La langue des
Synonyma
d’Isidore de Seville
Depuis l’étude pionnière de J. Fontaine sur le De natura rerum1, le latin d’Isidore de Seville a fait l’objet de nombreux travaux2, qui ont conclu, globa lement, qu’il était relativement conservateur. Récemment, toutefois, R Cazier3 a cru pouvoir démontrer le caractère inachevé et « vulgaire » de la langue des
Sententiae, mettant ainsi en doute le conservatisme grammatical d’Isidore. Cet
article se propose de contribuer au débat en présentant la langue des Synonyma. Cette étude ayant été entreprise dans le cadre d’une édition critique des
Synonyma d’Isidore de Séville4, il importe, avant de la commencer, de fournir
un rapide résumé de la transmission manuscrite des Synonyma. Mon édition est fondée sur les 18 manuscrits suivants, datant du VIIe au IXe siècle :
B = Basel, Universitätsbibliothek, F III 15c, f. l-27v
C = Berlin, Staatsbibliothek zu Berlin - Preußischer Kulturbesitz, Phillips
1686, f. 153-173v
E = El Escorial, Real Biblioteca de San Lorenzo de El Escorial, b.IV.17, f. 1- 40v
F = Fulda, Hessische Landesbibliothek, Bonifatianus 2, f. 98M 43
G = Sankt-Gallen, Stiftsbibliothek, 226, p. 1-24 + Zürich, Zentralbibliothek, RP 5-6
H = Sankt-Gallen, Stiftsbibliothek, 194, p. 129-203
L = Sankt-Peterburg, Rossijskaja Nacionalnaja Biblioteka, Lat. Q. v. I. 15, f. 64-7 l v
M = München, Bayerische Staatsbibliothek, Clm 6433, f. 24v-48 N = München, Bayerische Staatsbibliothek, Clm 14830, f. l-65v O = London, British Library, Cotton Vesp. D. XIV, f. 170v-218
1 Fo ntaine, Traité de la nature, p. 85-139. Pour les titres cités sous forme abrégée, voir biblio
graphie finale.
2 Voir bibliographie finale.
3 Ca zier, Sententiae, p. XXXIII-LIII.
4 Édition critique que j ’ai achevée dans le cadre de ma thèse de doctorat : Les Synonyma d'Isi
dore de Séville: édition critique et histoire du texte, Paris, 2001 (thèse de l’EPHE-IVe Section),
accessible sous forme de microfiches grâce à l’Atelier National de Reproduction des Thèses de Lille (ISSN 0294-1767, thèse n° 1742.38557/03). L’édition qui fait référence est encore celle de F. Arév alo, S. Isidori Hispalensis episcopi... opera omnia, Roma, t. 6, 1802, p. 472-523 (reprise
dans PL 83, 625-668), dont j ’ai repris la capitulation. La meilleure présentation de l’œuvre est celle de J. Fo ntaine, « Isidore de Séville auteur ‘ascétique’ : les énigmes des Synonyma », Studi medie
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P = Paris, Bibliothèque nationale de France, lat. 14086, f. 6-48v et 51-107 R = Vaticano (Città del), Biblioteca Apostolica Vaticana, Reg. lat. 310, f. 190-
214v
S = München, Bayerische Staatsbibliothek, Clm 15817, f. 120-179 U = Würzburg, Universitätsbibliothek, M. p. th. q. 28a, f. l-36v V = Valenciennes, Bibliothèque Municipale, 173 (165), f. l v-58 W = Würzburg, Universitätsbibliothek, M. p. th. f. 79, f. l-28v X = Würzburg, Universitätsbibliothek, M. p. th. q. 28b, f. 43-64v
Z = Wolfenbüttel, Herzog-August-Bibliothek, Weissenburg 44 (4128), f. 139- 156v.
La collation des manuscrits les plus anciens permet de distinguer deux grands groupes, que j ’ai appelés A et O (A est la lettre grecque correspondant à L, et O à F et P) : A est transmis par LMSUW, O par CEFGHOPRVXZ, B et N ayant eu des modèles successifs5. Les divergences entre A et O sont de trois types : des variantes « alternatives », qui ont la même signification et qui ont manifestement été écrites l’une pour l’autre (par exemple, en I, 7-8, «creu it auaritia periit lex » dans A, et «pereunt leges auaritia iudicante » dans O 6) ; des groupes de mots, parfois des phrases entières, présents dans l ’une des deux versions et pas dans l’autre ; et enfin des phrases situées à tel endroit dans A et à tel autre dans O. De telles différences textuelles ne peuvent être dues à de simples accidents dans la transmission manuscrite: il s’agit en fait de deux recensions, résultat d’un remaniement délibéré. L’étude des sources montre que dans certains cas A est plus proche de la source que O et est donc antérieure à celle-ci, et que dans d’autres c’est O qui est antérieur à A: cette contradiction apparente peut se résoudre si l’on admet que les deux versions sont issues d’un texte «primitif» qu’Isidore aurait corrigé indépendamment.
L’étude qui suit porte sur les deux recensions des Synonyma, considérées l’une et l ’autre comme authentiques. Le premier prologue est posthume (il fait référence à « sanctae recordationis Isidorus ») et n’est donc sûrement pas isido- rien, ni même, peut-être, d’origine wisigothique7 ; mais il était difficile de ne pas en parler, car sa présence dans de nombreux manuscrits (déjà dans W, de la Ie moitié du VIIIe s.) et dans de nombreuses éditions (dont celle de F. Arévalo)
5 Voir J. Elfassi, « Una edición crítica de los Synonyma de Isidoro de Sevilla : primeras conclu siones », dans Actas del III Congreso Hispánico de Latín Medieval (León, 26-29 de septiembre de
2001), éd. M. Pérez González, León, 2002, p. 105-113; et Id., «Les deux recensions des Syno
nyma », dans La edición crítica de las obras de Isidoro de Sevilla. El problema de las recensiones múltiples. Actas del Seminario celebrado en la Universidad Rey Juan Carlos (Instituto de Huma nidades) y la École des Hautes Études Hispaniques (Casa de Velázquez) de Madrid los días 14 y 15 de enero de 2002, éd. Ma. A. And rés Sa n z, J. Elfassiet J. C. Mar tín, Madrid, à paraître. Depuis la parution de l’article de 2002, j ’ai découvert une autre copie ancienne des Synonyma : Fulda, Hessische Landesbibliothek, D 1, f. 133-134v (2e moitié VIIIe s.), qui transmet Syn. II, 32-37 et appartient à la recension O.
6 Les leçons propres à A seront écrites en caractères d ilatés, et les passages spécifiques à O en italiques.
1 Isidore est désigné comme « archiepiscopus ex Hispania », or on voit mal un Espagnol parler
LA LANGUE DES SYNONYMA o ' ISIDORE DE SEVILLE 61
lui assura une sorte de « canonicité » ; toutefois, les remarques qui le concernent sont rejetées en notes8.
I. Orthographe et prononciation
L’éditeur de textes a pour ambition, ou du moins pour espérance, de recons truire le mieux possible l ’orthographe de l’auteur. Le linguiste partage cette ambition, car il espère déceler dans l’orthographe certains traits de la pronon ciation de l’auteur et de ses contemporains.
Or les deux tâches se révèlent particulièrement ardues. J. Fontaine9 puis C. Codoñer10 ont utilement mis en garde contre l’illusion consistant à croire qu’on pourrait connaître la «vraie» orthographe d’Isidore. Bien que les manuscrits restent notre principale source d’information, leur orthographe reflète sans doute plus la culture de leur copiste que celle de l’auteur. Dans le cas précis des Synonyma, il faut de surcroît rappeler qu’on n’a conservé aucune copie espagnole de date ancienne11. Et sur un certain nombre de points (diphtongue « ae » ou voyelle simple « e », assimilation ou non-assimi lation des préfixes, consonnes géminées ou simples, présence ou absence du « h », graphies « ti » ou « c i» , « y » ou « i », « c » ou « qu », etc.), le témoi gnage des manuscrits est souvent contradictoire. Pour ne citer qu’un seul exemple, P, qui est l’un des meilleurs témoins des Synonyma, comporte la graphie « locuntur » en I, 7 et II, 52 et 54, mais « loquuntur » en I, 12 et II, 59 (P écrit les autres formes de « loquor » avec «qu») ; « despidas » en II, 96, mais « dispicias » en II, 100, etc.
D ’autre part, à supposer même qu’on puisse reconstituer l’orthographe d’Isi dore, celle-ci ne reflète probablement pas sa prononciation, exactement de la même façon que l’orthographe du français moderne ne correspond pas à la prononciation des francophones d’aujourd’hui12.
Au risque d’être excessivement optimiste, on peut cependant admettre que le témoignage des manuscrits, lorsqu’il est unanime ou largement majoritaire, a des chances de refléter la graphie de l’archétype. En outre, on peut connaître les règles adoptées par l’auteur dans l’orthographe de certains mots grâce à son propre témoignage. Enfin, même si Isidore semble plutôt conservateur en ce domaine, il lui arrive dans certains cas de préférer une graphie non-classique lorsque l’orthographe classique est trop éloignée de sa prononciation : c’est
8 J’ai cependant fait une exception pour « tergiuersari » employé au sens de « tromper » (§ IV.3), car il eût été dommage de ne pas mettre en valeur cet hapax sémantique.
9 Traité de la nature, p. 86-90. 10 De Differentiis /, p. 3-14.
11 La situation est donc différente du De natura rerum, dont on a conservé une copie espagnole et trois mss copiés directement sur des exemplaires espagnols (voir Fo n ta in e, Traité de la nature,
p. 89-90).
12 Ce point est souvent rappelé par R. Wr ig h t, Late Latin and Early Romance in Spain and Carolingian France, Liverpool, 1982.
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ainsi qu’il justifie « beniuolentia », «nam beneuolentia sonat absurdum » (Etym. X, 2 6 )13 ; l’orthographe peut donc parfois refléter la prononciation.
1) Vocalisme
- E / i
L’une des tendances majeures du latin tardif est l’ouverture des timbres vocaliques i et u, entraînant la confusion entre e et i, et entre o et u 14. Le témoi gnage des manuscrits des Synonyma est très incohérent sur ce point : presque pour chaque mot comportant un i, on peut trouver au moins une copie trans mettant une graphie avec e, et vice-versa pour les mots avec un e.
Voici les cas où la forme non-classique est majoritairement attestée dans les manuscrits : « beniuolentia » (II, 9 7 )15, « dispicere » (II, 96, 100) et « dispectus » (II, 22, 2 3 )16, « disperare » et « disperatio » (I, 53-55 et II, 7 6 17), « ebitudo » (I, 57 et II, 64), « elimentum » (I, 65 et II, 60), « elimosina » (II, 97), «inge- mesco » (I, 62, 65), « finire » (I, 2 1 )18, « neglegens » (I, 73) et « neglegentia » (II, 63-64), «pinna» (II, 21) et « saltim» (I, 20 et 38) 19.
L’inadvertance d’Isidore, qui écrit deux datifs avec une terminaison en « -e » 20 (« expectatione » en II, 46 ; et « auctoritate » en II, 74), révèle aussi la confusion entre e et i (voir plus loin § III. ld).
La tradition est très partagée sur l’orthographe de « religio » en II, 3 (« religio » dans W CEFORVZ, mais « relegio » dans BLMSU HNP et « releio » dans X). De surcroît, les indications étymologiques d’Isidore ne fournissent
13 Passage étudié par Ma ltb y, «Late Latin and Etymologising in Isidore of Seville », p. 441- 442, qui note que la précision «nam beneuolentia sonat absurdum » est un ajout d’Isidore par rapport à sa source.
14 Voir S t o t z , Handbuch, t. 3, p. 14-26 et 48-56 ; D ía z y D ía z , « Movimientos fonéticos en el latín visigodo », p. 370-378 ; Id ., « El latín de la Península Ibérica », p. 159-160 ; G i l , « Fonética del latín visigodo », p. 51-67 ; F o n ta in e , Traité de la nature, p. 91-93 ; R o d r îg u e z - P a n t o j a , « Notas de ortografía isidoriana», p. 66-69 et 7 3 -7 4; M a r t í n , «La Vita Desiderii de Sisebuto», p. 130-131 ; R ie s c o T e r r e r o , Epistolario de San Braulio, p. 17-18 ; V e l á z q u e z S o r ia n o , Las pizarras visigodas,
p. 323-338.
15 Voir le témoignage d’Isidore lui-même, déjà vu plus haut: « beneuolentia absurdum sonat »
(Etym. X, 26). Autres références dans Gi l, « Fonética del latín visigodo », p. 51 ; et Ma r t ín, «La
Vita Desiderii de Sisebuto », p. 130.
16 Le témoignage des manuscrits est formel (« desp- » n’est attesté que dans V en II, 22, CV en II, 23, BNW PZ en II, 96 et MNW CEV en II, 100), malgré la notice d’Isidore dans Diff. I, 245 : « despicimus deorsum ». Autres attestations de la graphie « dispicere » dans Gil, « Fonética del latín visigodo », p. 55.
17 Occurrences auxquelles on doit ajouter « disperationis » en I, 1 (premier prologue, non-isido- rien). Nombreuses autres attestations de l’orthographe « disperatio » dans Gil, « Fonética del latín visigodo », p. 55.
18 Les formes « linitur » et «lenitur» ont un poids stemmatique équivalent, mais « linitur » est attesté par W FP dont l’autorité est particulièrement importante.
19 «Pinna» et « saltim» sont anciennement attestés ; sur la forme «pinna», voir Fo n t a in e,
Traité de la nature, p. 91.
20 Sur ces datifs de la 3e déclinaison en « -e », voir Ma r t ín, « La Vita Desiderii de Sisebuto », p. 143.
LA LANGUE DES SYNONYMA o ' ISIDORE DE SEVILLE 63
aucune aide, puisqu’il rapproche le mot tantôt de « religare » (Diff. I, 16, Etym. VIII, 2, 2), tantôt de « relegere » (à nouveau Etym. VIII, 2, 2 et Etym. X, 234). J’ai finalement adopté la forme « religio » : puisque de toutes façons la forme était incertaine, mieux valait ne pas gêner inutilement les lecteurs par une graphie peu usuelle.
Les manuscrits sont incohérents sur l’orthographe d’« accedere» et «acci- dere » : en fait, il semble que bien souvent les copistes confondaient les deux mots, prononcés semblablement et de signification proche. Par exemple, en II, 28, Isidore répète quatre fois, à quelques phrases d’intervalle, le verbe « acci- dere » : les seuls copistes à être cohérents avec eux-mêmes sont ceux de B EV (« accid- ») et OacPacZac (« acced- ») ; pour une raison obscure, la graphie « accid- » est largement majoritaire à la sentence 12, faiblement majoritaire dans la phrase 7 et même minoritaire dans les sentences 3 et 9. Dans ces cas ia, j ’ai été contraint de « normaliser » l’orthographe.
- O / u
« Luxoria » (I, 37, 46, 70; II, 8, 11, 14-15, 18) et « luxoriosus » (I, 37) sont majoritairement copiés ainsi. L’orthographe de « iocundus » est variable selon les recensions : en I, 19, « iocunda » est écrit « ioc- » par presque tous les manuscrits <D (sauf X) et « iuc- » par presque tous les manuscrits A (sauf U). En I, 52, « iocundius », qui apparaît dans un passage spécifique à A, est unanime ment orthographié «iuc-». Cela prouve donc qu’ü@ comportait la graphie « ioc- » et Qa « iuc- », mais il est impossible de reconstituer avec certitude celle d’Isidore lui-même. Un indice fait néanmoins pencher la balance en faveur de « ioc- » : c’est l’étymologie proposée dans Etym. X, 125 (« iocundus, eo quod sit semper iocis aptus et hilaritati; a frequentia, sicut iracundas » )21. J’ai donc adopté l’orthographe «iocundus», y compris en I, 52 (où « iuc- » serait une innovation propre à f ìA).
- Voyelle prothétique
La forme « expectaculum » (II, 43) n’est attestée que par la moitié des témoins (M CEHOP), les autres transmettant « spectaculum » (BSW FV). Les deux leçons ont donc un poids stemmatique équivalent, mais « expectaculum » semble préférable parce que c ’est la lectio difficilior. Bien qu’Isidore distingue « expectare » et « spectare » dans les Differentiae 122, il les confond dans le De
natura rerum23. Il n’est donc pas surprenant qu’il utilise la forme «
expecta-21 II faut prendre garde, cependant, que ce raisonnement fournit tout au plus un indice en faveur de la graphie « ioc- ». En effet, le rapprochement entre « iocus » et « iocundus » prouve l’existence de la prononciation [iok-], mais pas nécessairement de l’orthographe « ioc- » : celle-ci ne coïncide pas nécessairement avec la prononciation.
22 Voir Diff. I, 266 : « Inter expectatur et spectatur. Expectatur uenturus, spectatur qui uidetur uel adprobatur ».
23 Voir Fo n t a in e, Traité de la nature, p. 96. Même confusion chez Sisebut : voir Ma r t ín, « La
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culum » pour « spectaculum ». En outre, une telle confusion a pu être favorisée par la prononciation identique de « spectaculum » (avec voyelle prothétique « e - » 24) et d’«expectaculum» (avec le « x » prononcé comme un « s » 25): [espektàkulo], comme l’espagnol moderne « espectáculo » 26.
2 ) Consonantism e
a) Assimilation ou absence d'assimilation des préfixes
Dans ce domaine, le témoignage des manuscrits est rarement unanime et souvent incohérent. Aussi les indications qui suivent doivent-elles être considé rées plus comme des tendances que comme des règles.
- ad + c > acc- : « accedere » (I, 20, 55, 56; II, 6 6 27), « accendere » (II, 39), « accidere » (I, 24, 25, 32, 68 ; II, 27, 28, 29), « accipere » (II, 67, 73, 88, 96, 97, 100) et « acceptas » (I, 52), « accusare » (I, 30 ; II, 85) et « accusator » (I, 10, 11).
- ad + f > aff- sauf « adfligere » (I, 5, 25, 28, 29, 32, 60, 67, 68 ; II, 25, 29, 40) et « adflictio » (I, 4). Curieusement, « affert » est presque unanimement attesté avec assimilation en II, 44 (seul O comporte la leçon « adfert ») et sans assimilation en II, 76 (seul COR préserve «affert»28).
- ad + g > adg-. La seule occurrence est « adgrauor » (I, 45), leçon unanime des manuscrits.
- ad + 1 > adl-. Un seul mot: « adliditur» (II, 21). - ad + n > adn-. Seul cas : « adnuntia » (II, 69).
- ad + p > app- dans « apparere » (I, 64 ; II, 6, 43, 79), « appetere » (II, 42, 44, 82, 92) et « appetitus » (II, 5, 21, 68, 69). Mais il n’y a pas assimilation dans « adpropinquare » (I, 48, 74; II, 66).
- ad + r > adr- dans « adridere » (II, 27). Curieusement, pour « arrogantia », la tradition manuscrite est unanime en faveur de la forme « arr- » en II, 62,
mais elle est très partagée en II, 22 (« arrogantia » dans M CEHORVZ, « adrogantia» BLSUW NP, et « arogantia» dans F). La perplexité s’accroît encore davantage lorsqu’on constate que le mot « adroges » est très majori tairement attesté avec « adr- » (seuls EM VZ présentent la forme avec
24 Sur les prothèses vocaliques devant s + consonne, voir Stotz, Handbuch, t. 3, p. 102-109 ; Díazy Día z, «El latín de la Península Ibérica», p. 171-172 ; Ma l t b y, « Late Latin and Etymologi sing in Isidore of Seville », p. 443-444 ; Velázq uez So r ia n o, Las pizarras visigodas, p. 339-340.
25 Sur la réduction de « x » [ks] à [s], voir Stotz, Handbuch, t. 3, p. 321-322 ; Gil, « Edición de textos visigodos », p. 203 ; Riesco Terrero, Epistolario de San Braulio, p. 19; Velázq uez So r ia n o,
Las pizarras visigodas, p. 379.
26 Le prologue non-isidorien comporte aussi un mot digne d’intérêt : « spiritalis » (1,1) au lieu de « spiritualis ». Sur l’élision de la voyelle atone en hiatus, voir Stotz, Handbuch, t. 3, p. 71 ; et Ma r tín, « La Vita Desidera de Sisebuto », p. 136 (qui cite plusieurs exemples en latin wisigothique).
27 Et I, 2 (prologue non-isidorien).
28 On notera que O est doublement incohérent : par rapport à ce qui semble être la leçon de l’ar chétype, mais aussi par rapport à lui-même (puisqu’il assimile en II, 76 et qu’il ne le fait pas en II, 44). C’est un des nombreux exemples, parmi beaucoup d’autres, de l’incohérence des manuscrits.
LA LANGUE DES SYNONYMA D’ISIDORE DE SEVILLE 65
« arr- »). En II, 22, j ’ai finalement adopté la graphie « arrogantia» pour créer un semblant de cohérence (afin qu’au moins « arrogantia » soit écrit de la même façon) 29.
- ad + s > ads- sauf devant p. Les mots concernés sont : « adscribere » (II, 62), « adsiduus » (I, 43 ; II, 12, 66), « adsidue » (II, 12 et 65) et « adsiduitas » (II, 17, 18, 19, 56, 64), « adstringere » (I, 16, 44 ; II, 43, 44) ; « aspargere » (I, 37, 58), « aspicere » (I, 7, 50; II, 16, 95) et « aspectus » (II, 16).
- ad + t > adt- : « adtendere » (I, 70; II, 8, 16, 19, 33, 51), « adtenuere » (II, 28), « adterere » (I, 28), « adtingere » (II, 60), « adtollere » (II, 21, 23, 27), « adtribuere » (II, 62).
- con + b > conb-. Seul cas : « conburat » (I, 63).
- con + 1 > coni- sauf dans « colligere » (I, 5 ; II, 49). Les formes « régulières » sont: « conloqui» (I, 11), « conlatus» (I, 70; II, 101) et « conlatio» (II, 70). - con + m > comm- : « commemorare » (I, 56), « commentare » (II, 28),
« committere » (I, 53, 56, 76; II, 23, 86, 89 30), « commorari » (I, 71), « commouere » (I, 21, 35, 75), « communis » (I, 26; II, 44, 69) et « commu nicare » (II, 96), « commutare » (I, 37 ; II, 27).
- con + p > conp- : « conparare » (I, 30), « conparatio » (I, 21, 59) et «incon- parabilis » (I, 60), « conpassio » (II, 40), « conpellere » (I, 56; II, 75), « conpensare » (II, 101), « conpetens » (II, 73), « conpes » (I, 16), « conpes- cere » (II, 46), « conplere » (I, 67 ; II, 75), « conpos » (I, 56), « conprehen- dere » (I, 5, 49; II, 60), « conprobare » (II, 45, 86) « conpungo » (I, 57, 75) et « conpunctio » (II, 24), « conputare » (II, 58), « conputrescere » (I, 17) - con + r > corr- : « corrigere » (I, 31, 51, 54; II, 52, 63, 83, 103) et
« correctio » (I, 51 ; II, 51), « corripere » (I, 30, 61), « corrumpere » (I, 72 ; II, 3, 4, 7, 63, 82), « corruptela » (II, 8), « corruptione » (II, 8), « corruptor » (I, 37) et « incorrupta » (II, 3), « comiere » (I, 33, 58, 65, 73). Curieusement, pour ce dernier mot, la tradition manuscrite est largement majoritaire en faveur de l’assimilation (corr-) en I, 33, 58 et 73, mais très partagée en I, 65 («corrui» LU CEHNPPCVZ, «conrui» dans BSW FOPacRX).
- ex + s > exs- devant a, o et u, ex- devant i et devant consonne. Cette « règle » est fondée sur les mots suivants : « exsoluere » (I, 5 931), « exsuperare » (I, 47, 60 ; II, 13, 31, 34, 64), « exsuscitare » (II, 29) ; « exilium » (I, 15), « existere » (II, 22, 27, 29, 38, 47), « expectare » (I, 19, 69 ; II, 28, 83, 98, 99), « expec- taculum » (II, 43) et « expectatio » (II, 47), « expuere » (I, 16), « extinguere » (I, 64, 72 ; II, 39, 64), « extitisse » (I, 6, 29, 65).
- in + 1 > ini- : « inlaesus » (II, 17), « inlatus » (II, 31, 34), « inlicitare » (II, 16), « inlicitus » (II, 6) et « inlicite » (I, 56; II, 80), « inluminare » (II, 86) et « inlucescere » (I, 64)
- in + m > inm- : « inmaculatus » (I, 71), « inmanis » (I, 73) et « inmanitas » (I, 63), « inminere » (I, 74, 75 ; II, 75), « inmoderatus » (II, 77, 78),
«inmo-29 En I, 1 (prologue non-isidorien), la graphie « arripiat » est unanimement attestée. 30 Et en I, 2.
66 JACQUES BUFASSI
deratio » (II, 49), «inmundas» (I, 71 ; II, 13, 44) et «inmunditia» (II, 8), «inmunis» (II, 75) et «inmutare» (II, 64).
- in + p > inp- dans la plupart des cas, mais imp- dans « impetus » (I, 22 ; II, 15, 28, 30), «impius» (I, 51, 58, 64; II, 3, 83), « implere » (I, 45, 55 ; II, 58, 60, 100) et « adimplere» (II, 58, 68). Les formes «régulières» sont: «inpa- ratus» (II, 28, 29), « inpatiens » (II, 21), « inpedire » (I, 9 ; II, 45, 60, 63, 81, 95) et « inpedimentum » (II, 94), « inpellere » (I, 61), « inpendere » (I, 72 ; II, 52, 97), « inperitus » (II, 49) et « inperitia » (II, 65), « inpertire » (II, 24, 67, 69), «inpingere» (I, 10), « inplere » (I, 45), «inplicare» (I, 44; II, 18, 19, 93), « inplorare » (I, 67; II, 1), « inponere » (II, 88), « inpossibile » (I, 26), « inprobus » (I, 8, 11, 13; II, 43), « inprouisus » (I, 18, 49, 50; II, 29), «inprudens» (II, 100) «inpudicus» (II, 45), « inpudicitia » (I, 66; II, 45), « inpugnare » (II, 11) et « inpugnatio » (I, 32) et « inpunitus » (I, 8 ; II, 54). - in + r > inr-: « inreprehensibilis » (II, 47), « inrigare » (I, 56, 58), « inrisio »
(II, 31), «imitare» (I, 29; II, 32), « inrogare » (I, 30, 32), « inruere » (I, 13, 68), « inrumpere » (II, 60).
- ob + c > occ- : «occasio» (I, 44 ; II, 16, 18, 39, 48), «occidere» (I, 28 ; II, 54), «occultus» (I, 7, 39; II, 5, 59, 60) et «occultare» (I, 7; II, 62), « occumbere » (I, 19), « occurrere » (I, 19; II, 29, 37, 61, 75, 76) et «occursus» (I, 49), « preoccupare » (II, 18, 30).
- ob + f > off-: «offendere» (II, 3, 43, 68, 74 et 100), « offensa » (I, 69, 70; II, 35) et « offensio » (II, 35)32.
- ob + p > opp-: « opponere» (I, 11 ; II, 34, 48), «opprimere» (I, 5, 18, 54; II, 29, 96), « opprobrium » (I, 14; II, 41), « oppugnare » (II, 72).
- sub + c > suce- dans la majorité des cas : « succedere » (I, 30), « succendere » (I, 50) et «succurrere» (I, 7, 15, 63, 72). En I, 22, la tradition manuscrite est très partagée pour la graphie de « subcumbere » : « succumbere » LS CENRV, « subcumbere » W FpcHOPXZ, « accumbere » U, « cumbere » Fac ; j ’ai finalement adopté la forme sans assimilation en raison de l’autorité de WER
- sub + f > suff- : « sufficere » (I, 57, 58), « suffragali » (I, 56 ; II, 96). - sub + m > subm-. Un seul cas : « submouet » (II, 12).
- sub + p > supp- : « suppetere » (II, 10) « supplicare » (I, 12 ; II, 36), « suppli cium » (I, 16, 17, 25, 29, 33, 46, 47, 50, 59, 60 ; II, 11, 75) et « supplex » (II,
35).
- sub + r > subr- : « subruere » (I, 18), « subripire » (II, 5, 18, 52), « subrepere » (II, 45).
32 À cette liste pourrait se rattacher « officium » (II, 35). Le mot vient probablement d’* op(i)- fici-om (voir A. Ernoutet A. Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine. Histoire des mots, Paris,41959, p. 459-460), mais Isidore le rapproche d’« efficere » ou « officere » {Etym. VI,
LA LANGUE DES SYNONYMA D’ISIDORE DE SEVILLE 67
Les résultats qui précèdent peuvent être résumés dans le tableau suivant :
Assimilation Non-assimilation Hésitation
Ad + c Ad + g Ad + f
Ad + 1 Ad + p Ad + n Ad + r Ad + t Ad + s Con + m Con + b Con + 1 Con + r Con + p Ex + s In + 1 In + p In + m In + r Ob + c Ob + f Ob + p
Sub + f Sub + m Sub + c Sub + p Sub + r
Il est impossible de dégager la moindre logique dans ces données. Souvent les traitements se font « au cas par cas » 33 : « ad » s’assimile généralement à un f ou un p initial, mais pas dans « adfligere », « adflictio » et « adpropinquare », etc.
b) Autres phénomènes
- B / V
Comme le son [w] (fricative labiovélaire) s’était transformé en [ß] (fricative bilabiale), et que [b], de son côté, tendait à perdre son occlusion entre voyelles et après 1 et r, la lettre v se prononçait presque de la même façon que b 34.
Dans les Synonyma, cette confusion est manifeste pour les mots « aceruus » (I, 18, 24, 25 ; II, 29), « acerue » (I, 24) et « acemitas » (I, 30, 40), qui appa raissent très majoritairement, dans les manuscrits, avec la lettre u (voir apparat critique ad locum), bien que leur sens soit celui d’«acerbus» («pénible»).
33 Cela rejoint les conclusions de Fo n ta in e, Traité de la nature, p. 101 ; et de Ro d r îg u ez- Pa n t o ja, « Notas de ortografía isidoriana », p. 85-86. Voir aussi O. Pr in z, « Zur Präfixassimilation im antiken und im frühmittelalterlichen Latein », Archivum Latinitatis Medii Aevi, 21, 1951, p. 87-
115, et 23, 1953, p. 35-60 (ses résultats sont résumés t. 21, p. 107, et t. 23, p. 53-54).
34 Voir St o t z, Handbuch, t. 3, p. 255-258 et 267-271 ; chez Isidore, Ma l t b y, « Late Latin and Etymologising in Isidore of Seville », p. 444-445 et 448 ; dans le domaine espagnol, Día z y Día z, «El latín de la Península Ibérica», p. 165-166 ; Velá zq u e z So r ia n o, Las pizarras visigodas, p. 374-
377. Ces deux derniers philologues relativisent ce phénomène, qui n’est ni spécifique à l’Espagne, ni encore très important à l’époque wisigothique. Dans les Synonyma, la confusion b/v ne concerne qu’un seul mot : « acerbus ».
68 JACQUES BUFASSI
Cette erreur est d’autant plus significative qu’Isidore rappelle la différence entre les deux mots dans Diff. I, 459 (« aceruus per duas u scriptus significai molem, acerbus per b scriptus significai inmaturum »).
- Présence ou absence du h en début de mot
Isidore était sensible au maintien dans l’orthographe du h initial35 ; c’est ainsi par exemple qu’il note dans les Etymologiae (I, 27, 10) : «h, quae inspi rations littera est, in latino tantum uocalibus iungitur: ut ‘honor’, ‘homo’, ‘humus’ » ; ou encore, dans les Differentiae (I, 379) : « si hos cum h scribimus, significai personam, si sine h significai uultum ».
Cependant, d’après la graphie conservée par les manuscrits, il semble qu’il ait écrit sans h le mot « ebitudo » (I, 57 et II, 64) : en I, 57, seul C comporte le h (dans P et Z, il a été ajouté par une main postérieure), et en II, 64, seuls B et O (dans P, le h est une addition). De même, en I, 71, «ausi» (parfait d’«aurire») est très largement attesté sans h (h- seulement dans LSac NppcQpcpypcZac) 36
En sens inverse, « habundare » (I, 8 ; II, 67) et « habundantia » (II, 26, 45) commencent par un h 31.
- Groupe
qu-/c-Malgré les affirmations de l’auteur (« ‘Quotidie’ per Q scribendum est, non per C, ut sit ‘quoi diebus’ », Etym. I, 27, 22), la tradition manuscrite est unanime en faveur de la graphie « cotidie » (parfois «cottidie»).
Isidore explique aussi que «cum » s’écrit avec un C quand il s’agit de la préposition, mais avec un Q lorsque c’est la conjonction de subordination: « ‘Cum’ autem praepositio per C scribenda est ; si autem aduerbium fuerit, per Q. Dicimus enim ‘quum lego’ » {Etym. I, 27, 4). Mais les manuscrits s’accor dent unanimement en faveur de la graphie « cum », quelle que soit la fonction du mot. À nouveau, il semblerait que le Sévillan ne soit pas cohérent avec lui- même 38: bien qu’il prétende le contraire, il devait sans doute écrire «cum » dans tous ses usages.
- Métathèse du r : persp- >
presp-Ainsi s’explique probablement le verbe « praespicere » (II, 28, 78), « prespi- cere » ayant été interprété comme une forme préfixée de « spicere » («
prae-35 Point souligné par Fontaine, Traité de la nature, p. 95-96. Sur le problème général de la
présence ou de l’absence du h en début de mot, voir Stotz, Handbuch, t. 3, p. 156-161.
36 Sur l’orthographe d’« aurire », voir Co d o ñ e r, De Differentiis /, p. 9 ; Mar tín, « La Vita Desi
dera de Sisebuto », p. 138.
37 Formes sans h- initial dans CO^RV en 1 ,8 ; BLMWac HRV en II, 26; BMW RV en II, 45; S V en II, 67 (Ie occurrence) et SW V en II, 67 (2e occurrence).
38 Ce problème avait déjà été souligné par D ía z y D ía z dans Isidoriana, León, 1961, p. 520 : la langue d’Isidore n’est peut-être pas toujours accordée à sa propre théorie grammaticale.
LA LANGUE DES SYNONYMA D’ISIDORE DE SEVILLE 69
spicere » )39. La tradition manuscrite est très partagée sur la graphie « pre- » ou « prae- », et malheureusement ce n’est pas du tout une variante significative : en II, 28, on trouve « prae- » dans LS CEP, « pre- » dans W HNO, et l’abréviation « p- » dans B ; et en II, 78, « prae- » dans CGPV, « pre- » dans M R, et l’abré viation « p- » dans N 40.
3 ) Graphiedes mots empruntés augrec
- Y
Isidore indique dans ses Étymologies que l’y est utilisé dans l’orthographe des mots grecs : « A Graecis duas litteras mutuauit Latinitas, Y et Z, propter nomina scilicet graeca» (I, 4, 15), «Y et Z litteris sola graeca nomina scri- buntur» (I, 27, 28 )41.
Dans les manuscrits, « sinonimam » est unanimement transcrit avec deux i (ou e-i dans F : « senonima») en I, 3. La graphie est à peine plus variable dans le titre (deux i dans BMS H, y-i dans U P)42. La forme « martyrio » (II, 36) est légèrement majoritaire (avec un y dans BMS COPY, mais un i dans W EFHNR) ; le y s’explique d’autant plus facilement qu’Isidore a conscience de l’origine grecque du mot « martyrium » (cf. Etym. VII, 11, 1 : « martyres graeca lingua, latine testes dicitur, unde et testimonia graece martyria nuncupantur »). « Abysso» (I, 73) est unanimement attesté avec y 43.
- Groupes consonantiques avec h
Isidore avait conscience de l’existence de groupes consonne + h dans les mots grecs : «h... aspiratur autem et consonantibus, sed in graecis et hebraeis
39 G i l , « Fonética del latín visigodo », p. 81, offre de nombreuses autres attestations de «pres- picere » ; voir aussi D ía z y D ía z , « El latín de la liturgia hispánica », p. 67 ; M a r tín , « La Vita Desi
dera de Sisebuto », p. 142 ; R ie s c o T e r r e r o , Epistolario de San Braulio, p. 20 ; ainsi que les études générales de S t o t z , Handbuch, t. 3, p. 339 et H o f f m a n n - S z a n t y r , p. 241. Isidore lui-même offre un témoignage indirect de sa difficulté à prononcer le groupe triconsonantique [rst] dans Etym. II, 19, 2 : « Trium quoque consonantium, quae in se incidentes stridere et quasi rixare uidentur, uitanda iunctura est, id est, R, S, X, ut: ‘ars studiorum’, ‘rex Xerxes’, ‘error Romuli’ ».
40 En II, 82, «perspice» et «praespice» ont un poids stemmatique presque équivalent (voir apparat ad locum) ; j ’ai finalement adopté «perspice» en raison du poids de FG et en raison du e ajouté au-dessus de la ligne dans P (« peraespici »). Mais il est significatif que la tradition manus crite soit très partagée alors que pourtant le sens ne fait aucun doute («perspice» signifie « examine » et non « prévois »).
41 On a une autre preuve de l’usage du y à l’époque wisigothique : l’alphabet découvert sur une ardoise de Diego Alvaro (province d’Àvila), qui est très probablement un exercice scolaire et qui semble dater du VIIe s., comporte cette lettre (voir édition de Velázquez Soria no, Las pizarras visi godas, p. 245).
42 En revanche, c’est l’orthographe avec deux y qui est majoritaire en I, 1, mais le premier prologue n’est pas d’Isidore. Plus généralement, sur la graphie i au lieu d’y, voir Stotz, Handbuch,
t. 3, p. 74-75.
43 II est possible qu’Isidore ait connu le Commentaire sur les Psaumes de Cassiodore (voir Fo ntaine, Isidore de Séville et la culture classique, p. 939), or celui-ci indique explicitement l’ori
70 JACQUES ELFASSI
nominibus » {Etym. I, 27, 10). Dans les manuscrits, « blasphemes » (I, 29) est majoritairement attesté avec ph (seuls SU F sont avec f) ; et en I, 67, « chorus » est presque unanimement copié avec ch (seul W n’a pas de h )44.
En 1,74, « sepulchrum » comporte très souvent un h : seuls BL HNX l’écrivent sans h. Cette graphie est problématique car Isidore considérait « sepulc(h)rum » comme un mot d’origine latine (« sepulcrum autem a sepulto dictum », Dijf. I, 314) et il devait donc l’orthographier sans h («h... in latino tantum uocalibus iungitur», Etym. I, 27, 10). C’est très précisément l’argument qui avait incité C. Codoñer à adopter la graphie «sepulcrum»45. Toutefois, il n’est pas sûr qu’Isidore soit toujours conséquent avec ses propres règles orthographiques, et de toutes façons il n’est pas toujours cohérent dans ses étymologies46.
On trouve aussi la graphie consonne + h dans deux mots qui ne sont pas d’ori gine grecque : « inchoat » (I, 26 [A]) et les mots de la famille d’«abhominare» (« abhominationem » en I, 12; « abhominabilis » en I, 16; « abhominanda » en I, 64 ; « abhominabilis » en I, 71), écrits avec h dans la plupart des copies. - « Xristus »
J’ai systématiquement (y compris dans l’apparat critique) développé l’abré viation «xps» qu’on trouve dans les manuscrits en « Xristus » (I, 2, 64; II, 3, 33, 94). Cette graphie se fonde sur le témoignage d’Isidore lui-même {Etym. I, 27, 27 : « Xps, quia Graecum est, per X scribendum »), et elle est confortée par une inscription télestiche dont les dernières lettres des six premiers vers peuvent se lire « Xriste » 41.
Conclusion :
L’orthographe d’Isidore, pour autant qu’on puisse la reconstituer, paraît plutôt conservatrice 48 : maintien du h, du y, etc. Les quelques écarts par rapport à la norme que l’auteur semble s’être lui-même imposée révèlent cependant quelques traits de la prononciation du latin au début du VIIe s., par exemple les confusions e/i et o/u.
44 Isidore semble considérer que le mot est d’origine latine {Etym. VI, 19, 5 : «dictus chorus quod initio in modum coronae circum aras starent... alii chorum dixerunt a concordia »), mais il indique par ailleurs que le chœur est né en Grèce (Chronica, ree. long. 77b « Philemon primus apud Pytium chorum instituit » ; Etym. V, 39, 11 « chorus in Graecia inuentus »).
Il faut mentionner ici « archiepiscopus » (I, 1), dont Isidore connaît l’étymologie grecque {Etym. VII, 12, 6).
45 Voir Co d o ñ e r, De Differentiis /, p. 8.
46 Par exemple, dans Etym. XII, 1, 12, il attribue à « agnus » d’abord une origine grecque puis une origine latine ; cf. de même, en XII, 2, 38, les étymologies de « cattus ». Voir aussi, plus haut, ses hésitations sur l’origine de «chorus».
47 Cette inscription est publiée par J. Viv e s, Inscripciones cristianas de la España romana y visigoda, Barcelona,21969, p. 86 n° 281. Sur la graphie « Xpistus », voir Gil, « Edición de textos visigodos », p. 193-194; et Ma r t ín, Chronica, p. 259*.
48 Ces conclusions rejoignent celles de Fo n t a in e, Traité de la nature, p. 103 ; et à l’inverse,
s’opposent à celles de Ro d r îg u e z-Pa n t o ja, « Notas de ortografía isidoriana », p. 87 (voir aussi, du même auteur, « Etimologías. Estudio sobre la ortografía »).
LA LANGUE DES SYNONYMA D’ISIDORE DE SEVILLE 71
II. Morphologie
1) Les noms etadjectifs
a) Le genre
Deux mots présentent un genre différent de celui qu’ils ont en latin clas sique :
- « Sinónima » est décliné sur le modèle « sinónima, ae », comme un mot de la première déclinaison49 : en témoigne l’accusatif singulier « sinonimam» (I, 3). Dans la lettre qu’il envoie à Braulion, Isidore désigne son ouvrage comme « Sinonimarum libellum » 50 : la forme de génitif pluriel appartient aussi à la première déclinaison51.
- La forme « profundum » est attestée dans les Synonyma, mais c’est un accu satif («discendi in profundum » en I, 73 ; «in profundum recesseras » en II, 24 [O]). Isidore décline le mot comme un masculin, dont le nominatif singu lier est « profundus » (I, 51 et 73) 52.
On notera aussi que le genre de « dies » est fluctuant53 : sur les 20 occur rences du mot, 8 sont sûrement au masculin (I, 48 « diem incertum » et « dies ultimus » ; I, 62 « diem amarum, diem durum » ; I, 64 « diem ilium » répété trois fois ; I, 74 « dies metuendus »), 5 au féminin (I, 49 « dies illa » ; I, 64 « O dies detestanda ! O dies abhominanda ! O dies penitus nec dicenda » et plus loin « dies illa»). En sept passages, l’absence de déterminant ne permet pas de connaître le genre (I, 48 [<D], 51, 62 deux fois; II, 11 et 12). Enfin, en I, 74, Isidore avait d’abord donné à «dies» le genre masculin, conformément à sa source (Augustin, De sermone Domini in monte, I, 16, 50), mais il l’a ensuite mis au féminin, probablement dans un but de « variatio sermonis » : « dies
49 Sur la confusion entre les neutres pluriels de la seconde déclinaison et les féminins de la première, voir Ho f m a n n- Sz a n t y r, p. 9 - 1 0 ; Sto t z, Handbuch, t. 4 , p. 1 5 4 - 1 5 6; Día z y Día z, «El latín de la Península Ibérica », p. 1 7 2 - 1 7 3 ; Día z y Día z, «El latín de la liturgia hispánica », p. 6 9 ; Ro d r íg u e z-Pa n t o ja, « Notas de morfología isidoriana », p. 4 0 1 ; Id., « Rasgos generales de la morfo logía isidoriana », p. 1 2 3 ; Co d o ñ e r, De Differentiis I, p. 1 7 ; Go n zá le z Lu is, « Género gramatical en San Isidoro », p. 6 8 0 - 6 8 1 ; Ma r t ín, «La Vita Desiderii de Sisebuto », p. 1 5 2 ; Garv in, VSPE,
p. 4 4 - 4 5 ; Rie sc o Te r r e r o, Epistolario de San Braulio, p. 21 ; Velá zq u e z So r ia n o, Las pizarras visigodas, p. 3 9 1 .
50 Rie s c o Te r r e r o, Epistolario de San Braulio, p. 62, ep. 1 1. 9.
51 On peut aussi se demander si Isidore ne confondait pas « synonymia » et « sinónima » ; en effet, dans le passage où Isidore décrit la figure de style de la synonymie (Etym. II, 21, 6), les éditeurs ont tous choisi la forme « synonymia », mais les manuscrits comportent tous la leçon « sinónima» (voir l’apparat critique de P. K. Ma r s h a l l, Isidorus Hispalensis. Etymologiae II, Paris,
1983, p. 79). Cette confusion a très probablement favorisé le changement de déclinaison de « sinó nima».
52 Sur le passage des neutres de la seconde déclinaison au masculin, voir Ho f m a n n-Sz a n t y r, p. 10; St o t z, Handbuch, t. 4, p. 151-153; La w so n, De ecclesiasticis officiis, p. 130; Go n zá lez Lu is, « Género gramatical en San Isidoro », p. 678-679 ; Ro d r íg u e z-Pa n to ja, « Rasgos generales de la morfología isidoriana », p. 122.
72 JACQUES BUFASSI
ultim us » est donc devenu «dies ultima». Il semble donc qu’il ait employé les deux genres de «dies» indifféremment54.
Enfin, le neutre pluriel est parfois utilisé avec une valeur généralisante55. Dans la phrase : « difficile est Deum simul et mundum diligere, utraque simul aequaliter amare non possunt» (II, 94), « utraque » se réfère à deux substantifs masculins, « Deum simul et mundum », ou du moins est mis en parallèle avec eux.
b) Confusion du vocatif et du nominatif
Déjà en latin classique, le vocatif ne se distingue du nominatif que dans la deuxième déclinaison, au singulier seulement. La fusion des deux cas, c’est-à- dire, en fait, la disparition du vocatif, s’inscrit donc dans une évolution de longue durée.
Dans les Synonyma, les substantifs de la deuxième déclinaison employés dans des apostrophes ont généralement la désinence « -us » du nominatif: « luxuriosus » (I, 37 [O]) ou « chorus » (I, 6 7 )56. « Deus » (I, 71) et « Deus meus» (I, 63, 69) ne surprennent pas, car ce sont les formes usuelles.
Le seul mot de la deuxième déclinaison à conserver un vocatif en « -e » est « Domine » (I, 71). Le maintien de cette forme a pu être favorisé par sa présence dans les prières ; la sentence où elle apparaît en I, 71 correspond d’ailleurs à un verset psalmique (Ps. 88, 4 8 )57.
c) Le comparatif
Isidore utilise couramment les formes synthétiques du comparatif : « purior » (I, 28), « grauior » (I, 47), etc. En I, 12, cependant, on trouve « illi autem magis molesti sunt » ; rien n’indique que dans cette phrase «m agis» porte davantage
54 De même, en II, 64, la série d’exclamations « Vae diem ilium, quando peccaui ! Vae diem ilium, quando transgressus sum ! Vae diem ilium, quando malum expertus sum ! » précède de quelques sentences seulement l’autre série «O dies detestanda ! O dies abhominanda ! O dies penitus nec dicenda ! ». Dans les Diff. I, 13, Isidore distingue ainsi les deux genres : « Dies mascu- lini generis bonum tempus apud ueteres indicabat, feminini malum » ; mais il se contente de reco pier Servius (voir le commentaire de Co d o ñ e r, p. 3 0 7 ) et de toutes façons, il rejette cette distinc tion dans un lointain passé (« apud ueteres »).
E n e s p a g n o l m o d e r n e , « d ía » e s t m a s c u lin , e t « d o m in g o » ( < « [d ie s ] d o m in io n s » ) s u p p o s e a u ss i le tr io m p h e du g e n r e m a s c u lin .
55 O n tr o u v e le m ê m e u s a g e d ’« u traq u e » c h e z L é a n d r e , De institutione uirginum, II, 2 : « ig n is e t stu p a s ib i u traq ue co n tra ria » (éd . V e lá z q u e z , Leandro de Sevilla, p . 1 2 5 - 1 2 6 ; v o ir a u s s i s o n in tr o d u c tio n p . 4 3 ).
56 S u r l ’u s a g e d u n o m in a tif au lie u d u v o c a t if , v o ir H o f m a n n - S z a n t y r , p . 2 3 - 2 5 . Il e s t à n o te r q u ’I sid o r e co n n a ît l ’e x is t e n c e d u v o c a t if (Etym. I, 7 , 3 2 ; Diff. I, 3 1 0 ) . L a c o n n a is s a n c e th é o r iq u e d e c e c a s n e l ’e m p ê c h e d o n c n u lle m e n t d ’a d o p te r d e s f o r m e s d e n o m in a tif. I ld e f o n s e d e T o lè d e j u x t a p o s e s a n s d iffic u lté u n e a p o str o p h e e n « - e » e t u n e au tre e n « -u s » : « t u , sa n c te G a b r ie l, a n g e lu s D o m in i» (De uirginitate beatae Mariae, X , é d . B l a n c o G a r c ía , p . 1 3 9 1. 2 0 ) .
57 « Domine » s’est maintenu dans les langues romanes : cf. italien « domineddio », français « dame » (ancien français « damnedieu » ou « damledieu ») : voir W. Me y e r- Lü b k e, Romanisches Etymologisches Wörterbuch, Heidelberg,31 9 3 5 , p . 2 4 6 n° 2 7 3 4 .
LA LANGUE DES SYNONYMA o ' ISIDORE DE SEVILLE 73
sur « sunt » que sur « molesti » 58, et cette formation annonce celle de l’espagnol moderne (« más molestos » )59.
Dans la phrase « fomicatione contaminan deterius peccatum puta » (II, 8), il semble difficile de ne pas donner à « deterius » une valeur de superlatif (« pense qu’être contaminé par la fornication est le pire péché»)60. Cette confusion aboutira, dans les langues romanes, à des formes de superlatif issues de compa ratifs latins («el pejor», «le pire»).
2 ) Lespronoms
Quelques phénomènes à signaler :
- le nominatif neutre singulier « ipsud » (I, 32)61, probablement favorisée par l’analogie d’«istud», « illud » ou « aliud ».
- le datif « alio » (II, 81), avec une désinence alignée sur celle de la deuxième déclinaison (en II, 98, en revanche, on trouve « alii »).
- « aliquid », parallèle à « quid », employé après « ne » : « ne quid ultra leuiter agas, ne quid inconsulte géras, ne temere aliquid facias » (II, l ) 62.
- « alter » toujours utilisé avec la valeur d’« alius » (II, 37, 40, 43, 51, 81, 9 8 )63. Il est même souvent en position d’équivalence synonymique avec « alius » ou « alienus » : «alienam miseriam... in tribulatione alterius » (II, 40), « alterius oculos... aliis» (II, 43), «non alterius... non aliena» (II, 51), « quod tibi fieri uis, fac alteri ; quod uis ut faciat alius tibi, hoc et tu facito illi ; talis esto aliis qualis optas esse circa te alios » (II, 81), « alteri numquam inferas, non inferas alio » (II, 81), « non auferas alteri unde alii tribuas... nihil prodest, si alterum inde reficis unde alium inanem facis » (II, 98 )64.
58 Dans la phrase « esse magis bonus quam uideri stude » (II, 42), il est clair que « magis » ne porte pas sur «bonus», mais sur « esse » (« cherche à être plutôt qu’à paraître bon»).
59 Cf. Ho f m a n n- Sz a n t y r, p. 165 ; St o t z, Handbuch, t. 4, p. 303. Voir de même, dans les Etym., « magis apta » (II, 29, 5), « magis uerum » (XI, 1, 64), « magis rufa » (XIX, 17, 1) ; et dans les Sent., « magis uerum » (II, 29, 6) et « magis liber » (III, 59, 10). En sens inverse, Día z y Día z, «El latin de la Península Ibérica», p. 175, note que la formation «magis» + adjectif est encore très peu représentée dans les documents wisigothiques.
60 Voir Fo n t a in e, Traité de la nature, p. 118-119 ; Bl a n c o Ga r c ía, De uirginitate, p. 195.
61 Voir St o t z, Handbuch, t. 4, p. 120. Même forme dans les Etym. I, 8, 1 ; 12, 2, etc. (voir Ro d r îg u e z-Pa n t o ja, « Notas de morfología isidoriana », p. 403 ; Id., « Rasgos generales de la morfo logía isidoriana », p. 127) ; De eccl. off.I, 20, 2 (CCSL 113,1. 10) ; 32, 2 (1. 16), etc. Pareillement, chez Braulion, « ipsut » {ep. 11, éd. Rie s c o Te r r er o, 1. 24, et ep.74,1. 9). « Ipsut » est aussi attesté dans une ardoise trouvée dans la province de Cáceres et datant de la fin du VIe ou du début du vu6 s. (éd. Ve l á z q u e z So r ia n o, Las pizarras visigodas, p. 310 1. 3 ; voir son commentaire p. 364).
62 Sur la concurrence faite à « quis » par « aliquis », voir Ho fm a n n- Sz a n t y r, p. 195; Díaz y Día z, «El latín de la Península Ibérica », p. 178.
63 Voir Ho f m a n n- Sz a n t y r, p. 208 ; Día z y Día z, «El latín de la Península Ibérica », p. 178. 64 Voir de même « nullum distet ab alio, nullum dirimatur ab altero » chez Il d e fo n se, De uirgi nitate beatae Mariae, XI, éd. Bl a n c o Ga r c ía, p. 161 1. 7. En espagnol, « alius » n’a pas laissé de trace et «otro» vient d’« alter».
74 JACQUES ELFASSI
- « quanti » ayant la valeur de «quot» (I, 25, 50, 7 0 )65. En I, 25 et 70, « quanti » est parallèle à « multi » utilisé dans la phrase suivante.
- «uterque» employé au pluriel même lorsqu’il se réfère à deux substantifs singuliers66 : « utrisque simile discrimen inpendit, et qui detrahentem audit et is qui detrahit» (II, 52 [<X>]) et «difficile est Deum simul et mundum dili gere, utraque simul aequaliter amare non possunt » (II, 94 )67.
3 ) Les verbes
a) Confusions actifs / déponents
La persistance de la voix déponente ne fait aucun doute68. Le témoignage des manuscrits est unanime pour confirmer l’existence de «loquor» (I, 7 ,1 1 , etc.), « transgredior » (I, 64), «experior» (I, 64), «fruor» (II, 92 et 94), etc.
Cependant, certains verbes déponents tendent à devenir actifs et vice-versa69. - déponents utilisés comme actifs : « insidiant » (I, 6, A )70, « amplecte » (II, 35, 38) et «amplectere» (II, 9 4)71, «blandiat» (II, 25) et «blandiunt» (II, 101)72; «modera» (II, 49)73, et « praeuaricant» (II, 82)74.
65 V o ir Ho fm an n- Sza n ty r, p. 2 0 7 . D a n s la la tin ité w is ig o t h iq u e , v o ir B r a u lio n , Vita s. Aemi liani, c . 3 5 (p . 3 9 1. 3 - 4 ) , o ù « q uan ti » et « q u o t » s o n t u t ilis é s d e m a n iè r e in te r c h a n g e a b le : « Q u o t fu eru n t c a e c i ad e iu s se p u lcr u m in lu m in a ti, q u a n ti e tia m u e x a t ic ii p u r g a ti » . M ê m e v a le u r d e « q u a n ti » d a n s la m ê m e œ u v r e au c. 6 (p. 3 2 1. 6 ) , o u d a n s le s VSPE V, 3 (1. 3 9 ).
66 V oir Ho fm an n- Sza n ty r, p. 2 0 0 - 2 0 1 ; Fo ntaine, Traité de la nature, p . 1 1 9 - 1 2 0 ; Ro drîgu ez- Pantoja, « S in t a x is d e la s Etimologías» , p . 1 1 6 ; Velá zq u ez, Leandro de Sevilla, p . 4 3 .
67 S u r l ’u s a g e d u n eu tre p lu rie l « u tra q u e » d a n s c e tt e d e r n iè r e p h r a se , v o ir p lu s h a u t § I I .l a . 68 C e la n e fa it q u e co n fir m er le s c o n c lu s io n s d e R Flobert, Les verbes déponents latins des origines à Charlemagne, P aris, 1 9 7 5 , e n p a r tic u lie r p. 1 8 0 - 1 8 6 , 5 0 7 - 5 1 4 e t 5 8 1 . V o ir a u s s i Co do ñer, De Dijferentiis / , p. 1 8 -1 9 .
69 V o ir à n o u v e a u P. Flobert, op. cit., p . 2 4 6 - 2 7 1 ( d é p o n e n t is a t io n s ) , 3 3 3 - 3 3 7 (a c tiv a tio n s ), e t 3 7 7 - 3 8 0 (p a ss iv a tio n s ) ; et le s m a n u e ls d e Ho fm a n n- Sz a n t y r, p . 2 9 2 - 2 9 3 , e t d e Stotz, Handbuch,
t. 4 , p . 3 3 5 - 3 4 2 . D a n s le s Synonyma, v o ir Péris Ju a n, p . 8 8 - 9 0 ; e t d a n s d ’a u tres œ u v r e s d ’Isid o r e , Rodrîguez-Pantoja, « N o ta s d e m o r fo lo g ía is id o r ia n a » , p . 4 0 3 ; Id., « R a s g o s g e n e r a le s d e la m o r f o lo g ía is id o r ia n a » , p . 1 2 8 - 1 2 9 ; Cazier, Sententiae, p . L - L I I I ; Fo ntaine, « L e s b ille t s d ’I sid o r e d e S é v il le » , p . 1 7 1 - 1 7 2 ; Sánchez Martín, Versus, p . 7 6 .
70 V oir d e m ê m e Etym. X , 151 ( « i n s i d i a i » ) e t X V , 1 2 , 2 ( « i n s i d i a r e » ) ; e n s e n s in v e r s e , Etym. X II , 5 , 3 (« in sid ia tu r » ). V o ir a u ss i P. Flobert, op. cit., p . 3 1 3 .
71 Sur l’activation d’«amplector», voir P. Fl o b e r t, op. cit., p. 324. Dans Etym. I, 9, 7, Isidore
cite «amplector» comme modèle des verbes «communia», qui peuvent être de sens actif comme passif («et agunt et patiuntur») ; il considère donc « amplector » soit comme un déponent, soit comme un passif. Dans les Sent. III, 27, 3, il emploie dans la même phrase la forme déponente (« amplectitur ») et la forme active (« amplectere »). Autre occurrence de l’actif dans Etym. IX, 5, 7 (« amplectit »), Ep. A {ed. W. M. Lin d sa y, 1. 4-5, « amplectere ») et Diff. II, 156 (cf. Ro d r îg u e z- Pa n to ja, « Rasgos generales de la morfología isidoriana », p. 129). On trouve aussi l’infinitif « amplectere » chez Braulion de Saragosse {ep. 18, éd. Rie s c o Te r r e r o, 1. 28). Dans le De uirgini-
tate beatae Mariae (III) d’Ildefonse, Bl a n c o Ga r c ía édite « amplector » (p. 76 1. 2), mais Gi l, «De uirginitate beatae Mariae », p. 155, propose de le corriger en « amplecto ».
72 V oir, d e m ê m e , le s fo r m e s « b la n d ia t » d a n s Etym. III, 2 0 , 1 4 e t X , 1 6 0 , « b la n d iu n t » d a n s
Etym. X II , 7 , 2 9 , e t « b la n d ie b a n t» d a n s Sent. II, 9 , 1 3 . V o ir d ’a u tres a tte s ta tio n s d e l ’a c t if « b la n d ió » d a n s P. Flobert, op. cit., p. 3 0 4 .
73 V o ir P. F l o b e r t , op. cit., p . 2 9 5 . A u tr e o c c u r r e n c e d e l ’a c t if d a n s Etym. III, 5 6 , 1 (« m o d e r a t »).
LA LANGUE DES SYNONYMA o ' ISIDORE DE SEVILLE 75
Il semble qu’Isidore ait hésité sur la voix de « mentiriZ-ere ». L’infinitif « mentire » (II, 53) est fondé sur la tradition presque unanime, mais « mentitur » (II, 54) et « mentiaris » (II, 55) sont incontestablement des formes dépo nentes 75. De même, « suffragariZ-are » est déponent en I, 56 (« suffragete »), mais actif en II, 96 (« suffraget »), du moins dans la recension O 76. « Pericli- tariZ-are » varie semblablement : forme déponente en II, 89 (« periclitatur »), mais actif en II, 91 (« periclitauerunt »).
- actif utilisé comme déponent : impératifs présent « certare » (II, 7 ; on notera cependant l’infinitif actif « decertare » en II, 39)77, « inseruire » (II, 14) et «definire» (II, 34 )78.
Isidore semble avoir hésité sur la voix de « delectareZ-ari ». Le témoignage des manuscrits est unanime en faveur de « delectat » en I, 52 (passage spéci fique à A), et de « delectet » en II, 40. La forme déponente est elle aussi bien attestée : « delectatur » (II, 5 et 18). En II, 77 et 93, le sens impose de faire de « delectentur » et « delectatur » des passifs et non des déponents19.
- déponents transitifs utilisés comme passifs : « admiratur » (II, 2 8)80, « conui- ciaris » (II, 33; mais « conuicietur » est employé comme déponent en II, 3 2 )81, « uenerari » (II, 76 ; mais « uenerare » impératif déponent en II, 73)82. Comme l’a montré P. Flobert83, ces phénomènes d’activation, de déponenti- sation et de passivation sont relativement banals en latin, et en tous cas ils sont attestés à toutes les époques de la latinité: ce n’est donc ni un trait du latin tardif, ni a fortiori une spécificité hispanique.
75 La tradition manuscrite en faveur de « mentitur » et « mentiuntur » est unanime aussi dans
Diff. I, 7 4 et 7 5 (éd. Co d o ñ e r, p. 1 2 0 ). Sur Vactivation de « mentior», voir P. Flo b e r t, op. cit.,
p. 3 1 1 (P. Fl o b e r t signale la forme « mentiui » chez Julien de Tolède, Ars grammatica, I, 1, 3 7 , mais cette leçon, empruntée à l’édition d’H. Keil, n’est pas certaine ; l’éditrice la plus récente, M. A. H. Ma e s t r e Ye n e s, Ars Iuliani Toletani episcopi. Una gramática latina de la España visi goda, Toledo, 1 9 7 3 , p. 17 1. 1 9 2 , choisit la variante «mentitus sum », mais d’après son apparat critique, cette leçon aussi est critiquable; en fait, « mentiui » étant attesté par l’une des deux branches de la tradition et « mentitus sum » par l’autre, « mentiui » est peut-être préférable, car c’est la lectio difficilior : voir Gil, « Edición de textos visigodos », p. 2 0 2 ).
76 La version A comporte la forme déponente « suffragetur » (l’accord de BUW contre MNS, trois copies, mais qui correspondent à une seule branche du stemma, laisse peu de doute sur la leçon d’fìA). Isidore emploie aussi la voix active dans les Sent. I, 10, 2.
77 Voir d’autres attestations de « certor » dans P. Fl o b e r t, op. cit., p. 211.
78 L’usage déponent d’« inseruio » et de « delinio » est inconnu de P. Fl o b e r t, op. cit. En II, 7,
« certare » est parallèle à « resiste » et à « exclude » ; en II, 14, « inseruire » est sur le même plan qu’« adirne », « castige », « gere » et «porta»; enfin, « definire » (II, 34) fait écho à «oppone», «dissolue», « uince », «placa» et « exsupera » : ce sont donc très probablement des impératifs (déponents) et non des infinitifs (actifs) à valeur jussive.
79 Même usage polyvalent de « delector », tantôt passif, tantôt déponent, dans les Sententiae (cf. Ca z ie r, p. LI-LII) et chez Braulion (cf. Rie sc o Ter r e r o, Epistolario de San Braulio, p. 38). Voir
aussi P. Fl o b e r t, op. cit., p. 211.
80 Sur l’emploi passif d’«admiror», voir P. Fl o b e r t, op. cit., p. 349.
81 L’usage passif de « conuicior » est inconnu de P. Flo b e r t ; voir cependant ce qu’il écrit p. 375 note 3.
82 Sur la passivation de « ueneror», voir P. Fl o b e r t, op. cit., p. 360.
76 JACQUES ELFASSI
b) Formes périphrastiques
Le tour participe passé + « fuisse » (verbe «esse» à un des temps du
perfectum) est assez fréquent84 : « conuersus fueris » (I, 31), « fueris recor-
datus » (I, 47), « fractus fuerat » (I, 55), « fuero praesentatus » (I, 64), «fuisse genitum... procreatum » (I, 65), « cogitata non fuerunt » (II, 29), « data fuerit» (II, 67), « mensus fueris » (II, 85).
Par le même phénomène de redondance qui associe le participe passé à rauxiliaire au passé, le participe futur est parfois combiné au verbe « esse» au futur : «eris passurus » (I, 47) et «ero dicturus» (I, 64). Dans les deux cas, ce futur doublement marqué a la même signification qu’un futur simple85. (Pour autant, le futur de Y infectum est loin d’être moribond : « habitabo » en I, 55, « habebis » en II, 20, etc.)
c) Réfections et confusions
- Formes de parfait
En II, 18, la forme de parfait « inplicauit » est analogique des nombreux parfaits en « -aui » caractérisant les verbes de la l re conjugaison.
En II, 57, le parfait « spondisti » est probablement refait sur le thème d’m-
fectum 86.
D ’autre part, on notera la création d’un présent «odio» sur le thème du parfait « odi » : « odiunt » (I, 12), « odientes » (II, 38, O), impératif «od i» (II, 95, O )87.
- Formes composées refaites sur le verbe simple
La forme « aspargo » (I, 37 et 58) est sans doute refaite sur le verbe simple88. Dans le cas d’«elego» (II, 96), la réfection a probablement été facilitée par la confusion du i et du e 89.
84 V o ir Stotz, Handbuch, t. 4, p. 328-329 ; Fo ntaine, « L e s b ille t s d ’I sid o r e d e S e v il le » , p . 176. V o ir a u s s i Gar vin, VSPE, p. 70-71 ; e t Bra u lio n, Vita s. Aemiliani, c . 24 (p . 33 1. 14-15 : « fu e ra n t... narrata » ).
85 D e m ê m e , « p r o fectu r u s e r is » d a n s le s VSPE ( 1 , 1. 74) ; c o m m e n ta ir e d e Ga r v in, p . 71. 86 V o ir D ía z yD ía z , « E l la tín d e la P e n ín s u la Ib é r ic a » , p . 182 ; M a r t ín , « M o r f o lo g ía v e r b a l e n la s VSPE » , p . 218-220.
87 D e m ê m e , d a n s le s le ttr es d e B r a u lio n , « o d ia tu r » {ep. 13, é d . Riesco Terrero, 1. 43), e t l ’in f in it if « o d ir e » {ep. 18,1. 29).
E n I, 2 (p r o lo g u e n o n -isid o r ie n ), la fo r m e à1 infectum « r e p p e r ie t » e s t p r o b a b le m e n t u n e r é f e c tio n sur le parfait « r e p p e r i» (c f. F o n t a in e , Traité de la nature, p . 109; R o d r îg u e z - P a n t o j a , « R a s g o s g e n e r a le s d e la m o r f o lo g ía is id o r ia n a » , p . 129-130).
88 V o ir Fontaine, Traité de la nature, p . 109; Rodrîgu ez-Pan toja, « R a s g o s g e n e r a le s d e la m o r f o lo g ía is id o r ia n a » , p . 130; Martín, « M o r f o lo g ía v e r b a l e n la s VSPE» , p . 223.