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SCIENCES ET INFORMATIONS

Claude VILAIN Laboratoire d'Immunologie comparée Université Paris VI

Hots clés SIDA - Médecine - Virus - Immunité - Informations.

Résumé:

L'abond;lnce de "information sur les méfaits et la pro pa gal ion du SIDA a sensibilisé toute l'opinion publique. Quelques faits médico-scientifiques sont analysés à travers les articles de presse afin d'apprécier sous quelle forme et jusqu'à quel niveau peut se faire la diffusion d'un savoir.

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Depuis 1983 tous les médias se font massivement l'écho du SIDA. Avec les Etats-Unis et de nombreux pays européens, toute la grande presse française publie réguliè-rement des articles 5llr le sujet. A cSté de la presse traditionnelle on a pu voir dans les kiosques une brochure riche en couleurs ~dit~e"par des médecins spécialistes du SIDA pour informer le public en termes simples de cette nouvelle maladie et des moyens actuels de la prévenir". Enfin quelques monographies décorent la vitrine des libraires.

En fait le SIDA représente bien un cas unique dans l'histoire des épidémies par une double particu]arit p , n'une part, i l survient à un moment oll le niveau des con-naissances et les capacités techniques forment une telle c.onjonction qu'ils ont per-mis, dans les délais les plus courts, d'identifier l'agent respon!{able de la maladie et d'en comprendre son rôle physio-pathologique. Par ailleurs, 1" rapidité et l'uni-versaIiS<J:tion de' l'information permC'ttC'nt de tC"nir }" puhl ie au counm,t de ('haque étape, de chaque espoir ou de chaque retraite de la science.

Car c'est chaque évènempnt médical ou scientifique qui est repris par les médias et présent~au public sous une forme plus ou moins fracassante. C'est ainsi qu'à tra-vers certains articles à sensation, le lecteur est contraint d'évaluer les risques de propagation d'une maladie souvent définie conune mortelle, sans traitement connu et dont on essaie de le convaincre, à coups de statistiques et d'arguments scientifiques, qu'il eo;;t susceptible de l'attrappcr sinon d'en être déjà porteur . . . Les déclarations sont ainsi souvent excessives mais clIriE'usement, la presse à pel! près unanime à qualifier le phénomène de "psychose" ne semble pas disposée à relâcher la pression de ses gros titres.

Durant les derniers six mois de l'année 1985 l'inform~tion a été particulièrement abondante et il ne s'est guère pass~de semaine sans que le public ai.t été soumis à un déluge de faits médico-scientifiques parfois fantaisistes et souvent contradictoi-res. Sans vouloir faire de revue de presse exhaustive, d'ailleurs impossible à réa-liser dans ce cadre, il nous a paru intéressant d'analys~r le contenu de qnelques unes de ces infonmations et d'essayer d'en apprécier la pertinence. Nous limiterons cette étude à quelques points précis en distinguant des informations de nature mé-dicale et d';utres. plus fondamentalement biologiques.

\. Le SIDA: maladie épidémique.

Au cours des dernières décennies la modernisation de la médecine s'e~t 3(COmp,-, gnée d'un très grand effort de vulgarisation qui nous a permis de nous familiariser avec des termes, des symptômes et des méthodes d'investigation ou de traitement. En outre, grâce au vieuK spectre de l'épidémie qui resurgit périodiquement, n0US avons été tenus informés des méfaits d'un certain nombre de maladies épidémiques dont nous retiendrons pour mémoire: la variole, la poliomyélite, la maladie du légionnaire, ['hépatite virale, l'herpès et, plus fréquemment, la fausse ou vraie grippe à n,,-tionalité variable. Dans ce contexte, le flot d'informations relatives at! SIDA

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.va-t-il apporter des éléments nouveaux influençant notre acquis médical de base ou contribuant à modifier nos habitudes de vie pour l'entretien de notre santé

1.1. ~~!S!!!!~. Les déclarations sur ce sujet sont pxtrèmement contradictoires et les prises de position très tranchées bien que le recul que nous possédions de la maladie soit assez faible. Des 100%de mortalité estimés par le Pro GALLO aux rémissions com-plètes du Dr. ROZENBAUM, il semble bien difficile de se faire une idée précise du réel danger de la maladie au regard de l'ensemble des chiffres cités. Après étude, il apparaît que les statistiques européennes sont plus rassurantes que celles des Etats-Unis: alors que la courbe de décès reste ascensionnelle pour ceux-ci, elle est en dé-croissance depuis le premier semestre 1983 pour nos pays. Pourquoi ces chiffres éma-nant de la très sérieuse Organisation Hondiale de la Santé, parus dans une revue scientifique de vulgarisation, ne sont-ils pas diffusés par la grande presse qui se cantonne à un point de vue alarmiste 1

1.2. l:;I!!!!~!!!!Q!Qg!~.Bien qu'ayant acquis depuis un siècle environ quelques notions d'épidémiologie qui pourraient notls aider à dédramatiser le processus contagieux, nous paraissons toujours aussi sensibles au "châtiment des dieux". Ou bien est-ce l'unanimité des déclarations, à quelques détails près, qui rend la propagation du "fléaull plus menaçante ?

Car sur ce point tout le monde est d'accord: le responsable est un virus trouvant refuge dans les fluides vitaux de l'organisme. Le sang, la lymphe et le sperme en sont les porteurs reconnus. Pourquoi admet-o~ avec plus de réticence le rôle de sécrétions moins prestigieuses certes mais tout aussi précieuses telles que le lait et les larmes? Et pourquoi semble-t-on vouloir refuser à la salive le rôle qui lui est habituellement reconnu de véhiculer des germes infectieux? misà part quelques très sérieux spécialis-tes qui lui reconnaissent une responsabilité seulement "au cours de contacts prolongés"!

Heureusement le bon sens commun ne laisse pas subister de telles réticences et on a rapporté que dans plusieurs pays des gardiens de l'ordre public avaient été menacés et mordus par des citoyens récalcitrants se disant porteurs du SIDA; lp temps passé depuis ces incidents est encore trop court pour se prononcer sur l'efficacité d'un

tel moyen de contamination.

Autre fait acquis : selon les Etats-Unis le réservoir de virus se situerait en Afrique Equatoriale où il existerait depuis fort longtemps, permettant malgré tout aux populations locales de coexister avec lui, ce qui pourrait apparaître comme un élément encourageant, allant à l'encontre des théories qui prédisent la quasi-extinc-tion de l'humanité dans un avenir avoisinnant cinq ans ... Et voilà que tout le monde emboîte le pas à la thèse américaine, sans trop contrôler, sans trop protester, mis à part les zaïrois bien sûr, qui auraient plutôt tendance à donner au virus des caractères beaucoup plus occidentaux, ce qui est la moindre des choses.

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Mais comme il est parfois délicat de désigner l'homme coupable, a fortiori la race, on s'empresse de crier haro sur le Sing~Vert porteur lui aussi d'un viru9 dont on s"accorde malgré tout à reconnaître qu'il serait différent de celui de l'Hommel ...

Enfin, les intermédiaires entre l'animal et l'homme pourraient être des in~ectes vecteurs incapables de discrimination sexuellp ou raciale. Pourquoi le moustique est-il proposé pour jouer ce rôle avec Autant de résrrves ?L<l frngilltf5 du virus alléguée RC'm-ble un aQ5ument bien lége~puisque cet lnsecte est parfaitement reconnu pour héberger des micro-organismes de fragilité comparable, tels que le virus de la Fièvre Jaune ou l'hé-matozoaire du Paludisme. Il semble par nÎ-llpurs paradoxal de ne pas rechercher d'autres insectes éventuellement f~cteur~de la transmission du virus alors qu'on accepte que l'aiguil1f' souillée du toxicomane puisse en être un; le mode de contamination est alors

analogue, au frisson de la drogue près .••

1.3. Q~E!~!~g~~ La surveillance de l'~tat sanitaire de la population, le contrôle du sang nécessaire aux transfusions, le ~uivi de l'évolution de la maladie chez les sujets atteints sont autant d'éléments montrant l'importance qu'il est nécessaire d'accorder aux tests de dépistage du SIDA. Si cette importance n'a pas échappé à quelques commerçants, elle est par contre à peine évoquée par la presse. Certaines méthodes utilisées sont pourtant de pratique courante et devraient être familières au publie, il s'agit essentiellement de numérations et de formules sanguines ainsi que des tests classiques de réaction à la tuberculine. Mais c'est le test ELISA, outil technique précieux, utilisé seulement dppuis quelques années, permettant d'i-dentifier les molécules biologiques à l'état de tracf', qui restE' aujourd'hui la mé-thode de choix pour le dépistage spécifique des anticorps produits rontre le virus par les sujets contaminés. Bien que l'enjeu économique que représente ce test soit considérable, il est peu cité et encore moins décrit sauf dans quelques revues spé-cialisées qui en ont donné une explication sommaire et peu satisfaisante pour le profane curieux.

1.4. !I!i!~~~;.Que dire ce cette longue liste de produits vantés un à un, sinon que

cette profusion elle-même est le sign~ de leur inefficacité. En résumé, les e5sais thérapeutiques ont été conduits dans deux grandes directions.

D'un côté, des essais furent tentés avec des produits susceptibles de bl0'1uer directement la prolifération des virus. C'est ainsi que furent remis au goût du jour d'anciens médicaments (Suramine, Ribavirine, etc ... ) utilisés dans d'autres in-dications ou plus simplement tombés dans l'oubli. On peut aussi se souvenir du tris-tement célèbre HPA 23, français d'origine, alliage subtil de violents poisons métal-liques. qui a tenu le rôle de vedette pendant un t~mps en attirant sur le sol natio-nal quelques "charters" remplis d'américains C'spérant te mirncl(' m.'lÎs ahusl~5 p<tr une

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publicité trop tapageuse.

Par ailleurs, d'autres tentatives portèrent sur des substances agissant au ni-veau du support des multiplications virales, c'est-à-dire sur certaines cellules du système immunitaire : les lymphocytes qui sont apparemment les seuls à offrir aux virus un milieu propice à leur développement. Toute une gamme de produits biologiques (Interleukine-2, Interférons, Thymuline, Cyclosporine, etc •.• ) destinés à stimuler, à moduler, à déprimer le système immunitaire, a pu ptre testée avec un taux de réus-site extrêmement décevant.

Tout le monde est d'accord que le grand espoir reste la mise au point d'un vaccin, mais les difficultés techniques pour arriver à ce résultat semblent énormes, aussi

énormes que les nébuleuses explications qui nous ont parfois été foÜrnies pour

justi-fier ce retard.

2. Le SIDA: phénomène biologique.

L'abord des phénomènes biologiques impliqués dans le SIDA s'accompagnent d'un changement de niveau de l'information. En effet, il ne s'agit plus de traiter de pro-blèmes médicaux relativement familiers mais de faire passer un message scientifique de haut hiveau, qui touche à des découvertes ayant été faites souvent depuis moins de

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ans et délivré à un public qui n'a pas toujours le bagage nécessaire pour évo-luer à l'aise dans les eaux des macromolécules et de leur terminologie. En consé-quencet les témoignages de la grande presse restent très discrets et on ne peut lui

en faire grief. Cependant, certaines publications à grand tirage ont relevé le d~fi et nous avons choisi quelques exemples qui nous ont paru significatifs du niveau de diffusion d'un savoir biologique moderne.

2.1.

~~_~iE~~_~~' Son portrait tiré dans toutes les revues, ses histoires de fa-mille étalées au fil des colonnes et sa vie cachée dévoilée au grand jour, ce virus

exhibitionniste tient son rôle de "starlt

très au sérieux. A notre connaissance. au-cun évènement n'avait précédemment permis une aussi large diffusion de données por-tant sur les virus.

Sur sa morphologie tout d'abord: des photos du virus ont été publiées partout. Sans doute ces documents sont loins d'être tous parfaits dans leur qualité et restent relativement imprécis dans leur légende mais leur intérêt réside,

surtout, dans leur très grande diffusion permettantà chacun de visualiser sur des documents scientifiques authentiques des micro-organismes que nous côtoyons

quotidiennement et qu'il nous est rarement donné d'observer.

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essais de reconstitution généalogique à partir d'un hypothétique ancêtre commun sont déjà beaucoup moins claire. Il est vrai que ces questions appartiennent au domaine de le guerre psychologique des r~vendications de paternité entre les équipes à l'origine de la découverte du virus. Ainsi, les conséquences honorifiques et économiques liées

ce problème obscurcissent quelque peu la pureté du ligp.age et nous nten retiendrons que l'idée de virus constitués en famille.

Quant aux conditions de vie du virus, bien des notions sont évoquées (génôme viral, rétrovirus, transcriptase inverse, transactivation, etc ...

>.

Hais la com-préhension de ce "jargon" exige des connaissances relativement poussées en génétique

moléculaire qu'il ('st bien difficile d'expo~eren qUf'lques lignf's et on est contraint

de se reporter aux revues spécialisées de vulgarisation scientifique pour en avoir une explication.

2.2. b~_!~~~~Q~~~~_~_S~!!~!~_~§~~_~~_Y!~~~_~~'Le sigle SIDA signifie: Syndrôme d'Immuno-Déficience Acquise; une terminologie en réalité bien obscure dont l'ex-plication n~cessited'aborder ce qui constitue aujourd'hui un chapitre ~norme et peu connu de la physiologie: l'immunologie. Cette nouvelle science n'a pris reel-lement son essort que depuis les années 1960 grâce aux progrès combinés de la biolo-gie cellulaire, de la biochimie et de la génétique.

Au niveau le plus simple, l'immunité peut se définir comme l'état d'un organisme capable de neutraliser des structures étrangères (le plus souvent microbiennes ou para-sitaires) qui peuvent y pénétrer, d'où la terminologie habituellement conflictuelle,

ralatant ces "batailles". Les c{'ilules impliquée~ dans cette

"défense" sont les lymphocytes déguisés pour les besoins de la causE' ('n "soldats"

luttant contre les "agresseurs étrangers". Ce langage de bande dessinée, trop souvent

utilisé, ne semble pas être le mieux adapté pour rendre compte de l'équilibre immu-nitaire naturel d'un organisme. A l'inverse, d'autres articles truffés de jargon scientifique (les lymphocytes cytotoxiques, les T4, les TB, etc .•. ), sous des dehors très professionnels n'améliorent guère la compréhensions des phénomènes. En réalité, les mécanismes immunitaires sont fort complexes et encore très imparfaite-ment compris à ce jour. Malgré cette difficulté, des hebdomadaires à grand tirage ont proposé des schémas explicatifs d'une simplicité et d'une clarté incomparable. Deux schémas très stylisés et légendés par quelques mots permettent au lecteur de compren-dre, d'une part, le fonctionnement normal des cellules de l'immunité aboutissant à la production d'anticorps et, d'autre part, comment le virus LAV peut venir pertu-ber cette production en détruisant ces cellules. Par rapport à toutes les informa-tions précédemment évoquées, ces schémas nous paraissent des ~xemplesà retenir pour la transmission d'un savoir complexe sous une forme simple.

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A partir de cette analyse succinte de quelques faits médico-scientifiques rela-tifs au SIDA et puisés dans la presse courante ou spécialisée, il semble qu'on puisse dégager deux tendances.

Des informations touchant au domaine de la santé, souvent très contradictoires, exagérément alarmistes ou au contraire faussement rassurantes, fréquemment entachées d'éléments passionnels. économiques, publicitaires, moralisateurs, voire politiques et qui sont de ce fait difficilement crédibles.

Au contraire, certaines informations traitant d'aspects de la biologie fonda-mentale semblent prouver qu'il est possible de communiquer au grand public des notions scientifiques simples, fiables et se situant à un niveau moderne. Il serait intéres-sant de vérifier comment Ces éléments de savoir ont été intégrés à différents niveaux culturels. BIBLIOGRAPHIE m'intéresse l'Evênement du Jeudi l'Express France-Soir Laborama Libération Le Matin Le Monde Newsweek Le Nouvel Observateur Le Point Pour la Science Le Quotidien du Médecin La Recherche

SIDA, Numéro Spécial Time

DIAPOSITIVES

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