DREEM
Istanbul Mai 2009
CROISSANCE ET CRISE FINANCIERE EN
TURQUIE (1994-2005) : QUEL IMPACT SUR LA
REPARTITION DES REVENUS ET LA PAUVRETE ?
Burak Gürbüz
*& Marc Raffinot
**Résumé
En Turquie, dans la période 1994-2005 la croissance a été pro-pauvres en termes de croissance des revenus, mais pas en valeur absolue. Même en termes relatifs ce résultat est discutable pour les raisons suivantes : premièrement les ménages appartenant aux centiles les plus bas ont accru davantage que la moyenne leurs dépenses pour la santé et l’enseignement, alors que ces biens sociaux devraient subventionnés pour en faciliter l’accès aux pauvres. Deuxièmement la croissance de la consommation des produits alimentaires des pauvres est supérieure à la moyenne générale. Troisièmement, la part des revenus et de la consommation des pauvres dans le total reste stable entre 1994 et 2005. Enfin, la part du nombre des plus pauvres dans la population totale augmente dans cette période.
Summary
In Turkey, between 1994 and 2005, growth has been pro-poor in terms of rate of growth of income, but not in absolute values. This result is debatable. Firstly because the poorest (centiles 0 to 20) did increase more than the average their expenditures on health and education, which should be less expensive for the poorest. Secondly because the poorest increased their expenditures on food more that the average. Thirdly, because the share of the poorest in the global income or consumption stagnated. Finally, because the share of the poorest in the population increased.
Introduction
Le but de notre travail est de chercher si la croissance économique en Turquie entre 1994 et 2005 a été bénéfique pour les couches les plus pauvres et d'analyser l’évolution de l’inégalité des revenus, sur la base des données d'enquête (1994, 2003, 2004 et 2005).
La période étudiée est particulièrement complexe en Turquie, Quand on examine la croissance de PIB entre 1990 et 2008 (graphique 1), on remarque jusqu’en 2002, la croissance est faible en moyenne et erratique, avec des crises économiques en 1994, 1998 et 2000-01. Après 2002 cette situation change en faveur d’une croissance soutenue mais qui se réduit progressivement..
Graphique 1 : Taux de croissance du PIB entre 1990 et 2008
-0,100 -0,080 -0,060 -0,040 -0,020 0,000 0,020 0,040 0,060 0,080 0,100 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 PIB
Source : Institut turc de statistiques, (Türkiye İstatistik Kurumu,TUIK)
Dans ce but, on utilisera deux approches pour déterminer si la croissance est pro-pauvres au sens relatif et au sens absolu en Turquie. Même dans le cas où la croissance est pro-pauvress en termes relatifs, le but est de savoir quel sera l’impact sur la variation des inégalités au sens absolu.
Croissance pro-pauvres (CPP): définitions.
La définition même du caractère pro-pauvres de la croissance est très controversée (Kakwani & Pernia 2000; Chen et Ravallion 1997 ; Ravallion, 2004 ; Kraay, 2004). Deux grandes approches s’opposent. Pour la première, le caractère pro-pauvres de la croissance renvoie à l’idée que la croissance réduit la pauvreté (son incidence ou le nombre de personnes pauvres) (croissance pro-pauvres absolue). L’autre approche est plus restrictive. Elle considère que la croissance est pro-pauvres lorsqu’elle se traduit par une modification de la répartition des revenus en faveur des pauvres (ce qui signifie que les revenus des pauvres croissent plus rapidement que ceux des plus riches) (approche pro-pauvres relative).
Dans les deux cas, l’idée du présent travail est de comparer l’évolution des revenus ou de la consommation entre deux enquêtes, en calculant la croissance, absolue ou relative, des revenus ou de la consommation pour les différents centiles de la population. La présentation
habituelle de ces calculs consiste à reporter les résultats sur une courbe d’incidence de la croissance (ou CIC) les différences en valeur absolue ou en pourcentages
Croissance pro-pauvres utilisant les taux de croissance des
revenus ou de la consommation
En termes relatifs, la CIC présentera le pourcentage gt(p) de croissance des revenus ou de la consommation entre deux enquêtes en t et t-1 (ou t-n si les deux enquêtes sont séparées par plus d’une année ) des centiles p classés de 0 à 100 (du plus pauvre au plus riche). gt(p) s’écrit donc :
On parlera alors de croissance pro-pauvres (CPP) absolue faible si gt(p) est supérieure a zéro quelque soit p. Dans ce cas, les pauvres, comme les non-pauvres ont profité à un degré ou un autre de la croissance.
CPP sera dite relative si la pente de la CIC est décroissante. Dans ce cas, les non-pauvres profitent moins de la croissance que les pauvres (la répartition des revenus se modifie en faveur des pauvres). Pour analyser si la croissance est pro-pauvres en ce sens, on suivra Ravallion et Chen (2003) en comparant les valeurs de deux moyennes, notées PPGR et GRIM dans le cas de l’approche en taux de croissance. PPGR décrit la croissance moyenne des revenus des pauvres et GRIM la croissance du revenu moyen (en notant H le centile correspondant au seuil de pauvreté et γ le taux de croissance de la moyenne μ des revenus):
Si PPGR est supérieure à GRIM alors la croissance est pro-pauvres au sens relatif : le revenu moyen des personnes en dessous de la ligne de pauvreté croît plus rapidement que la moyenne des revenus.
Croissance pro-pauvres utilisant la croissance des revenus ou de la
consommation en valeur absolue
Il est clair que la première approche est discutable, en ce qu’une faible croissance du revenu des riches peut néanmoins se traduire par des augmentations de revenus beaucoup plus importantes en valeur absolue que celle des pauvres.
C’est pourquoi nous avons aussi analysé la croissance pro-pauvres au sens absolu. Le but de cette démarche est de savoir si même en cas de croissance pro-pauvres au sens relatif cela réduit les inégalités au sens absolu.
Dans cette seconde approche, la CIC absolue présente graphiquement les valeurs ct(p) les changements absolus des revenus (yt) ou de la consommation des différents centiles (p)
1 1 p y y p g t p t t
pdp g H g PPGR Ht t t p t
0 1 1
1 1 p p GRIM t p t t ct(p) = yt(p) – yt-1(p)
Comme dans la première approche, si tous les ct sont positifs, la croissance est pro-pauvres en Si la pente de la CIC est négative, la croissance des revenus en valeur absolue est pro-pauvres en termes relatifs (les plus pauvres augmentent leurs revenus en valeur absolue plus que les plus riches). De manière similaire à ce que l’on a présenté dans l’approche en taux de croissance, on peut écrire ici (en notant m la moyenne des revenus) :
CHIM : dt= mt– mt-1
Si le PPCH est supérieure au CHIM alors la croissance est relativement pro-pauvres en valeur absolue.
Mise en œuvre des deux approches
Les deux approches permettent de qualifier la nature de la croissance. Pour cela nous étudions la croissance des revenus ou de la consommation à cinq niveaux de regroupement des différents centiles de la population :
Centiles inférieurs au centile correspondant au revenu moyen Centiles de 1 à 50%,
Médiane,
Centiles de 21 a 79% et Centiles de 80 a 99%.
Nous calculons la variation de la moyenne de revenus ou de consommation des ménages appartenant aux centiles inclus dans ces groupes entre deux périodes, puis la variation de la moyenne totale des revenus ou de la consommation de l’ensemble des ménages. Ensuite on soustrait la première variation de la deuxième pour savoir si la variation de la moyenne des ménages appartenant aux groupes indiqués est supérieure ou non à la variation de la moyenne de l’ensemble des ménages.
Si le signe est positif pour les trois premiers groupes, la croissance est pro-pauvres puisque le revenu et la consommation de la moyenne du groupe est supérieure à la croissance des revenus ou de la consommation totale. Cette méthode nous donne une idée de la variation absolue et relative des revenus et de la consommation des ménages. Il nous donne une idée des changements intervenus dans la répartition des revenus. Toutefois, il faut souligner que même si la croissance est pro-pauvres en termes relatifs, cela ne veut pas dire que les pauvres ont beaucoup bénéficié de cette croissance en termes absolus.
La croissance turque est-elle pro-pauvres?
Pour mesurer le caractère pro-pauvres de la croissance en Turquie nous avons utilisé les enquêtes portant sur les revenus et les dépenses des ménages pour les années 1994, 2003, 2004 et 2005 fournies par le TUIK. Nous considérerons la répartition par centiles. Ensuite, nous avons utilisé la même méthodologie pour les dépenses des ménages par catégories de produits pour les années 2003, 2004 et 2005. Avec cette dernière démarche, on a essayé de
H t t p t c p dp H c PPCH 0 1 1savoir si la croissance des dépenses a été pro-pauvres, et comment cela peut s'analyser par types de produits.
En premier lieu, il convient de définir un seuil de pauvreté. Le rapport du TUİK « Result of 2007 Poverty Study », utilise cinq définitions de la pauvreté (pour 2002 et 2007) : pauvreté alimentaire ; pauvreté monétaire (alimentaire et non alimentaire) ; 1 USD par personne/par jour ; 2,15 USD par personne/par jour ; 4,3 USD par personne/par jour ; pauvreté relative (en termes de consommation). Ce rapport montre une nette amélioration des conditions de vie des pauvres entre 2002 et 2007, ce qui paraît cohérent avec la croissance économique soutenue (aux alentours de 6%) observée dans cette période.
Dans le présent travail, nous comparerons les valeurs moyennes déflatées des revenus ou de la consommation des groupes qui viennent d’être définis. Pour calculer le CPPR et le PPCH, on comparera des valeurs comme le revenu moyen ou la consommation moyenne des personnes dont le revenu ou la consommation est inférieure à la moyenne, des 20% les plus pauvres, la moyenne des centiles de 20 à 80 (bornes exclues), la médiane et la moyenne des 20% les plus riches pour comparer ensuite leur évolution avec la moyenne de l’ensemble des ménages. Toutefois, la part très importante du centile le plus riche pose quelques problèmes. La prise en compte de ce centile peut biaiser les résultats, car même une légère variation des revenus ou de la consommation des plus riches aura une incidence forte sur le taux de croissance. Pour mettre en lumière ce biais, on a calculé le coefficient d’asymétrie (Pearson) avec et sans le dernier centile (Tableau 1), et l'on remarque que dans les deux cas il y a une grande différence d’asymétrie. Pour cette raison, le dernier centile le plus riche a été supprimé de nos calculs. Tableau 1 : Coefficient d’asymétrie de Pearson
(Moyenne des revenus - Médiane des revenus) / Ecart-type des revenus
1 a 100 1 a 99
1994 0,126 0,026
2003 0,132 0,032
2004 0,180 0,086
2005 0,155 0,057
L'incidence de la croissance entre 1994 et 2005 sur les
revenus et la consommation.
Nous allons maintenant examiner les courbes d'incidence de la croissance (CIC) entre les différentes enquêtes, pour les revenus et la consommation. Les CIC présentent les variations (absolues ou relatives) des indicateurs choisies, pour les centiles classés de 0 (les plus pauvres) à 100 (les plus riches).
Quand on examine d’abord la courbe d'incidence de la croissance (CIC) en termes de revenus en valeur absolue (Graphique 2), on remarque qu’entre 1994 et 2003 la croissance des revenus en valeur absolue était plus forte pour les ménages les plus aisés. Par contre, pour les années 2003-04 et 2004-05 la pente reste croissante mais plus aplatie (ce qui est normal puisque l’on ne compare désormais une année avec la précédente, les écarts en valeurs absolue sont donc plus faibles).La croissance des revenus des derniers déciles est assez erratique, et semble refléter des situations atypiques.
Graphique 2 : Courbe d'incidence de la croissance sur les revenus absolus des ménages -30000000 -10000000 10000000 30000000 50000000 70000000 90000000 1% 4% 7% 10%13% 16%19%22% 25%28%31%34%37%40% 43%46%49%52%55%58%61%64%67%70%73%76%79%82%85%88%91%94%97% 1994-2003 2003-04 2004-05
Quand on examine la CIC en termes de taux de croissance des revenus entre 1994 et 2003 (Graphique 3) on remarque que la croissance est bénéfique pour les ménages appartenant a des centiles de 6 a 56% et les ménages appartenant aux derniers centiles les plus riches de 94% à 99%, (puisqu’on exclut le dernier centile). De manière assez paradoxale, la crise de 2000-2001 semble donc avoir plutôt pénalisé les couches moyennes supérieures (mais la période inclut la vigoureuse reprise qui a suivi la crise). Pour les années 2003-2004 et 2004-2005, le profil des CIC est tout à fait différent : la croissance pénalise les très bas revenus, mais aussi les très hauts. En revanche, les classes moyennes semblent les principaux bénéficiaires de la croissance.
Graphique 3 : CIC des taux de croissance des revenus. -0,3 -0,2 -0,1 0 0,1 0,2 0,3 1% 4% 7% 10% 13% 16% 19% 22% 25% 28% 31% 34% 37% 40% 43% 46% 49% 52% 55% 58% 61% 64% 67% 70% 73% 76% 79% 82% 85%88% 91% 94% 97% 1994-2003 2003-04 2004-05
Quand on regarde les CIC pour les dépenses, on remarque que contrairement aux revenus la courbe des dépenses absolue a une pente descendante entre 1994 et 2003 (Graphique 1bis). Cela veut dire qu’en valeur absolue la consommation des plus riches diminue par rapport à celle des pauvres. Mais la pente des dépenses absolue devient positive pour les années 2003-04 et 202003-04-05, sauf pour les centiles .dépassant 95 %.
Graphique 4 : Courbe d’incidence de la croissance de la consommation des ménages en valeur absolue -2000000 -1500000 -1000000 -500000 0 500000 1000000 1500000 2000000 2500000 3000000 1 4 7 10 13 16 19 22 25 28 31 34 37 40 43 46 49 52 55 58 61 64 67 70 73 76 79 82 85 88 91 94 97 1994-03 2003-04 2004-05
Les taux de croissance des dépenses toujours dans les mêmes périodes est plutôt favorable aux pauvres et aux ménages appartenant à des centiles intermédiaires (voir Graphique 5). Cela dit, les CIC nous donnent une vision générale de l’évolution des revenus et des dépenses de consommation. Pour avoir plus de précision sur la nature de la croissance des revenus et des dépenses, il faut calculer la croissance absolue et relative comparant les moyennes des accroissements pour les différents groupes retenus. Ceci nous permettra de définir plus précisément si la croissance est pro-pauvres ou non.
Graphique 5 : Courbe d’incidence de la croissance de la consommation des ménages (taux de croissance de la consommation par centiles)
-0,100 -0,080 -0,060 -0,040 -0,020 0,000 0,020 0,040 0,060 0,080 0,100 1% 4% 7% 10% 13%16%19%22% 25% 28% 31% 34% 37%40%43%46% 49% 52% 55% 58% 61% 64% 67%70% 73% 76% 79% 82% 85% 88% 91% 94%97% 1994-03 2003-04 2004-05
La croissance est-elle pro-pauvres ? Une analyse de
l’évolution des revenus.
Le Tableau 2 présente les résultats de nos analyses pour les trois groupes qui peuvent être considérés comme pauvres (voir les tableaux en annexe). La croissance pro-pauvres (les revenus du groupe considéré progressent plus rapidement que la moyenne) est notée O, et le cas inverse N.
Tableau 2 : Résultats de l'analyse de la croissance pro-pauvres en termes de revenu
Revenus en valeur absolue Taux de croissance des revenus
94-03 04-04 04-05 94-03 04-04 04-05
Ménages ayant des revenus inférieurs à la moyenne
N N N O O O
Ménages les plus pauvres N N N O N O
Ménages en dessous de la
médiane N N N O O O
Comme on le voit, la croissance est généralement pro-pauvres en termes relatifs, mais non en termes absolus : la croissance des revenus des pauvres est plus forte que celle des revenus des non-pauvres, mais, comme leurs revenus sont bien inférieurs, la croissance de leurs revenus en valeur absolue est cependant plus faible.
La croissance est-elle pro-pauvres ? Une analyse de
l’évolution des consommations.
Quant à la consommation des ménages (voir les tableaux de l’annexe), il faut d’abord dire qu’on obtient les mêmes résultats dans les deux approches absolues et relatives. Entre 2003 et 2004 en termes absolus la croissance de la consommation n’est pas favorable pour les pauvres, notamment si l’on considère. la consommation des trois biens et services nécessaires à la vie de l’être humain (l’enseignement, la santé et l’alimentation). Par exemple pour l’enseignement, les ménages qui se trouvent en dessous de la moyenne des revenus dépensent davantage que la moyenne totale.
Il est difficile de considérer une croissance de ce type comme une croissance pro-pauvres si l’on part du principe que l’enseignement devraient être un bien public gratuit pour tout le monde (sans même parler d’égalité des chances, qui impliquerait une subvention pour mettre les plus pauvres dans les même conditions de départ que les plus riches). Toujours en valeur absolue, les riches dépensent davantage pour l’enseignement que la moyenne totale, ce qui est plus compréhensible. Pour les plus pauvres (centiles de 1 a 20%) la croissance de dépenses pour l’enseignement est non pro-pauvre en valeur absolue mais pro-pauvres en taux de croissance (le taux de croissance moyen des dépenses des pauvres est supérieur au taux de croissance de la moyenne générale). C’est également vrai pour les autres centiles tels que de es centiles inférieurs à la médiane de ceux compris entre les centiles 21 à 79%. C'est-à-dire que les ménages qui ont des revenus plus bas que ceux des ménages appartenant aux centiles de 80 a 100% dépensent de plus en plus pour l’enseignement. On trouve la même évolution pour la période 2004-05. Quant aux riches, tant en valeur absolue que relative la croissance de leurs dépenses d’enseignement est inférieure à la croissance moyenne. On trouve la même situation pour la période 2004-05. On peut en conclure que la part de ceux qui devraient payer le plus pour l’enseignement diminue, tandis que ceux qui ne devraient pas payer du tout, accroissent en fait la part de leurs dépenses. Peut-on parler alors de croissance pro-pauvres pour les dépenses d’enseignement ?
Par contre, quand on examine l’alimentation on remarque qu’en valeur absolue, la croissance moyenne des dépenses des ménages les plus pauvres est en dessous de la moyenne générale pour les deux périodes. Par contre pour la période 2003-04 on trouve que les ménages appartenant aux centiles de 1 a 20% accroissent relativement moins le consommation de produits alimentaires que la moyenne générale. Cette évolution se reproduit en termes absolus pour la période 2004-05, mais pas en termes relatifs. Ceux qui accroissent le plus leurs dépenses d’alimentation sont les centiles intermédiaires (de 21 a 79%). Ils accroissent leurs dépenses d’alimentation en valeur absolue et en taux de croissance relativement plus que la moyenne pour les deux périodes.
Quand on examine la santé pour la période 2003-04, on note que croissance de ces dépenses est supérieure à la moyenne pour les centiles de 0-20% en valeur absolue et relative. Mais comme la santé devrait être un service social gratuit, ou du moins faiblement tarifé pour les pauvres, la hausse de ses dépenses des couches les plus défavorisées par rapport à la moyenne générale ne peut pas être considéré comme une croissance pro-pauvres Par contre dans la période 2004-05, la croissance devient inférieure à la moyenne pour les milieux les plus défavorisés mais elle reste supérieure à la moyenne pour les couches intermédiaires. On peut faire l’hypothèse que les ménages intermédiaires sont les plus défavorisés du point de vue des
dépenses de santé car dans les deux périodes leurs taux moyens d’accroissement de la consommation des produits de santé deviennent supérieurs au taux de la moyenne générale. Enfin, la croissance des dépenses de l’enseignement et de la santé des pauvres est largement supérieure à la croissance de leurs dépenses totales. Par exemple pour la première période (2003-04) le taux de croissance des dépenses des ménages appartenant aux centiles de 0 à 20% est de 9%, contre 37% pour les dépenses consacrées à l’enseignement et 26% pour la santé. Ce qui veut dire que la croissance des dépenses des pauvres pour l’éducation est 4 fois supérieure et celle de leurs dépenses pour la santé est trois fois supérieure au taux de croissance de leurs dépenses en général. Pour la deuxième période (2004-05) les dépenses augmentent de 12%, contre 36% pour les dépenses d’éducation et de -1% pour les dépenses de santé. En tous cas on voit d’une façon nette que l’augmentation des dépenses des pauvres en matière d’éducation est largement supérieure au taux de croissance de leurs dépenses en général (voir les tableaux 5 et 6 de l’annexe).
Comparaison des pauvres (0-20%) et des riches (80-99%)
On peut certes dire qu'il y a une croissance pro-pauvres pour les revenus et les dépenses en regardant les CIC relatives mais cette évolution n’a pas d’effet sur la variation des revenus absolus. Le rapport de la moyenne des revenus des ménages les plus pauvres dans la moyenne générale n’évolue pas en faveur de ces couches défavorisées. Par exemple en 1994 ce rapport était 29,8%, en 2005 il se situait à 29,5%. Ceci est également valable pour les dépenses (32,7 et 32,8% respectivement). La situation relative des plus pauvres est donc restée stable pendant 11 ans.
Les riches, c'est-à-dire les ménages appartenant aux centiles de 80 à 100%, ont reçu en moyenne 2,3 fois plus de revenu que la moyenne générale en 1994 et 2,2 fois de plus de revenu en 2005. Ceux qui améliorent leurs part dans la moyenne générale, toujours dans la même période, sont les ménages appartenant aux centiles intermédiaires. Ils augmentent leur parts de revenus et de consommation dans la moyenne de 79% à 82-83%. Mais il faut garder en mémoire que leur revenu ou consommation moyenne est en dessous de la moyenne générale : elle ne représente que les 4/5ede la moyenne totale (voir le Tableau 7 de l’annexe). Enfin, en termes de personnes, le nombre des personnes appartenant aux centiles de 0 a 20% (en termes de revenu) augmente de 10 millions à 14,5 millions entre 1994 et 2005 (voir Tableau 9 de l’annexe). Toujours dans cette période, leur part dans la population totale augmente de 17% a 20%. Si l’on compare le taux de croissance de la population pauvre avec le taux de croissance de la population en général, on voit que le nombre des personnes appartenant aux centiles de 0 a 20% augmente beaucoup plus que le taux de croissance de la population. Par exemple entre 1994-2002, 2002-03, 2003-04 et 2004-05 respectivement, le taux de croissance de la population pauvre était 1,3 fois, 9 fois, 3,5 fois et 1,5 fois plus grand que le taux de croissance de la population en général. Entre 1994 et 2005 la population totale a augmenté de 20,3%. Par contre l’augmentation du nombre des personnes appartenant aux centiles les plus pauvres a été deux fois plus importante avec 43,3% de hausse.
Conclusion :
plus bas ont accru davantage que la moyenne leurs dépenses pour la santé et l’enseignement. En principe, ces biens sociaux devraient être bon marché voire gratuits pour tous, pour des raisons sociales, ou bien subventionnés pour en faciliter l’accès aux pauvres. Au contraire, on observe que les pauvres dépensent de plus en plus pour ces biens. Cette situation détériore le bien-être de ces couches défavorisées. Deuxièmement la croissance de la consommation des produits alimentaires des pauvres est supérieure à la moyenne générale. Troisièmement, la part des revenus et de la consommation des pauvres dans le total ne s’améliore pas : elle reste stable entre 1994 et 2005. Quatrièmement, la part du nombre des plus pauvres dans la population totale augmente dans cette période.
Références
Kakwani, N. and Pernia, E. ,(2000), ‘What Is Pro-Poor Growth?’ Asian Development Review. 18(1): 1-16
Kraay, A. (2004). "When is Growth Pro-Poor? Evidence from a Panel of Countries," The World Bank Policy Research Working Paper No. 3225.
Ravallion, M. (2004). "Pro-Poor Growth: A Primer." The World Bank, Policy Research Working Paper No. 3242.
Ravallion, M. and Chen, S., (2003), “Measuring Pro-Poor Growth”. Economics Letters, 78(1), 93-99
ANNEXE :
Tableau 3 : Les résultats de la variation absolue de revenus pro-pauvres
REVENUS 1994-2003 2003-2004 2004-2005
Variation absolue. de la moyenne des ménages ayant un
revenu inférieur à la moyenne (PPCH) 29077842 3418579 2120327
Variation absolue. de la moyenne des revenus (CHIM) 51079143 5015152 2963332
PPCH-CHIM -22001301 -1596573 -843005
Résultats NON PP NONPP NON PP
Variation abs. des 20 % les plus pauvres 15297269 1144932 988939
Variation abs. des 21-79% 40275089 6018553 3773737
Variation abs. des 1-50% 24134759 3344276 2087039
Variation abs.des plus riches 118732977 5925339 2547029
CHIM le plus pauvre -35781874 -3870220 -1974393
CHIM 21 a 79% -10804054 1003401 810405
CHIM de 1 a 50% -26944384 -1670876 -876293
CHIM le plus riche 67653834 910187 -416303
Résultats I NON PP NON PP NON PP
Résultats II NON PP PP PP
Résultats III NON PP NON PP NON PP
Résultats IV PRORICHE PRORICHE PRORICHE
Tableau 4 : Les résultats de la croissance relative de revenus pro-pauvres (CPPR et GRIM)
REVENUS 1994-2003 2003-2004 2004-2005
CPPR 10,22 0,107 0,060
GRIM 10,02 0,089 0,048
CPPR - GRIM 0,20 0,018 0,012
Resultat PP PP PP
Tx de croissance des plus pauvres 10,08 0,068 0,055
Tx de croissance des 21-79% 10,02 0,136 0,075
Tx de croissance des 1-50% 10,16 0,126 0,070
Tx de croissance des plus riches 10,03 0,045 0,019
CPPR-GRIM les plus pauvre 0,05 -0,021 0,007
CPPR- GRIM 21 a 79% -0,01 0,047 0,027
CPPR-GRIM de 1 a 50% 0,13 0,037 0,021
CPPR- GRIM des plus riches 0,00 -0,044 -0,030
Resultats I PP NON PP PP
Resultats II NON PP PP PP
Resultats III PP PP PP
Tableau 5 : Les résultats de la variation absolue des dépenses et de certains produits de consommation pro-pauvres (PPCH et CHIM)
2003-2004 Dépenses Enseignement Alimentation Santé
PPCH 263623 28614 75831 13357
CHIM 377603 21854 63233 7901
PPCH-CHIM -113980 6761 12598 5457
Résultats NON PP PP (?) PP PP (?)
Variation abs. des plus
pauvres 114717 2888 39309 8949
Variation abs. des 21-79% 415532 13442 66760 8396
Variation abs. des 1-50% 231882 8327 47947 9060
Variation abs.des plus
riches 528600 66055 76577 5367
CHIM le plus pauvre -262886 -18966 -23924 1048
CHIM 21 a 79% 37929 -8412 3527 495
CHIM de 1 a 50% -145721 -13526 -15286 1159
CHIM le plus riche 150997 44201 13344 -2534
Résultats I NON PP NON PP NON PP PP
Résultats II PP NON PP PP PP
Résultats III NONPP NON PP NON PP PP
Résultats IV PR PRO-RICHE PRO-RICHE NON PRO-RICHE
2004-2005 Dépenses Enseignement Alimentation Santé PPCH
Variation abs. de la moy.
du seuil 335286 -11615 21364 100
Variation abs. de la
moyenne 560803 -11221 57041 13329
CHIM -225517 -394 -35677 -13229
Résultats NON PP NON PP NON PP NON PP
Variation abs. des plus
pauvres 166463 3830 54841 -411
Variation abs. des 21-79% 409338 5932 58851 13172
Variation abs. des 1-50% 271190 3501 60625 1540
Variation abs.des plus
riches 1401965 -77732 53808 27541
CHIM le plus pauvre -394340 15052 -2200 -13740
CHIM 21 a 79% -151465 17153 1811 -157
CHIM de 1 a 50% -289613 14722 3585 -11789
CHIM le plus riche 841162 -66511 -3232 14211
Résultats I NON PP PP NON PP NON PP
Résultats II NON PP PP PP NON PP
Résultats III NON PP PP PP NON PP
Tableau 6 : : Les résultats de la croissance relative des dépenses et de certains produits de consommation pro-pauvres
2003-2004 Dépenses Enseignement Alimentation Santé CPPR Tx de croissance de la moy. du seuil 0,114 0,861 0,085 0,220 Tx de croissance de la moyenne 0,125 0,284 0,058 0,083 GRIM -0,011 0,577 0,026 0,137 Résultats NON PP PP (?) PP PP (?)
Tx de croissance des plus
pauvres 0,087 0,374 0,056 0,265
Tx de croissance des 21-79% 0,131 0,326 0,064 0,112
Tx de croissance des 1-50% 0,118 0,491 0,058 0,186
Tx de croissance des plus riches 0,060 0,261 0,049 0,025
GRIM le plus pauvre -0,038 0,090 -0,002 0,182
GRIM 21 a 79% 0,006 0,041 0,005 0,029
GRIM de 1 a 50% -0,007 0,206 -0,001 0,103
GRIM le plus riche -0,065 -0,023 -0,010 -0,058
Résultats I NON PP PP (?) NON PP PP (?)
Résultats II PP PP (?) PP PP (?)
Résultats III NON PP PP (?) NON PP PP (?)
Résultats IV NON PR NON PR (?) NON PR
NON PR (?)
2004-2005 Dépenses Enseignement Alimentation Santé CPPR
Tx de croissance de la moy. du
seuil 0,130 -0,1878 0,022 0,001
Tx de croissance de la moyenne 0,130 -0,1136 0,050 0,129
GRIM -0,00006 -0,0742 -0,028 -0,128
Résultats NON PP NON PP (?) NON PP NON PP (?)
Tx de croissance des plus
pauvres 0,117 0,3608 0,074 -0,010
Tx de croissance des 21-79% 0,114 0,1084 0,053 0,158
Tx de croissance des 1-50% 0,123 0,1383 0,069 0,027
Tx de croissance des plus riches 0,151 -0,2436 0,033 0,124
GRIM le plus pauvre -0,014 0,4744 0,025 -0,139
GRIM 21 a 79% -0,016 0,2220 0,003 0,028
GRIM de 1 a 50% -0,007 0,2519 0,019 -0,103
GRIM le plus riche 0,021 -0,1300 -0,017 -0,005
Résultats I NON PP PP (?) PP NON PP (?)
Résultats II NON PP PP (?) PP PP (?)
Résultats III NON PP PP (?) PP
NON PP (?)
Tableau 7 : RTableau 9apport de la moyenne des revenus et la moyenne des dépenses des pauvres et des riches dans la moyenne des revenus et des dépenses totales
Revenus 1994 2003 2004 2005 20% plus pauvre / Moyenne 0,298 0,299 0,294 0,295
20-80/ Moyenne 0,789 0,789 0,822 0,843
20% plus riche / Moyenne 2,324 2,324 2,231 2,167
Dépenses 1994 2003 2004 2005 20% plus pauvre / Moyenne 0,327 0,335 0,332 0,328
20-80/ Moyenne 0,795 0,808 0,834 0,822
20% plus riche / Moyenne 2,278 2,231 2,158 2,197
Tableau 8 : Nombre de personnes pauvres et riches
1994 2002 2003 2004 2005 Nombres de personnes pauvres ( 1 a 20%) 10.163.001 12.173.469 13.443.416 14.156.137 14.566.204 Nombres de personnes riches (80 a 100%) 16.164.799 17.697.934 17.926.882 17.878.471 18.573.835 Population 59.487.116 68.393.032 69.195.565 70.273.639 71.611.169 part de pauvre 0,171 0,178 0,194 0,201 0,203 part de riche 0,272 0,259 0,259 0,254 0,259
Tableau 9 :La variation du nombre des pauvres et du nombre des riches
1994-2002 2002-2003 2003-2004 2004-2005 Variation du nombre des
pauvres 2.010.468 1.269.947 712.721 410.067
Variation du nombre des
riches 1.533.135 228.948 -48.411 695.364
Variation de la part du pauvre 0,007 0,016 0,007 0,002
Variation de la part des
riches -0,013 0,000 -0,005 0,005
% nombre des pauvres 0,198 0,104 0,053 0,029
% du nombre des riches 0,095 0,013 -0,003 0,039
% population 0,150 0,012 0,016 0,019
% des pauvres par rapport à