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LES LOTERIES TÉLÉVISÉES, LEUR CONTENU ET LA NOTION DE HASARD
Mémoire présenté
à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval
pour l’obtention
du grade de maître en psychologie (M.Ps.)
École de Psychologie
FACULTÉ DES SCIENCES SOCIALES UNIVERSITÉ LAVAL
AVRIL 2002
RÉSUMÉ
Les loteries télévisées sont des émissions très populaires au Québec : plus d’un million de personnes regardent au moins une émission chaque semaine. Mais, jusqu’à maintenant, aucune recherche n’a cherché à analyser le contenu présenté aux téléspectateurs. La présente étude porte sur le contenu des émissions La Poule aux œufs d’or, La Lampe magique et Décision qui sont présentées au public québécois. Les résultats révèlent que des éléments associés à l’illusion de contrôle et à la croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain ont été observés dans toutes les émissions. En outre, les animateurs véhiculent plusieurs fois par émission des biais cognitifs qui relèvent de l’illusion de contrôle, de la superstition et de l’évaluation biaisée des résultats. Des recherches futures devront être menées pour évaluer l’effet sur le téléspectateur de l’exposition à des mécanismes de pensées erronées.
Robert Ladouceur Ph.D. Directeur du mémoire Alain Taillefer B.Se.
AVANT-PROPOS
Je tiens à remercier mon directeur Robert Ladouceur pour les nombreux correctifs et conseils qu’il a su m’offrir tout au long de la réalisation de mon mémoire. Son aide était fort appréciée autant durant le processus de rédaction que d’expérimentation. De plus, les commentaires de ma famille et de mes ami(e)s qui ont lu et relu mes ébauches ont été très utiles afin de rendre mon texte plus accessible aux lecteurs non-initiés au jargon de la psychologie. J’ai vraiment aimé réaliser toutes les étapes nécessaires à l’élaboration de cette recherche et ce, malgré les heures incalculables de travail investies! L’article scientifique intitulé «Les loteries télévisées, leur contenu et la notion de hasard» a été publié dans la Revue Québécoise de Psychologie au printemps 2002. C’est donc avec une grande fierté que je vous le présente.
Merci à tous et bonne lecture ! Alain
TABLES DES MATIÈRES
Page RÉSUMÉ... II AVANT-PROPOS... III TABLE DES MATIÈRES... IV
INTRODUCTION GÉNÉRALE... 1
CHAPITRE 1 : ARTICLE SCIENTIFIQUE 1.1 Page titre... 5 1.2 Résumé... 6 1.3 Problématique... 7 1.4 Méthode... 1.4.1 Matériel... 10 1.4.2 Entente interjuges... 11 1.4.3 Instrument de mesure... 11 1.5 Résultats... 12 1.6 Discussion... 13 1.7 Références... 18 1.8 Note de l’auteur... 20 1.9 Tableaux et figure... 1.9.1 Tableau 1... 21 1.9.2 Tableau 2... 23 1.9.3 Tableau 3... 25 1.9.4 Figure 1... 26 CONCLUSION GÉNÉRALE... 27 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES... 30
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Dans plusieurs pays à travers le monde, les jeux de hasard et d’argent sont des activités socialement acceptées et il y est commun de pratiquer ce genre de divertissement. Aux États-Unis, en Australie, dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest et au Canada, la population approuve ces types de jeux. En plus de donner leur accord pour la création de ces jeux, beaucoup s’y adonnent. Prenons par exemple la province du Québec, on constate que 88 % des adultes jouent aux loteries (Ladouceur, 1991). Malheureusement, les jeux de hasard et d’argent peuvent avoir des conséquences graves sur un certain pourcentage de ces joueurs. La quatrième édition du manuel diagnostique et statique des troubles mentaux définit le jeu pathologique comme étant «une pratique inadaptée, persistante et répétée du jeu [...] qui perturbe !’épanouissement personnel, familial ou professionnel de l’individu» (DSM-IV, 1994). À partir de différentes études épidémiologiques réalisées dans le but d’établir la prévalence du jeu au Québec, il est possible d’apprécier !’augmentation du nombre de personnes affectées par ce trouble. En 1991, une recherche estimait que les joueurs pathologiques représentaient 1,2 % de la population (Ladouceur, 1991), plus récemment, une étude menée en 1996 suggère que le taux a augmenté pour atteindre 2,1 % (Ladouceur & al., 1999a). Un fait très important à noter est que les habitudes de jeux commencent souvent bien avant l’âge adulte. Une recherche montre que 90 % des adolescents habitant la région de Québec et faisant partie de l’étude ont déjà joué à des jeux de hasard et d’argent (Ladouceur & al., 1994). Une augmentation semblable à celle de la population adulte s’observe chez les adolescents en ce qui concerne la variation du taux de joueurs pathologiques à travers les années. Une étude effectuée en 1988 par Ladouceur et Mireault suggère que 1,7 % des adolescents de 14 à 18 ans de la région de Québec étaient des joueurs pathologiques. Voilà que dans une recherche semblable menée en 1996, le taux de joueurs pathologiques adolescents avait grimpé à 2,6 % (Ladouceur & al., 1999b). Les jeux de hasard et d’argent sont donc très populaires chez la population québécoise et parmi les joueurs, une partie de plus en plus importante en vient à souffrir de leur habitude de jeu.
Avant de discuter des raisons qui amènent les personnes à jouer, il importe de spécifier ce que l’on entend par jeux de hasard et d’argent. La nature essentielle de ces activités consiste à risquer de l’argent (ou une équivalence) sur un événement dont les résultats sont incertains. Les activités qui peuvent être incluses sont les paris, les jeux impliquant de l’argent et les loteries. Voici une définition brève de chacun d’eux. Les paris consistent à
2 miser de l’argent sur un événement incertain ou futur, les jeux d’argent sont des jeux de chance dans lesquels de l’argent est misé et les loteries sont des distributions de prix selon un système aléatoire de distribution des lots (Ladouceur & Walker, 1998). Une fois que l’on a bien défini ce que l’on entend par «jeux de hasard et d’argent », il semble être essentiel de s’attarder aux motivations des joueurs pour comprendre pourquoi des personnes en viennent à jouer excessivement.
Comme il vient de l’être avancé, le joueur aux jeux de hasard et d’argent mise de l’argent sur un événement incertain, la perspective cognitive précise que le joueur prend le risque de perdre le montant de départ dans l’espoir de gagner plus d’argent que la somme de départ investie. Le problème avec le fonctionnement de ces jeux est que l’espérance de gains à long terme est négative, ce qui veut dire que plus un joueur joue, plus il a de probabilités que son investissement d’argent au jeu soit déficitaire. L’idée que la motivation à jouer soit rationnelle d’un point de vu économique ne tient donc pas la route. Selon l’approche cognitive, l’intérêt devrait être de savoir comment il se fait que les joueurs persistent à jouer malgré qu’ils soient presque assurés d’encourir des pertes monétaires. Cette perspective assume que si l’ensemble des croyances que possèdent les joueurs étaient vraies, elles constitueraient des raisons suffisantes pour continuer à jouer. Par contre, la plupart de ces croyances sont fausses (Ladouceur & Walker, 1996). Les joueurs continueraient donc à jouer motivés par des croyances irrationnelles concernant le jeu.
Puisque les jeux de hasard et d’argent sont très populaires au Québec et qu’un bon nombre de participants sont des personnes d’âges mineurs, il s’avère essentiel de s’attarder à ce phénomène. La présente étude porte sur un type de loterie largement accepté par la population québécoise et qui, contrairement à ses allures inoffensives, pourraient être un médium d’envergure véhiculant des croyances erronées concernant les jeux de hasard et d’argent.
Présentées à des heures de grande écoute, les loteries télévisées jouissent d’une grande popularité au Québec. En effet, à l’an 2000, les émissions de loterie La Lampe magique et La Poule aux œufs d’or attiraient respectivement 877 000 et 1 050 000 téléspectateurs en moyenne par minute d’antenne (Nielsen Media Research, 2001). Pour ces deux émissions, on comptait au nombre des spectateurs 72 000 et 79 000 enfants âgés de 2 à 17 ans.
3 En psychologie, de nombreuses recherches se sont penchées sur le pouvoir de la télévision. Par exemple, on a observé que regarder la télévision peut modifier la perception de la réalité sociale (Shrum, 1995) et que l’écran cathodique peut constituer une source d’information privilégiée (O’Keefe, Boyd & Brown, 1998). Sur ce dernier aspect, une étude de Pugh et Webley (2000) indique que la télévision est la première source d’information des adolescents britanniques au sujet des jeux de loterie. Elle montre en outre que la participation des jeunes britanniques à la loterie nationale télévisée paraît associée au fait qu’ils regardent les émissions en question.
Si l’on sait que la télévision peut servir de source informative et que l’écoute des loteries télévisées influe sur la participation à ces jeux, on constate toutefois qu’aucune recherche n’a encore analysé le contenu des loteries télédiffusées. Or, il devient essentiel qu’une telle étude soit faite.
Concernant la littérature portant sur les loteries télévisées, différentes recherches se sont intéressées à valider les observations cliniques de biais cognitifs par l’analyse de celles- ci. Reidpath et Diamond (1995) rapportent la présence de biais cognitifs d’ancrage lors des prises de décision chez les joueurs participants au jeu télévisé «The Price is Right». L’observation d’individus prenant des décisions dans un contexte non expérimental leur a permis de confirmer !’utilisation du biais d’ancrage en dehors des laboratoires. Selon ces chercheurs, cette observation indique que d’autres biais cognitifs utilisés par l’humain lors d’expérimentations pourraient être observés dans un environnement naturel. Ce genre d’étude utilise les loteries télévisées pour attester la validité externe des observations obtenues en laboratoire.
Contrairement à l’étude précédente, l’objet de cette recherche porte sur l’analyse du contenu proposé aux téléspectateurs durant les émissions de loterie. Plus précisément, la recherche vérifie si les loteries télévisées contiennent des éléments qui peuvent être associés à des biais cognitifs concernant la notion de hasard et la probabilité réelle de gain. Par la même occasion, il est possible d’examiner si les participants et les animateurs de ces émissions véhiculent ces types de biais cognitifs par leurs comportements et leur discours.
L’analyse porte sur les émissions des loteries La Poule aux œufs d’or, La Lampe magique et Déci$ion. Ces loteries télévisées sont présentées sur une chaîne de télévision
4 québécoise. Pour chaque loterie, 10 émissions diffusées à l’automne 2000 et à l’hiver 2001 ont été sélectionnées aléatoirement, de sorte qu’un total de 30 émissions ont été analysées. Pour permettre la notation d’une émission, les expérimentateurs utilisent une grille d’observation portant sur deux domaines d’intérêt généraux. Afin de s’assurer de la validité des observations obtenues une entente inter-juge a été réalisée. Dans cette recherche, un premier expérimentateur scrute toutes les émissions, puis un second chercheur en examine une sur cinq, soit deux émissions par loterie qui sont sélectionnées aléatoirement.
Titre abrégé : LOTERIES TÉLÉVISÉES ET HASARD
Les loteries télévisées, leur contenu et la notion de hasard
par
Alain Taillefer et Robert Ladouceur Université Laval
Résumé
Les loteries télévisées sont des émissions très populaires au Québec : plus d’un million de personnes regardent au moins une émission chaque semaine. Mais, jusqu’à maintenant, aucune recherche n’a cherché à analyser le contenu présenté aux téléspectateurs. La présente étude porte sur le contenu des émissions La Poule aux œufs d’or; La Lampe magique et Décision qui sont présentées au public québécois. Les résultats révèlent que des éléments associés à l’illusion de contrôle et à la croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain ont été observés dans toutes les émissions. En outre, les animateurs véhiculent plusieurs fois par émission des biais cognitifs qui relèvent de l’illusion de contrôle, de la superstition et de l’évaluation biaisée des résultats. Des recherches futures devront être menées pour évaluer l’effet sur le téléspectateur de l’exposition à des mécanismes de pensées erronées.
Les loteries télévisées, leur contenu et la notion de hasard
Présentées à des heures de grande écoute, les loteries télévisées jouissent d’une grande popularité au Québec. En l’an 2000, les émissions de loterie La Lampe magique et La Poule aux œufs d’or attiraient respectivement 877 000 et 1 050 000 téléspectateurs en moyenne par minute d’antenne (Nielsen Media Research, 2001). Pour les deux émissions, on comptait au nombre des spectateurs 72 000 et 79 000 enfants âgés de 2 à 17 ans. Évidemment, les loteries télévisées n’intéressent pas que les Québécois. En Grande- Bretagne, la loterie nationale draine également un auditoire considérable : environ 12,5 millions de téléspectateurs regardent la loterie télévisée chaque semaine (Camelot, 1996, p.14, in Coups, Eladdock & Webley, 1998). Aussi, tout comme les enfants québécois, les jeunes britanniques représentent une part non négligeable de l’auditoire. En effet, une étude effectuée par Pugh et Webley (2000) révèle que 48 % des jeunes participant à leur recherche regardaient la loterie nationale de façon hebdomadaire.
En psychologie, de nombreuses recherches se sont penchées sur le pouvoir de la télévision. Par exemple, on a observé que regarder la télévision peut modifier la perception de la réalité sociale (Shrum, 1995) et que l’écran cathodique peut constituer une source d’information privilégiée (O’Keefe, Boyd & Brown, 1998). Sur ce dernier aspect, l’étude de Pugh et Webley (2000) indique que la télévision est la première source d’information des adolescents britanniques au sujet des jeux de loterie. Elle montre en outre que la participation des jeunes britanniques à la loterie nationale télévisée paraît associée au fait qu’ils regardent les émissions en question.
loteries télévisées et leur contenu 8 Si l’on sait que la télévision peut servir de source informative et que l’écoute des loteries télévisées influe sur la participation à ces jeux, on constate toutefois qu’aucune recherche n’a encore analysé le contenu des loteries télédiffusées. Or, il devient essentiel qu’une telle étude soit faite.
La présente étude se penche donc sur le contenu qui est proposé aux téléspectateurs au cours des émissions de loterie. De manière plus précise, l’objet de la présente recherche est de vérifier si les loteries télévisées contiennent des éléments qui peuvent être associés à des biais cognitifs concernant la notion de hasard et la probabilité réelle de gain. Par la même occasion, il est possible d’examiner si les participants et les animateurs de ces émissions véhiculent ces types de biais cognitifs par leurs comportements comme par leur discours. Mais, avant de poursuivre, il importe de définir le contexte théorique de la recherche.
Les loteries télévisées sont des jeux de hasard. Dans ce type de jeux, le joueur ne connaît pas les éléments qui déterminent les résultats. Suivant la perspective cognitive, le désir du gain financier combiné à des cognitions erronées expliquerait pourquoi certains joueurs s’obstinent à jouer (Ladouceur & Walker, 1998), La personne qui s’adonne à un jeu de hasard et d’argent tente de prédire les résultats de ses paris qui sont en réalité imprédictibles. Mais, comme elle ne possède pas les données suffisantes et nécessaires pour deviner ces résultats, c’est à des croyances erronées à l’égard du hasard que cette personne a le plus souvent recours. Ces cognitions erronées font qu’elle croit être en mesure d’induire les résultats du jeu. Ainsi, l’événement devient plus prévisible qu’il ne l’est réellement et la personne agit en fonction de cette « certitude ». Ces biais cognitifs
loteries télévisées et leur contenu 9 sont désignés dans la littérature scientifique par des termes précis qui sont « illusion de contrôle », « superstition » et « évaluation subjective des résultats ».
L’illusion de contrôle se rapporte au fait que le joueur se comporte comme si le jeu exigeait des habiletés permettant de dominer les événements. Le joueur perçoit une relation entre ses comportements et les résultats du jeu dans un contexte où une telle relation n’existe pas. Différents facteurs soutiennent l’illusion de contrôle : une situation semblable à un jeu d’habileté, la compétition, la participation active, l’engagement dans le jeu, la familiarité de la tâche et la possibilité de choisir (Langer, 1975; Ladouceur & Walker, 1996).
La notion de superstition est proche de celle d’illusion de contrôle. En effet, Tobacyk et Wilkinson (1991) ont montré que les superstitions se font jour avant la formation de corrélations illusoires comme avant la perception de contrôle illusoire. Les superstitions amènent les joueurs à surestimer leur habilité à prédire ou à contrôler les résultats du jeu et à préférer les jeux de chance parce qu’ils croient posséder un moyen de les dominer. En réalité, les superstitions se manifestent par des comportements particuliers ou par des objets qui ne sont pas directement liés aux événements du jeu (Ladouceur & Walker, 1996). Aussi, lorsque le joueur croit que ses comportements peuvent agir sur ses chances de gagner, nous qualifions ces comportements de superstitieux.
L’évaluation biaisée des résultats regarde les croyances qu’entretiennent les joueurs concernant les événements à succès. Les joueurs croient que leur réussite au jeu découle de prédictions exactes ou d’un pouvoir efficace exercé sur les événements. Ils surévaluent les situations de gain et ne remettent jamais en question leur méthode de
loteries télévisées et leur contenu 10 prédiction. Au contraire, l’absence de gains et les pertes financières sont négligées et leur importance est sous-évaluée. Le joueur veille plutôt à s’expliquer chacune de ses pertes pour garder confiance en sa méthode de prédiction du hasard (Ladouceur & Walker,
1996).
La présente recherche vise à vérifier si les loteries télévisées contiennent des éléments qui peuvent être associés à des biais cognitifs concernant la notion de hasard et la probabilité réelle de gain. De plus, cette étude examinera si les participants et les animateurs présentés dans ces émissions véhiculent ces types de biais par leurs comportements et leur discours.
Méthode Matériel
L’analyse porte sur les émissions des loteries La Poule aux œufs d’or, La Lampe magique et Déci$ion. Ces loteries télévisées sont présentées sur une chaîne de télévision québécoise. Pour chaque loterie, 10 émissions diffusées à l’automne 2000 et à l’hiver 2001 ont été sélectionnées aléatoirement, de sorte qu’un total de 30 émissions ont été analysées. Il est à noter ici que, pour pouvoir les visionner de nouveau, les émissions de loterie sélectionnées ont été enregistrées sur vidéocassette.
Les émissions La Poule aux œufs d’or et La Lampe magique durent environ 20 minutes chacune; elles sont présentées hebdomadairement. Quant aux émissions du jeu DéciSion, elles prennent la forme d’inserts qui ont chacun une durée d’environ 5 minutes; elles occupent l’antenne tous les jours durant une émission de variétés. D’autre part, soulignons que, pour figurer au nombre des joueurs de ces loteries
loteries télévisées et leur contenu 11 télévisées, les participants ont normalement acheté un « billet gagnant » leur donnant ce privilège.
Entente interjuges
Dans cette recherche, un premier expérimentateur scrute toutes les émissions, puis un second chercheur en examine une sur cinq, soit deux émissions par loterie qui sont sélectionnées aléatoirement. L’entente interjuges des expérimentateurs, comme le travail proprement dit, porte sur la présence ou l’absence des différents éléments précisés dans la grille d’observation et sur le nombre de cognitions erronées véhiculées.
Instrument de mesure
Pour permettre la notation d’une émission, les expérimentateurs utilisent une grille d’observation portant sur deux domaines d’intérêt généraux (voir tableau 1). La première section de cette grille permet d’établir que des éléments associés à des biais cognitifs apparaissent ou se produisent au cours de l’émission. L’observateur note les éléments en question en cochant la case correspondante. Le tableau 2 présente le regroupement des points d’observation selon le type de biais cognitifs, ce qui permet de vérifier la première hypothèse de l’étude. La seconde partie de la grille permet de déterminer les différents types de cognitions erronées véhiculés dans ces émissions (voir tableau 2). L’observateur relève la présence des biais cognitifs qui se manifestent et transcrit à même la grille d’observation ce qu’il a entendu ou ce qu’il a vu. Ces renseignements serviront à l’analyse qualitative et au calcul du nombre total de biais cognitifs notés à l’égard de chaque catégorie.
loteries télévisées et leur contenu 12 Résultats
Le coefficient de l’entente interjuge éprouvée à l’égard de 20 % des données à l’étude s’élève à 97 % pour ce qui est de la présence ou de l’absence des différents éléments de la grille d’observation et à 94 % quant au nombre de cognitions erronées observées.
La première hypothèse avancée stipulait que les loteries télévisées contiennent des facteurs associés à des biais cognitifs concernant la notion de hasard et la probabilité réelle de gain. Le tableau 3 indique que les facteurs associés aux cognitions erronées sont observés dans les trois loteries télévisées analysées. Les points d’observation retenus correspondants ont été relevés dans plus de 50 % des émissions analysées. Il est donc possible de considérer qu’un facteur présent dans plus d’une émission sur deux fait partie du déroulement normal du jeu. Aussi, des facteurs associés à l’illusion de contrôle et à la croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain ont été observés systématiquement dans toutes les émissions, alors que des facteurs associés à la superstition ont été relevés dans la majorité des émissions.
Insérer le tableau 3 ici
La deuxième hypothèse émise était que les participants et les animateurs de ces émissions véhiculent des biais cognitifs par leurs comportements et par leurs discours. La figure 1 montre les types de biais cognitifs véhiculés par les participants et les animateurs pour l’ensemble des émissions de loterie analysées. Les résultats indiquent que les animateurs verbalisent des cognitions erronées concernant l’illusion de contrôle, la
superstition et l’évaluation biaisée des résultats dans toutes les émissions. Les participants verbalisent aussi des biais cognitifs relatifs à la superstition, soit une fois par émission en moyenne.
loteries télévisées et leur contenu 13
Insérer ici la figure 1
Une ANO VA, ou analyse de variance, a été effectuée afin de vérifier si les moyennes de verbalisations erronées émises par les animateurs et les participants différaient de manière significative. Il est à noter que l’homogénéité des variances est respectée. Les résultats révèlent qu’il y a une différence significative entre la moyenne de verbalisations des animateurs et celle des participants : F (1,34) = 8,27 p < .01. Ainsi, les animateurs verbalisent beaucoup plus de cognitions erronées que les participants, soit 90 % des cognitions erronées exprimées dans ces émissions.
Discussion
Les résultats confirment le bien-fondé des deux hypothèses. En premier lieu, les biais cognitifs tels que l’illusion de contrôle, la croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain et la superstition sont bien présents dans la majorité des émissions et ils s’y manifestent d’une façon particulière.
Différents éléments liés au déroulement même de ces émissions favorisent l’illusion de contrôle. Selon de nombreux chercheurs, dont Ladouceur et Walker (1996), la compétition, la possibilité de faire des choix, la familiarité et l’engagement dans le jeu facilitent l’illusion de contrôle. Tous ces éléments ou facteurs ont été observés dans les émissions analysées. La structure de ces jeux stimule la compétition (sauf dans le cas de
loteries télévisées et leur contenu 14
Décision où il n’y a qu’un joueur), oblige les participants à faire des choix, leur demande de refaire constamment les mêmes tâches et suscite une participation active. Tout cela favorise l’illusion de contrôle, même si, faut-il le rappeler, ces jeux ne requièrent aucune habileté particulière de la part des participants.
Le décor des émissions La Poule aux œufs d’or et La Lampe magique évoque une thématique légendaire dans laquelle s’inscrivent des éléments de superstition qui sont associés à la richesse et à la chance. À l’instar de Comish (1978) qui avançait que !’environnement immédiat dans lequel se déroule un jeu influe sur les types de renforcement reçus par les joueurs et fortifie la persistance à jouer, nous croyons que le décor de ces émissions de loterie renforce les biais cognitifs relatifs à la superstition autant chez les joueurs que chez les téléspectateurs.
L’affichage des montants gagnés et la verbalisation des différentes sommes d’argent cumulatives offertes depuis le début de l’émission, voire depuis le début de la saison, peuvent être associés à une croyance erronée quant à la probabilité réelle de faire des gains. Les téléspectateurs sont séduits par la générosité du jeu et ils en viennent à considérer la loterie comme une voie facile vers la réalisation de leurs rêves.
La deuxième hypothèse, qui a trait aux biais cognitifs véhiculés, a aussi été confirmée. Les résultats montrent que, dans les loteries télévisées, toutes les sortes de cognitions erronées à l’étude ont été verbalisées. Si pendant toutes ces émissions les participants évoquent surtout quelques superstitions, les animateurs expriment plusieurs fois par émission des éléments liés à l’illusion de contrôle, à la superstition et à l’évaluation biaisée des résultats. En fait, les animateurs ont émis la presque totalité des biais cognitifs relevés dans ces émissions. Aussi, c’est l’évaluation biaisée des résultats
loteries télévisées et leur contenu 15 qui constitue le type de cognitions le plus souvent exprimé par les animateurs dans les loteries télévisées analysées. À titre d’exemple, les animateurs félicitent les participants après un beau coup, alors que ce type de verbalisation n’est pas du tout approprié à l’égard d’un jeu où seule la chance compte.
Il serait intéressant d’examiner l’effet potentiel sur le téléspectateur de l’exposition à des éléments associés aux cognitions erronées et à des verbalisations non objectives. À ce sujet, des recherches futures seront nécessaires afin d’en évaluer directement la portée. Par contre, en nous basant sur la littérature scientifique existante et sur les résultats de la présente recherche, nous pouvons avancer certaines hypothèses concernant les incidences que peuvent avoir les loteries télévisées sur les téléspectateurs.
Ainsi, le jeune public est exposé de façon insidieuse aux effets probables des jeux de hasard télévisés, et la théorie de !’apprentissage social nous permet d’en découvrir le processus. En effet, bon nombre d’enfants regardent régulièrement les loteries télévisées. Une étude menée par Fer land (2001) révèle que 10,2 % des enfants interrogés regardent La Poule aux œufs d’or ou La Lampe magique toutes les semaines et que 64,3 % d’entre eux écoutent ces émissions en famille. Par ailleurs, les enfants valorisent et estiment généralement leurs parents et leurs amis, qui deviennent souvent pour eux des modèles. À cet égard, la théorie de !’apprentissage social nous permet de comprendre comment un enfant se forme à partir de modèles. L’enfant acquiert une connaissance personnelle des comportements de ses modèles, et ce, peu importe si leurs actions sont acceptables ou non (Bandura, 1986). Cette théorie explique que les enfants accomplissent un apprentissage personnel en intériorisant les conséquences - positives ou négatives - des
loteries télévisées et leur contenu 16 actions des modèles qu’ils valorisent. En ce sens, il est donc tout à fait juste de penser que les enfants apprennent en observant leurs parents regarder les loteries télévisées.
L’influence des amis est un autre facteur important pour orienter le comportement d’un jeune à l’égard du jeu (Coups, Haddock & Webley, 1998; Gupta & Derevensky, 1997; Griffiths, 1995; Walker, 1992). En effet, !’apprentissage social par les pairs est un élément qui pourrait, outre favoriser la participation aux loteries télévisées, influer possiblement sur !’acquisition et le développement de croyances erronées.
Par ailleurs, le participant à une émission de loterie peut constituer un modèle pour le téléspectateur adulte, puisqu’il est facile pour celui-ci de s’imaginer à la place du premier. À ce sujet, une recherche effectuée par Coups, Haddock & Webley (1998) montre qu’il existe une relation entre l’habitude de jeu d’une personne et celle d’un ami. Dans le cas qui nous occupe, le téléspectateur s’identifie certainement au participant, sans que ce dernier soit nécessairement un ami, lorsqu’il partage sa joie et ressent de l’excitation à le voir gagner. Ici, l’écoute des loteries télévisées renforce sans doute les cognitions erronées concernant la notion de hasard.
La présente étude ouvre plusieurs avenues de recherche intéressantes. En particulier, deux domaines pourraient être approfondis. Premièrement, il serait de mise de vérifier si la théorie de !’apprentissage social s’applique à l’écoute des loteries télévisées, et ce, autant chez un public adulte que chez un public d’âge mineur. Il faudrait aussi établir si les différents éléments associés aux types de biais cognitifs présentés dans ces émissions favorisent l’apparition et le développement de cognitions erronées. Deuxièmement, il importerait d’examiner si l’intérêt pour ces loteries ne résulte pas de l’excitation que peuvent susciter les croyances erronées. Nous croyons que l’attrait pour
loteries télévisées et leur contenu 17 ces émissions diminuerait sensiblement dans un contexte où ne serait présenté aucun facteur associé à des cognitions erronées ni aucune verbalisation erronée. Analyser les motivations des personnes qui regardent les émissions de loterie pourrait être une voie intéressante pour comprendre pourquoi des personnes adoptent si facilement des croyances erronées.
loteries télévisées et leur contenu 18 Références
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loteries télévisées et leur contenu 20
Note de l’auteur
Je tiens à remercier Mme Caroline Sylvain pour l’aide qu’elle a apportée à !’établissement de la grille d’observation utilisée pour faire l’analyse des loteries
télévisées. Toute correspondance concernant cet article doit être acheminée à M. Robert Ladouceur, à l’adresse suivante : École de psychologie, Université Laval, Sainte-Foy, (Québec), Canada G1K 7P4. Courriel : [email protected]
loteries télévisées et leur contenu 21 Tableau 1
Grille d’observation utilisée par les expérimentateurs
La Poule aux œufs d’or □
Date de diffusion de l’émission :__-__-____ La Lampe magique □
DéciSion □
Section 1
Domaines d’intérêt Éléments
présents An aly se d u déro ulem ent d u jeu Gains
1. Gains cumulatifs offerts depuis le début de la saison de diffusion. 2. Gains cumulatifs offerts depuis le début de l’émission.
3. Gains possibles même pour un présumé perdant (il y a un tirage parmi les billets « perdants »).
4. Gains-surprises distribués à certains participants au courant de l’émission, donnant l’impression que le hasard est généreux.
5. Gains mis en évidence par un affichage au cours de l’émission.
6. En début d’émission, les joueurs disent ce qu’ils comptent faire avec les gains qu’ils obtiendront (achats, voyages, etc.).
7. Au courant de l’émission, les joueurs disent ce qu’ils comptent faire des gains qu’ils ont obtenus (achats, voyages, etc.).
=^=
Le jeu
8. Requiert certaines habiletés.
9. Comporte certains éléments qui peuvent laisser supposer qu’il est question d’un jeu d’habileté (ex. : on demande de faire les meilleurs choix possibles dans un jeu de hasard).
=—
Les joueurs
10. Sont en compétition entre eux pour être le vainqueur.
11. Participent activement aux différentes tâches demandées au cours du jeu. 12. Font des choix.
13. Peuvent avoir l’aide de l’auditoire pour faire leur choix.
14. Exécutent à plusieurs reprises les mêmes activités au courant de l’émission.
=—
Le joueur gagnant
15. L’animateur passe plus de temps avec les joueurs qui gagnent qu’avec les joueurs qui perdent.
16. Est présentée de nouveau à cette émission la personne qui a gagné à une émission précédente.
17. Le grand gagnant est seul avec l’animateur à la toute dernière étape du jeu.
—=
Le décor
18. Représente un thème associé à une légende ou à un conte et évoquant la richesse ou la chance.
loteries télévisées et leur contenu 22 Section 2 Domaines d’intérêt Éléments présents Ana lyse d es part icip ant s C om p or -tem
ents 19. Illusion de contrôle (ex. : agir comme si le jeu demandait certains éléments d’habileté)
20. Superstition (ex. : frotter un porte-bonheur) - ׳ —
D
is
co
ur
s
21. Illusion de contrôle (ex. : dire que l’on devient bon au jeu) 22. Superstition (ex. : choisir un chiffre pour une raison particulière) 23. Évaluation biaisée des résultats (ex. : après avoir perdu, mais sans
être éliminé, changer de « méthode » pour les prochaines mises; après avoir gagné, garder sa tactique pour les prochaines mises) 24. Croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain
(ex. : déclarer qu’on savait qu’en achetant régulièrement des billets, ce serait un jour son tour de gagner de l’argent à la télévision)
— Analyse d es an im at eu rs C o m p or -te m en
ts 25. Illusion de contrôle (ex. : agir comme si le jeu demandait certains
éléments d’habileté)
26. Superstition (ex. : envoyer des ondes télépathiques positives aux joueurs; se croiser les doigts, etc.)
Discour
s
27. Illusion de contrôle (ex. : soutenir le participant en lui disant : « Allez nous chercher tel chiffre! »)
28. Superstition (ex. : dire à une participante : « Vous optez pour le 13, vous n’êtes pas superstitieuse! »)
29. Évaluation biaisée des résultats (ex. : affirmer que les événements à succès sont le résultat de prédictions exactes)
30. Croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain (ex. : dire que l’on a de bonnes chances de gagner de l’argent en achetant un billet de la loterie télévisée en question)
— ׳ —
loteries télévisées et leur contenu 23
Tableau 2
Points de la grille d’observation se rapportant à des facteurs associés à des biais cognitifs
Cognitions erronées Points d’observation correspondants Illusion de contrôle 8. Le jeu requiert certaines habiletés.
9. Le jeu comporte certains éléments qui peuvent laisser supposer qu’il est question d’un jeu d’habileté.
10. Les joueurs sont en compétition entre eux pour être le vainqueur. 11. Les joueurs participent activement aux différentes tâches
demandées au cours du jeu. 12. Les joueurs font des choix.
13. Les joueurs peuvent avoir l’aide de l’auditoire pour faire leur choix.
14. Les joueurs exécutent à plusieurs reprises les mêmes activités. Superstition 18. Le décor représente un thème associé à une légende ou à un conte
et évoquant la richesse ou la chance. Évaluation biaisée des
résultats
15. L’animateur passe plus de temps avec les joueurs qui gagnent qu’avec ceux qui perdent.
16. Est présentée de nouveau à cette émission la personne qui a gagné à une émission précédente.
17. Le grand gagnant est seul avec l’animateur à la toute dernière étape du jeu.
Croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain
1. Gains cumulatifs offerts depuis le début de la saison de diffusion. 2. Gains cumulatifs offerts depuis le début de l’émission.
3. Gains possibles même pour un présumé perdant.
4. Gains-surprises distribués à certains participants au courant de l’émission, donnant l’impression que le hasard est généreux. 5. Gains mis en évidence par un affichage au cours de l’émission. 6. En début d’émission, les joueurs disent ce qu’ils comptent faire
avec les gains qu’ils obtiendront (achats, voyages, etc.).
7. Au courant de l’émission, les joueurs disent ce qu’ils comptent faire des gains qu’ils ont obtenus (achats, voyages, etc.).
loteries télévisées et leur contenu 24
Tableau 2
Points de la grille d’observation se rapportant aux types de biais cognitifs véhiculés par les participants et les animateurs
Cognitions erronées Points d’observation correspondants
Illusion de contrôle Participants
19. Comportement reflétant l’illusion de contrôle 21. Verbalisation reflétant l’illusion de contrôle Animateurs
25. Comportement reflétant l’illusion de contrôle 27. Verbalisation reflétant l’illusion de contrôle
Superstition Participants
20. Comportement superstitieux 22. Verbalisation d’une superstition Animateurs
26. Comportement superstitieux 28. Verbalisation d’une superstition Évaluation biaisée des résultats Participants
23. Verbalisation d’une évaluation biaisée des résultats Animateurs
29. Verbalisation d’une évaluation biaisée des résultats Croyance erronée quant à la possibilité Participants
réelle de gain 24. Verbalisation d’une croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain
Animateurs
30. Verbalisation d’une croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain
loteries télévisées et leur contenu 25 Tableau 3
Facteurs associés à des cognitions erronées observés dans toutes les émissions de loterie télévisée confondues
Facteurs associés à des cognitions erronées Présence (%) Illusion de contrôle
• Le jeu comporte certains éléments qui peuvent laisser
supposer qu’il est question d’un jeu d’habileté. 100 • Les joueurs sont en compétition entre eux pour être le
vainqueur. 67
• Les joueurs participent activement aux différentes tâches
demandées au cours du jeu. 100
• Les joueurs font des choix. 100
• Les joueurs exécutent à plusieurs reprises les mêmes
activités au courant de l’émission. 100
Superstition
• Le décor représente un thème associé à une légende ou à
un conte et évoquant la richesse ou la chance. 67 Croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain
• Gains cumulatifs offerts depuis le début de l’émission. 100 • Gains mis en évidence par un affichage au cours de
l’émission. 100
• En début d’émission, les joueurs disent ce qu’ils
comptent faire avec les gains qu’ils obtiendront. 67 • Au courant de l’émission, les joueurs disent ce qu’ils
loteries télévisées et leur contenu 26
Figure 1
Moyenne de biais cognitifs véhiculés par émission selon le type de cognitions erronées dans toutes les émissions confondues de La Poule aux œufs d’or, de La Lampe magique et du jeu Décision
Évaluation biaisée des résultats J Verbalisations des participants
:1
Verbalisations des animateurs ־ 7 ־ 6 ־ 5 ־ 4 -3 -2 -1 -0 c o C/D <Z) S '(U cd a§
ä O O <D דכ g £ צΊ
CONCLUSION GÉNÉRALE
Selon la perspective cognitive, la plupart des biais impliqués dans le maintien des comportements de jeu peuvent être présents autant chez les joueurs que les non-joueurs. Les biais cognitifs ne peuvent donc pas à eux seuls expliquer pourquoi les personnes jouent à des jeux de hasard et d’argent. Les erreurs cognitives faites par les joueurs sont répandues dans la population en générale et constitue plutôt une source potentielle de persistance au jeu. Il importe de comprendre que ce n’est pas parce qu’un individu a ces biais qu’il deviendra nécessairement un joueur et qu’une certaine partie de la population serait à l’abri du jeu parce qu’elle pense de façon plus rationnelle. L’effet des biais cognitifs est plus subtil, ils agiraient au moment où le joueur est impliqué dans le jeu. Ces biais deviendraient la base de leur persistance à jouer et ce, malgré d’éventuelles pertes monétaires (Ladouceur & Walker, 1996). La présente recherche démontre que le contenu des loteries télévisées véhiculent plusieurs biais cognitifs et éléments qui relèvent de croyances irrationnelles. Tout d’abord, il sera question du contenu présenté dans ces émissions. Par la suite, seront discutées les implications potentielles de celui-ci sur les téléspectateurs et finalement des avenues de recherches futures seront proposées.
D’après l’analyse effectuée dans le cadre de cette étude, des éléments associés à tous les types de biais cognitifs à l’étude sont présents, à savoir l’illusion de contrôle, la croyance erronée quant à la possibilité réelle de gain et la superstition ont été notées dans la majorité des émissions. Les résultats montrent aussi que, dans les loteries télévisées, toutes les sortes de cognitions erronées à l’étude ont été verbalisées. Si pendant toutes ces émissions les participants évoquent surtout quelques superstitions, les animateurs expriment plusieurs fois par émission des éléments liés à l’illusion de contrôle, à la superstition et à l’évaluation biaisée des résultats. En fait, les animateurs ont émis la presque totalité des biais cognitifs relevés dans ces émissions. Aussi, c’est l’évaluation biaisée des résultats qui constitue le type de cognitions le plus souvent exprimé par les animateurs dans les loteries télévisées analysées. À titre d’exemple, les animateurs félicitent les participants après un beau coup, alors que ce type de verbalisation n’est pas du tout approprié à l’égard d’un jeu où seule la chance compte.
Il serait intéressant d’examiner l’effet potentiel sur le téléspectateur de l’exposition à des éléments associés aux cognitions erronées et à des verbalisations non objectives. À ce sujet, des recherches futures seront nécessaires afín d’en évaluer directement la portée. Par
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contre, en nous basant sur la littérature scientifique existante et sur les résultats de la présente recherche, nous pouvons avancer certaines hypothèses concernant les incidences que peuvent avoir les loteries télévisées sur les téléspectateurs.
Ainsi, le jeune public est exposé de façon insidieuse aux effets probables des jeux de hasard télévisés et la théorie de Γ apprentissage social nous permet de faire des hypothèses quant aux éléments impliqués. En effet, bon nombre d’enfants regardent régulièrement les loteries télévisées. Une étude menée par Ferland (2001) révèle que 10,2 % des enfants interrogés regardent La Poule aux œufs d’or ou La Lampe magique toutes les semaines et que 64,3 % d’entre eux écoutent ces émissions en famille. Par ailleurs, les enfants valorisent et estiment généralement leurs parents et leurs amis, qui deviennent souvent pour eux des modèles. À cet égard, la théorie de !’apprentissage social nous permet de comprendre comment un enfant se forme à partir de modèles. L’enfant acquiert une connaissance personnelle des comportements de ses modèles, et ce, peu importe si leurs actions sont acceptables ou non (Bandura, 1986). Cette théorie explique que les enfants accomplissent un apprentissage personnel en intériorisant les conséquences - positives ou négatives - des actions des modèles qu’ils valorisent. En ce sens, il est donc tout à fait juste de penser que les enfants apprennent en observant leurs parents regarder les loteries télévisées.
Ce n’est pas tout, les résultats d’une étude démontrent que l’un des principaux facteurs prédisposant les adolescents à jouer à la loterie nationale est la participation des parents. La recherche fait aussi ressortir que l’écoute de la loterie télévisée nationale constitue le deuxième facteur en importance. Regarder ce type de programmation a un effet significatif sur la participation des adolescents à la loterie (Pugh & Webley, 2000). D’après ces observations, on pourrait supposer que les jeunes qui écoutent les loteries télévisées en famille font face aux principaux facteurs prédisposant leur participation à de tels jeux.
L’influence des amis est un autre facteur important pour orienter le comportement d’un jeune à l’égard du jeu (Coups, Haddock & Webley, 1998; Gupta & Derevensky, 1997; Griffiths, 1995; Walker, 1992). En effet, !’apprentissage social par les pairs est un élément qui pourrait, outre favoriser la participation aux loteries télévisées, influer possiblement sur !’acquisition et le développement de croyances erronées.
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Les participants à une émission de loterie constituent probablement un modèle pour le téléspectateur puisqu’il lui est facile de s’imaginer être à la place de ces premiers. À ce sujet, une recherche effectuée par Coups, Haddock & Webley (1998) montre qu’il existe une relation entre l’habitude de jeu d’une personne et celle d’un ami. Dans le cas qui nous occupe, le téléspectateur s’identifie certainement au participant lorsqu’il partage sa joie et ressent de l’excitation à le voir gagner, sans que ce dernier soit nécessairement un ami. Ici, l’écoute des loteries télévisées renforce probablement les cognitions erronées concernant la notion de hasard.
L’attitude qu’affichent les modèles à propos du jeu a un rôle important sur la décision de jouer ou non (Walker, 1992). Puisque tous les modèles présentés dans ces émissions aiment les jeux de loteries télévisées et que la plupart véhiculent des cognitions erronées, il est logique de croire que les téléspectateurs intériorisent qu’il est amusant de jouer et développent des biais cognitifs.
La présente étude ouvre plusieurs avenues de recherche intéressantes. Trois domaines pourraient être approfondis plus particulièrement. Premièrement, il serait de mise de vérifier si la théorie de !’apprentissage social s’applique à l’écoute des loteries télévisées, et ce, autant chez un public adulte que chez un public d’âge mineur. Il faudrait aussi établir si les différents éléments associés aux types de biais cognitifs présentés dans ces émissions favorisent l’apparition et le développement de cognitions erronées. Deuxièmement, il importerait d’examiner si l’intérêt pour ces loteries ne résulte pas de l’excitation que peuvent susciter les croyances erronées. Nous croyons que l’attrait pour ces émissions diminuerait sensiblement dans un contexte où ne serait présenté aucun facteur associé à des cognitions erronées ni aucune verbalisation erronée. Analyser les motivations des personnes qui regardent les émissions de loterie pourrait être une voie intéressante pour comprendre pourquoi des personnes adoptent si facilement des croyances erronées. Troisièmement, Loto- Québec a créé et produit toutes les loteries télévisées analysées dans cette étude. Il serait intéressant de vérifier si les loteries télévisées présentées dans d’autres pays contiennent autant de facteurs associés à des biais cognitifs et présentent autant de croyances erronées véhiculées par les animateurs.
30 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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