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Thais Lacoste-Frémont : édition critique de 25 articles de journaux (1930-1935)

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U L- m 3 c : ) ù

THESE PRESENTEE

A L'ECOLE DES GRADUES POUR L'OBTENTION

DU GRADE DE MAÎTRE ES ARTS (M. A.) PAR

ANNE CARRIER BACHELIERE ES ARTS DE L'UNIVERSITE LAVAL

THAÏS LACOSTE-FREMONT: EDITION CRITIQUE DE 25 ARTICLES DE JOURNAUX (1930-1935)

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A Gabriel le et Claude Frémont, à Madeleine et Ernest Côté, qui m'ont donné la chance de connaître Thaïs Lacoste-Frémont.

Merci à Réal Ouellet et à Jeanne Lapointe pour tous les bons conseils et toutes les corrections.

Bravo à tous ceux qui m'ont entourée pendant les hauts et les bas de cette maîtrise.

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Page

DEDICACE ET AVANT-PROPOS ... i

TABLE DES MATIERES ... ii

INTRODUCTION ... 1

CHRONOLOGIE ... 18

PROBLEMES POSES PAR LA TRANSCRIPTION DU TEXTE ... 33

I. Choix du texte de base ... 33

II. Choix des articles de journaux à éditer ... 34

III. Protocole d'édition ... 34

A. Texte de base ... 34

B. Etablissement du texte ... 34

C. Présentation du texte ... 36

IV. Description des cahiers ... 36

V. Abréviations ... 37

VI. Signes diacritiques ... 37

CORPUS ... 39

VARIANTES ET COMMENTAIRES ... 86

BIBLIOGRAPHIE 168

ANNEXES: 1. Publicité

2. INDEX DES SUJETS TRAITES 3. INDEX DES NOMS PROPRES CITES

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Dépouillées de leur passé, quasi absentes de l'appareil archivistique, les femmes semblent condamnées à toujours recommencer leur entrée dans la sacro-sainte Histoire, à justifier indéfiniment leur soif d'«auto­

connaissance» . Privée au départ de tout document historique, contrainte de réinterpréter les manuels existants (anthologies, biographies, encyclo­ pédies, dictionnaires farcis de «grands hommes»), la recherche féministe se trouve encore dévalorisée par le lieu commun de la critique sur le ca­ ractère répétitif de telles publications: «Encore une autre de ces exhuma­ tions de bonne femme», dira-t-on probablement en lisant le titre de ma

thèse... Comme si toutes les revendications des femmes étaient infaillible­ ment identiques, comme si elles se seraient produites de toute façon, alors que chaque élection, chaque changement de parti politique, comportent, dans l'histoire, leur spécificité. Donc, des femmes ont défié les codes sociaux, la morale, le pouvoir de leur époque, des femmes ont fait avancer la lutte pour nous, leurs descendantes, qui en sommes rendues à réclamer le salaire au foyer et le libre droit à l'avortement, et ces femmes ont été dépouillées

(à la forme passive, bien sûr), de leur identité. Mais «il n'est plus d'histoire socio-culturelle possible sans la prise en compte des rôles, sa­ voirs et pouvoirs féminins»^, proclame justement Cécile Dauphin dans l'ar­ ticle «Femme» de la Nouvelle Histoire; cependant, puisque moi aussi je dois vivre avec mon temps, j'établirai le bien-fondé de mon sujet de thèse.

Pourquoi retourner au passé? Pourquoi décrypter de vieux textes pas- si -bi en-écri ts-que-ça-et-après-tout-démodés? Pour mieux situer et compren­ dre le présent, disent quelques-uns. Pour démystifier, commémorer, mobili­ ser, disent quelques autres. J'ajoute simplement: on doit savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va. En inscrivant les batailles de ces ancêtres dans un courant, en les considérant comme un héritage du passé, peut-être

Cécile Dauphin, article «Femme» dans J. Le Goff et autres, la Nou- velle Histoire, Paris, Retz, coll. «les Encyclopédies du savoir moderne». 1978, p. 179.

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les femmes militantes pourront-elles cesser d'expliquer leurs motifs et leurs motivations.

Pourquoi remâcher les échecs des projets de loi sur le suffrage fémi­ nin? Pourquoi déterrer la commission Montpetit et la refonte du droit ci­ vil? «Pour ne pas repartir à zéro», affirment les auteures de Quëbëcoises deboutte! dans le titre de leur introduction. Surtout, pour faire ressor­ tir les tactiques du pouvoir qui, après s'être habilement immiscé dans tou­ te la vie publique et privée des femmes, a su leur enlever la parole en leur donnant toutes les réponses. Réduites au silence et aux conduites im­ posées - tout comme 0 dans Histoire d'O.

Si les féministes d'aujourd'hui et de demain ne veulent pas se laisser leurrer par quelques promesses électorales, ou par la nomination d'une mi­ nistre à la Condition féminine, ou même par la création d'un Conseil du sta­ tut de la femme, elles doivent savoir que c'est en luttant que l'on progres­ se: elles doivent, par exemple, reconnaître les acquis et les erreurs des anciennes militantes qui ont réclamé un pauvre droit de vote provincial pen­ dant plus de dix ans, avec 22 années de retard sur l'ensemble du Canada.

On a publié l'histoire des Québécoises, on a édité des anthologies de textes traitant des femmes, mais aucun ouvrage n'a encore étudié les pre­ mières chroniques féministes, lesquelles, par leur caractère périodique, animent ce passé de transformations sociales. En présentant des textes sûrs, authentiques, replacés dans leur contexte, nous voulons donner aux chercheures et chercheurs de toutes les disciplines un matériau pour écrire ou peut-être même faire notre histoire à nous, femmes.

Travailler sur l'histoire des femmes, c'est travailler en plein champ historique et non dans des lieux isolés, sur l'enjeu du masculin et du féminin, les rapports entre ces deux mondes, les conditions dans lesquelles s'est formée une domination de l'un sur l'autre, les rôles sexuels et leurs conséquences sur la vie économique et sociale. Fi­ nalement, c'est apporter un nouveau regard sur la réalité des événements et de la vie quotidienne, et être assurée que ce regard bouleverse les analyses sociales tradition­ nel 1 es. 1

1 Arlette Fargue, «Dix ans d'histoire des femmes en France», le Débat, n° 23, 1983, p. 163.

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La démarche de Thaïs Lacoste-Frémont (TLF) révèle l'émergence de vio­ lentes revendications féministes et témoigne de la place exiguë et du très mince pouvoir réservés aux femmes des années 30. En dehors de son intérêt littéraire certain, mon travail ne veut donc pas ajouter un nom de plus au palmarès des «premières femmes», ni réduire TLF à son statut de militante et de journaliste (ce serait mordre au piège de l'histoire sociale), mais présenter la percée de rares féministes en même temps que la banalité de la vie de milliers d'autres femmes. Dans toute recherche féministe, de tels réaménagements des équilibres intellectuels doivent s'effectuer afin de fai­ re parler les sources historiques traditionnelles, pour y réintroduire la vie et les activités des femmes de l'époque.

Tout en s'inscrivant dans le mouvement actuel qui vise à combler une lacune de la recherche par l'édition critique de textes québécois, tout en établissant un pont entre les études qui se font au département des litté­ ratures de 1'Université Laval sur la Femme et la littérature (J. Lapointe) et 1'Edition de texte (R. Ouellet), ma thèse de maîtrise mettra donc à la disposition des chercheures et chercheurs ces textes oubliés mais importants pour comprendre un aspect de la mentalité d'une époque: les chroniques et réflexions de Thaïs Lacoste-Frémont, parues principalement dans la Patrie de 1930 à 1935.

Née à Saint-Jacques-1e-Mineur le 18 octobre 1886, Thaïs Lacoste-Frémont est la fille de Marie-Louise Globensky, dame patronnesse active dans toutes les oeuvres patriotiques et philanthropiques, fondatrice de la distribution aux pauvres à l'asile de la Providence, et d'Alexandre Lacoste, président du Sénat, conseiller législatif, juge en chef de la Cour du banc du roi de la province de Québec, juge en chef de la Cour d'appel du Canada. Après avoir terminé ses études au couvent d'Hochelaga le 21 juin 1904, TLF par­ court, du 22 février au 2 octobre 1908, en compagnie de sa soeur Berthe et de ses parents, la France, 1'Angleterre, la Bretagne, la Suisse, la Belgi­ que et l'Italie. Le 8 mai 1909, elle se fiance au fils d'Alise Beaubien et de Jules-Joseph Taschereau-Frémont, Charles Frémont, avocat au barreau de Québec, Conseiller du roi, surintendant général de la chasse et de la pêche dans la province de Québec, qu'elle épouse le 30 mai 1910.

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Etablie le 13 septembre suivant au 191 de l'avenue des Erables, à Qué­ bec, TLF donne naissance à Thérèse le 23 décembre 1912, à Madeleine, le 14 février 1916, à Jacques, le 17 juillet 1917, et à Claude, le 18 août 1922.

Poursuivie toute sa vie par un cancer bénin à la mâchoire gauche, qui a nécessité de fréquents curetages et deux opérations, l'une à 1'Hôtel- Dieu de Québec le 20 mai 1918, l'autre le 14 décembre 1929 à 1'Hôtel Powers de Paris, TLF vit de grandes épreuves familiales: le 20 mai 1932, son fils Jacques meurt, à l'âge de quatorze ans, d'une péritonite, et le 21 septembre 1938, Thérèse, âgée de 26 ans, est emportée par la tuberculose.

Issue d'une grande famille bourgeoise (en 1900, les Lacoste ont le té­ léphone, et en 1915, ils éclairent leur maison à l'électricité ...) origi­ naire du Languedoc et émigrée en 1655, TLF est la soeur de Marie Gérin- Lajoie, instigatrice et présidente générale de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, et de Justine Lacoste-Beaubien, fondatrice de l'hôpi­ tal Sainte-Justine; TLF fut d'ailleurs la première secrétaire de cet éta­ blissement pour enfants. Initiée très jeune à la vie politique internatio­ nale par son père qui amenait, à tour de rôle, ses enfants au Palais de Jus­ tice, elle commence ses activités dans le domaine public en 1929, avec le début de la lutte pour l'obtention du droit de vote féminin.

Membre de divers groupes: Action catholique, Survivance française, So­ ciété canadienne de la Société des Nations (S.D.N.), Conseil du bien-être de l'enfance, Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (qu'elle a aussi di­ rigée), National council of women, elle préside quelques cercles d'étude de la Ligue catholique féminine du Québec, le Cercle des femmes canadiennes, et le Women's Canadian Club. TLF organise et préside aussi un bureau d'em­ ploi pour femmes ainsi que la section féminine du parti conservateur de la province de Québec. Elle dirige, en 1947, une commission d'étude sur le statut légal de la femme mariée, en vue de la refonte du code civil du Qué­ bec.

Collaboratrice aux quotidiens 1'Evénement, le Journal et la Patrie, conférencière recherchée, TLF constitue donc une personnalité canadienne très en vue, éminente autant par sa situation sociale que par son activité et l'affirmation de sa pensée. Sa notoriété lui vaut l'honneur de co­

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présider le premier banquet conservateur mixte et de prononcer le premier discours politique féminin à la convention conservatrice de Winnipeg qui s'est déroulée à 1'Hôtel Mont-Royal en novembre 1927.

Du 26 septembre au 17 octobre 1932, en tant que première déléguée canadienne-française, TLF représente le Canada aux assises de la S.D.N., à Genève. Elle participe à la commission sur les questions sociales et gé­ nérales, et à la commission sur les questions politiques et diverses.

De même, l'année suivante, TLF devient la première canadienne-

française choisie pour représenter son pays à l'institut des relations du Pacifique; elle participe à la cinquième conférence biennale de l'organisme tenue à Banff le 14 août 1933. La même année, au même endroit, TLF se joint au congrès des écrivains canadiens comme représentante de Québec.

A la suite de ces nominations, TLF, à deux reprises, devient presque sénateure. Le 11 décembre 1933, la Presse de Montréal annonce: «L'hon. Cairine Wilson [nommée au Sénat le 15 février 1930] aura tout probablement sous peu une compagne au Sénat dans la personne de Mme Charles Frémont, présidente de l'association des femmes conservatrices de la cité et du dis­ trict de Québec»; le 30 décembre suivant, sept hommes, Guillaume-André Fauteux, Lucien Moraud, Horation C. Hocken, Alfred E. Fripp, Louis Côté, Ralph Byron-Horner et Walter Morley-Aseltine, sont promus sénateurs. Le 20 juillet 1935, Iva Campbel1-Fal1is, canadienne-anglai se conservatrice, est préférée à TLF pour siéger au Sénat.

En parcourant les écrits de TLF, déposés par sa famille aux archives du Séminaire de Québec en 1963, j'ai noté avec surprise une interruption presque complète de ses activités en 1936; ses échecs au Sénat l'auraient- elle désillusionnée au point de la dégoûter de la lutte? Ses enfants, M. Claude Frémont et Mme Madeleine Frémont-Côté, m'ont simplement expliqué que lors de la nomination de Charles Frémont, en 1937, au poste de surintendant général de la chasse et de la pêche, TLF aurait volontairement interrompu sa vie politique: la fonction de son mari lui interdisant de militer au plan national.

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tante: elle jouit avant tout de dons naturels d'ordre supérieur, comme l'at­ testent ses textes, articles de journaux, causeries à la radio ou conféren­ ces. Très active, autoritaire, intelligente, observatrice, dotée d'une cu­ riosité intellectuelle et d'une ouverture d'esprit remarquables, elle se tourne tout entière vers l'avenir et le changement:

Les pionniers de tout mouvement sont rarement appréciés de leurs contemporains, il faut beaucoup d'idéal et de courage pour ouvrir un chemin nouveau en dehors des vieux sentiers battus qui demandent peu d'effort [sic] à ceux qui les parcourent.

A l'affût des inventions de tous ordres, elle s'intéresse aussi bien aux réussites féminines politiques qu'aux inventions les plus saugrenues: «C'est Mlle Germaine Gourdon qui a imaginé et réalisé un appareil qui

dé-2

truit plus d'un million de moustiques par heure» . Le tempérament de TLF se caractérise surtout par son sens de la rationalisation; aussi s'attarde- t-elle aux statistiques et s'appuie-t-elle souvent sur le seul argument de la logique pour prouver la légitimité d'une démonstration:

Etre logique, n'est-ce pas évoluer dans les cadres normaux de la vie? sous un système démocratique, il faut bien que les femmes qui sont la moitié de l'humanité, puissent avoir leurs représentantes qualifiées comme porte-parole.* 23 4

TLF, «Susan-B. Anthony: Pionnière féminine américaine», la Patrie, Montréal , samedi 4 mai 1935, p. 42.

2

TLF, «Ingénieuse invention d'une femme de France», la Patrie, Mont­ réal, jeudi 29 juin 1933, p. 2.

3

TLF, «Influence féminine dans divers pays», la Patrie, Montréal, samedi 19 janvier 1935, p. 37.

4

TLF, «Action moderne: Des femmes catholiques françaises», la Patrie, Montréal, samedi 27 avril 1935, p. 38.

Elle parsème ses textes cfe réflexions religieuses, à la différence con­ trastante de la plupart des féministes actuelles. Elle semble se battre pour la femme canadienne-française catholique:

Si les femmes catholiques ne sont pas hautement modernes dans un sens chrétien et social, elles ne pourront pas don­ ner à la religion et à la race à laquelle elles appartien­ nent, l'essor qui contribuera à répandre le règne de Dieu

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Beaucoup de femmes des années 80 sont plutôt déçues de découvrir, en étudiant les premiers textes militants, des auteures présumées féministes, mais de tendance profondément bourgeoise et catholique. On comprend mal, aujourd'hui, des écrits qui, d'une part, prônent l'enseignement supérieur pour les jeunes filles et plaident pour les revendications des travailleurs et travailleuses et qui, d'autre part, vantent les écoles ménagères et dé­ nigrent les syndicats. A cette époque, où la religion occupe une place do­ minante dans la société, aucune entreprise sociale ne peut réussir sans prendre appui sur l'approbation du clergé. Ainsi, malgré son féminisme genre «chances égales aux hommes et aux femmes», TLF se prononce contre la contraception :

Le contrôle des naissances par des moyens anti­

conceptionnels ne sera jamais légalisé dans les pays ca­ tholiques. [..J La légalité de ces méthodes est une excuse officielle qui permet de satisfaire la passion en se soustrayant au devoir. La force de volonté des indi­ vidus s'effrite et se détruit graduellement: par consé- , quent l'équilibre moral social en sera fortement attaqué.

Malgré son apparent anti-communisme, elle accueille favorablement les nou­ velles venues de Pologne: congrès d'enfants organisés par les communistes,

2 exercices physiques prescrits aux travailleuses polonaises

TLF traite des thèmes les plus divers: droit de vote, éducation, «bolchévisme», travail des femmes et des enfants, événements d'actualité, collaboration entre les deux sexes, religion, paix, télécommunications... Les articles de journaux de TLF renferment une quinzaine de thèmes de reven­ dications et, s'y rattachant, de nombreux moyens d'action; quel que soit le sujet étudié, un même principe sous-tend le raisonnement: l'importance de l'éducation civique et sociale des femmes.

TLF, «Réponses à VU», p. 4. (dans Fonds TLF, A.S.Q., Polygraphie 246-1).

2

Voir TLF, «Belle initiative des jeunes de France», la Patrie, Montréal, samedi 13 octobre 1934, p. 30., et «Education physique des ou­ vriers», la Patrie, Montréal, 20 juillet 1935, p. 39.

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Evidemment, la situation nouvelle qui est faite aux femmes par l'exercice de leur droit de vote leur donne des responsabilités auxquelles elles n'ont pas le droit ni le choix de se soustraire. 2 C'est pourquoi il est opportun et urgent de vulgariser l'éducation civique, afin que nos femmes réalisent au plus tôt la structure même de notre système démocratique.!

TLF accorde une grande importance à l'amélioration de l'ordre social, tant au niveau national que mondial. Pour stabiliser l'activité économique canadienne, elle propose plus de justice, de volonté, de charité, plus de collaboration entre les deux sexes, la création d'oeuvres sociales et d'as­ sociations chrétiennes (qui, bien sûr, s'occuperaient de l'éducation civi­ que des femmes) et ... l'élection d'un bon gouvernement. TLF croit ferme­ ment que la femme doit jouer un rôle dans cette urgente restauration so­ ciale; l'égalité des droits et la collaboration entre hommes et femmes per­ mettraient à ces dernières de pénétrer le marché du travail et les organis­ mes publics, et d'enrichir ainsi le pays de ses ressources d'altruisme, de dévouement, d'abnégation, de confiance, de tolérance. Si la société ou­ bliait ses préjugés, des femmes pourraient occuper des fonctions publiques, et des hommes, «faire marcher la maison». La femme peut aider le Canada à réformer ses moeurs électorales, à pondérer le choix de ses candidats et élus politiques, à acquérir la volonté de détruire les grands fléaux: l'al­ coolisme, la prostitution, la tuberculose.

La démocratie aussi est bien malade, et cette falsification de ses orientations prouve encore une fois la nécessité d'une éducation civique appropriée: bien renseigné, le peuple élirait des représentants honnêtes, sincères et compétents qui, à leur tour, rédigeraient des lois sages et sensées. Le système démocratique, affirme TLF, profiterait de la présence de femmes à des postes importants.

Les organisations comme la S.D.N. et l'institut de coopération intel­ lectuelle, certains quotidiens et postes de radio, qui fondent leurs ac­ tions sur des principes chrétiens, qui cherchent des solutions pacifiques aux problèmes internationaux et qui favorisent les contacts entre les

TLF, «Progrès rapides du féminisme au Brésil», la Patrie, Montréal, vendredi 19 mai 1933, p. 2.

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lieux de pouvoir, luttent contre le mal et contribuent ainsi à la paix mon­ diale. Une bonne éducation générale pour tous dans les domaines de la reli­ gion, de la morale, de l'hygiène, de la politique, des connaissances prati­ ques, aiderait à renverser le communisme, combattre les gouvernements mal­ honnêtes et guérir la démocratie malade. L'humanité doit chercher le bon­ heur, non dans le matérialisme et la réussite sociale, mais dans l'entraide et la satisfaction du devoir accompli.

A la fois moderne et conservatrice, la journaliste expose sa «théorie de l'évolution». Une éducation chrétienne, un esprit civique et un «gros bon sens» - où le «gros bon sens» consisterait à nommer des

femmes là où elles accompliraient plus de bien que les hommes, par exemple, dans la carrière policière^ - tout cela devrait faire partie du processus de modernisation du système.

Le thème du communisme - ou plutôt de 1'anti-communisme - revient fré­ quemment. Révoltée à l'idée que les bolchévistes puissent associer l'amour maternel à une sorte d'instinct animal, elle propose deux remèdes à l'inva­ sion communiste: la conservation et la pratique de la religion catholique, qui aideraient à combattre les Russes et, ainsi, à préparer la venue du rè­ gne du Christ,

Alors que les bolchévistes essayent de détruire ce dogme [de Pâques] qui est notre raison même de croire, plus que jamais nous devons célébrer avec éclat, respect et amour cet anniversaire qui évoque dans nos esprits et nos coeurs une si sainte et si majestueuse émotion.

et l'intervention de l'Etat:

En Angleterre, et dans plusieurs pays européens, il s'est formé des ligues qui, publiquement, combattent le bolché- visme. N'y aurait-il pas utilité pratique à ce que nous ayons aussi la nôtre dans cette province et dans tout le Canada? 3 Comme l'ont déjà dit tant de voix autorisées, plus que jamais l'action sociale organisée est nécessaire au bonheur et au bien-être des peuples.3

Voir TLF, «Nécessité de nommer des femmes comme agents de police au pays», la Patrie, Montréal, samedi 8 juillet 1933, p. 20.

2

TLF, «L'origine chrétienne des oeufs et des lis de Pâques», la Pa­ trie, Montréal, samedi 15 avril 1933, p. 14.

3

TLF, «Le rôle néfaste que joue le bolchevisme», la Patrie, Montréal, lundi 23 janvier 1933, p. 13.

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TLF revendique aussi l'égalité de droits entre les deux sexes. Pour la femme, elle réclame:

- le droit de posséder et d'administrer ses biens propres; - le droit d'ester et d'être citée en justice;

- un statut légal digne d'un être humain et d'une mère de famille; - le droit de vote au provincial;

- le droit d'être consultée dans la gestion des affaires publiques; - le droit au travail rétribué.

La militante propose donc la création d'une sous-commission de la condi­ tion de la femme aux Nations Unies, la propagation du féminisme, qui forme des porte-parole pour défendre les intérêts des femmes, et une éducation permettant à une femme de développer sa personnalité propre et d'acquérir la compétence pour gérer sa vie. Le féminisme chrétien, une nouvelle notion dans 1'Eglise du temps, peut aussi aider la femme à sortir de son état de servitude et l'inciter à prendre sa place dans la société.

Les femmes doivent acquérir un sens aigu de leurs responsabilités, pro­ clame TLF. Aussi la journaliste incite-t-elle les mères à accorder autant d'importance à l'éducation de leurs filles qu'à celle de leurs garçons. Or, pour bien remplir leur fonction pédagogique, elles doivent se renseigner sur tous les problèmes de la vie: alimentation, hygiène, logement, politique, économie, devoirs civiques, etc. Les «non-mères» doivent aussi devenir so­ lidaires des autres femmes en faisant partie des associations et des con­ seils publics, en prenant leur place dans la vie politique, en développant leur culture intellectuelle, en créant des emplois réservés aux femmes, en représentant leur sexe au Parlement.

Mère de quatre enfants, TLF accorde une attention spéciale à la quali­ té de l'enseignement. L'école, affirme-t-elle, forme la société de demain: les maisons d'enseignement devraient adapter l'école au marché du travail en investissant dans l'orientation professionnelle, former des professeurs compétents, veiller que le comité de l'instruction publique élabore des pro­ grammes intelligents et exiger du gouvernement la sanction d'une loi sur la scolarité obligatoire. Les différents média, les journaux et la radio peu­ vent aussi contribuer à l'expansion des connaissances.

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La famille est la base de la société, et la femme, la protectrice de ce noyau de vie. TLF réclame donc la création de cours juvéniles, d'un minis­ tère où des femmes compétentes aideraient les ménagères et les assistantes- familiales à acquérir les qualités psychologiques et les connaissances in­ dispensables à leurs fonctions. Une collaboration entre le père et la mère, ainsi qu'une législation sur la santé féminine, contrihueraient à la protec­ tion de l'enfance, autre thème cher à TLF.

L'auteure désirerait en effet que les médecins s'occupent autant du corps procréateur des femmes que les prêtres s'occupent des âmes. La femme en congé de maternité devrait recevoir une indemnité suffisante, et la mère qui revient au travail, bénéficier de deux pauses quotidiennes.

TLF réclame du travail, ou à tout le moins, du secours pour toutes et préconise l'instauration de la semaine de quarante heures pour contrer le chômage.

Mais, comme le diraient Véronique O'Leary et Louise Toupin, «nous som­ mes le produit d'un contexte»^. Ecrits cinq ans plus tôt ou plus tard, les textes de TLF auraient probablement été fort différents: ils n'auraient ni revendiqué les mêmes choses, ni prêché les mêmes moyens d'action, ni prôné les mêmes valeurs. Publiés en pleine crise économique, ils témoignent du premier «décrochage» idéologique important qu'ait subi la collectivité.

Durant les années 30, le Québec connaît un retour à la prospérité grâ­ ce â l'essor industriel touchant la pâ^.e de bois, le papier, les textiles, le tabac, 1'hydro-électricité, le blé, les métaux non-ferreux et le chemin de fer. Les hommes d'affaires profitent de cette croissance économique inespérée en favorisant au maximum l'industrialisation et l'urbanisation, mais, inexpérimentés, ils n'ont pas su «déchiffrer les signes

d'essouffle-9

ment de l'économie nord-américaine» : la production industrielle s'est ac­ cumulée dans les usines qui, bientôt, fermeront leurs portes. Le 24 octo-1 Véronique O'Leary et Louise Toupin, Québécoises deboutte!, Montréal, éd. du Remue-Ménaqe, vol. 1, 1982, p. 21.

2

Fernand Dumont, Jean Hamelin, Jean-Paul Montminy, Idéologies au Ca- nada français 1930-1939, Québec, PUL, 1978, p. 21.

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bre 1929, jeudi noir du krach, le marché boursier de New York s'effondre et marque le début d'une pénible période: la célèbre crise des années 30, qui devait s'étirer jusqu'à la seconde guerre mondiale.

Anormalement longue et brutale, cette récession se caractérise par ce fait: la population, très industrialisée mais peu urbanisée, recourt à des moyens traditionnels comme 1'Eglise, les bonnes oeuvres, le conseil munici­ pal ou la famille pour y remédier.

Voici une pauvre famille dont le père n'a pas d'ouvrage, Madame X, toujours bien bonne, s'empresse d'aller à son secours, lui apporte des vivres, voir [sic] même lui donne quelque argent. % Madame Z [...] cherche [.. j à lui obtenir une position afin qu'il gagne honorablement sa vie, et soutienne sa famille.1

La crise des années 30 se distingue aussi par la mentalité des gouvernements au pouvoir convaincus qu'il ne leur appartient pas de faire disparaître la misère du peuple.

Premier ministre du Québec depuis le 9 juillet 1920, date de la démis­ sion de Lomer Gouin, Louis-Alexandre Taschereau dirige la province jusqu'au 11 juin 1936. Instigateur de la création de la Commission des liqueurs et aux prises avec le problème des écoles juives, Taschereau doit affronter la dure tâche de gouverner en temps de crise. Forcé à intervenir dès le premier signe de récession, lors du début de la crise du papier en 1928, le Premier ministre se rend jusqu'à New York pour négocier avec les représen­ tants des grandes papeteries qui, deux ans plus tard, se trouvent réduites au nombre de cinq. Bien que chargé d'une dette négligeable, le Québec ne s'en trouve pas moins déséquilibré économiquement par la crise et, bientôt, les diverses «lois de l'aide aux chômeurs» n'arrivent plus à subvenir aux besoins des sans-travail dont le nombre augmente rapidement: 14% de la po­ pulation en 1930, 19,3 en 1931 et 26,4 en 1932. Débordé et affolé, le gou­ vernement Taschereau vote, le 2 mai 1935, une loi encourageant la colonisa­ tion et le retour à la terre. Ce thème, très populaire chez les idéologues

TLF, «Education civique et action sociale: l'action sociale», le Journal, Québec, samedi 11 avril 1931, p. 10.

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du temps, devient même assez crédible pour faire augmenter, entre 1931 et 1941, le nombre de fermes occupées de 13,9%.

Il n'y a pas que chez nous où l'on se désole de voir l'abandon des campagnes; ce mouvement a été général un peu partout. Il y a certainement eu un attrait très fort pour la vie des villes, et, à cette heure de dépression, les villes ne peuvent plus nourrir tous leurs citoyens. Le mouvement de retour à la terre est donc préconisé comme politique pratique, devant aider sérieusement au redressement économique des pays mal équilibrés quant à la répartition de leurs habitants.2

Le 4 avril 1930, on sanctionne le projet de loi 69 «concernant la créa­ tion d'une commission chargée d'étudier un système d'assurance sociale dans la province»; Edouard Montpetit, entouré de Mgr Georges Courchesne, Fred G. Scott, John T. Foster, Gérard Tremblay, Alphonse Lessard et Georges Savoy, en devient le président le 2 octobre suivant. Publié en 1933, le rapport de la commission Montpetit présente des solutions au problème de l'enfance et propose une série de réformes sociales telles que allocations aux mères nécessiteuses, allocations familiales, assurance du vieil âge, assurance- chômage , assurance-maladie-invalidité.

En avril 1934, Paul Gouin, Calixte Cormier, Jean Martineau, Fred Monk et les partisans de Philippe Hamel, dentiste québécois militant contre les trusts de l'électricité, s'unissent pour créer 1'Action libérale nationale, s'inspirant fortement du Programme de Restauration sociale, rédigé en 1933 par l'Ecole Sociale Populaire: se prononçant contre le capitalisme et l'im­ migration, il prône le corporatisme. Déçu du gouvernement, le nouveau par­ ti se joint aux conservateurs québécois, alors dirigés par Maurice Duples­ sis, pour déloger les libéraux provinciaux. Ils atteignent leur but le 11 juin 1936, lorsque Louis-Alexandre Taschereau cède sa place à Adélard God- bout qui déclenche immédiatement des élections. Le 24 août suivant, Maurice Le Noblet Duplessis devient Premier ministre du Québec.

La situation n'est guère plus reluisante pour Richard Bedford Bennett, Denis Monière, le Développement des idéologies au Québec, Montréal, éd. Québec/Amérique, 1977, p. 274. ~ '...

2

TLF, «Pour que la femme aime davantage la campagne», la Patrie, Montréal, mercredi 5 avril 1933, p. 2.

(17)

Premier ministre du Canada depuis le 7 août 1930. Elu à la suite de Mac­ kenzie King qui aurait promis, en avril 1930, de ne jamais permettre au gou­ vernement fédéral de donner une quelconque allocation aux sans-emploi, Ben­ nett accorde différentes aides financières à la population: primes de vente aux cultivateurs de l'Ouest, fonds de secours au cartel des céréales, tra­ vaux publics, secours aux chômeurs, et réclame une commission d'enquête sur les prix et les conditions de travail.

Avec le Statut de Westminster sanctionné le 11 décembre 1931, le «Domi­ nion» du Canada peut désormais voter des lois entrant en contradiction avec la politique britannique.

La conférence économique impériale d'Ottawa s'ouvre le 21 juillet 1932. L'Afrique du Sud, l'Etat libre l'Irlande, la Rhodésie du Sud et principale­ ment le Royaume-Uni y négocient des préférences tarifaires réciproques avec

le Canada. Sur le marché anglais, le blé, le beurre, le fromage, les fruits, les oeufs, le cuivre et le tabac canadiens sont privilégiés, tandis que le Canada consent un dégrèvement tarifaire sur plus de 200 articles d'exporta­ tion britannique. Aucune entente n'est conclue entre le Canada et les Etats- Unis qui modifient leurs tarifs pour d'autres pays étrangers.

Malgré tous ces efforts, et bien que la reprise économique semble s'an­ noncer fermement pour 1934, le chômage continue à ravager le pays et atti­ ser le mécontentement des gens. Trois principaux nouveaux partis politiques fédéraux sont fondés: le «Reconstruction Party», le C.C.F. («Co-operative Commonwealth Fédération») et le «Social Crédit»; tous trois proposent des mesures qui amélioreraient directement le sort du citoyen (révision des con­ ditions de travail, nouveau partage de 11 impôt, distribution mensuelle de di­ videndes, etc.). Finalement, le 23 octobre 1935, Mackenzie King redevient

2 Premier ministre libéral du Canada.

n.: Le Statut de Westminster donne aussi au Canada le pouvoir de vo­ ter des lois d'une portée extraterritoriale, et le droit de désigner lui- même son gouverneur général.

2

n.: Les libéraux remportent 171 sièges, les conservateurs, 39, le «Social Crédit», 17, le C.C.F. , 7, le «Reconstruction Party», 1.

(18)

«La dépression économique fait subir [...] un choc sérieux à la quiétude béate d'un 1ibéralisme trop sûr de lui-même»^. Pendant que les politiciens créent de nouveaux partis pour transformer l'ordre social, les idéologues, eux aussi, proposent des moyens d'échapper à cette vague d'individualisme et de matérialisme qui sévit alors dans les sociétés occidentales: s'«occu- per des femmes, dans la vie publique, c'est tout de suite donner une impul­ sion aux forces spirituelles de la vie, souhaitons que l'on se dégage de

2

l'ornière où nous a enlisé un matérialisme aveugle et tenace... Le natio­ nalisme, le corporatisme et le renouveau religieux constituent les trois réponses apolitiques aux malaises de cette décennie.

Le nationalisme comme solution au bouleversement économique se présente sous deux visages: celui d'Henri Bourassa et celui de Lionel Groulx. Dans le Devoir qu'il a fondé, Bourassa dénonce l'alliance manifeste entre les trusts-monopoles et le régime Taschereau.

Le Devoir est politique dans la mesure où il s'oppose; il est complètement apolitique quant au reste. Il se révèle incapable de cerner l'action concertée d'un «nous» et encore moins de soumettre un projet à cette collecti- vi té.

La pensée de Groulx est beaucoup plus idéaliste. S'appuyant sur les principes de la foi et de la conversion, il tente de rallier et de fixer la nation dans un état d'âme. Il cherche «un chef entraîneur, un excitateur d'enthousiasmes et de volonté, qui soit aussi un calme ordonnateur d'éner­ gies, un homme qui sache par quelle politique organique, persévérante l'on

4

sauve un pays» . Irréaliste, la doctrine groulxiste est condamnée à rester enfermée dans le discours.

Elaborée sous l'impulsion de la «paranoïa anti-communiste» des années 30 qui pousse à associer non-conformisme à bolchévisme, la thèse du

corpo-1 Fernand Dumont, Jean Hamel in, Jean-Paul Montminy, Idéologies au Cana- da français 1930-1939, Québec, PUL, 1978, p. 29.

2

---TLF, «L'aide aux chômeuses aux E.-Unis», la Patrie, Montréal, samedi 2 mars 1935, p. 37.

3

Fernand Dumont, Jean Hamel in, Jean-Paul Montminy, Idéologies au Cana­ da français 1930-1939, Québec, PUL, 1978, p. 32. ....

4

(19)

ratisme est principalement propagée par l'Ecole Sociale Populaire: elle veut adapter le capitalisme à la religion et aux valeurs traditionnelles; le mouvement Desjardins, par exemple, allie les principes matériels de l'é­ pargne et du crédit au principe moral de la charité chrétienne.

Souhaitons que le public réalise la force que peut pro­ curer la solidarité de l'effort; . J la valeur d'un paquet de cigarettes, d'une livre de bonbons, d'une sé­ ance de vues animées, ou d'une revue est un sacrifice si léger, même pour les jeunes, et le grand nombre mul­ tiplié à l'infini représenterait une si belle offrande totale. 1

TLF, «La charité doit augmenter en proportion de la crise», la Pa­ trie, Montréal, mardi 4 avril 1933, p. 2.

Fonds TLF, A.S.Q., Polygraphie 241.

Se distinguant du nationalisme et du corporatisme en tant que diffu­ seurs de valeurs modernes, la revue la Relève et la Jeunesse étudiante ca­ tholique (JEC) traitent de l'homme en général et travaillent pour le bien

du monde entier. En débordant les cadres du catholicisme québécois et de 1'Eglise tout court, les deux mouvements permettent aux adolescents du

temps de s'initier à la doctrine catholique française et à la rigueur Intel- 1ectuelle.

La décennie 1930-1940 se caractérise donc par un désir de progresser dans le sillage des valeurs traditionnelles. Bien que tous s'entendent, à l'époque, pour affirmer que le clergé catholique ne peut rien pour le ré­ tablissement de l'activité économique, la population s'enlise dans les sen­ tiers battus de la société pré-industriel1e.

Nous, les femmes nous ne sommes pas en rang, ni au point de vue social ni au point de vue politique, c'est pourquoi des personnes de mon genre n'ont pas de place pour travailler,?

écrit TLF le 27 avril 1946, dans un court bilan de sa vie. Les sociétés en mutation cherchent à résoudre leurs problèmes économiques, mais, pris en main par les dirigeants habituellement masculins, les changements impor­

(20)

tants s'orientent aussi au masculin. TLF a vécu dans cette époque où les politiciens avaient «trop de choses à faire» pour penser au suffrage des femmes: la société des hommes a évolué, mais on a laissé les femmes trotti­ ner derrière.

Dès que je le pourrai, disait TLF, j'écrirai ce livre [sur le féminisme] [...] car je l'ai tout dans ma tête, et je suis convaincue que chez nous ce livre est né­ cessaire, mais il n'est pas nécessaire que ce soit moi qui l'écrive. Ce n'est donc pas par manque de convic­ tion ni par dépit de ne pas avoir été comprise par une société qui ne se comprend pas elle-même, mais bien u- niquement par manque de temps matériel pour écrire que je ne 1'ai pas fait.1

Heureuse d'avoir exhumé ces textes d'une femme active et convaincue avant qu'ils ne soient tout à fait désarmorcés, je continue à croire que cette thèse peut avoir son utilité encore aujourd'hui. J'espère qu'elle aura au moins fait comprendre aux femmes qu'elles doivent profiter du bou­ leversement social actuel pour s'approprier la part du pouvoir de décision qui leur revient.

1

(21)

CHRONOLOGIE

1791-1792

du 16 septembre 1791 au 31 décembre 1792

L'Acte constitutionnel définit les électeurs comme «des personnes qui pos­ séderont chacune» «une habitation ou un lopin de terre» et qui en retire­ ront «un revenu annuel de cinq livres sterling ou plus» ou «des personnes» qui auront habité un logement de la municipalité pendant douze mois «au taux de dix livres sterling ou plus par année».

1834 18 mars

Sanction de la loi (Acte) sur les contestations relatives aux élections des membres pour servir dans la Chambre d'Assemblée et pour révoquer certains Actes y mentionnés: « [...J après la passation de cet Acte, aucune fille, femme ou veuve ne pourra voter à aucune élection dans aucun Comté, Cité ou Bourg de cette Province».

1849 30 mai

Sanction de la loi (Acte) pour abroger certains Actes y mentionnés, et pour amender, refondre et résumer en une seule loi les diverses dispositions des statuts maintenant en vigueur pour régler les élections des membres qui re­ présentent le peuple de cette Province à 1'Assemblée Législative. « . .1 Et qu'il soit déclaré et statué qu'aucune femme n'aura droit de voter à au­ cune telle élection, soit pour un comté ou riding, soit pour aucune des ci­ tés ou villes».

1870

24 décembre

Le 2e ch. du code municipal de la province de Québec déclare qu1«est élec­ teur municipal [.. J tout individu [...] du sexe masculin, majeur et sujet de Sa Majesté». (projet de loi 2)

(22)

1883 23 mai

Annulation du projet de loi 77 présenté le 13 avril 1883 par John A.Macdo­ nald prescrivant que toutes les femmes ayant les qualifications requises aient le droit de voter.

1886

18 octobre

Naissance de Thaïs Lacoste-Frëmont, fille de Marie-Louise Globensky et d'Alexandre Lacoste.

20 octobre

Baptême de TLF, en l'église de Saint-Jacques-1 e-Mineur.

1904 21 juin

Fin des études de TLF.

1907

Justine Lacoste-Beaubien crée l'hôpital Sainte-Justine pour enfants.

1908

22 février

Avec ses parents et sa soeur Berthe, voyage de sept mois en Europe: France, Angleterre, Bretagne, Suisse, Belgique, Italie.

8 mars

Le 8 mars est déclaré congé international en souvenir des premières manifes­ tations des ouvrières syndiquées aux Etats-Unis.

8 octobre

Ouverture officielle de l'Ecole d'enseignement supérieur pour jeunes filles.

1909 8 mai

Fiançailles de Thaïs Lacoste et de Charles Frémont.

1910 30 mai

(23)

Mariage de Thaïs Lacoste et de Charles Frémont. 13 septembre

TLF élit domicile au 191 de l'avenue des Erables, à Québec. 4 octobre

Marie Gérin-Lajoie, nièce de TLF, devient la première bachelière es arts.

1912

23 décembre

Naissance de Thérèse, fille aînée de TLF.

1914 9 mars

Mme Langstaff, canadienne, devient la première femme à obtenir un diplôme de droit de 1'Université Mc Gill. La Cour l'empêche de plaider.

Déclaration de guerre entre l'Autriche et l'Allemagne. 4 août

Début de la 1 guerre mondiale.

1916

28 janvier

Les femmes du Manitoba obtiennent le droit de vote. 14 février

TLF donne naissance à Madeleine. 14 mars

Les femmes de la Saskatchewan obtiennent le droit de vote.

1917 5 avril

Les femmes de la Colombie britannique obtiennent le droit de vote. 12 avril

Les femmes de l'Ontario obtiennent le droit de vote. 17 juillet

(24)

20 septembre

Le projet de loi 127, intitulé «loi des électeurs militaires», est sanction­ né: «"Electeur militaire" signifie et comprend quiconque, homme ou femme, Q.. 7] a été [..J nommé, engagé ou appelé pour et mis en service actif en tant que faisant partie des Forces expéditionnaires canadiennes».

1918

du 29 mars au 2 avril

Violentes manifestations anticonscriptionnistes à Québec et à Montréal. 23 avril

Départ pour la guerre des premiers conscrits. 26 avril

Les femmes de la Nouvelle-Ecosse obtiennent le droit de vote. 20 mai

TLF se fait enlever, à 1'Hôtel-Dieu de Québec, un «kyste osseux» dans la gencive.

24 mai

Sanction du projet de loi 3: «Toute personne du sexe féminin doit avoir le droit de voter à une élection fédérale».

11 novembre

Fin de la guerre 1914-1918.

1919 17 avril

Les femmes du Nouveau-Brunswick obtiennent le droit de vote. 19 avri 1

Les femmes de l'Alberta obtiennent le droit de vote. 11 décembre

Mort de la mère de TLF, décédée à la suite d'une forte indigestion, à l'âge de 70 ans; elle a écrit son journal jusqu'au 10 décembre 1919.

1920

,er . . 1 juillet

Sanction de la «loi concernant l'élection des députés à la Chambre des Com­ munes et le cens électoral» (projet de loi 12): le «candidat» ou «"candidat

(25)

à une élection", comprend toute personne élue député à la Chambre des Commu­ nes du Canada», et que «"personne" comprend l'électeur, le votant et le candidat».

9 juillet

A la suite de la démission de Lomer Gouin, Louis-Alexandre Taschereau de­ vient Premier ministre libéral du Québec.

1921

12 octobre

Ethel Mac Lachlan, première femme-juge â la cour juvénile, suggère que les tribunaux pour enfants soient dotés de personnel féminin.

1922 2 avril

Les femmes de 1'Ile-du-Prince-Edouard obtiennent le droit de vote. 18 août

Naissance de Claude, fils de TLF. 29 décembre

Sanction de la «loi concernant les cités et les villes»; le projet de loi 3 définit ainsi l'électeur: «Les personnes [...J âgées de vingt et un ans ré­ volus, sujets britanniques, [..J du sexe masculin et les veuves ou filles majeures, inscrites sur le rôle d'évaluation en vigueur, comme propriétai­ res ou occupantes de bonne foi de biens-fonds, dans la municipalité, d'une valeur de deux cents dollars ou au-dessus, telle que portée audit rôle d'é- valuati on».

1923 17 août

Décès d'Alexandre Lacoste, père de Thaïs, âgé de 81 ans.

1925 13 avril

Les femmes de Terre-Neuve âgées de 25 ans ou plus obtiennent le droit de vote.

1926 , er . . 1 jui n

(26)

Québec a désormais son club politique féminin, grâce à TLF qui a organisé son association de femmes conservatrices.

14 septembre

Les libéraux, dirigés par W.L. Mackenzie King, remportent les élections fé­ dérales.

1927

Emily Murphy, Nellie Mc Clung, Irene Parlby, Louise Mc Kinney et Henrietta Muir Edwards demandent à la Cour suprême de leur dire si le mot «personnes», dans l'Acte de l'Amérique du nord britannique, désigne aussi bien les femmes que les hommes. Les juges répondent que le mot «personnes» ne comprend que les hommes.

mars

A Toronto, TLF, présidente du Women's Canadian Club et de l'Association des Dames conservatrices de Québec, prêche la bonne entente entre les popula­ tions du Québec et de l'Ontario.

10 mars

Rejet en 2 lecture du projet de loi 176, intitulé «Loi modifiant la Loi électorale de Québec relativement au droit de vote des femmes et à leur éli- gi bi1i té».

Les projets de loi 176, 162, 190, 203, 153, 177, 170, 181, 158, 180 et 182, concernant le droit de vote des Québécoises, seront également rejetés les 23 février 1928, 27 février 1929, 5 mars 1930, 25 mars 1931, 20 janvier 1932, 22 février 1933, 21 février 1934, 20 mars 1935, 27 mai 1936, 17 mars 1938 et 30 mars 1939.

10 octobre

Election de R.B. Bennett à la direction du parti conservateur. 12 novembre

Dîner offert par la délégation de la province de Québec à la convention na­ tionale conservatrice de Winnipeg à l'Hôtel Mont-Royal; TLF co-préside ce premier banquet mixte.

21 novembre

A l'Hôtel Mont-Royal de Winnipeg, TLF prononce un discours devant les mem­ bres du Montreal Women's Club.

(27)

1928

23 février

Projet de loi 176 sur le suffrage féminin rejeté par 1'Assemblée législative. 14 mars

La Cour suprême du Canada reçoit une pétition signée par Emily Murphy, Nel- lie Mc Clung, Louise Mc Kinney, Irene Parlby et Henrietta Muir Edwards, où elles demandent que les femmes soient considérées comme des «personnes». 24 avril

Réponse de la Cour suprême: «Dans l'affaire en regard à la signification du mot "personnes" dans la section n° 24 de l'Acte de l'Amérique du nord bri­ tannique de 1867 [,1] es femmes ne sont pas "considérées comme des person­ nes" dans le sens où on l'entend dans la section n° 24 de l'AANB de 1867, et ne peuvent donc pas être nommées au Sénat du Canada par le gouverneur gé­ néral ».

1929

27 février

Projet de loi 162 sur le suffrage féminin rejeté par 1'Assemblée législative. 18 octobre

«Les Lords en sont venus à la conclusion que le mot "personnes " désigne les membres du sexe masculin et du sexe féminin, et qu'il faut donc répondre par l'affirmative à la question posée par le gouverneur général; les femmes peuvent donc être convoquées au Parlement, et devenir membres du Sénat cana­ dien», tranche le Conseil privé britannique, réglant 1'«affaire personne». 24 octobre

Krach du jeudi noir: le marché boursier new-yorkais s'effondre et marque le début de la crise économique des années 30.

14 décembre

Des médecins de 1'Hôtel Powers de Paris enlèvent un os de la mâchoire de TLF.

1930 er

1 janvier

Nomination de TLF comme chef des femmes conservatrices de la province de Québec.

(28)

15 février

Cairine Wilson devient la première femme sénateure. 19 février

Rejet du projet de loi 186, intitulé «Loi modifiant la Loi du barreau rela­ tivement à l'admission des femmes à l'étude et à la pratique du droit». Le 26 mars 1931, on refusera de nouveau ce projet de loi (207).

5 mars

Projet de loi 190 sur le suffrage féminin rejeté par 1'Assemblée législative. 4 avril

Sanction du projet de loi 69, intitulé «Loi concernant la création d'une commission chargée d'étudier un système d'assurance sociale dans la province». 7 août

R.B. Bennett, conservateur, devient Premier ministre du Canada. 11 décembre

Sanction du projet de loi 2, intitulé «Loi de l'aide aux chômeurs 1930»: «Le Dominion paiera à la Province, pour distribution aux municipalités in­ téressées, un tiers du montant dépensé par ces municipalités pour soulager directement les chômeurs, dans les endroits où on ne peut procurer un em­ ploi convenable à ces derniers».

1931 11 mars

Sanction de la «Loi modifiant le Code civil, le Code de procédure civile et les Statuts refondus 1925, relativement aux droits civils de la femme» (pro­ jet de loi 52): la femme obtient la libre administration de son salaire et peut intenter une action en dommages-intérêts pour injure personnelle; dé­ sormais, la femme séparée de biens a droit à tous les actes de la vie civile, et le mari ne peut disposer des immeubles de la communauté sans l'autorisa­ tion de son épouse.

25 mars

Projet de loi 203 sur le suffrage féminin rejeté par 1'Assemblée législative. 3 août

Sanction de la loi fédérale «conférant certains pouvoirs au gouverneur en son conseil pour remédier au chômage et aider 1'agriculture, et maintenir la paix, l'ordre et la bonne administration au Canada».

(29)

24 août

Réélection du gouvernement Taschereau. 26 novembre

Sanction du projet de loi 17, intitulé «Loi de l'aide aux chômeurs 1931»; présentée par M. Francoeur, la loi déclare que le «Dominion devra payer à la province, pour qu'elle soit remise à toute municipalité située dans le territoire de la province, la proportion des dépenses de la municipalité pour "secours directs " dont il sera convenu entre la province et le Dominion, lorsque l'on ne pourra pas procurer un emploi convenable aux chômeurs».

11 décembre

Sanction du Statut de Westminster, adopté par la Chambre des Communes le 30 juin 1931 et par le Sénat le 6 juillet suivant.

1932

20 janvier

Projet de loi 153 sur le suffrage féminin rejeté par 1'Assemblée législative. 19 février

Sanction du projet de loi 42, intitulé «Loi modifiant la Loi de l'aide aux chômeurs 1930».

20 mai

Jacques, fils de TLF, meurt d'une péritonite à l'âge de quatorze ans. 21 juillet

Début de la Conférence économique impériale d'Ottawa. du 26 septembre au 17 octobre

TLF, M. Cahan et M. Henry F. Munro représentent le Canada aux assises de la Société des Nations à Genève.

1933

22 février

Projet de loi 177 sur le suffrage féminin rejeté par 1'Assemblée législative. 6 mars

F.D. Roosevelt, nouvellement assermenté comme président des Etats-Unis, ferme temporairenient toutes les banques et convoque d'urgence son gouvernement.

(30)

9 mars

Journée des Treize: treize clercs influents, dont Mgr Eugène Lapointe, vi­ caire général honoraire de Chicoutimi, Mgr Charbonneau, vicaire général d'Ottawa et Mgr Duranleau, curé de Sorel, se réunissent, sous les auspices de l'Ecole Sociale Populaire; en réponse au Manifeste de Regina du C.C.F., ils rédigent le Programme de Restauration Sociale, version québécoise de 1'encyclique Quadragesimo anno.

26 mars

Incendie de l'église de Saint-Jacques-le-Mineur. 30 juin

Fin de l'exercice financier du Québec. Déficit de $6 840 000. Diminution de recettes: $2 500 000 à la Commission des liqueurs, $1 500 000 aux Terres et Forêts, $900 000 à l'impôt sur les successions, $400 000 aux taxes sur l'essence, $650 000 aux permis et licences; dette: $83 500 000.

19 juillet

Première convention nationale du C.C.F., à 1'Hôtel de ville de Regina. 14 août

g

TLF est déléguée à la 5 conférence biennale de l'institut des Relations du Pacifique, à Banff.

12 décembre

Les journaux annoncent que TLF deviendra probablement sous peu la 2e femme sénateure.

1934

21 février

Projet de loi 170 sur le suffrage féminin rejeté par 1'Assemblée législative.

1935

23 janvier

Rejet du projet de loi 172, intitulé «Loi concernant le travail des femmes et des filles».

20 mars

(31)

2 mai

Le projet de loi 44, intitulé «Loi pour promouvoir la colonisation et le re­ tour à la terre», est sanctionné.

20 juillet

Iva Campbell Faills est nommée au Sénat. 23 octobre

Mackenzie King redevient Premier ministre libéral du Canada.

1936 27 mai

Projet de loi 158 sur le suffrage féminin rejeté par 1'Assemblée législative. 11 juin

Suite à la démission de L.-A. Taschereau, Adélard Godbout devient Premier ministre libéral du Québec.

24 août

Maurice Le Noblet Duplessis devient Premier ministre du Québec.

1937 24 mars

Sanction du projet de loi 8, intitulé «Loi du Cadenas» ou «Loi protégeant la province contre la propagande communiste».

14 avril

Sanction du projet de loi 21, intitulé «Loi instituant l'assistance aux mè­ res nécessiteuses».

1938 17 mars

Projet de loi 180 sur le suffrage féminin rejeté par 1'Assemblée législative. 11 mai

Le Comité Catholique de l'instruction Publique adopte les Règlements des Ecoles Ménagères, rédigés par l'abbé Albert Tessier.

21 septembre

Décès de Thérèse, fille de TLF, âgée de 26 ans et emportée par la tubercu- 1 ose.

(32)

1939 30 mars

Projet de loi 182 sur le suffrage féminin rejeté par l'Assemblée législative. 25 août

Mackenzie King applique la loi des mesures de guerre. 10 septembre

Sept jours après 1'Angleterre, le Canada, avec une armée de 4000 hommes, dé­ clare la guerre à l'Allemagne.

1940 25 avril

Sanction du projet de loi 18, intitulé «Loi accordant aux femmes le droit de vote et d'éligibilité».

1941 er

1 janvier

Entrée en vigueur de la «Loi accordant aux femmes le droit de vote et d'éli­ gibilité».

9 mai

Sanction du projet de loi 19, intitulé «Loi modifiant la Loi des cités et villes» et accordant «aux femmes le droit de vote et d'éligibilité, et

[empêchant] qu'un mari n'ait le droit de vote par les propriétés de sa fem­ mes s'il n'en est usufruitier».

17 mai

Sanction du projet de loi 53, qui modifie le code municipal de la province de Québec en en retranchant le 2e 3 de l'article 243: «Etre du sexe mas­ culin, ou être fille ou veuve».

26 juin

Le gouvernement canadien veut créer le service féminin de l'armée.

1942

10 janvier

Elizabeth Monk et Suzanne Fil ion deviennent les premières femmes admises au barreau du Québec.

(33)

5 mars

Sanction du projet de loi 10, sur la tenue d'un plébiscite dans chaque cir­ conscription électorale du Canada; question posée lors du plébiscite: «Con­ sentez-vous à libérer le Gouvernement de toute obligation résultant d'enga­ gements antérieurs restreignant les méthodes de mobilisation pour le service militaire?»

27 avril

Jour du plébiscite: au Québec, on répond non à 72%; les autres provinces vo­ tent oui à 80%.

fin d'août

Le Service collectif force les femmes âgées de 20 à 24 ans à s'inscrire entre le 14 et 19 septembre.

1944 21 avril

Les Françaises obtiennent le droit de vote et d'éligibilité. 15 juin

Le C.C.F. gouverne la Saskatchewan, première province à élire un gouverne­ ment socialiste en Amérique du Nord.

15 août

Sanction du projet de loi 161, intitulé «Loi ayant pour objet d'établir des allocations familiales».

1945 8 mai

Fin de la guerre avec l'Allemagne; victoire des nations alliées. juin

TLF rédige le rapport général des débuts du Cercle de Québec sur la S.D.N. . er . .

1 juin

Sanction de la «Loi des jurés»; le projet de loi 36 «établit comme condition d'éligibilité pour tout juré: 1) être du sexe masculin [...J ».

16 juin

(34)

1er juillet

« [.. ’] à compter du 1 jour de juillet 1945, sera versée une allocation à chaque enfant de moins de seize ans ».

6 août Hi roshima. 8 août Nagasaki. 14 août

Fin de la seconde guerre mondiale; bilan des victimes canadiennes: 41 992 morts, 53 000 blessés ou disparus.

1946

16 et 18 février

Les Nations-Unies admettent le principe de l'égalité de droits des hommes et des femmes, et créent une Sous-Commission de la condition de la femme. 2 mai

Naissance de Michel, fils de Madeleine Frémont et de Ernest A. Côté, pre­ mier petit-fils de TLF.

21 juin

Les Nations-Unies confèrent à la Sous-Commission sur la condition de la fem­ me le statut d'une pleine Commission, nommée Commission de la condition de la femme.

1953 8 mai

Mariage de Claude Frémont et de Gabrielle Duval.

1955 17 mars

Naissance de Jacques, fils de Claude Frémont et de Gabrielle Duval.

1957

19 octobre

(35)

1962

5 décembre

Claire Kirkland-Casgrain devient la première femme à être nommée au cabinet ministériel de la législature de Québec.

1963 6 avril

Décès de TLF, après une longue maladie.

1977 18 juin

Sanction du projet de loi 34, intitulé «Loi modifiant la Loi des jurés»: «Nul ne peut remplir les fonctions de juré à moins d'être à la fois citoyen canadien, âgé d'au moins vingt et un ans, domicilié dans une municipalité et porté au rôle d'évaluation de cette municipalité comme propriétaire, lo­ cataire ou occupant».

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PROBLEMES POSES PAR LA TRANSCRIPTION DU TEXTE

I. Choix du texte de base

Les textes de Thaïs Lacoste-Frémont, conservés et déposés dans le Fonds TLF des A.S.Q., se présentent sous trois états. TLF rédige d'abord ses tex­ tes à la main, les dactylographie ensuite en deux exemplaires, et envoie l'original de ce tapuscrit au journal qui le remanie pour le rendre conforme au protocole du journal, élimine les fautes de français et l'altère parfois de manière considérable. On doit donc écarter la version publiée.

Facilement déchiffrable, ne comportant que quelques biffures et correc­ tions autographes, le tapuscrit, deuxième état du texte, pourrait être uti­ lisé comme texte de base. En passant du manuscrit au tapuscrit, TLF modifie son projet d'écriture: elle débarrasse son texte de quelques fautes d'ortho­ graphe et de grammaire, mais ajoute des erreurs typographiques et, surtout, elle censure et rationalise son article^. En le récrivant,el1e altère son ori gi nal.

Voulant rester fidèle à TLF en éditant ce qu'elle voulait mais ne pou­ vait dire en 1930, je choisis donc la manifestation textuelle la plus proche de son vécu et de sa pensée spontanée: les manuscrits, farcis de ratures et d'affronts à la langue française, mais parcourus d'audaces et d'élans du

2 coeur.

n.: Dans les manuscrits, par exemple, les conclusions laissent passer beaucoup plus de sentiments que dans les tapuscrits où elles véhiculent plu­ tôt des messages politiques.

2

Ces manuscrits rejettent «toute modification qui résulte d'un accom­ modement intéressé de l'auteurljel avec sa conscience ou avec son temps», comme dirait Roger Laufer, aux pages 20 et 21 de son Introduction à la tex- tologie (Paris, Larousse, 1972).

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II. Choix des articles de journaux à éditer

L'édition critique des 205 articles de TLF aurait débordé les cadres d'une thèse de maîtrise.J'en ai donc choisi 25. J'ai d'abord résumé chaque article, dégagé les thèmes principaux, éliminé les textes de vulgari­ sation et ceux où l'auteure rapporte intégralement des conférences, des comptes rendus, des statistiques; j'ai alors retenu 25 articles en respec­ tant l'importance que TLF elle-même apporte aux divers sujets traités.

III. Protocole d'édition

J'observe les règles du protocole d'édition adopté par la quarantaine de chercheurs-res qui préparent actuellement l'édition scientifique de 18 oeuvres québécoises des origines à nos jours: «Corpus d'éditions critiques»; mon directeur de thèse, Réal Ouellet, fait partie de ce groupe. Mon corpus

étant constitué de courts textes isolés les uns des autres, j'ai dû remanier certaines directives en m'inspirant principalement de l'édition critique des oeuvres de Saint-Denys Garneau publiée par Jacques Brault et Benoît Lacroix. Voici donc les principales règles que je suivrai:

A. Texte de base: le manuscrit; le tapuscrit, lorsque le manuscrit n'a pas été retrouvé; l'article de journal lorsqu'il reproduit le seul texte disponible.

B. Etablissement du texte: 1. Principes généraux:

a) fidélité au texte, sauf dans les cas où le texte de base présente des ambiguïtés ou entraîne des erreurs d'ordre séman­ tique.

b) toute modification au texte de base est signalée et justifiée. 2. Modifications:

a) fautes d'impression: erreurs de typographie (fautes de frap­ pe, omission, répétition ou substitution de lettres, espacements entre les mots, certaines ratures sans signification, oubli du tiret divisant un mot à la fin d'une ligne, coquilles manifestes). 1 27 articles en 1931, 1 en 1932, 99 en 1933, 49 en 1934 et 34 en 1935.

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b) orthographe et grammaire: en général, je respecte l'ortho­ graphe et la grammaire du texte de base, mais toutes les er­ reurs que l'auteure corrige en passant du manuscrit au tapus- crit sont aussi corrigées dans ma transcription.

c) graphie: la graphie du texte de base est conservée. d) cas particuliers:

- majuscule: ajout de la majuscule omise après le point. - ponctuation: modifiée exceptionnellement pour éviter l'in­

compréhension ou l'ambiguïté, (par exemple, l'omission du point devant la majuscule est corrigée).

- tréma: TLF ne dactylographie pas les trémas: je corrige cette omission.

- ligature: la ligature & est convertie en et.

- date et signature: la date de l'article et la signature de l'auteure sur les textes manuscrits, dactylographiés et publiés ne sont ni reproduites, ni mises en variantes. - formules spéciales: sur ses tapuscrits, TLF dactylographie

habituellement la formule «Envoi de Mme Charles Frémont», et écrit à la main la date de parution de l'article. La Patrie signale parfois les articles de collaboration ex­ ceptionnelle. Ainsi, du 14 février au 26 août 1933, les textes de TLF sont précédés de la phrase «(Ecrit spécia­ lement pour "La Patrie")»; l'article du 22 septembre 34 inscrit la phrase «Collaboration spéciale à la "Patrie" par Mme Thaïs Lacoste FREMONT», et ceux du 10 novembre 1934, 15 décembre 1934, 5 janvier et 16 mars 1935 impri­ ment la formule «(Collaboration spéciale à la "Patrie")». Je ne reproduis pas ces formules.

3. Variantes:

Sont retenues les variantes (ajouts, suppressions, substitu­ tions, remaniements, modifications diverses du texte en pas­ sant d'une manifestation à l'autre) des manuscrits, des ta­ puscrits et des articles de journaux, dont l'authenticité et l'autorité sont démontrées.

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C. Présentation du texte:

1. Abréviations et signes diacritiques: inspirés du protocole d'é­ dition du «Projet Corpus d'éditions critiques» et de l'édition critique des oeuvres de Saint-Denys Garneau; en accord avec le Mémento typographique de Gouriou.

2. Description des cahiers: apparat critique et notes explicatives: a) description des cahiers: à la fin de l'introduction.

b) apparat critique: l'élément variant est entouré d'un élé­ ment invariant à gauche et à droite (les signes de ponctua­ tion, les changements de paragraphes et les mots élidés ne sont pas considérés comme éléments invariants suffisants pour identifier une variante); suit les 25 textes de TLF. c) notes explicatives: l'origine des citations contenues dans

les notes sont données à la fin de celles-ci; lorsqu'un ou­ vrage a déjà été cité dans les références, seuls le nom de l'auteur-re et le titre sont répétés; suivent les 25 textes de TLF.

IV. Description des cahiers

Les quatorze cahiers manuscrits de Thaïs Lacoste-Frémont contiennent divers textes: articles de journaux, conférences, lettres, devoirs de latin, analyses littéraires, listes d'épicerie, calculs arithmétiques, etc.

Autographes à la mine de plomb, les manuscrits des articles de jour­ naux ne sont jamais datés, parfois signés, souvent titrés; na pagination en chiffres arabes recommence à chaque nouveau texte et n'obéit jamais au même système. Les écrits couvrent le recto et le verso des feuilles, et se re­ trouvent sur toutes les deux lignes du papier, espacées de 0,8 cm.

Les cahiers ont de 28 à 200 pages et se présentent sous huit formats: 27,6 x 20,4 cm (cahiers 17, 18 et 19), 23,4 x 18,4 cm (cahiers 3, 4 et 5), 23,1 x 18,1 cm (cahier 6), 23,6 x 18,2 cm (cahier 9), 23,8 x 17,8 cm (cahiers 12, 14 et 15), 20,7 x 17,5 cm (cahier 8), 24,8 x 18,3 cm (cahier 10) et 23,8 x 19,1 cm (cahier 7). Le huitième mis à part, ce sont tous des cahiers d'é­ coliers à papier «brouillon», «à l'encre» ou glacé.

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V. Abréviations

ajouté, ajoute: aj. après: apr.

Archives du Séminaire de Québec: A.S.Q. au-dessus: au-d.

avant: av.

abréviation de l'impératif latin Conter (Compare); cf. chapitre: ch.

Co-operative Commonwealth Fédération: C.C.F. deuxième: 2e

Ecole Sociale Populaire: E.S.P.

élément reconstitué: r_______________ j illisible: il lis.

incorrection signalée: [sic] lecture: lect. ligne: 1. manuscrit: ms note: n. numéro: n° page, pages: p.

passage supprimé dans une citation: []...] .er

premier: 1 re première: 1 rature: rat.

Société des Nations: S.D.N. surcharge: S.

Thaïs Lacoste-Frémont: TLF tome: t.

variante: var. volume: vol.

VI. Signes diacritiques

a, b, c, d...: variantes

1, 2, 3, 4...: notes explicatives A: manuscrit

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B: tapuscrit

C: article de journal

*: le manuscrit a été choisi comme texte de base. **: le tapuscrit a été choisi comme texte de base.

0: l'article de journal a été choisi comme texte de base. 0: paragraphe.

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LE ROLE POLITIQUE FEMININ

Nous avons un bien beau pays, et certes nous pouvons éprouver un bien légitime orgueil en pensant à la saine virilité que présente dans son en­ semble notre jeune Canada. Nous qui vivons à côté d'un peuple puissamment développé, nous serions vite englobés par cette influence étrangère si nous ne gardions notre personnalité.

Evidemment dans l'histoire du monde il y a bien des évolutions qui se sont produites, et les divers pays ont été dotés de différentes formes de gouvernement. Ces gouvernements, soit par la force de circonstances exté­ rieures ou encore à cause de mentalités parti culières, subissent à tour de rôle l'influence qu'engendrent les transformations modernes.

Depuis que les pouvoirs temporels sont devenus démocratiques, il est incontestable que l'on s'est préoccupé davantage, de l'organisation écono­ mique des pays. Le capital monétaire primait relativement tout, puis pe­ tit à petit l'expérience journalière aidant, on est venu à réaliser que le capital humain devrait primer le capital matériel, et c'est alors que nous avons vu nos gouvernements s'humaniser. Des oeuvres philanthropiques même, réalisant les conditions difficiles de différentes classes proposent aux gouvernements des projets de loi qui sont ensuite soumis à l'approbation des chambres, et souvent acceptés.

Dans le régime démocratique chacun réclame ses droits; mais qui ne se rend compte qu'une trop forte proportion oublient leurs devoirs sociaux? C'est ce qui contribue à créer une fort part ces perturbations économiques et financières qui bouleverseront périodiquement le monde.

En temps de crise aiguë, les valeurs cependant se redressent à leur mérite intrinsèque.

On l'a vu pendant la guerre.

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généralement voire aux durs travaux des labours. Nécessité faisait loi.

Et l'on n'entendait pas dire pendant la guerre que les femmes étaient de trop; les hommes acceptaient leur aide simplement, loyalement.

Les femmes pendant la guerre ont aussi gagné leurs épaulettes. Et de­ puis, les yeux d'un bon nombre de femmes se sont ouverts aux responsabili­ tés de la vie publique: elles en ont sondé la profondeur: elles en ont com­ pris l'importance capitale, et leur répercussion constante sur la société,

2 la famille, et l'individu.

Quand aux hommes, ils ont compris que le capital humain primait le ca-3

pital monétaire en donnant le droit de vote aux femmes.

Dans notre province de Québec, en ce qui regarde notre vote aux élec­ tions fédérales, nous n'avons ni mérite, ni démérite en face de la situa­ tion nouvelle qui nous a été créée, il y a maintenant une dizaine d'années. Nous ne l'avons certainement pas provoquée cette situation, nous l'avons su­ bie.

L'étonnement profond causé par cette mentalité nouvelle à laquelle nul homme ni femme de cette province n'avait sérieusement songé, a provoqué, suivant les caractères, des sentiments bien contradictoires : la colère, le mépris, l'arrogance, l'indifférence, la fierté, la joie, la crainte. Voilà maintenant quatre élections fédérales auxquelles les femmes du Québec parti-

4 cipent, représentant dans notre province la moitié des votes.

N'est-il pas temps de nous demander à nous-même, femmes, quel rende­ ment économique nous donnerons à notre pays? N'est-il pas sage d'impres­ sionner les femmes quant au devoir national qui est le leur?...

Nous avons confiance dans le solide bons sens de notre race, envisa­ geons la situation bien en face, regardons ce qui se passe dans d'autres pays, et profitant de l'expérience d'autrui, sachons aussi éviter les exa­ gérations qui ont pu s'y glisser.

Références

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