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MARGE ; : suivi de Représentation d'un éclatement et éclatement de la représentation : déplacement de la logique narrative dans La nébuleuse du crabe et Un fantôme d'Éric Chevillard

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MARGE

Suivi de

Représentation d'un éclatement et éclatement de la

représentation : déplacement de la logique narrative dans

La nébuleuse du crabe et Vn fantôme d'Eric Chevillard

Mémoire présenté

à la Faculté des études supérieures de l'Université Laval dans le cadre du programme de maîtrise en études littéraires

pour l'obtention du grade de Maître es arts (MA.)

DEPARTEMENT DES LITTERATURES FACULTÉ DES LETTRES

UNIVERSITÉ LAVAL QUÉBEC

2010

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à l'histoire de Crab (d'Éric Chevillard). La deuxième partie offre un examen attentif de la poétique narrative des romans éclatés La nébuleuse du crabe et Un fantôme (le récit de Crab). Nous y observons, du point de vue de la lecture, comment s'élabore le sens dans de telles œuvres présentant un éclatement matériel et un éclatement de contenu. L'hypothèse maintenue est qu'en contexte polytextuel le roman recèle une narrativité potentielle et non effective (la reticulation), et qu'un projet esthétique vient structurer la co-présence des textes. Ce projet, la représentation de la folie, est assumé par le biais d'une figure, déplaçant ainsi la logique narrative traditionnelle vers une autorité d'ordre lectural et fictionnel.

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Je souhaite remercier sincèrement René Audet, François Bon, VivlaVie, toute l'équipe du CRILCQ, Jean-Sébastien Lemieux, M. Dumont, mes amis et ma famille, ainsi que tous ceux qui m'ont influencée ou encouragée de près ou de loin pendant ces années pour mener à bien ce projet.

Je remercie aussi toute la bande, Teste, Plume, Pon, Miror, Palomar, Crab, Trom, Princesse Apocalypse et Marge, tout simplement pour leur présence au monde.

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Remerciements ii Table des matières iii Première partie. Marge 5

Quotidien 7 Au jour le jour 9 Passé 27 Chutes 42 Réponses 55 Marges 74

Une femme qui ronfle 76

Fictions 91 Apocalypse 113 Consommation 139 Deuxième partie. Représentation d'un éclatement et éclatement de la représentation :

déplacement de la logique narrative dans La nébuleuse du crabe et Un fantôme d'Éric

Chevillard 163 Introduction. Le sens du récit : comment « faire du ciment » avec Crab ? 164

1. Une narrativité éclatée : récit traditionnel et usage pluriel du récit 168

1.1 Les théories du récit : le récit canonique 168 1.2 Le récit en contexte d'éclatement : un usage pluriel du récit 171

2. Deux œuvres en « excès de tension » : la narrativité potentielle en contrepoint de la

narrativité effective éclatée 178 2.1 Les procédés d'éclatement (force centrifuge) : les conventions narratives flouées .181

2.1.1 La fonction cardinale du récit : la mise en intrigue et sa nécessité logique 181 2.1.2 Personnage protéiforme : vraisemblance et cadre spatio-temporel problématiques

183

2.1.3 Les jeux sur le signifiant et l'incongru perturbent l'économie du sens 185 2.2 Les procédés d'unification (force centripète) : les procédés de rattrapage utilisés ..187

2.2.1 Tonalité du narrateur 188 2.2.2 Autoreprésentation : métafiction, intertextualité et métalepse 190

2.2.3 Dispositif paratextuel (titre) et figuration animalière-astrale 195 3. Déplacement de la logique narrative : vers un projet esthétique 198

3.1 Autorité fictionnelle dans l'élan narratif. 198 3.2 Autorité du lecteur dans l'arrimage de l'hétérogène : présentation d'un sens possible

203

3.2.1 Une ligature du sens intertextuelle 204 3.2.2 La figure du crabe endosse le projet esthétique : une représentation appuyée par

laforce de l'humour 207 3.2.3 L'infinitude de la conscience : le langage et la fiction contre l'absurde 213

Conclusion. Un « cadavre importun, encombrant » mais porteur de tous les possibles 218

Bibliographie 222 Annexe 1. La nébuleuse du crabe : narrativité effective 229

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Tu me diras que tu cherches le sens et je te répondrai que non, tu désires te perdre dans mon fou rire.

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commencé à s'obstiner pour des riens, à s'estropier dans leur métier à tisser et à dormir sur l'ouvrage, avec le résultat que l'on connaît...

Et je me retrouvai, pantoise, face au résumé de ma vie, réduite à sa plus simple expression, comme le synopsis d'un mauvais film policier, où je ne retrouvai nulle lettre de l'alphabet, seulement cet unique symbole creux, ce cercle interrompu et incongru qu'est le point d'interrogation.

Marge est maniacofictive.

Son goût déraisonnable, hors de toute mesure pour la fiction, lui cause des troubles d'humeur et rend les contours de son être un tantinet flous.

Elle trimbalera ce miroir le long de la route et notera ses observations... Enfin, non... pas ce miroir, elle le repose sur sa commode... Marge portera plutôt, à bout de bras, cette flaque d'eau.

Non... merci... Marge refuse poliment... Elle ne consomme pas de champignons magiques... ni mescaline, cocaïne ou haschisch... Les drogues et Marge ne font pas bon ménage... et la réalité est déjà bien assez hallucinante...

Entourée ainsi par des piles et des piles de livres, Marge se sent en confiance, parmi les fantômes de feuilles, rempart de papier contre ce monde fuyant.

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Marge est sortie du placard, avec quelques écorchures... et dorénavant un peu plus d'air dans les poumons.

En effet, elle s'était pas mal placardée.

Elle songe... Cela pourrait entraîner bien des accusations, des poursuites judiciaires coûteuses, au mieux, des malentendus... Bien des ennuis de la vie quotidienne peuvent dès à présent lui être épargnés... Marge placarde donc cet avis bien en vue sur la porte de son bureau :

Attention à la marge/Mind the Gap

On a offert un superbe absolu à Marge, entier, bien emballé, rubans, dentelles, chou et tout... mais elle n'en veut pas... préfère la liberté... du moins pour l'instant...

À bout de souffle, Marge tâche de se reprendre en mains... Elle suinte de partout... Ce n'est pas une mince affaire, sa tête et tout son corps semblent sur le point d'éclater... ses poumons brûlent, sa gorge surchauffe, ses joues s'empourprent, tandis que les veines de ses yeux ne cessent d'éclore...

Tout paraît danser autour d'elle... sans que personne ne l'invite...

Elle ne sait quelle direction emprunter... Marge fixe alors ses souliers, recroquevillée sur elle-même, les mains sur les genoux, hors d'haleine...

Les yeux de Marge cherchent aux alentours, en quête de la bonne voie... Le problème peut se résumer ainsi : où qu'elle aille, elle ira aussi...

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Marge ne fait pas que chercher ses pantoufles alors qu'elle les a aux pieds... elle peut aussi faire de la soupe à l'oignon à 2h00 du matin, ou bien se dire que boire du mousseux, du porto blanc et du vin blanc la même soirée, ce n'est pas vraiment mélanger les alcools parce qu'après tout... c'est blanc...

Lorsqu'elle fait le ménage, Marge rêve éveillée... Et la nuit, Marge rêve qu'elle fait le ménage... Palpitant.

Paître ou ne pas paître... Et Marge de répondre « oui ».

Un exemple de sa logique implacable.

Marge s'est autoproclamée la personnalité-bipolaire-mai-2010-du-logis... Pour souligner l'événement, elle s'est insultée pendant un gros cinq minutes en langage exploréen, façon Gauvreau, avant de s'offrir une gerbe de fleurs et de pleurer de joie dans toutes les pièces...

Lorsqu'on y regarde de plus près, Marge a un œil qui pleure un peu plus vite que l'autre... un sein un peu plus gros que l'autre... une main qui tremble parfois un peu plus que l'autre...

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Dans sa quête de sagesse, Marge a pesé le pour et le contre des différentes mesures à prendre... Néanmoins, elle trouve que de se laisser pousser une longue barbe blanche à bout pointu demande trop de temps... Ce maigre deux centimètres hirsute ne suffira pas... Elle devra donc considérer les autres options...

Parfois, les contours de Marge deviennent un peu flous... On peut alors la confondre avec les fleurs du tapis... Ces matins-là, elle se félicite tout simplement de s'être levée, ou d'avoir pris la peine de prendre un bon petit déjeuner... Et le phénomène de s'interrompre uncertain temps...

Il importe de ne pas laisser les murs ni les toits prendre le dessus.

Marge se déshabille... Elle dépose parcimonieusement son linge sur la chaise à côté de son lit, de même que sa ceinture... Sur sa commode, elle met ses boucles d'oreilles et ses parures, son orgueil, sa honte, ses deux bras, ses jambes, son cœur, ses clavicules et ses poumons... puis s'endort comme un bébé...

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libre choix des compagnons, du mode de transport et de la route pour s'y rendre... C'est déjà beaucoup...

Quand elle s'arrête pour y penser, la vie lui paraît injuste...

Le Joker a son éclatant sourire bipolaire, Frodon a l'anneau pour les gouverner tous, Crab a sa folie, Astérix a sa potion magique, Spock a ses oreilles, Harry Potter a sa baguette, Wonderwoman a ses seins, alors que Marge cherche toujours sa compétence, son singulier attribut, sa fonction primordiale, son talent caché... Parfois, elle aime croire que c'est sa capacité à passer inaperçue, en tout temps et en tout lieu. Mais ce n'est pas un gage d'originalité, qu'elle se dit, dans la mesure où c'est la donne pour tout un chacun aujourd'hui...

Marge aime expérimenter... Pour élever son âme, Marge écoute simultanément du Tchaikovsky et du Marilyn Manson... Et le choc qui en résulte est assez enlevant...

Une compétence de Marge... se cogner partout, constater les bleus, compiler les dégâts et déterminer leur origine... Elle s'y trompe à chaque fois...

Marge, dans la file d'attente pour acheter des billets de cinéma, aperçoit une dame seule. Elle ne peut s'empêcher de ressentir de la compassion pour elle, d'autant plus qu'elle aussi se trouve seule dans cette file... mais son mari est finalement arrivé pour gâcher cet émouvant scénario embryonnaire...

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garçon devait être un bel abîme, que ces parents devaient inévitablement être l'incarnation même de la castration pour engendrer une telle révolte... jusqu'à ce qu'un type barbu, vraisemblablement son père, revienne des toilettes (pour ce qu'elle peut entendre), le rejoigne avec un sourire et une accolade paternelle écœurante en prime.

Marge regarde alors la pointe de ses souliers vernis, pense que la vie serait nécessairement plus agréable avec quelqu'un, regrette de passer plus de temps à jouer aux jeux vidéos et à suivre les intrigues des soaps américains qu'à cultiver les relations amicales... jusqu'à ce qu'une jeune femme, qui pourrait vraisemblablement être sa meilleure amie, vienne la retrouver dans la file, s'excusant que le trafic était d'enfer ce soir...

Marge se fâche contre le vent, mais ne peut rien y faire... tandis que le temps, c'est autre chose... Elle peut lui arracher ses satanées aiguilles une à une... et demeurer tout aussi insatisfaite...

Au printemps, pour obtenir un peu d'argent en extra, Marge travaille quelques heures par semaine à l'entrepôt de plans B des citoyens de la ville, où les plans B non retenus, désuets, perdus, extravagants, hors de prix, sont déposés... Elle aide les employés permanents (qui ne suffisent pas à la tâche) à effectuer l'inventaire du fouillis... Un des avantages, outre les fous rires occasionnés par de multiples découvertes farfelues, est de pouvoir récupérer, en douce, certains plans B encore en excellents états...

Marge ne possède pas de téléphone cellulaire, de portable, de pagette... elle n'est pas hyperdisponible... Quelle est la cause alors de cette sudation excessive ?

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Marge est un être responsable, tout comme vous...

Si elle ne connaît pas une chose et ne va pas s'informer, par le biais d'internet par exemple, elle est responsable de son ignorance...

Si elle est malade, et ne sélectionne pas le bon produit à la pharmacie et demeure dans cet état ou si ce dernier aggrave, c'est de sa faute...

Si elle ne mange pas assez bien, ou ne dort pas assez, et que sa tête tombe de fatigue, c'est de sa faute...

Si Marge, par moments, ne trouve pas le bonheur, c'est de sa faute... Résultat : elle vit dans un état de culpabilité constant...

Encore une fois, ils ont emmené Marge dans une cellule, toujours la même. Elle ne sait pas comment cette chose peut se produire...

Ils procèdent maintenant à l'interrogatoire. Perdue dans le dédale de son esprit, la lumière braquée sur elle et son regard niais, comme dans un mauvais film policier, Marge ne saisit pas ce qu'on veut d'elle...

L'un d'eux, celui qui joue le gentil, va droit au but :

- Vous avez écrit, et je cite, que « nos visages sont des produits scellés sous vide ». Qu'entendez-vous donc par là ?

Les yeux voraces la fixent, scrutent la captive, exigent une réponse... - Je ne sais pas... baragouine Marge.

Il répète sa question. Elle soutient la même réplique.

- Comment ça, vous ne savez pas, comment peut-on ne pas savoir ce que l'on raconte ? - Je vous dis que je ne sais pas...

Marge a froid en elle... ne comprend pas pourquoi la chose est si importante...

Ils ne veulent pas lâcher proie, ils veulent comprendre, elle va cracher le morceau, ils iront au fond de cette affaire...

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Ce matin, Marge verse une larme pour tout ceux qui ont déjà refusé, ne serait-ce qu'une fois, de s'intéresser au Seigneur des anneaux... sous prétexte que la plèbe scrofuleuse s'y intéressait beaucoup trop... pauvres eux, Marge est à sec...

Au parc, l'autre jour, Marge y a vu un enfant pas comme les autres. Il boudait dans son coin, reculé, seul, assis dans un des carrés de sable...

Le garçon n'a pas sourcillé lorsqu'elle s'est approchée... Il n'a pas dit un mot non plus quand elle s'est mise au travail, sur son royaume... L'enfant ne la regardait tout simplement pas faire ce superbe château dont il pourrait être le roi... Dédaignant son plus fidèle sujet, le monarque, insatisfait, s'est levé et l'a congédiée brutalement avant l'achèvement des travaux...

Vous ne la reprendrez plus dans la cour impériale... Dorénavant, elle fréquentera les bouffons...

L'espoir, l'oubli et l'humour, trois points de suspension indispensables à toute vie...

L'espoir pour continuer, l'oubli aussi, sinon les femmes n'accoucheraient jamais deux fois, et l'humour, qui permet de relier toute chose gaiement vers la disparition...

Lorsqu'elle veut prendre sa revanche sur le monde, Marge se rend au parc le plus près, s'entoure d'enfants. Elle s'assoit sur la pelouse fraîchement coupée, sans aucune pudeur... Et elle pleure en public, à grosses larmes...

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L'enfer sans les autres.

Au petit déjeuner, Marge, en se servant un bol de céréales pour bien commencer la journée, découvre le cadeau surprise contenu dans ladite boîte... un stérilet...

C'est assez pour lui couper l'appétit... Elle se demande où s'en va le monde en général... et son sexe en particulier...

Marge a fait un lapsus corporel... Après avoir pris deux comprimés, elle a déposé le contenant d'acétaminophène dans le plat de fruits, au centre de la table de cuisine...

Marge n'a rien d'une héroïne à la Jane Austen, si ce n'est le mollet athlétique, caractéristique d'une bonne marcheuse, disons-le... D'un sens de la répartie, elle se trouve totalement démunie... C'est du moins ce qu'elle se dit, malgré une réplique réussie, deux heures après que la visite soit partie...

Sur le chemin menant au campus universitaire, Marge a croisé pas moins de treize écureuils, des petits, des moyens, des gros, des gris, des noirs, des mignons, des grignoteux, des gambadeux, des sociables... Elle plaint d'avance le jour où elle cessera de pousser des sons aigus d'émerveillement à leur rencontre...

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Longtemps, j'ai implosé de bonheur.

Marge observe un petit écureuil noir, assis sur le trottoir, qui observe les feuilles d'automne, tomber doucement sur la neige trop précoce, qui observe Marge, assise près de la fenêtre, qui.

Lorsqu'elle se couche pour la nuit, Marge retire les barrettes de ses cheveux comme on dégaine des fusils...

Et son miroir de trembler...

Au bar du coin, cet homme au regard luisant de sous-entendus offre un vers à Marge... Souriante, elle le prend avec plaisir dans la mesure où ce n'est pas un autre calembour, elle qui en a déjà plein le nez, la bouche et les poches...

Marge est allergique aux gens de mauvaise foi... Ces jours hypersensibles se passent alors dans l'écoulement nasal le plus désagréable, le raclement de gorge incessant, les larmes aux yeux rouges, les envies suicidaires, les démangeaisons de portefeuille, les achats faciles, la fièvre spontanée et la nausée mécanique... Elle a beau éviter les miroirs, il y a toujours foule sur les trottoirs, et ce malaise ponctué de reniflements sonores devient inévitablement embarrassant pour les deux parties...

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Marge, au vidéoclub du coin, a loué un excellent drame sur DVD. "Rated PG for Intense Poetic Content"

Marge a une amie qui a besoin d'être validée... Alors, pour la réconforter, elle a passé des heures au dépanneur du coin afin d'apprendre à imiter à la perfection les bruits de la valideuse de loterie... Son amie affectionne tout particulièrement le bruit des billets gagnants...

Marge voulait faire une scène de ménage comme dans les films, avec les cris, les pleurs, les injures et, surtout, le cassage de vaisselle, mais considérant l'étroitesse de son budget, elle a finit par faire éclater un vieux bol à chips en plastique du Dollarama... Ce qui n'a pas du tout la même charge dramatique... Marge est déçue... tout de même...

L'âme de Marge est vieille, fatiguée... Elle ne se sent pleinement à l'aise que dans les demeures centenaires, les vieilles villes et les routes usées... Un bâtiment neuf, comme le corps de Marge, incarne alors une source d'aliénation profonde...

Quand Marge est tendue, elle se livre à un petit exercice de jonglerie.

Elle s'assoit confortablement dans sa chaise berçante, puis elle jongle de tout son corps. un nez par ci, un tibia par là, une fesse, hop-là, une oreille... Ta-dam...

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On peut aisément reconnaître Marge à ce signe distinctif... Quand l'envie lui prend, elle porte son cœur au front.

Son corps, une broderie qu'elle fait et défait, inlassablement.

Marge, bien intentionnée, a ingurgité un gallon entier de yogourt probiotique pour se refaire la flore... C'est la raison pour laquelle elle n'a pu se présenter au bureau ce matin...

Marge doit l'admettre... compter le nombre de pulpes que renferme un pamplemousse peut être une excellente façon de s'occuper l'esprit lors d'une crise de tachycardie...

Marge a suivi un séminaire intensif sur la gestion de stress en situation de danger extrême... Elle a réussi les trois épreuves suivantes avec brio: survivre à une attaque nucléaire avec quatre bambins sous les bras, faire une balade en autobus escortée par quatre terroristes armés, fuir le tocsin en essayant de sauver une collection complète des éditions de la Pléiade... Une compétence fort utile dans la vie de tous les jours.

L'âne qui accompagnait Marge sur le chemin de Compostelle a malencontreusement mangé son carnet du pèlerin... Elle n'a donc pas pu obtenir son Compostela, le certificat attestant son pèlerinage... «Simple formalité... », se répète Marge... Le parcours est accompli, et c'est tout ce qui compte...

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Il y aurait deux possibilités face à la nausée... La première, vomir et se noyer dedans... La deuxième serait de se développer des ulcères en riant de bon cœur... La narratrice est d'avis que Marge fonce désespérément, encore et encore, tête baissée, vers cette deuxième option...

Lors d'une sublime crise d'angoisse, Marge s'est affairée à récurer la salle de bain à l'eau de javel... Résultats : bravo Cendrillon... Ta salle de bain brille dorénavant d'une splendeur

divine... Il te faudra seulement inhaler ce bronchodilatateur toutes les quatre heures et garder le lit quelques jours...

À l'épicerie, un quinquagénaire propose à une jeune femme de passer devant lui à la caisse... Elle lui fait de gros yeux, son corps se contracte... Elle hésite un instant, plus que méfiante, carrément insultée...

- Non. Allez-y...

Et Marge de se demander comment évaluer la gratuité d'un geste...

Marge, au bar, observe un bel homme non loin d'elle.

Il semble lui faire des signes de la main, sourires, clins d'œil... Pragmatique, elle s'approche, se présente, pour enfin réaliser qu'il souffre du syndrome de Tourette... L'incident aurait pu être cocasse et farfelu, si ce n'était de la copine légitime dudit Apollon qui n'entendait pas à rire...

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Il était un foie et un lendemain de veille, et un mal de tête ne voulant pas mourir.

Marge a implosé... C'était trop pour un seul corps... Elle tâche de tout digérer et de remettre les multiples appendices aux bons emplacements... Toutefois, elle en profitera pour procéder à certaines améliorations... Par exemple, ce petit cœur sera dorénavant logé au front... Là... oui... Et cette rate à la place du cœur... juste là... très bien... On réajustera au besoin... Tout est possible... On recommencera... On recommence toujours...

Si, pour certains, un des mystères irrésolus de la vie est la prolifération d'élastiques dans le tiroir de la cuisine, et ce, sans jamais en acheter, Marge, ce matin, ne peut que constater le même phénomène concernant les trombones sur son bureau qui semblent se multiplier entre eux...

Marge souffre d'Obsessive Mail Disorder (OMD), une pathologie fort répandue... Elle consulte ses courriels de manière compulsive et excessive... Chose certaine, Marge attend quelque chose... Le problème c'est qu'elle ne sait pas quoi...

Elle arrive encore en retard au travail ce matin...

Après une nuit agitée, Marge a essayé de dévider son capteur de rêves amérindien, comme à tous les matins où ses mauvais songes ne sont pas brûlés par les premières lueurs du jour... Mais elle s'est tellement empêtrée là-dedans, suée, s'est tachée, s'est tellement

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mais il s'agit d'un cadeau...

La Lune est en verseau. Mercure est en sagittaire.

Et Marge est en %&@#! parce qu'elle s'est encore coupée une jointure avec une feuille de papier...

Marge avait son mot à dire... Malheureusement, c'était « bigorneau ». Ce ne fut pas un franc succès...

Elle aurait désespérément besoin d'une épaule... Marge ne saurait jamais exprimer à quel point... Une hanche, un foie et une rate aussi... mais elle aurait surtout besoin d'une épaule...

Marge a dessiné d'une craie blanche un jeu de marelle sur l'asphalte, mais elle n'arrive pas à atteindre le ciel... Elle doit toujours recommencer... Il faut avouer que l'artère principale de la ville n'est pas le meilleur emplacement...

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alvéoles...

Elle attend. Attend longuement...

Et se demande alors comment on peut parvenir à mourir debout... Inévitablement, la nausée la prend.

Non rien ni personne ne va abattre Marge... elle n'est pas un arbre.

Marge est cachée à l'intérieur de ce cercle de sel... Il ne peut donc plus rien lui arriver. Enfin, c'est ce qu'elle croit... Jusqu'à ce qu'elle prenne conscience de sa soif...

Et je me retrouvai, avec, entre les mains, ce minuscule corps étranger, déplacé, peut-être disloqué, comment dire, il n'entrait dans aucune de mes poches, être decomposable, ou décomposé, superflu, tenu à bout de bras, s'effritant entre mes doigts et répondant au nom de Marge...

Marge souhaite revêtir une superbe robe de princesse, être invitée à un bal royal... puis rester assise toute la soirée parce qu'elle ne connaît aucune des danses...

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Au restaurant du coin, Marge renverse la salière sur la table... elle doit s'empresser de lancer du sel par-dessus son épaule gauche... vite, vite... une quantité proportionnelle au dégât... vite... elle emprunte la salière d'un voisin, qui n'apprécie pas... Un nuage de pellicules sur la clavicule plus tard, le sort est conjuré... Marge peut ainsi continuer à apprécier son repas...

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Marge ne peut réprimer un frisson, qui, cette fois-ci, n'a rien à voir avec la température, lorsque, traînant ses petits pas sur le chemin Sainte-Foy, elle passe devant la route de la Suète... Des Saints commémorés partout, des noms de rues, villes et villages, on peut finir par s'y habituer... mais là, quand même, la Suète...

Marge, pragmatique, s'affaire à construire un pont de ses erreurs passées... Ce qui est malheureux, c'est qu'elle manque d'outils... sans parler de son maigre budget pour les matériaux... Néanmoins, elle ne renoncera pas. Elle a tout son temps.

Marge tâche d'offrir plus de respect à la poussière... Elle lui aménage donc une pièce unique où l'entreposer, mais, elle ne saurait expliquer pourquoi, même la poussière y fuit...

Des vents d'une force comme celle-ci, charriant une franche odeur de vide, et toutes ces rafales, qui s'engouffrent encore et toujours dans ce fichu trou noir au ventre, Marge, petite Marge, dans les violentes bourrasques, criant vers vous, des cheveux virevoltant dans la bouche, vous expliquant, qu'elle aimerait tellement, oui, que ce qui lui manque, en cette journée, ce sont des bœufs à écorner...

Le petit être de Marge, et sa tête, éparpillés de tristesse aux quatre coins de la ville quand elle aperçoit un grand-père pleurer...

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un drap de poussières dans les poumons

Que le passé s'invagine dans l'avenir, et que le début rejoigne la fin... Encore, et encore, dans ce juste milieu, ce trou mouvant, impossible à saisir...

Lorsqu'elle avait à peu près huit printemps, Marge a fait le souhait de devenir une princesse... Elle s'appellerait Princesse Apocalypse...

Elle est convaincue que l'étoile filante tiendra sa promesse... mais elle a tout de même mal au cou à le tendre ainsi, courbé, attendant qu'on appose la couronne sur sa tête...

Marge n'est pas pressée, elle n'avait pas spécifié quand...

Marge attend impatiemment, et avec une ardeur consumée, qu'on lui confie un royaume à gouverner... à défaut de pouvoir se gouverner elle-même...

Marge se trouve dans une situation vraiment embêtante. Il y a de ces jours comme celui-là.

Elle a les mains pleines du sang suintant de ses erreurs passées... et son nez pique. Que faire maintenant...

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Dans un cours consacré à l'œuvre de Réjean Ducharme, où la lumière s'éteint, un long moment avant d'allumer un projecteur... Être incapable de se retenir... et crier, d'une voix paniquée : « On va tous mourir ! »

Le silence total...

Puis se consoler en se rappelant que Ducharme a de l'humour, et qu'il aurait sans aucun doute considéré cette intervention fort pertinente.

Marge ouvre un roman. Elle ne saurait dire si c'est l'allure ou bien le comportement de l'héroïne qui lui a fait penser à sa chère Nicole, la sœur d'André...

Nicole est le personnage d'un récit qu'elle a eu le privilège de rencontrer il y a de cela bien des années... Cette femme l'avait frappée par deux propositions distinctes...

La première : Nicole se questionnait sur la possibilité des humains à ne pas payer pour obtenir une chose, qu'il s'agisse de se loger ou de respirer... Elle se disait que si on était des oiseaux, n'importe lesquels, on ne comprendrait tout simplement pas le sens du mot « payer »... De ce fait, on ne paierait rien du tout, on vivrait librement, ne comprenant pas ce que l'on voudrait de nous...

La deuxième : Nicole aurait bien aimé écrire un livre entièrement constitué de titres... Marge songe souvent à ces deux affirmations, mais revient toujours à cette même conclusion... Elle préfère mille milles fois plus le plaisir de payer et tenir entre ses mains un livre de titres...

C'est le sens de l'humour qui nous tient Pas la camisole

C'est toujours à recommencer Ki manche da marge

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Encore aujourd'hui, malgré toute cette eau sous les ponts, Marge a souvent le nez qui voque... Et de la désolation, de la déception, de l'abandon plein la gueule... Mon mari est encore au Rapide Blanc, et c'est n'importe quoi...

Le sang des Canadiens français, versé sur la France, en grand flot, frappe du talon sur ses tempes... Toute cette amertume, Mémère Tume, la mémoire qui fume, en frappant du dentier, dure vérité, de rappeler qu'il n'y en avait pas beaucoup, des Français, sur les Plaines d'Abraham...

Chaque matin, tout ce pays à refaire, comme le lit, chaque matin.

Marge aimerait que l'on effectue des fouilles archéologiques sur sa petite personne. Elle a des choses enfouies qu'elle ne soupçonne même pas... Non pas que ces débris aient une grande valeur marchande... C'est que Marge ne connaît que trop peu son pays...

Le pays dans la marge.

Marge souhaite toucher les gens, et n'importe quelle partie du corps ferait l'affaire... un genou, un index, un pancréas, une hanche, un sein, une oreille, une rate, n'importe quoi... C'est vous dire à quel point elle est désespérée...

Le désespoir, comme disait l'autre, c'est tellement plus poétique...

Marge, lorsqu'elle était à l'école primaire, devait réciter le « Je vous salue Marie », tout juste après le repas du midi. Le matin, c'était le « Notre Père », les hommes d'abord...

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How are you ? I am fine, thank you.

John and Mary go to school by bus. Je vous salue Mary.

Marge ne comprenait pas pourquoi on nommait « Notre Père » John, on lui avait dit que le Sauveur s'appelait Jésus... Est-ce que Jésus était John, en langue anglaise ?

Ces hosties-là. Faisons-nous culpabiliser les uns les autres. La plume m'a fourché... désolée, c'est n'importe quoi... Être désolée, c'est n'importe quoi...

On est un vide qui se refait.

L'Église étant sortie des Écoles québécoises en 1992, Marge comprit bien assez tôt.

Mon Père, pardonnez-moi parce que j'ai péché. Puisque vous nous forciez à confesser nos péchés - et que je n'en commettais aucun, mais puisque vous disiez la chose impossible en sales pécheurs d'enfants que nous étions, j'en inventais...

Cela encouragea sans nul doute la fabulation de Marge. Merci.

À onze ans, Marge est devenue une jolie petite bergère, avec la belle robe blanche et la boucle dans les cheveux.

Il fallait la voir, sa canne à la main, le chien à sa suite, le vent dans les cheveux, gambadant et hélant ses troupeaux de moutons dans les vastes prairies...

Puis, il a fallu qu'un crétin vienne la déranger pendant la récréation, lui tirer ses tresses et mettre fin à sa vocation.

(34)

Une femme peut faire bien du mal, se faire bien du mal.

Une femme-enfant peut en faire encore plus...

Marge n'en est pas à une contradiction près...

Si elle songe au suicide tout en apposant parcimonieusement de la crème anti-rides sur son cou et son visage, dans un doux mouvement ascendant, c'est qu'elle a tout de même conscience de son ambivalence, d'être une girouette avec des ailes de papier...

En faisant la vaisselle, ce soir, Marge échappe un couteau. Selon la superstition, depuis qu'elle est toute jeune, on lui dit que ceci est un présage de visite...

Tu échappes un couteau : un homme viendra chez toi. Si tu échappes une fourchette, il s'agira d'une femme. Ne lui demandez pas pour la cuillère à soupe, elle n'en sait strictement rien... oui, elle aurait pu s'informer... mais non... la petite cuillère, elle ne sait pas non plus... Il reste, néanmoins, qu'il s'agit d'une mise en garde d'intrus potentiels. Marge ne s'est toujours pas penchée pour ramasser le couteau, elle le fixe tout simplement. Peut-être est-ce justement cela dont elle aurait besoin... de la visite...

Elle dépose son linge humide sur le comptoir, n'hésite pas plus longtemps... Elle empoigne de sa main droite les deux couteaux déjà essuyés, les laisse tomber sur le carrelage. Elle ouvre le tiroir à ustensiles, agrippe les quelques fourchettes et couteaux qui s'y trouvent, pour les lancer avec fracas sur le plancher... Puis, elle met toutes les chances de son côté, elle balance toute la batterie de cuisine à travers celle-ci...

On sonne, Marge ouvre.

(35)

Marge n'est pas du genre à aller déguster un repas avec une bonne bière dans un Pub anglais et se dire que cela remplace un voyage au Royaume Uni... que la visite d'un zoo peut suppléer un safari africain... qu'un massage suédois supplante ces lieux encore inconnus... Cependant, il faut bien avouer qu'avec son maigre salaire, cela peut lui suffire... du moins pour l'instant...

Assise à une terrasse non loin de chez elle, Marge savoure un café et un spectacle bien particulier... Au coin de la rue se trouve un arbre possédant une bien étrange faculté... C'est que le vent fait plier et casser ses branches, mais elles repoussent toujours, presque instantanément... Marge, un sourire accroché à ses lèvres, pourrait passer de nombreuses heures à le contempler ainsi...

Si Marge n'est pas malade de littérature, c'est qu'elle est franchement occupée à être malade de tout le reste... non... mais... quand même... manger... travailler... arriver à dormir... se tenir informée... les tempêtes de neige à pelleter... les rhumes... grippes... à n'en plus finir... les moulins à vent à combattre... les enfants malades à qui il faut raconter des histoires, des récits pour les aider à cicatriser...

Un homme chante à tue-tête des mots incompréhensibles... On l'ignore, on lui sourit, on lui donne un peu de monnaie ou on lui dit carrément de baisser le ton... On est dans une bibliothèque quand même...

Et Marge de se dire que ça prend seulement la Guignolée pour laisser quelqu'un s'époumoner ainsi, en pleine fin de session, entre deux rangées de dictionnaires...

(36)

Quand, parfois, ça se mal-en-pire, Marge va dans la ville, les pieds comme des enclumes, se dit que la vie c'est pas comme dans les p'tits bonhommes.

Marge, assise dans les transports en commun de sa ville enneigée, dans le temps des fêtes... Elle se souvient, en voyant cette vieille femme au fond de l'autobus, que le contexte importe beaucoup dans le choix d'une activité...

Bonne idée : jouer de l'accordéon.

Mauvaise idée : jouer de l'accordéon dans un autobus.

(Excusez-la)

Comment des lignes de la main peuvent-elles se concerter sur un seul sens donné ?

La main de Marge, comme une ville de tous les possibles... avec ses transports en commun chaotiques...

La folle de l'autobus 800-801, « la folle de la 800 » pour les intimes, qui sévit depuis des générations, a encore traité une jeune fille de sale garce, avant d'expliquer aux sièges vides à côté d'elle, foule invisible la scrutant de multiples yeux avides, pourquoi elle refuse de prendre ses médicaments, parce qu'ils veulent tous l'empoisonner les maudits...

(37)

On dit que Marge est un bébé post-référendaire de 1980, dont la mère, déçue par le non-aboutissement, le non, d'un projet national, aurait accouché prématurément... parce qu'elle, elle le voulait vraiment, tellement... Marge devait naître en juillet, mais l'onde de choc nationaliste en a décidé autrement... Peut-être d'autres diront que c'est parce que cette femme fumait pendant la grossesse, ce signe de la femme indépendante de l'époque... Prématurée de plusieurs semaines, Marge arrivait à temps pour la fête de la Saint-Jean-Baptiste... Elle en garde une tache de naissance à la main droite, celle dont elle se servira plus tard pour écrire, tache d'encre, indélébile, d'une mémoire avortée, imitant étrangement et parfaitement la carte de l'Amérique du Sud...

Marge a l'Amérique du Sud au bout des doigts...

Entre Marge et l'écriture, l'Amérique du Sud, la tache, le non, le oui, le peut-être, tous à la fois, la mémoire collée à la peau, cette marque de déception et d'individualisme.

Parce que Marge a besoin de rire, de l'Amérique du Sud aux phoques en Alaska, du bout des doigts jusqu'au bout de son nez... L'humour-sapiens, le messie se profilant entre deux hoquets de rire et d'oubli bienfaisants...

Marge a mal au ventre, lorsqu'elle se souvient, oui, le goût de l'allumette craquée, celle que l'on a allumée, soufflée, puis déposée sur la langue, comme une hostie, toute granuleuse, égrainée, souffreteuse, avalée, presque salée, offrant un arrière-goût du vide, peut-être bien de l'enfer, elle ne sait trop, mais ça goûtait bon, c'était n'importe quoi sur la langue, mais on essayait, oui, on essayait de sortir de cette ville de Saint, de nom seulement, avec le bout de sa langue, de n'importe quelle façon...

(38)

Marge goûtera bientôt les premiers flocons de neige de la saison... Encore cette année, fondus sur sa langue tendue, elle songera qu'ils y déposent tous la même lourdeur, qu'ils partagent tous cette unique saveur de froidure, d'hiver, d'hiverdure, de pays perdu... le paradis gelé dans la gorge, le jardin de givre sur le bout de la langue... mais recommencer, sans hésitation, chaque année...

des rives d'automne aux côtes d'hiver notre hiverdure

Un torchon trouve toujours sa guenille, c'est très bien tout ça, mais je suis encore à la recherche du comptoir à laver...

Assurément, on peut reculer, c'est primordial... mais l'important est de toujours reculer de l'avant.

Marge ne se gêne jamais pour émettre une opinion... Cette fois-ci, elle explique avec emportement à une vieille dame promenant son pékinois que la Chute Montmorency est franchement mal située, et que le concepteur de la ville aurait dû la localiser à un endroit

(39)

Frontenac...

Comme pour bien des gens, la nainiveté de Marge peut aisément se confondre avec sa modestie : la naïveté de penser être née pour un petit pain, la naïveté de ne pouvoir réaliser que de petites choses...

Marge fête la Saint-Jean-Baptiste, journée québécoise de l'oubli et des crises de foie... Une grosse poutine s'impose, ainsi qu'un bon feu de camp, des chansons à répondre, des feux d'artifice, des doux breuvages entraînant des frivolités bienséantes, comme se montrer les fesses devant les flammes de joie (ou les fesses en joie devant les flammes)... Parce qu'il y a toujours, en fin de soirée, une fille qui braille, un gars qui fausse plus fort que tout le monde et un joyeux luron qui finit par montrer ses attributs et/ou vomir dans l'aménagement paysager de la voisine en signe de fraternité et de patriotisme...

Si nous sommes, au Québec, les champions du suicide, nous pourrions ajouter la défenestration comme discipline aux jeux d'hiver... Pensez-y...

Mon père aussi ma mère n'avaient que moi d'enfant (bis)...

Conserver ce qu'il y avait de bon dans la destinée, la rose au bois, seulement le rythme, et aller de l'avant, toujours aller de l'avant, dans un boucan du diable, parfois en frappant du talon...

(40)

Marge refuse que le chemin de l'absolu passe par la marge. C'est toujours à recommencer...

Fuck, ki manche da marge...

Et le bouffon qui accourt à l'instant...

On a tous notre croix à porter.

Si c'est le cas, Marge en choisit une à saveur de barbe à papa.

Marge est parfois d'avis que le destin est un vieux pervers croulant sur les routes de campagne, roulant encore avec une bière entre les dents...

Ce matin de Pâques, Marge est sortie à 5h00 afin de recueillir, en jaquette à fleurs trop grandes, bigoudis pendants et pantoufles dépareillées, l'eau bénite du ruisseau voisin comme le faisait sa grand-mère... Malheureusement, une mouffette catholique a croisé son chemin... Elle a vraisemblablement confondu Marge avec une succube extravagante...

la mémoire

dardée de mots-ravins

(41)

Quand Marge doit se souvenir d'une chose en particulier, elle sème des indices sur son trajet quotidien afin de le lui rappeler... Ce système fonctionne bien d'habitude... mais là... elle découvre un coq dans sa douche et ne parvient plus à décoder ses propres

signes-Marge s'est évertuée sans relâche à se débarrasser de sa vie passée afin d'aller de l'avant... Dorénavant, cette faculté développée, ce mécanisme assimilé, lui joue des tours... Elle ne parvient plus à bien saisir la marge entre le passé et le présent, le présent et le futur, la fiction et le réel, le rêve et la vie.

Ce serait vraisemblablement comme cela que l'histoire aurait commencé...

Il faudrait créer l'équivalent québécois des Éditions de Minuit en France... Une maison d'édition qui préconiserait les expérimentations narratives, aux tendances éclatées, à souvenance historique et littéraire...

Marge la nommerait les Éditions de Minuit dans vingt...

On vas-tu n'avoir du plaisir ! On vas-tu n'avoir d'I'agrément ! (bis) (violon et cuillères)

Le conseil de Marge :

Si vous vous arrachez un grain de beauté, assurez-vous d'avoir à proximité assez de pansements pour le torrent de sang prêt à gicler.

(42)

guettant l'accalmie, le dos accoté contre le rocher d'une mémoire lourde, où les blessés, nos estropiés, s'entassent à la pelle, à creuser notre passé, j'ai les bras morts et le front léger... Entre la bête et Dieu,

l'infini possible de l'homme.

Il importe de ne pas mettre toute sa vie dans le même récit.

Pour mettre un peu de poésie dans sa vie, Marge fourre sa dinde avec certains sonnets parcimonieusement choisis d'Albert Lozeau et de Shakespeare... Elle devra cependant trouver une autre stratégie, celle-ci laissant un arrière-goût amer en bouche...

Et je me retrouvai, complètement ahurie, avec, entre les mains, mon âme, une arme de papier...

(43)
(44)

Elle ne sait pas ce qu'elle gagne.

Marge ne voulait pas du verbe mais comme bien des choses ce n'était pas à elle de décider de la parole donnée et reprise

Une pierre tombe de l'arbre.

Marge la prend, l'examine, la croque, comme une pomme. Rien ne se produit, si ce n'est quelques dents concassées. Elle attend...

Devant l'adversité, Marge prouve qu'elle est née pour combattre, vous la verrez plier sous le choc tel un métal puis reprendre sa forme initiale, sans aucune altération apparente... Sauf que, cette fois-ci, elle semble pliée, inexorablement crochie... inconfortable malaise... On la regarde... Toute penchée qu'elle est par en avant, prête à basculer dans on ne sait trop quel récit, quelle piscine, ou lac...

Qu'importe qu'elle marche tout croche, Marge arrive à avancer... Et l'important, c'est qu'elle parvienne à se tenir debout...

(45)

première aspiration...

tu chutes tu marches tu ventres tu gouffres tu pierres tu œufs tu sols tu ciels et tu âmes tu tiroirs tu solitudes tu plonges tu greniers tu ravins tu immerges tu émerges tu calvasses tu souris si fort quand tu marges toute croche dans le verbe

Tout ce que Marge connaissait est en train de disparaître, une nouvelle fois...

Les meubles qui l'entourent se liquéfient, les personnages et paysages ont quitté les tableaux et portraits, les bibelots flétrissent, le fantôme dans son miroir est dorénavant aphone, les murs se décolorent, sa bibliothèque s'enfonce avec douceur dans le tapis du salon, le toit descend, se rapprochant dangereusement de sa tête...

Elle n'a plus le choix, Marge doit se trouver une autre demeure...

Marge est le rocher sur lequel les bateaux ivres viennent se fracasser la coque... Non pas un roc immobile, mais fuyant... dont les pierres arrachées prennent le large, descendent les fleuves, flânent à l'infinir...

Les fleuves m'ont laissé descendre où je ne sais. Et je restais, ainsi qu'un homme à genoux... A attendre, toutes les couleurs des voyelles... Et je découvrais, les beautés des imbroglios,

(46)

À la Claire fontaine, M'en allant promener, J'ai trouvé la marge si belle, Que je m'y suis enfargée.

Il y a longtemps que je chute, Jamais je ne t'oublierai.

Sous les feuilles d'un poème, Je me suis fait sécher.

Sur la plus haute branche, Un corbeau m'attendait.

Il y a longtemps que je tombe, Jamais je ne m'arrêterai.

Chante corbeau, chante, Toi qui a le cœur gris. Tu as le cœur à pleurer, Moi j'ai le cœur à rire.

Il y a longtemps que je chute, Jamais je ne t'oublierai.

J'ai perdu mon âme, Sans l'avoir mérité.

Pour un bouquet de proses, Que je lui refusais.

(47)

Il y a longtemps que je tombe, Jamais je ne m'arrêterai.

Je voudrais que la prose Fût encore au gosier, Et que ma douce âme Fût encore là pour aimer.

Il y a longtemps que je chute, Jamais je ne t'oublierai.

Si longtemps que je tombe, Jamais je ne m'arrêterai.

Cet homme affirme qu'il n'y a plus de chemin, alors que cette femme l'accompagnant croyait... oui... elle croyait dur comme fer, qu'elle n'avait plus de pieds...

Un vent de folie entre dans l'oreille de cet homme et sort par l'autre... Aucun dommage, c'est dommage...

Décidément, cet homme semblait louche... Il avait l'air, mais pas la chanson...

Parfois Marge s'assoie confortablement dans un fauteuil, un stylo et des feuilles vierges à la main.

Alors, elle commence... Amélie, Annie, Andréa, Andréanne, Anastasie, Anna, Audrey... Béatrice, Blanche, B... Caria...

(48)

Elle ne sait pas non plus si on le lui a volé ou si elle l'a tout simplement égaré dans quelque recoin sombre d'une pièce... Le fait est qu'elle cherche son véritable nom, celui qui résonnera un tant soit peu en elle...

La voyant ainsi peiner sur son ouvrage, cette étrange liste, on peut en conclure que Marge ne l'a vraisemblablement pas encore trouvé...

le visage où j'ai mal

m'amène aux autres

Allez hop... Marge enfourche la montagne et part au galop traverser les fleuves qui descendent vers toi, avec l'automne pour simple bagage, et la beauté de ses rouges, verts et jaunes... la gorge rouge de trop de mots, les pieds encore verts, pas encore mûrs, et les rires

qui tirent souvent vers le jaune... c'est bien assez pour s'y rendre...

Se mettre le doigt dans l'œil, jusqu'au coude, pour ensuite se demander pourquoi on ne voit pas très bien...

En plus de faire tourner des ballons sur son nez, Marge jongle avec les mots... Elle vient à peine de recevoir « chute » et « coquelicot » sur la tête qu'elle recommence... Parce qu'elle n'est pas femme à se laisser décourager si facilement...

(49)

derrière ce petit mot le monde

comme un éléphant caché derrière un petit arbre

Marge est allée marcher en bordure du lac situé près de chez elle... Un mal de tête la tenaillait depuis l'aube... le besoin de s'énergiser s'imposait donc.

Lorsque Marge voit une table, elle devient cette table ; elle observe une chandelle brûlante, elle est dans la flamme ; elle dépose un peigne sur sa commode, elle est ce meuble ; regarde un collier de coquillages, de sa peau émane l'odeur de fruits de mer ; fixe un chat, de sa gorge s'échappe un miaulement ; un avion traverse le ciel, elle cherche le hublot ; tient un livre, sa peau devient rapidement rêche et sèche...

Parfois, elle se rend à la margelle des mots.

La plupart du temps, elle scrute seulement ce qui se trouve à proximité, c'est assez pour basculer.

Marge entre et sort de corps à cœur de journée. Le lac lui offre alors un repos inespéré.

Parfois, dans une position franchement désagréable, comme un orteil dans un avion et le nez dans un terrier de marmotte, Marge se demande comment parvenir à se sortir de là... Cependant, malgré l'effort centripète de l'esprit de Marge, elle arrive difficilement à rapatrier les différentes parties de son corps dispersées dans toute la ville...

(50)

Il faut voir Marge s'initier à l'art subtil de la ventriloquie... Pour la voix, ça pourrait toujours aller, ses lèvres ne remuent presque pas, vous voyez... Non, vraiment, ce qui cloche, c'est plutôt qu'elle s'empêtre inévitablement dans les fils de sa marionnette, elle finit par s'étrangler dans tout ce cordage, la voix coupée...

Elle voulait qu'il s'ouvre à elle. Il s'est ouvert les veines. Et la voilà qui trouve encore le moyen de chialer...

Une simple marge entre le rire et la larme.

Et je me retrouvai, avec cette plaie au front, miroir de celle que j'avais justement à la poitrine, à me demander comment se péter la tête sur un mur pouvait nous aider à reprendre nos esprits... Il faudrait pouvoir choisir son mur, un luxe que nous avons rarement...

Marge aménage confortablement sa solitude, rien ne semble manquer, les sofas moelleux, les boîtes de chocolats, tableaux de paysagistes, poufs pour pieds bourrus, montagnes de coussins, lumière tamisée pour yeux épuisés, bouteilles grisantes déposées un peu partout, guirlandes et pompons pour agrémenter, ajouter une touche festive, mais, après ces lourds travaux, immanquablement, le plancher cède, et c'est en vain que Marge tâche de se reposer parmi les bestioles grouillantes et le fouillis poussiéreux du sous-sol...

(51)

Ce mur, que l'on croyait indestructible, tel un château de cartes.

Telle une pierre tombée de l'arbre, Marge se dépoussière puis recommence à marcher, caillou clinquant qui va sur la route, concassant concassée...

Ce n'est pas la marge qui vient à toi, c'est toi qui viens à la marge, dès le verbe.

Cette écrivaine de renommée internationale affirme que l'énergie donnée par le rythme d'une phrase est loin d'être anodine, la moindre virgule modifie le monde tel ce battement d'aile de papillon dont on dit qu'il peut provoquer un cyclone à l'autre bout de la terre... Marge n'est pas aussi optimiste quant aux pouvoirs de la littérature, mais elle se risque néanmoins à déposer ce mot ici : « goglunichet »...

Elle entend dès lors une pauvre biche dégringoler d'une falaise...

Marge devait bien s'y attendre un peu... À manipuler goglunichet comme ça, le tripoter, le trimbaler partout, le barouetter à gauche et à droite, le tenir à bout de bras, le coller contre soi, le bardasser, le secouer, l'examiner, l'exposer partout, le trifouiller, le balancer à tort et à travers... Il ne savait plus sur quelle gogluche danser, il s'est vite déglingué... Le pauvre s'est vidé, a éclaté, a disparu, a pouffé, un simple pouf, puis plus rien...

(52)

Marge fait pousser les fleurs du tapis...

Elle les arrose chaque matin, murmure les mots d'encouragement habituels, fait l'épandage du fertilisant recommandé...

Ce matin, Marge s'est estropiée dans ses plates-bandes... C'est lundi, et les fleurs du tapis ont leur volonté propre.

Marge songe parfois sérieusement que la fée distribuant la cohérence s'est allègrement enfargée dans son berceau...

« La lourdeur est bien évidemment un problème... », soupire cette jolie nymphe aux bottes pleines de cailloux...

Un mot plus haut que l'autre risquerait de déstabiliser son équilibre précaire, attendons plutôt que Marge ait terminé la traversée de ce mince fil de fer avant de lui signaler qu'elle a oublié de mettre son pantalon...

tout au bout

de la sensation de n'y rien comprendre déboule le bouffon

(53)

Si Marge s'enfarge dans les souches et les hautes herbes, tombe tête baissée dans une forêt où il n'y a personne pour l'entendre jurer en s'affalant de tout son long, fera-t-elle du bruit en criant ton nom ?

Ce désert est affreusement douloureux, âpre et hostile.

Marge y chemine... la gorge brûlante, les pieds enflés de pas vains... avec tous ces oasis fuyant et bouillant à l'horizon... et tout ce poids, cette douleur sèche, cette terrible lourdeur...

Jusqu'à ce que Marge se résigne enfin à lâcher prise, à laisser tomber cette chaise longue, ce parasol, cette table à pique-nique portative et cet équipement de plongée...

Voilà... dorénavant, ça ira mieux... il le faut...

Dans un moment de lucidité, Marge a balancé sa tête par la fenêtre... On demanderait à celui ou celle qui la détient de bien vouloir la lui rapporter, merci...

Sous le pseudonyme de Fat Joe, Marge a tenté d'enregistrer le vidéoclip de sa dernière composition rap, "I scare myself, une ode à l'éclatement en mi... Malheureusement, elle s'est estropiée dans le bling-bling... Et tout le projet a avorté...

Quand Marge met le doigt sur quelque chose, son avant-bras s'y enfonce aussitôt... Puis l'épaule, le tronc, les jambes, les pieds... C'est en vain, qu'elle tâche de garder sa tête hors de là... Trop tard, elle est avalée...

(54)

Marge se demande si la vue en vaut la chute d'être la dernière carte d'un château.

un verbe qui dort du matin au soir un verbe qui ronfle

Marge marche à côté d'une joie qui n'est pas à moi... Exultante, elle cueille les fleurs de tapis pour s'en faire un bouquet baroque, accroche un carré de sable au coin de son œil et une balançoire au bout de son nez, s'enfarge gaiement dans les fissures de la route avec tout son barda, et passe le reste de son après-midi aux soins intensifs pendant que je m'inquiète de son sort...

De cheval, du trottoir, en bas de l'escalier, de bateau, de vélo, de sa chaise, Marge bascule constamment, depuis que Marge a appris que l'on peut ajouter autant de zéros que l'on veut au chiffre que l'on veut... Ça dépasse l'entendement...

Après la chute, Marge a réfléchi longuement...

Elle a finalement choisi la naïveté et le rire, et cet émerveillement par choix nécessite une grande concentration, exige une gymnastique mentale de tous les instants... on peut basculer.

(55)

Devant le miroir : « Ça passe ou ça casse... »

Et je me retrouvai, trempée sous la pluie, plus que battante, combattante, à douter des nuages, encore, malgré le goût connu des gouttelettes, des armes plein les mains, la tête éclatée au sol, à ne plus savoir où décocher les rires, tirant à l'aveuglette...

(56)
(57)

Une tête, deux têtes, trois têtes, Mario... Comment veux-tu ma Marge, ma Marge, comment veux-tu ma Marge chanter.

se monter

une tête deux têtes trois têtes avortées

et recommencer

Ma Marge a perdu sa tête. Oh ! Ma Marge a perdu sa tête. Oh ! Une tête, deux têtes, trois têtes, Mario...

Comment veux-tu ma Marge, ma Marge, comment veux-tu ma Marge chanter.

se faire la mort puis se rapailler dans la marge

C'est souvent le soir que la chose se produit.

Après avoir pris une douche chaude, Marge enfile son peignoir puis s'étend sur son lit. Le plafond recule... Elle s'assoit... Alors, le mur qui lui fait face recule aussi. Elle se lève, tâche de s'approcher... le mur s'éloigne de plus belle... Marge tend la main... même chose... avance... recule... avance, recule... avance, recule... fichu manège qui n'arrête jamais... Épuisée, elle finit par se coucher, apparemment vaincue. Maudit horizon...

(58)

La nervosité sait faire bien des choses...

Certains se rongent les sangs ou les ongles... Les sangs, c'est salissant, les ongles, c'est commun... D'autres, comme Marge, mordillent la petite peau située à l'intérieur de leurs joues... Autophagie dont Marge a enfin percé le secret : c'est pour creuser des trous afin de

laisser les mots aller jouer dehors...

Marge se penche et découvre « vie » sous le tapis, « taloche » sous un coussin, beauté dans un tiroir, phlébite sous la table, étoile collée à l'abat-jour, nain sous le lit, mur sous le divan, goglunichet sur le rebord d'une fenêtre, chute dans le frigo... des mots, partout, cachés... éparpillés dans la maison... des nouveaux, des vieux... à débusquer, chaque jour...

au-delà de ce petit mot le monde

comme un obèse derrière un arbre chétif

Quand le toit coule, ce n'est pas le moment de cirer le plancher.

Lorsque les oreilles de Marge se mettent à siler, comme en cet instant, sorte de vent assourdissant, inconfortable, s'engouffrant dans sa tête, elle se dit, à chaque fois, que quelqu'un a une pensée pour elle...

(59)

Sur ce fou rire, cette marge indestructible, je bâtirai mon Église.

paix de plaines vides je faim de toi

plaie de toi je marge à toi

avalée par ton vacarme

Un jour, dans sa phase du non, Marge a refusé d'aller dormir. Elle est donc éveillée depuis tout ce temps.

Et elle pense à vous.

Marge est allée à la Claire Fontaine, elle y a trouvé l'eau si belle qu'elle s'y est baignée... Du moins, c'est ce qu'elle aurait bien voulu, mais elle ne connaissait pas le portier... Et le type à l'entrée voulait lui faire payer cher l'entrée...

Elle reste donc sur le seuil et passe son temps avec vous en attendant...

Arriver à jouer d'un instrument de musique, n'importe lequel, disons la flûte à bec ou traversière, serait une activité, disons-le, franchement épanouissante pour Marge...

(60)

Elle reprend donc le crayon et gratte le papier...

Marge se demande pourquoi appeler un chat un chat quand on peut l'appeler mammouth, tigre, lynx, panthère, cougar, lion, minou, sphinx, maison, rat, achigan, spleen, castel, chouette, dynamite, dromadaire, belette, carotte, lutin, flanelle, golem, pitre, roman, râteau, alouette...

Marge aime à écraser sous la plante de ses pieds nus le filage tout entortillé du téléphone, cela lui procure un léger sentiment d'euphorie lorsqu'elle discute avec vous...

Si la vie m'avait donné des pieds, je pilerais. Si la vie m'avait donné une bouche, je boucherais. Si la vie m'avait donné des épaules, j'épaulerais, un dos, je doserais, des talons, je talonnerais, des aisselles, j'essayerais, des joues, je jouerais, une langue, je languirais, des paumes, je paumerais, de l'air, j'errerais, des bras, je brasserais, un cou, je coulerais, des lèvres, je lèverais, une voix, je voilerais, des dents, je dentellerais, des ongles, je jonglerais, un sol, je solerais, un ciel, je cielerais, un ventre, j'éventerais, un foie, je foirerais, des seins, je scènerais, des hanches, j'hacherais, une luette, je lutterais, des mollets, je molesterais, des cuisses, je cuirasserais, des fesses, je fesserais, une larme, j'armerais, des mains, je mènerais, un dedans, j'y danserais, des yeux, je yeuterais, une maison, je fenêtrerais... un front, je déposerais sur la vitre... et le verbe, je concasserais...

(61)

fenêtres aussi...

L'autre jour, l'imprudente a ouvert toute grande une fenêtre inconnue de sa demeure... La fenêtre a avalé sa maison...

Depuis ce temps, Marge couche dehors...

Marge ne savait plus quoi faire, quoi dire, où lancer son corps paniqué... Tout autour d'elle ne lui apparaissait que chaos, pleurs d'enfants et cris de bêtes apeurées... Elle courait en tous sens, à bout de souffle, cherchant une issue...

Mais on ne s'échappe pas si facilement d'une foire agricole.

Marge répond à la chute avec un rire, le rire du basculement, du chavirement dans le langage, parce qu'il y a le plaisir de l'incertitude, la joie du doute, qui vient de notre bouffon, partagée par notre fou, qui s'éclate alors que l'on tourbillonne dans les mots...

Marge a réussi à faire de la minute avant l'éveil la loi de ses journées, tout peut donc lui arriver...

Lorsqu'il s'agit de sécurité, Marge ne fait ni une ni deux et ferme à clef les livres les plus dangereux : Pride and Prejudice, La Comédie humaine et la saga Harry Potter...

(62)

Bonne idée = travailleur autonome Mauvaise idée = fossoyeur autonome

Marge pense qu'ouvrir son cœur c'est comme parvenir à véritablement voir ses fesses (oui, convenablement) dans un miroir... On ne peut y parvenir que par la bande... Alors, on dirait bien qu'elle tient un journal...

Habituellement, Marge refuse d'entrer dans un cœur par la porte arrière... Pour cette fois-ci, cependant, elle fera une exception, la porte avant étant barrée...

Brûler la chandelle par les deux bouts est d'un commun aujourd'hui... Marge la brûle au milieu, et réalise que ce procédé la scinde en deux bouts, elle n'est pas plus avancée... Elle laisse tomber la chandelle et allume la lampe...

Il y a toujours un plan B...

Le conseil de Marge :

En cas de doute, appuyez sur tous les boutons.

Après, on ne pourra pas vous reprocher votre inaction.

Marge appuie sur tous les boutons.

(63)

Marge est de celles qui se mettent le doigt dans le fond de la gorge quand le mal de cœur se fait sentir... pour accélérer les choses...

Pour ensuite se plaindre que tout passe trop vite...

Si nous ne pouvons obtenir une description physique de Marge que partielle, c'est qu'elle ne possède pas de miroir chez elle... miroir devant lequel elle pourrait évidemment faire une merveilleuse halte réaliste et décrire ses cheveux noirs en broussaille du matin...

Le miroir de Marge est dehors, et elle compte bien parvenir à le trouver.

Marge cueille des marguerites, gambade nonchalamment dans les prés, le cœur léger malgré des cailloux plein les sandales, elle chantonne des airs familiers, pour enfin réaliser que ce qui papillote dans sa petite main n'est pas un bouquet de fleurs, mais un joli livre aux ailes de papier...

Le verbe leste, Marge a la maladresse de s'arrêter à chaque pas pour juger de la distance parcourue... Elle reste alors surprise, à chaque fois qu'elle se retourne, d'apercevoir ce mur qui persiste à la suivre, où qu'elle aille... Le drame de la marge réside dans cette incapacité à rebrousser chemin... qui fait perdre le compte... la margitude de tous...

Le sol le vide le mur et la marge

(64)

rire...

Cette bouilloire. Cette tête. Et ce pied... Ça y est... cette bouilloire comme soulier...

La situation intenable, la rupture, les fils qui se touchent, le court-circuit libérateur, follement gratuit... le rire.

Marge aux douanes :

- Avez-vous quelque chose à déclarer ?

- Oui, deux dépressions et un choc post-traumatique dans mon bagage à main.

Ils en auront pour l'après-midi...

Ce matin, Marge n'a pas guidé un vieillard sur le chemin de Compostelle, ni acheté un condo en Mongolie, elle n'a pas traversé les douanes complètement saoule, non, ce matin, elle n'a pas discuté avec Sancho Panza, ni nourrit un phoque à capuchon surexcité, elle n'a pas mangé une banane avec la pelure, récité les sanglots longs des violons de l'automne dans une rue déserte, accouché de jumeaux, dompté le torréador, recensé puis baptisé tous les écureuils du quartier, et maintenant que toutes ces choses ne sont pas faites, elle peut enfin vaquer à ses occupations quotidiennes...

(65)

du marronnier...

Ce matin, comme à tous les matins, Marge a avalé trop d'eau avec la pilule, et ça déborde

joyeusement-Bien qu'il fasse en-dessous de 100 celcius, Marge porte son bikini. Elle est prévenante, on ne sait jamais quand la vague va frapper...

Marge a attendu ce moment toute sa vie, celui où elle ouvrira toute grande cette pièce de sa maison, chambre dans laquelle elle entrepose douillettement le silence... Marge l'ouvre alors avec fracas, avec ce rire qui lui est propre, oui, absolument, y changer l'air...

Elle a passé les deux derniers jours dans une clinique de repos, où un motivateur poursuivait Marge partout en la sommant de se détendre... À voir sa mine ce matin, elle aurait vraisemblablement besoin de deux jours de repos pour s'en remettre...

Nous ne sommes pas assez reconnaissants envers nos pieds, que nous regardons de haut, sans considérer tout ce qu'ils supportent en notre nom...

Marge sait qu'elle ne peut avoir à la fois le beurre et l'argent du beurre... alors elle achète de la margarine...

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Ce matin, Marge ose comparer des pommes avec des oranges... Avouons-le, après avoir ingurgité un sac entier de chaque espèce, elle se fiche pas mal de la différence...

On dira bien ce que l'on voudra, il reste que Marge a beaucoup plus de facilité à calibrer son enthousiasme qu'à calibrer ce tracteur à gazon...

lâcher prise laisser l'enfant partir un instant

Marge observe la transsubstanciation du Bouffon, dans le rire et la larme.

« J'accueille et je gère... », murmure Marge en prenant une grande inspiration, assise sur le carrelage froid de la cuisine, la plante du pied droit sur son front et les deux coudes dans le dos « ...la douleur »...

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Marge a développé des compétences transversales... comme l'autodérision, l'alcoolisme et les obsessions compulsions (pour ne nommer que celles-ci). Je lui ai toutefois vivement déconseillé d'inclure ces compétences dans son CV.

Oh, Marge, comme vous avez de grandes dents. C'est pour mieux m'épivarder, mon enfant...

Un conseil de Marge contre la nausée : une bonne tisane aux racines de marronnier.

L'orage ne dure pas toute la journée, dit le proverbe chinois, mais les dégâts infligés à la demeure si, de rétorquer la narratrice...

Mieux vaut en rire aux larmes que d'en pleurer.

Marge a participé à un tournoi de pétanque full contact au terrain de camping près de chez elle... Résultat : une défaite, des nouveaux amis aux cheveux gris, bien des fous rires et trois descentes de vessie...

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Marge joue du calmar comme de la cornemuse.

Elle en déduit qu'être musicien est un métier fort salissant.

Marge a joué au mini-put près de chez elle... Résultat : un pointage de 100, des rires aux larmes et 4 arbustes qui ne s'en remettront jamais...

Marge s'est initiée à l'art raffiné de déguster du homard... Une première fois improvisée et mémorable... Elle avait en sa possession un marteau, une pince de jobber et un pic à fondue... Inutile de mentionner qu'elle a des plaies plein les mains, et que son narrateur a bien ri d'elle...

On a beau être une excellente guerrière, arrivée au bureau, la compétence perd de sa pertinence...

L'été à nos portes, on voit Marge peiner sur ce râteau, la sueur au front, les oreilles rouges, le souffle court...

Oserons-nous lui dire que ce n'est pas le meilleur outil pour ouvrir cette canne de limonade rose congelée...

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C'est une femme très discrète.

Marge est tellement alcoolique qu'elle se rince la bouche avec de la crème de menthe verte.

Marge prit son courage à deux mains et cette bouteille de Tequila.

Marge se promène nonchalamment, rencontre une fleur bleue. Elle ose lui demander : « Pourquoi ? »

Sa réponse la laisse perplexe...

Si Marge n'a pas opté pour la folie, c'est qu'elle a jeté son dévolu sur la vie et la croissance personnelle...

Pour parvenir à ses fins, elle s'entoure donc de toutes sortes de plantes, de fleurs et d'eau fraîche, et tâche de se raconter des histoires pour pousser plus vite...

Dorénavant, Marge sait comment calmer son angoisse... Elle cache ses nerfs dans des pots de fleurs. Elle espère qu'ils fleuriront d'ici peu...

Marge aimerait bien tourner la fleur dans la plaie, mais ne sait pas comment s'y prendre. En attendant, elle se laisse manger la haine sur le dos...

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Le conseil de Marge :

Bonne idée = composer une chanson

Mauvaise idée = composer une chanson sur le blé d'inde

Rapailler les morceaux en commençant par les bords, comme un casse-tête... Cependant qu'elle est toute faite de courbes cette jeune femme...

Marge a nommé sa chouette de compagnie Archimède.

Elle tâche de lui faire prononcer des mots usuels comme son nom, « Bonjour », « Allô toi », « phlébite subite », « Que le diable vous patafiole ! »...

Jusqu'à maintenant, tout va bien... Marge apprend très vite...

Il y a de simples vérités.

Un véritable ami ou un collègue de bureau qui vous respecte ne vous laissera jamais partir sans vous avouer que vous avez du persil entre les dents...

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sol, qu'elle décide d'aller lui porter au moins dix dollars pour tout ce qu'elle a pu inhaler pendant la fin de semaine...

Marge souffre d'une dyslexie des températures... Il lui arrive souvent de souffler sur sa crème glacée avant de la manger...

Au restaurant du coin, Marge observe un jeune couple...

Ils iraient si bien ensemble... Si ce n'était de ce cadavre toujours inséré entre eux deux, ombre qui les pourchasse et qui dévore les meilleurs morceaux...

Quand Marge est troublée, elle verse dans l'humour. Le monde est troublant...

Marge avait perdu son humour, pour ne le retrouver que ce matin, dans le premier tiroir de sa commode, conversant allègrement avec deux bas de nylon...

Dix choses que Marge n'a jamais faites : Photocopier la Bible

Pratiquer la défenestration

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Laisser un aspic lui piquer le sein

Dessiner un calinours nazi (ou nazinours)

Chuter d'un arbre en ne conservant aucune séquelle

S'appeler, elle-même, à l'intercom d'une compagnie internationale Une liste des dix choses que Marge n'a jamais faites

Marge parle couramment plusieurs langues dont le html.

Elle doit cependant admettre que cette dernière est fort laborieuse à prononcer.

Et c'est ainsi que l'on me retrouva, pantoise, ahurie, à mon bureau, ce cartable sur la tête et ce crayon dans le nez, à me dire que, oui, la corde au cou, mais la corde à danser...

Marge veut se donner les moyens, et tant qu'à y être, les petits et les gros aussi..

Si Eve fut engendrée d'une aile de poulet, Marge, elle, est née d'un singulier affrontement avec le bout du nez de Crab...

l'enfant creuse la pâte à modeler

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