Expérience d'utilisation de deux outils de
consultation des méthodes de soins informatis
ées
(MSI) chez des infirmières en chirurgie
Mémoire
Audrey Lambert
Maîtrise en sciences infirmières - avec mémoire
Maître ès sciences (M. Sc.)
Expérience d’utilisation de deux outils de consultation
des méthodes de soins informatisées (MSI) chez des
infirmières en chirurgie
Mémoire
Audrey Lambert
Sous la direction de :
Résumé
La Direction des soins infirmiers (DSI) du CHU de Québec-Université Laval (CHU de QC-UL) et celle de l’Institut Universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) se sont investies dans l’élaboration des méthodes de soins interactives (MSI). Les MSI représentent une source d’information destinée au personnel infirmier. Il s’agit d’un ensemble de documentation clinique qui permet de guider la pratique des infirmières afin qu’elles prodiguent des soins selon les meilleures pratiques cliniques harmonisées avec l’établissement de santé. Deux types de plateformes informatisées sont utilisées dans ces deux milieux hospitaliers : l’une d’entre elles est intégrée au dossier clinique informatisée (DCI) alors que pour l’autre, les infirmières doivent quitter leur interface de travail et ouvrir une nouvelle interface pour chercher la MSI dont elles ont besoin. Le but de cette étude exploratoire était de comprendre et de comparer l’expérience d’utilisation des MSI chez les infirmières qui travaillent en chirurgie au CHU de QC-UL et à l’IUCPQ. La MSI reliée à l’insertion, l’entretien et le retrait d’une sonde urinaire était la MSI d’intérêt pour cette étude étant donné que c’est une méthode de soins courante chez les infirmières. Les résultats de l’étude ont montré que les infirmières consultent les deux différentes plateformes des MSI, tant au CHU de QC-UL qu’à l’IUCPQ, et que chacun des moteurs de recherche nécessite des modifications importantes quant à la qualité de leur système ainsi qu’à la qualité des informations que l’on y retrouve pour que leur implantation dans les unités de soins soit optimale. La convivialité des deux interfaces devrait être améliorée afin que les utilisateurs soient satisfaits d’utiliser le service, ce qui les inciterait à consulter davantage les MSI. Une consultation optimale des MSI permettrait aux infirmières de les intégrer davantage à leurs pratiques courantes afin de guider leur pratique clinique selon les meilleures données probantes et entrainerait ainsi des retombées positives pour les patients (qualité des soins et sécurité des patients).
Abstract
The Nursing Director of the CHU de Québec-Université Laval (CHU de QC-UL) and that of the Institut Universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) have been involved in the development of nurse-driven procedures. Nurse-driven protocols are a source of information for nurses. They provide a set of clinical documents that guides the practice of nurses to provide care according to best clinical practices harmonized with the health institution. Two types of computerized platforms are used in these hospitals. One of them is integrated into the hospital Clinical Information System (CIS), while for the other, nurses have to leave their work interface and open a new interface to look for the nurse-driven protocols. The purpose of this exploratory study was to understand and compare the experience of using nurse-driven protocols among nurses working in surgery units at the CHU de QC-UL and the IUCPQ. The nurse-driven protocols related to the insertion, maintenance and removal of a urinary catheter was of interest for this study since it is a common care method among nurses. The results of the study showed that nurses consult nurse-driven protocols platforms at both CHU de QC-UL and IUCPQ, and that both computerized platforms require significant changes in the quality of their system and the quality of the information to be optimally implemented in the care units. The usability of both interfaces needs to be improved so that users are satisfied with the service, which will encourage them to consult the nurse-driven protocols. Optimal consultation of nurse-driven protocols would allow nurses to integrate them more into their current practices, which would guide their clinical practice according to the best evidence and could thus have a positive impact on patients (quality of care and patient safety).
Table des matières
Résumé ... iii
Abstract ... iv
Table des matières ... v
Liste des figures, tableaux, illustrations ... viii
Liste des abréviations, sigles, acronymes ... ix
Remerciements ... x
Introduction ... 1
Chapitre 1 : Contexte et problématique ... 4
1.1 La sécurité des patients ... 4
1.1.1 Portrait international ... 5
1.1.2 Portrait canadien ... 7
1.1.3 Portrait québécois ... 7
1.2 Les infections du tractus urinaire associées à l’usage de la sonde (ITUAUS) ... 9
1.3 Méthodes de soins informatisées (MSI) ... 10
1.4 Finalité des MSI ... 11
1.5 CHU de Québec-Université Laval ... 12
1.6 Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec ... 13
1.7 Question de recherche et objectifs ... 15
Chapitre 2 : Recension des écrits ... 16
2.1 Critères d’inclusion et d’exclusion des études ... 16
2.2 Infection du tractus urinaire associée à l’usage de sonde (ITUAUS) ... 17
2.3 Perceptions des infirmières sur les MSI ... 19
2.4 Utilisation des MSI ... 22
2.5 Les facteurs qui influencent la consultation des MSI chez les infirmières selon la structure, le processus et les résultats ... 24
2.6 Processus de révision des MSI ... 27
Chapitre 3 : Cadre conceptuel ... 30
3.1 Cadre de référence ... 30
3.1.1 Le cadre conceptuel de Betty Neuman ... 31
3.1.2 Les concepts centraux selon Betty Neuman ... 32
3.2 Le Cadre d’évaluation des avantages d’Inforoute santé du Canada ... 37
3.2.2 La qualité de l’information ... 39
3.2.3 La qualité du service ... 39
3.2.4 L’utilisation ... 40
3.2.5 La satisfaction de l’utilisateur ... 40
3.2.6 Qualité et accès ... 41
3.3 Appréciation des cadres de référence pour cette étude ... 42
Chapitre 4 : Méthodologie ... 45
4.1 Choix du devis de recherche ... 45
4.2 Sélection des participants ... 47
4.2.1 Population à l’étude et échantillonnage ... 47
4.2.2 Recrutement des participantes ... 49
4.3 Collecte de données ... 52
4.3.1 Guide d’entrevue ... 53
4.4 Considérations éthiques ... 56
4.5 Critères de rigueur scientifique ... 58
4.6 Traitement et analyse des données ... 61
5. Chapitre 5 : Résultats ... 64
5.1 Profil des infirmières ... 64
5.2 Résumé des principaux résultats selon de cadre d’évaluation des avantages d’Inforoute santé du Canada (2012) ... 68 5.2.1 Utilisation ... 68 5.2.2 Qualité du système ... 71 5.2.3 Qualité du service ... 75 5.2.4 Qualité de l’information ... 77 5.2.5 Qualité ... 80 5.2.6 Satisfaction de l’utilisateur ... 82
5.3 Résumé des principaux résultats selon de cadre conceptuel de Betty Neuman (1995) ... 84
5.3.1 Santé ... 84
5.3.2 Personne ... 84
5.3.3 Soin ... 85
5.3.4 Environnement ... 86
Chapitre 6 : Discussion ... 88
6.1.1 Discussion en lien avec le cadre conceptuel de Betty Neuman (1995) ... 89
6.1.2 Discussion en lien avec le Cadre d’évaluation des avantages d’Inforoute (2012) ... 93
6.2 Forces et limites de l’étude ... 97
6.3 Retombées de l’étude ... 98
6.4 Recommandations pour la pratique ... 99
6.5 Recommandations pour la recherche ... 100
Conclusion ... 102
Bibliographie ... 103
Annexe I : Schéma d’entrevue semi-structuré ... 108
Annexe II : Feuille d’information et formulaire de consentement pour les entrevues individuelles – infirmières du CHU de QC-UL ... 113
Annexe III : Feuille d’information et formulaire de consentement pour les entrevues individuelles – infirmières de l’IUCPQ ... 119
Liste des figures, tableaux, illustrations
Figure 2.1 Étapes du processus de révision des MSIFigure 3.1 Modèle conceptuel de Betty Neuman (1995)
Figure 3.3 : Cadre d’évaluation des avantages d’Inforoute (2012)
Figure 3.3 Combinaison du Cadre d’évaluation des avantages d’Inforoute (2012) et du Modèle conceptuel de Betty Neuman (1995)
Tableau 5.1 : Données sociodémographiques des infirmières (n = 12) Tableau 5.2 : Résultats de l’utilisation
Tableau 5.3 : Résultats de la qualité du système Tableau 5.4 : Résultats de la qualité du service Tableau 5.5 : Résultats de la qualité de l’information Tableau 5.6 : Résultats de la qualité
Liste des abréviations, sigles, acronymes
CAUTI : « Catheter-associated Urinary Tract Infections »CÉR : Comité éthique de la recherche
CHU de QC-UL : Centre hospitalier universitaire de Québec affilié à l’Université Laval EI : Événement indésirable
EIGS : Événement indésirable grave associé aux soins FIC : Formulaire d’information et de consentement FMED : Faculté de médecine
FSI : Faculté des sciences infirmières
IRSPUM : Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal ITUAUS : Infections du tractus urinaire associées à l’usage de la sonde
IUCPQ : Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec IV : Intraveineux
TIC : Technologies de l’information et de la communication
UETMI : Unité d’évaluation des technologies et modes d’intervention VM : Ventimasque
Remerciements
Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont accompagnée tout au long de la réalisation de ce mémoire. Tout d’abord, je tiens à remercier ma directrice de recherche, Marie-Pierre Gagnon, sans qui je n’aurais pu mener à terme mon projet de recherche. Je vous remercie de m’avoir fait confiance et de m’avoir intégré dans votre équipe de recherche pour le projet MSI durant les deux dernières années. Vos commentaires constructifs, votre écoute, votre ouverture, vos idées, votre implication dans mon cheminement, votre support et votre souci du détail m’ont permis de remettre un mémoire d’une rigueur scientifique soutenue.
J’aimerais souligner ma grande reconnaissance à la Fondation du CHU de Québec-Université Laval, à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, à la Fondation Francis et Geneviève Melançon, à l’Ordre régional des infirmières et infirmiers du Québec (ORIIQ) et à la Fondation de l’Association des femmes diplômées des universités (AFDU) en partenariat avec M. Sébastien Proulx. Grâce à vous, j’ai pu me concentrer pleinement à la rédaction de mon mémoire en diminuant mes soucis financiers à l’aide des bourses d’études que vous m’avez octroyées.
Finalement, je remercie mon mari, mon fils, mes parents, ma famille, mes amies et mes collègues pour leurs encouragements, leur présence et leur écoute durant les périodes plus difficiles.
Introduction
La présente étude s’insère dans un projet de recherche intitulé « Améliorer les pratiques et la sécurité des patients par l’utilisation optimale des méthodes de soins par les infirmières » (projet MSI). Le projet est subventionné depuis les deux dernières années par le ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec (MEI). Il est en cours depuis le mois de mai 2018 et a pris naissance à la suite d’une réflexion clinique de la Direction des soins infirmiers de deux établissements de santé, plus précisément le Centre hospitalier universitaire de Québec – Université Laval (CHU de QC-UL) et l’Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ).
De nombreux acteurs clés sont impliqués dans le projet MSI, toujours présents lors des réunions trimestrielles. Au CHU de QC-UL, on retrouve Marie-Pierre Gagnon, chercheuse responsable et professeure à la FSI de l’Université Laval; Brigitte Martel, Directrice des soins infirmiers; Geneviève Roch, professeure à la FSI de l’Université Laval et chercheuse; François Lauzier, professeur agrégé à la FMED de l’Université Laval; Marc Rhainds, co-gestionnaire médical et scientifique de l’UETMIS (Unité d’évaluation des technologies et modes d’intervention et santé); Marie-Claude Gauvin, conseillère-cadre en soins infirmiers et ; Josée Gaudreault, chef de service IPS et recherche. Du côté de l’IUCPQ, on retrouve l’expertise de Nathalie Thibault, Directrice des soins infirmiers; Suzanne Lachance, Adjointe clinique à la Directrice des soins infirmiers. Finalement, Roxane Borgès Da Silva, économiste de la santé et chercheuse à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal (IRSPUM), ainsi qu’une professionnelle de recherche et étudiante à la Maitrise en sciences infirmières prennent part à ce grand projet de recherche.
Lorsque l’étudiante s’est jointe à l’équipe afin d’insérer son sujet d’étude personnel au projet MSI, le projet de recherche était à ses débuts. Elle a été embauchée à titre de professionnelle de recherche où elle s’est occupée de la coordination du projet : gérer la demande d’approbation au Comité éthique du CHU de QC-UL, gérer la demande de convenance à l’IUCPQ, s’occuper du recrutement des participants pour les différentes activités de recherche, organiser les collectes de données, codifier des données pour assurer la confidentialité des participants et analyser les données et les interpréter.
Le projet de recherche de l’étudiante consiste à comprendre et à comparer l’expérience d’utilisation des MSI chez les infirmières qui travaillent en chirurgie au CHU de Québec-Université Laval et à l’IUCPQ. La MSI reliée à l’insertion, l’entretien et le retrait d’une sonde urinaire sera la MSI d’intérêt pour cette étude étant donné qu’il s’agit d’une méthode de soins courante chez les infirmières.
Le projet MSI utilise un devis de recherche mixte et ce dernier se divise en huit activités de recherche. Pour le volet qualitatif, on retrouve les quatre stratégies de recherche suivantes : 1) Observations des infirmières ; 2) Entrevues individuelles avec les infirmières ; 3) Entrevues avec les acteurs clés, et ; 4) Tests de convivialité avec les infirmières. Pour ce volet, afin de contrôler pour le type de soins et le contexte clinique, nous allons cibler l’utilisation par les infirmières des MSI relatives à l’insertion, à l’entretien et au retrait d’une sonde urinaire au CHU de QC-UL en comparaison avec l’utilisation de ces MSI dans une unité de chirurgie comparable à l’IUCPQ, le milieu clinique qui servira de témoin. La convivialité et l’expérience d’utilisation des MSI sont les issues d’intérêt.
Pour le volet quantitatif, on retrouve les quatre activités de recherche suivantes : 1) Étude temps-mouvement ; 2) Analyse de conformité des pratiques ; 3) Révision de dossiers, et ; 4) Analyse économique. Les issues d’intérêt sont le temps de consultation des MSI, la conformité des pratiques avec les recommandations, le nombre, le type et la gravité des erreurs reliées à l’insertion, à l’entretien et au retrait des sondes urinaires, les conséquences pour les patients de même que les coûts associés à la technologie, à la contextualisation des procédures, au temps infirmier pour la consultation des MSI, aux erreurs et aux conséquences pour les patients.
Ce mémoire est séparé en six chapitres. Le premier chapitre servira de mise en contexte permettant d’établir la problématique de l’étude en définissant l’utilité d’un système de consultation des MSI pour les infirmières et les répercussions que cet outil peut avoir sur la sécurité des patients. Le deuxième chapitre présentera un état actuel des connaissances scientifiques par une recension des écrits et abordera les objectifs et les questionnements de recherche. Le troisième chapitre portera sur le choix du cadre conceptuel et décrira le
processus d’analyse des données. Le quatrième chapitre décrira la méthodologie utilisée en présentant le devis de recherche, les critères de rigueur et les considérations éthiques. Finalement, le cinquième et dernier chapitre présentera l’analyse et l’interprétation des résultats et mentionnera les forces et les limites de l’étude.
Chapitre 1 : Contexte et problématique
Dans ce premier chapitre, les éléments qui sous-tendent la pertinence de faire cette étude seront approfondis. D’abord, un constat sur la sécurité des usagers dans les établissements de santé internationaux, canadiens et québécois sera présenté. Ensuite, l’une des infections nosocomiales les plus présentes dans les hôpitaux sera introduite, c’est-à-dire les infections du tractus urinaire associées à l’usage de la sonde (ITUAUS). Finalement, il y aura un survol des différents outils de consultation des méthodes de soins disponibles pour le personnel infirmier et l’accent sera mis sur deux plateformes de consultation des méthodes de soins informatisées (MSI) dans deux centres hospitaliers de la région de Québec. Ce chapitre conclura en présentant les raisons justifiant le choix de faire cette étude spécifiquement sur la MSI reliée à l’insertion, l’entretien et le retrait des sondes urinaires.
1.1 La sécurité des patients
Les professionnels de la santé doivent intervenir tous les jours auprès d’une clientèle fragile et vulnérable (OMS, 2019). Parmi tous les professionnels de la santé qui interviennent en proximité avec les patients et leur famille, ce sont les infirmières qui sont le plus en contact avec eux (FIQ, 2017). En effet, elles sont présentes dans les milieux hospitaliers 24 heures par jour, et ce 7 jours sur 7 (FIQ, 2017). Par conséquent, de par leur présence constante dans les milieux de soins, les infirmières représentent les professionnels qui sont le plus souvent exposés aux situations et aux interventions qui peuvent menacer l’intégrité et la sécurité des patients1 (FIQ, 2017). À cet effet, l’article 42 du code de déontologie des infirmières et
infirmiers du Québec précise que « l’infirmière ou l’infirmier doit, dans le cadre de ses
fonctions, prendre les moyens raisonnables pour assurer la sécurité des clients […] » (Légis
1 L’Institut canadien pour la sécurité des patients (ICSP) définit le concept de la sécurité des
patients ainsi : « la réduction et l’atténuation des effets d’actes dangereux posés dans le système de santé, sans égard à la maladie du patient, ainsi que l’utilisation de pratiques exemplaires éprouvées qui donnent des résultats optimaux confirmés chez les patients ». (ICSP, 2016)
Québec, 2019; OIIQ, 2010). Pourtant, la sécurité des patients demeure une préoccupation pour la ministre de la Santé et des Services sociaux, pour le premier ministre du Québec et pour le premier ministre du Canada et d’ailleurs, dans le plan d’action ministériel 2018-2020, la sécurité et le bienêtre des usagers est une priorité (ICSP, 2015; Gouvernement du Québec, 2018).
1.1.1 Portrait international
Aux États-Unis, entre 44 000 et 98 000 personnes décèdent chaque année à cause des événements indésirables (EI)2 qui ont menacé leur intégrité (Aho-Glele et al., 2017). À cet
effet, en raison des préjudices occasionnés aux patients, les EI représentent la 8e cause de
décès chez ces Américains (Occelli et al., 2007 ; Mahjoub, Bouafia, Cheikh, Ezzi & Njah, 2016). Il existe quatre catégories de préjudices : les infections liées aux soins (infections nosocomiales,3 dont les infections du tractus urinaire associées à l’usage de la sonde); les
affections associées aux soins ou à la médication (plaies de pression); les accidents chez les patients (chutes); et les affections liées aux interventions (oubli de matériel à l’intérieur d’un patient opéré) (ICIS et ICSP, 2016). Bien que les EI soient parfois associés à d’importantes répercussions financières, les EI causent souvent de graves conséquences physiques et psychologiques chez les patients et leur famille (Hôpital général juif, 2012). En France, il y aurait entre 120 000 et 190 000 victimes d’EI chaque année, alors que la majorité d’entre eux auraient pu être évités (Occelli et al., 2007 ; Bouafia, Bougmiza, Bahri, Letaief, Astagneau, Mansour, 2013). Du côté de l’Australie, plus de 16% des patients hospitalisés vivront au moins un EI durant leur parcours de soin et plus de 50% auraient été évitables (Occelli et al., 2007). L’étude de Bouafia, Bougmiza, Bahri, Letaief, Astagneau et Mansour (2013) se
2 La Haute Autorité de santé (2015) définit les événements indésirables comme suit : « un événement indésirable associé aux soins (EIAS) est un évènement inattendu qui perturbe ou retarde le processus de soin, ou impacte directement le patient dans sa santé. Cet évènement est consécutif aux actes de prévention, de diagnostic ou de traitement. Il s'écarte des résultats escomptés ou des attentes du soin et n'est pas lié à l'évolution naturelle de la maladie » (Haute Autorité de santé, 2015).
3 Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ, 2019), les infections nosocomiales sont caractérisées comme étant : « des infections acquises au cours d’un épisode de soins administrés par un établissement du réseau de la santé, quel que soit le lieu où ils sont administrés (INSPQ, 2019).
déroulait en Tunisie, où 14 hôpitaux ont été observés pendant une période de référence d’un mois. Les constats de cette étude montrent que 162 événements indésirables graves (EIG) sont survenus, et ces derniers ont été caractérisés par une augmentation de la durée de l’hospitalisation du patient, par une invalidité temporaire ou permanente, par la mise en danger du pronostic vital, voire même jusqu’au décès du patient. Plus précisément, le pronostic vital des patients était en jeu dans 26% des cas, et plus de 60% des patients ont dû prolonger leur durée de séjour à cause de l’événement indésirable grave associé aux soins (EIGS) dont ils ont été victimes, sans compter que près de 10% des EI étaient associés au décès d’un patient (Bouafia, Bougmiza, Bahri, Letaief, Astagneau et Mansour, 2013; Mahjoub, Bouafia, Cheikh, Ezzi & Njah, 2016). En Espagne, 8.4% des patients seraient victimes de préjudices durant leur hospitalisation (ENEAS, 2006). Ce portrait international sur la sécurité des patients dans ces pays préoccupe grandement l’Organisation mondiale de la Santé (OMS, 2019). D’ailleurs, selon la Haute Autorité de santé (2010), la fréquence de la survenue d’un EIG serait d’un patient sur mille, par jour d’hospitalisation, ce qui correspond à sept patients sur mille chaque semaine (Haute Autorité de Santé, 2010).
La clientèle postopératoire est une clientèle vulnérable, fragile, qui est sous étroite surveillance des professionnels de la santé, particulièrement les infirmières, et qui présente souvent des complications à la suite de leur chirurgie. Parmi les plus communes, on retrouve la pneumonie, les infections des voies urinaires, la thromboembolie pulmonaire, la thrombose veineuse profonde, le délirium et l’accident vasculaire cérébral (Choi, Cho, Kim, et al., 2017). Les patients qui ont subi une intervention chirurgicale vivent de nombreux stresseurs : ils sont dans un contexte hospitalier qui leur est inconnu ; ils ont de nombreux appareils rattachés à eux (solutés, drains, respirateur artificiel) ; sans compter qu’ils subissent diverses interventions effectuées par différents professionnels, ce qui rend donc cette clientèle fortement exposée aux risques d’apparition d’EIGS. Le système urinaire est l’un des systèmes organiques les plus touchés lors des interventions chirurgicales, même s’il n’est pas lié à la cause chirurgicale. Les raisons sont multiples : L’anesthésie, le besoin du contrôle du volume urinaire font en sorte que la sonde urinaire à demeure soit installée. La rétention urinaire n’est pas rare après le retrait de la sonde à demeure et une sonde intermittente peut se faire nécessaire dans le cas de distension vésicale. Cette manipulation de la voie urinaire
augmente le risque d’infection urinaire dans la période post-opératoire (Buckley et Lapitan, 2010).
1.1.2 Portrait canadien
Au Canada, la situation inquiète particulièrement les patients, les professionnels de la santé, les dirigeants du système de santé, la population et de nombreux chercheurs (FIQ, 2010). Près du quart de tous les EI seraient causés par des interventions de la part des professionnels de la santé qui ne respecteraient pas les méthodes de soins à exécuter auprès des patients, qu’elles soient invasives ou non (ICIS et ICSP, 2016). Chaque année, au Canada, les EI tuent entre 9 000 et 24 000 patients (ICIS et ICSP, 2016). Selon l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) et l’Institut canadien pour la sécurité des patients (ICSP), durant l’année 2014 et 2015, 138 000 personnes auraient signalé avoir été victimes d’incidents durant leur hospitalisation (ICIS et ICSP, 2016). Durant l’année 2009-2010, 396 633 936 $ ont servi à traiter les EI, alors que 37% des EI seraient évitables (Aho-Glele et al., 2017; ICSP, 2015).
1.1.3 Portrait québécois
La situation sur la sécurité des patients semblerait aussi déplorable du côté provincial. Au Québec, 513 357 EI ont été déclarés en 2017 (MSSS, 2018). Chaque jour, plus de 1600 lits d’hôpitaux sont occupés par des patients qui doivent prolonger leur séjour d’hospitalisation en raison d’un préjudice (ICIS et ICSP, 2016).
De nombreuses orientations stratégiques existent au Québec ainsi que plusieurs objectifs ministériels pour contrer l’une des plus importantes catégories d’EI, c’est-à-dire les infections nosocomiales (INSPQ, 2019; MSSS, 2019). Les infections nosocomiales sont des infections acquises par les patients durant leur séjour sur une unité de soins dans un établissement du réseau de la santé (ex. hôpitaux, CHSLD, centre de réadaptation, etc.) (INSPQ, 2019). En 2002, 111 patients sur 1000 contractaient une infection nosocomiale durant leur séjour à l’hôpital, alors qu’en 2009, ce taux a augmenté à 124 patients sur 1000
(MSSS, 2019). Bien que cette situation toucherait aujourd’hui soixante-dix patients hospitalisés sur mille, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ce taux d’infections nosocomiales demeure encore trop élevé (MSSS, 2019). Ce type d’infection se transmet lorsque l’hygiène et le manque d’asepsie (stérilité) du personnel ne sont pas respectés ou lorsqu’une mauvaise désinfection de la chambre d’un patient a été faite lors de son transfert (INSPQ, 2019). En outre, une mauvaise manipulation du matériel au moment d’effectuer une technique de soin par le personnel demeure l’un des principaux éléments de propagation des infections nosocomiales (INSPQ, 2019).
Plusieurs programmes de mesures préventives ont été instaurés par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) et des nouvelles politiques de santé ont été implantées dans les hôpitaux pour limiter la propagation des infections nosocomiales (Aho-Glele et al., 2017 ; MSSS, 2004 ; MSSS, 2019). Le programme le plus efficace pour diminuer la prévalence des infections nosocomiales dans les milieux hospitaliers se nomme le Programme de prévention et de contrôle des infections (PIC) (MSSS, 2019). Le PIC comporte plusieurs actions différentes telles que : l’éducation et la formation de son personnel sur les infections nosocomiales et leurs modes de transmission ; l’évaluation des programmes de prévention et de contrôle en place dans l’établissement ; une bonne gestion des éclosions ; et finalement, une gestion efficiente des risques de propagation des agents pathogènes (MSSS, 2019). Des brochures créées par l’Institut canadien pour la sécurité des patients (ICSP) sont distribuées au personnel, aux visiteurs, aux patients et à leur famille et expliquent comment effectuer un lavage des mains efficace pour diminuer le plus possible la propagation des bactéries dans l’établissement (INSPQ, 2019). Aussi, des affiches autocollantes plastifiées se trouvent au-dessus des lavabos dans les toilettes des employées, dans les unités de soin et dans les chambres des patients (MSSS, 2019). Pourtant, malgré plusieurs autres stratégies en place, les infections nosocomiales sont encore trop présentes dans les milieux (MSSS, 2019)
1.2 Les infections du tractus urinaire associées à
l’usage de la sonde (ITUAUS)
Les infections du tractus urinaire associées à l’usage de la sonde (ITUAUS) représentent l’infection nosocomiale la plus fréquente et elle est associée à une augmentation de la morbidité, de la mortalité, des coûts et de la durée de séjour (ICSP, 2016). Les ITUAUS sont un type d’infection urinaire associé au port d’une sonde urinaire, où la sonde représente la porte d’entrée par excellence pour les microorganismes (ICSP, 2016). Les ITUAUS sont définies comme la présence de symptômes d’infection urinaire accompagnée de résultats de cultures urinaires positives selon un échantillon d’urine prélevé directement dans le cathéter ou encore, avec une urine mi-jet chez un patient qui avait une sonde dans les 48 heures précédentes (ICSP, 2016).
Les ITUAUS représentent 40% de toutes les infections nosocomiales aux États-Unis (INSPQ, 2015). Au Québec, plus de 50% des sondes urinaires sont installées sans raison et ne sont pas retirées au moment opportun, ce qui accroît le risque d’infection de 5% par jour, et ce, malgré que le facteur de risque le plus important soit la durée du cathéter en place (Miranda, Boillat, & Kherad, 2017 ; Underwood, 2015 ; ICSP, 2016). De plus, environ 16% des patients se feront installer une sonde urinaire durant leur hospitalisation (ICSP, 2016). Un manque de connaissance du personnel soignant et des déviances procédurales face à la technique de soin à exécuter expliqueraient la prévalence élevée de ce type d’infection (Miranda, Boillat, & Kherad, 2017 ; INSPQ, 2015 ; Medding, Saint, Fowler, Gaies, Hickner, Krein, & Bernstein, 2015 ; Manojlovich, Saint, Meddings, Ratz, Havey, Bickmann, Couture, Fowler, & Krein, 2016). Entre 27% et 69% des ITUAUS seraient évitables si les pratiques des infirmières étaient fondées sur des données probantes et surtout, si les méthodes de soins étaient suivies et respectées par ces professionnelles de la santé (ICSP, 2016).
1.3 Méthodes de soins informatisées (MSI)
Tous les centres hospitaliers rendent disponible à leur personnel infirmier la consultation des méthodes de soins, parfois nommées techniques de soins ou procédures de soins (MSSS, 2018). Selon l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), les méthodes de soins comprennent le matériel et l’équipement requis à l’activité, les éléments que l’infirmière doit évaluer avant de procéder ainsi que les étapes à suivre dans un certain ordre (OIIQ, 2016). Ce type d’outil permet aux infirmières de guider leur pratique selon les meilleures recommandations émises par la recherche, ce qui diminue les risques de causer des EI (CESS, 2017). À titre d’exemple, une infirmière qui se fie à la méthode de soins disponible dans son hôpital lors de l’insertion d’une sonde urinaire diminue grandement le risque de causer une ITUAUS à son patient, s’assure que sa technique de soin est à jour et assure à la fois la qualité de ses soins, mais aussi la sécurité de son patient (Durant, 2017). À l’ère de la technologie, certains centres hospitaliers offrent même des plateformes de consultation des méthodes de soins informatisées (MSI) (CESS, 2017).
Au Québec, il y a environ une douzaine d’années, les MSI n’existaient pas (CESS, 2017). Quant à elles, les méthodes de soins existaient, mais elles étaient offertes uniquement en format papier, soit par l’entremise de manuels scolaires, de documentation disponible à la bibliothèque de l’hôpital ou de l’établissement d’enseignement, ou bien par des documents « maison » créés et adaptés par les milieux académiques ou hospitaliers (CESS, 2017). Un des points négatifs cruciaux qui concernait les méthodes de soins en format papier était que leur mise à jour était difficile et que les infirmières consultaient souvent des méthodes de soins désuètes pour guider leur pratique, ce qui n’était pas propice pour assurer la sécurité de la clientèle (CESS, 2017 ; Durant, 2017). Au fil des années, des changements ont été faits par les organisations de santé à la suite de ces constats.
Les outils de documentation sur support papier existent toujours, mais de grandes innovations ont été faites concernant les outils de références pour les méthodes de soins (CESS, 2017). Il est encore possible pour les infirmières de se procurer le livre « Santé, assistance et soins infirmiers » (SASI) qui offre toujours le manuel de consultation des méthodes de soins et qui
vient maintenant avec une clef USB afin d’offrir une consultation électronique (Chenelière éducation, 2019). Aussi, d’autres manuels bien connus dans le domaine des soins infirmiers existent toujours, comme le livre « Soins infirmiers – fondements généraux » qui présente 64 méthodes de soins infirmiers et qui est souvent utilisé dans les établissements d’enseignement québécois (Chenelière éducation, 2019). L’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) avait développé un outil de consultation des méthodes de soins qui était initialement sous forme papier, puis a innové en créant des méthodes de soins informatisées (MSI) accessibles sur les postes d’ordinateurs des hôpitaux (CESS, 2017). Or, cet organisme a disparu le 1er avril 2015 après l’entrée en vigueur de la « Loi modifiant
l’organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux » qui a aboli les agences régionales (dont l’AQESSS) (MSSS, 2015). Le Centre d’expertise en santé de Sherbrooke (CESS) a repris les MSI de l’AQESSS et en a poursuivi le développement et la diffusion.
Il y a quelques années, deux outils de consultation des méthodes de soins informatisées ont été créés et sont toujours utilisés dans plusieurs établissements de santé québécois. L’un d’entre eux est une plateforme de consultation des MSI intégrée au dossier clinique informatisé (DCI) développé par le Centre hospitalier universitaire de Québec affilié à l’Université Laval (CHU de QC-UL) et la compagnie Hospitalis. L’autre plateforme, qui est présentement utilisée à l’Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) nécessite un abonnement annuel à une compagnie nommée Centre d’expertise en santé de Sherbrooke (CESS).
1.4 Finalité des MSI
Les MSI ont pour finalité d’améliorer les processus de soin par la promotion des pratiques infirmières fondées sur les données probantes, ce qui contribue à augmenter la qualité et la sécurité des soins (Durant, 2017). Le contexte d’innovation des MSI au CHU de QC-UL est de rendre disponibles les recommandations pour la pratique infirmière à travers la plateforme informatique intégrée directement au dossier clinique informatisé (DCI), ce qui présente un
réel potentiel permettant l’amélioration de la qualité des soins au sein de ses établissements de santé (Taba, Habicht, Tarien, Mathiesen, Hill, et al., 2012). L’adaptation des MSI, son moyen de diffusion et la plateforme de consultation contribuent à l’adoption d’une pratique harmonisée au sein du personnel soignant de tous les établissements de santé du CHU de QC-UL (CLSC, CHSLD, hôpitaux, etc.). Il s’agit d’une innovation majeure pour les soins infirmiers puisque nul autre centre hospitalier au Québec n’offre un tel système de consultation des MSI. Certes, d’autres établissements de santé offrent la consultation des MSI, mais sans qu’elles soient intégrées aux dossiers cliniques des patients, ce qui rend le parcours d’accessibilité aux MSI fort différent (CESS, 2017). Les MSI peuvent alors être conçues comme une composante essentielle qui se trouve dans un système informatisé de soins infirmiers et avoir des répercussions directes sur la qualité des soins et sur la sécurité des bénéficiaires par la diminution des événements indésirables graves associés aux soins (EIGS), notamment en diminuant la prévalence des infections urinaires par une meilleure adhésion à la procédure citée dans la MSI (Urquhart, Currell, Grant et Hardiker, 2019).
1.5 CHU de Québec-Université Laval
Depuis plus d’une décennie, soit précisément depuis l’année 2004, la Direction des soins infirmiers (DSI) du CHU de QC-UL et son équipe clinique formée d’infirmières cliniciennes et d’infirmières cliniciennes spécialisées s’investissent dans l’élaboration et la mise à jour des MSI. Les MSI constituent une source d’information destinée aux infirmières et membres du personnel infirmier qui regroupe différents types de documentation clinique (protocoles, techniques, méthodes, procédures, politiques, etc.) dans un même outil afin de permettre l’application des meilleures pratiques de façon harmonisée pour l’ensemble de ses établissements (OIIQ, 2016; OIIQ, 2013; Grenier, Roch, Buteau & Martel, 2015). Cet outil les guide, étape par étape, dans la démarche de soins à exécuter, en s’assurant d’offrir des soins de qualité et sécuritaires à la clientèle (CESS, 2017 ; OIIQ, 2016). Les infirmières retrouvent présentement plus de 400 MSI dans une plateforme informatisée qui est nouvellement intégrée dans le dossier clinique informatisé (DCI) dans le système Cristal-Net (CHU de Québec-Université Laval, 2019). Les infirmières consultent les MSI sur leur
interface de travail principal, soit l’endroit qu’elles consultent le plus souvent durant leur quart de travail (CHU de Québec-Université Laval, 2019). C’est une équipe d’infirmières qui développe, met à jour et adapte les méthodes de soins selon une approche rigoureuse basée sur les plus récentes données scientifiques, toujours en considérant le contexte organisationnel spécifique du CHU de QC-UL ainsi que les besoins spécifiques de ses cliniciens (Grenier, Roch, Buteau & Martel, 2015; ADAPTE Collaboration, 2009). En effet, le fait de se préoccuper de ces éléments et d’y accorder de l’importance favorise l’adoption des recommandations cliniques par le personnel (Durant, 2017). Les MSI sont mises à jour tous les trois ans selon un processus de révision semblable à la méthode ADAPTE pour l’adaptation des recommandations cliniques (Grenier, Roch, Buteau & Martel, 2015 ; ADAPTE Collaboration, 2009).
1.6 Institut universitaire de cardiologie et de
pneumologie de Québec
Depuis la création de la plateforme web permettant la consultation des MSI par le Centre d’expertise de santé de Sherbrooke (CESS), l’IUCPQ renouvelle continuellement ses abonnements, et ce, depuis l’année 2006 (CESS, 2017). Les MSI du CESS permettent la consultation de plus de 600 méthodes de soin, accessibles pour le personnel soignant, les étudiants en soins infirmiers et les stagiaires (préposés aux bénéficiaires, auxiliaires de santé, infirmières auxiliaires, infirmières, etc.) (CESS, 2017). Cet abonnement permet aux autres professionnels tels les inhalothérapeutes et les préposés aux bénéficiaires de consulter plus de 150 techniques de soin (CESS, 2017). Cette plateforme de consultation des MSI est disponible en tout temps pour les employés et les stagiaires lorsqu’ils se connectent sur leur navigateur Web sur la page Intranet de l’IUCPQ, un moteur de recherche fréquemment consulté par les infirmières durant leur quart de travail.
Il s’avère donc important d’étudier les perceptions du personnel infirmier quant à l’utilisation de leur outil de consultation des MSI, tant au CHU de QC-UL qu’à l’IUCPQ, puisque cela permet de guider leur pratique clinique (Gagnon, & Simonyan, 2011 ; Grenier, Roch, Buteau, Martel, 2015). Pourtant, à ce jour, aucune étude n’a permis de comparer ces deux plateformes
de MSI en ce qui concerne l’expérience d’utilisation des infirmières dans le but d’identifier des pistes d’amélioration. Cette évaluation s’avère donc être nécessaire et même essentielle afin d’optimiser l’utilisation des méthodes de soins infirmiers permettant de soutenir la pratique infirmière et ainsi favoriser le partage des connaissances fondées sur des données probantes dans les établissements de santé québécois.
Ainsi, ce projet a pour but d’évaluer l’utilisation des méthodes de soins informatisées (MSI) intégrées au DCI (MSI-CHU de QC-UL) dans le contexte particulier de l’insertion, l’entretien et le retrait de sondes urinaires dans les unités de chirurgie et de le comparer à l’utilisation d’une autre plateforme de méthodes de soins informatisées (MSI-CESS). Plusieurs bénéfices peuvent découler de l’utilisation des MSI, dont la réduction des erreurs (incidents et accidents aux patients), l’amélioration de la prestation des soins infirmiers, une meilleure expérience patient et finalement, une rapidité d’accès à l’information pour le personnel qui est bien souvent surchargé (Piscotty, Kalisch, Gracey-Thomas et Tarandi, 2015). Or, ces bénéfices demeurent peu documentés en l’absence d’une évaluation rigoureuse de l’utilisation de ces deux types de plateformes de MSI et de leurs retombées.
1.7 Question de recherche et objectifs
Ce projet consiste à répondre à la question de recherche suivante :
Quelle est l’expérience d’utilisation des MSI chez les infirmières qui travaillent en chirurgie au CHU de Québec-Université Laval et à l’IUCPQ ?
La MSI reliée à l’insertion, l’entretien et le retrait d’une sonde urinaire sera la MSI d’intérêt pour cette étude étant donné qu’il s’agit d’une méthode de soins courante chez les infirmières. Le choix des unités ciblées par l’étude s’explique par le grand nombre de sondes de soin est justifié par le grand volume de sondes urinaires en place chez les patients en période postopératoire immédiate dans les unités de chirurgie et les conséquences désastreuses associées au non-respect de l’hygiène et de l’asepsie lors de la manipulation d’un cathéter urinaire (Gillen, Isbell, Michaels, Lau & Sawyer, 2015).
L’objectif général est de documenter l’expérience de l’utilisation d’une plateforme de consultation des MSI chez des infirmières qui travaillent sur une unité de chirurgie au CHU de Québec-Université Laval et à l’IUCPQ.
Les objectifs spécifiques sont de :
1. Décrire et comprendre l’expérience des infirmières qui utilisent la plateforme de consultation des MSI
2. Documenter les avantages et les inconvénients à utiliser un outil de consultation des MSI
3. Explorer s’il existe une différence dans l’utilisation des deux outils de consultation des MSI dans un milieu comparativement à l’autre (CHU de Québec versus IUCPQ) 4. Explorer les résultats escomptés/bénéfices sur les patients lors de l'utilisation de
l'une ou l'autre des plateformes de consultation des MSI par les infirmières
Chapitre 2 : Recension des écrits
Dans cette section, les résultats d’une recension des études conduites dans différents pays ayant documenté l’expérience d’utilisation des MSI chez les infirmières seront présentés. La recension a été effectuée à partir des bases de données PubMed, CINHAL, Medline et Google Scholar. Les mots-clés suivants « infirmière », « infirmières », « personnel infirmier », « infirmière autorisée », « professionnel de la santé », « méthodes de soins infirmiers », « infection du tractus urinaire associée à l’usage de sonde » (ITUAUS traduit en anglais par CAUTI), « cathéter urinaire », « retrait d’un cathéter urinaire », « attitude », « perceptions », « opinions », « pensées », « sentiments », « expérience », « vision », « réflexion » et « croyances » ont été traduits en anglais par les mots-clés « nurse », « nurses »,
« nursing staff », « registered nurse », « health care professional », « nurse-driven protocols », « cauti », « urinary catheter », « urinary catheter related tract infection », « nurse driven protocols for urinary catheter removal », « attitude », « perceptions », « opinions », « thoughts », « feelings », « experience », « view », « reflection » et « beliefs ».
2.1 Critères d’inclusion et d’exclusion des études
Les critères d’inclusion des études étaient les suivants : 1) consister en des études de type qualitatif, quantitatif ou mixte et des revues systématiques d’études descriptives; 2) porter sur l’expérience d’utilisation des MSI chez les infirmières qui travaillent dans divers milieux de soins; 3) être publiées à partir de 2009, ce qui réfère à une période de référence approximative de 10 ans; et 4) être publiées en français ou en anglais. Considérant le fait qu’il y avait de nombreux thèmes à chercher pour chacun des concepts, il a été décidé de séparer chaque thème selon trois routines de recherche. Chacune des routines créées a été recherchée individuellement dans chaque base de données en comprenant toujours ces deux concepts clés : concept #1 qui est « infirmière » et le concept #2 qui est « méthodes de soins infirmiers » (MSI) et « infection du tractus urinaire associée à l’usage de sondes (ITUAUS) » (traduit en anglais par « CAUTI »). Ces deux concepts étaient toujours présents lors des recherches pour chacune des routines, et ce, pour chaque base de données. C’est le concept
#3, soit les pistes d’amélioration du système de consultation sur le plan de la convivialité (perceptions des infirmières), qui pouvait changer dans les routines.
Un total de 16 études a été recensé dans le cadre de ce projet. De ce nombre, on retrouve une étude qualitative, 12 études quantitatives, et deux revues systématiques. La majorité de ces études avaient pour objectif de documenter l’expérience d’utilisation des MSI reliées à l’insertion, l’entretien et le retrait d’une sonde urinaire chez les infirmières. Les études ont été majoritairement conduites dans de nombreux endroits aux États-Unis tels qu’au Michigan, au Massachusetts, en Alabama, en Californie et en Floride ainsi qu’au Canada, plus spécifiquement à Thunder Bay et au Québec.
Bien que chacune des études recensées comportait une population différente, qu’il s’agisse d’une clientèle pédiatrique, adulte ou gériatrique, hospitalisée dans un milieu de cancérologie ou encore, aux soins intensifs, leurs conclusions mentionnaient toutes l’importance de se fier aux données probantes lors de la création des outils cliniques tels que les MSI sur l’insertion, l’entretien et le retrait des sondes urinaires afin de guider une pratique optimale chez les professionnels de la santé (McCoy et al., 2017 ; Grenier, Roch, Buteau et Martel, 2015).
2.2 Infection du tractus urinaire associée à l’usage de sonde
(ITUAUS)
Parmi tous les types d’infections nosocomiales, au Canada, l’infection du tractus urinaire associée à l’usage de sonde (ITUAUS) serait l’infection nosocomiale la plus fréquente en contexte hospitalier (Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015 ; Conner et al., 2013 ; Dy, Major-Joynes, Pegues & Bradway, 2016). Au Canada comme aux États-Unis, les ITUAUS demeurent tout de même responsables de 40% de toutes les infections nosocomiales, représentant 387 550 cas d’infections évitables chaque année, et ce, bien que des lignes directrices nationales favorisent l’implantation de stratégies de prévention des ITUAUS dans les établissements de santé (Alexaitis & Broome, 2014).
Aux États-Unis, 25% à 30% des patients se font installer une sonde urinaire par une infirmière au moins une fois durant leur trajectoire de soin (Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015 ; Conner et al., 2013). De ce nombre, chaque jour où le cathéter est en place augmente le risque de contracter une ITUAUS de 5% par jour (Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015 ; Conner et al., 2013). D’ailleurs, 70 à 80% des infections nosocomiales sont des ITUAUS (Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015 ; Conner et al., 2013). Ainsi, les MSI sur l’insertion, l’entretien et le retrait d’une sonde urinaire ont leur place plus que jamais dans les milieux de soins afin de diminuer la prévalence des ITUAUS dans les hôpitaux.
En Californie, selon une revue de littérature basée sur 34 articles scientifiques, des chercheurs ont montré que des décès pouvaient être associés aux complications des infections urinaires. Plus précisément, sur un total de 93 300 infections urinaires répertoriées chaque année, il y aurait environ 13 000 décès par an (McCoy et al., 2017). C’est à partir de ce constat saisissant que des chercheurs ont décidé de créer une MSI sur les sondes urinaires, développée et implantée dans deux unités de soins oncologiques (McCoy et al., 2017).
Du côté de la Pennsylvanie, une intervention technologique a rapporté des résultats intéressants permettant de diminuer de beaucoup les ITUAUS (Dy, Major-Joynes, Pegues & Bradway, 2016). En effet, des rappels électroniques qui évoquaient le retrait de la sonde urinaire en temps opportun ont permis de diminuer le taux d’ITUAUS de 3,6 à 2,5 infections pour 1000 jours de port d’une sonde urinaire (Dy, Major-Joynes, Pegues & Bradway, 2016). Il importe de souligner que ces alertes électroniques s’appuyaient sur les meilleures données probantes disponibles (Dy, Major-Joynes, Pegues & Bradway, 2016).
Au Canada, les conseillères cliniques en soins infirmiers, les gestionnaires en santé, les coordonnatrices et plusieurs autres responsables du personnel ont comme priorité de diminuer la prévalence des ITUAUS dans leur milieu. Notamment, plusieurs stratégies de prévention sont en place dans les hôpitaux. À titre d’exemple, on trouve le maintien du sac de drainage sous le niveau de la vessie, l’évaluation et l’entretien régulier de la sonde urinaire ainsi que le retrait du cathéter le plus rapidement possible (Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015 ; Alexaitis & Broome, 2014). Toutefois, bien que ces recommandations soient
normalement respectées par la majorité des infirmières, certains patients demeurent réfractaires au respect de ces directives (Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015 ; Alexaitis & Broome, 2014). En effet, il y a parfois des patients ou leurs proches qui désirent fermement conserver la sonde urinaire en place malgré les explications transmises par l’infirmière responsable sur les risques encourus associés au maintien d’un cathéter en place trop longtemps (Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015). Malgré les recommandations émises, l’incidence des ITUAUS ne cesse d’augmenter au fil des années (Conner et al., 2013).
2.3 Perceptions des infirmières sur les MSI
À titre de rappel, les MSI comprennent le matériel, les éléments d’évaluation qui précèdent la technique de soin ainsi que les étapes à suivre dans un ordre chronologique pour effectuer une intervention (OIIQ, 2016 ; Durant, 2017). Les MSI permettent à l’infirmière de s’assurer que sa technique de soin est à jour, ce qui assure la qualité et la sécurité dans les soins (Durant, 2017). Les MSI permettent aussi une augmentation de la flexibilité et de la réactivité dans les soins puisque les infirmières ont un accès rapide à l’information (Bonneville & Sicotte, 2008). En dernier lieu, l’utilisation des MSI permet une prise de décision plus décentralisée, qui laisse davantage de latitude et d’autonomie dans les décisions des infirmières (Bonneville & Sicotte, 2008).
Selon une étude prospective de Danckers et al. (2013), les chercheurs ont montré qu’une MSI particulièrement utilisée aux soins intensifs, soit le sevrage de ventilation, était à la fois sécuritaire, facile à utiliser pour le personnel, possible à mettre en œuvre et puis généralement bien acceptée par le personnel soignant. Dans leur étude, un point positif déterminant a montré que la MSI sur le sevrage de ventilation avait véritablement réduit la durée en place du ventimasque ainsi que la durée de séjour du patient (Danckers et al., 2013). Ainsi, cette MSI spécifique a alors apporté des résultats plus que positifs sur la sécurité et le bienêtre des patients.
Dans cette même ligne de pensée, une étude observationnelle prospective a montré qu’à la suite de l’implantation d’une MSI sur l’insertion et le retrait des sondes urinaires, il y avait
eu une diminution des utilisations inappropriées des cathéters urinaires de 73% (Alexaitis & Broome, 2014). Enfin, toujours à la suite de l’implantation de la MSI sur les sondes urinaires, les ITUAUS ont diminué de 81% pour 1000 jours de port du cathéter urinaire (Alexaitis & Broome, 2014). En lien avec la pertinence de ces résultats, les chercheurs de cette étude ont réitéré l’importance de plusieurs stratégies pour diminuer le taux d’ITUAUS. Parmi ces stratégies, on trouve notamment une participation active des acteurs clés (gestionnaires, assistantes-infirmières-chefs et chefs d’unités), l’éducation des infirmières sur les mesures alternatives aux sondes à demeure et des soins de routine à effectuer lors du port d’une sonde urinaire, une formation adressée aux infirmières en lien avec les MSI, une surveillance accrue de la conformité de la technique avec la MSI, ainsi qu’une rétroaction continue des décideurs cliniques à partir des révisions des dossiers médicaux (Alexaitis & Broome, 2014).
Selon une autre étude descriptive qui avait pour but d’évaluer les avantages perçus lors de l’implantation d’une MSI sur la sédation des patients à l’unité des soins intensifs, les chercheurs ont examiné les impacts de l’utilisation de cette MSI. Les issues d’intérêts des chercheurs étaient la fréquence des erreurs médicamenteuses ainsi que les perceptions du personnel infirmier qui utilisait la MSI sur la sédation des patients (Beck, 2008). À la suite de l’implantation de cette MSI aux soins intensifs, les infirmières ont confié avoir remarqué une amélioration de la qualité des soins prodigués aux patients depuis qu’elles utilisent la MSI et reconnaissaient avoir une plus grande précision lors de l’administration des médicaments intraveineux (IV), ce qui selon elles, diminuait directement le risque d’événement préjudiciable (Beck, 2008).
À Boston, dans un hôpital qui reçoit environ 27 000 enfants par année, de nombreux professionnels de la santé tels que des médecins généralistes et spécialistes, des infirmières et des pharmaciens ont affirmé percevoir de nombreux points positifs après l’introduction d’une MSI sur la gestion de la douleur pour la clientèle pédiatrique (Meunier-Sham & Ryan, 2003). La MSI est disponible directement dans la plateforme où se trouve le dossier clinique informatisé (Meunier-Sham & Ryan, 2003). La MSI sur la gestion de la douleur chez les enfants était la MSI sélectionnée par les chercheurs puisque la clientèle pédiatrique subit fréquemment des interventions douloureuses et inconfortables telles que l’insertion d’un
cathéter intraveineux, de nombreuses prises de sang, l’insertion d’un cathéter urinaire, etc. (Meunier-Sham & Ryan, 2003). Depuis l’introduction de la MSI sur la gestion de la douleur à l’unité de l’urgence, les médecins trouvent que le département est plus silencieux qu’auparavant et que les délais de soins pour traiter les patients ont diminué depuis que les infirmières peuvent directement initier des mesures qui permettent de diminuer la douleur de l’enfant avant d’effectuer une intervention inconfortable (Meunier-Sham & Ryan, 2003). Quant aux MSI spécifiques aux sondes urinaires, une revue systématique des études effectuée aux États-Unis durant une période de référence allant de 2006 à 2016 avait pour objectif d’évaluer l’effet des MSI sur les sondes urinaires sur les indicateurs cliniques et à la prévalence des ITUAUS (Durant, 2017 ; Zurmehly, 2018). Selon les 29 études incluses, les MSI représentent une source d’information fiable pour les infirmières et elles ont montré avoir eu un impact positif sur la prévalence des ITUAUS (Durant, 2017).
Les infirmières connaissent généralement bien les avantages associés à l’utilisation des MSI sur les sondes urinaires. À cet effet, en ce qui concerne précisément la MSI sur le retrait du cathéter urinaire, l’étude de Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes (2015) a montré que les infirmières qui utilisaient cette MSI ressentaient davantage d’autonomie professionnelle, avaient la perception d’en retirer un gain de temps quotidien dans leur travail, aidaient les patients à augmenter leur indépendance, réduisaient le risque d’ITUAUS et augmentaient la communication interprofessionnelle (Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015). Finalement, les résultats ont montré qu’il y avait non seulement une diminution du nombre d’oublis de cathéters urinaires chez les patients, mais aussi que davantage de médecins notaient la présence du cathéter dans leurs notes médicales présentes dans les dossiers cliniques des patients (Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015).
Enfin, l’implantation des MSI sur l’insertion, l’entretien et le retrait des cathéters urinaires dans les milieux cliniques facilite une utilisation appropriée et sécuritaire des sondes urinaires chez les patients (Durant, 2017). De manière générale, l’utilisation des MSI dans la pratique permet aux infirmières de prendre les meilleures décisions cliniques de façon autonome et assure une prestation des soins de qualité (Durant, 2017 ; Conner et al., 2013 ; Olson-Sitki,
Kirkhride & Forbes, 2015). Les MSI augmentent aussi l’autonomie professionnelle des infirmières étant donné qu’elles n’ont pas besoin d’une prescription médicale pour intervenir puisque chaque MSI comporte une liste d’éléments de vérification qui déterminent la nécessité d’insérer, de conserver ou de retirer une sonde urinaire (Durant, 2017 ; Conner et al., 2013 ; Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015). En augmentant l’autonomie professionnelle des infirmières, les MSI améliorent la relation interprofessionnelle entre l’infirmière et le médecin puisqu’elles évitent de créer des frictions inutiles comme lors du réveil d’un médecin pour obtenir son autorisation pour introduire un cathéter urinaire chez un patient qui a retiré sa sonde urinaire par accident (démence ou délirium) (Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015). Pour terminer, l’implantation de la MSI sur le retrait d’une sonde urinaire a montré une diminution du taux d’ITUAUS, du coût des médicaments et du matériel associés aux ITUAUS, de la durée du port du cathéter et finalement, de la durée de séjour des patients (Alexaitis & Broome, 2014).
2.4 Utilisation des MSI
Les outils cliniques tels que les MSI sont basés sur les données probantes ayant pour objectif de soutenir des soins infirmiers sécuritaires, de qualité, centrés sur les besoins du patient (Johnson, Gilman, Lintner & Buckner, 2016). Ils assurent aussi une structure de stabilité, de durabilité et d’uniformité dans les milieux de soins (Johnson, Gilman, Lintner & Buckner, 2016). Néanmoins, bien que la pertinence associée aux données probantes pour guider la pratique des infirmières soit bien connue, il existe pourtant un écart entre les recommandations émises par la recherche et les interventions cliniques effectuées dans les milieux de soins (Johnson, Gilman, Lintner & Buckner, 2016). Pourtant, toutes les infirmières ont suivi une formation équivalente, qu’elle soit collégiale ou universitaire. Selon l’étude de Johnson, Gilman, Lintner et Buckner (2016), en Alabama, il existe un écart de 17 ans dans la mise en œuvre des meilleures pratiques au chevet du patient, et ce, malgré que la formation universitaire en soins infirmiers mette l’emphase sur les données probantes dans les divers programmes de formation pour la profession infirmière. Selon ces chercheurs,
cela pourrait s’expliquer par un manque de cohérence entre les études et ceux qui implantent les données probantes dans les milieux de soins (Johnson, Gilman, Lintner & Buckner, 2016). Face à ce constat, une des solutions potentielles qui permettrait de promouvoir l’implantation des données probantes dans les milieux de soins pourrait être par l’entremise d’un outil clinique tel les MSI.
Enfin, il y aurait de 30 à 40% des patients qui recevraient un traitement qui ne respecterait pas les dernières recommandations émises par la recherche (Johnson, Gilman, Lintner & Buckner, 2016 ; Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015). De plus, il existerait un lien entre le niveau d’expérience d’une infirmière et l’utilisation qu’elle fait des MSI (Johnson, Gilman, Lintner & Buckner, 2016 ; Olson-Sitki, Kirkhride & Forbes, 2015). À cet effet, des chercheurs ont mentionné que les infirmières plus expérimentées seraient moins enclines à utiliser les MSI comparativement aux infirmières novices (Conner et al., 2013). À titre de précision, le premier stade de développement de l’infirmière débute par le stade de novice, suivi par celui de débutante, de compétente, de performante et termine par celui d’experte (Benner, 1995). Donc, les infirmières novices représentent le premier stade de développement de la profession, où les connaissances, l’expérience clinique et les savoirs sont limités et où le jugement clinique est laborieux (Phaneuf, 2008). Quant aux infirmières expertes, elles interviennent à leur tour très rapidement et avec intuition dans la majorité des situations d’urgence (Phaneuf, 2008). En d’autres mots, moins l’infirmière semble avoir d’expérience, plus elle serait encline à consulter les MSI pour la guider dans ses interventions, contrairement aux infirmières qui ont de nombreuses années d’expérience (Phaneuf, 2008).
Toutefois, la recherche a montré que la majorité des infirmières, qu’elles aient plus ou moins d’expérience clinique, trouvent que les affiches de mises à jour et de rappels, placées à des endroits stratégiques, sont très utiles pour la pratique infirmière (Conner et al., 2013). Certes, ce type de rappels serait perçu par les infirmières comme étant aussi important que les séances de formations sur les MSI (Conner et al., 2013).
Il demeure donc crucial de tenir compte de la réalité actuelle des infirmières et des facteurs qui peuvent diminuer l’utilisation de tels outils. Des infirmières ont confié être très occupées avec les soins des patients, ne pas avoir de compétences suffisantes en recherche ou en données probantes, avoir un manque d’intérêt pour la recherche, ne pas avoir assez de temps et finalement, avoir des ressources limitées (Johnson, Gilman, Lintner & Buckner, 2016). Les constats de ces chercheurs ont montré que les infirmières interrogées se basent soit sur leur jugement personnel faisant référence à leurs expériences antérieures ou soit sur les opinions de leurs collègues plutôt que sur les divers outils cliniques mis à leur disposition tels que les MSI (Johnson, Gilman, Lintner & Buckner, 2016).
En somme, tous les auteurs des études recensées s’accordent pour affirmer que de plus amples recherches devraient être effectuées sur l’adoption des pratiques qui visent à réduire ou à prévenir les ITUAUS, mais que les MSI peuvent y jouer un rôle crucial (Conner et al., 2013 ; McCoy et al., 2017). C’est en assurant une pratique clinique fondée sur les données probantes, notamment par l’utilisation des MSI sur l’insertion, l’entretien et le retrait des sondes urinaires, que les infirmières peuvent à la fois prévenir les ITUAUS, assurer une utilisation optimale des cathéters urinaires et ainsi, maintenir la relation de confiance avec le patient (McCoy et al., 2017).
C’est d’ailleurs pour cette raison principale que le but de cette étude est de documenter l’expérience de l’utilisation d’une plateforme de consultation des MSI chez des infirmières qui travaillent dans une unité de chirurgie au CHU de Québec-Université Laval et à l’IUCPQ afin de réfléchir aux différentes pistes d’améliorations possibles permettant d’optimiser la satisfaction des utilisateurs des plateformes des MSI.
2.5 Les facteurs qui influencent la consultation des MSI chez les
infirmières selon la structure, le processus et les résultats
À l’ère de la technologie, le secteur de la santé vit présentement de grandes transformations dans la gestion des soins (Bonneville & Grosjean, 2007). Les réformes en santé changent
souvent, le contexte de réorganisation des soins et de restructuration du personnel est continuellement présent, sans compter toutes les innovations en santé comme les rendez-vous téléphoniques ou par vidéoconférences plutôt qu’en personne, les consultations des dossiers cliniques à l’aide d’une plateforme informatique plutôt qu’en version papier, ainsi que tous les nouveaux outils cliniques informatisés avec lesquels le personnel doit se familiariser rapidement pour travailler de manière efficace et sécuritaire (Bonneville & Grosjean, 2007). En effet, les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont présentes plus que jamais dans le système de santé québécois et grâce à elles, les professionnels de la santé se sentent davantage outillés dans leur pratique, plus autonomes et performants sur le plan clinique, confiants d’avoir un meilleur partage des connaissances et des informations entre les différents professionnels, et surtout, ils se trouvent davantage efficaces et sécuritaires dans les soins qu’ils prodiguent à une clientèle fragile et complexe (Grosjean & Bonneville, 2007). Tel que mentionné précédemment, les TIC dans le domaine de la santé sont de plus en plus présentes et depuis les dix dernières années, davantage d’hôpitaux québécois se tournent vers l’informatisation dans les milieux de soins (Grosjean & Bonneville, 2007). En effet, lors de l’embauche de nouveaux professionnels ou de stagiaires, des formations sont dédiées à la démonstration et à la pratique de différents outils informatisés (Grenier, Roch, Buteau et Martel, 2015). D’ailleurs, tous les nouveaux employés, mais particulièrement les infirmières, les infirmières auxiliaires et les inhalothérapeutes, ont plusieurs heures de formation pour se familiariser avec la plateforme de consultation des MSI en place dans leur établissement. Toutefois, différents facteurs présents au niveau de la structure, du processus et des résultats influencent la consultation des MSI. Tout d’abord, la structure englobe à la fois les caractéristiques de l’organisation, les ressources matérielles, humaines et financières dont dispose l’établissement de santé (Donabedian, 2017). La structure comprend également l’ensemble de l’équipement technologique tels que les postes d’ordinateurs, les plateformes de consultation des MSI et les services de soutien technologiques offerts dans l’établissement (Donabedian, 2017 ; Inforoute, 2012). Enfin, la structure comprend aussi la gestion d’un budget, dont une portion est spécifiquement allouée pour les MSI. Dans le cas de l’IUCPQ, le budget est associé à un abonnement annuel à une plateforme des MSI alors qu’au CHU de