Dépression à la suite d'un traumatisme crânio-cérébral :
associations avec la qualité de vie liée à la santé, la
participation sociale et les stratégies d'adaptation
Mémoire doctoral
Kristina Gravel
Doctorat en psychologie
Docteure en psychologie (D. Psy.)
Dépression à la suite d'un traumatisme crânio-cérébral : associations avec
la qualité de vie liée à la santé, la participation sociale et les stratégies
d’adaptation
Mémoire doctoral
Kristina Gravel
Résumé
L’objectif de cette étude était d’examiner le lien entre la dépression à la suite d’un traumatisme craniocérébral (TCC) et la qualité de vie liée à la santé, la participation sociale et les stratégies d’adaptation dans la deuxième année post-accident. Pour ce faire, un groupe d’individus ayant subi un TCC et souffrant de dépression majeure a été comparé à un groupe sans diagnostic de dépression sur la qualité de vie liée à la santé, la participation sociale et l’utilisation de différentes stratégies d’adaptation. Afin de consolider les conclusions tirées par cette étude, la présence ou l’absence d’un autre diagnostic psychiatrique a également été prise en compte. Un échantillon de 237 adultes âgés entre 18 et 65 ans a été évalué deux ans après l’accident à l’aide d’une entrevue diagnostique et de questionnaires validés. Les participants ayant vécu un épisode dépressif majeur présentaient une moins bonne qualité de vie liée à la santé, une moins bonne participation sociale et une utilisation plus importante de stratégies d’adaptation dites dysfonctionnelles comparativement aux participants n’ayant pas souffert de dépression. Un effet d’interaction avec la présence d’un autre diagnostic psychiatrique a été observé pour l’utilisation des stratégies dites dysfonctionnelles. Les participants ayant une comorbidité (dépression majeure et autre – état de stress post-traumatique, trouble de l’adaptation, trouble anxieux, trouble obsessionnel-compulsif ou trouble d’utilisation d’une substance) présentaient une utilisation plus importante de stratégies dites dysfonctionnelles. Ces résultats démontrent le coût social important associé au fait de souffrir d’une dépression majeure pendant la deuxième année post-TCC. De plus, ils permettent de souligner l’association entre les stratégies d’adaptation et la présence de dépression après un TCC, ce qui pourrait être une avenue d’intervention clinique intéressante dans le futur.
Abstract
The aim of this study was to determine how major depression following traumatic brain injury (TBI) is linked to health-related quality of life, social participation, and coping strategies. In order to strengthen the findings, the effect of the presence or the absence of another diagnosis was also examined. A sample of 237 adults, aged between 18 and 65 years, was evaluated two years after the injury with a clinical structured interview based on the DSM-IV and validated questionnaires. Results showed significant differences between participants having experienced a major depressive episode in the second year post-TBI and participants who did not suffer such an episode. Depressed participants showed lower health-related quality of life, lower social participation and higher use of dysfunctional coping strategies. An interaction with the presence or absence of another psychiatric diagnosis was found only for the use of dysfunctional coping strategies: participants with both depression and another diagnosis (either post-traumatic stress disorder, adjustment disorder, anxiety disorder, obsessive-compulsive disorder, and/or substance use disorder) showed higher use of dysfunctional coping strategies. These results highlight the important social cost associated with depression in the second year post-TBI. Moreover, the results suggest that there is an association between coping strategies and the presence of depression post-TBI, which could be an interesting clinical target to prevent or treat post-TBI depression.
Table des matières
Résumé ... iii
Abstract ... iv
Table des matières ... v
Liste des tableaux ... vii
Liste des abréviations ... viii
Remerciements ... ix
Avant-propos ... xi
Introduction générale ... 1
Aspects épidémiologiques du traumatisme crânio-cérébral ... 1
Impacts du TCC ... 2
Psychopathologie après un TCC. ... 4
Dépression après un TCC. ... 5
Prévalence. ... 5
Évolution dans le temps. ... 6
Évaluation. ... 7
Étiologie et facteurs associés. ... 8
Qualité de vie post-TCC et son lien potentiel avec la dépression. ... 10
Participation sociale après un TCC et son lien potentiel avec la dépression. ... 12
Stratégies d’adaptation et leurs liens potentiels avec la dépression ... 14
Synthèse de la problématique et objectifs ...16
Chapitre 1 (article) – Depression After a Traumatic Brain Injury: Associations with Health-related Quality of Life, Social Participation and Coping Strategies...18
Résumé ...20 Abstract ...21 Introduction ...22 Method...26 Participants ... 26 Procedure ... 26 Measures ... 27 Sociodemographic variables ...27
Presence of Depression and Other Axis I Disorders ...27
Health-related quality of life ...27
Social participation ...28
Statistical Analyses ... 28
Results ...29
Sample description ... 29
Effect of depression on quality of life, social participation and coping strategies ... 29
Discussion ...30
Conclusion ...35
References ...36
Tables ...43
Table 1. Sociodemographic and clinical characteristics of participants ... 43
Table 2. Frequency of other diagnoses in the sample. ... 44
Table 3. Mean scores (SD) on the QOLIBRI, PART-O and for dysfunctional strategies according to the presence/absence of depression or of another disorder ... 45
Table 4. Results of the MANOVA for effects of presence of depression, presence of another mental health diagnosis, and the interaction. ... 46
Conclusion générale ...47
Retombées cliniques ...53
Limites et points forts ...56
Liste des tableaux
Table 1: Sociodemographic and clinical characteristics of participants……….53 Table 2: Frequency of other diagnoses in the sample………...………54 Table 3: Mean scores (SD) on the QOLIBRI, PART-O and for dysfunctional strategies according to the presence/absence of depression or of another disorder….…….……..…55 Table 4: Results of the MANOVA for effects of presence of depression, presence of another mental diagnosis, and the interaction………...………56
Liste des abréviations
TCC Traumatisme craniocérébral
SAAQ Société de l’assurance automobile du Québec
RAPTCCQ Regroupement des associations de personnes traumatisées craniocérébrales du Québec
APA American Psychiatric Association
SCID Structured Clinical Interview for DSM Disorders WHOQOL World Health Organization Quality of Life Assessment QOLIBRI Quality of Life after Brain Injury
PART-O Participation Assessment with Recombined Tools - Objective
TBI Traumatic Brain Injury
MDE Major Depressive Episode
Remerciements
Un auteur dont j’ignore la provenance ou le nom a dit : « certes, le talent nous place sur le chemin du succès, mais seul le travail nous y mène ». Cette phrase a toujours occupé une place importante dans la façon dont j’ai entrepris les défis durant mon cheminement académique. J’ajouterais que d’être bien entouré rend le périple assurément plus réalisable et léger. J’ai eu l’immense privilège, pendant la réalisation de ce mémoire doctoral, d’être entourée de gens merveilleux qui m’ont écoutée, accompagnée et aidée.
Parmi ceux-ci, je tiens à remercier ma directrice de recherche, Marie-Christine Ouellet, une femme d’ambitions et de projets. Marie-Christine, ta vision et ta diligence sont un cadeau précieux pour tout étudiant qui réalise son parcours doctoral avec toi. Rares sont ceux qui ont pu se vanter d’avoir travaillé avec un directeur aussi humain tout en étant extrêmement compétent, offrant si naturellement de son temps et de son expertise. J’espère vraiment avoir réussi à te démontrer, à travers toutes ces années, mon éternelle reconnaissance envers ton grand cœur et la belle personne que tu es. Tu m’as permis de vivre mon expérience doctorale pleinement tout en ayant du plaisir. Tu as été réconfortante lors de moments incertains et tu m’as poussée à me dépasser quand l’occasion se présentait. Bref, tu représentes tout ce que je recherchais chez un mentor en recherche et au terme de ce parcours, je ne conserve que de bons souvenirs de notre collaboration. Merci pour tout!
Un merci particulier à Simon Beaulieu-Bonneau. Simon, tu es une personne qui allie rigueur et générosité comme personne. Tu as su me mettre en confiance malgré les périodes les plus houleuses de cette aventure parsemée d’embuches qu’est la recherche. Les étudiants qui travailleront avec toi dans le futur en seront très privilégiés. Je te l’ai dit à plusieurs reprises dans le passé, mais je le pense très sincèrement.
Je remercie aussi mes parents qui ont été, qui sont et qui seront toujours d’un inconditionnel soutien. Je me sens privilégiée de compter sur des gens ayant autant confiance en mon potentiel. Depuis toujours, vous avez mis en place les conditions optimales pour que je puisse saisir toutes les opportunités s’offrant à moi, sans avoir à me soucier de quelconques
contraintes. J’espère vous avoir rendus fiers jusqu’à présent et je compte poursuivre une vie de rêves, toujours en attribuant une grande partie de mon succès à votre amour et à votre générosité sans frontières.
Finalement, merci à toi Oli. Ce parcours n’a certainement pas été toujours facile, mais ta confiance infinie envers mon travail et mes accomplissements m’ont aidé à remonter la pente lorsque je me sentais parfois descendre sur le chemin des doutes et de la remise en question. Ta légèreté, ton humour et ta façon toute naturelle de désamorcer toutes les bombes (imaginées!) ont su alléger les lourdeurs du marathon de la recherche. Tu étais là, à chaque kilomètre, pour m’apporter encouragements et écoute. Je t’en serai toujours reconnaissante.
Avant-propos
Ce mémoire doctoral est réalisé selon les exigences du programme de doctorat en psychologie clinique (D.Psy) de l’École de psychologie de l’Université Laval. La directrice de ce mémoire est Marie-Christine Ouellet (Ph. D), professeure agrégée de l’École de psychologie de l’Université Laval.
Le premier chapitre représente une introduction générale effectuant un survol sur les impacts d’un traumatisme crânio-cérébral, plus particulièrement sur les impacts psychologiques. Le second chapitre est un article scientifique inséré dans le présent mémoire. Cet article a donc été rédigé en anglais. L’étudiante auteure de ce mémoire a réalisé la totalité des étapes de rédaction, soit le survol de la problématique et l’établissement de la question de recherche. Elle a participé à la collecte de données du projet longitudinal dans lequel s’inscrit le présent ouvrage et a effectué les analyses et l’interprétation des résultats. Finalement, elle a réalisé la totalité du présent manuscrit. Les co-auteurs affichés ont participé de façon significative en offrant un support intellectuel justifiant le titre de co-auteur. L’article n’a pas fait l’objet d’une publication dans l’immédiat, mais il sera soumis à la revue scientifique Brain Injury sous-peu.
Introduction générale
Aspects épidémiologiques du traumatisme crânio-cérébral
Le traumatisme crânio-cérébral (TCC) est un problème de santé publique important pouvant causer des incapacités, une hospitalisation ou même la mort chez les individus qui en sont victimes (Langlois, Rutland-Brown & Wald, 2006). D’ailleurs, annuellement, ce sont près de 10 millions de personnes à travers le monde qui meurent ou qui sont hospitalisées à la suite d’un TCC (Langlois et al., 2006). Ce dernier représente la cause de mortalité principale des personnes âgées de 45 ans et moins dans plusieurs pays industrialisés (Werner & Engelhard, 2007). La littérature compte plusieurs définitions du TCC. En 1995, le Center for Disease Control le définit comme une blessure à la tête imputable à un coup, un objet pénétrant ou des forces d’accélération/décélération causant une baisse du niveau de conscience, une amnésie, des anomalies neurologiques ou neuropsychologiques, une fracture du crâne, des lésions intracrâniennes ou un décès (Thurman, Sniezek, Greenspan & Smith, 1995).
De façon générale, les TCC sont catégorisés en niveaux de sévérité allant de léger à sévère. Cette catégorisation est effectuée sur la base de différents paramètres dont l’état de conscience lors de l’accident tel qu’évalué avec le Glasgow Coma Scale, la durée de la perte de conscience et la durée de l’amnésie post-traumatique (Eunice Kennedy Shriver National Institute of Child Health and Human Development, 2013). Selon les données de la Société de l’Assurance Automobile du Québec (SAAQ), en 2003, au Québec, 85% des TCC étaient légers alors que 15% étaient modérés-sévères (SAAQ, 2003).
Il est difficile d’estimer l’incidence exacte du TCC en raison des différences méthodologiques de chaque étude, mais ce nombre serait d’environ 200 personnes sur 100 000 dans les pays industrialisés (Bruns & Hauser, 2003). Cependant, cette statistique n’inclut que les patients hospitalisés. Le nombre total de personnes ayant subi un TCC est donc inconnu, résultant d’une part d’une sous-estimation des TCC légers qui passent rapidement en urgence, qui consultent en dehors des hôpitaux, ou qui ne consultent pas, et d’autre part d’une possible surestimation des TCC plus sévères (Bruns & Hauser, 2003). Annuellement, il est estimé que plus de 13 000 québécois subissent un TCC, dont 3000 sont hospitalisés (Regroupement des associations de
personnes traumatisées craniocérébrales du Québec [RAPTCCQ], 2015). Parmi les individus plus fréquemment touchés par le TCC se trouvent les jeunes enfants, les jeunes adultes et les personnes âgées; de plus, les hommes sont davantage affectés que les femmes (Bruns & Hauser, 2003; Canadian Institutes of Health Research, 2015). Bien que la tranche d’âge des 15-25 ans soit prépondérante, selon des données françaises, il y a une proportion importante de personnes âgées de 75 ans et plus qui subissent un TCC (Mathé, Richard & Rome, 2005). Au Québec, les accidents de la route sont les principaux responsables de TCC chez les adultes (45%) suivis par les chutes (30%) (RAPTCCQ, 2017). Les jeunes enfants et les personnes âgées sont plus susceptibles de chuter, alors que les jeunes adultes de 15 à 25 ans sont particulièrement à risque de subir un accident de véhicule motorisé (Bruns & Hauser, 2003).
En outre, le TCC a des impacts non seulement sur la personne qui en est victime, mais aussi sur le système de santé publique et la société. Les coûts liés aux soins de santé sont élevés, surtout pour les blessures plus sévères, incluant des soins hospitaliers de pointe en phase aigue, des services spécialisés de réadaptation, ainsi que des services pour la réinsertion et le maintien dans la communauté (Mathé, Richard & Rome, 2005). En 2004, on estimait que le coût moyen des soins associés à un TCC au Québec se situait entre 91 000$ et 195 000$, selon la sévérité de la blessure (Carrière, Reinharz & Tétreault, 2004). La majorité des personnes ayant subi un TCC modéré à sévère auront besoin de réadaptation et de soins suivant l’accident (Thurman, Alversion, Dunn, Guerrero & Sniezek, 1999). Près du tiers de ces individus nécessitera une assistance quotidienne, même après la période de réadaptation (Bayen et al., 2013). De plus, que la sévérité soit légère, modérée ou sévère, la capacité à retourner au travail peut être compromise de manière significative. Ainsi, il importe de nommer le coût social important à la suite de l’accident. Il est donc nécessaire de considérer le TCC comme une problématique qui s’inscrit dans une perspective sociétale dépassant la sphère individuelle.
Impacts du TCC
Les séquelles d’un TCC peuvent varier fortement d’un individu à l’autre. Elles se manifestent souvent dans différentes sphères de la vie telles que les sphères comportementale, cognitive, physique, sociale et psychologique (SAAQ, 2003), affectant à différents degrés les victimes et leurs proches. Le pronostic est relativement bon chez les individus ayant subi un TCC
léger, impliquant généralement que les symptômes se résorberont dans les trois à douze mois post-accident (Carroll et al., 2004). Le portrait des conséquences peut toutefois être plus complexe chez les TCC modérés ou sévères résultant souvent en séquelles permanentes sur différents plans tels que les troubles psychiatriques, les changements de personnalité ou des complications neurocomportementales (Fleminger, 2008; McAllister, 2008). Parmi les impacts fréquemment observés post-TCC, on retrouve des troubles du comportement (p. ex. : apathie, troubles des conduites sociales par désinhibition), des atteintes cognitives ou intellectuelles (p. ex. : difficultés mnésiques, troubles de concentration ou d’attention, difficultés de planification et d’organisation, etc.) (Mathé, Richard& Rome, 2005), des problèmes physiques (p. ex. : altération de la motricité, spasticité, douleurs chroniques, fatigue, etc.) (Cohadon, Casteli, Richer, Mazaux & Loiseau, 2002), des difficultés sociales (p. ex. : difficulté à maintenir de relations sociales) (Perroux, Lefebvre, Levert & Malo, 2013) et des difficultés d’ordre psychologique (p. ex. humeur dépressive, anxiété). Ces dernières peuvent mener au développement de différents troubles psychiatriques ainsi qu’à une altération de la qualité de vie ou de la participation sociale des individus touchés. D’ailleurs, les déficits sociaux et psychologiques représenteraient la principale source d’incapacité chez les personnes avec un TCC et la première source de stress chez les proches de ces personnes (Silver, McAllister & Yudofsky, 2005). Les difficultés cognitives et comportementales sont aussi des facteurs importants nuisant à la réinsertion sociale, familiale ou professionnelle (Mathé, Richard & Rome, 2005).
Selon Mathé et ses collaborateurs (2005), il importe de considérer que, si le TCC menace parfois le pronostic vital à court terme, c’est plutôt le pronostic social et fonctionnel qui représente un danger à plus long terme. Ces chercheurs croient que certaines séquelles importantes du TCC n’apparaitront que tardivement et peuvent invalider la personne à long terme. C’est d’ailleurs pourquoi certains auteurs considèrent que le TCC ne devrait pas être vu comme un évènement isolé, mais plutôt comme une condition chronique (Corrigan & Hammond, 2013; Masel & DeWitt, 2010). En effet, les conséquences à long terme, parfois irréversibles, évoluent avec le temps et la personne ayant vécu le trauma aura souvent besoin d’aide ou de services après la phase de réadaptation (Masel & DeWitt, 2010), ce qui ferait du TCC une condition dynamique et chronique (Corrigan & Hammond, 2013). Cet aspect témoigne donc de l’importance d’avoir un suivi à plus
long terme pour prendre en considération les éléments chroniques de la condition (Andelic et al., 2018).
Ainsi, le TCC est un problème menant à des prises en charge médicales à court et à long terme, ayant des impacts sur les individus victimes, leur famille, les milieux de travail et le système de santé.
Psychopathologie après un TCC.
La présence de psychopathologie est une problématique importante à la suite d’un TCC. En effet, la proportion de troubles psychiatriques est significativement plus grande chez les individus ayant subi un TCC que dans la population générale (Deb, Lyons, Koutzoukis, Ali, & McCarthy, 1999; Alway, Gould, Johnston, McKenzie & Ponsford, 2016; Gould, Ponsford, Johnston & Schönberger, 2011). Les troubles les plus fréquemment rencontrés sont surtout les troubles anxieux et de l’humeur (Alway et al., 2016; Deb et al., 1999; Whelan-Goodinson, Ponsford, Johnston & Grant, 2009), le trouble de l’humeur le plus souvent diagnostiqué étant la dépression (Alway et al., 2016). Alway et ses collaborateurs (2016) ont observé que 75,2% des individus de leur échantillon ayant subi un TCC ont souffert d’un trouble psychiatrique dans les cinq premières années post-accident. Parmi ces diagnostics, 77,7% sont apparus pendant la première année. De plus, le taux de certains troubles psychiatriques chez les personnes ayant subi un TCC est parfois significativement plus élevé même lorsqu’il est comparé à celui chez d’autres individus accidentés. En effet, dans une étude de Jorge et ses collaborateurs (2004), la présence de dépression est significativement plus importante chez les personnes ayant subi un accident avec un TCC que chez les individus ayant subi des blessures traumatiques sans TCC. Cependant, cette conclusion n’est pas supportée par Curran, Ponsford et Crowe (2000) qui notent un niveau de dépression important, mais similaire chez les personnes avec un TCC et celles avec une blessure orthopédique sévère. Finalement, Stein et ses collaborateurs (2019) notent quant à eux un risque plus important de développer une dépression à trois et six mois post-accident à la post-TCC comparativement à un accident avec une blessure orthopédique sans atteinte à la tête
L’un des facteurs les plus importants afin de prédire la présence d’un trouble psychiatrique après le TCC est la présence d’un trouble psychiatrique avant l’accident (Alway et al., 2016; Deb
et al., 1999; Jorge et al., 2004). Certaines études recensent d’ailleurs un trouble psychiatrique pré-accident dans au moins la moitié de l’échantillon (Gould et al., 2011; Hibbard, Uysal, Kepler, Bogdany & Silver, 1998; Whelan-Goodinson et al., 2009). Cependant, des antécédents de maladie psychiatrique pré-accident ne serait pas le seul facteur à entrer en jeu afin d’expliquer les taux élevés après l’accident. En effet, dans l’étude de Whelan-Goodinson et ses collaborateurs (2009), 72% des troubles psychiatriques post-TCC seraient de nouveaux cas, en particulier de l’anxiété ou de la dépression, c’est-à-dire que les personnes ne présentaient aucun antécédent de ces troubles dans le passé.
Dépression après un TCC.
Les troubles dépressifs sont caractérisés par la présence d’une humeur triste, de l’irritabilité ou un sentiment de vide, accompagnés de changements cognitifs et somatiques, altérant le fonctionnement de l’individu touché. Les différents troubles dépressifs se distinguent par leur durée ou étiologie présumée (American Psychiatric Association [APA], 2013). Le trouble dépressif caractérisé aussi appelé dépression majeure est la condition « classique » de ces troubles, impliquant une période d’au moins deux semaines, marquée par une tristesse ou une perte d’intérêt significatives et des changements affectifs, cognitifs et/ou neurovégétatifs (APA, 2013). Ce trouble est fréquemment diagnostiqué chez les personnes ayant subi un TCC (Alway et al., 2016). Cette population serait même deux fois plus à risque de développer une dépression qu’un individu sans TCC (Albrecht et al., 2019). De plus, les symptômes dépressifs limiteraient la récupération suite au TCC (Albrecht et al., 2019; Whitnall, McMillan, Murray &Teasdale, 2006) ce qui en fait une problématique importante à étudier chez cette population.
Prévalence.
Le taux de dépression détecté varie surtout entre 17 % et 48 % dans les différentes études regroupant des mesures allant d’un mois à cinq ans après l’accident (Ashman, Spielman, Hibbard, Silver, Chandna, & Gordon, 2004; Corrigan, Smith-Knapp & Granger, 1998; Dikmen, Bombardier, Machamer, Fann & Temkin, 2004; Hart et al., 2011; Hibbard et al., 1998; Jorge et al., 2004 ; Kersel, Marsh, Havill & Sleigh, 2001; Ouellet et al., 2018; Pagulayan, Temkin, Machamer & Dikmen, 2008; Whelan-Goodinson et al., 2009) ce qui contraste avec la prévalence de la dépression majeure dans la population générale estimée à 4,7% sur une période de 12 mois
au Canada en 2012 (Statistiques Canada, 2012). Selon certains travaux, la proportion de dépression serait jusqu’à 7,9 fois plus élevée chez les victimes de TCC que ce qui est attendu dans la population générale (Bombardier, Fann, Temkin, Esselman, Barber, & Dikmen, 2010). Des proportions plus élevées chez les victimes de TCC seraient d’ailleurs maintenues même deux ans après l’accident (Albrecht et al., 2019). En utilisant le Structured Clinical Interview for DSM Disorders (SCID), Hibbard et ses collaborateurs (1998) ont noté que jusqu’à près de la moitié de leur échantillon souffre d’un trouble dépressif majeur pour un échantillon majoritairement composé de gens ayant vécu un TCC il y a plus de 6 ans. Dans une étude plus récente, Hart et ses collaborateurs (2011), ont trouvé que près de la moitié de l’échantillon, composé de patients hospitalisés en centres de réadaptation, rapporte une dépression. Les participants dépressifs sont différents des participants sans dépression sur le plan de certaines variables (p. ex. être plus jeune, être une femme, histoire d’utilisation de substances, accident intentionnel, etc.). Cependant, cette étude n’inclut pas les TCC légers et le diagnostic est basé sur une évaluation des symptômes auto-rapportée par questionnaire (Hart et al., 2011) et non sur une évaluation clinique par un professionnel avec une entrevue diagnostique. Ainsi, au regard de cette prévalence estimée aussi élevée, la dépression est une conséquence majeure fréquemment rencontrée par les personnes avec une blessure traumatique à la tête.
Évolution dans le temps.
L’évolution de la dépression au fil des années suivant un TCC n’est pas encore claire. Plusieurs auteurs suggèrent que la première année serait une période critique pour le développement d’un trouble psychiatrique (Alway et al., 2016; Ashman et al., 2004). Corrigan et ses collègues (1998) sont d’avis que, de façon générale, il y aurait une détérioration de la condition psychologique de l’individu dans la première année post-accident, suivie par une amélioration. Plusieurs études examinant la prévalence de troubles dépressifs post-TCC ont d’ailleurs noté une diminution des taux de dépression à la suite de cette période critique. Dikmen et ses collaborateurs (2004), en particulier, remarquent une diminution du taux de dépression à long terme, soit de 3 à 5 ans post-accident. Ils observent tout de même que jusqu’à 31% de l’échantillon souffre toujours d’une dépression cinq ans après l’accident, soit un pourcentage élevé. Toutefois, d’autres études semblent plutôt supporter l’idée que la présence de dépression tend à augmenter dans le temps. Une étude Whelan-Goodinson, Ponsford, Schönberger et Johnston menée en 2010 a plutôt noté
une légère augmentation des troubles psychiatriques jusqu’à 5 ans après l’accident, puis une légère diminution par la suite. Ainsi, qu’il soit question d’augmentation ou de diminution, il semble tout de même clair qu’une proportion significative d’individus souffre toujours de dépression plusieurs années après l’accident. De plus, cette proportion reste tout de même significativement plus importante que dans la population générale. Cela démontre donc le besoin d’offrir du support de façon prolongée aux individus présentant un diagnostic de dépression, ainsi que la nécessité de mieux comprendre la problématique au-delà de la première année post-accident étant donné la présence de déficits à plus long terme.
Évaluation.
L’évaluation et le diagnostic de la dépression post-TCC posent un certain nombre de défis aux cliniciens et chercheurs. D’abord, le chevauchement de symptômes entre les deux conditions pose un premier problème quant au diagnostic différentiel. En effet, plusieurs symptômes tels que la fatigue ou les difficultés d’attention ou de concentration pourraient être attribuables tant au TCC qu’à la dépression (Alderfer, Arciniegas, & Silver, 2005; Ouellet et al., 2018). De plus, le TCC est une condition qui peut avoir de lourdes conséquences sur la vie de l’individu touché et il est difficile de déterminer si les symptômes recensés sont une réponse pathologique ou normale à l’accident et à ses répercussions (Rosenthal, Christensen & Ross, 1998). Aussi, les mesures auto-rapportées, souvent utilisées, n’arrivent pas toujours à un consensus dans la littérature et soulèvent parfois des questionnements. En effet, la validité de ces mesures pourrait être compromise en raison de troubles cognitifs ou encore d’une altération de la conscience des déficits vécus par la personne avec un TCC (Rosenthal et al., 1998). De plus, l’utilisation de questionnaires auto-rapportés permet d’évaluer la présence et la sévérité de symptômes dépressifs, mais les résultats obtenus ne peuvent pas nécessairement être utilisés pour poser un diagnostic. L’utilisation d’entrevues semi-structurées basées sur les critères du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) telles que le SCID peut pallier ce défi. En effet, elle permet à un intervenant formé et qualifié d’utiliser son jugement clinique pour évaluer l’état psychologique d’une personne et de s’adapter au rythme du patient, tout en s’appuyant sur une démarche structurée et des critères clairs. Une combinaison de ces différentes approches d’évaluation est certainement à privilégier.
Étiologie et facteurs associés.
Les facteurs étiologiques de la dépression suite au TCC restent flous à l’heure actuelle (Juengst, Kumar & Wagner, 2017a). Cette ambigüité peut être expliquée par le fait que plusieurs symptômes du TCC, comme mentionné ci-haut, chevauchent ceux de la dépression. Cependant, la pathophysiologie, la présence de troubles pré-morbides et des facteurs de risques psychosociaux ont été identifiés comme étant liés à la dépression après le TCC (Juengst et al., 2017a).
D’abord, plusieurs changements sur le plan cérébral suite au TCC pourraient être liés au développement d’un trouble dépressif. Selon Jorge et Starkstein (2005), le TCC peut causer des lésions axonales diffuses, des lésions dans les régions temporales ou préfrontales ou encore un bouleversement des systèmes dopaminergique, cholinergique, sérotoninergique ou neuroendocrinien. Ces changements pourraient tous être liés à l’apparition de troubles cognitifs, comportementaux ou émotionnels et donc dépressifs après l’accident (Jorge & Strakstein, 2005).
Plusieurs auteurs suggèrent qu’une histoire de troubles psychiatriques avant l’accident est un facteur étiologique important mettant à risque de subir une dépression post-TCC (Albrecht et al., 2019; Bombardier et al., 2010; Ouellet et al., 2018; Singh, Mason, Lecky, & Dawson, 2019; Stein et al., 2019). D’après Bombardier et ses collaborateurs (2010), le meilleur prédicteur de dépression post-accident serait une histoire de dépression avant ou au moment de l’accident. Ce lien pourrait être expliqué par une vulnérabilité psychologique ou encore par une diminution du volume préfrontal (Jorge et al., 2004). Cependant, il y aurait tout de même un taux important de « nouvelles dépressions ». Ainsi, bien que la présence de trouble psychiatrique avant l’accident soit un prédicteur important de la présence de psychopathologie et de dépression après le TCC, il est important, selon Whelan-Goodinson et ses collaborateurs (2009), de considérer d’autres éléments et qu’un facteur unique ne suffit pas à expliquer la totalité de l’étiologie du trouble.
Finalement, quelques facteurs psychosociaux pré-accident seraient liés à la présence de dépression suite au TCC. Un moins haut niveau de scolarité, une instabilité occupationnelle et l’abus de substance pré-TCC sont trois variables qui pourraient contribuer au risque de développer une dépression à la suite de l’accident (Deb et al., 1999; Dikmen et al., 2004). Dikmen et ses collaborateurs (2004) concluent que le lien entre la dépression et les facteurs psychosociaux
pré-accident constitue un cercle vicieux : les facteurs psychosociaux qui mettent généralement à risque de développer une dépression sont exacerbés après le TCC, ce qui augmente le risque d’avoir une dépression post-accident. Un fonctionnement psychosocial moins bon serait donc lié à l’apparition ou au maintien de la dépression. Cependant, la façon d’optimiser le fonctionnement psychosocial des individus touchés par un TCC afin de prévenir la possible apparition de dépression reste nébuleuse (Dikmen et al., 2004).
Malgré une prévalence élevée de la dépression après un TCC, il existe encore peu de recherche décrivant ses facteurs de risque et ses corrélats psychosociaux. Une meilleure compréhension des processus associés au développement la dépression post-TCC pourrait permettre l’identification de leviers pour améliorer la prévention du trouble ou encore son traitement dans cette population (Juengst et al., 2017a). Trois construits ont le potentiel d’aider à mieux comprendre la présence de dépression après un TCC et ses impacts sur la vie des personnes touchées : la qualité de vie liée à la santé, la participation sociale et les stratégies d’adaptation. D’une part la littérature scientifique montre bien que le TCC affecte la qualité de vie et la participation sociale (Arango-Lasprilla, Krch, Drew, De los Reyes Aragon & Stevens, 2012; Dijkers, 2004; Jacobsson, Westerberg & Lexell, 2010; Kersel et al., 2001; McLean, Jarus, Hubley, & Jongbloed, 2014; Pagulayan et al., 2008; Perroux et al., 2013; Polinder, Haagsma, van Klaveren, Steyerberg & van Beeck, 2015) et ce, peu importe la sévérité du traumatisme (Scholten et al., 2015). Les nouvelles limitations physiques ou cognitives ou encore les altérations comportementales contribuent certainement à affecter la qualité de vie et la capacité de l’individu à réintégrer ses rôles sociaux. Il est étonnant, cependant, de voir si peu d’études ayant examiné le lien entre la dépression post-TCC et les baisses de qualité de vie ou de participation sociale. Par exemple, une personne ayant perdu de l’autonomie dans ses rôles familiaux ou encore la capacité à retourner au travail est fort probablement plus à risque d’avoir des symptômes dépressifs. D’autre part, puisque le TCC amène des stresseurs significatifs pour l’individu touché, des processus d’ajustement psychologique prennent place dans les mois, voire même les années, après l’accident. La recherche qui porte sur les stratégies d’adaptation après un TCC demeure très limitée, encore plus en ce qui a trait au lien potentiel entre ces stratégies et la dépression post-TCC. Pourtant il est fort plausible qu’une utilisation trop importante de stratégies dites dysfonctionnelles telles que l’évitement, l’auto-blâme ou l’utilisation de substances soit plus intimement liée à l’occurrence de
troubles dépressifs. Les prochaines sections aborderont donc plus en détails les construits de qualité de vie, de participation sociale et de stratégies d’adaptation et leur lien potentiel avec le développement de symptômes dépressifs après un TCC.
Qualité de vie post-TCC et son lien potentiel avec la dépression.
Le concept de qualité de vie est difficile à définir et à opérationnaliser puisqu’il inclut plusieurs dimensions (Dijkers, 2004; Mailhan, Azouvi & Dazord, 2005). En effet, une recension de littérature effectuée par Polinder et ses collaborateurs (2015) démontre que la qualité de vie est non seulement définie de plusieurs façons, mais aussi mesurée avec des méthodologies variées. La présente étude utilisera la définition de la World Health Organization Quality of Life Assessment (WHOQOL) de 1995. Cette organisation définit la qualité de vie comme étant la perception d’un individu de sa position dans la vie, selon sa culture et son système de valeur. Cette perception entre en relation avec les attentes, préoccupations, normes et buts de l’individu. La qualité de vie est vue comme un concept large et complexe, incluant non seulement la santé physique et psychologique, mais aussi le degré d’indépendance, les relations sociales et les relations de l’individu avec son environnement (WHOQOL, 1995). Toujours selon la WHOQOL, cette définition est basée sur les éléments amenant un consensus dans la littérature, soit le côté subjectif de la qualité de vie, son aspect multidimensionnel et l’inclusion de dimensions tant positives que négatives (WHOQOL, 1995). Les outils de mesure utilisent différentes terminologies pour présenter les dimensions de la qualité de vie. Par exemple, le Quality of Life after Brain Injury (QOLIBRI), un outil récent développé spécifiquement pour la clientèle TCC, utilise six dimensions : (1) cognition, (2) soi, (3) vie de tous les jours et autonomie, (4) relations sociales, (5) émotions et (6) problèmes physiques (von Steinbüchel et al., 2010a).
La qualité de vie liée à la santé serait également une dimension importante de la qualité de vie. Cette variable est d’intérêt puisqu’elle compte un aspect multidimensionnel qui permet de mesurer le concept de qualité de vie défini ci-haut, en lien avec une maladie, une incapacité ou un traitement (Cella, 1995). Il s’agit donc d’une mesure subjective de l’impact d’une condition sur le bien-être d’un individu. Selon une équipe de chercheurs ayant réalisé une étude avec un échantillon hispanophone colombien (Arango-Lasprilla et al., 2012) les personnes ayant subi un TCC présentent une qualité de vie liée à la santé significativement inférieure lorsque comparées à la
population générale. Cependant, il est à noter qu’une variation importante est notée dans les résultats généraux de qualité de vie obtenus au sein même d’échantillons de personnes ayant subi un TCC (Brown & Vandergoot, 1998).
Plusieurs études montrent que la qualité de vie liée à la santé psychologique ou psychosociale serait plus touchée suite au TCC, comparativement à la qualité de vie liée à la santé physique. Dans une étude longitudinale menée avec 111 participants ayant subi un TCC et 87 participants contrôles, Pagulayan et ses collaborateurs (2008) avancent que le TCC touche tant la sphère physique que psychosociale du fonctionnement des individus. Cependant, le domaine physique tend à s’améliorer de façon notable et rapide dans les premiers 6 mois post-accident. La récupération concernant le domaine psychosocial serait quant à elle plus limitée, parfois non-significative jusqu’à 3 à 5 ans post-accident (Pagulayan et al., 2008). Ces résultats sont supportés par Grauwmeijer, Heijenbrok-Kal et Ribbers (2014) qui concluent que la sphère physique s’améliore rapidement dans la première année, comparativement à la sphère psychologique, conclusion également soutenue par Ludin et Rashid (2018). Le fait que le TCC ait des impacts négatifs davantage sur la santé mentale que la santé physique a aussi été corroboré par une recension systématique de littérature comportant 58 études sur la qualité de vie liée à la santé après un TCC (Polinder et al., 2015). Cependant, la plupart des études ont été menées dans la première année après l’accident. Encore peu de travaux de recherche se sont intéressés à la qualité de vie liée à la santé plus d’un an après le TCC. Il importe de comprendre l’évolution des impacts du TCC sur la qualité de vie liée à la santé au cours des années suivant l’accident et d’explorer le lien entre cette variable et les autres enjeux présent chez la population de TCC.
En ce qui concerne le lien entre la qualité de vie et la dépression, il semble que la dépression post-TCC soit significativement associée à une moins bonne qualité de vie (Andelic et al., 2018; Bombardier et al., 2010; Haagsma, Scholten, Andriessen, Vos, Van Beeck, & Polinder, 2015; Juengst et al., 2017a; Koenig & Kuchibhatla, 1998). Cette relation est présente même lorsqu’il est question de symptômes dépressifs sans diagnostic de dépression (Goverover & Chiaravalloti, 2014). Selon l’étude d’Andelic et ses collaborateurs (2018) ce lien entre la dépression et une moins bonne qualité de vie serait observé même 10 à 20 ans après un TCC. De plus, une augmentation du nombre de symptômes dépressifs serait associée à une moins bonne qualité de vie (Goverover,
Genova, Smith, Chiaravalloti & Lengenfelder, 2016). Les patients dépressifs utilisent davantage les services médicaux (Koenig & Kuchibhatla, 1998) et voient leur qualité de vie grandement affectée, ce qui fait de la dépression un problème sociétal, financier et de santé publique important (Holsinger et al., 2002). Cependant, bien qu’un lien entre les deux variables existe, il n’est pas possible pour l’instant d’avancer si ce sont les symptômes dépressifs qui diminuent la qualité de vie ou si c’est plutôt une moins bonne qualité de vie qui mène à des symptômes dépressifs ou les deux phénomènes à la fois. Plusieurs études devront donc continuer à s’intéresser à ces liens afin d’en comprendre la direction. Toutefois, ces résultats seront obtenus grâce à des études longitudinales puisque les devis transversaux ne permettent pas de déterminer la direction du lien.
Participation sociale après un TCC et son lien potentiel avec la dépression.
La participation sociale est définie par le Réseau international sur le processus de production du handicap (RIPPH) comme « la pleine réalisation des habitudes de vie, résultant de l’interaction entre les facteurs personnels (déficiences, incapacités et autres caractéristiques personnelles) et les facteurs environnementaux (facilitateurs et obstacles) » (RIPPH, 2015). Il s’agit donc de déterminer dans quelle mesure une personne réalise ses rôles sociaux comme les responsabilités, les relations interpersonnelles, la scolarité/le travail et ses activités courantes, comme la communication, les déplacements, la nutrition, les soins personnels (RIPPH, 1998). Il importe de mentionner que plusieurs termes sont utilisés pour référer à ce concept : intégration à la communauté, participation, participation sociale, etc. (McLean, 2010). Le terme « participation sociale » sera utilisé dans cette étude. Puisqu’il s’agit d’une définition large avec plusieurs appellations, les dimensions de la participation sociale varient d’une étude à l’autre ou selon l’instrument de mesure utilisé. Par exemple, le Participation Assessment with Recombined Tools - Objective (PART-O) utilise trois dimensions, soit la productivité, les relations sociales et les allées et venues (out and about) (Bogner et al., 2011).
Le TCC peut affecter la participation sociale de différentes façons. Entre autres, certains symptômes tels que les problèmes sur le plan cognitif, physique et comportemental peuvent interférer avec les habiletés des patients à réintégrer la communauté avec succès (Willer et al., 1993). De plus, une diminution de l’autonomie et une perte sur le plan des capacités cognitives, des changements de personnalité ou des troubles de comportements nuisent souvent à la sphère
sociale de l’individu touché par le TCC (SAAQ, 2003). Perroux et ses collaborateurs (2013) ont réalisé une étude à devis mixte, avec une population de personnes ayant subi un TCC léger, vivant à domicile, mais incapables de retourner au travail. L’étude a permis de noter que la participation sociale des personnes ayant subi un TCC est affectée : les activités impliquant des interactions sociales le sont davantage que les activités courantes de la vie quotidienne. En effet, les participants mentionnent que les loisirs ainsi que les relations amicales ont été grandement touchées. Les interactions avec les autres deviennent exigeantes, menant à une réduction du réseau social (Perroux et al., 2013). De plus, puisqu’ils sont moins motivés et plus fatigués et que ces activités sont moins primordiales que les activités de la vie quotidienne, les individus réalisent moins d’activités de loisirs. Ces difficultés sont notées même quelques années post-accident (Perroux et al., 2013). Ces résultats sont supportés par ceux de Kersel et ses collaborateurs (2001) qui remarquent une diminution importante des contacts sociaux et de la participation aux activités de loisir à six mois post-accident chez les personnes ayant subi des TCC sévères. D’autres données indiquent que la participation sociale est toujours affectée un an après un TCC sévère (Kersel et al., 2001). En effet, il y aurait moins de personnes ayant subi un TCC actives dans la société que de personnes sans incapacité (Brown, Gordon, Spielman, 2003). Cependant, chez les individus avec un TCC qui sont en mesure de participer à des activités sociales et récréatives, la majorité le serait autant que les personnes sans incapacité (Brown et al., 2003).
Il est plausible d’émettre l’hypothèse que ces changements sur le plan des loisirs et des relations sociales limitent les sources de plaisir, de satisfaction, et de soutien social de l’individu, des éléments connus pour préserver l’humeur (DeLongis, Lazarus & Folkman, 1988). Quelques études se sont intéressées au lien entre la dépression et la participation sociale. D’abord, Brown et ses collaborateurs (2003) ont effectué une étude avec 279 participants avec un TCC très léger ou très sévère et 224 participants contrôles. Si le premier constat est que les personnes sans incapacité ont une meilleure participation sociale, ils arrivent aussi à une association entre l’absence de dépression et un meilleur niveau de participation sociale. Selon eux, la fatigue et la dépression sont des facteurs qui réduisent la participation sociale suite au TCC (Brown et al., 2003). D’autres auteurs se sont penchés sur un échantillon de 1570 personnes avec un TCC modéré à sévère et les ont suivis sur une période d’un an en s’intéressant à la présence ou l’absence de dépression. Cette équipe a observé que la participation sociale, mesurée à l’aide du Participation Assessment with
Recombined Tools – Objective (PART-O), tendait à se dégrader progressivement selon sa position sur un continuum allant de « absence de dépression » à « dépression mineure » puis « dépression majeure » (Hart et al., 2011). De plus, une étude de Juengst et ses collaborateurs (2017b) arrive au même constat, soit que la participation tend à diminuer avec la présence de dépression. Finalement, dans une autre recension narrative de la littérature, Juengst et ses collaborateurs (2017a) appuient aussi le fait que la dépression a des impacts importants sur la participation des individus en réduisant le taux de retour au travail ou aux études et en affectant les relations sociales. Une hypothèse pouvant expliquer ce lien est que la dépression réduirait la participation via les comportements agressifs, l’impulsivité ou les mauvaises décisions prises par la personne touchée (Juengst et al., 2017a). Ainsi, la dépression ou même la présence de symptômes dépressifs sans diagnostic pourraient avoir des impacts sur la participation sociale des individus à la suite de leur accident. Tout comme pour la qualité de vie liée à la santé, la relation entre la dépression et la participation sociale pourrait donc être bidirectionnelle.
Stratégies d’adaptation et leurs liens potentiels avec la dépression
Le TCC amène différents changements dans la vie de l’individu blessé et cette transition demande des ajustements, entre autres, sur le plan émotionnel (Godfrey, Knight & Partridge, 1996). Les individus vivant moins de détresse dans les situations perçues comme étant menaçantes sont ceux qui possèdent et utilisent des ressources et stratégies d’adaptation disponibles (Godfrey, Knight & Partridge, 1996). Folkman et Lazarus ont défini en 1984 les stratégies d’adaptation comme étant « l’ensemble des efforts cognitifs et comportementaux déployés pour gérer des exigences spécifiques internes ou externes qui sont évaluées par la personne comme consommant ou excédant ses ressources » (Anson & Ponsford, 2006). Folkman et Lazarus (1985) voient les évènements stressants comme étant dynamiques et non pas statiques et l’adaptation (ou coping) devrait donc être considérée comme un processus complexe, changeant constamment.
Plusieurs catégories de stratégies d’adaptation sont utilisées dans la littérature, mais ces catégories n’atteignent toutefois pas de consensus. Il est parfois question de stratégies orientées sur la tâche, de stratégies sociales/émotionnelles ou de stratégies évitantes. Selon Snell, Siegert, Hay-Smith, et Surgenor (2011), cette dernière façon de catégoriser les stratégies d’adaptation serait un modèle à trois facteurs qui sous-tendrait certains instruments de mesure comme le Brief COPE.
Dans d’autres écrits, il est question de stratégies centrées sur le problème ou de stratégies centrées sur l’émotion : les stratégies centrées sur le problème visent à modifier ou gérer la situation problématique en obtenant de l’information ou en développant différentes habiletés alors que les stratégies centrées sur l’émotion impliquent de modifier les émotions et perceptions liées à la situation problématique (Anson & Ponsford, 2006).
Peu de chercheurs se sont intéressés aux stratégies d’adaptation après un TCC (Sasse et al., 2014) et encore moins aux liens entre les stratégies d’adaptation et la présence de dépression après ce type de blessure. Pourtant, les stratégies d’adaptation ont le potentiel d’aider à mieux comprendre la récupération après un TCC (Snell et al., 2011). Scheenen et ses collaborateurs (2017) se sont intéressés aux stratégies d’adaptation associées à davantage de plaintes post-traumatiques. Un style d’adaptation qualifié de « passif » (p. ex. : évitement, retrait) serait lié à un niveau plus élevé de plaintes post-TCC chez une population de 820 participants âgés de 16 ans et plus avec un TCC léger (Scheenen et al., 2017). Dans une population vivant de la détresse psychologique sans TCC, Nielsen et Knardahl (2014) observent que des réponses dites « non-adaptatives » comme l’auto-blâme, le désengagement comportemental, l’utilisation de substances et le déni sont fortement reliées à de plus hauts niveaux de détresse psychologique à différents temps de mesure (Nielsen & Knardahl, 2014). Les stratégies « adaptatives », comme le coping actif, sont significativement, mais faiblement associées à des niveaux moins élevés de détresse (Nielsen & Knardahl, 2014). Jusqu’à présent, peu d’équipes de chercheurs ont examiné les liens entre la détresse psychologique post-TCC et les stratégies d’adaptation chez les adultes. Curran et ses collaborateurs (2000) ont comparé un groupe de personnes ayant subi un TCC à un groupe de personnes ayant subi une blessure orthopédique. Ils notent que les stratégies dites « non-productives » telles que de s’inquiéter, le « wishful thinking » (pensée magique) et l’auto-blâme sont associées à des niveaux d’anxiété et de dépression plus importants, et ce, dans les deux groupes. Selon ces mêmes chercheurs, le coping « non-productif » est clairement associé à la présence de dépression. Cependant, le lien entre d’autres stratégies et l’absence de dépression ou de symptômes dépressifs est moins clair (Curran et al., 2000). Une autre équipe a, quant à elle, noté un lien entre la présence de symptômes dépressifs post-TCC et un style d’adaptation « évitant » (Finset et Anderson, 2000). Finalement, dans un projet de thèse mené par Gardizi en
2015, un lien a été établi entre la présence d’un style d’adaptation centré sur l’émotion et un plus haut taux de dépression comparativement à l’utilisation de stratégies centrées sur le problème.
Ainsi, bien que quelques liens aient été démontrés entre les symptômes dépressifs et l’adaptation après un TCC, la littérature est encore très maigre en ce sens et il semble qu’il manque d’homogénéité sur le plan de la catégorisation des stratégies d’adaptation à la suite de l’accident afin de tirer des conclusions claires. Pourtant, une meilleure compréhension des stratégies d’adaptation qui sont plus spécifiquement propres aux personnes dépressives post-TCC permettrait d’identifier des pistes d’intervention intéressantes avec cette population.
Synthèse de la problématique et objectifs
Les troubles psychiatriques, plus particulièrement la dépression, sont très prévalents après un TCC, non seulement dans la première année, mais aussi plusieurs années suivant l’accident. En plus d’une potentielle vulnérabilité sur le plan neurophysiologique, des facteurs pré-accident comme une histoire de dépression ou d’abus de substances ainsi que des facteurs psychosociaux comme un moins haut niveau de scolarité ou une instabilité occupationnelle sont connus pour être liés au développement de la dépression après un TCC. Peu d’études se sont toutefois intéressées aux facteurs psychosociaux post-accident qui sont potentiellement liés à l’apparition ou à l’aggravation d’un épisode dépressif. Une moins bonne qualité de vie liée à la santé, une participation sociale plus limitée, ainsi que l’utilisation de stratégies d’adaptation moins adaptées pourraient être liées au développement d’un trouble dépressif à long-terme post-accident.
En effectuant la synthèse de la littérature disponible à ce jour sur ces thématiques et au-delà du nombre très restreint d’études publiées, certaines limites méthodologiques sont soulevées. La majorité des études ont examiné la dépression dans la première année suivant l’accident; cette période, considérée comme « critique », compte plusieurs changements pour l’individu, dont le retour à domicile et au travail pour certains. Ces études ne seraient donc pas représentatives du portrait à plus long terme des conséquences de l’accident. De plus, plusieurs études n’incluent pas le spectre complet de sévérité du TCC, ce qui limite la généralisation des résultats. Enfin, plusieurs études rapportent comme limite de ne pas avoir utilisé d’instrument diagnostique basé sur les critères du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM) pour évaluer la
dépression. Ainsi, une étude dépassant la première année post-accident, s’intéressant au spectre entier de sévérité post-TCC (léger à sévère), utilisant un outil bien validé et basé sur les critères du DSM pour évaluer la dépression ainsi que des outils adaptés pour la clientèle TCC permettrait de mieux comprendre les corrélats d’une dépression post-TCC à long-terme.
Ce mémoire doctoral vise donc à comprendre les liens entre la présence de dépression à deux ans post-accident et la qualité de vie liée à la santé, la participation sociale et les stratégies d’adaptation. L’objectif principal est de comparer un groupe de personnes ayant souffert d’une dépression majeure (telle que définie par le DSM) dans la deuxième année post-TCC à un groupe sans diagnostic de dépression sur la qualité de vie liée à la santé, la participation sociale et l’utilisation de différentes stratégies d’adaptation. Afin de consolider les conclusions tirées par cette étude, deux autres groupes sont également inclus. En effet, les participants ayant rempli les critères d’un autre diagnostic psychiatrique dans la deuxième année post-accident sont comparés à un groupe de participants sans aucun autre diagnostic. L’interaction entre l’appartenance à ces différents sous-groupes est aussi examinée. Il était attendu que les participants souffrant de dépression dans la deuxième année post-accident aient une participation sociale ainsi qu’une qualité de vie liée à la santé plus faibles que les patients n’ayant pas développé de dépression. Pour ce qui est des stratégies d’adaptation, il était est attendu que les groupes se distinguent sur leur profil de stratégies les plus souvent utilisées, par exemple que les participants dépressifs utilisent davantage de certaines stratégies dites dysfonctionnelles telles que l’utilisation de substances ou encore l’évitement, et que les participants sans dépression utilisent davantage de stratégies axées sur le problème.
Chapitre 1 (article) – Depression After a Traumatic Brain Injury: Associations with Health-related Quality of Life, Social Participation and Coping Strategies
Depression After a Traumatic Brain Injury: Associations with Health-related Quality of Life, Social Participation and Coping Strategies
Kristina Gravel 1,2, Marie-Christine Ouellet 1,2, Simon Beaulieu-Bonneau 1,2
1 École de psychologie, Université Laval, Québec, QC, Canada
2 Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale, Québec, Québec, Canada
Corresponding author: Marie-Christine Ouellet PhD
Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale CIUSSS-CN site IRDPQ
525 boul. Wilfrid-Hamel, Québec, QC, Canada, G1M 2S8 Phone: 1-418-529-9141 #6726
Fax: 1-418-529-354
Résumé
La dépression est le trouble psychiatrique le plus fréquemment rencontré après un traumatisme crânio-cérébral (TCC). Cette étude visait à examiner le lien entre la dépression post-TCC et la qualité de vie liée à la santé, la participation sociale et les stratégies d’adaptation dans la deuxième année après l’accident. L’effet de la présence ou de l’absence d’un autre trouble psychiatrique a également été explorée. Un échantillon de 237 individus âgés entre 18 et 65 ans ayant subi un TCC a été évalué à l’aide d’une entrevue diagnostique et de questionnaires validés. Une MANOVA 2X2 a permis de démontrer une différence significative entre les individus ayant subi un épisode dépressif majeur dans la deuxième année post-TCC et ceux sans un tel épisode. Les participants ayant vécu un épisode dépressif majeur présentaient une moins bonne qualité de vie liée à la santé, une moins bonne participation sociale et une plus grande utilisation de stratégies d’adaptation dites dysfonctionnelles. Un effet d’interaction a été observé entre la présence ou l’absence d’un autre diagnostic psychiatrique seulement pour les stratégies d’adaptation dites dysfonctionnelles : les participants avec un épisode dépressif et un autre diagnostic (soit un état de stress post-traumatique, un trouble d’adaptation, un trouble anxieux, un trouble obsessionnel-compulsif et/ou un trouble d’abus de substances) utilisaient davantage de stratégies dites dysfonctionnelles. Ces résultats démontrent le coût social important associé au fait de souffrir d’une dépression majeure pendant la deuxième année post-TCC. De plus, ils permettent de souligner l’association entre les stratégies d’adaptation et la présence de dépression après un TCC, ce qui pourrait être une avenue d’intervention clinique intéressante dans le futur.
Abstract
Depression is the most frequent psychiatric disorder observed after a traumatic brain injury (TBI). The aim of this study was to determine how major depression following TBI is associated to health-related quality of life, social participation, and coping strategies. The effect of the presence or absence of another psychiatric diagnosis was also examined. A sample of 237 adults, aged between 18 and 65 years, was evaluated two years after the injury with a clinical structured interview based on the DSM-IV and validated questionnaires. Results of a 2X2 MANOVA show significant differences between participants having experienced a major depressive episode in the second year post-TBI and participants who did not suffer such an episode. Depressed participants showed lower health-related quality of life, lower social participation and higher use of dysfunctional coping strategies. An interaction with the presence or absence of another psychiatric diagnosis was found only for the use of dysfunctional coping strategies: participants with both depression and another diagnosis (either post-traumatic stress disorder, adjustment disorder, anxiety disorder, obsessive-compulsive disorder, and/or substance use disorder) showed higher use of dysfunctional coping strategies. These results highlight the important social cost associated with depression in the second year post-TBI. Moreover, the results suggest there is an important association between coping strategies and the presence of depression post-TBI, which could be an interesting clinical target to prevent or treat post-TBI depression.
Introduction
Traumatic brain injury (TBI) is an important public health problem in industrialized countries which can cause significant disability, hospitalization or death (Langlois, Rutland-Brown & Wald, 2006). Each year, around 10 billion people die or are hospitalized following a TBI (Langlois et al., 2006). Sequalae following the injury can impact different spheres in the life of the individual: cognitive, behavioral, social, and psychological (Société de l’assurance automobile du Québec [SAAQ], 2003). The latter has been the object of increasing scientific attention in the past decade, and much research is still needed to understand how to mitigate mental health issues following TBI.
Indeed, research has shown that psychopathology is common following TBI. The prevalence of psychiatric disorders is much higher in this population compared to the general population (Deb, Lyons, Koutzoukis, Ali, & McCarthy, 1999; Alway, Gould, Johnston, McKenzie & Ponsford, 2016; Gould, Ponsford, Johnston & Schönberger, 2011), with depression being the most common diagnosis (Alway et al., 2016). According to different studies conducted in time frames spanning from one month to five years post-TBI, the proportion of depression observed varies from 17 to 48% (Ashman, Spielman, Hibbard, Silver, Chandna, & Gordon, 2004; Corrigan, Smith-Knapp & Granger, 1998; Dikmen, Bombardier, Machamer, Fann & Temkin, 2004; Hart et al., 2011; Hibbard et al., 1998; Jorge et al., 2004 ; Kersel, Marsh, Havill & Sleigh, 2001; Ouellet et al., 2018; Pagulayan, Temkin, Machamer & Dikmen, 2008; Whelan-Goodinson et al., 2009). However, prevalence data concerning depression mostly concerns the first year post-TBI, which is considered to be a critical period for developing a psychiatric disorder or depression. The evolution of depression in the long-term following the injury remains unclear. One study observed a significant decrease of depression over time, from 3 to 5 years post-accident (Dikmen et al., 2004), while another study documented an increase in depression up to 5 years post-TBI, then followed by a decrease (Whelan-Goodinson et al., 2010). Regardless of the trajectory of depression, the prevalence of depression several years post-TBI remains high. This underscores the importance of studying the effects of depression well past the critical period of the first year.
The factors explaining the development of depression after a TBI are still unclear. There is an important overlap of symptoms between both conditions. For instance, fatigue, sleep disorders
and cognitive deficits can be seen in persons suffering from depression and in persons who sustained a TBI (Alderfer et al., 2005). Yet, some factors such as pre-morbid disorders, neuropathophysiology and psychosocial risk factors have been linked with depression (Juengst et al., 2017a). However, research is still limited concerning post-injury psychosocial correlates of depression after TBI and also regarding the impact of post-TBI depression. A better understanding of these issues could help develop preventive interventions for patients with TBI more at risk of depression (Juengst et al., 2017a). In this avenue, three key constructs are seen as particularly promising to expand our understanding of post-TBI depression: quality of life (particularly health-related quality of life), social participation, and coping strategies.
Quality of life is a complex and multidimensional concept defined by the World Health Organization Quality of Life Assessment (WHOQOL) in 1995 as ''individuals' perception of their position in life in the context of the culture and value systems in which they live and in relation to their goals, expectations, standards and concerns.'' This definition includes both physical and psychological health (WHOQOL, 1995). Health-related quality of life measures quality of life, as defined above, but specifically in the context of a disease, incapacity or treatment (Cella, 1995). Some instruments measuring health-related quality of life distinguish between physical and psychological health. In the context of TBI, psychological health is often considered to be more affected than physical health (Polinder et al., 2015), the latter improving much faster than the former (Grauwmeijer et al., 2014; Ludin & Rashid, 2018; Pagulayan et al., 2008). Depression after a TBI has been significantly associated with a poorer quality of life (Andelic et al., 2018; Bombardier et al., 2010; Haagsma, Scholten, Andriessen, Vos, Van Beeck, & Polinder, 2015; Juengst et al., 2017a; Koenig & Kuchibhatla, 1998). This seems to be true even if participants have sub-clinical symptoms (Goverover & Chiaravalloti, 2014) with lower quality of life associated with higher depressive symptoms (Goverover et al., 2016).
TBI can impact social participation at different levels. Social participation is a concept which has been named (e.g. community integration, participation, social participation, etc.) and measured in various ways (McLean, 2010). This article defines social participation as "the full realization of lifestyle habits, resulting from the interaction between personal factors (impairments, disabilities and other personal characteristics) and environmental factors (facilitators and
obstacles)" (Réseau International sur le Processus de Production du Handicap [RIPPH], 2015). Indeed, TBI can impact an individual’s ability to communicate and move around (daily activities) and to fulfill roles as an employee or parent, for example. (RIPPH, 1998). TBI can influence one’s capacity to reintegrate into the community successfully (Willer et al., 1993), may decrease autonomy, can cause a decrease in cognitive abilities, may encompass personality changes or behavioral disorders (SAAQ, 2003), can affect leisure activities and friendship and may reduce social contacts (Kersel et al., 2001; Perroux et al., 2013). Participants who have suffered a TBI and experienced depression after the injury tend to show lower levels of social participation compared to injured people without depression (Brown et al., 2003; Juengst et al., 2017a). According to Hart and colleagues (2011), social participation decreases as patients progress on the depression continuum: absence of depression, minor depression, major depression. The direction of this association still remains unclear however.
Moreover, TBI can bring many changes in the life of the injured individual and this transition requires significant psychological adjustments (Godfrey, Knight & Partridge, 1996). Lazarus and Folkman have defined coping strategies in 1984 as "constantly changing cognitive and behavioral efforts to manage specific internal and external demands that are appraised as taxing or exceeding the resources of the individual". As of today, very few studies have examined the links between psychological distress and coping strategies specifically after a TBI. Curran and colleagues (2000) compared a group of individuals with a TBI with a group having suffered an orthopedic injury. Nonproductive strategies such as worrying, wishful thinking, and self-blame were associated with higher levels of anxiety and depression in both groups. They also concluded that nonproductive coping was associated with the presence of depression (Curran et al., 2000). Finset and Anderson (2000) noted a link between the presence of depressive symptoms after a TBI and an avoidant coping style. Another study noted a link between so-called maladaptive responses such as self-blame or behavioral disengagement, and higher levels of psychological distress (Nielsen & Knardahl, 2014). However, this latter study did not include a TBI population. Finally, a thesis project conducted by Gardizi in 2015 found a link between the presence of an emotion-focused coping style and lesser social support and a higher tendency to be depressed compared to the use of problem-focused coping strategies after TBI. Taken together, these results point to some links between depressive symptoms and coping strategies after TBI, but the literature is still very