MARIE-CHRISTINE HARVEY
APPARIEMENT DES TRAITS DE PERSONNALITE
SATISFACTION CONJUGALE ET DÉSUNION
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Mémoire présenté
à la Faculté des études supérieures de !’Université Laval
pour l’obtention
du grade de maître en psychologie (M.Ps.)
École de psychologie
FACULTÉ DES SCIENCES SOCIALES UNIVERSITÉ LAVAL
MAI 1999
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RÉSUMÉ
La présente étude vise à déterminer si les couples se composent d’individus dont les traits de personnalité sont similaires ou complémentaires et à observer la relation entre ces appariements et la satisfaction conjugale. De plus, elle différencie les appariements de traits de personnalité fonctionnels des appariements de traits
dysfonctionnels selon des critères théoriques et empiriques (Bégin, Sabourin, Lussier & Wright, 1997). Nous examinons aussi le lien entre ces appariements et la désunion. Un échantillon de 312 couples mariés ou cohabitant a complété l’Inventaire de personnalité NEO-FFI (Costa & McCrae, 1991) et l’Échelle d’ajustement dyadique (Spanier, 1976). Les résultats démontrent que les couples dont les traits de
personnalité sont similaires sont plus fréquents que ceux dont les traits sont
complémentaires. Les couples similaires ne diffèrent pas des couples complémentaires sur les dimensions de l’ajustement dyadique soit le consensus, l’expression affective, la satisfaction et la cohésion. Par contre, les couples similaires fondés sur des traits de personnalité fonctionnels ont un niveau d’ajustement dyadique plus élevé que les couples similaires basés sur des traits dysfonctionnels. Finalement, le type
d’appariement ne prédit pas la désunion.
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AVANT-PROPOS
Ce mémoire n’aurait pas été réalisé sans les bons conseils et les
encouragements de mon superviseur, Stéphane Sabourin. Je tiens à le remercier
chaleureusement d’avoir cru en moi pendant toute ma formation, de m’avoir permis de faire mes premières expériences cliniques à ses côtés et de m’avoir enseigné
d’importantes notions au niveau de la recherche et sur le plan clinique qui me suivront tout au long de ma vie professionnelle.
Un merci spécial à Mélanie Champoux qui a également contribué à mes premières armes cliniques en étant très disponible, patiente, encourageante et compréhensive.
Merci à Cristel Neveu avec qui j’ai partagé ces deux belles années dans l’entraide et la confidence. Merci d’avoir été là pour m’écouter et pour me supporter.
Je tiens particulièrement à souligner l’aide et le support de Geneviève Dupont, Annie Aimé, Catherine Bégin, Marlène Montminy, Anne-Marie Mongrain et Danielle Lefebvre. J’ai passé deux merveilleuses années dans ce labo queje n’oublierai pas. Merci également à tous ceux qui m’ont donné de judicieux conseils au niveau des statistiques, votre aide m’a été très précieuse.
Je tiens aussi à remercier les membres de mon équipe de stage (Marie-Claude Joly, Nathalie Poulin et Cristel Neveu) avec qui j’ai eu la joie de vivre mes premières expériences cliniques et qui m’ont supportée pendant toute l’année. Nous avons parfois vécu des situations difficiles et confrontantes mais ensemble nous avons réussi à les surmonter.
Je dédie ce mémoire à mon père qui m’a toujours encouragée et aidée dans mes nombreux projets, qui m’a appris à persévérer pour atteindre mes buts et qui m’a donné le plus bel héritage qui est l’éducation. Je remercie aussi ma mère qui, la première, m’a transmis la valeur d’aider son prochain et qui est toujours là pour moi. J’offre une pensée toute spéciale pour ma sœur Caroline que j’adore et qui a su me faire rire lorsque j’étais surchargée de travail. Merci à Suzanne et Didi qui m’ont toujours encouragée et remonter le moral dans les moments les plus difficiles.
Je tiens à remercier tous mes amis qui ont su faire preuve de compréhension dans les moments où j’avais peu de temps à leur consacrer et qui m’ont offert leur support tout au long de mes études. Un merci particulier à Joe qui me donne constamment courage et force pour continuer à vivre pleinement et qui sait tant me comprendre.
Merci à tous les couples qui ont participé à cette étude, votre contribution a été essentielle à la réalisation de ce mémoire. Merci au Fonds pour la Formation de Chercheurs et l’Aide à la Recherche (FCAR) de m’avoir soutenue durant ma maîtrise.
Finalement, je remercie toutes les personnes qui m’ont encouragée avec leur amour, avec leur amitié ou tout simplement avec leur sourire.
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V
TABLE DES MATIÈRES
Résumé... ii
Avant-propos... iii
Table des matières... v
Liste des figures... vi
Liste des tableaux...vii
Introduction générale... viii
Article: Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion. Cadre théorique... 10 Méthode...21 Résultats.... ... 24 Discussion... 34 Références... 40 Figures... 49 Tableaux...51
... 56
Conclusion généraleLISTE DES FIGURES
Fréquence des couples selon l’échelle continue de similitude-.49 complémentarité
Fréquence des couples similaires selon leur degré de
fonctionnalité... 50 Figure 1
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LISTE DES TABLEAUX
Description des 5 traits de personnalité de l’Inventaire de personnalité NEO-FFI...51
Satisfaction des couples similaires et des couples complé- mentaires... 52
Satisfaction conjugale des femmes et des hommes prove- nant de couples similaires et de couples complémentaires
... 53
Satisfaction des couples similaires fonctionnels et des couples similaires dysfonctionnels... 54
Satisfaction conjugale des femmes et des hommes prove- nant de couples similaires fonctionnels et de couples
similaires dysfonctionnels... 55 Tableau 1 Tableau 2 Tableau 3 Tableau 4 Tableau 5
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
La recherche sur le mariage a débuté en 1890 avec l’étude de Pearson sur la comparaison des caractéristiques anthropométriques des conjoints (Tharp, 1963 ). Depuis, la satisfaction conjugale a été examinée par de nombreux chercheurs en psychologie (O’Leary & Smith, 1991). Cet intérêt croissant s’explique par le fait que le taux de désunion a augmenté considérablement et que le succès d’un mariage est un aspect important des relations interpersonnelles (Richard, Wakefield & Lewak, 1990). De plus, des études ont démontré que la détresse conjugale et la désunion ont des répercussions majeures sur la santé physique (Margolin & Gayla, 1992) et mentale des personnes impliquées.
Par conséquent, les facteurs pouvant influencer la qualité d’une relation intime a été l’objet de plusieurs recherches. Cependant, elles ont davantage porté sur des variables démographiques telles que l’âge, le niveau d’éducation, la religion ou l’histoire du divorce d’un des conjoints (Nye, 1988). Il y a donc peu d’études qui ont observé le lien entre les traits de personnalité et l’ajustement dyadique ainsi que la stabilité conjugale (Kosek, 1996). Les résultats de ces dernières recherches ont fait ressortir que les caractéristiques de la personnalité sont de meilleurs facteurs prévisionnels de la satisfaction conjugale et de la désunion que les variables démographiques (Bentier & Newcomb, 1978).
Depuis environ quarante ans, des auteurs se sont penchés non seulement sur l’association entre la personnalité et la qualité d’une union mais également sur l’effet
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la stabilité conjugale. Ainsi, deux courants s’affrontent: les tenants de la théorie de la similarité (Buss, 1984; Carter & Glick, 1976, cité dans Eysenck & Wakefield, 1981; Hill, Rubin & Peplau, 1976, cité dans Aube & Koestner, 1995; Tharp, 1963) et les tenants de la théorie de la complémentarité (Winch, Ktsanes & Ktsanes, 1954 ; Winch,
1952, 1958). En effet, les tenants de la théorie de la similarité s’opposent aux tenants de la théorie de la complémentarité quand vient le temps de déterminer quels sont les appariements les plus fréquents et quels sont les appariements les plus fonctionnels.
Le premier objectif de la présente étude est donc de déterminer si les couples se composent plus fréquemment d’individus dont les traits de personnalité sont
similaires ou complémentaires. Le deuxième objectif est d’observer le lien entre divers appariements et le niveau de satisfaction conjugale ainsi qu’entre ces appariements et la dissolution d’union.
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion % Q
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion
Depuis les dernières décennies, les chercheurs en psychologie accordent une grande importance à l’étude du couple (O’Leary & Smith, 1991). Cet intérêt croissant peut s’expliquer par !’augmentation considérable du taux de désunion et par le fait que la relation de couple constitue une relation interpersonnelle importante et recherchée par la plupart des individus. De plus, des études ont démontré que la détresse
conjugale et la désunion ont des répercussions majeures sur la santé physique (Margolin & Gayla, 1992) et mentale des personnes impliquées telles que la dépression (Beach, Bandeen & O’Leary, 1990; Gotlib & Beach, 1995), l’anxiété (Craske & Zoellner, 1995; Kleiner & Marshall, 1985) et l’alcoolisme (O’Farrell, 1995; Steinglass, Bennet, Wolin & Reiss, 1987).
Plusieurs chercheurs ont tenté de découvrir les facteurs qui influencent la qualité et la stabilité d’une relation conjugale. En réalisant une revue des 50 dernières années de recherche sur le mariage, Nye (1988) a constaté que !’attention des
chercheurs a surtout porté sur les variables démographiques. H semble que peu d’auteurs aient mesuré la relation entre les caractéristiques de la personnalité et la satisfaction conjugale ainsi que la stabilité conjugale (Kosek, 1996). Toutefois, les recherches sur ce thème font ressortir la présence d’une association entre la
personnalité des conjoints et la qualité du mariage (Russel & Wells, 1994). En effet, des études ont démontré que les variables de la personnalité sont de meilleurs facteurs prévisionnels de l’ajustement conjugal et de la dissolution d’union que les variables
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion j J
démographiques telles que l’âge, le niveau d’éducation ou l’histoire du divorce d’un des conjoints (Sentier & Newcomb, 1978). De même, Eysenck et Wakefield (1981) ont observé que les traits de personnalité expliquent 20% de la variance de la satisfaction conjugale. Snyder et Regts (1990) ont corrélé les échelles du Minnesota Multiphasic Personality Inventory (MMPI) (Hathaway & McKinley, 1989) avec le Marital Satisfaction Inventory (MSI) et ont trouvé un coefficient de corrélation multiple de .60 indiquant que 36% de la variance de la détresse conjugale est déterminée par différentes dimensions de la personnalité. Bouchard, Lussier et Sabourin (sous presse) ont également démontré que les facteurs de la personnalité mesurés par le NEO-FFI (Costa & McCrae, 1989) sont des facteurs associés à l’ajustement marital. Parmi ces facteurs, le névrotisme semble être le facteur prévisionnel le plus puissant, surtout chez les femmes (16% de la variance de leur satisfaction conjugale). Le névrotisme se caractérise par une instabilité émotionnelle et une difficulté à s’adapter aux situations stressantes. Toutefois, en contrôlant le
névrotisme, les résultats laissent entrevoir que d’autres traits (ouverture, amabilité et propension à être consciencieux) s’avèrent être des précurseurs significatifs de la satisfaction conjugale chez les hommes, mais pas chez les femmes. D’autres
chercheurs observent également l’importance du névrotisme sur l’ajustement dyadique et la stabilité maritale (Cramer, 1993; Kelly & Conley, 1987). Ces recherches
démontrent donc que les variables de la personnalité représentent de bons facteurs prévisionnels de la satisfaction conjugale et de la dissolution d’union.
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion ] 2
Bien que les résultats des études effectuées font ressortir la contribution linéaire des traits de personnalité de chacun des conjoints dans Γexplication de la qualité et l’issue des relations, d’autres auteurs se sont aussi centrés sur l’appariement des traits de personnalité. Depuis environ 40 ans, deux débats existent concernant les concepts de similarité et de complémentarité dans la sélection du partenaire: (1) quels sont les appariements les plus fréquents et (2) quels sont les appariements les plus satisfaisants et fonctionnels. Plusieurs chercheurs ont tenté d’y répondre, mais jusqu’à présent, les résultats ne sont pas très concluants (Lester, Haig & Monello, 1989).
Le premier débat oppose les tenants de la théorie de la similarité aux tenants de la théorie de la complémentarité sur la sélection du partenaire amoureux. Les
théoriciens de la similarité affirment que les individus s’apparient plus fréquemment sur la base de la similarité de variables socio-démographiques et psychologiques (Buss, 1984; Buss, 1985, cité dans Botwin, Buss & Shackelford, 1997; Carter & Glich, 1976, cité dans Eysenck & Wakefield, 1981; Hill, Rubin & Peplau, 1976, cité dans Aube & Koestner, 1995; Tharp, 1963) alors que les théoriciens de la
complémentarité soutiennent que les individus s’apparient plus fréquemment sur la base de la complémentarité de leurs besoins (Winch, Ktsanes & Ktsanes, 1954; Winch,
1952,1958).
Plus spécifiquement, les tenants de la théorie de la similarité affirment que l’individu a tendance à choisir un partenaire qui possède des caractéristiques similaires aux siennes pour ainsi se créer un environnement interpersonnel qui renforce ses caractéristiques personnelles et contribue à la stabilité de sa personnalité (Buss, 1984).
Plusieurs études supportent cette théorie en démontrant que les couples tendent à se jumeler en fonction de l’âge, l’ethnie, la religion, la grandeur, le poids, le statut socio-
économique, les valeurs et l’orientation politique (Botwin, Buss & Shackelford, 1997). De plus, les conjoints semblent être similaires sur une variété de variables psychologiques telles que la personnalité (Botwin, Buss & Shackelford, 1997; Mehrabian, 1989), !’intelligence (Eysenck, 1979, cité dans Eysenck & Wakefield, ^
1981), la psychopathologie (Yom, Bradley, Wakefield, Kraft, Doughtie & Cox, 1975), le tempérament (Blum & Mehrabian, 1999), les attitudes (Eysenck & Eysenck, 1976), les affects (Buss & Bames, 1986), le névrotisme et le psychotisme (Eysenck &
Wakefield, 1981).
Pour leur part, les théoriciens de la complémentarité (Winch, Ktsanes & Ktsanes, 1954; Winch, 1952, 1958) prétendent que l’individu va choisir le partenaire qui a la plus grande probabilité de satisfaire ses besoins parmi les alternatives qui s’offrent à lui. C’est pourquoi le pattern de besoins d’un conjoint va être
complémentaire et non similaire à celui de son partenaire. La logique de ce
raisonnement se fonde sur le fait que le comportement complémentaire d’un individu sera une plus grande source de gratification pour son partenaire que celui d’une autre personne qui est psychologiquement similaire. Par exemple, si un individu est
dominant, il devrait être davantage attiré par un partenaire qui est soumis que par un autre qui est lui aussi dominant.
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion ] 3
Winch (1952) décrit deux types de besoins complémentaires. Le type I
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion J 4
caractéristique de la personnalité alors que l’autre a une faible cote sur la même caractéristique (degré différent). Par exemple, si une personne a un grand besoin d’attirer !’attention des autres, son partenaire posséderait un faible besoin d’attention. Le type II se reflète dans une relation dans laquelle les deux partenaires ont une cote élevée sur des caractéristiques complémentaires telles que la dominance et la
soumission (caractéristique différente). La théorie de la complémentarité est fortement critiquée et possède peu de support empirique (Murstein, 1976, cité dans Epstein & Guttman, 1984).
Cependant, l’expérience clinique auprès des couples appuie la théorie de la complémentarité. En effet, plusieurs groupes de cliniciens expérimentés ont
systématiquement observé la présence d’appariements complémentaires de conjoints sur le plan de la personnalité tels que bordeline-narcissique, hystérique-obsessionnel et sadique-masochiste (Barnett, 1971; Finell, 1992; Kaslow, 1996). Ainsi, chez les couples composés d’une personne narcissique et d’une personne borderline, le conjoint narcissique se définit par un sens grandiose de sa propre importance, une tendance à être dominateur et un besoin excessif d’être admiré. Quant au conjoint borderline, il est instable au niveau de ses relations interpersonnelles, de son image de soi et de ses affects. Il a besoin des autres, a peur des abandons et éprouve des
sentiments chroniques de vide (DSM IV, 1994; Finell, 1992). La personne qui possède des traits borderline idéalise donc la personne narcissique car elle a une faible estime personnelle alors que la personne narcissique aime l’admiration que lui porte la personne borderline. Un autre exemple de couple dont les besoins complémentaires
sont satisfaits est le couple obsessionnel-hystérique. La personne hystérique est la plus expressive. Elle se montre pleine d’entrain, émotive, empathique et spontanée. La personne obsessionnelle, au contraire, est la plus organisée. Elle est plus renfermée, intellectuelle, logique et orientée vers des buts précis. Ainsi, l’hystérique voit en l’obsessionnel quelqu’un de profond, silencieux, organisé et plein de succès alors que l’obsessionnel voit en l’hystérique une personne chaleureuse, aimante, amusante et pleine de vie (Barnett, 1971). Finalement, un couple sadomasochiste peut être un autre exemple d’appariement complémentaire. La personne masochiste est excitée
sexuellement lorsqu’elle vit des situations dans lesquelles elle est humiliée, battue, attachée ou livrée à la souffrance alors que la personne sadique éprouve un plaisir sexuel en voyant la souffrance psychologique et physique de son partenaire (Davison & Neale, 1996; DSM IV, 1994).
Les résultats des recherches alimentant le débat entre les tenants de la similarité et les tenants de la complémentarité sur la sélection des partenaires sont ambigus car la plupart des études montrent que les couples se jumellent plus fréquemment en fonction de la similarité des traits alors que les cliniciens observent plus souvent des couples complémentaires. Étant donné cette contradiction entre les recherches et l’expérience clinique, la présente étude tentera de vérifier si les partenaires amoureux s’apparient plus fréquemment sur la base de la similitude comme le démontrent les études ou sur la base de la complémentarité comme l’ont observé des cliniciens.
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion ] 5
Au-delà de la fréquence des appariements d’individus dont les traits de personnalité sont similaires et de ceux dont les traits sont complémentaires, il importe
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion \ 6
de déterminer quel type d’appariement est le plus fonctionnel et le plus satisfaisant au sein d’un couple. E s’agit du deuxième débat. Ainsi, plusieurs chercheurs ont étudié le lien entre la similarité ou la complémentarité des traits de personnalité dans un couple et l’ajustement dyadique. Plusieurs recherches font ressortir que les partenaires similaires sur le plan de la personnalité sont plus satisfaits que ceux qui sont dissemblables (Allen & Thompson, 1984; Aube & Koestner, 1995; Bauer, 1980; Bender & Newcomb, 1978; Eysenck & Wakefield, 1981; Kim, Martin & Martin, 1989; Lester, Haig & Monello, 1989; Mehrabian, 1989; Richard, Wakefield & Lewak, 1990). Concernant la théorie de la complémentarité, les études ont été incapables de démontrer que la satisfaction conjugale est influencée par la complémentarité des besoins (Richard, Wakefield & Lewak,1990). L’expérience clinique révèle aussi que certains couples (ex: bordeline-narcissique, obsessionnel-hystérique, sadique- masochiste) dont les besoins complémentaires sont satisfaits vivent une détresse conjugale élevée (Kaslow, 1996).
Cependant, des couples affichant une similitude des traits de personnalité peuvent vivre également un fort degré de détresse conjugale. En effet, certains traits de personnalité sont systématiquement liés à !’insatisfaction maritale. Le névrotisme constitue le trait le plus fréquemment corrélé négativement à l’ajustement dyadique (Eysenck et Wakefield, 1981; Kelly & Conley, 1987; Kosek, 1996; Kurdek, 1997; Lester, Haig & Monello, 1989; Russe) & Wells, 1994; Snyder & Regts, 1990) et
s’avère en être le précurseur personologique le plus puissant. Les personnes possédant une cote élevée sur ce trait manifestent beaucoup d’instabilité émotionnelle, de colère,
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion ] 7
d’insécurité et d’affectivité négative. Ainsi, dans un couple composé de deux
personnes affichant des degrés élevés de névrotisme, les conjoints auraient davantage tendance à vivre des émotions contrariantes, à posséder des attentes irréalistes, à se critiquer mutuellement et à se créer des problèmes. D ne serait donc pas surprenant qu’ils soient insatisfaits de leur relation malgré leur similarité. De plus, d’autres chercheurs ont constaté que le psychotisme est relié négativement à la satisfaction conjugale (Eysenck & Wakefield, 1981; Russel & Wells, 1994). Selon Eysenck et Wakefield (1981), les individus ayant une cote élevée de psychotisme sont froids, hostiles, peu émotifs et peu enclins à aider autrui. Par conséquent, chez un couple composé de deux personnes partageant ce même trait, on remarque chez les conjoints une tendance à s’isoler, à faire peu de compromis, à posséder des difficultés à
communiquer et à résoudre les conflits de façon inefficace. H est donc plausible que leur degré de satisfaction conjugale soit faible.
Par ailleurs, d’autres traits (ex: sociabilité, heu de contrôle interne, empathie, expression des émotions, prédisposition envers le plaisir, optimisme, etc.) sont corrélés positivement à la satisfaction conjugale (Buss, 1991; King, 1993; Long & Andrews,
1990; Miller, Lefcourt, Holmes, Ware & Saleh, 1986; Russel & Wells, 1994; Smolen & Spiegel, 1987). Par exemple, dans un couple formé de deux partenaires
empathiques, chaque conjoint a plus tendance à comprendre ce que l’autre ressent, à accepter ce qu’il vit, à mieux communiquer et à résoudre les conflits de façon plus efficace. Il est donc probable qu’ils possèdent un degré de satisfaction conjugale élevé.
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion ! g
Cela remet donc en question l’existence d’une relation positive simple entre la similarité des conjoints et la satisfaction conjugale. En effet, il est probable qu’un appariement similaire de certains traits (sociabilité, empathie, expression des émotions, etc.) soit lié positivement à la satisfaction maritale alors qu’un appariement similaire sur d’autres traits (névrotisme, psychotisme, etc.) soit plutôt lié négativement à la satisfaction conjugale. Ainsi, selon le type de trait de personnalité, la similitude des traits chez un couple serait liée positivement ou négativement à l’ajustement dyadique, et par conséquent, il y aurait des appariements de traits similaires fonctionnels et d’autres dysfonctionnels.
Malgré l’inexistence de support empirique, il est également possible que des couples possédant des traits complémentaires aient un degré de satisfaction élevé. Par exemple, une personne ayant une cote élevée de névrotisme jumelée avec un conjoint plutôt calme pourrait ressentir une certaine satisfaction dans son couple. En effet, elle pourrait stimuler son partenaire pendant que celui-ci le sécuriserait. Ainsi, selon le type de trait, la complémentarité des traits chez un couple serait également üée
positivement ou négativement à !’ajustement dyadique et par conséquent, il y aurait des appariements de traits complémentaires fonctionnels et d’autres dysfonctionnels.
Nous pouvons aussi nous demander si ces appariements de traits de personnalité ont un effet sur la désunion. En effet, de nombreuses recherches ont indiqué que certaines variables démographiques et personologiques augmentent l’instabilité conjugale (Kurdek, 1991; Raschke, 1987; voir Kamey & Bradbury, 1995 pour une recension des études; Kitson & Raschke, 1981 et White, 1990). Entre autres,
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion \ g
des chercheurs ont démontré que les variables de la personnalité prédisent la stabilité et la qualité d’un mariage (Bentier & Newcomb, 1978; Kelly & Conley, 1987). Plus précisément, le névrotisme est le trait de personnalité le plus souvent identifié comme source d’instabilité (Kelly & Conley, 1987; voir Kamey & Bradbury, 1995 pour une recension des études). Cramer (1993) ajoute que !’extraversión représente un trait de personnalité fréquemment rencontré chez les personnes qui mettent fin à leur union, surtout chez les femmes. Nous pouvons donc supposer qu’un couple composé de conjoints possédant des traits similaires sur le névrotisme ou sur !’extraversión vivra une grande instabilité conjugale. Par contre, plusieurs chercheurs ont observé que la similarité des traits de personnalité prédit une plus grande stabilité conjugale (Bentler
& Newcomb, 1978; Kurdek, 1991; voir Kamey & Bradbury, 1995 pour une recension
des études). Toutefois, la plupart de ces recherches ne tiennent pas compte du type de trait de personnalité endossé. Ainsi, il est probable que selon le degré de fonctionnalité des traits, un appariement similaire ou complémentaire sera lié positivement ou
négativement à la désunion.
La présente étude poursuit deux buts principaux. Tout d’abord, déterminer si les couples se composent d’individus dont les traits de personnalité sont similaires ou complémentaires et observer la fréquence de ces appariements. Il est à noter que cette étude permet de vérifier l’hypothèse de la complémentarité des besoins du type I décrite par Winch (1952). En effet, les échelles de traits de l’Inventaire de personnalité NEO-FFI sont bipolaires (ex: névrotisme: une cote élevée signifie une personne très névrotique, une cote faible signifie une personne peu névrotique). Cette bipolarité
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 20
permet d’avoir une relation dans laquelle les conjoints peuvent avoir des cotes opposées sur un même trait de personnalité. Par conséquent, la complémentarité du type I pourra être inférée. Le deuxième but est d’observer la relation entre divers appariements et le degré de satisfaction conjugale ainsi qu’entre ces appariements et la désunion. De ce deuxième but, trois hypothèses peuvent être formulées. (1) Selon le type de traits de personnalité, un appariement semblable de traits sera lié positivement ou négativement à la satisfaction conjugale. Ainsi, un appariement fondé sur la
similitude de traits fonctionnels devrait avoir un effet positif sur le degré de
satisfaction conjugale et un appariement basé sur la similarité de traits dysfonctionnels devrait avoir un impact négatif sur la satisfaction conjugale. (2) Selon le type de traits de personnalité, un appariement fondé sur des traits complémentaires et fonctionnels sera hé positivement à la satisfaction conjugale et un appariement fondé sur des traits complémentaires et dysfonctionnels sera hé négativement à la satisfaction maritale. (3) Selon le degré de fonctionnalité des traits, un appariement similaire ou complémentaire aura un effet positif ou négatif sur la désunion. Ainsi, les couples dont la similarité se base sur des traits de personnalité fonctionnels auront un taux de désunion inférieur à celui des couples dont la similarité s’appuie sur des traits dysfonctionnels. De même, les couples dont la complémentarité se fonde sur des traits de personnalité fonctionnels obtiendront un taux de désunion inférieur à celui des couples dont la complémentarité se base sur des traits dysfonctionnels. L’originalité de notre étude repose sur l’apport d’une vision plus nuancée du lien entre l’appariement similaire ou complémentaire des traits de personnalité et la satisfaction conjugale ainsi qu’entre ces appariements et la
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 21
désunion en ajoutant le degré de fonctionnalité des traits. En effet, ce lien pourra être positif ou négatif selon le type de traits de personnalité endossé.
Méthode Participants
L’échantillon se compose de 312 couples francophones hétérosexuels
provenant de la région de Québec. Ils vivent en cohabitation depuis en moyenne 7.46 ans (ÉJL=8.34) et ont en moyenne un enfant (M=0.9, É.T.=1.21) issu de leur relation actuelle. De plus, environ un homme sur trois indique avoir eu un enfant d’une relation précédente (M=0.32, É.T,=0.78) alors qu’une femme sur quatre le mentionne
(M-0.26, É.T.=0.75). La moyenne d’âge des hommes est de 35.67 ans (É.T.=10.24) et celle des femmes est de 33.18 ans (E T.=9.66). Le niveau moyen d’éducation des hommes et des femmes est semblable (M=15.58. É,T.=3.57; M=15.22, É.T =3.09). Le revenu moyen des hommes est de 33 824$ (É.T=22 373) et celui des femmes est de
19 550$ fÉ.T.=15 539).
Procédure
Les participants ont été recrutés en 1993 et en 1994 par le biais de différents médias d’information (journaux, radio, télévision, affiches, etc.) pour participer à une recherche sur l’adaptation conjugale. Les couples intéressés devaient se présenter à !’Université Laval pour une première entrevue d’environ 90 minutes. Pendant cette rencontre, ils complétaient individuellement un formulaire de consentement, un questionnaire de renseignements socio-démographiques et une batterie de
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 22
questionnaires incluant l’Échelle d’ajustement dyadique et l’Inventaire de personnalité NEO-FFI. Ensuite, ils discutaient d’un sujet de désaccord pendant 15 minutes en étant filmé sur vidéo Un dédommagement financier de 2$ leur était donné pour les frais de stationnement Pour les remercier de leur participation, chaque conjoint recevait un résumé écrit de ses résultats. Une deuxième entrevue gratuite d’une heure 15 minutes avec une psychologue leur était offerte pour discuter de leurs résultats ou pour aborder une question qui les préoccupait. Trois ans plus tard, nous avons tenté de recontacter tous les couples pour les inviter à reparticiper à l’étude et pour savoir s’ils étaient toujours en union avec le même partenaire Des 312 couples initiaux,
seulement 180 ont répondu à nouveau aux questionnaires. Plusieurs raisons expliquent cette perte de sujets En effet, certains couples ont refusé de participer une seconde fois à l’étude, d’autres n’ont pas été rejoints en raison d’un changement d’adresse et quelques conjoints sont décédés entre les deux temps de mesure. Les sujets perdus sont répartis uniformément entre les différents types d’appariement
Instruments de mesure
L’inventaire de personnalité NEO-FFI (Costa & McCrae, 1991) est une version abrégée du NEO-PI, forme S. Ce questionnaire possède 60 énoncés évalués à l’aide d’une échelle en 5 points (total désaccord, désaccord, impartial, accord, total accord) L’instrument mesure cinq dimensions de la personnalité névrotisme,
extraversión, ouverture, amabilité et propension à être consciencieux Les échelles des cinq traits sont divisées en trois niveaux d’intensité (faible, moyen, élevé) selon la cote du sujet La description de ces traits de personnalité est présenté au tableau 1 La
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 23
version anglaise détient une bonne fidélité (coefficients alpha de .74 à .89). La version française a été mise au point par Sabourin et Lussier en 1992 à l’aide d’une méthode de type comité (Brislin, Lonner & Thorndike, 1973) et les coefficients de fidélité se situent entre .67 et .78.
Insérer le tableau 1 ici
L’Échelle d’ajustement dyadique (Spanier, 1976, traduit par Baillargeon, Dubois et Marineau, 1986) est un questionnaire qui permet d’évaluer la perception des partenaires face à leur vie de couple et face à leurs comportements adaptatifs. B possède 32 items regroupés en quatre facteurs: le consensus, l’expression affective, la satisfaction et la cohésion. Le consensus évalue le degré d’entente des partenaires concernant différents sujets (budget, religion, loisirs, sexualité, etc ). L’expression affective mesure le degré de satisfaction des échanges affectifs et sexuels. La satisfaction détermine la perception de l’état actuel de la relation et le niveau d’engagement à la maintenir. Finalement, la cohésion évalue la quantité et la qualité des activités que le couple font ensemble. La plupart des items sont mesurés à l’aide d’échelles de type Likert variant entre 5 et 7 points excepté deux items qui sont évalués par une dichotomie oui-non. La somme de tous ces items se traduit par une cote globale d’adaptation conjugale située entre 0 et 151. Plus cette cote est élevée, plus les conjoints sont satisfaits de leur relation conjugale actuelle. Pour départager les partenaires qui vivent une détresse conjugale élevée de ceux qui vivent une détresse conjugale faible, nous utilisons le point de rupture 100. La fidélité de cet instrument
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 24
(coefficients alpha de .91 à .96) ainsi que la validité convergente et discriminante des versions anglaise (Filsinger & Wilson, 1983; Spanier, 1976; Spanier & Thompson,
1982) et française (Baillargeon et al., 1986; Sabourin, Lussier, Laplante & Wright, 1990) ont été démontrées dans plusieurs recherches.
Afin d’exprimer le degré de satisfaction de chaque couple, des scores thêtas ont été produits à partir des cotes que les partenaires ont obtenues à l’Échelle d’ajustement dyadique. Habituellement, pour représenter le degré de détresse conjugale éprouvé par un couple, les scores de l’homme et de la femme sont additionnés ou sont regroupés sous une moyenne. Toutefois, ces méthodes ont été critiquées par plusieurs chercheurs (Baucom, 1983; Hambleton, Swaminathan & Rogers, 1991; Lord, 1980). C’est pourquoi la présente étude utilise une procédure issue de la théorie des réponses aux items (Hambleton, Swaminathan & Rogers, 1991; Lord, 1980) qui permet d’obtenir un score plus représentatif, nommé thêta. Au heu de calculer le score du couple en examinant les réponses de chaque partenaire comme étant deux unités d’analyse indépendantes, les scores thêtas considèrent les réponses dans leur ensemble en tenant compte des différences possibles dans les cotes des deux membres d’un couple. Toutefois, le logiciel utilisé (Multilog; Thissen, 1991) pour la création des scores thêtas ne peut pas prendre plus de 50 items à la fois. Étant donné que la cote de satisfaction du couple est produite à partir de 64 items (32 items pour chaque partenaire), des scores thêtas ont été créés pour chacune des sous-échelles de l’ajustement dyadique (consensus, expression affective, satisfaction et cohésion). La
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 25
moyenne des scores thêtas est 0 et 99% d’entre eux varient entre -3 (satisfaction conjugale faible) et 3 (satisfaction conjugale élevée).
Résultats
Les résultats seront divisés en quatre grandes parties. Premièrement, des analyses permettront de comparer les couples dont les traits de personnalité sont similaires aux couples dont les traits sont complémentaires (but 1). Deuxièmement, les couples similaires seront répartis en deux catégories: les couples similaires sur des traits de personnalité fonctionnels ainsi que les couples similaires sur des traits de personnalité dysfonctionnels. Cette classification nous permettra de vérifier la relation entre ces appariements et la satisfaction conjugale (hypothèse 1). Troisièmement, les couples complémentaires seront divisés selon leur degré de fonctionnalité pour former deux groupes: les couples complémentaires basés sur des traits de personnalité
fonctionnels ainsi que les couples complémentaires basés sur des traits de personnalité dysfonctionnels. Ensuite, la relation entre ces appariements et l’ajustement dyadique sera étudiée (hypothèse 2). Finalement, nous examinerons si les divers types
d’appariements de traits de personnalité d’un couple sont des variables significatives dans la prédiction de la désunion (hypothèse 3).
Distribution des couples similaires et des couples complémentaires
Une première classification des 312 couples a été effectuée pour discriminer ceux dont les traits de personnalité sont similaires de ceux dont les traits sont complémentaires. Tout d’abord, les trois niveaux d’intensité d’un trait ont été
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 26
représentés par un chiffre (élevé=l, moyen=2 et faible=3). Ensuite, la différence absolue entre le score de la femme (1, 2 ou 3) et celui de l’homme a été calculée pour chacun des traits de personnalité. L’addition de ces cinq différences donne une cote entre 0 et 10, 0 étant la similarité parfaite des cinq traits et 10 la complémentarité parfaite des cinq traits. La figure 1 illustre la fréquence des couples selon l’échelle continue de similitude-complémentarité des traits de personnalité. Elle démontre que sur cette variable les couples se distribuent selon une courbe normale. En effet, peu de couples se situent aux extrémités, c’est-à-dire que peu de couples ont une similarité parfaite et aucun couple a une complémentarité parfaite sur les cinq traits de
personnalité. La majorité ont quelques traits similaires et quelques traits
complémentaires. Ensuite, tous les couples ayant une cote entre 0 et 3 ont été réunis pour former la catégorie des couples similaires (n=l 13 couples) car ils possédaient entre deux et cinq traits de personnalité similaires alors que ceux qui avaient une cote entre 7 et 10 ont été rassemblés dans la catégorie des couples complémentaires (n=21 couples) car ils avaient entre deux et cinq traits complémentaires. Les couples qui avaient un score entre 4 et 6 ont été éliminés (n=178 couples), car ils possédaient des traits qui n’étaient ni très similaires ni très complémentaires alors que l’objet de notre étude est de comparer les couples similaires aux couples complémentaires. Le test du chi-carré nous montre qu’il y a un plus grand nombre d’appariements d’individus dont les traits de personnalité sont similaires que complémentaires (X2(l, N = 134) = 63.16,
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 27
Insérer la figure 1 ici
Relation entre les appariements et rajustement dyadique
Nous avons utilisé deux types de variables pour examiner la relation entre la satisfaction conjugale et le type d’appariement. En effet, les données obtenues à l’Inventaire de personnalité NEO-FFI peuvent être définies de deux façons: (1) variable catégorielle de type dichotomique (couple similaire ou couple
complémentaire) et (2) variable dimensionnelle continue (échelle continue similitude- complémentarité (0 à 10)). Afin de considérer les différences entre ces deux méthodes de calcul de la similitude et de la complémentarité, nous effectuons deux séries
parallèles d’analyses: des analyses tenant compte du caractère catégoriel de la première méthode (analyses de variance multivariées) sur 134 couples (113 couples similaires et 21 couples complémentaires) et des analyses tenant compte du caractère dimensionnel de la deuxième méthode (analyses corrélationnelles) sur les 312 couples.
Une analyse de variance multivariée a été réalisée afin de vérifier s’il existe une différence significative entre les couples similaires et les couples complémentaires sur le plan de la satisfaction conjugale. La variable indépendante est donc le type
d’appariement (couple similaire ou couple complémentaire) et les quatre variables dépendantes sont les dimensions de l’ajustement dyadique (consensus, expression affective, satisfaction et cohésion). Étant donné que les quatre dimensions de
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 28
de type I en divisant le niveau de signification alpha par quatre (.05/4=.0125) pour éviter de trouver un effet significatif provoqué par le lien qui unit les quatre
dimensions. Ainsi, le niveau de signification utilisé est 0.01. Les tests multivariés montrent un effet non significatif de la variable type d’appariement. Le F approximatif calculé à partir du test de Wilk est F(4,128) = 1.38, ns. L’ajustement dyadique des couples similaires ne diffèrent donc pas de celui des couples complémentaires. Le tableau 2 présente les moyennes des scores thêtas des quatre dimensions de la satisfaction conjugale obtenues par les couples similaires et les couples
complémentaires.
Insérer le tableau 2 ici
À titre exploratoire, nous avons effectué certaines analyses au cours de notre étude sur la satisfaction conjugale des femmes et des hommes pris séparément pour vérifier s’il existe une différence entre les genres. Ainsi, une analyse de variance multivariée a été réalisée pour observer l’effet du type d’appariement sur la
satisfaction conjugale des femmes et celle des hommes. Les tests multivariés montrent un effet non significatif de la variable type d’appariement. Le F approximatif calculé à partir du test de Wilk est F(2,130) = 3.57, ns. Par conséquent, la satisfaction des femmes ne diffèrent pas selon qu’elles proviennent d’un couple similaire ou d’un couple complémentaire. Les résultats vont dans le même sens pour les hommes. Le tableau 3 présente les moyennes de la satisfaction conjugale des femmes et des hommes provenant de couples similaires et de couples complémentaires.
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 29
Insérer le tableau 3 ici
Afin d’observer la relation entre la satisfaction conjugale et le type
d’appariement à partir d’une conception dimensionnelle de la similitude, nous avons fait des analyses corrélationnelles. Les résultats révèlent que plus un couple possède des traits de personnalité complémentaires, plus il a un degré de satisfaction faible sur la dimension du consensus seulement (r = -.18, p <01). Inversement, plus un couple possède des traits de personnalité similaires, plus son degré de satisfaction sur la dimension du consensus est élevé. H existe donc un lien statistiquement significatif mais faible entre la satisfaction des couples sur la dimension du consensus et l’échelle continue similitude-complémentarité des traits de personnalité. Les corrélations des dimensions expression affective (r = -.06, ns), satisfaction (r = -.13, ns) et cohésion (r = -.11, ns) ne sont pas significatives.
Distribution des couples similaires selon leur degré de fonctionnalité
Une deuxième classification fut effectuée au sein des 113 couples similaires pour discriminer ceux qui possèdent des traits de personnalité similaires et fonctionnels de ceux qui possèdent des traits similaires et dysfonctionnels. La différenciation entre les appariements de traits de personnalité fonctionnels des appariements de traits dysfonctionnels a été effectuée selon des critères théoriques et empiriques. En effet, selon Bégin, Sabourin, Lussier et Wright (1997), les conjoints dysfonctionnels obtiennent un degré plus élevé de névrotisme et un degré plus faible d’extraversion,
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 3 0
d’ouverture, d’amabilité et de tendance à être consciencieux que les couples
fonctionnels. Par conséquent, un appariement parfait de traits similaires et fonctionnels est constitué de deux individus peu névrotiques, extravertis, ouverts, aimables et consciencieux alors qu’un appariement parfait de traits similaires et dysfonctionnels est formé de deux personnes névrotiques, introverties, peu ouvertes, peu aimables et peu consciencieuses. Ainsi, pour chaque appariement de traits similaires et fonctionnels, une cote de 1 a été attribuée au couple et une cote de -1 a été donnée pour chaque appariement de traits similaires et dysfonctionnels. La somme des cotes donne un score entre -5 et 5, où -5 désigne un appariement d’individus dont les cinq traits sont similaires et dysfonctionnels et 5 un appariement d’individus dont les cinq traits sont similaires et fonctionnels. La figure 2 illustre la fréquence des 113 couples similaires selon le degré de fonctionnalité des traits de personnalité. La consultation de cette figure révèle que sur cette variable les couples se distribuent selon une courbe normale. En effet, peu de couples se situent aux extrémités, c’est-à-dire que peu de couples ont une similarité fonctionnelle parfaite et aucun couple a une similarité dysfonctionnelle parfaite sur les cinq traits de personnalité. La majorité des couples ont quelques traits similaires et fonctionnels ainsi que quelques traits similaires et dysfonctionnels. Ensuite, tous les couples ayant une cote entre -5 et -1 ont été réunis pour former la catégorie des couples similaires sur des traits de personnalité
dysfonctionnels (n=25couples) car les conjoints possédaient au moins un trait similaire et dysfonctionnel alors que ceux qui avaient une cote entre 1 et 5 ont été rassemblés dans la catégorie des couples similaires sur des traits de personnalité fonctionnels (n=63 couples) car ils avaient au moins un trait similaire et fonctionnel. Les couples
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 3 !
qui possédaient un score de 0 ont été éliminés (n=25 couples), car ils obtenaient un nombre égal de traits similaires fonctionnels et de traits similaires dysfonctionnels. Le test du chi-carré nous révèle que parmi les couples similaires, il y a un plus grand nombre d’appariements d’individus dont les traits de personnalité sont similaires et fonctionnels que similaires et dysfonctionnels (X2(l, N = 88) = 16.41, g <05).
Insérer la figure 2 ici
Fonctionnalité de la similitude et ajustement dyadique
Nous avons également défini les données obtenues à l’Inventaire de
personnalité NEO-FFI en variables catégorielles dichotomiques (couple similaire sur des traits de personnalité fonctionnels ou couple similaire sur des traits de personnalité dysfonctionnels) et en variables dimensionnelles continues (échelle continue du degré de fonctionnalité de la similitude (-5 à 5)) pour examiner la relation entre le type d’appariement de similarité et la satisfaction conjugale. La première méthode permet donc d’évaluer 88 couples (63 couples similaires et fonctionnels et 25 couples similaires et dysfonctionnels) alors que la deuxième méthode permet d’observer les 113 couples similaires.
Une analyse de variance multivariée a d’abord été effectuée pour déterminer si le degré de fonctionnalité de la similitude est relié à la satisfaction des conjoints. La variable indépendante est donc le type d’appariement de similarité (couple similaire sur des traits de personnalité fonctionnels ou couple similaire sur des traits de personnalité
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 32
dysfonctionnels) et les quatre variables dépendantes sont les dimensions de
l’ajustement dyadique (consensus, expression affective, satisfaction et cohésion). Les tests multivariés montrent un effet significatif du type d’appariement de similarité. Le F approximatif calculé à partir du test de Wilk est F(4,82) = 5.89, g<.001. Cet effet multivarié démontre que les couples similaires sur des traits de personnalité
fonctionnels et les couples similaires sur des traits dysfonctionnels diffèrent significativement sur le plan de la satisfaction conjugale. Les analyses de variance univariées subséquentes permettent d’identifier les dimensions sur lesquelles ils diffèrent. Ces analyses montrent un effet significatif du type d’appariement de similarité sur les dimensions du consensus (F(l,85): 23.31, g<0001), de la satisfaction (F(l,85) = 13.08, g<001) et de la cohésion (F(l,85) = 12.64, g<001). Ainsi, les couples similaires basés sur des traits de personnalité fonctionnels ont une satisfaction plus élevée que les couples similaires fondés sur des traits de personnalité dysfonctionnels sur trois dimensions de l’ajustement dyadique, soit le consensus, la satisfaction et la cohésion dyadique. Le tableau 4 présente les moyennes des scores thêtas des dimensions de l’ajustement dyadique obtenues par les couples similaires sur des traits de personnalité fonctionnels et les couples similaires sur des traits
dysfonctionnels.
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 3 3
Une analyse de variance multivariée a été effectuée pour vérifier l’effet du type d’appariement de similarité sur la satisfaction conjugale des femmes et sur celle des hommes pris séparément. Les tests multivariés montrent un effet significatif du type d’appariement de similarité. Le F approximatif calculé à partir du test de Wilk est F(2,84) = 10.55, p<.0001. Les analyses de variance univariées subséquentes révèlent un effet du type d’appariement de similarité sur la satisfaction conjugale des femmes (F(l,85) = 13.35, p<.001) et sur celle des hommes (F(l,85) = 18.40, p<.0001). Ainsi, les femmes provenant d’un couple similaire sur des traits de personnalité fonctionnels ont un degré de satisfaction conjugale plus élevé que les femmes provenant d’un couple similaire sur des traits dysfonctionnels. De même, les hommes provenant d’un couple similaire sur des traits de personnalité fonctionnels ont un degré de satisfaction conjugale plus élevé que les hommes provenant d’un couple similaire sur des traits dysfonctionnels. Le tableau 5 présente les moyennes de la satisfaction conjugale des femmes et des hommes provenant de couples similaires basés sur des traits de
personnalité fonctionnels et des couples similaires basés sur des traits dysfonctionnels.
Insérer le tableau 5 ici
Des analyses corrélationnelles ont été réalisées pour vérifier la relation entre le degré de fonctionnalité des traits de personnalité des couples similaires et leur degré de satisfaction conjugale. Les résultats révèlent que plus un couple possède des traits de personnalité similaires fondés sur des traits de personnalité fonctionnels, plus il a un degré de satisfaction élevé sur les dimensions du consensus (r = .48, p <0001), de
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 34
la satisfaction (r = .37, g <0001) et de la cohésion (r = .39, p <0001). Inversement, plus un couple possède des traits de personnalité similaires fondés sur des traits dysfonctionnels, plus son degré de satisfaction sur les dimensions du consensus, de la satisfaction et de la cohésion est faible. Il existe donc un lien statistiquement
significatif et relativement fort entre la satisfaction des couples sur ces trois dimensions et l’échelle continue du degré de fonctionnalité de la similitude des traits de
personnalité. Toutefois, la corrélation entre la dimension de l’expression affective et l’échelle continue du degré de fonctionnalité de la similitude est non significative (r = .11, ns).
Classification des couples complémentaires selon leur degré de fonctionnalité
La différenciation des appariements de traits complémentaires et fonctionnels des appariements complémentaires et dysfonctionnels a été impossible à réaliser. En effet, le nombre restreint de couples complémentaires (n=21 couples) présents dans notre échantillon ne permettait pas d’obtenir une puissance statistique suffisante. C’est pourquoi l’hypothèse 2 concernant la relation entre le degré de fonctionnalité de la complémentarité et l’ajustement dyadique n’a pu être vérifiée.
Prédiction de la désunion
Afin de vérifier l’hypothèse que les couples similaires basés sur des traits fonctionnels auront respectivement un taux de désunion inférieur à celui des couples similaires basés sur des traits dysfonctionnels, nous avons effectué des tests de chi- carré sur ces types d’appariement des traits de personnalité. Les analyses de chi-carré nous indiquent que le pourcentage de couples similaires sur des traits de personnalité
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 3 5
dysfonctionnels séparés (24%) ne diffère pas du pourcentage de couples similaires sur des traits fonctionnels séparés (17%) (X2(l, N=51) = 0.18, ns). Nous avons également comparé le taux de désunion entre les couples similaires et les couples
complémentaires. Ces analyses font ressortir que 21% (1/5) des couples similaires se séparent comparativement à 33% (1/3) chez les couples complémentaires. Cependant, cette différence n’est pas significative (X2(l, N=81) = 0.99, ns).
Discussion
Le premier but de cette étude était de déterminer si les couples se composent plus fréquemment d’individus dont les traits de personnalité sont similaires comme l’indiquent la majorité des recherches ou complémentaires comme l’observent les cliniciens. Nos résultats montrent que les couples similaires sont plus fréquents que les couples complémentaires, ce qui confirme les résultats des recherches antérieures (Buss, 1984; Buss, 1985, cité dans Botwin, Buss & Shackelford, 1997, Carter & Glick, 1976, cité dans Eysenck & Wakefield, 1981; Hill, Rubin & Peplau, 1976, cité dans Aube & Koestner, 1995; Tharp, 1963). D’un strict point de vue clinique, on peut penser que les couples complémentaires consultent plus parce qu’ils sont davantage confrontés à leurs différences qui peuvent devenir une source importante de conflits et augmenter leur détresse conjugale. B est possible qu’initialement deux individus possédant des traits opposés soient attirés l’un envers l’autre parce que cela répond à des besoins non assouvis ou parce que cela apporte un ton de nouveauté dans leur vie mais ces mêmes traits peuvent également devenir une source de conflits par la suite et mener à la dissolution rapide de ces unions. Par exemple, si A est introverti, il peut
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 35
être attiré par !’extraversión de B car B lui propose beaucoup d’activités et lui présente plusieurs de ses amis. Par contre, au fil des mois, A peut reprocher à B de préférer sortir à l’extérieur et de rarement vivre des moments d’intimité avec lui. Selon les tenants du modèle de la désillusion (Huston, 1994, cité dans Huston & Houst,
1998; Swann, De La Ronde & Hixon, 1994, cité dans Huston & Houst, 1998), les partenaires s’idéalisent au début de la fréquentation en se centrant seulement sur les aspects positifs de la personnalité de l’autre. Les incompatibilités et les frustrations deviennent plus évidentes quand l’intimité s’installe car l’image idéalisée cède la place à une image plus réaliste de la personnalité. De plus, il est possible que les traits de personnalité de notre partenaire qui sont opposés à ceux qu’on possède soient plus intolérables car ne les ayant pas, notre compréhension de l’autre est plus limitée et cela peut confronter notre vision de la situation. Donc, si l’hypothèse que la désunion des couples complémentaires est plus rapide est vraie, l’examen rigoureux de la théorie de la complémentarité nécessiterait le recrutement d’échantillons de conjoints au début du mariage ou lors des fréquentations ou parmi les couples qui sont en démarche
thérapeutique. De cette façon, !’échantillon de couples complémentaires risquerait d’être plus grand que la présente étude.
Pour savoir quel type d’appariement est le plus satisfaisant, nous avons comparé la satisfaction conjugale des couples similaires à celle des couples complémentaires à l’aide de variables catégorielles de type dichotomique (couple similaire ou couple complémentaire) et de variables dimensionnelles continues (échelle continue de similitude-complémentarité). Les résultats des analyses de variance
multivariées démontrent que les couples similaires ne diffèrent pas des couples complémentaires sur les dimensions de l’ajustement dyadique, soit le consensus, l’expression affective, la satisfaction et la cohésion. Toutefois, les analyses
corrélationnelles révèlent la présence d’un lien significatif mais faible entre la similitude des traits de personnalité et une dimension de l’ajustement dyadique, le consensus. Cette différence de résultats peut s’expliquer par les problèmes de restriction de variance typiquement observés lors de la création de variables dichotomiques qui amènent une perte de puissance statistique (Cohen & Cohen, 1983) et par la perte de sujets qu’a occasionnée la catégorisation. Il serait donc important de continuer à réfléchir au développement d’une méthode de catégorisation qui permettrait de perdre peu de sujets. De plus, il faudra déterminer si, conceptuellement, la notion de
similitude se définit davantage comme une variable dimensionnelle ou catégorielle. L’état des connaissances scientifiques en psychologie de la personnalité ne permet pas de départager ces points de vue pour l’instant.
Il est à noter que cette dernière analyse corrobore les recherches précédentes qui démontrent que les partenaires similaires sur le plan de la personnalité sont plus satisfaits que ceux qui sont dissemblables (Allen & Thompson, 1984; Aube & Koestner, 1995, Bauer, 1980; Bentler & Newcomb, 1978; Eysenck & Wakefield,
1981; Kim, Martin & Martin, 1989; Lester, Haig & Monello, 1989; Mehrabian, 1989; Richard, Wakefield & Lewak, 1990). Nos résultats vont cependant plus loin que ceux
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 37
des études précédentes. En effet, ceux-ci démontrent clairement l’importance du caractère fonctionnel ou dysfonctionnel des traits de personnalité endossés. Ainsi,
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 38
selon le degré de fonctionnalité des traits, l’appariement similaire sera lié positivement ou négativement à la satisfaction conjugale. Par exemple, un couple dont les deux partenaires sont semblables sur un trait comme le névrotisme, qui est le trait le plus fréquemment corrélé négativement à l’ajustement dyadique (Eysenck et Wakefield, 1981; Kelly & Conley, 1987; Kosek, 1996; Kurdek, 1997, Lester, Haig & Monello, 1989; Russel & Wells, 1994; Snyder & Regts, 1990) risque fortement de vivre une détresse conjugale élevée. En ce sens, les résultats des analyses catégorielles et dimensionnelles font ressortir que les couples similaires sur des traits de personnalité fonctionnels ont une satisfaction plus élevée que les couples similaires sur des traits dysfonctionnels sur les dimensions du consensus, de la satisfaction et de la cohésion. Notre étude apporte donc une vision plus nuancée du lien entre le type d’appariement des traits de personnalité et la satisfaction conjugale en rajoutant le caractère
fonctionnel ou dysfonctionnel des traits. À notre connaissance, il s’agit là d’une première. H serait intéressant dans un avenir prochain d’évaluer si le degré de fonctionnalité des traits de personnalité influence également la satisfaction conjugale des couples complémentaires. Pour ce faire, les chercheurs devront recruter des échantillons de très grande taille étant donné que les couples similaires semblent être plus fréquents.
Toutefois, les résultats ont révélé que le type d’appariement de similarité des traits de personnalité n’a pas d’impact sur la dimension expression affective de l’ajustement dyadique. Des hypothèses peuvent expliquer cet effet non significatif. Premièrement, dans le questionnaire sur l’ajustement dyadique, seulement 4 questions
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 39
sur 32 représentaient l’expression affective et deux d’entre elles étaient dichotomiques (oui ou non), il est donc possible que l’écart de réponses entre les couples n’était pas suffisant pour détecter la présence d’une différence significative entre les types d’appariement. Deuxièmement, on peut supposer que d’autres facteurs ont une contribution plus grande dans la satisfaction de l’expression affective que le type d’appariement des traits de personnalité. Par exemple, l’estime de soi (Hally & Pollack, 1993; Larson, Anderson, Holman & Niemann, 1998), la variété dans l’expérience sexuelle (Hally & Pollack, 1993), la fréquence des relations sexuelles et de l’orgasme (Perlman & Abramson, 1982), la qualité de la communication (Larson, Anderson, Holman & Niemann, 1998), la stabilité de la relation (Larson, Anderson, Holman & Niemann, 1998) et le style d’attachement (Brennan & Shaver, 1995) sont peut-être des facteurs plus importants.
L’hypothèse que les couples similaires ou complémentaires fondés sur des traits de personnalité fonctionnels devraient afficher un taux de désunion inférieur à
celui des couples similaires ou complémentaires basés sur des traits dysfonctionnels a été infirmée. En effet, les résultats démontrent que la similitude ou la complémentarité des traits de personnalité ne prédit pas la désunion. De même, la similitude
fonctionnelle ou dysfonctionnelle ne prédit pas la désunion. Étant donné que seulement 81 couples similaires ou complémentaires sur 134 sont revenus lors de la relance (40% des couples étaient manquants) et que seulement 51 couples similaires basés sur des traits de personnalité fonctionnels ou dysfonctionnels sur 88 sont revenus (42% des couples étaient manquants), il est possible que cette perte
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 4Q
d’informations biaise nos résultats pour savoir si le type d’appariement prédit la
désunion. En effet, la perte de participants dans les études longitudinales provoque une sous-estimation des effets (Hannan, Turna & Groeneveld, 1977, cité dans Kamey & Bradbury, 1995). H faut aussi souligner qu’une seule relance a eu lieu 3 ans après le temps 1 alors que Rogosa, Brant et Zimowski (1982) ainsi que Kamey et Bradbury (1995) affirment que deux moments de cueillette de données limitent la quantité d’informations concernant les changements de chaque individu.
Il est à noter que notre étude se distincte par !’utilisation d’une méthode de calcul innovatrice pour exprimer le degré de satisfaction de chaque couple. En effet, au lieu d’effectuer une moyenne ou une addition, elle utilise une procédure issue de la théorie des réponses aux items (Hambleton, Swaminathan & Rogers, 1991; Lord,
1980) qui permet d’obtenir un score plus représentatif, nommé thêta, à partir du logiciel Multilog.
Notre recherche possède certaines limites. Tout d’abord, notre échantillon comporte peu de couples complémentaires et un nombre restreint de couples (58%) ont participé à la relance. En moyenne, dans les recherches longitudinales, 31% des sujets ne participent pas à la relance (Kamey & Bradbury, 1995). Comme les autres chercheurs, nous devons donc trouver des méthodes qui motiveront les sujets à participer à nouveau. De plus, étant donné que notre étude porte sur des couples hétérosexuels québécois, nos résultats ne sont pas généralisables à un autre type de population. H serait donc intéressant, dans des recherches futures, de refaire cette étude auprès de couples homosexuels pour vérifier si nos résultats sont généralisables
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 4\
à un autre genre de relation intime La passation de questionnaires a également des limites En effet, certains conjoints ont pu répondre à des questions par désirabilité sociale. Par conséquent, leurs réponses ne reflétaient peut-être pas réellement ce qu’ils ressentaient. Il est également possible que des conjoints ne souhaitaient pas exprimer leurs insatisfactions à leur partenaire et qu’ils ont préféré atténuer leurs réponses. Finalement, étant donné que les participants ont donné la perception qu’ils ont d’eux- mêmes en répondant aux questionnaires, les résultats représentent la réalité filtrée au travers de cette perception
Appariement des traits de personnalité, satisfaction conjugale et désunion 42
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