je tente de varier la façon dont elle agit sur les formes tridimensionnelles en explorant différents types d’interventions. J’ai peint certaines sculptures de couleur unie, sur d’autres j’ai appliqué plusieurs couleurs de façon à créer des formes multicolores, j’ai fait des dégradés en jouant sur un champ chromatique très restreint créant des formes presque monochromes mais évolutives. J'ai aussi essayé de faire plusieurs couches très diluées pour teindre plutôt que peindre.
Le procédé engendre des imprévus profitables modifiant son entièreté. Les résultats sont généralement des formes complexes, chancelantes mais solides; d’un côté elles semblent être droites et de l’autre elles semblent être sur le point de s’écrouler. Je leur trouve un point d’équilibre où se dévoile un visage (« La façade d’une maison, n’est-ce pas une maison qui nous regarde? » (Lévinas,1991, p. 10)) cherchant à construire un objet d’art, qui « ne tient ni à sa nouveauté absolue (comme si on pouvait tout oublier), ni à sa prétention de retour aux sources (comme si on pouvait tout reproduire). » (Didi-Huberman, 1992, p. 149) Ainsi, je crois que la reproduction de cet objet devrait faire apparaître une image authentique, peut-être même que son image est plus intéressante que l’objet.
Figure 12- Trois sœurs, sculpture en bois, poussière de bois et latex, 142,24 x 30,48 x30,48 cm, 2018
= Figure 15- Improbable 3, sculpture en bois et latex, 157,48 x 60,96 x 71,12 cm, 2017
Le dialogue entre la sculpture et la peinture
La présence d’une œuvre sculpturale, dans son aspect brut et construit fortuitement, semblait faire apparaître comme efficace la représentation en images. L’image peinte est bidimensionnelle, donc le contraire de ce qu’elle représente. L’image construite en référence et en dialogue avec le réel trouble notre compréhension de la réalité de son objet d’origine. Le procédé que j’utilise conduit à une œuvre qui est un regard particulier et, même si elle était hyperréaliste, elle serait une image bidimensionnelle d’une forme matérielle. À partir de cette réflexion, qu’est-ce que je trouve intéressant dans ce rapport dialectique opposant deux choses différentes qui, une fois photographiées, pourraient sembler être la même? Est-ce que l’intérêt est pour la précision et le réalisme de l’objet représenté, la qualité de la présence de l’objet matériel ou l’idée que la peinture dialogue avec la sculpture? Essentiellement, je crois que le contact entre une sculpture et son image enrichit les qualités de l'exécution, de la présence et de la forme. La peinture amplifie l’importance de la sculpture mais elle ne peut pas exister sans son modèle. Elle est impérativement l’image d’une chose préalablement construite. En agrandissant l’objet, je peux peindre la texture de celui-ci, créant une plus grande confusion. Est-ce que la peinture gagnerait à être surréaliste, encore plus improbable, pour que puisse se poser la question : est-ce que cette sculpture existe?
La réalisation de ce corpus d’œuvres m’introduit dans un mode de création entre la sculpture et la représentation d’une perception d’une autre œuvre d’art. J’utilise l’objet construit récemment pour faire une variante, une évolution de ce que je connais vers une nouvelle perspective possible. Il n’en résulte pas une confrontation mais certainement une interaction entre les deux, une sorte de discussion, un dialogue dans l’esprit de l’observateur.
Les objets et leurs représentations
Mes peintures proposent des images de choses dont on peut faire l’expérience physique par la suite. Nous sommes constamment confrontés au décalage entre les photographies que l’on voit et les objets réels, c’est ce qu’on fait avec les produits qu’on achète, c’est ce que l’on fait en regardant des images sur Google Map avant de se rendre quelque part. Par exemple, quelqu’un ayant le goût d’aller voir la statue de la Liberté ou la tour Eiffel, va se rendre sur place et ainsi faire la connaissance physique après avoir côtoyé l’image de ce lieu. Qu’est-ce que ça nous fait vivre, est-ce un sentiment de déjà vu, une sensation de connaître une chose à travers son image avant de faire son expérience physique?
C’est intriguant de penser aux différents phénomènes qu’on expérimente sans préalablement s’imaginer l’expérience. Ainsi, l’anticipation de ce qu’on va voir est très fréquente, la surprise est d’autant plus recherchée. Mon travail propose un questionnement : qu’est-ce que l’image d’une chose provoque lorsqu’on
en fait par la suite l’expérience objective? Il y a une rencontre inattendue, la réunion avec l’objet fait vivre un moment particulier.
Aujourd’hui, il est possible de voir une image de presque n’importe où dans le monde avant d’y aller, la réponse physique que l’on reçoit lorsque l’on rencontre ce lieu est complètement autre chose que ce qu’on a regardé. L’exercice de produire une image d’une chose, implique cette idée, c’est un commentaire implicite sur cette vérité, celle de pouvoir regarder des images du monde avant de le voir pour vrai. Est-ce que connaître un lieu avant d’y mettre les pieds brise le romantisme ou amplifie notre appréciation de celui-ci?
La peinture
Peindre c’est évidemment appliquer de la matière colorée sur un support, je reproduis des ombres et des lumières. J’ai cru plus intéressant de reproduire quelque chose en acceptant les imperfections que de peindre à partir d’une projection ou sur des photographies. Ma réflexion était : est-ce que ça vaut la peine, ou pourquoi reproduire? Est-ce que tous les outils sont permis? Je peins par observation par souci de légitimité, dans un monde où tout doit être fait rapidement, ma peinture est un acte de résistance. Je regarde une unité et je tente de la reproduire.
J’ai peint mes sculptures d’une manière descriptive sans chercher le réalisme parfait. J’apprécie cet exercice et les résultats qui en découlent parce que j’ai l’impression que ce processus est spécifique à la peinture figurative. Ainsi, je suis fidèle à une tradition de construire des images en répétant l’acte de regarder, comprendre et représenter. C’est un portrait d’une chose unique, un point de vue qui tente de sublimer une forme sur un fond. Ces peintures doivent forcément être catégorisées en tant que peintures figuratives, mais leur sujet est ambigu.
La peinture ne doit pas être fastidieuse, ça ne doit pas être une activité pénible. je dois absolument garder le plaisir de peindre. Forcément, il faut que ma peinture reste une tâche sérieuse mais divertissante, nécessaire à son appréciation. Je suis souvent confronté à la limite entre l’activité trop complexe et le défi plaisant. Cette réflexion remet en question ce que mon travail implique. Si je m’efforce tant à mettre en image des sculptures que j’ai eu une certaine liberté à concevoir, c’est parce que je considère cet effort captivant, mais peut-être que l’activité de peindre minutieusement brise ce qui m’intéresse le plus en peinture : l’acte gestuel de peindre.
Une partie de mon travail en peinture a pour ambition de démontrer les innombrables possibilités de la couleur. Le nombre de variantes est illimité. Ensuite, il y a des résultats plus intéressants que d’autres, il y a des sensibilités et des harmonies, de la discordance et de la cacophonie. Créer des œuvres suivant une
La peinture vient fixer un état, un moment dans l’histoire de cet objet sculptural. « Le tableau est une contraction, un arrêt des processus psychologiques, une défense contre la fuite du temps, et ainsi une défense contre la mort, on pourrait parler d’une concentration des rêves.» (Didi-Huberman, 1992, p. 17) Ces peintures fonctionnent comme des portraits cherchant à accorder un prestige au modèle. Enivré par ce désir, je m'efforce d’augmenter mon savoir-faire.
Figure 21- Figure sur socle 4, acrylique sur toile, 182,88 x 121,92 cm, 2018
Chapitre 3 - Les différents arts
« Les différents arts se mettent-ils lentement en chemin pour dire ce qu’ils peuvent le mieux dire et ce par les moyens que chacun d’eux possède exclusivement? » (Kandinsky, 1954, p. 97)
Cette idée des différents arts amenée par Kandinsky m’interpelle car l’art actuel se développe et s’ouvre à tellement de pratiques distinctes. C’est en me questionnant sur les différents médiums que j’utilise et sur la problématique des différents types d’arts que j’ai essayé de créer un cycle de production où je peux mélanger ces différents médiums, dans le but d’améliorer ma pratique de chacun d’eux, individuellement et collectivement, en les liant par le même sujet.
Les influences
Figure 24- Paul Klee, Chemin principal et chemins secondaires, huile sur toile sur châssis à clés, 1925
Notre contexte historique et artistique est forcément lié à notre pratique, par contre certaines œuvres transcendent leur contexte. Paul Klee, avec Chemin principal et chemins secondaires, ou tant d’autres peintures qu’il a réalisées, démontre quelque chose d’intense pour notre regard, trouble notre compréhension de la composition. C’est construit comme une accumulation verticale, c’est un travail sur la couleur. Ici, nous
semble que c’est un travail encore aujourd’hui très actuel, une œuvre intemporelle. La peinture de Paul Klee me donne l’exemple que l’art immortalise un moment d’intensité.
Figure 25- Paul Klee, Jeu assyrien, huile sur carton, 37 x 51 cm, 1923, coll. privée, Suisse
Comment éviter de s’approprier le travail des autres, lorsque l’on voit quelque chose qui ouvre une lumière en nous? Des œuvres qu’on apprécie tellement qu’on aurait voulu en être l’auteur. Jeu assyrien de Paul Klee (1923), en est un exemple. C’est une sorte d’inventaire, une énumération, une démonstration d’éléments disparates dans un fond uni sans référence de perspective. Les éléments flottent dans un absolu, une tonalité sombre illuminant, voire sublimant, les différentes formes. Je vois beaucoup de similitudes avec ce que je tente de faire. J’éprouve toujours une surprise devant l’efficacité du travail de Klee. Est-ce que ma manière de travailler est fondée sur ce que j’ai perçu de convaincant dans son travail? Toutes les choses que l’on fait sont teintées des choses que l’on a vues.
Parfois on trouve par surprise un autre artiste ayant une pratique semblable, ou une des ses œuvres est presque identique à la nôtre, et je crois que c’est en quelque sorte rassurant que d’autres partagent nos idées. Lorsque j’ai vu Construction (after Thoreau) et Construction (The Clearing) (2011), de Jonathan Anderson après avoir fait ma série de toile Refuge, j’ai vu ce que j’avais fait et j’ai constaté que la similitude de nos résultats est inquiétante.
Le programme de maîtrise m’a amené à découvrir plusieurs œuvres ou les connaître davantage! Je pourrais citer : Number 31A (1999) de Leonardo Drew, Les sculptures de Tony Cragg, YR Inner Child (2009) de Eva Rothschild, Livro do tempo (Book of Time) (1961-63) de Lygia Pape, Plate 161a (Maquette for hunting Dogs Project) (1961) de Hélio Oiticica, Chromosaturation (1999) de Carlos Cruz-Diez, Three Tentacles (1975) de Alexander Calder, Femme cuillière (1927) de Giacometti, Éléphant de Jean-Pierre Pincemin, La colonne sans
fin ou Le roi des rois de Brancusi. Les œuvres des autres sont une source de motivation, des repères dans le
champ des possibilités.
La fascination de représenter
Le travail que je présente est issu d’une réflexion sur la représentation. Je me suis questionné sur les raisons pour lesquelles j’éprouve la nécessité de reproduire. Depuis l’apparition de l’appareil photographique, accéder à ce fantasme de capturer une image instantanément n’a que modifié nos rapports à celle-ci. La satisfaction extrême de pouvoir capturer une image d’une réalité en un instant est assouvie. Nous sommes depuis, de plus en plus producteurs d’images. Nous possédons en majorité des appareils intelligents munis de caméras de qualité. Nous vivons dans un contexte social extrêmement teinté par l'abondance d’images à cause ou grâce à ce dispositif, mais est-ce que nous sommes aussi de moins en moins attachés aux images produites?
En rapport avec l’histoire de l’art, je me suis demandé ce que j’avais envie de reproduire vu la grande quantité d’images. Qu’est-ce que j’ai envie de mettre dans le monde de l’art aujourd’hui? En essayant d’éviter la banalité d’une simple image reproduite, en étant méfiant par rapport aux différents moyens possibles pour faire des copies d’images facilement, la question était de trouver comment créer un sujet servant à produire une image à laquelle j’accorde une utilité, un sens, en augmentant mon attachement personnel à ce qu’elle représente. Je suis arrivé à la conclusion que peindre un objet que j’avais construit augmentait mes chances de créer une image unique que j’allais apprécier mais permettait aussi de valoriser mes sculptures et d’assouvir l’ambition de reproduire. Ma peinture répond à un besoin de mettre un miroir devant mon travail en sculpture.
Conclusion
En regard des phénomènes environnants, de ce qu’on a déjà produit et reproduit, je concrétise des objets et des images dépourvus de référence à notre époque et à notre contexte actuel. Je suis influencé par l’actualité, mais en ayant l’impression de faire de l’art qui ne concerne pas uniquement le quotidien. C’est une question permanente, c’est la création d’une chose vouée à se perpétuer dans le futur. Je construis des architectures en ayant pour but de faire un art concret. C’est une priorité de créer cette bulle menant à un sage chemin et donnant à mon existence une opportunité de faire quelque chose pour les autres. Je donne à voir et j’émets des questionnements, c’est une idée poétique et gratifiante.
Ce mémoire présente des faits et des questionnements à propos de ma création artistique qui se veut une recherche de l’inconnu, un jeu important, une mission et une responsabilité civile, humaine. En décidant de jouer sérieusement, mon devoir est aussi de redéfinir le jeu, rédiger et trouver des solutions aux problèmes universels! « Il faut adopter un discours d’espérance et non un traité du désespoir. » (Kant, 1784, p. 43) J’espère que mon travail soit d’une certaine manière une réponse à ce que je connais de l’histoire de l’art, du moins ce que j’en ai compris. Je vais continuer à explorer le champ des possibles, présenter des propositions improbables et énigmatiques. Soutenu par l’ambition, le feu sacré pour mettre au monde des choses, des idées, des concepts, du travail honnête que je veux affirmer en tant qu’œuvres d’art en toute humilité, des représentations d’objets abstraits, de la matière colorée sur de la toile ou des accumulations de bois, des couleurs, des formes et des volumes, tout cela à partager pour inventer un demain divertissant.
Voilà ce que j’ai pu faire, voilà ce que je voulais vous montrer et vous dire sur ce que j’ai fait. Faire de l’art c’est faire des choses qui n’ont peut-être pas d’utilité pratique mais qui sont nécessaires dans la vie parce qu’elles questionnent son sens. Qu’est-ce qui est important de mettre sur papier? L’estime de soi et la gratitude!
Liste des œuvres mentionnées
- Constantin Brancusi : Colonne sans fin, 603 x 61 x 61 cm, plâtre, vers 1930 - 1931 repéré à : https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-
22bc5112565e993b91397bfbc2158038¶m.idSource=FR_O-fbfd9e1131df94bae6b3bc6e1860c9¶m.refStatus=nsr
Le roi des rois, 300 x 48,3 x 46 cm, bois de chêne, 1938.
repéré à : https://www.guggenheim.org/artwork/668
- Alexander Calder : Three Tentacles, 85,09 × 114,3 × 71,12 cm, sculpture, sheet metal and wire, painted, 1975, Galerie Thomas. Repéré à : https://www.artbasel.com/catalog/artwork/59662/Alexander-Calder-Three-Tentacles
- Carlos Cruz-Diez : Chromosaturation. Repéré à : http://www.cruz-diez.com/fr/work/chromosaturation/
- Tony Cragg, (2017). Repéré à : http://www.tony-cragg.com/index.php
- Alberto Giacometti – Femme Cuillère, plâtre, 146,5 x 51,6 x 21,5 cm, 1927, Fondation Giacometti, Paris repéré à : https://www.fondation-giacometti.fr/fr/database/161069/femme-cuillere
- Hélio Oiticica : Ramírez, M. C. (2006) Hélio oiticica : The Body of Color, Houston, Tate/ The Museum of fine arts, Houston
- Lygia Pape : Candela, I. Ferreira, G. Martins, S. Rajchman, J. (2017) Lygia Pape. New Haven and London, THE MET, Yale university Press.
- Jean-Pierre Pincemin, Sans titre « éléphant », bois peint et fils de fer, 200 x 180cm, circa 1990 repéré à :
http://www.artabsolument.com/fr/default/exhibition/detail/893/Jean-Pierre-Pincemin.html
- Eva Rothschild : Stuart Shave, (2010) Eva Rothschild. London, Modern Art and Kœnig Books.
- Leonardo Drew : Schmuckli, Claudia.(2009). Existed : Leonardo Drew, New York, Blaffer Gallery, the Art
Museum of the university of Houston.
-Paul Klee :
Jeu assyrien, huile sur carton, 37 x 51 cm, 1923, coll. privée, Suisse. Repéré à :
http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2013/11/05/paul-klee-polymorphe/
Chemin principal et chemins secondaires, huile sur toile, 83,7 × 67,5 cm, 1929. Repéré à :
Bibliographie
Agamben, Giorgio. & Di Piezza, Valeria. (2003). L’ombre de l’amour, Le concept d’amour chez Heidegger. Paris : Éditions Payot & Rivages.
Douglas, Alexander. (2016) Paul Klee, Paris,Edition Solar, Paris.
Baur, Rudi. (2010). Orient-ierung/ation Des-/Dés-/Dis-/orient-ierung/ation 2, Zürich, Institut Design2context et Lars Müller Publishers.
Buckminster Fuller, Richard. (2008). Operating Manual for Spaceship Earth. Zürich, Lars Müller Publishers. Benjamin, Walter. (1942). Sur le concept d’histoire, Paris, Petite Bibliothèque Payot.
Didi-Huberman, G. (1992). Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Paris : Les Éditions de Minuit. Davies, Jeremy. (2016). The Birth of the Anthropocene, Oakland, University of California Press. Fowle, Kate. et Ulrich Obrist, Hans. (2013) do it ,The Compendium, New York, Independent Curators International.
Kandinsky, Wassily. (1954) Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, (traduit de l’allemand par
Nicole Debrand et du russe par Bernadette du Crest) Munich. Éditions Denoël, Folio essais.
Kant, Emmanuel. (1784). Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique (traduit de l'allemand par Luc Ferry). Paris, Gallimard.
Lévinas, Emmanuel. (1991) Entre nous, Essais sur le penser-a-l’autre, France : Le livre de poche biblio essais. Mcintyre, Lee. (2018). Post-Truth, Cambridge (MA), The MIT Press.