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Introduction à une biographie de Mgr Thomas Cooke

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Academic year: 2021

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(1)

THESE DE DIPLOME D’ETUDES SUPERIEURES (HISTOIRE)

° n _A_ _un_e__b_i ° g L a- P h i_e d e^_M_g_r_ T_h_ojn_a_s__C_o_o_k_e_ par Soeur Marie-Stanislas-du-S. C., f. j. Licenciée en Lettres de l’Université Laval MARS 1965

(2)

L’intérêt particulier que nous portons à l’histoire régionale nous a fait entreprendre le présent travail.

Son but est de rappeler les débuts de la carrière du premier évê­ que des Trois-Rivières, Mgr Thomas Cooke.

Nous en tenant aux années 1792 à 1835, soit de sa naissance à son arrivée è. la cure des Trois-Rivières, nous avons essayé, è travers sa vie et le jeu des événements, d’étudier les aspects de son apostolat.

Les sources se sont faites rares surtout en ce qui a trait aux ori­ gines de la Famille Cooke et aux années d’enfance de Thomas. Nous les avons contrôlées dans la mesure du possible. Le biographe contem­ porain de Mgr Cooke, Mgr Napoléon Caron, P.D., sous le pseudonyme de Meinier, publia dans L2Opi_nio^n_Publique^ Montréal, en date du 30 mai et du 6 juin 1872, une notice biographique de l’évêque des Trois- Rivières, décédé le 31 mars 1870. Nous croyons ses données conforme è la vérité historique.

(3)

Nous avons consulté la Vie de Mgr Cooke extraite de l'Histoire des Ursulines des Trois-Rivières par Soeur Marguerite-Marie o. s.u. C'est l'ouvrage le plus considérable consacré à Mgr Cooke. L'auteur essaie visiblement d'auréoler celui qui fut, pendant plusieurs années, le père aimé de la Communauté. Oeuvre qui se veut à la fois poétique, laudative et historique, la Vie de Mgr Cooke nous a toutefois orientée

dans nos recherches.

Nous avons pu retrouver la majeure partie de la correspondance de M. Cooke avec les évêques de Québec. Les lettres qu'il échangea avec M. Desjardins, procureur de l'évêché de Québec, sont particuliè- ment intéressantes.

Nous avons utilisé les statistiques des archives paroissiales de Rivière-Ouelle, Caraquet, Nipisiguit, Néguac, Burnt-Church, Bartibog et St-Ambroise de la Jeune-Lorette. Dans plusieurs paroisses, les registres ont péri dans des incendies. C'est le cas, par exemple, de Nelson et Petit-Rocher. Nous avons compilé, dans les livres que nous avons examinés, 2203 baptêmes, 513 sépultures et 773 mariages signés par M. Cooke.

A Bathurst-Ouest (Nipisiguit), nous avons retrouvé le "Cahier des résolutions de paroisse et comptes de la fabrique de la mission de la

(4)

Sainte-Famille de Nipisiguit”. Il porte la signature de M. Cooke pour les années 1817, 1818, 1819 et 1821.

A St-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette (Lor etteville), un Cahier d’annonces nous a permis de suivre M. Cooke à travers son ministère paroissial de 1832 K 1835.

Nous exprimons notre reconnaissance à Mgr Albert Tessier, P.D. qui nous a généreusement ouvert les portes des Archives du Séminaire St-Joseph des Trois-Rivières, de même qu’è. M. l’abbé Jean-Marie Beauchemin, archiviste à l’Archevêché de Québec. Partout, au cours de nos recherches, nous avons reçu l’accueil le plus sympathique.

Nous désirons remercier M. Marcel Trudel, Docteur ès Lettres, professeur h. l’institut d’Histoire de l’Université Laval, qui nous a guidée

et encouragée dans notre travail.

Nous voulons également témoigner notre gratitude à notre Comu- nauté qui nous a accordé les moyens d’entreprendre cette thèse et nous a facilité les voyages et les démarches nécessaires h sa préparation.

(5)

AVANT-PROPOS ii

TABLE DES MATIERES v

TABLE DES ILLUSTRATIONS vii

SIGLES viii

BIB BIOGRAPHIE ix

INTRODUCTION 1

Chapitre premier : LES ANNEES DE PREPARATION

(1804-1814) 17

Au collège de Nicolet. Un an de “recueillement philosophique". Dans la Salle des Habitants. Mon­ tée vers l’autel.

Chapitre II: L’APOSTOLAT: RIVIERE-OUELLE

ET ACADIE (1814-1820) 39

Vicaire et secrétaire. Premières années en terre acadienne. La mission de 1819.

Chapitre III : DERNIERE ETAPE DANS LA BAIE-

DES-CHALEURS (1820-1824) 61

Bénédiction de l’église et du nouveau cimetière de Caraquet. Bancs à “totaux". Voyages de M. Cooke à. travers ses missions. Construction de chapelles. Problèmes de morale. Difficultés ethniques è. Cara­ quet. Les ministres protestants font du prosélytisme dans la Miramichi. Maladie de M. Cooke à différen­ tes reprises. Voyages de M. Cooke à. Québec. Bilan de l’oeuvre du missionnaire en Acadie.

(6)

Chapitre IV : ST-AMBROISE-DE-LA-JEUNE-LORETTE (1824-1835)

La cure désirée. Une époque heureuse. Eloge funèbre de Mgr Plessis. M. Cooke et ^éducation. Pastorale de M. Cooke. Trois-Rivières.

CONC LUS ION

INDEX

90

112

(7)

Moulin banal de la Pointe-du-Lac 12

Maison du meunier de la Pointe-du-Lac vers 1800 14

Extrait d’une lettre de Mgr Cooke (1851) à M. H. Dostie 41

M. Cooke au Nouveau-Brunswick (Carte) 44

Horloge "grand-père” ayant appartenu à M. Cooke 88

Première page de l’Eloge funèbre de Mgr Plessis 101

(8)

AAQ Archives de llArchevêché de Québec

AP J TR Archives du Palais de Justice de Trois-Rivières

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

AS TR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BRH Bulletin des recherches historiques

JC ABC Journaux de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

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I - SOURCES

A - SOURCES MANUSCRITES

1 - ^Ar_ch_ev_ê_clié__d._e_Q_u_é_b_e_c

17 lettres de M. Cooke à. Mgr Plessis, de 1817 à 1823 1 lettre de M. Cooke à Mgr Panet, 1819

4 lettres de Mgr Plessis à M. Cooke, de 1818 à 1822 2 lettres de Mgr Signaÿ à M. Cooke, 1830.

2- Séminaire des Trois-Rivières

3 lettres de Mgr Plessis à M. Cooke, de 1822 à 1824 6 lettres de Mgr Panet à M. Cooke, de 1819 à 1830 3 lettres de Mgr Signaÿ à M. Cooke, de 1830 à 1835. 3 - Archives paroissiales

Pointe-du-Lac : registres (nous avons consulté le double des AP J des Trois-Rivières)

Rivière-Quelle : registres Caraquet : registres

Nipisiguit (Bathur st-Ouest) : registres; cahier des résolutions de paroisse et comptes de la fabrique, de 1812 à 1828 Bartibog : registres

(10)

Néguac : registres; à partir de 1822, les registres de cette paroisse renferment les inscriptions de la mission de Burnt-Chur ch

S t-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette (Lor etteville) : r e gi str e s ; cahier d’annonces de 1832 à 1835.

B - SOURCES IMPRIMEES

Anonyme. .I^a^^'j^chm^tooimh^SJjmin^î^^^Quebec^ dans Revue de l’Université Laval, documents CXV, 13 (novembre

1958) : 270-274.

BIGGAR, H. -P. J^es_y^oya^es_de_C^ar_tier_. Archives du Canada, 1924. 330p. 24cm.

TRUDEL, Marcel. Champlain. Montréal, Fides, 1956. 94p. (1). Coll. Classiques canadiens. 16.5cm.

II - ETUDES

A - ETUDES SPECIALES

Napoléon Caron, ptre. Mgr Thomas Cooke, dans L’Opinion Publique, 30 mai et 6 juin 1872.

Les Ursulines des Trois-Rivières. Xîe_de_M^r_Co^oke2_ 1er évêque ^e_s_Trcûs_^Riviè^rej. Montréal, s.éd., 1898. 224p. 23cm. Anonyme. La_famille^_Ç_ooke, dans^2iB£tin_de_^recherche_s_hi_stor^i2

.gués, août, 33(1927) : 490s. L. Le Jeune, o.m.i. Jhon}as_Coo_ke.

du Canada. Ottawa, 1931. 2 vol. 27.5cm.

Jean de Chénou. Petites anecdotes sur le premier évêque des Trois- Rivières., dans L^_Bien_Public, 19 janvier 1933.

(11)

Anonyme. J_amille_CookeJ dans Bulletin_des_r_echerçhes_histo^ri.2. £ucs, février, 39(1933) : 65ss.

Edgar Godin, ptre. N4gr__ThomaLs_Co.okeJ__mâ_s^onnair_e_de^.a__B_aie2 de_s_C^haleur_s_(J_817_2_1_82_3)} dans S_oc_iLété__caLiiadLenn.e_dI_HiLst:o_i2 I ■ 'E^Use c^thalique;, Rapport 1952-53, p. 43-49.

B - OUVRAGES DIVERS

ALLAIRE, J.-B.-A., ptre. Dictionnaire biographique du clergé Ç^ana-dien^fr_an£ais. Montréal, Imprimerie des Sourds-Muets

1910. 6 vol. 22cm.

Anonyme. Ency£lo£édie_l

JBRRÉÊ-~

tien. Paris, Casterman, 1964. 2 vol. 22cm.

Anonyme. Deux cents ans de vie paroissiale 1738-1938. Trois- Rivibres, Imprimerie Saint-Joseph, 1939. 134 (10)p. ill.

24.5cm. Pages trifluviennes, série A, no 21.

AUDET, Louis-Philippe. E£ sy;stbme_ sc_qlair£_de_^.a_Pr_qyince_da Québec.» Québec, Presses Universitaires Laval, 1951.

11 vol.

BAS TIEN, Hermas. Ltenseignement de la philosophie. IlJAu_CanaLda Montréal, Edit. Lévesque, 1936. 215p. 19cm. BEGIN, abbé Emile. F£ar^£ia_de_Lav£L Québec, Les Presses Uni­

versitaires Laval, 1959. 222p. ill. 20.5cm.

BIRON, Hervé. Ç_£and_eur£_e£misbr£s_d_e_l_,E^li£e_triJ'luyienne_^_l_615- ,1.947). Trois-Rivibres, Les Editions trifluviennes, 1947.

242 (4)p. ill. 22. 5cm.

BOURNIQUEL, Camille. .Irlande. Paris, Editions du Seuil, Coll. Petite Planbte, 1955. 192p. ill. 18cm.

BRUCHESI, Jean. E££hejnin_d£s_£colie£s_. Montréal, Editions Vali- quette, 1942. 151p. 19cm.

(12)

CHOQUETTE, C.-P., chanoine. JIistoir£_du_S£minaire_de_S_aint- H^a^_inthe_d_ej>uis_sa_fondation jusqurà nos jourp.

Montréal, Imprimerie de l’institution des Sourds-Muets, 1911 et 1912. 2 vol. I: 1911, 538p., II: 1912, 402(l)p. 23cm.

DES JARDINS, ^eorges, S. J. Ees_^^les_du_Québeci Montréal, s.éd. , 1950. 128p. 18cm.

DESROSIERS, Léo-Paul. Les Engagés du Grand-Portage. Montréal Fides, 1946. 207p. 21cm.

DOUVILLE, abbé J.-A.-Ir. JBsto^ir e^_dujCollège_2Séminairp_dp_Ni2P_Z let 1803-_l_903_avec_]pp^û_^es_complèt e^s d e_s_dipecteurpro^ fpspeur^_et_é^lève_s_de_PIn^titution2 Montréal, Librairie Beauchemin (...), 1903. 2 vol. I: 1803-1860, XII-459 (4)p. H: 1861-1903, XIH-180-304 (4)p. ill. 22.5cm.

DUGRE, Alexandre, S. J. Ep^ointe^u^Lac. Trois-Rivières, Les Editions du Bien Public, 1934. 90 (2)p. ill. 24. 5cm.

Pages trifluviennes, série A, no 15.

GALARNEAU, Claude. Les échanges culturels franco-canadiens depuis_176 3^,_dfrançais aujRurdJhpî.pL-demain, dans Re^cher_chep_et_DébatSj mars 1961, no 34.

GROULX, Lionel, ptre. L’enseignement français au Canada, I: Dan le_Québpc_. Montréal, Librairie d’Action canadienne-françai se, 1931. 327p. 23cm. II: Les^jmle^^e^minprités.

Montréal, Librairie Granger, 1933. 271p. 23cm.

JOYCE, James. A Portrait of the Artist as a Young Man. New York The Modem Library, 1928. 299p. 18.5cm.

LINDSAY, Lionel Saint-Georges, ptre. NotrP2Dame_de_la_Jeune2 Lppette_en_la;_Nou.velle2.?l:LÊI}£.Pî Etude historique. Montréal 1900. 319p. ill. 25cm.

MARIE-DU-REDEMPTEUR, Soeur.

pièplep, dans BuHeti^dej_recherches_histo^ri^ues, mai, 38(1932) : 301-315.

(13)

MARTEL, E. -Alexandre. Re^çueil_de_s_ouvenir_s. Québec, Ed. Le Courrier de Limoilou, 1949. 271p. ill. 24cm.

MIC H AUD, Adolphe. Généalogie des familles de la Rivibr e-Ouelle. Québec, Imprimerie H. Chasse, 1908. 705p. ill. 22.5cm. PANNETON, chanoine Georges et M. lTabbé Antonio MAGNAN, sr.

bæ jiwcè s^d^ J^jn^^Riyibrejs^185 2^_1_9 5^2). Trois -Rivibr e s Editions du Bien Public, 1953. 377 (3)p. ill. 23cm.

PARIS, Jean. Paris, Editions du Seuil,

1957. Coll. Ecrivains de toujours. 192p. ill. 18cm. SAINT-DENIS, Dominique de, R.P. LŒglise catholique au Canada.

PL^ÂÉ_hijt^iquç^^j^1û^tique. Montréal, s. éd., 1956. 269p. 24.5cm.

SULTE, Benjamin. Mélanges historiques. Montréal, Editions Garar 1932. 21 vol. 23cm. Etudes éparses et inédites de Benja­ min Suite, compilées, annotées et publiées par Gérard Mal- chelosse.

TANGUAY, Mgr Cyprien. Répertoire du clergé canadien par ordre chronologique depuis_la^.ondation_de_la_coIonie jusquHl no_s_ jours. Montréal, Sénécal, 1893. XIII (l)-526-XLVIp.

25. 5cm.

TESSIER, abbé Albert. La jvie_rur ale_ver^s_j^800, dans Le^s_Cahijer_s d_es_Dix, 1945, no 10.

TETU, Mgr Henri. Les évêques de Québec? série 551 (no 551-03). Montréal, 1930. 144p. 20. 5cm.

THERIAULT, Yvon. Le_moulin_d.e_la_Pointe2.ÉüZ ^33_ajis, dans L^No^uvellistej 15 mars 1956.

(14)

FILS D’EMIGRE IRLANDAIS

L’île des saints. La seigneurie Montour.

"Erin, ô vert joyau de la mer argentée. "

(Joyce)

"Ile des Saints et des Légendes", "Ile d’émeraude" ou "Verte Erin", telles sont les appellations romantiques par lesquelles on a tou­ jours désigné l’Irlande. S’il faut en croire les Irlandais du XXe siècle, on pourrait la définir plus justement "Le Nouveau Pays du Sourire", car il parait qu’en Irlande, tout sourit : les paysages, les horizons marins, les villes et, plus encore, les visages.

L’Irlande (en anglais, Ireland; en gaélique, Eire) est une île de 2

84, 394 km de superficie, mesurant 500 kilomètres du nord au sud et 300 de l’est à l’ouest. Elle est située à. l’ouest de l’Angleterre. Depuis

(15)

1920, elle est divisée en deux Etats : la République d'Irlande, indépen­ dante, dont la capitale est Dublin; l'Irlande du Nord qui fait partie du

Royaume-Uni et dont la capitale est Belfast. Le territoire de la Républiqu couvre les trois provinces de Leinster (à l'est), de Munster (au sud), de Connacht (à l'ouest), et trois comtés de la province d'Ulster. Celui de l'Irlande du Nord est formé des six autres comtés de l'Ulster : Derry, Antrim, Dawn, Armagh, Tyrone etFermanagh.

Le climat de l'Irlande est par excellence océanique : pluvieux, égal et doux. Il est rare d'y voir de la neige en hiver, du moins dans la plaine. On n'y connaît pas les grandes chaleurs en été. La pluie est presque con­ tinuelle surtout sur la côte ouest. Il pleut environ 200 jours par année. Une telle abondance d'eau jointe à la richesse de l'humus, donne au prin­ temps irlandais, en particulier, une puissance spéciale.

"Qu'y a-t-il de comparable au ciel irlandais, à cet air, à ce climat, qui réussiraient à adoucir pour la vie l'esprit le plus lent et le plus inflexi ble?" demande George Bernard Shaw. Et Thackeray ajoute : "Trouverait on un tel décor le long des rivages anglais que ce serait une des merveil­ les du monde. L'imaginerait-on sur la Méditerranée ou la Baltique, que ti te l'Angleterre affluerait pour le voir" (1).

(16)

Peu de pays ont autant souffert que l’Irlande. Peu de sols ont été abreuvés d’autant de sang et de larmes. Pendant dix siècles, elle suppor­ ta la souffrance et l’injustice. Cent ans avant Jésus-Christ, des clans celtiques s’emparent du territoire. Leur civilisation s’effondre en 795. Puis ce sont les invasions Scandinaves de la fin du Ville siècle et celles des Anglo-normands du XHe siècle. Une longue lutte met aux prises les souverains d’Angleterre et le peuple irlandais. Au XVIIIe siècle, la Fran­ ce soutient l’Irlande dans sa révolte contre les Anglais. Après leur sou­ mission è. l’Angleterre, les Irlandais ne cessent de réclamer la "Home Rule” qui leur est refusée. L’insurrection anti-anglaise de 1916 aboutit

au traité de 1921 qui reconnaît l’Etat libre d’Irlande, avec statut de domi­ nion et juridiction sur 26 comtés. Cet Etat, sous son ancien nom d’Eire, adopta, en 1937 (29 décembre), une constitution indépendante qui est tou­ jours en vigueur. Le lundi de Pâques, 18 avril 1949, les derniers liens

avec l’Angleterre sont rompus. L’Eire cesse d’être un Dominion pour devenir une république libre.

L’Irlande du Nord envoie des députés au Parlement de Westminster qui a autorité pour les questions de défense, de relations extérieures, de commerce et de poste; pour ses affaires propres, éducation, problèmes sociaux, travaux publics, la province a un gouvernement et un Parlement qui siègent è Stormont, près de Belfast.

(17)

L’Irlande est une terre mystique. Ile des saints, comme on l’a surnommée. La mission de Palladius, en 431 apràs Jésus-Christ, in­ troduisit chez les Gaëls le christianisme et l’alphabet. La tradition en

attribue le mérite à saint Patrick. L’Europe était encore plongée dans la barbarie, quand déjà les Gaëls fondaient les monastères de Lismore, de Clonmacnoise, de Derry, d’Aran-Mor, colonisaient l’Ecosse et la Bretagne, et envoyaient des missionnaires à Wurzbourg, Tarente et Kiev. Sur le monde en désordre, l’Irlande faisait rayonner l’Evangile et les prestiges de l’intelligence.

Des écrivains irlandais se sont élevés contre le rigorisme de leurs compatriotes. Pour un Irlandais, selon James Joyce, le feu de l’enfer brûle "with unspeakable fury”. Ecoutons le bon Jésuite de Clongowes

Wood College en décrire les effets aux collégiens en retraite :

The blood seethes and boils in the veins, the brains are boiling in the skull, the heart in the breast glowing and bursting, the bowels a redhot mass of burning pulp, the tender eyes flaming like molten balls. (2)

Les prêtres en particulier ne comprennent pas les curés hésitants, angoissés et déséquilibrés de Bernanos, Les fidàles se signent en toute

(18)

occasion et attachent beaucoup d’importance aux objets de piété qui encom­ brent littéralement les étalages. On trouve dans les quotidiens des actions

de grâces aussi originales que la suivante : "Remerciements au Sacré- Coeur par l’intercession de la Tr'és Sainte-Vierge, de Sainte Thérbse-de- l’Enfant-Jésus et de Saint-Antoine pour les grâces accordées. Publica­ tion prosise11 (3).

Ces pratiques de piété forment ce qu’on pourrait appeler le côté folklorique du catholicisme irlandais. Hâtons-nous d’ajouter qu’elles n’en

constituent pas heureusement la véritable essence. Actuellement, l’in­ fluence de l’Eglise en Irlande est grande. Elle joue un rôle important de conseiller moral dans de nombreuses activités sociales : syndicats, lutte contre le chômage, associations paysannes, ligues anti-alcooliques, etc.

Les persécutions subies pour la foi, la lutte pour l’indépendance nationale, le tempérament mystique de l’Irlandais, l’abondance du clergé, l’enseignement confié en grande partie aux catholiques, l’interdiction légale du divorce, le contrôle des spectacles et des publications, les con­ grégations pieuses et les associations charitables sont autant d’éléments qui contribuent à la survivance de la foi et au maintien de la morale chré­ tienne.

(19)

Cette foi profonde et cette morale sévère font-elles des Irlandais un peuple de renfrognés ? Non. Il n’est peut-être pas de pays au mon­ de où le rire soit plus en honneur. Rire amer, sans doute, mais qui fait partie de la vie. "Qui t’a donné une philosophie aussi gaie ? L’habitude du malheur”, disait Beaumarchais. “Contre la loi étrangère absurde et dégradante, l’Irlande invente la dérision, ce fameux ’wit’ irlandais, cet humour noir” (4).

Joyce parle de 1’ ”énormité morose” de Dublin, cette ville de con­ trastes.

Du havre aux tavernes, des chapelles aux ponts, le promeneur se voit, en quelques instants, assailli par mille impressions contraires. Labeur et fai­ néantise, opulence et détresse, douceur et bruta­ lité, charme et laideur se côtoient ici, depuis des

siùcles, sous les mêmes pluies, dans le même tu­ multe. La foule va, s’écoule comme les eaux noires du fleuve (la Liffey), sans qu’on puisse la dire rian­ te ou désolée, affairée ou oisive. [...] tous ces gens s’observent, se connaissent, se croisent sans cesse et sans cesse s’arrêteront pour bavarder, le discours tenant h peu prbs dans la vie dublinoise le rôle qu’il tient dans la vie mar seillaise [ . . . ] Le lieu parfait oh s’affine cette éloquence est, bien enten­ du, le café. L’Irlande partage avec la France l’habi­ tude d’organiser son histoire civique autour des pin­ tes. Eprise de rhétorique, elle est portée à tenir les rêves pour des faits et les formules pour des solu­ tions. (5)

4. 5.

Ibid., p. 15.

(20)

En définitive, le tempérament de l’Irlandais peut-il se laisser définir ? Camille Bourniquel dira :

L’Irlandais est-il gai ou triste, égopste ou désin­

téressé, aventureux ou timoré, mystique ou bigot ? ... L’histoire d’un peuple ne suffit pas h. solder toutes les énigmes d’une race. De Swift à Samuel Beckett, c’est moins en définitive l’amertume de la condition humaine qui transparaît sous ces refus, ce verba­ lisme, cette insolence et cette mise en accusation de la vie, que l’aventure d’esprits chez qui la révé­ lation de leur solitude n’a pas refoulé le besoin de

se communiquer à autrui. (6)

Les Irlandais du Nord passent pour avoir mauvais caractère. Ils se regardent comme des chiens de falfence. Si un touriste leur demande : ”Où va cette route”, ils répondent laconiquement : "Nulle part, elle est ici et elle y reste”. On sent un malaise dans cette Irlande du Nord. Ce qu’on en raconte aux visiteurs est-il un fait ou son mythe ? Parade d’oran gistes au son du fifre, réactions anti-papiste s, tout est rite, volonté de s’affirmer contre l’ennemi, de lui faire peur ou mieux, de le fasciner, si possible.

Secouée par la tempête ou arrosée par les pluies diluviennes, l’Ir­ lande reste malgré tout une oasis de verdure et de lumière. A travers des luttes sanglantes et fratricides, elle a conquis une autonomie qui lui

(21)

permet d’évoluer avec aisance sur la scène du monde démocratique.

Catholique à 95%, elle continue de miser sur sa foi et sa religion dans les tournants difficiles comme dans le détail du quotidien. Apôtre zélée, elle délégué des missionnaires dans le monde entier, “en particulier en Aus­ tralie, dans l’Afrique anglaise et en Extrême-Orient, soit un mission­ naire pour 457 catholiques de l’fle” (7).

C’est de ce pays que vient celui qui fait l’objet de notre étude : Thomas Cooke.

Dès le XHIe siècle, la ville de Carlow enregistre le nom de ses an­ cêtres.

Les Cooke d’Irlande furent anoblis sur les champs de bataille. En reconnaissance de leurs services, Jacques II les ennoblit et leur donna le nom de Ç_ook_es_ Rf_th_e _C_avalie_r_s. Leur patrimoine de Carlow fut con­ fisqué après la bataille d’Anghrin. On leur enleva tout ce qu’ils avaient, mais on ne put ébranler leur foi. [8)

Le grand-père du premier évêque des Trois-Rivières se nommait John et sa grand-mère Margaret Morey. Elle était Ecossaise d’origine. Ils demeuraient è. Cork, ville du comté de Munster. Cette partie est res­ tée presque exclusivement celtique de race et de langue, et en très grande

7 8.

Bilan du monde, Ency^lp^^^je^a:tho^lique_du_monde^_chrétien, t. II, p. 433.

(22)

majorité de religion catholique.

Quant au père, Jean-Thomas, il était "originaire de Lisle en Irlan­ de”, comme en fait foi son acte de mariage conservé aux archives parois­

siales de la Pointe-du-Lac. Nous n'en savons pas davantage sur ses ori­ gines. Jean-Thomas ne semble pas s'être facilement accommodé de la discipline familiale et scolaire de son pays. Furent-elles aussi draconien nés qu'il le pensait ? Joyce que nous citons encore parle des "tortures” que les maîtres de Clongowes infligeaient à leurs élèves : "The pandybat came down on it (Fleming's hand) with a loud smacking sound; one, two, three, four, five, six. -- Other handl ” (9)

Le jeune Cooke et ses compagnons sentaient monter en eux cette ré­ volte qui faisait dire à Stephen Dedalus : “Bienvenue, 6 Vie I Je pars pour la millionnième fois, chercher la réalité de l'expérience et façonner dans la forge de mon âme la conscience incréée de ma race” (10).

Secouer le joug ou tenter l'aventure ? L'une ou l'autre expérience, peut-être les deux à la fois déterminèrent les adolescents à quitter leur pays. C'est ainsi que pour échapper à toute contrainte et changer d'hori­ zon, Jean-Thomas et ses camarades s'embarquèrent dans un navire en

9. Joyce, _o2,^_Çit._J p. 52. 10. Ibid., p. 299.

(23)

partance pour le Canada. Adroitement dissimulés dans la cale du bâti­ ment, ils s’éloignèrent subrepticement du pays natal. En mer, ils sorti­ rent de leur cachette, au grand dam d’être battus. Heureusement, le

capitaine bon enfant, bien que fort embarrassé par cette étrange recrue, résolut de mener à bon port les jeunes délinquants. Il est facile de s’ima­

giner la douleur et l’inquiétude des parents à la nouvelle de la fugue de leurs enfants.

A leur arrivée au Canada, les fugitifs trouvèrent des compatriotes qui se chargèrent de leur assurer du travail. Jean-Thomas Cooke fut confié au commandant de l’Ile Sainte-Hélène et placé par lui dans un mou­ lin des environs de Montréal. Il y apprit le métier de meunier. Vers

1790, nous le retrouvons à. la Pointe-du-Lac, sur les rives du lac Saint- Pierre. Il y travaille au moulin du seigneur Montour.

*»* V

Champlain écrivait, le 28 juin 1603 : ”La dite terre est très bonne et la plus plaisante que nous eussions encore vue...” (11). Quelle est donc cette terre qu’il qualifie ainsi de "bonne et plaisante”? C’est l’em­ placement de ce qui sera plus tard le village de la Pointe-du-Lac. Cartier

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fut le premier Blanc à en distinguer le site, le 28 septembre 1535 (12).

L’histoire de la Pointe-du-Lac commence vraiment avec ses pre­ miers seigneurs, les Godefroy. Ils venaient de Normandie et arrivèrent à Québec en 1626. Un de leurs descendants, René, fit bâtir aux Trois- Rivières, en 1730, une vaste maison qu’il donna aux Frères Charon.

Ceux-ci le transformèrent en hôpital. Cet hôpital, abandonné, devint la résidence curiale en 1826, et le premier évêché des Trois-Rivières en

1852. Mgr Cooke y vécut et y mourut en 1870. Cette bâtisse existe enco­ re au numéro 864 de la rue des Ursulines. Elle forme une annexe du Jardin de l’Enfance, propriété des Filles de Jésus. Elle fut, en 1902, leur première résidence en terre trifluvienne.

Le dernier des seigneurs Godefroy, Louis-Joseph, laissa, en mou­ rant, sa seigneurie de la Pointe-du-Lac à sa fille Marguerite qui épousa un loyaliste américain, Thomas Coffin, en 1786. Celui-ci fit grasse vie

et en 1795, il mit en faillite la seigneurie qui constituait la dot de son épouse.

Les fiefs furent vendus pour la somme de $18 000 à Nicolas Mon- tour, triste sire, buveur et viveur. C’est lui qui deviendra le maître du

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jeune Jean-Thomas Cooke. Il “vécut dans toute la largesse possible en son manoir bâti avec lIélégance des châteaux du Moyen-Age. Il fit même venir de Gentilly un arpenteur qui localisa dans son domaine un rond et un terrain de courses pour ses amusements" (13).

Dans son roman historique Les Engagés du Grand-Portage, Léo-Paul Desrosiers nous en fait un portrait qui n’a rien d’attirant :

De la tête pointue jusqu’à la rotondité de la ceinture, le corps enfle progressivement comme celui d’un pitre; il se dégonfle ensuite jusqu’à, des jambes boudinées. De grosses lèvres, des yeux pâles, un peu livides ani­ ment les traits grossiers. Et une huile suppure par les pores de la chair malpropre et blême. (14)

“L’envie11, dit-il, "mord à pleines dents dans sa chair" (15). Et plus loin "Trbs libéralement, Nicolas Montour use du mensonge et de l’exagération" (16).

Ce seigneur Montour est tout heureux de pouvoir embaucher un meu­ nier irlandais pour son moulin de la Pointe-du-Lac. Le jeune Cooke n’est pas encore marié mais, comme disent les Canadiens, “il fait de l’oeil" à la belle Isabelle Guay dont le père est cultivateur et capitaine de milice

13. La^^mte^du^A^Ç-^lüJ:.9e_ et_]Æe_sj^cles, dans BRH, mai, 38(1932): 301-315.

14. Léo-Paul Desrosier s, Les Engagés du Grand-Portage, p. 12. 15. Ibid_., p. 62.

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de l’endroit. Cependant, la famille Guay manifeste de l’opposition vis-à-vis ce jeune Irlandais émigré. A force de constance, il réussit à obtenir 1; main d’Isabelle et le 6 septembre 1790, Jean-Thomas et Isabelle devien­ nent mari et femme.

L’an mil sept cent quatre-vingt-dix le six septembre après la publication de trois bans de mariage aux prô­ nes de nos messes paroissiales entre Thomas Cooke,

originaire de Lisle, en Irlande, fils de Jean Cook et de Marguerite Morrey d’une part et Isabelle Guay, fille du Sieur André Guay, capitaine de milice et de défunte Anastasie Comeau, les père et mère, de cette paroisse d’autre part, ne s’étant point trouvé d’empêchement au dit mariage, je soussigné, curé de la visitation de la Pointe-du-Lac, ai reçu leur mutuel consentement de mariage et leur ai donné la bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites de la Ste Eglise, en présen­ ce du Sieur André Guay, père de l’épouse, de Pierre Guay son frère, de Théodore Panneton, de Pierre Ri-

vard et plusieurs autres qui n’ont su signer de ce enquis. (17) (Signé) J. Gagnon, ptre

Le père de l’épouse donna en douaire à sa fille une terre située sur le bord du fleuve, à vingt-cinq arpents à l’ouest de l’église (18). Les jeu­ nes époux s’y établirent. C’est là que naquit Thomas, le 9 février 1792.

Le neuf février mil sept cent quatre vingt douze par moi prêtre soussigné a été baptisé Thomas né aujour­ d’hui du légitime mariage de Thomas Cook et d’Isabelle

17. 5;LgiAtlL§_de_laLjpar£is£e_de_la^Pqinte2idu-La.cJ 1790.

18. Les Ursulines des Trois-Rivières, Vi^d^Mjgr_Cooke2_ 1er évêque d^e_s_T rois^Rîviè^rej, p. 16.

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Gay. Le parain a été André Gai et la maraine Marie Josephte Girard qui n’ont point signé. (19)

J. Gagnon T. Cook

Thomas fut le premier enfant vivant de la famille Cooke. En effet, un autre Thomas l’avait précédé dans la vie. Baptisé le 4 janvier 1791, il fut inhumé le 10 juin de la même année, comme en font foi les actes con­

servés aux archives paroissiales de la Pointe-du-Lac.

Plus tard, le jeune ménage vint habiter au village, dans la demeure du meunier. C’était une petite maison à deux étages située en face du mou lin, de l’autre côté de la route. Cette maison forme aujourd’hui une an­ nexe de ce qui a été jusqu’en 1961 le Couvent des Soeurs Oblates de Bé­ thanie (20).

Comment se passa l’enfance de Thomas Cooke dans ce décor vrai­ ment enchanteur ? L’histoire n’a conservé que tràs peu de détails h. ce

sujet. Nous savons qu’à l’âge de deux ans, il faillit se noyer dans l’étang qui alimentait le moulin. Sans le sauvetage énergique du gros saint-ber­ nard de la famille, il aurait disparu dans la cascade qui contourne le

19. R e_gi^.tr s d e_ la par ois se_ d e_ la^Vis it ati on_de_la_^qint e^-du.2.Ll?^ù. 1792. 2 0 . Ces Soeurs ont maintenant un couvent neuf à quelque distance de l’an­

cien affecté à l’oeuvre de réhabilitation des alcooliques, sous le nom de Maison de Domrémy.

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moulin. Une plaque commémorative rappelle cet événement : "Ici Mon­ seigneur Thomas Cooke encore enfant, tombé à Veau, en fut retiré par son chien en 1794".

Le jeune Thomas ou Tom, comme on lrappelait, et son frère André, commencèrent très tôt à servir la messe à lTéglise paroissiale.

Ces deux enfants sTétaient fait aimer de M. Orfroy, le curé du lieu, qui, par une complaisance rare, voulut bien leur faire lui-même Vécole. On ne trouvait pas

des instituteurs à toutes les portes alors, et cIétait un grand bienfait que M. Orfroy accordait h ses ser­ vants de messe. André ne put rien apprendre, mais

Thomas était appliqué et réussissait h merveille. (21)

On sait comment la Révolution française servit la cause religieuse et française au Canada. Nombre de prêtres français, émigrés en Angle­ terre, après une entente faite entre ce pays et le nôtre, viendront prêter main forte au clergé canadien.

C*est ainsi quJen lrespace de dix ans, 45 prêtres français passeront au Canada.

Ce sont des prêtres français de la fin du XVIIIe siè­ cle, donc des hommes instruits, lettrés, qui émer­ veillent leurs confrères canadiens par leur savoir,

eux qui sont bien ignorants, de Vaveu même de l*évê- que de Québec, d*une ignorance dont les circonstances

21. Abbé Napoléon Caron, Monseigneur Thomas Cooke, dans l’Opinion Publique, 30 mai 1872, p. 253s.

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sont seules responsables depuis 1763. Ces prêtres émigrés deviennent professeurs dans les trois col­ lèges de l’époque ou curés de paroisse. Il y a même une région, celle du lac Saint-Pierre, qu’on appelle nla petite France”, où sept paroisses voisines ont pour pasteur un curé français émigré de la Révolu­ tion. (22)

On comprend alors comment avec l’un de ces précepteurs, Thomas Cooke put acquérir et conserver ce goût de l’étude qui le caractérisa toute

sa vie.

A la nouvelle de la fondation du collège de Nicolet, M. Orfroy n’hé­ sita pas un instant à. y envoyer h ses frais son jeune protégé. Celui-ci y arriva au début de l’année 1804. L’école de Nicolet, fondée par M. le curé Louis Brassard, avait été laissée à Mgr Denault qui la transforma en séminaire. Les cours s’ouvrirent sous la direction d’un ecclésiasti­ que français, M. Roupe, plus tard prêtre de St-Sulpice.

22. Claude Galarneau, ^e^s_é^chang_es_cultur_e_ls_fr_anco_2;£ana.di_ens_depuis J.763, dans R£Çhepche_s_et_pébats_2__Le_CanadaLfrançais_aujour_d2lHii_ P^demaânj mars 1961, Cahier No 34, p. 70.

(32)

LES ANNEES DE PREPARATION

r’* r’*

Au collège de Nicolet. Un an de "recueillement philoso­ phique". Dans la Salle des Habitants. Montée vers l’au­ tel.

"Le dit sieur testateur ordonne. . . qu’il soit établi dans la dite mai­

son de pierre, une école. . . pour l’éducation des enfants. . . "

(T estament de M. Brassard).

L’historien du Séminaire de Nicolet écrivait lors du centenaire de l’institution en 1903 :

L’époque qui vit la fondation du collège de Nicolet, une des plus sombres dans l’histoire du Canada fran­ çais, n’offrait qu’un avenir menaçant. Notre langue, nos lois, nos institutions, notre religion même, étaient alors en butte aux sourdes menées d’ennemis puissants, qui voulaient nous arracher pièce par piè­ ce tout ce qui constitue notre nationalité. (1)

Abbé J.-A.-Ir. Douville, Histoire du Collège-Séminaire de Nicolet, t. I, Introduction, p. VIII.

(33)

Il n’est pas hors de propos de nous demander pourquoi, en ce débit du XIXe siècle, les jours étaient si sombres.

Disons d’abord que dans les campagnes, en particulier, c’était la pénurie d’écoles, surtout d’écoles de garçons. Dans la région des Trois- Rivières, les parents se plaignent de n’avoir reçu aucune assistance du

Gouvernement comme Québec et Montréal,

assistance, qui seule aurait pu déterminer une per­ sonne de talents connus de s’établir en cette ville, pour y enseigner les deux langues, si indispensa­ blement nécessaires en cette Province, et les pre­ miers principes des sciences; en conséquence des­ quels la jeunesse pourrait être préparée è. compléter une éducation libérale. (2)

Louis Labadie tient une école h Berthier, de 1792 è. 1796, et Selby Burn, d’après Benjamin Suite, ouvre une école aux Trois-Rivières vers 1800 (3). A Trois-Rivières également, une école royale existe de 1803 è. 1810. Elle est tenue par Alexander Clifford. Une autre b. Saint-Fran- çois-du-Lac-St-Pierre, dont le maître est François Annance, reçoit des élèves de 1804 h. 1809. C’est alors que plusieurs curés décidèrent de fonder des écoles paroissiales.

2. JCABC, 1801, 7 février, ^-_e£uête_d.e_dw£^r_s_Habitants_de_la.Ville. P* 145-147, cité par Louis-Phi­ lippe Audet dans Le^_système^_sc_olairje _de^_la_Pr_qydnce_de_Québ_ec, t. III, p. 56.

(34)

Lorsque en 1804, Thomas Cooke prenait le chemin de Nicolet, une loi venait d’être passée à la Chambre du Bas-Canada : “L’Institu-tion royale pour l’avancement des sciences”. De nos jours, les histo­ riens jugent moins sévèrement cette loi dont une prudente adaptation aux besoins de l’époque aurait pu donner d’heureux résultats.

Ceci dit, il reste que si les Canadiens de 1800 ont eu peur, ils ont quand même sauvé les vraies valeurs, valeurs spirituelles irremplaça­ bles qui s’appellent foi, religion, langue. Sans cesser de déplorer la

stagnation intellectuelle, peut-être même le recul qui furent la conséquen­ ce de leur crainte, on ne peut que les louer d’avoir tenu le coup.

Leur rétivité peut nous sembler, dans bien des cas, injustifiable et exaspérante. C’est elle, pourtant, qui nous a le mieux défendus, à une époque oh tant de menaces, le plus souvent enveloppées sous les apparences généreuses, planaient sur nous, cher­

chant des fissures par où pénétrer et nous entamer. (4)

Comme nous l’avons dit, en réaction contre la loi des écoles de 1801, le clergé et les fidbles fondèrent et soutinrent ces “maisons de haute édu­ cation” qui continuent de porter l’appellation imprécise, déroutante et ar­ chaïque de “Petits Séminaires” (5)

4. Abbé Albert Tessier, D^_vie_rur ale_ve£s_2.800, dans Les Cahiers de_s_Dix, no 10, 1945, p. 175.

(35)

Notre intérêt se portera particuliérement sur celui de Nicolet où Thomas Cooke, de 1804 à 1808, fit de sérieuses études d’humanités pour l’époque, avant d’entrer au Grand Séminaire de Québec.

Vers ce temps, les enfants des campagnes étaient confiés quelques heures, une ou deux fois par mois, ù un maître ambulant, "cet héroïque vagabond” qui passait par les paroisses "pour y soutenir les droits de l’alphabet et de l’orthographe". C’est pour obvier au manque d’école dans sa paroisse que M. le curé Louis Brassard céda ses biens par tes­ tament, le 17 janvier 1797, dans le but de les faire servir à. la création d’une école élémentaire. Il ne prévoyait pas à ce moment qu’il jetait les bases d’un collège classique (6).

Au cours de l’année 1803, s’élabora un projet d’ouvrir des classes latines à. Nicolet. Au retour de sa visite pastorale, Mgr Denaut approuve le projet sans beaucoup d’enthousiasme. Il nomma M. Roupe, sous- diacre de Montréal, comme professeur de latin et directeur des élèves.

D’après une lettre de M. Crevier-Bellerive ù Mgr Plessis, le 10 août 1806, les élèves latinistes du premier cours étaient au nombre de

18 (7). De ce nombre étaient le futur Mgr Joseph-Norbert Provencher,

6. Abbé J. -A.-Ir. Douville, O£_._cit., I: 5.

7. M. Crevier-Bellerive fut le premier maître de l’école élémentaire de Nicolet. Il continua à enseigner après la fondation du séminaire.

(36)

premier missionnaire résidant de Nord-Ouest canadien et premier évê­ que de Saint-Boniface et Thomas Cooke qui deviendra le premier évêque des Trois-Rivières.

Les débuts du collège furent plus que modestes. En cette année 1804, les élèves y firent leur classe d’Eléments. On manquait de tout, surtout d’espace et de livres. L’école avait ”40 pieds, un seul étage, sans autre ressource qu’une maigre pension de 36 piastres payée par chaque écolier et un subside de 8 piastres par élève latiniste fourni par la caisse ecclésiastique...” (8).

A l’automne de 1804, M. Roupe revint diacre, amenant avec lui un professeur pour la classe d’Eléments et se réservant le plaisir de conti­ nuer son enseignement h ses premiers élèves, dans la classe de Syntaxe.

Thomas Cooke fit partie de ce dernier groupe.

Au début de la troisième année académique, le premier octobre 1805, M. Roupe enseigne le cours des Belles-Lettres. Il avait divisé sa classe des deux premières années en deux parties, gardant les plus forts pour les B elle s-Lettres et laissant les autres continuer l’étude du latin dans la classe de Méthode. Selon la plus grande probabilité, Thomas Cooke fut inscrit dans la classe de Méthode. Jusqu’en 1815, il n’y eut

(37)

guère, à Nicolet, de cours intermédiaire entre celui de Méthode et des B elle s-Lettres. Les élèves étaient promus de l’un à l’autre sans passer par la Versification.

Au premier octobre 1806, Thomas Cooke fait ses B elles-Lettres. En cette fin d’année, une grande épreuve attendait la famille Cooke. Le 2 novembre, Madame Cooke mourait à 33 ans, en donnant naissance h Elisabeth, cette fille admirable qui consacra sa vie au premier évêque des Trois-Rivières. M. Cooke devenu curé de Saint-Ambroise-de-la- Jeune-Lorette, écrivait à Madame Firmin Désaulniers, sa tante de la Pointe-du-Lac, chez qui Elisabeth passe quelques jours de vacances : "Vous voilà donc en possession de la perle de la famille. Je serais ja­ loux de vous, si je ne vous aimais pas tant” (9).

A la mort de sa mère, Thomas est âgé de quatorze ans. Il comprend toute l’importance de la perte qu’il vient de faire. A la veille de sa mort, l’évêque des Trois-Rivières dira :

Lorsque le pont de glace reliait la rive nord à celle du sud, j’entendais mes compagnons me dire de fois à autres : “Viens voir ta mère, elle traverse le fleu­ ve à pied”. -- Je courais m’assurer du fait. C’était

9. Les Ursulines des Trois-Rivières, Vie_de_Mgr_Cook£,_J.er_évêc[ue ^e_^Troisj-Blivièr£s, p. 118.

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bien elle, je la reconnaissais à sa taille élancée, à son pas ferme. --- Quelle bonne mère le ciel m’avait donnée 1 (10)

Un biographe de Mgr Cooke écrira : ”... Isabelle Guay était sur­ tout remarquable par un caractère fort et une piété ardente; c’était une femme canadienne comme celles que le Père Félix a louées du haut de la chaire de Notre-Dame de Pari s” (11).

Madame Cooke favorisa toujours les heureuses dispositions de son fils pour l’étude. Après l’installation de la famille au village, elle conti­ nua à s’occuper de la ferme qu’elle avait reçue de ses parents. Souvent, quand il fut assez vieux, elle envoyait Thomas chercher les vaches pour la traite. Un livre à la main, il partait avec les meilleures intentions

du monde. Au bout du pâturage, il s’asseyait pour lire ou étudier. La ”brunante” le surprenait et la mère devait alors dépêcher un frère ou une

soeur pour ramener le troupeau et son mauvais pasteur (12).

Après la mort de son épouse, M. Cooke fit dresser l’inventaire des biens de la communauté. "L’an mil huit cent six, le sixième jour du mois de décembre avant midi à la réquisition de Thomas Cook meunier”, le

10. Ibid., p. 19.

11. Abbé Napoléon Caron, Monseigneur Thomas Cooke, dans L’Opinion Publique, 30 mai 1872, p. 253s.

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notaire Joseph Badeaux des Trois-Rivières consigna cet acte dans ses greffes. Chacun des huit enfants mineurs hérite du 1/8 des biens. Tout y est mentionné pêle-mêle, à partir des "mantelets, tabliers de coton, jupon noir, chapeau, manchon11, jusqu ‘au “lit du requérant composé d’une

couchette, un lit de plume, une paire de draps, couvertes, courte-pointe et tours de lit ridaux" qui “lui a été laissé”.

M. Cooke reste possesseur du matériel et des animaux de la ferme, de “200 bottes de foin, une génisse, six poules, un cheval, deux vaches h 30 francs chacune, une cariole". Il est fait mention de ce qui est h l’usa­

ge de l’écolier de Nicolet : ... "un lit de plume, draps et couvertes", le tout d’une valeur de 15 Livres. L’inventaire indique des valeurs pour un montant d’environ 800 Livres, les terrains exceptés. Ils consistent en trois terres dont deux de "un arpent et demi de front sur vingt arpents de profondeur". L’une d’elles est "située au milieu de la Pointe-du-Lac".

A la suite de l’inventaire, le notaire parle de "Dettes actives" :

"Le seigneur Nicolas Montour lui doit/à M. Cooke) mais (celui-ci) ne sait pas au juste pour le présent". Les "Dettes passives" s’élèvent è. 1008 Li­ vres 12 sols (13).

13. Palais de Justice des Trois-Rivières, Greffe du notaire Joseph Badeaux.

(40)

Après les poignantes émotions du Jour des Morts 1806, des parents et des amis recueillirent et protégèrent les orphelins. Thomas, mûri par la souffrance, reprit le chemin de Nicolet.

En 1807, M. Cooke quitta la Pointe-du-Lac pour aller travailler aux Trois-Rivières, dIabord au moulin des Hart puis è celui de Sainte- Marguerite. Cette même année, de société avec un nommé Courteau, il acheta le moulin du Cap-de-la-Madeleine. Ecrivant h. Madame Désaul- niers, le 28 octobre 1807, Thomas lui parle de ses vacances dTété. Parti de Nicolet le 14 août, il se rend au Cap-de-la-Madeleine via les Trois- Rivières : ”Je suis venu au Cap la même journée, où je me suis en­ nuyé” (14).

14. Les Ursulines des Trois-Rivières, op. cit., p. 21.

Le séminaire de Nicolet agrandi, ouvre de nouveau ses portes le 1er octobre 1807. Nous retrouvons Thomas en Rhétorique. Comme tou­ jours, il est très studieux. Même, il “dévore les livres”, au dire de son

entourage. En cette année 1807, M. Roupe est remplacé par M. Jean- Charles Bédard, jeune prêtre de Québec, ordonné depuis un an. Sous Pimpulsion du premier directeur, les études avaient été menées avec fer­ meté. Le 17 mars, M. Roupe écrivait è. Mgr Plessis :

(41)

On parle latin en classe tant qu’on veut, mais en récréation, ça ne va pas, il faudrait faire bande à part, ils (les écoliers) l’éviteraient d’eux-mêmes

d’ailleurs. A Montréal, on en a souvent pris la résolution pour la classe seulement et encore la chose ne durait-elle que peu de temps. Nous ne pourrons guère faire plus miracle. Plus je l’es­

saie, plus j’en sens la difficulté dans une Commu­ nauté. Cependant si vous désire z la continuation, je ferai encore de nouveaux efforts. (15)

Thomas Cooke devenu évêque des Trois-Rivières était heureux d’évo­ quer devant son entourage ses souvenirs de collège. Il avait gardé parti­ culièrement fidèle la mémoire des auteurs classiques. Il se plaisait h. en insérer de nombreuses citations dans ses discours. On comprend qu’ani­ mé d’un goût marqué pour les choses de l’esprit, il ait pu se faire précep­ teur d’enfants, fondateur d’écoles et surtout co-fondateur du collège des

Trois-Rivières.

Mais que se passait-il encore au collège de Nicolet entre 1804 et 1808, années pendant lesquelles Thomas Cooke y séjourna ? Un examen attentif du règlement des écoliers, en plus de susciter un vif intérêt, nous rensei­ gne sur les coutumes en usage dans les collèges du temps. Un point nous frappe particulièrement : le silence exigé des élèves.

15. ASN, ^ette_e^_de^s_ clir e^cte^ur_s_e_t _éc^onome_s _du _Sé^mm_air_e_de^<ic_qle^t à MgrJL2é^^qiie_dejQuébec_et_autr_es documents, 1804-1806.

(42)

Au Chapitre premier, dans l1 Article premier intitulé nOrdre des Actions de la journée11, le "Silence11, quand ce n*est pas "Un profond

silence" est demandé au moins douze fois aux écoliers, de cinq heures et demie du matin à huit heures et demie du soir.

On y apprend aussi que les vacances des "Fêtes" sont de courte du­ rée : les étudiants ont "le lendemain ou le surlendemain du premier de Fan" pour "aller rendre visite à leurs parents et amis".

Les vacances dTété sxétendent du "quinze dxAoÛt au trente de Septem­ bre inclusivement". La confession mensuelle est obligatoire, même en temps de vacances et le pénitent doit fournir le billet de confession. En récréation, la règle est "dTaller avec les plus sages".

Les collégiens portent le traditionnel "capot bleu attaché avec une ceinture”. Les règles dxhygiène personnelle se limitent aux soins ordinai­ res de propreté. Cependant, tous les pensionnaires doivent se faire pei­

gner trois fois la semaine à la récréation qui suit le dfher, le lundi, le mercredi et le samedi, jours de fêtes exceptés. Et le samedi, "on pré­ pare ses hardes pour le lendemain, on se lave les mains et le visage et on nettoie ses souliers".

Mais ce sont là des détails. La solide formation que lxon donnait au Collège ne tarda pas à produire de fructueux résultats. M. Bédard écrivait

(43)

à. Mgr Plessis, le 19 janvier 1808 : "Parmi mes philosophes, les plus ingénieux sont Cook et Provencher, les plus vertueux, Provencher et Cooke, les plus enclins à Pétat ecclésiastique, autant que je le puis con­ naître, Provencher et Cook” (16).

L’avenir prouva que le Directeur ne se trompait pas. Parmi les finissants du cours de 1808, quatre embrassèrent Pétat ecclésiastique : MM. Joseph-Norbert Provencher, Thomas Cooke, Jean-Louis Beaubien et Louis Marcoux.

Lorsque le jeune fugitif John-Thomas Cooke, poussé par un fort vent d’indépendance, quittait PIrlande pour venir en Amérique, il ne pou­ vait soupçonner même un instant ce que l’avenir lui réservait. Il aurait été étonné d’apprendre qu’un de ses fils monterait un jour h l’autel et serait plus tard sacré premier évêque d’un diocèse plein d’espérances.

A la fin de l’année scolaire 1807-1808, Thomas Cooke quittait le collège de la ”rive sud”. Ses humanités finies, il se dirigea vers le Grand Séminaire de Québec pour y étudier la philosophie que l’on n’enseignait pas encore à. Nicolet. C’est là. que dans le travail et la prière, il se préparera èl suivre définitivement l’appel du Seigneur. Cette année 1808 en sera une de réflexion, de formation, mais aussi de grandes épreuves.

(44)

Thomas Cooke arrive donc au Séminaire de Québec à l’automne de 1808. Il est âgé de 16 ans. Le petit campagnard se sent bien un peu dé­ paysé mais son grand désir de s’instruire l’emporte sur sa nostalgie et il

se met résolument au travail.

Le Grand Séminaire de Québec avait été fondé par Mgr François-de- Montigny-Laval, le 26 mars 1663. Le premier évéque de Québec voulait ainsi établir une maison de formation pour les jeunes clercs. On y ensei­ gnerait la manière d’administrer les sacrements, la prédication, le plain- chant et la pratique éclairée de la liturgie. Tout cela, selon la coutume en usage dans les premiers siècles.

C’est 145 ans après la fondation de cette institution que Thomas Cooke vient y chercher la science et la formation auxquelles il aspire. Qu’était à cette époque le programme d’études du Séminaire ? Un "Plan d’éducation du Séminaire de Québec" d’octobre 1790 nous renseigne è. ce sujet. Un autre plan de 1816 accuse quelques légères modifications. En substance, il se résumait è. ceci : les classes réparties selon la mode européenne, en 8e, 7e, 6e, 5e, 4e, 3e, Seconde ou classe des Humanités et enfin Rhétorique, aboutissaient aux deux années de Philosophie.

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de la Logique, de la Métaphysique et de la Morale. La deuxième année comprenait les Mathématiques et la Physique. Pour l’orientation des cours, on suivait "les préceptes de M. Mrs Rollin et Batteux mort en

1780. Les livres élémentaires pour l’Ecole Royale militaire, de ce der­ nier sont ceux qu’on utilisait” (17).

Pour ce qui concerne la philosophie proprement dite, son étude avait repris après la Cession, en 1770. Ce genre de "recueillement méditatif" n’était pas beaucoup h la mode. On pensait plutôt à. refaire les cadres de la vie sociale passablement ébranlés. La scolastique cédait le pas à l’empirisme de Locke et h l’idéalisme de Malebranche. Au Séminaire de Québec, ce fut l’abbé Jérôme Demers qui inaugura en 1800, des cours de philosophie oh l’orthodoxie fut restaurée. On peut dire que ce fut une date

dans l’histoire de la philosophie canadienne (18).

C’est dans cette atmosphère de ferveur philosophique que Thomas Cooke entreprit ses études h l’automne de 1808. Dès le 5 octobre, il re­ çoit la tonsure de Mgr J.-O. Plessis, dans la cathédrale de Québec, avec ses compagnons de Nicolet : Joseph-Norbert Provencher, Louis Marcoux et Jean-Louis Beaubien. L’ancien curé de la Pointe-du-Lac, M. Urbain

17. Documents CXV dans RUL, XIII (novembre 1958) : 270-274, _Plan_ ^^ducation_du_Sémina.ire^_de^_Québ_ec, octobre 1790.

18. Hermas Bastien, L’enseignement de la philosophie, I - Au Canada français, rp. 24ss. .

(46)

Orfroy, missionnaire à. Nipisiguit, s’occupe de son protégé. Dans une lettre à Mgr Plessis, le 27 décembre 1808, apràs avoir donné le détail du produit de sa mission, il parle du "payement de la pension au sémi­ naire de Québec de mon protégé Thomas Cook” (19).

En décembre de la même année, le jeune tonsuré apprend que son pbre s’est noyé en traversant le Saint-Maurice entre les Trois-Rivibres

et le Cap-de-la-Madeleine. Courteau qui l’accompagnait, n’avait pas une réputation hors de tout soupçon. Interrogé sur le sort de son compagnon avec qui il avait fait la traversée, il aurait parlé de noyade et de sang répandu dont la chaloupe portait les traces. Même si les témoins man­ quaient, l’unanimité se fit sur le sort de M. Cooke : il avait été assassiné puis noyé (20). A-t-on soupçonné injustement le dénommé Courteau ? Personne ne le sut jamais. Le Saint-Maurice aux eaux noires et profon­ des engloutit sa victime et huit enfants déjà orphelins le devinrent double­ ment en ce soir de décembre 1808.

L’oncle Labbé de la Pointe-du-Lac recueillit les enfants éprouvés et l’oncle Firmin Désaulniers en devint le tuteur. Il semble bien, d’apràs les lettres de Thomas citées par l’Annaliste des Ursulines, que l’oncle et

19. M. Orfroy à Mgr Plessis, 27 décembre 1808, AAQ, Correspondan-SÊ_fÈÊ_^éy^jque_s, N.B., VI-38.

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la tante Désaulniers assumèrent la plus grande part des responsabilités vis-à-vis les orphelins. M. Orfroy, revenu de la Baie-des-Chaleur s en

1810, s'occupera dIAndré. Devenu prêtre, Thomas sera heureux de veiller sur ses frères et soeurs. Ainsi il amènera avec lui à Caraquet

sa soeur Marguerite et plus tard, à St-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette, ses soeurs Anastasie et Elisabeth.

Pour l’instant, Thomas se remet difficilement de sa rude épreuve. Sa forte santé est ébranlée et il tombe malade durant cet hiver 1808-1809.

Le 22 février 1809, il écrit à sa tante, Madame Firmin Désaulniers : "J’ai été malade et obligé de laisser le séminaire le 17 janvier. Je me trouve mieux et j’espère retourner la semaine prochaine. Je fais gras pendant le carême d’après l’ordonnance de Mgr Plessis" (21).

Thomas passe habituellement ses vacances d’été à la campagne, le plus souvent à la Pointe-du-Lac. C’est pendant l’un de ses séjours dans

sa paroisse natale qu ’eut lieu un incident quelque peu drolatique. Mon­ seigneur Cooke, doué d’un exceptionnel talent de narrateur, se plaisait à le raconter. A la messe paroissiale, l’abbé de Calonne (22), curé de la

21. Les Ursulines des Trois-Rivières, op. cit., p. 23.

22. Jacques-Joseph-Ladislas de Calonne (1743-1822). Prêtre français qi dut s’exiler en Angleterre lors de la Révolution française. En 1799, il est missionnaire à l’Ile-du-Prince-Edouard. Passé de nouveau en Angleterre en 1804, il en revient en 1807. Il est alors nommé cha­ pelain des Ursulines des Trois-Rivières et desservant de la Pointe-

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Pointe-du-Lac, commente la parabole du bon Samaritain. Le jeune ecclésiastique entend la messe au choeur. Le prédicateur vilipende le lévite peu charitable. "Passe un lévite”, dit-il, en montrant dans le vaste choeur le seul représentant de lIordre sacré, qui comme un cou­ pable pris en faute, rougit jusqu’aux oreilles. "De celui-là", continue le curé, pointant du doigt sa victime, que toute l’assistance dévisage, "la conduite est inqualifiable; ce n’est qu’un hypocrite, un sans-coeur que l’on ne peut que mépriser". "Morale", disait plus tard Mgr Cooke en riant, "il faut avoir de l’humilité, bien souvent, pour occuper une posi­ tion en vue" (23).

'«'■ *»*

Cinq ans après la fondation du séminaire de Nicolet, M. l’abbé Antoine Girouard, curé de St-Hyacinthe, projetait l’établissement d’une

école élémentaire qui serait la base nécessaire d’un collège pour la forma­ tion des clercs. En 1809, il écrivait à Mgr Plessis : "Je vais faire arra­

cher de la pierre de la carrière et si vous me désapprouvez, je la reven­ drai" (24).

Mgr Plessis, bien qu’absorbé par la récente fondation du collège de Nicolet, l’encouragea fortement h. marcher de l’avant : "Vos projets

23. Jean de Chénou, Petites anecdotes sur le premier évêquedesTrois- Liy_ièr_ejb dans Le_Bien_Rublic_, 19 janvier 1933.

24. Abbé C.-P. Choquette, j^^oij^jlu^é;mijmi^j2_c^jS^-Hy^£mthe_de2. puis sa fondation jusqu’à nos jours, t. I : 21.

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sont si conformes h. ma manière de voir, que j’y souscris d’avance, per­ suadé que Dieu en tirera sa gloire. Je voudrais que tous les curés du diocèse pensassent comme vous et sussent faire un pareil usage de leurs r ev enu s ” (25).

Dès 1809, M. Girouard demande un professeur de latin. Mgr Ples­ sis lui envoie l’abbé Cooke, “homme d’énergie et de talent” (26).

M. Girouard en est tout heureux : ”J’ai reçu l’abbé Cooke et j’espère que nous réussirons. Nos Seigneurs l’ont accueilli avec la plus grande reconnaissance pour votre bonté” (27). Aucune autre mention'n’est faite

de l’abbé Cooke sinon que l’historien du Séminaire indique son nom dans la liste du personnel de l’année 1811. Il a pour compagnon M. Charles- Joseph Primeau qui deviendra plus tard curé de Varennes.

Après avoir passé ses vacances de 1809 è. la Pointe-du-Lac, M. Cooke arrive à. Saint-Hyacinthe au début d’octobre. Il a 17 ans. Toujours

selon l’historien du Séminaire, M. Girouard aurait ouvert des classes d’abord dans la sacristie. Monseigneur Plessis n’approuve pas sa déci­ sion. C’est alors que M. Girouard décide de mettre la Salle des Habitants à. la disposition des enfants de sa paroisse. C’est un vaste local de 30 x 36 pieds renfermé dans le presbytère. Elle est divisée en deux parties : une

25.

26. Abbé Napoléon Caron, op. cit. , p. 253ss. 27. Abbé C.-P. Choquette, op. cit., p. 253ss.

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pour les hommes et l’autre pour les femmes. C'est là que l’abbé Cooke fera ses premières armes dans l’enseignement (28).

Une fois installé à son nouveau poste, l’abbé Cooke ne manque pas de donner de ses nouvelles à ses parents de la Pointe-du-Lac. Il a tou­ jours un mot de reconnaissance et d’édification pour tous. Ainsi, le 30 juin 1810, il écrit : ’*Dieu est un bon père qui ne nous châtie que parce

qu’il nous aime. Gardons-nous bien de laisser passer une si belle occa­ sion de lui prouver notre amour" (29).

En plus d’être professeur, l’abbé Cooke est également procureur de la nouvelle communauté. Il tient les comptes et élabore les prévisions budgétaires en vue de l’aménagement de ce que l’histoire appellera le

"Vieux Collège” édifié grâce aux dons généreux des seigneurs Debartzch, Delorme et Dénéchaud.

Cette charge vaut quelquefois à M. Cooke de petits voyages aux Trois-Rivières où il vient s’approvisionner. Il peut ainsi se procurer la joie de pousser une pointe jusqu’à son village natal. Quand il est longtemps

sans recevoir de nouvelles de la famille, il en réclame discrètement. Dans ses lettres, il entretient ses parents de sujets qui les intéressent.

28. Ibid., p. 39.

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Le 16 avril 1811, il leur dit : "Le temps est charmant, les semences sont finies. Le blé est toujours à. douze livres" (30).

M. Cooke ayant vécu les débuts de deux collèges classiques : Nico­ let et St-Hyacinthe, aura ainsi acquis une riche expérience. Il se fera bâtisseur d’églises et de chapelles et promoteur d’oeuvres d’éducation

dans ses différentes obédiences.

Après deux années de professorat h. St-Hyacinthe, il est rappelé à Québec pour y continuer ses études de théologie et se préparer au sacer­ doce.

Au 30 septembre 1811, l’abbé Cooke est donc au Grand Séminaire de Québec. En plus d’étudier, "il remplace h. la salle et à la classe" (31). Il devient Congréganiste de Marie le 19 octobre de cette même année. Le 21 décembre, il reçoit les ordres mineurs des mains de Mgr Plessis dans la cathédrale de Québec avec Louis Gagné et François Côté (32).

De nouveau, nous le retrouvons à Québec, le 30 septembre 1812. Tout en continuant ses études, il est Régent en Seconde et reçoit 750 Livres

30. Ibid., p. 25.

31. ASQ, Gravé etc..., Manuscrit 7-196, _ALPRliÇ5diop._d£S_fondatiqn_s _17_3

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comme émoluments (33). Ce montant équivaut à environ $125 par année de notre monnaie actuelle. Le Plan dIéducation de 1790 mentionne : "Les émoluments que reçoivent les régents et le troisième maître du petit Sé­ minaire sont d’être nourris, logés, chauffés, éclairés avec cent francs par an et une Barrique de vin” (34). Nous n’avons pu vérifier si ce par­ tage valait encore en 1812. De toute façon, le jeune ecclésiastique est, au point de vue pécuniaire, assez bien partagé.

Au début de lrannée académique 1813, M. Cooke est inscrit comme étudiant et il professe en Rhétorique, au même salaire. Pendant ses deux années de professorat à. Québec, il aura dans ses cours de Lettres des élèves remarquables tels M. F.-N. Blanchet qui deviendra archevêque de l’Orégon, MM. Thomas et Pierre Bédard. Le 10 octobre, il est admis au sous-diaconat par Mgr Plessis dans la cathédrale de Québec avec Guil­ laume Herron (35).

Mgr Plessis qui demeurait d’ordinaire au Séminaire de Québec, ai­ mait h s’occuper personnellement de la formation des jeunes prêtres. De­ venu évêque, l’abbé Cooke essaiera de témoigner le même intérêt aux

séminaristes des Trois-Rivières. Quand il fut trop âgé pour s’acquitter

33. Gravé, oj3._cit.

34. ASQ, fonds Viger-Verreau, carton 16, no 10, ^Tar^dJ^di^catio^^de, W.

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de cette tâche, il la confia à. son coadjuteur, Mgr Laflèche, qui lraccom- plit avec un zèle remarquable.

M. Cooke manifestait un esprit d’ordre peu ordinaire dans ses études Il n’était pas de ceux qui voltigent d’un livre h l’autre. Il se moquait fine­ ment de certains ecclésiastiques de son temps qui avaient, disait-il, tou­ jours beaucoup de livres sous le bras mais peu de science dans la tête (36).

Il passa ses dernières vacances à St-Joachim qui était comme aujour d’hui la ferme et la maison de campagne du Séminaire de Québec. Il sem­ ble plutôt s’y être ennuyé. Cette nostalgie qu’il éprouve loin des êtres et

des choses qu’il aime semble un aspect caractéristique de son tempéra­ ment. Le 5 septembre 1813, de St-Joachim, il écrit à sa tante, après lui

avoir demandé, en toute simplicité, "un petit pot de bon beurre pour son déjeuner” : ”Je m’ennuie un peu aujourd’hui, c’est le mauvais temps, je pense, qui en est la cause" (37).

Le 4 juin 1814, il est reçu diacre par Mgr Plessis dans la cathédrale de Québec avec Guillaume Herron (38).

Enfin, il est ordonné dans la chapelle de l’HÔtel-Dieu de Québec, le 11 septembre 1814, par Mgr Plessis (39).

36. Abbé Napoléon Caron, op. cit. , p. 253ss.

37. Les Ursulines des Trois-Rivières, op. cit. , p. 26. 38. ASQ, op. cit. , registre H, f. 77 r.

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L'APOSTOLAT : RIVIERE-OUELLE ET ACADIE ( 1 8 14- 1 820)

Vicaire et secrétaire. Premières années en terre acadienne. La mission de 1819.

"Monsieur Cooke est assez studieu: et se comporte bien. ’’

(Mgr Panet à Mgr Plessis, 29 dé­ cembre 1814).

Après son ordination, l’abbé Cooke, dans toute l’ardeur de ses 22 ans, est dans une entière disponibilité entre les mains de son évêque. Celui-ci lui donne immédiatement son obédience : il sera vicaire et secrétaire de Mgr Bernard-Claude Panet à la Rivière-Ouelle, à. 80 milles de Québec.

Il y arrive une semaine après son ordination. Sa signature apparaît pour la première fois au registre paroissial le 19 septembre (1). Pendant les trois années de son séjour à la Rivièr e-Ouelle, il signera : Ptre, Vicaire

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Mgr Panet, en plus d’être curé de la paroisse, se trouve, depuis 1806, coadjuteur de Mgr Plessis qui a dix ans de moins que lui et à qui il a enseigné la philosophie au séminaire de Québec.

La Rivière-Ouelle connaît des jours heureux depuis l’arrivée de l’abbé Panet, en 1781. Son prédécesseur, M. Laurent Parent, n’avait pas eu l’heur de plaire à ses paroissiens. Pendant au-delà de 44 ans, M. l’abbé Panet sera le père aimé des fidèles et le conseiller recherché du clergé des environs.

L’abbé Cooke était donc entre bonnes mains pour s’initier à son futur rôle de missionnaire, de curé et d’évêque. Le jeune vicaire travaille fer­ me dans la paix d’un presbytère de campagne. Mgr Panet devant faire

chaque année la visite pastorale d’une partie du diocèse, le travail du ministère paroissial retombe presque entièrement sur le vicaire. De plus, la correspondance considérable de Mgr Panet avec Mgr Plessis

absorbe une partie des journées du secrétaire. Un de ses historiens parle de "ce pénible ministère” qu’il accomplit pendant trois ans (2).

En 1814, M. Cooke signe les actes de 51 baptêmes, 66 mariages et 9 sépultures; en 1815, 166 baptêmes, 32 mariages et 83 sépultures. A

2. Abbé Napoléon Caron, _Mqn^ei^neur^_ThpmaLs_Cpoke, dans L’Opinion Pu^iRue, 30 mai 1872, p. 253ss.

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l’automne de 1815, il dut s’absenter : du 11 septembre au 20 octobre, sa signature n’apparaft pas dans les registres. En 1816, il baptise 183 enfants, bénit 21 mariages et fait 61 sépultures; en 1817, 108 baptêmes, 6 mariages et 68 sépultures. Il signe donc en tout, durant son séjour à la Rivièr e-Ouelle, 508 baptêmes dont 11 pour Sainte-Anne-de-la-Pocatiè- re et 21 pour Kamouraska, 65 mariages et 221 sépultures.

Un graphologue aurait une étude intéressante à faire sur les manus­ crits de M. Cooke. L’écriture est ferme, régulière, très lisible et dénote un réel souci d’ordre et de perfection. Sa signature est ornée d’intermi­ nables paraphes aux formes les plus capricieuses. Des pages entières de registres sont couvertes de dessins fantaisistes tracés h. la plume. Ce qui laisse croire que le vicaire avait suffisamment de temps pour se permettre une petite détente dans l’art graphique.

Les premiers registres paroissiaux de la Rivière-Ouelle datent du 1er janvier 1685. Il est h. remarquer qu’ils sont rédigés en latin. La première chapelle de 1685 fut remplacée au même endroit par une église en bois, construite en 1694. Cette église servit au culte jusqu’en 1792, sous le vocable de Notre-Dame-de-Liesse, vocable qui est demeuré celui de la paroisse actuelle. Sous l’administration de M. Panet, l’église en bois de 1694 fut remplacée en 1792 par une église de pierre qui servit jus­

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. . . vieille église si originale, avec sa voûte étoi­ lée, ses jubés nombreux, et son lambris extérieur peinturé primitivement en jaune, et en rose plus tard. Comme le terrain dTalluvion sur lequel on devait la bâtir n’offrait pas de fondation solide, il fallut l’asseoir sur des pilotis. . . (3)

Cette église originale servait donc au culte du temps de M. Cooke. H en est resté le maître-autel. En chêne sculpté recouvert de dorure, il fut importé d’Europe par le curé Laurent-Louis Parent en 1777. Comme cet autel a toujours servi au culte, on peut donc affirmer que M. Cooke y cé­ lébra la messe.

La dernière signature du vicaire apparaît au registre le 12 septembre 1817, au baptême de George Corbin. C’est pendant son ministère labo­ rieux à la Rivière-Ouelle que M. Cooke fut appelé par Mgr Plessis à desservir l’immense mission de la Baie-des-Chaleurs, Gaspé, Nouveau-Brunswick et l’Ile-du-Prince-Edouard. A l’automne de 1817, il quittait la Rivière-Ouelle pour sa nouvelle destination.

*

Dans une lettre du 20 septembre 1817, M. Cooke annonce à. ses parents de la Pointe-du-Lac son départ pour la Baie des Chaleurs. Cette lettre

3. Abbé Adolphe Michaud, Généalogie des Familles de la Rivière-Ouell Introduction, p. 15.

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nous renseigne sur ses dispositions et sur l’importance de la mission que lui confie Mgr Plessis.

J’ai environ deux cents lieues de chemin ‘à faire sur la mer pour me rendre; cinq ou six postes éloignés de dix lieues les uns des autres, qu’il faut que je déserve. Je trouverai là des sauva­ ges que je n’entends pas, des anglais sans reli­ gion; mais un grand nombre dracadiens très hon­ nêtes gens et vertueux. Ce sera de quoi me dédom­ mager de mes peines et de mes fatigues, si toute­ fois j’en ai... (4)

Il en profite pour donner son adresse : ”.. . Missionnaire à Caraquet dans la Baie des Chaleurs, qu’on devrait plutôt appeler la baie de la fraf-cheur” (5). Ses pouvoirs sIétendent dans le territoire ”du golfe et de là Baie des Chaleurs11, ce qui comprenait le Nouveau-Brunswick, le

Cap-4. Les Ursulines des Trois-Rivières, Vi^d^M^i^Co^oke^_ 1£L.£YÊSHê.ÉÊ-s

Trois-Rivières, p. 30. 5. Loc. cit.

Breton, les fies Saint-Jean (Ile-du-Prince-Edouard) et de la Madeleine, et le district de Gaspé.

L’abbé Cooke exercera son ministère surtout dans la Baie des Chaleurs et dans celle de Miramichi. Il ne dépassera pas les limites du diocèse actuel de Bathurst, sauf une fois pour se rendre à la Baie des Winds (Baie- du-Vin), en 1819. La Baie des Winds fait aujourd’hui partie de l’archi- diocèse de Moncton. Le district assigné au nouveau missionnaire relevait 4 5

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Références

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