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Université Panthéon-Assas
Institut Français de Presse (IFP)
Mémoire de Master (Médias et mondialisation)
dirigé par Arnaud Mercier
Les contestations sur Weibo : la prise
de parole des internautes chinois
LIU Yang
Sous la direction d’Arnaud Mercier
LIU Yang| Mémoire de master | septembre 2016
Avertissement
La Faculté n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans ce mémoire ; ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur.
Résumé :
Sina Weibo, réseau social et outil de microblogage chinois géré par Sina Corporation, est devenu populaire en Chine en raison de ses fonctionnalités diverses et de la mise à jour rapide des informations. Avec le développement de Weibo, les internaut es chinois l’utilisent de plus en plus pour exprimer leur point de vue ou pour manifester leur mécontentement. Ces dernières années, plusieurs affaires importantes ont d’abord explosé sur Weibo, avant d’être relayées par les médias audiovisuels et la presse écrite. En comparaison avec les formes traditionnelles de mouvements sociaux, ces contestations en ligne sont douées de certaines spécificités qui facilitent le processus de prolifération. Par conséquent, le nombre de participants peut être énorme et la vitesse d’agrégation est parfois étonnante. Néanmoins, dans le contexte autoritaire de la Chine, la censure imposée par l’État et l’autocensure des internautes empêchent souvent le développement de ces affaires. C’est pourquoi les contestations, sur Weibo, sont le plus souvent des « connective actions » au lieu de « collective actions ». Dans notre travail, nous nous interrogeons sur les modes de contestation des internautes chinois et leurs interactions en ligne. Une collection des messages publiés sur Weibo pendant l’affaire des vaccins et une enquête en ligne auprès de plus de 200 internautes chinois sont ainsi effectuées, qui nous permettent d’observer les activités des internautes sous deux angles différents : l’expression dans les microblogs concernant une grande affaire et les habitudes de contestation dans la vie quotidienne. Après l’analyse de ces deux types de contestation, nous essaierons de voir leur conséquence possible : la formation d’une « culture de contestation » sur les réseaux sociaux chinois.
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016
Table des matières
Introduction ... 6
Partie 1 : Les « connective actions » et les « collective actions » sur Weibo ... 12
Partie 2 : L’affaire des vaccins et les contestations ... 33
Partie 3 : Les contestations dans les usages ordinaires ... 66
Conclusion ... 95
Bibliographie ... 98
Sources ... 104
Corpus ... 105
Introduction
Kai-fu Lee, ancien CEO de Google China, a ouvert son compte Weibo en août 2009, au moment où le Sina Weibo commençait le test alpha. Son premier microblog était : féliciter le lancement de Sina Weibo. Aujourd’hui, il a 49,94 millions d’abonnés sur Weibo et a écrit un livre intitulé « Le microblogging change tout ». Il est vrai que le « twitter chinois » a changé la façon de s’exprimer des internautes, ainsi que le processus de propagation de l’information, mais a-t-il vraiment « tout » changé ? D’abord, force est de constater que la plateforme de microblogage Sina Weibo a connu un développement très rapide. En 2013, le nombre d’inscrits a dépassé les 500 millions. En 2015, le nombre d’utilisateurs actifs n’a pas cessé d’augmenter, pour atteindre 222 millions. A la différence des médias traditionnels, la vitesse de diffusion et le caractère horizontal des échanges permettent aux utilisateurs de Weibo de s’exprimer plus librement sur Internet.
Au moment des émeutes au Xinjiang en juillet 2009, plus d’une cinquantaine de forums Internet et de plateformes de discussion ont été fermés, parmi lesquels de nombreux réseaux sociaux comme Twitter, Facebook et Youtube. Le directeur général du Sina a profité de cette occasion pour lancer un nouveau site de microblogage : Sina Weibo. En réalité, le pionnier du microblogage chinois est un site appelé Fanfou, qui a été lui aussi fermé après l’explosion des émeutes. De 2005 à 2009, de multiples médias sociaux domestiques ont émergé : le réseau social Renren (avec des fonctionnalités proches de Facebook), le service de microblogage Sina Weibo, le service de partage de vidéo Youku, etc. Aujourd’hui, Sina n’est pas le seul opérateur offrant un service de microblogage : Tencent (l’opérateur de Wechat) maintient aussi ce genre de service. Cependant, Sina Weibo reste le leader dans ce domaine. Parmi les 688 millions d’internautes chinois1
(cette statistique date de décembre 2015), presque un tiers (222 millions) possède un compte sur Sina Weibo et
1 Le chiffre vient du 37e rapport de statistique sur le développement d’ Internet en Chine (en anglais : 37th Statistical Report
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 publie au moins un microblog chaque mois. Étant une forme de réseau social numérique, Weibo permet aux utilisateurs de diffuser des messages courts (140 caractères maximum pour les utilisateurs normaux) qui s’adressent à leurs abonnés et qui assurent la mise à jour et la communication de leurs activités, opinions ou situations. Dans les parties suivantes, afin d’être plus clair, nous utiliserons le mot Weibo pour désigner Sina Weibo.
Néanmoins, cette plateforme n’a pas changé les habitudes de tous, parce qu’elle n’est pas accessible par tout le monde. Selon le rapport officiel des utilisateurs qui a été publié par Sina en 2015, les jeunes de 17 à 33 ans sont les utilisateurs principaux de Weibo (83%). De plus, le réseau est limité de façon non négligeable par les censures imposées par l’État. Les contenus publiés sur Internet courent le risque d’être effacés et les comptes d’utilisateurs peuvent être surveillés ou bloqués par les administrateurs de Weibo. Une équipe de contrôleurs travaille sans cesse pour maintenir une surveillance et peut bloquer les adresses IP, supprimer les publications ou fermer les comptes des utilisateurs.
En comparaison avec Twitter, Weibo possède ses propres caractéristiques. D’une part, le design de la page web et de l’application, les fonctionnalités et la façon de visionner Weibo ne sont pas les mêmes que sur Twitter. Ces discordances engendrent ainsi des mécanismes d’interaction différents. D’autre part, dans le contexte chinois, nous pouvons souvent constater des contraintes imposées par le gouvernement ainsi que par les internautes eux-mêmes. Il est donc nécessaire d’éclairer les spécificités et les contraintes de Weibo en début de première partie.
Ensuite, même si nous ne pouvons pas dire que Weibo a tout changé au sens strict , de nombreux débats concernant les injustices sociales, la corruption et d’autres problèmes se sont répandus sur les réseaux et certains d’entre eux ont conduit à d’importants changements. Au cours des dernières années, plusieurs affaires ont éclaté sur ce réseau social et certaines d’entre elles ont poussé des réformes administratives, ou au moins suscitent des polémiques sur certains systèmes. Parfois, les autorités ou le gouvernement chinois sont obligés de céder à la pression de l’opinion publique. Le rôle joué par Sina Weibo dans les affaires suivantes est très significatif : l’affaire Guo Mei mei (2011) et la réflexion sur le système de la croix rouge, l’affaire Luxingyu et la polémique sur les projets chinois Hope en Afrique (2011), l’accident ferroviaire à Wenzhou et les mensonges du gouvernement
dénoncés sur les réseaux sociaux chinois, le débat sur la pénalité et la condamnation à la peine de mort pour les criminels responsables du trafic d'enfants (2015), etc.
Ce genre d’affaires nous rappelle des évolutions de grande échelle sur la scène internationale, dans lesquelles les réseaux sociaux ont joué un rôle essentiel : les manifestations en Iran en 2009, la révolte du monde arabe au début de l’année 2011, etc. La force des réseaux sociaux numériques est particulièrement visible dans ces évolutions et le militantisme sur le Web est devenu un objet de recherche très important dans de nombreux de pays. Dominique Cardon et Fabien Granjon donnent un nouveau nom à ce genre de mobilisation : le « médiactivisme ». Ils désignent par ce mot les mobilisations sociales progressistes qui orientent leur action collective vers la critique des médias dominants ou la mise en œuvre de dispositifs alternatifs de production d’information. Cependant, dans le contexte autoritaire extrêmement compliqué de la Chine, les organisations qui n’ont pas une relation avec le parti communiste ont un pouvoir assez limité et les actions collectives sont strictement contrôlées et canalisées par l’État. Il en résulte que nous ne voyons pas la présence des organisations formelles ni des engagements préalables des internautes dans un grand nombre des actions menées en ligne. Dans ces circonstances, nous ne pouvons pas parler d’actions collectives. Il est plus légitime de les nommer « actions connectives », une notion proposée par les chercheurs américains W. Lance Bennett et Alexandra Segerberg et sur laquelle nous nous focaliserons à la fin de la première partie.
En plus des théories générales des réseaux sociaux numériques et des actions collectives, il existe déjà des travaux scientifiques qui étudient spécifiquement l’Internet et les réseaux sociaux en Chine. Pour Christopher R. Hughes, le régime chinois a toujours les moyens de contrôler et manipuler les données à des fins politiques et l’Internet ne démocratisera pas la Chine. Néanmoins, ce point de vue n’est pas partagé par tous les chercheurs. Certains pensent en effet que les relations entre les autorités et les internautes ne sont pas si simples. Yang Guobin a proposé le nouveau terme de « multi-interactionnisme » pour désigner les interactions complexes et conflictuelles entre les acteurs multiples sur Internet, y compris les autorités (à leurs différents niveaux hiérarchiques), les journalistes et les divers types d’internautes. Selon Feng Aili, quand nous parlons de médias et d’opinion publique, il ne s’agit pas d’une objectivation scientifique, mais d’une fiction socialement utile. Les médias exercent un rôle crucial dans l’élaboration de cette fiction, soit
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 directement (les journalistes) soit indirectement (comme relais d e stratégies de communication politique).
Ces recherches nous offrent de bonnes pistes de réflexion, mais peu d’attention a été portée au développement d’une affaire précise et à la façon dont s’expriment les internautes dans un contexte défini. Par conséquent, dans la deuxième partie, nous choisissons d’étudier l’affaire des vaccins périmés, qui a suscité beaucoup de polémiques et de protestations en ligne au mois de mars 2016, afin d’observer les réclamations en ligne et les stratégies de contournement m ises en place par les utilisateurs de Weibo.
Afin d’analyser les discours des internautes concernant l’affaire des vaccins périmés, nous avons récupéré un échantillon des microblogs publiés au cours des dix jours pendant lesquels les protestations ont été les plus nombreuses. La collecte est d’abord celle effectuée par Gooseeker, un logiciel spécialisé dans le recueil d’informations en ligne qui possède des fonctions développées particulièrement pour Weibo. Ensuite, nous avons décidé de réaliser un prélèvement aléatoire des messages collectionnés et de les classer en différentes catégories, en tenant compte du nombre énorme des microblogs. Cette méthode nous permet d’obtenir un aperçu significatif du corpus total. Enfin, certains messages sont traduits et présentés comme des exemples dans notre travail, qui montrent plus directement les pensées et les façons de s’exprimer des internautes.
En 2006 et 2007, Séverine Arsène, chercheuse française et spécialiste dans le domaine d’Internet et de la politique en Chine, a effectué des entretiens avec une cinquantaine de pékinois. Elle s’intéresse aux motifs et aux grammaires de prise de parole, d’indignation et, le cas échéant, de mobilisation. Ses études montrent que, lorsque les internautes défendent leur cause sur Internet, ils reprennent souvent le discours officiel à leur propre compte et affichent parfois leur soutien au régime. Et nous pouvons aussi voir que les réseaux sociaux ou les autres outils de publication servent à défendre des causes de toutes natures, parfois très éloignées de la promotion de la démocratie. Par conséquent, la chercheuse considère que nous devons prendre acte de la complexité du processus de formation de l’opinion publique et essayer de considérer ses différentes dimensions.
Inspirés par ses recherches, nous avons décidé de lancer un questionnaire en ligne destiné aux utilisateurs de Weibo, en posant des questions concernant les habitudes d’usage, la participation à la discussion en ligne et la perception des censures. Les
résultats seront présentés dans la troisième partie sous forme de textes, de tableaux et de graphiques. Les raisons qui ont conduit à l’élaboration d’un questionnaire en ligne sont les suivantes : d’abord, les internautes chinois sont assez sensibles aux questions de censure et il est probable qu’ils ne diraient pas ce qu’ils pensent vraiment dans le cadre d’entretiens en face-à-face, de peur de subir les mesures punitives de l’État. Deuxièmement, le questionnaire anonyme en ligne nous permet d’atteindre des utilisateurs d’âges différents, dans différentes villes de Chine, et dont les profils et les expériences sont assez différents. Enfin, comme le temps pour répondre à un questionnaire est beaucoup plus court que le temps consacré à un entretien, nous pouvons rassembler plus de résultats et acquérir des points de vue divers.
Il est évident qu’il existe des limites à notre méthode d’enquête. Elle ne nous permet pas d’interroger chaque personne de façon approfondie et l’échantillon peut être biaisé si nous ne faisons pas d’effort pour trouver une sorte d’équilibre. Néanmoins, ce qui importe pour nous n’est pas les différents usages de Weibo selon l’âge ou le sexe des internautes, mais comment ils s’expriment et participent aux contestations en ligne. Par conséquent, la diversité des profils des internautes n’est pas une condition indispensable à notre enquête. De plus, nous observerons de façon détaillée la prise de parole des internautes dans la deuxième partie et les résultats du questionnaire, dans la partie suivante, représenteront un complément qui nous aidera à mieux comprendre la culture de participation et la logique d’action des internautes.
Enfin, dans les dernières pages de notre étude, nous nous focaliserons sur le développement possible de ces contestations. Nous essaierons de déterminer leurs causes, leurs diverses cibles et la façon dont les internautes prennent la parole pour atteindre ces cibles. Sachant que le gouvernement ou les institutions ne réagissent pas à toutes les sortes de protestation en ligne, si les internautes ont réussi à faire réagir certains départements concernés, il existe sûrement des raisons spécifiques. De plus, il est possible que nous découvrions une certaine régularité dans le développement des contestations sur Weibo, qui n’est pas nécessairement semblable aux mouvements sociaux hors ligne, ni aux mobilisations informationnelles qui émergent sur Facebook ou Twitter.
Notre étude ne vise pas à prouver la puissance des réseaux sociaux chinois dans le contexte autoritaire où des gens n’y croient pas. Notre objectif et notre problématique centrale est de montrer comment les internautes chinois s’expriment et contestent quotidiennement sur Weibo. Même s’il est juste de dire qu’un grand nombre de
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 mobilisations sont étouffées dès leur apparition à cause du contrôle étatique, on ne peut nier qu’il existe également une grande diversité de contestations qui émergent en ligne chaque jour, n’acquièrent pas toujours une grande visibilité, mais ne sont pas insignifiantes pour autant. Il est tout à fait intéressant d’observer les issues possibles de ces contestations et les changements qu’elles impliquent dans la vie quotidienne des internautes chinois.
Partie 1 : Les « connective actions » et les « collective
actions » sur Weibo
1.1 Weibo : équivalent de Twitter ?
Quand nous présentons Weibo à des personnes qui ne connaissent pas son existence, ou qui le connaissent très peu, nous parlons souvent de « Twitter chinois » pour mieux en expliquer les fonctionnalités. Il faut avouer que les pionniers de We ibo en Chine ont imité le modèle de Twitter en fondant leur propre site, mais ils ont aussi changé certains éléments pour que les sites s’adaptent aux goûts des internautes chinois. Par ailleurs, au cours des dernières années, les renouvellements de Weibo l’ont rendu plus populaire et il est devenu une plateforme assez particulière, nourrissant de nombreux débats publics. Nous allons donc évoquer les spécificités de Weibo sous plusieurs aspects.
L’interface de Weibo
Sur la page d’accueil de Weibo, nous pouvons voir le fil d’actualité au milieu, des groupes d’abonnement de l’utilisateur à gauche et le profil de l’utilisateur, les sujets les plus populaires, les recommandations avec des publicités à droite. La composition de cette page ressemble beaucoup à celle de Twitter, mais il existe des différences. Si nous ouvrons notre page d’accueil sur Twitter, nous pouvons voir des articles, des images et de simples phrases dans le fil d’actualité. Les tweets comprennent une ou plusieurs photos et les tweets comportant des liens vers une vidéo ou un article occupent presque la même place dans la page. Cependant, sur Weibo, nous constatons que les publications avec plusieurs images occupent plus de place que les publications qui comprennent seulement une image ou quelq ues phrases. C’est pourquoi beaucoup de comptes populaires sur Weibo publient toujours des messages avec neuf images (le nombre maximum) pour attirer l’attention des lecteurs.
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 Il faut aussi noter que lorsqu’une personne à qui l’on est abonné a retweeté u ne publication sur Twitter, une petite ligne en gris au-dessus de cette publication indique le nom de la personne. Le contenu n’est pas nécessairement montré de la même façon que dans les tweets originaux : si un tweet a été retweeté plusieurs fois, l’image ou le lien qui y apparaît n’a pas la même taille que dans l’original. Par exemple, dans le tweet ci-dessous, nous pouvons voir les mots « France Diplomatie a retweeté » en petite taille dans la première ligne et le commentaire de Catherine Feuillet au -dessous de cette ligne. L’image publiée par la Twiplomacy a été réduite et nous ne pouvons pas cliquer directement sur le lien, à moins d’ouvrir le tweet original. Seul le nombre de « retweets » et de « j’aime » du tweet de Catherine Feuillet est visible.
Capture d’écran 1 : le tweet de Catherine Feuillet
Néanmoins, sur la page d’accueil de Weibo, les microblogs retweetés sont montrés d’une autre façon : le contenu original est imbriqué dans la nouvelle publication, au-dessus de laquelle le portrait et le nom de la personne qui retweete sont plus explicitement inscrits. Par exemple, nous pouvons voir que le microblog ci -dessus concernant les rencontres entre les universités françaises et les étudiants chinois (organisées par l’alliance française à Pékin et le site France Culture) a d’abord été publié par le chanteur chinois Shang Wenjie (@尚雯婕), il a ensuite été retweeté par France Culture (@法国文化), qui a ajouté une phrase pour promouvoir les activités. Enfin, il a été retweeté encore une fois par l’ambassade de France en Chine (@法国 驻华使馆), qui a également ajouté une phrase de promotion : « ne ratez pas la chance ! ». Il est évident que les règles d’affichage de Weibo sont différentes de celles de Twitter : les deux phrases ajoutées par les deux comptes sont séparées par la signe
« //», le nombre de « retweets » et de « j’aime » du tweet original et du dernier tweet sont tous montrés et nous pouvons aussi cliquer directement sur les images et les liens publiés dans le tweet original.
Capture d’écran 2 : le microblog de l’ambassade de France en Chine
De plus, si un microblog est aimé par quelqu’un que vous avez suivi, il est aussi montré dans votre fil d’actualité sur Weibo. Par conséquent, nous pouvons observer que les informations du tweet original sont mieux conservées sur Weibo, quand il a été retweeté plusieurs fois. Cependant, l’inconvénient est que nous voyons souvent trop d’informations sur la page d’accueil, puisque toutes les images, les liens, les informations des microblogs originaux et des comptes qui les ont partagés apparaissent sous nos yeux. Par conséquent, les microblogs qui comprennent seulement des phrases peuvent facilement être ignorés par les utilisateurs.
Une autre rubrique sur la page de Weibo montre que le site essaie de recommander des comptes aux utilisateurs selon leurs intérêts: une rubrique à droite du fil d’actualité montre les abonnements des gens que l’on a suivis. Par exemple, si je suis abonné à un compte qui s’appelle @MAFFEOSCICY, comme dans l’image ci-dessous, le compte auquel MAFFEOSCICY s’abonne est recommandé pour moi avec
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 la phrase : « @MAFFEOSCICY et 400 000 autres utilisateurs ont suivi @Je suis le guide d’astronomie (@我是美食攻略菌) ». Je peux cliquer sur « suivre » pour suivre ce compte. Bien qu’il existe aussi une rubrique de suggestions sur Twitter, elle offre en fait des recommandations d’abonnement selon les goûts des utilisateurs. Ces recommandations correspondent aux domaines pour lesquels l’utilisateur a déjà montré un intérêt et ne sont pas nécessairement les abonnements des personnes que les utilisateurs ont suivies.
Capture d’écran 3 : la rubrique de mise en relation sur Weibo et sur Twitter
Pour résumer, il semble que le style de Twitter soit plus simple, puisque la page d’accueil est dominée par la couleur bleu et que les rubriques ne sont pas nombreuses. A l’inverse, sur Weibo, chaque utilisateur peut changer l’image de fond selon son goût et les couleurs ne sont pas unifiées. Beaucoup de rubriques, de fonctionnalités et de publicités se concentrent sur la page et il est difficile de maîtriser très vite les techniques d’opération.
Les fonctionnalités de Weibo
Sina Weibo permet aux utilisateurs de publier des messages courts composés de 140 caractères. Il faut noter que 140 caractères chinois peuvent exprimer beaucoup plus de choses que 140 caractères français ou anglais. C’est pourquoi de nombreux comptes de médias chinois peuvent diffuser des informations sur Weibo sans avoir recours à des liens vers des articles ou des vidéos : 140 caractères sont suffisants pour décrire une affaire ou un événement important. La page des microblogs d’un utilisateur peut être visionnée par tous les internautes et les utilisateurs qui se suivent mutuellement peuvent échanger des messages privés. Weibo a aussi des fonctionnalités semblables à celles de Twitter : le partage de vidéos et d’articles, la recherche d’information, les tendances les plus populaires, etc.
En 2008, Frédéric Cavazza donne une liste assez complète des catégories de Ŗmédias sociauxŗ : les outils de publication, les outils de partage de vidéos (YouTube) de photos (FlickR), de liens (Del.icio.us), de musique (Deezer), de diaporama (Slideshare), les outils de discussion comme les forums (PHPbb), les réseaux sociaux généralistes (Facebook, MySpace, Orkut), de niche (LinkedIn) ou encore les plateformes de création de réseaux sociaux (Ning), les outils de micropublication (Twitter) et leurs dérivés (twiter), ainsi que les services de lifestream (FriendFeed), etc. Weibo est évidemment un site de micropublication comme Twitter, mais il permet aussi aux utilisateurs de partager et de télécharger les ima ges, les vidéos, les musiques et les émoticônes. Sina Weibo a aussi lancé des applications, y compris des applications de jeux, de partage de dossiers, de vote et de musique. Si les internautes utilisent ces applications, publient des microblogs plusieurs jours de suite ou retweetent des annonces de Sina Weibo, ils peuvent gagner des médailles de différents types.
Nous savons que les profils, les listes d'amis et les commentaires sont les trois principales fonctionnalités des réseaux sociaux numériques. Quand les utilisateurs commentent les microblogs sur Weibo, ils ont deux possibilités : commenter et partager le commentaire avec le microblog ou laisser le commentaire au -dessous du microblog sans le diffuser à leurs suiveurs. Quant aux profils, ils peuvent aussi éditer la présentation de soi, changer l’image de profil, supprimer leurs publications ou leurs commentaires. Autrement dit, ils peuvent gérer leur page Weibo pour choisir ce qu’ils veulent montrer aux autres. D’après Livingstone et Boyd, les adolescents
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 utilisent les connexions d’amitié pour mettre en scène leur identité (Livingstone, 2008) et s’imaginer un contexte social (Boyd, 2007). Dans son article « Le design de la visibilité. Un essai de cartographie du web 2.0 », Dominique Cardon (2008) s’intéresse aux stratégies de visibilité et aux différents formats identitaires proposés par les sites de réseaux sociaux. En effet, les utilisateurs des sites de réseaux sociaux peuvent gérer leur visibilité à travers un jeu de masques, de filtres ou de sélection de facettes (Cardon, 2008) et construire ainsi différentes identités numériques.
Si nous adaptons le point de vue goffmanien, nous pouvons considérer les réseaux socio-numériques comme des scènes nouvelles, où se joue un jeu de rôles et de faces donnant lieu ou non à des interactions sociales. Bien sûr, chaque réseau social essaie d’imposer des normes de comportement, que les usagers viennent sanctifier ou transformer. L’usage de chaque réseau n’introduit pas les mêmes présentations de soi ni les mêmes règles de confirmation des faces (Goffman, 1973). Par conséquent, nous pouvons dire que Weibo est aussi un endroit où les utilisateurs construisent leurs propres identités numériques en respectant les règles et les normes imposées par l’opérateur. Les utilisateurs de Weibo peuvent classer leurs abonnés et leurs abonnements sous plusieurs catégories : amis, collègues, (les gens avec) attention particulière, etc. Dès que les catégories sont bien organisées, ils peuvent consulter chaque fois les publications d’une seule catégorie de gens. Et quand ils publient un microblog, ils ont le choix de diffuser le message à une seule ou à plusieurs catégories d’abonnés. Pour chaque individu, il est alors possible de montrer différentes faces à différentes catégories de gens qu’il définit lui-même. Il est alors facile de comprendre ce que Fabien Granjon et Julie Denouël (2010) écrivent dans leur livre : « l’exposition de soi relève d’un processus de mise en scène stratégique : l’usager construit son identité en veillant à contrôler la visibilité de l’espace numérique dans lequel il s’expose ».
En plus de cette construction d’identité en ligne, les utilisateurs de Weibo peuvent trouver un grand nombre d’informations classées par thèmes en cliquant sur l’icône « découvrir » de la page d’accueil. Quand nous ouvrons la nouvelle page, nous pouvons choisir les différentes catégories de microblogs à lire dans l’axe horizontal : les recommandations, le classement des microblogs les plus populaires (en temps réel, sur 24 heurs, une semaine ou un mois) et les microblogs sur 44 thèmes diversifiés, parmi lesquels « Société », « international », « technologie », « séries TV», « manga », « humour », etc. Par ailleurs, nous pouvons également aller voir les sujets
les plus populaires, les vidéos, les actualités ou chercher des musiques, des films, des célébrités de chaque domaine à qui nous nous intéressons, en cliquant sur les rubriques dans l’axe vertical. De cette façon, chaque utilisateur peut trouver facilement les microblogs correspondant au sujet auquel il s’intéresse.
Capture d’écran 4 : Les 44 thèmes des microblogs les plus populaires et les catégories à voir dans la page « découvrir »
Une autre fonctionnalité particulière de Weibo est le système d’identification. Sina Weibo encourage les individus et les organisations à effectuer une vérification d’identité. Une fois que l’identité est vérifiée, le symbole « V » désigne comme réelle l’identité présentée dans le profil. Ainsi, les comptes avec un « V » sont perçus comme plus crédibles, parce qu’ils témoignent de positions sociales un peu différentes des autres. La plupart des célébrités présentes sur Weibo se sont normalement identifiées dès le jour où elles ont ouvert leur compte. Les individus comme les chefs d’entreprise ou les professeurs, les institutions comme l’ambassade de France ou la préfecture de police peuvent tous demander une vérification d’identité s’ils en ont besoin. L’icône « V » est aussi visible dans le portrait des comptes officiels de divertissement, de musique et de financement de Sina.
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016
Capture d’écran 5 : le portrait du compte « Sina divertissement »
Force est de constater que les règles de Weibo ne sont pas immuables, mais ne cessent d’être modifiées par l’opérateur. Par exemple, les utilisateurs peuvent ajouter des commentaires avec des images depuis le mois d’avril 2015, les utilisateurs VIP de Weibo peuvent publier des microblogs avec plus de 140 caractères depuis janvier 2016, etc. Les fonctionnalités renouvelées font émerger de nouveaux types d’interactions et rendent la plateforme plus populaire en Chine.
Les utilisateurs de Weibo et de Twitter
Selon le rapport officiel des utilisateurs qui a été publié par Sina en 2015, le nombre quotidien et mensuel d’utilisateurs actifs ont tous deux augmenté, atteignant respectivement 212 millions et 100 millions. Parmi les utilisateurs actifs, le nombre de femmes est presque le même que le nombre d’hommes ; 76% des utilisateurs ont un diplôme de l’enseignement supérieur ; seulement 1% des utilisateurs ont effectué la vérification d’identité. Le divertissement et les célébrités, l’humour et les blagues, les actualités sont les trois types de sujets qui attirent le plus d’attention sur Weibo. Depuis le mois d’août 2009 et jusqu’à janvier 2012, plusieurs chercheurs chinois des universités de Pékin et de Shanghai ont mené une étude sur les microblogs les plus populaires de Sina Weibo (Li et al., 2015). Ils font trois constats principaux : d’abord, deux tiers des microblogs populaires (les microblogs qui ont été retweetés plus de 1000 fois) sont créés par des utilisateurs masculins. Deuxièmement, bien que les utilisateurs identifiés ne représentent que 0.1% du total, 46.5% des microblogs populaires viennent de ces utilisateurs. Il est intéressant de constater que 39.2% des microblogs populaires sont écrits par les utilisateurs SPA, c’est-à-dire les gens qui publient des images et des phrases toujours de la même façon (paroles de sagesse,
phrases de type « chicken-soup-soul », blagues, etc.). Dans une recherche précédente, l’expression « d’inflation artificielle » a été utilisée pour décrire ce phénomène (Yu et al., 2012). Seulement 14.4% des microblogs sont publiés par les comptes classiques (les individus non identifiés et non SPA). Enfin, les utilisateurs de chaque provinc e ont des habitudes différentes de publication et sont influencés par leur culture locale. De plus, en étudiant les tendances des sujets sur Weibo et sur Twitter, Yu et les autres chercheurs (2011) ont découvert qu’il existe un grand décalage entre les contenus les plus partagés sur Twitter et sur Weibo. Sur Weibo, les tendances sont créées par les microblogs les plus populaires, qui sont souvent des blagues, des images et des vidéos, alors que les tendances sur Twitter sont souvent liées aux événements internationaux et aux actualités. Ce phénomène peut être expliqué par deux raisons : d’une part, les utilisateurs de Weibo ne parlent pas souvent des sujets de société ou de politique à cause de la censure (ou pour d’autres raisons que nous expliquerons à la fin de cette partie). D’autre part, Sina Weibo n’est pas une plateforme internationale : il est presque exclusivement utilisé par les chinois en Chine ou les expatriés chinois à l’étranger. Les sujets très populaires dans les autres pays ne sont donc pas nécessairement visibles sur Weibo.
Dès lors, nous pouvons découvrir plusieurs caractères dans les relations entre les utilisateurs sur Weibo. Tout d’abord, les utilisateurs de Sina Weibo suivent souvent les gens qui ont les mêmes positions sociales ou des positions sociales plus élevées que les leurs (Chen et al., 2012). Il en résulte que la proportion de réciprocité est assez basse et la plupart des relations établies entre les utilisateurs sont à sens unique. Ensuite, le caractère d’homophilie est très présent sur Weibo (Miller McPherson et al., 2001). Les utilisateurs ont tendance à interagir avec ceux qui leur ressemblent le plus en termes de sexe, d’âge, de race, d’ethnie, de classe, de niveau d’éducation, etc. Les interactions sociales des individus sur Weibo sont ainsi l argement limitées par les informations qu’ils reçoivent, les attitudes qu’ils forment et les relations qu’ils ont construites. Enfin, les relations entre les utilisateurs sont influencées par leur localisation géographique (Kwak et al., 2010). Les utilisateurs possédant moins de mille abonnés partagent souvent la même localisation que leurs amis réciproques sur Weibo.
Malgré les limites des interactions sur Weibo, les utilisateurs participent chaque jour à des discussions autour de sujets populaires, partagent des vidéos et des images, ajoutent des @ dans leurs commentaires ou leurs publications pour attirer l’attention
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 des autres. Ainsi émerge une « culture de convergence ». Henry Jenkins écrit dans son livre que la culture de convergence est apparue à l'ère numérique avec le paysage médiatique de post-diffusion, où les publics sont fragmentés par la multiplication des canaux et des plateformes, mais les utilisateurs des médias sont plus autonomes que jamais pour participer et collaborer - à travers différents canaux et plateformes - à la création et la diffusion de contenu grâce à leur accès aux réseaux en ligne et à l'interactivité numérique.
1.2 Les « collective actions » et les « connective actions »
Les réseaux sociaux et les mobilisations informationnelles
La « culture de convergence » décrite par Henry Jenkins souligne en fait la diversité des formes d’expression des individus et les ambigüités de la participation numérique. Manuel Castelles a proposé la notion de « communication de masse individuelle » en montrant les deux propriétés de la communication numérique, à la fois individualisée et collective. La participation des individus est un processus hybride d’empowerment, de réflexivité, d’autodidaxie, d’expérimentation et de réappropriation de la p arole. La communication de masse individuelle est une forme historique de la communication, à la fois globale, personnelle et interactive. En fait, avec la généralisation de la participation des individus, les mobilisations informationnelles se trouvent en quelque sorte renforcées, parce que « plus un individu développe un projet d’autonomie personnel, plus il va utiliser Internet et plus il mobilise l’informatique connectée, plus il va s’émanciper des règles sociétales et institutionnelles » (Manuel Castelles, 2007).
Pour Dominique Cardon, la notion même de public est modifiée par les formes d’autoproduction, parce qu’il n’existe plus de séparation nette entre la réception et la production d’information. Le travail de production devient une activité personnalisée et interactive. Selon lui, il est évident que les technologies d’Internet ont permis de développer de nouvelles pratiques de participation avec une philosophie de « Do it Yourself ». Bien que le cercle d’information reste encore largement dominé pa r les logiques sélectives et inégalitaires, grâce à l’apparition des sites de réseaux sociaux, l’expression des individus devient plus facile, accessible et moins coûteuse.
En Chine, les réseaux sociaux comme Weibo permettent aux internautes chinois d’exprimer leurs points de vue et de discuter de certains sujets de société. Ils deviennent des producteurs d’information et participent au débat public sur Internet. Certaines recherches s’intéressent à la formation de l’opinion publique et tentent de trouver des formes de délibération en ligne, notamment sur les forums. Guoping Yang estime que l’Internet est très présent dans trois domaines centraux de la société civile chinoise : la sphère publique, les organisations sociales et les protestations. D’abord, l’Internet a nourri le débat public et l’articulation des problèmes sociaux : il a le pouvoir de jouer un rôle de supervision de la politique chinoise. Ensuite, dans la vie associative, l’Internet a favorisé le développement des activités promues par les organisations existantes en créant une nouvelle forme associative : la communauté virtuelle. Enfin, l’Internet fait émerger de nouvelles formes de protestations populaires.
Les protestations en ligne sont désignées par les expressions de « mobilisations informationnelles » ou « médiactivisme ». Pour Hu Yong, les mobilisations qui ont eu lieu en ligne sont le signe du développement d’une « société citoyenne », composée non plus de sujets obéissant aux autorités, mais de citoyens prêts à défendre leurs droits. Ce point de vue correspond en fait à l’une des perspectives du « médiactivisme ». Ce nouveau terme, appliqué par Dominique Cardon et Fabien Granjon à ce genre de mobilisation, désigne les mobilisations sociales progressistes qui orientent leur action collective vers la critique des médias dominants ou la mise en œuvre de dispositifs alternatifs de production d’information.
La critique contre-hégémonique des médias est l’un des aspects les plus importants du médiactivisme. Elle dénonce notamment la fonction propagandiste des médias et permet la création d’un contre-pouvoir critique. Nous pouvons dire que les luttes qui visent à surveiller les productions médiatiques, les modes de fonctionnement des médias et leurs structures de propriété constituent un contre-pouvoir face à l’idéologie dominante. Cependant, il existe une autre approche, qui insiste davantage sur le fait que la production d’information est un instrument d’émancipation plutôt qu’un moyen de lutte contre la reproduction de la domination symbolique. Selon Clemencia Rodriguez, les mobilisations informationnelles ne cherchent pas à entrer en concurrence avec les médias dominants : s’il existe des résistances aux médias
mainstream, elles sont plutôt indirectes et fonctionnent sur les usages émancipatoires
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 instruments de représentation et de symbolisation de leur propre condition. Les questions de la vérité et de l’objectivité ne sont donc plus des objectifs à atteindre, la visée centrale étant désormais l’affirmation des subjectivités et une volonté d’assurer la diversité de points de vue.
Pour Fabien Granjon et Dominique Cardon, les nouvelles pratiques informationnelles renforcent à la fois la contre-expertise à visée objective et les détournements subjectifs. Ces deux dynamiques de la culture participative montrent en fait les opportunités offertes par les mobilisations informationnelles. Parce que l’Internet tend à faire disparaître la barrière des gatekeepers dans la sélection et la hiérarchisation des informations qui méritent d’être diffusées, les nouveaux producteurs de la culture participative doivent s’engager dans des pratiques d’auto-promotion pour se faire entendre sur la toile. Sur Weibo, il existe plusieurs pratiques d’auto-promotion : les internautes utilisent le plus souvent la fonction d’arobase pour promouvoir leurs publications. Une fois que leurs publications sont retweetées par les comptes populaires ou les stars, ils ont beaucoup de chances d’être entendus par un grand nombre de gens. Par ailleurs, les utilisateurs du Weibo peuvent payer une somme d’argent pour que l’opérateur recommande les contenus qu’ils publient à des gens qui s’y intéressent. Même si les résultats de ce type de promotion dépendent largement des contenus des microblogs et du nombre d’abonnés des utilisateurs, cette pratique est assez utile pour les vendeurs qui débutent en ligne.
Si nous allons plus loin, Séverine Arsène nous encourage à sortir d’une vision manichéenne des relations entre les individus et l’État. Quand les internautes défendent leur cause sur Internet, ils reprennent souvent le discours officiel à leur propre compte et affichent parfois leur soutien au régime. Nous pouvons aussi voir que les réseaux sociaux ou les autres outils de publication servent à défendre des causes de toutes natures, parfois très éloignées de la promotion de la démocratie. Par conséquent, Séverine Arsène propose de prendre acte de la complexité du processus de formation de l’opinion publique et d’essayer de voir ses différentes dimensions. Prenons un exemple de protestation en ligne qui s’est répandu le 17 avril 2016 : à Pékin, un courrier de Shunfeng (une entreprise offrant des services de livraison) qui conduisait un tricycle pour livrer des colis a eu un accident avec une voiture dont le propriétaire l’a ensuite giflé, avant de réclamer un dédommagement. Un passant a filmé la scène et mis la vidéo en ligne, ce qui a suscité des réactions fortes chez les internautes. Parmi les protestations apparues sur Weibo, il faut préciser que la plupart
des internautes ne critiquent pas le régime, mais manifestent leur colère et demandent à la police de trouver le coupable.
Ce 17 avril 2016, le même genre d’affaire est peut-être arrivé à de nombreux courriers, dans de nombreuses villes, mais celle-ci a été filmée et publiée sur les réseaux sociaux. Il en résulte que le propriétaire de la voiture a été condamné par un grand nombre d’internautes et convoqué le lendemain par la police. En réalité, quand les internautes publient des injustices en ligne, ils ne cherchent pas nécessairement à lutter contre le gouvernement ou le régime. Dans beaucoup de cas, ils demandent en fait le soutien des fonctionnaires ou des institutions pour trouver le responsable ou pour régler le problème. Il est certain qu’une grande partie des injustices publiées en ligne n’obtient pas une grande visibilité et les annonceurs ne sont pas parvenus à trouver les solutions, mais les réussites de certains cas célèbres comme l’affaire Sun Zhigang et Guo Meimei donnent toujours des espoirs aux internautes, surtout à ceux qui n’ont pas les ressources nécessaires pour défendre leurs droits. Les réseaux sociaux deviennent ainsi une autre voie de contestation, qui semble plus efficace dans le contexte autoritaire de la Chine.
C’est pourquoi Séverine Arsène affirme que « Le Web chinois ne propose donc pas seulement des échanges pacifiés et rationnels entre des individus éclairés, mais il s’apparente bien plus souvent à une multiplicité d’espaces désarticulés, animés par des individus aux motivations hétérogènes, où règne en général un très grand désordre ». Elle préfère utiliser la notion « multi-interactionnisme » proposée par Yang Guobin (un chercheur d’origine chinoise travaillant aux États-Unis) pour expliquer les interactions complexes et conflictuelles entre les acteurs multiples, y compris les autorités (à leurs différents niveaux hiérarchiques), les journalistes et les divers types d’internautes.
Par ailleurs, on ne peut ignorer que le développement des réseaux sociaux et des mobilisations en ligne ont des conséquences négatives pour les internautes chinois. Si nous regardons les commentaires de l’affaire mentionnée plus haut, beaucoup de mots d’insulte sont utilisés par les internautes. Ils écrivent que l’homme ayant giflé le courrier est mal éduqué, mais leurs propres paroles montrent qu’ils ne sont pas « bien éduqués » non plus. Dans certaines affaires où le comportement du coupable n’est pas supportable pour les internautes, et même si la police ne le cherche pas, ces derniers utilisent la méthode de « Human flesh search engine » afin de trouver les informations personnelles de la personne et exercer des pressions sur elle.
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 Par conséquent, ce ne sont pas seulement les célébrités qui s’inquiètent de l’exposition de leur vie privée : chaque individu qui a mis des informations personnelles en ligne risque d’être menacé. En effet, nous pouvons trouver de nombreuses informations personnelles des utilisateurs sur Weibo : état civil, localisation géographique, préférences sexuelles, expériences professionnelles, éducation, centres d’intérêt, habitudes quotidiennes, liste d’amis, photos, etc. Gross et Acquisti (2005) ont mis en évidence les menaces potentielles pour la vie privée dans les renseignements personnels figurant sur le profil Facebook de 4 000 étudiants du supérieur, telles que la possibilité de reconstituer les numéros de sécurité sociale. Ils ont aussi découvert une certaine contradiction entre le désir des internautes de protéger leur vie privée et leurs comportements réels sur Internet.
La logique de « connective action »
Après avoir éclairé les divers aspects des recherches concernant les protestations en ligne, nous devons également préciser que ces protestations ne sont pas toutes de même nature. Du printemps arabe au mouvement des Indignés ((Indignados en espagnol) en Espagne, de l’Occupy Wall Street aux manifestations contre le sommet G20, les protestations contemporaines utilisent souvent les outils numériques non seulement pour envoyer des messages, mais aussi pour organiser les actions des participants. Il faut constater que les organisations existantes et les personnes engagées jouent en effet un rôle très restreint dans la formation de certaines actions, alors qu’elles ont largement contribué à d’autres actions. La fonction des réseaux sociaux semble varier selon le type de protestation en ligne. W.Lance Bennett et Alexandra Segerberg ont distingué trois types d’actions : les « collective actions - Organizationally Brokered Networks », les « connective actions - Self Organizing Networks » et les « connective actions - Organizationally Enabled Networks ».
Avant d’expliquer ces trois types d’actions, il s’agit d’abord de comprendre la logique de l’action collective et celle de l’action connective (connective action). Dans les ouvrages de sociologie, on parle souvent des actions collectives ou des mouvements sociaux. L’expression "action collective" est utilisée pour définir « un agir-ensemble intentionnel, marqué par le projet explicite des protagonistes de se mobiliser de concert. Cet agir-ensemble se développe dans une logique de revendication, de défense d'un intérêt matériel ou d'une « cause » » (Neveu Érik,
2015). La mobilisation « vise à susciter l’engagement et à regrouper des personnes touchées par un problème social ou partageant un même besoin autour d’une action visant à résoudre ce problème ou autour d’un projet destiné à satisfaire cet intérêt » (Henri LAMOUREUX, 2007) .
Si nous revenons aux études de Séverine Arsène et observons les protestations sur l’Internet chinois, on constate qu’il s’agit de défendre des droits citoyens, mais jamais d’attaquer la nature du régime ou de revendiquer une démocratisation. Lorsque des injustices sont dénoncées, elles sont formulées comme des appels en direction des autorités, et non pour qu’elles se retirent. Il ne s’agit même pas toujours de mobilisations à proprement parler. Il n’y a parfois ni organisateurs identifiés, ni revendications précises, mais seulement des injustices qui sont rendues publiques et qui suscitent de nombreuses réactions parmi les internautes.
Dans ce cas-là, quand les mots « d’actions collectives » ou de « mouvements sociaux » ne conviennent plus pour décrire les nouveaux genres de protestation en ligne, le néologisme de « connective action » peut être utilisé en interprétant les spécificités de ces protestations. Selon les deux chercheurs américains, la logique traditionnelle « d’action collective » met l’accent sur le rassemblement des contributions individuelles et la recherche d’une sorte de bien public. Dans cette logique, les organisations formelles, qui possèdent des ressources et qui peuvent assurer la coordination des individus, jouent un rôle essentiel, mais si l’on regarde les activités des internautes, il n’y a pas toujours d’engagements préalables ni les ressources nécessaires. Ce qui importe, c’est l’identité en ligne, la culture, l’émotion, le réseau social et les structures des opportunités. La logique d e l’ « action connective » est alors utilisée pour mieux interpréter les spécificités des actions en ligne, l’idée centrale étant qu’on doit considérer les médias numériques comme un agent d’organisation. Participer ou contribuer à un bien commun devient en fait un acte d’expression personnalisée et une sorte d’auto-validation réalisée par le partage des idées et les relations de confiance entre les internautes.
Mais cela ne veut pas dire que la logique de l’action collective n’existe plus sur Internet : les deux logiques peuvent coexister. La typologie des actions de grande échelle que nous avons mentionnée ci-dessus peut nous aider à comprendre les différences entre les diverses protestations en ligne. Le premier type de « collective action - Organizationally Brokered Networks » représente le réseau organisationnel guidé par une logique d’action collective, qui désigne les actions de grande échelle où
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 les organisations sont responsables de la coordination et de la coopération. L’exemple est celui de la protestation contre le sommet du G20 à Londres. Le deuxième type de « connective actions - Self Organizing Networks » représente les réseaux principalement formés par une logique d’action connective, qui fonctionne totalement selon un mécanisme d’auto-organisation, les réseaux numériques jouant un rôle essentiel dans le processus d’organisation. Entre ces deux catégories, il existe un troisième type, plus hybride : « connective actions - Organizationally Enabled Networks ». Dans ce type d’action, nous pouvons voir non seulement la participation des organisations officielles, mais aussi celle d’individus sans engagements préalables.
En fait, les communautés en ligne sont plus sélectives et fondées sur le partage de convictions communes qui ne sont pas toujours données a priori. Chez les individus, il n’y a pas de valeur ou d’engagement préexistant, pas de processus de normalisation qui implique que les sujets rassemblés adhèrent à un système de références qui les rassemble en un « Nous » et les distinguent de ceux qui sont dehors (NAJAR Sihem (dir.)., 2013). De plus, certaines protestations sur Internet ont des formes inédites parce qu’elles se présentent non seulement sur Internet, mais aussi s’actualisent dans des mobilisations sociales qui passent dans la rue et visent des changements politiques importants.
La personnalisation des actions collectives et la logique d’agrégation
Au cours des dernières années, des théoriciens et des chercheurs se sont interrogés sur le développement des réseaux sociaux et les individus connectés dans la société moderne. Ils ont découvert que les réseaux sociaux ont renforcé la personnalisation des actions collectives et politiques. La politique d’identité et les « new social movements », qui se concentrent sur les identités de groupe (les femmes, les minorités, les immigrants, etc.) et ont émergé après les années 60, existent toujours, mais ont été rejoints par des mobilisations plus hétérogènes, dans lesquelles les diverses causes (la justice économique, la protection de l’environnement, etc.) sont dirigées vers des cibles mobiles (à partir du niveau local jusqu’au niveau national et transnational, du gouvernement aux affaires) (Bennett, 2012 ; Bennett & Segerberg, 2011).
On peut considérer que, ces dernières années, les nombreuses discussions qui ont émergé sur Weibo autour de certaines affaires (y compris l’affaire des vaccins que nous aborderons dans la partie suivante) sont en fait une sorte de politique personnalisée, parce qu’elles correspondent aux trois conditions proposé es par W.Lance Bennett. Tout d’abord, les points de vue des internautes sont assez diversifiés et les sujets abordés sont très variés et ne se limitent pas à un cadre restreint. Ensuite, dans le crowd-sourcing de ces affaires, les barrières d’identification sont très basses. Nous pouvons constater qu’il n’existe pas de critères sévères pour les participants sur Weibo. Tous les internautes qui ont envie de s’engager peuvent faire des efforts pour être entendus. Cependant, il faut plus de moyens de socialisation et de médiation pour pouvoir réunir un large nombre de personnes. Enfin, les gens peuvent partager leurs propres histoires et problèmes . L’utilisation généralisée des réseaux sociaux permet aux individus de devenir des catalyseurs importants dans les actions puisqu’ils activent leurs propres réseaux sociaux (dans l’affaire des vaccins, les internautes partagent souvent leurs expériences d’inoculation et leurs inquiétudes pour leurs enfants ou leurs proches sur Weibo).
Si nous observons la logique d’agrégation des individus dans les discussions en lign e, un grand nombre d’individus se rassemblent grâce aux interactions sociales et politiques réalisées par les outils de communication. Les applications et les sites internet permettent aux individus de publier et de recevoir constamment des microblogs et de diffuser des images, des vidéos, des textes, en constituant des nouvelles générées par les utilisateurs en temps réel. Dès lors, l’agrégation d’un groupe d’individus présentant les mêmes intérêts devient plus facile et plus rapide, car les individus peuvent partager un sentiment de solidarité, d’interconnexion et de coprésence. De plus, les questions abordées peuvent être les mêmes que dans les actions collectives, mais l’expression des envies personnelles, des plaintes et des styles de vie est plus importante dans les actions connectives (Bennett & Segerberg, 2012).
Cependant, les « connective actions » personnalisées ont des limites importantes. L’entrave principale à ce genre d’action est la durabilité. Les réseaux sociaux et surtout les microblogs sont moins utiles pour les réseaux bien organisés sur une longue durée ou les actions collectives durables. Les individus peuvent forger immédiatement une subjectivité collective à travers un processus de luttes, mais cette
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 subjectivité est toujours menacée de désagrégation. Les individus intervenus pour une cause peuvent se disperser à tout moment. Une grande partie des individus qui participent à certaines « actions connectives » se désagrègent souvent à la même vitesse qu’ils s’agrègent, sauf qu’ils ont utilisé des tactiques, des stratégies ou des moyens de mise en réseau (Juris, 2012). C’est pourquoi beaucoup de chercheurs estiment que les « connective actions » ne peuvent pas conduire à des mouvements durables, leur influence étant limitée à la transformation des discours publics et politiques (Bennett, 2012 ; Juris, 2012). Par ailleurs, ce genre de « connective actions » dépend largement de l’espace et des fonctions offerts par les plateformes des réseaux sociaux. Elles sont alors très vulnérables face au contrôle et à la censure du gouvernement.
En Chine, nous savons que les contrôles et les censures sont extrêmement sévères. Les manifestations dans la rue sont interdites par le gouvernement chinois et une partie des protestations en ligne sont étouffées à cause de la menace potentielle qu’elles représentent pour le régime. Une grande muraille d’Internet est édifiée et de multiples dispositifs sont appliqués afin de mieux contrôler et surveiller les actions des internautes. Il en résulte que certaines contestations qui concernent les sujets sensibles ne parviennent pas à s’élargir sur Internet et que les internautes doivent faire plus d’efforts pour contourner la censure. Nous allons maintenant étudier les mesures de contrôle qui sont mises en place sur Weibo.
Les censures sur Weibo
L’introduction d’Internet en Chine se fait en 1994-1995 et les premières régulations sont mises en place en 1997 (Olivier Afrion, 2012). En 1998, le Grand Firewall de Chine, ainsi nommé par analogie avec la Grande Muraille de Chine, est le nom usuel du projet « bouclier doré », un projet de surveillance et de censure d'Internet géré par le ministère de la sécurité publique de la République populaire de Chine2. Ce projet a débuté en 1998 et a commencé ses activités en 2003. Dès lors, le contrôle étatique d’Internet a été déployé sur l’ensemble du réseau et la muraille a été construite, sous la forme de multiples dispositifs et mesures techniques, légales ou sociales.
Techniquement, des filtres et des logiciels spécialisés ont été install és par les opérateurs du réseau. Les méthodes principales sont le blocage de l’adresse IP, le
filtrage du DNS, de l’URL, ou encore des paquets de données. En effet, le contrôle se fait souvent par l’instauration d’une liste de mots-clés, soit aux points d’accès, soit par les opérateurs et les fournisseurs eux-mêmes. Sur Weibo, il existe aussi une liste de mots censurés, dont la mise à jour est très réactive. Par exemple, au mois de mai 2016, au moment du cinquantenaire de la grande révolution culturelle, le s mots concernant ce sujet sont les plus censurés.
Dans les « censored term clouds » que nous avons trouvés sur le site weiboscope3au mois de mai, l’expression en rouge au centre est la « grande révolution culturelle » (en chinois : 文革). Les autres mots de grande taille sont : police, peuple, avocat, Leiyang (le nom d’un jeune diplômé mort dans une affaire le 7 mai), 50e
anniversaire, charge, etc. De plus, nous pouvons découvrir que les mots censurés sont en évolution constante : les mots comme Leiyang, police et prostitution ne sont pas apparus dans l’index de censure avant le 10 mai (deux jours après l’affaire).
Légalement, de nombreuses lois et régulations ont été promulguées au cours des dernières années. Une recherche sur les lois chinoises comportant le terme « Internet » dans leur titre fait ressortir 82 lois entre 2000 et 20164. Il est interdit de diffuser des informations qui :
– violent les principes de base de la constitution chinoise ; mettent en danger la
sécurité nationale, révèlent des secrets d’État, incitent à la subversion de l’État ou mettent en danger l’unité du pays ;
2 Explication du mot « Grand Firewall de Chine » sur Wikipédia
3 Un site qui fournit des datas du Weibo, développé par le Centre de recherche de journalisme et des médias (Journalism and
LIU Yang| Mémoire de master | Septembre 2016 – portent atteinte à la réputation du pays ;
– développent la haine, le racisme et mettent en danger l’harmonie ethnique du
pays ;
– violent les lois nationales sur la religion ou promeuvent les sectes et les
superstitions ;
– propagent des rumeurs, mettent en danger l’ordre et créent une instabilité sociale ; – ont un caractère pornographique, violent ou lié aux jeux de hasard ;
– diffament ou portent atteinte à la réputation des personnes ;
– incluent des informations illégales au regard de la loi ou des règlements
administratifs. (Reporters sans frontières, 2005) Par ailleurs :
Il est interdit d’encourager les rassemblements illégaux, les grèves, les troubles à l’ordre public.
Il est interdit d’organiser des activités illégales ou de créer des associations illégales par le biais d’Internet. (Olivier Arifon, 2012)
De plus, les lois plus générales comme la loi de l’administration de la sécurité publique et des punitions et la loi pénale mentionnent aussi des punitions pour les diffuseurs de fausses informations sur Internet. Les internautes qui diffusent des rumeurs sur Internet encourent une amende (moins de 5000 yuan, environ 660 euros) ou une interdiction d’utiliser Internet pendant une période donnée (moins de six mois). En 2011, une régulation spéciale a vu le jour, intitulée « Quelques régulations pour le développement des microblogs à Pékin ». Elle est la première régulation spécialement élaborée afin de superviser les activités des microblogueurs en ligne (Chendaoying, 2012).
Par ailleurs, la censure s’exerce aussi à travers une fonction de délation sur Weibo. Nous pouvons la considérer comme une forme de censure sociale, parce qu’elle dépend des réactions des internautes et non de l’équipe technique. Trois méthodes peuvent être utilisées pour faire une délation : d’abord, nous pouvons porter plainte contre un compte en cliquant sur le mot « dénonciation » dans le profil d’un utilisateur ; deuxièmement, nous pouvons aussi procéder à la « dénonciation » d’un
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microblog précis par un clic sur la flèche à côté d’un microblog et un autre clic sur le mot « dénonciation » ; troisièmement, la dénonciation d’un commentaire peut aussi être réalisée suivant la même méthode. Les administrateurs de Weibo vérifient les dénonciations et, si le contenu est jugé « inconvenant », il est supprimé. Si la situation est assez grave, le compte de l’utilisateur sera probablement supprimé. Par conséquent, les microblogs publiés sur Weibo ne sont pas seulement supervisés par l’opérateur du site, mais aussi par les internautes eux-mêmes.
Ces différents types de censure font souvent obstacle au développement de certaines contestations. Par rapport aux sanctions appliquées par la police, la suppression des microblogs et le blocage du compte sont plus fréquemment utilisés pour encadrer la prise de parole des internautes. Par exemple, après l’affaire Leiyang5
, la vidéo montrant l’appel au secours de Leiyang a été supprimée et beaucoup de micoblogs mentionnant l’affaire avec des paroles radicales ont été supprimés. C’est pourquoi les contestations ne parviennent pas à s’élargir sur Weibo. Cependant, il faut aussi noter que les internautes deviennent de plus en plus intelligents et emploient des stratégies de contournement dans le but d’échapper aux censures de l’opérateur. C’est ce que nous analyserons dans les parties suivantes.
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Lei yang, un jeune homme de 29 ans, est mort dans une dispute avec la police le 7 mai 2016. Lei a été arrêté pour avoir été soupçonné de racolage dans un salon de massage de pied. Après avoir été emmené dans un véhicule de police, Lei est tombé malade et a été envoyé à l'hôpital, où il est mort plus tard dans la nuit. Les c irconstances obscures entourant sa mort ont conduit à des accusations de brutalités policières
LIU Yang| Mémoire de master | septembre 2016
Partie 2 : L’affaire des vaccins et les contestations
Le 18 mars 2016, le site d’actualité chinois The Paper6
a publié un article intitulé « Quelques centaines de millions de vaccins non réfrigérés sont entrés dans 18 provinces : les possibles risques vitaux, la province de Shangdong a envoyé des lettres de demande d’assistance d’investigation ». Dans cet article, le représentant de la préfecture de police de Shangdong décrit le crime que les deux suspects ont commis depuis 2010 : ils ont vendu 25 types de vaccins, périmés ou mal conservés, d'une valeur totale de plus de 570 millions de yuans (78 millions d'euros). Les deux principales suspectes de cette "affaire des vaccins" sont une mère et sa fille, toutes deux originaires de la province du Shandong. Elles ont été déjà condamnées pour vente illégale de vaccins il y a quelques années, mais ont recommencé à vendre des vaccins périmés ou mal conservés pendant leur période de sursis. Le chef de l’équipe d’investigation de l’Administration des produits alimentaires et médicamenteux du Shandong explique au journaliste que des lettres ont été envoyées à plus de vingt villes pour demander l’assistance d’investigation, vérifier les déplacements de ces vaccins et déterminer quelles organisations les ont utilisés. Cet article cite les paroles d’un professeur du département de médecine de l’Université Tsinghua : Cela tue des gens. Ce professeur explique que les personnes qui ont été inoculées avec des vaccins non réfrigérés ne bénéficieront pas de leurs propriétés immunitaires et courront le risque d’être tuées en cas de contamination par une maladie fatale.
Le compte officiel du site The Paper a publié cet article sur Weibo le 18 mars à 08h22 et de nombreux médias l’ont ensuite partagé sur Internet, ce qui a suscité une grande polémique. Les internautes ont exprimé leur colère et demand é à l’Administration nationale des produits alimentaires et médicamenteux de publier au plus vite la liste des organisations et des institutions ayant acheté les vaccins périmés. Beaucoup de parents ayant des enfants vaccinés ont manifesté leur mécontentement sur Wechat et sur Weibo. L'opinion chinoise a par ailleurs été révoltée par le décalage
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