L'égalité entre les hommes et les femmes : point de vue des femmes immigrantes

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Texte intégral

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L'égalité entre les hommes et les femmes

Point de vue des femmes immigrantes

Mémoire

Christine Delarosbil

Maîtrise en service social

Maître en service social (M. Serv. Soc.)

Québec, Canada

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Résumé

Au Canada, le Québec est la seconde province à accueillir le plus d'immigrants chaque année. L'immigration d'un pays peu développé vers un pays plus développé augmenterait le sentiment d'autonomie des femmes et les amènerait à actualiser des attitudes se rapprochant de l'égalité entre les hommes et les femmes. La présente étude vise à évaluer si l'immigration au Québec influence l'adhésion des femmes immigrantes à l'égalité entre les hommes et les femmes. Des entrevues semi-dirigées menées auprès de onze femmes immigrantes provenant de diverses origines questionnent leurs perceptions en lien avec le genre, l'autonomie et l'égalité de genre. L'approche constructiviste oriente la méthodologie et l'analyse est basée sur la théorie du féminisme postmoderne. Les résultats de l'étude suggèrent que l'adhésion à l'égalité entre les hommes et les femmes a effectivement été influencée par l'immigration au Québec et des facteurs d'influence ont été soulevés par les participantes. Des pistes d'orientations de recherches futures sont présentées en conclusion afin de pousser davantage le sujet de recherche.

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Abstract

The province of Quebec receives the second largest number of immigrants each year within Canada. It seems that emigrating from an under developed country to a developed country increases women's feelings of self-sufficiency and will lead to a positive attitude toward gender equality. The main focus of this study was to evaluate if immigrating to Quebec has had an influence on women’s perceptions of gender equality. In order to achieve this goal, semi-structured interviews have been conducted with eleven immigrant women from eight different countries, now living in Quebec. Questions on their perceptions toward gender, self-sufficiency and gender equality were asked. Constructivist paradigm has oriented the methodology and the data analysis was based on postmodernism feminist theory. Results suggest that gender equality is influenced by the immigration to Quebec and some of the factors of influence were pointed out by the participants. Orientations for further research are shown in the conclusion.

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Table des matières

Résumé ... iii

Abstract ... v

Table des matières ... vii

Liste des tableaux ... ix

Sigles ... xi

Remerciements ... xiii

Introduction ... 1

Chapitre 1 : Problématique ... 3

1.1 Objet d’étude ... 3

1.2 Recension des écrits ... 5

1.2.1 Démarche documentaire réalisée ... 5

1.2.2 Recension des écrits ... 6

1.2.3 Limites des études actuelles ... 23

1.3 Pertinence de l'étude ... 24

1.3.1 Pertinence sociale ... 24

1.3.2 Pertinence scientifique ... 25

Chapitre 2 : Paradigme épistémologique et cadre théorique ... 27

2.1 Paradigme épistémologique: l'approche constructiviste sous le paradigme interprétatif ... 27

2.2 Perspective théorique ... 30

2.2.1 Le féminisme postmoderne ... 31

2.2.2 Le féminisme postmoderne et les femmes immigrantes... 32

2.2.3 Définition des principaux concepts du féminisme postmoderne ... 33

2.2.4 Définition de l'immigration ... 35

2.2.5 Questions de recherche ... 35

2.2.6 Opérationnalisation des principaux concepts ... 36

2.2.7 Représentation graphique de l'opérationnalisation des concepts ... 39

Chapitre 3: Méthodologie ... 41 3.1 Objectif de la recherche ... 41 3.2 Type de recherche ... 41 3.3 Population à l’étude ... 42 3.4 Échantillonnage ... 44 3.5 Méthodes de recrutement ... 45

3.6 Mode de collecte des données ... 45

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3.8 Méthode d'analyse des données ... 48

3.9 Aspects éthiques ... 50

3.10 Difficultés rencontrées ... 51

Chapitre 4 : Analyse des résultats ... 53

4.1 Caractéristiques sociodémographiques des participantes ... 53

4.1.1 Présentation individuelle des participantes ... 53

4.1.2 Données sociodémographiques des participants ... 57

4.1.3 Présentation globale de l'échantillon ... 58

4.2 Présentation des résultats ... 60

4.2.1 Perceptions des genres ... 60

4.2.2 Autonomie ... 72

4.2.3 Relations entre les hommes et les femmes ... 85

4.2.4 Vécus d'oppression ... 88

4.2.5 Politiques sociales et droits des femmes ... 93

4.2.6 Égalité entre les genres ... 96

4.3 Conclusion générale aux principaux résultats ... 100

Chapitre 5 - Discussion ... 103

5.1 Discussion sur les résultats ... 103

5.1.1 Les constats liés à la perception des genres ... 103

5.1.2 Les constats liés à l'autonomie ... 106

5.1.3 Les constats liés aux relations entre les hommes et les femmes ... 108

5.1.4 Les constats liés au vécu d'oppression... 108

5.1.5 Les constats liés aux politiques sociales et aux droits des femmes ... 109

5.1.6 Les constats liés à l'égalité entre les hommes et les femmes ... 110

5.2 Limites méthodologiques ... 111

Conclusion ... 115

Références ... 119

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Liste des tableaux

Tableau 1: Opérationnalisation des concepts ... 39 Tableau 2 : Données sociodémographiques des participantes ... 57 Tableau 3 : Autonomie telle que témoignée ... 84

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Sigles

CÉRUL: Comité d'éthique de la recherche de l'Université Laval CIC: Citoyenneté et Immigration Canada

CPE: Centre de la petite enfance

MICC: Ministère de l'immigration et des communautés culturelles, maintenant nommé

Ministère de l'Immigration, Diversité et Inclusion

ONU: Organisation des Nations Unies

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Remerciements

Cette page est dédiée à tous ceux et celles qui ont cru en moi, qui ont cru en mon projet, parfois même plus que j'y croyais moi-même et à tous ceux qui ont été là pour moi pendant cette belle étape de ma vie. Tous ceux et celles qui m'ont écouté parler de mon sujet et qui parfois m'ont encouragé à aller de l'avant, puisque parfois, la motivation est disparue et qu'une nouvelle oreille est le seul élément qui peut faire briller à nouveau mon étoile de chercheure. En premier, je remercie ma famille. Merci à mes parents qui m'ont toujours poussé à accomplir mes rêves et mes projets. À mon frère et ma belle-sœur qui m'accueillent toujours et qui sont derrière moi quoique je fasse. Aux petits sourires de Charles qui redonneraient la joie de vivre à tous. Merci à Nicolas, de m'avoir encouragé à relever ce défi et qui savait déjà que j'allais le réussir.

Merci à ma directrice de recherche, Stéphanie. En ta présence, tout paraît plus simple. Tu orientes et présentes les solutions d'une façon à ce que les défis paraissent plus petits. Merci d'avoir accepté de me guider dans mon projet de recherche et de m'avoir laissé la liberté de l'orienter selon mes préférences. Merci aussi d'organiser le groupe de soutien entre étudiants et merci à vous étudiants de ce groupe qui avez accepté de partager vos défis et vos découvertes. Ensemble, la solitude du chercheur est plus petite et félicitations pour vos réussites.

Merci à mes amis et amies qui me démontraient de l'intérêt et qui n'ont jamais douté de mes capacités. Votre présence dans ma vie m'énergise et sans vous je manquerais parfois d'essence pour avancer. Merci aussi à mes traducteurs privés, qui ont mis la main à la pâte dans mon projet.

Finalement, un remerciement particulier aux femmes qui ont bien voulu prendre de leur temps pour participer à la recherche. Vos histoires étaient inspirantes, sans vous, l'étude n'aurait simplement pas pu être possible.

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Introduction

Au Québec, des politiques et des programmes sociaux ont été mis en place afin de favoriser l'égalité entre les hommes et les femmes. Notamment, une politique d'intervention en matière de violence conjugale a vu le jour en 1995 pour encourager les rapports égalitaires dans les couples. D'autres programmes comme le Régime québécois d'assurance parentale et les Centres de la petite enfance ont été développés afin de faciliter l'implication des femmes dans la sphère publique. La valeur d'égalité entre les hommes et les femmes cherche à être promue et maintenue dans la société québécoise (Secrétariat à la condition féminine, 2013). Certaines mesures ont également été mises en place afin de favoriser la transmission de ces valeurs aux nouveaux arrivants. Entre autres, avant même de migrer au Québec, lors de la demande de sélection, une déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise doit être signée. Dans cette dernière, on y retrouve des valeurs telles que la démocratie, la laïcité de l'État et l'égalité entre les hommes et les femmes (Ministère de l'Immigration, Diversité et Inclusion [MICC], 2013). Signer cette déclaration implique d'avoir pris conscience des valeurs qui seront prônées dans la société d'accueil. Il est toutefois intéressant de se questionner si les immigrants sont influencés par la promotion de ces valeurs. La présente étude s'intéressera davantage à la valeur d'égalité entre les hommes et les femmes, à savoir si le désir de transmission de ce principe est en partie atteint auprès des femmes immigrantes. La question principale qui oriente la présente recherche est la suivante: quelle est l'influence de l’immigration au Québec sur l’adhésion à l'égalité entre les hommes et les femmes chez les femmes immigrantes?

Le thème de la recherche est : l’influence de l’immigration au Québec sur l’adhésion à l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle avait pour but d’évaluer si une évolution de l'adhésion à cette valeur peut être observée après la migration auprès des femmes immigrantes au Québec. Lorsqu'au Canada il est question de l'atteinte de l'égalité entre les hommes et les femmes, il est d'abord recherché de favoriser l'autonomie des femmes, leur liberté de choix sur leur vie et leur corps, leur implication dans la société et d'améliorer leur pouvoir d'agir (Bourgon et Corbeil, 1990; Corbeil & al., 1983; De Koninck et Savard, 1992). Ce sont ces sujets qui ont été discutés avec les participantes. Pour la réalisation de cette recherche, l'approche du constructivisme a été choisie. Ses concepts théoriques ont orienté la méthodologie dans le sens que l’étude cherchait entre autres à comprendre les perceptions et

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les conceptions (Morris, 2006) des immigrantes en lien avec les relations entre les hommes et les femmes. Avec la lunette constructiviste, il était également possible d'explorer comment ces conceptions peuvent changer lors du vécu migratoire. Les connaissances qui en ressortaient étaient donc subjectives, basées sur des perceptions individuelles puisqu'elles émergeaient des propos des femmes rencontrées et représentaient leur savoir expérientiel (Lincoln & Guba, 2000).

Le présent document veillera à présenter les principaux éléments qui ont structuré le projet de recherche. La problématique sera d’abord développée, mettant en contexte l’objet de l’étude, sa pertinence, les phénomènes concernés et également une recension des écrits incontournables. Par la suite, l'approche suivie pour orienter l'étude sera décrite, ainsi que la théorie aidant à l’analyse de la problématique. La méthodologie qui a été suivie pour la collecte et l'analyse des données sera ensuite détaillée. Les deux derniers chapitres présenteront les résultats de l'étude et une discussion des liens entre les données découvertes et la littérature.

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Chapitre 1 : Problématique

Le premier chapitre de ce mémoire présentera la problématique étudiée. Les éléments principaux afin de saisir la population des femmes immigrantes et les enjeux auxquels elles font face seront décrits. Pour ce faire, un portrait statistique des femmes immigrantes au Canada et au Québec sera détaillé. La recension des écrits offrira également un survol des études pouvant donner davantage de détails sur la situation des femmes immigrantes au Canada, sur leurs besoins et offrira une première compréhension des influences de l'immigration sur l'adhésion à l'égalité entre les hommes et les femmes. Après avoir fait un premier tour des renseignements qui ont été trouvés en lien avec le sujet d'étude dans la revue de littérature, les limites des recherches consultées seront présentées pour finir avec la pertinence de mener cette recherche.

1.1 Objet d’étude

Dans ce travail, le terme « immigrante » réfèrera aux femmes nées ailleurs qu’au Canada et qui y établissent leur résidence permanente. Trois catégories d’immigrants sont reconnues au Canada, soient ceux qui arrivent par regroupement familial, les réfugiés et les immigrants économiques (Citoyenneté et Immigration Canada [CIC], 2013).

Chaque année, le Canada accueille environ 250 000 immigrants. Généralement, le nombre d'hommes qui viennent y établir leur résidence est égal à celui des femmes (CIC, 2013). En 2012, 27 541 hommes ont migré par regroupement familial, 87 765 provenaient de la catégorie économique et 11 540 étaient des réfugiés. Dans cette même année, 37 467 femmes ont rejoint le Canada par regroupement familial, 78 054 dans la catégorie économique et 11 554 étaient des réfugiées (CIC, 2013). Dans ces chiffres, il est possible de voir que le Canada accueille environ 25% d'immigrants par regroupement familial, environ 62% dans la catégorie économique et environ 10% qui sont réfugiés (CIC, 2013). Les statistiques disponibles sur l'immigration au Canada démontrent que cette tendance à accueillir davantage d'immigrants dans la catégorie économique est maintenue depuis plusieurs années (CIC, 2014). En comparant les chiffres des hommes et des femmes, il est possible de voir que les hommes sont légèrement plus nombreux à avoir immigré en tant qu'immigrant économique et les femmes par regroupement familial.

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Comparativement aux autres provinces du Canada, le Québec est la deuxième à recevoir le plus d'immigrants. C'est environ 20% de la population immigrante du Canada qui est accueillie au Québec chaque année (CIC, 2013). En première position se retrouve l'Ontario qui accueille entre 40-50% de l'immigration totale canadienne chaque année (CIC, 2013). C'est la Colombie-Britannique qui se retrouve en troisième position avec environ 15% de la population immigrante chaque année (CIC, 2014). En 2013, le Québec a accueilli 51 983 immigrants (CIC, 2014). C'est une légère diminution comparativement à l'année 2012 où 55 062 immigrants avaient emménagés au Québec. Une majorité savait parler l'anglais ou le français à leur arrivée (CIC, 2013). Contrairement à la tendance dans l'ensemble du Canada, l'origine des immigrants au Québec est majoritairement africaine et du Moyen-Orient, suivie par l'Amérique latine (CIC, 2013; MICC, 2014b).

Les femmes immigrantes au Canada proviennent de partout dans le monde. Toutefois, les chiffres de 2012 démontraient qu'une majorité (70 252) venait de l'Asie et du Pacifique. Ensuite, elles sont 30 898 d'origine africaine et 15 306 d'Europe. Les plus faibles proportions proviennent d'Amérique latine (12 962) et des États-Unis (4 432) (CIC, 2013). Dans le rapport statistique de Citoyenneté et Immigration Canada (2013), il est possible de remarquer que cette tendance à recevoir des immigrantes provenant davantage de l'Asie et du Pacifique se maintient depuis les dix dernières années. Ces femmes représentent d'ailleurs chaque année près de 50% des femmes accueillies (CIC, 2013). Pour ce qui est de leur statut marital, la majorité arrive mariée ou en relation avec un conjoint de fait (68%) (CIC, 2013). Environ 25% d'entre elles sont célibataires et près de 7% sont pour leur part séparées, veuves ou divorcées (CIC, 2013).

En ce qui a trait à leur scolarité, près des deux tiers (65,3%) des immigrants du Canada âgés d'au moins 15 ans ont plus de 10 années d'études. De tous les immigrants arrivés en 2013, environ 40% étaient dotés d'un diplôme universitaire (CIC, 2014). Le pourcentage de femmes formées au niveau universitaire est équivalent à celui des hommes (CIC, 2014). Pour ce qui est des emplois occupés ou convoités, les hommes et les femmes cherchent en majorité un travail de niveau professionnel. Toutefois, les hommes démontrent davantage l'intérêt que les femmes à occuper un emploi de gestion (CIC, 2014).

Pour donner un portrait de la présence des femmes immigrantes dans la population québécoise, Mailloux (dans Morin, 2009) indique que c'est une femme sur dix au Québec qui

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5 est née ailleurs qu'au Canada. Parmi les 26 203 femmes qui ont immigré au Québec en 2013, la majorité d'entre elles étaient âgées entre 25 et 34 ans. Des immigrantes du Québec âgées de plus de 15 ans, 60,7% indiquaient avoir été scolarisées pendant plus de 14 ans (MICC, 2014a). Alors que 44% de ces femmes disaient ne parler que l'anglais ou une langue étrangère, 56% notaient donc connaître le français (MICC, 2014a). Une fois arrivées au Québec, les immigrantes choisissent en majorité de s'installer dans la région de Montréal. Si elles s'installent ailleurs, ce sera dans les régions périphériques à Montréal, comme en Montérégie et à Laval. En quatrième position, la région de la Capitale-Nationale accueille un peu plus de 1000 femmes immigrantes chaque année (MICC, 2014a). Ces chiffres représentent les statistiques récentes, mais il est à noter que les tendances demeurent semblables depuis les dix dernières années.

1.2 Recension des écrits

1.2.1 Démarche documentaire réalisée

Les articles qui ont été utilisés pour la réalisation de la recension des écrits ont été trouvés dans les bases de données PsychInfo, Social Services Abstracts, Social Work Abstracts, Sociological Abstracts et Érudit. Les mots-clefs qui ont servi à la recherche étaient : femmes immigrantes, immigrant women, immigrantes, immigration, émigration, culture, violence conjugale, égalité, rôle de genre, domestic violence, feminist, féministe, feminism, feminist therapy, intervention féministe, genre et gender roles. Les mots clefs femmes immigrantes, immigrantes et immigrant women ont servi à trouver la majorité des informations en lien avec la situation des femmes immigrantes au Canada. Les articles les plus récents ont été trouvés grâce aux mots gender role et immigrant. Ces deux mots clefs associés apportaient d'ailleurs des résultats d'articles grandement pertinents avec le sujet de la recherche. Les articles qui ont été sélectionnés abordant la situation des femmes immigrantes devaient provenir du Canada ou des États-Unis afin d’obtenir un portrait plus rapproché de la situation des femmes immigrantes au Québec. Certains articles issus de la France ont toutefois été considérés puisque le contenu qu'ils apportaient s'appliquait bien au sujet de la recherche et notait des nuances pertinentes. Comme plusieurs articles qui abordaient les femmes latines et leur vécu d’immigration étaient facilement trouvables et accessibles, une attention

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particulière a été portée afin de choisir des études explorant la situation d’immigrantes de différentes origines.

1.2.2 Recension des écrits

Les recherches effectuées afin de connaître spécifiquement la situation des femmes immigrantes au Québec ont permis de recueillir des informations tant sur les défis que sur les effets positifs qui accompagnent leur expérience de migration. La présente section détaillera quelques enjeux de l'immigration vécus par ces femmes, ainsi que les besoins qu'elles identifiaient lors de leur participation à certaines études. Également, des informations faisant des liens entre les femmes immigrantes et l'égalité entre les hommes et les femmes qui étaient soulignées dans certaines recherches recensées sont présentées.

1.2.2.1 Les femmes immigrantes

L'Organisation des Nations Unies [ONU], dans le rapport de Forbes (2004), indique que c'est environ 3% de la population mondiale qui se déplace pour vivre à l'extérieur de leur pays d'origine pour une durée d'au moins un an. Selon ce rapport, une augmentation de l'immigration féminine mondiale aurait été observée dans les dernières années. Dans les pays industrialisés, les femmes représentent actuellement la majorité des immigrants entrants (Petrozziello, 2013). Alors qu'auparavant elles immigraient majoritairement par regroupement familial, elles se déplacent dorénavant pour des raisons professionnelles, soit dans la catégorie économique (Petrozziello, 2013). Les femmes auraient donc davantage tendance à immigrer de façon autonome, comme cheffes de familles, plutôt que pour joindre un époux ou des membres de la famille telle que la tendance l'indiquait auparavant (Morokvasic, 2008). Avant de se pencher sur les particularités de la vie des immigrantes, il est intéressant de connaître d'abord ce qui les amène à changer de pays. Des études sur la situation des femmes immigrantes au Canada et aux États-Unis ont mis en lumière certaines raisons qui poussent les femmes à émigrer (Diaz-Làzaro & al., 2012; Dlamini & al., 2012). Peu importe la catégorie d'immigration, les immigrantes notaient des motifs semblables. Elles peuvent chercher à suivre leur famille; à accéder à une meilleure éducation ou un meilleur emploi; à s’évader des conflits politiques; à vivre dans un pays paisible offrant de plus grandes possibilités, ou à offrir de meilleures possibilités à leurs enfants. Tout de même,

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7 une grande majorité d’immigrantes affirme que d’améliorer ses conditions de vie ou de quitter un état de pauvreté était la raison majeure de leur immigration (Cleaveland, 2013; Diaz-Lazaro & al, 2012).

Ceci se note particulièrement chez les femmes latines qui ont effectué la traversée des frontières illégalement pour les États-Unis. Elles nomment majoritairement l'espoir de trouver un emploi qui servirait à aider la famille demeurée dans leur pays d'origine ou de retrouver dans le nouveau pays une meilleure situation économique et de vie en général comme étant leur motivation (Paris, 2008). Ainsi, elles arrivent au Canada avec de grandes attentes et peuvent être surprises si elles rencontrent des difficultés et de l’attente pour se trouver un emploi, par exemple (Dlamini & al, 2012). Avant de partir, des facteurs sociaux peuvent aussi influencer si une femme peut quitter son pays pour un autre. Les normes et les valeurs culturelles peuvent parfois faciliter ou rendre plus difficile leurs démarches. D'ailleurs, dans certains pays, s'il est possible pour elles d'immigrer, la communauté pourra décider comment elles réaliseront leur migration et avec qui (Boys & Grieco, dans Forbes, 2004).

Une étude de Legault & Lafrenière (1992) qui évaluait la perception des intervenants envers la situation des femmes immigrantes à Montréal a souligné que lorsqu’elles sont établies, les femmes se retrouvent parfois à gérer plus de pression qu’auparavant. En effet, en plus de s’occuper de la famille et de la maison, plusieurs doivent travailler hors de la maison, ce qui n’était pas nécessairement le cas dans leur pays d’origine. Dlamini et ses collègues (2012) dans leur recherche concernant les défis que les femmes immigrantes en Ontario doivent affronter en lien avec l'emploi identifiaient d'ailleurs que les immigrantes qui occuperont un emploi percevraient généralement le travail comme étant une nécessité pour subvenir à leurs besoins personnels et contribuer au soutien de la famille. Ils soulignent également que dans les croyances de plusieurs femmes, occuper un emploi n’est pas toujours valorisé, puisque dans leurs normes sociales, les femmes devraient d’abord s’occuper de la maisonnée. De plus, des doubles standards peuvent exister en lien avec les types d’emploi, les emplois manuels pour les hommes et de soin pour les femmes (Dlamini & al, 2012). Des femmes auraient donc à se limiter à certains milieux de travail à cause de ces contraintes ou par faute d'expérience dans d'autres domaines. Pour celles qui avaient l’occasion de travailler dans leur pays d’origine, les conditions à l’emploi y étaient généralement bien différentes de

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celles qu’elles expérimentent au Canada. D’abord, il est parfois difficile de se dénicher un emploi dans leur domaine de formation (Legault & Lafrenière, 1992). Ainsi, malgré qu'elles aient en moyenne une éducation supérieure aux Canadiennes, une majorité travaillera finalement dans le secteur des services et aura un salaire inférieur à elles (Conseil du statut de la femme, 2005). Ces emplois n'offrent également que peu de protection du travailleur et sont les premiers touchés par les crises économiques (Cleaveland, 2013). Il est aussi possible qu'elles aient à s’ajuster à des pratiques qui n'étaient pas courantes dans leur pays, comme de devoir travailler en compagnie d’hommes, travailler de nuit et entretenir des rapports différents de leurs habitudes avec leurs patrons et collègues (Dlamini & al, 2012). Face à l'incompréhension des nouvelles règles et pratiques, elles peuvent même être prises dans des traitements injustes par leurs employeurs (Dlamini & al, 2012).

Ainsi, en entrant sur le marché du travail, les femmes immigrantes doivent s'ajuster à plusieurs niveaux. Comme elles auront moins de temps pour s'occuper des tâches familiales, les rôles entre les membres de la famille peuvent être à renégocier (Dlamini et al., 2012; Legault, 1993). Outre par son côté pratique, le travail peut aussi être reconnu comme une façon d’obtenir du pouvoir sur sa vie, d’avoir une indépendance financière et une façon de prendre part à la société canadienne (Dlamini & al, 2012). En plus des gains économiques qu'il procure, l'emploi peut offrir différents autres avantages. Par exemple, une majorité de femmes immigrantes notent avoir acquis un plus grand pouvoir décisionnel, une meilleure autonomie, une meilleure connaissance des ressources de la communauté et des services publics, un plus grand sentiment d’appartenance à la société canadienne et parfois même une amélioration de la vie familiale suite à leur entrée sur le marché du travail (Diaz-Làzaro &

al, 2012 ; Dlamini & al, 2012).

Sauf les changements initiés par l’entrée sur le marché du travail, plusieurs autres adaptations sont à vivre par les femmes immigrantes. Par exemple, vivre loin de sa terre d’origine signifie pour plusieurs d’être éloignées de sa famille et de ses proches. Le réseau des femmes est donc grandement modifié par leur émigration (Duval, 1992; Forbes, 2004; Paris, 2008). Certaines peuvent vivre de l'isolement puisqu'elles auront de la difficulté à se développer un nouveau réseau de proches significatifs. Elles seront en apprentissage d'une nouvelle culture, alors d'une nouvelle façon de communiquer et d'entretenir des relations (Paris, 2008). Ainsi, plusieurs peuvent ressentir des sentiments de tristesse et de déprime

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9 puisque certains proches qui sont restés dans le pays d'origine leur manqueront. Les femmes qui n’occupent pas d’emploi ne profitent pas non plus d’autant d’occasions que les hommes qui travaillent pour rencontrer de nouvelles personnes. Si elles ont des enfants, leurs sorties peuvent aussi être limitées surtout lorsqu’aucune gardienne n’est connue et qu'elles font face à plusieurs obstacles pour l'accès à un service de garde (Chicha, dans Chamberland & Le Bossé, 2014; Duval, 1992). Par manque d’occasions pour pratiquer la langue d’accueil ou en raison de l'absence de soutien, pouvant entre autres aider à s'occuper des enfants et lui dégager du temps pour aller explorer le nouvel environnement, il peut être plus long et ardu de développer son réseau social (Duval, 1992).

Le choc culturel peut aussi être difficile à gérer pour certaines. Des sentiments d’inutilité, d’impuissance, d’inadéquation dans la société, de rejet et de deuil peuvent être vécus (Diaz-Làzaro & al, 2012; Legault & Lafrenière, 1992). Les difficultés à s’intégrer au pays d’accueil et à l'apprentissage de la langue ont parfois un impact sur l’estime de soi de ces femmes (Legault & Lafrenière, 1992). C’est donc le quotidien global, les habitudes et les coutumes des femmes immigrantes qui sont modifiés lors de son processus d’immigration. L’adaptation culturelle peut être difficile à supporter et peut même aller jusqu’à provoquer des symptômes dépressifs (Helms & al., 2014).

Le contexte d'immigration peut parfois même placer ces femmes dans des situations de vulnérabilité à différents abus. Le stress de l'immigration, le manque de soutien social, les inquiétudes économiques et les responsabilités familiales à accomplir étaient d'ailleurs identifiées comme des facteurs précipitant le développement de la violence conjugale chez les immigrantes du Sri Lanka établies au Canada (Hyman et al., 2011). En effet, pour les immigrantes provenant de différents pays, la famille agissait à titre de protection contre l'apparition de la violence au sein du couple. Elle offrait de l’aide pour l’accomplissement des tâches familiales et rappelait un cadre normatif des comportements à respecter dans le couple et dans la supervision des enfants (Duval, 1992). Maintenant que certaines femmes sont seules à devoir s’occuper de nombreuses tâches, le stress qui s'accumule peut créer un climat de tension plus propice à la violence (Hyman et al., 2011). Si elles demandent de l’aide à leur mari, une redéfinition des rôles peut se déclencher pouvant mener à divers conflits (Duval, 1992; Legault & Lafrenière, 1992; Legault, 1993). En réaction à cette déstabilisation des pratiques de genre, les hommes peuvent parfois chercher à reprendre le contrôle dans leur

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couple, ce qui peut mener à la violence conjugale (Dovydaitis, 2012). De plus, celles qui ont joint le pays d'accueil par le biais de la tutelle du mari seraient plus vulnérables aux abus puisqu'il détient déjà un certain lien de contrôle sur sa vie (Forbes, 2004).

D'un autre côté, certaines femmes vont bien réussir leur intégration, se trouver un emploi facilement et bâtir des relations significatives rapidement (Paris, 2008). D'ailleurs, celles qui auront trouvé un emploi, peu importe le domaine, auront une meilleure situation économique et seront exposées à d'autres modèles en terme de pratiques de genre et d'égalité. Ceci aura d'ailleurs une grande influence sur le développement de leur pouvoir d'agir (Parrado et Chenoa, 2005). De plus, un portrait fait sur la population des femmes immigrantes à travers le monde a pu démontrer qu'au Canada, la situation des femmes, la promotion de leurs droits et l'incitation à ce qu'elles prennent une place dans la société peut protéger les immigrantes contre les abus. La société les encouragerait à prendre leur place en tant que travailleuse et cheffes de famille, ce qui améliorerait leur sentiment d'autonomie (Forbes, 2004). Ainsi, malgré que de nombreux obstacles tels que la langue, l'isolement, l'incompréhension de la culture d'accueil et la difficulté à se trouver un emploi peuvent rendre difficile la vie des femmes immigrantes, certaines vont arriver à prendre une place significative dans la nouvelle société et acquérir plus de pouvoir sur leur vie.

1.2.2.2 Les besoins des femmes immigrantes

Si elles ont besoin de soutien, elles pourraient avoir à fréquenter le réseau de la santé et des services sociaux du Québec, qui peut comprendre plusieurs différences comparativement aux structures de soutien offertes dans le pays d'origine. Il peut donc être difficile à saisir. Le processus pour obtenir de l’aide, la conception de l’aide offerte, les services touchant les multiples secteurs sont souvent différents de ceux qu'elles sont habituées de croiser (Legault & Lafrenière, 1992). Comme les rapports hommes femmes, parents-enfants, la santé mentale, la famille, la place de la religion sont définis d’une façon nouvelle, il peut être difficile pour les femmes immigrantes de se retrouver et d’agir selon ces nouvelles normes sans avoir personne leur permettant de bien les comprendre (Legault & Lafrenière, 1992).

Une étude sur les femmes immigrantes a été effectuée par la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-centre en 2002 afin de mieux cibler comment intervenir auprès d'elles et de leur offrir des services adaptés à leurs besoins. Les principaux

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11 besoins qui en sont ressortis ont des liens avec les difficultés qu’elles vivent suite à leur immigration. En effet, elles notaient avoir besoin d'accéder plus facilement au marché du travail, de se créer un nouveau réseau social ou de trouver des substituts à leur famille, de connaître le fonctionnement de la société d’accueil (la bureaucratie et le système de santé par exemple) et d’apprendre la langue, notamment afin de développer un sentiment d’appartenance au pays d’accueil et d'être traitées comme des personnes originaires de la place (Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre [RRSSSMC], 2002). Le Conseil du statut de la femme (2005), dans son portrait sur les femmes immigrées au Québec, identifie les mêmes besoins, mais ajoute qu'elles gagneraient à recevoir du soutien pour toute la famille (intégration des enfants à l'école et aide à la recherche d'emploi) et une protection en cas de violence conjugale. Les auteurs rajoutent également qu'elles aimeraient que leurs compétences soient reconnues, être plus autonomes et que leurs associations et services développés spécifiquement pour elles soient maintenus afin qu'elles soient représentées dans la vie citoyenne (Conseil du statut de la femme, 2005).

S'ils ne sont pas comblés, plusieurs de ces besoins peuvent contribuer à leur isolement social et limiter leur intégration à la nouvelle société. Par exemple, une femme qui n’a pas eu l’occasion d’avoir des cours de langue et qui est mère au foyer aura moins d’occasions de socialiser et de connaître la société d’accueil. L’expérience d’immigration en général peut donc faire émerger des besoins dans plusieurs sphères de la vie des immigrantes : personnelle, sociale, familiale, économique et environnementale (Diaz-Làzaro & al, 2012). Il ne faut pas non plus perdre de vue que le vécu d’immigration sera également différent selon le type d’immigrant. Par exemple, les réfugiées peuvent vivre une plus grande vulnérabilité étant donné que la possibilité de retourner chez elles est plus limitée et les immigrantes illégales peuvent être plus susceptibles de vivre des abus économiques, physiques et émotifs (Diaz-Làzaro & al, 2012).

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1.2.2.3 Les pratiques de genre et les femmes immigrantes

Par le processus de migration, l'identité de la personne est remise question. Confrontées à de nouveaux repères, les femmes immigrantes auront à se positionner sur ce à quoi elles adhèrent dans le nouveau pays, ainsi que sur les acquis qu'elles conservent ou rejettent de leur pays d'origine (CIC, 2011). Comme l'étude de Cardu & Sanschagrin (2003) le souligne, l'immigration peut amener à modifier son identité de genre. Lorsque des femmes rencontrent des standards différents des attentes de la société d’origine, il est donc possible qu’elles aient à s’ajuster aux nouvelles pratiques ou il peut même arriver qu’elles soient tentées de les rejeter complètement. Par exemple, une recherche effectuée auprès des Philippins vivant aux États-Unis démontrait qu'il était pour eux difficile d'accepter que les filles aient la liberté de marcher seules en public et de fréquenter des garçons avant le mariage (Espiritu, 2001). Ces comportements qu’ils observaient chez les femmes américaines de leur entourage allaient à l’encontre de leur conception des filles selon laquelle elles doivent être protégées par la famille, puisqu'aux Philippines, la virginité et la pureté des filles seraient très importantes à maintenir. Le maintien des comportements traditionnels associés au sexe peut d'ailleurs être une source de valorisation. C'est le cas chez les Sikhs immigrants au Canada. Dans cette culture, une femme mariée et mère est considérée sacrée. Les femmes ont donc le devoir de respecter le cycle naturel de la vie. En devenant mères, elles sont valorisées par leurs pairs et elles considèrent avoir honoré la volonté divine (Vig, 2009). Certaines études sur les femmes immigrantes ont également permis de souligner que dans une majorité de cultures, les femmes ont la responsabilité de maintenir et de transmettre les valeurs de la culture d'origine (Agrawal, 2010; Espiritu, 2001; Forbes, 2004; Vatz-Laaroussi et al., 2012; Vig, 2009). Il est donc possible que cette responsabilité les maintienne dans un cycle transmettant des comportements traditionnels associés au sexe aux générations qui suivent.

La restructuration du quotidien qui s'effectue lors de l'immigration a néanmoins un impact sur les comportements et attitudes des personnes. Les nouvelles habitudes de vie qui seront adoptées dans le nouveau pays auront certainement un impact sur les rôles des conjoints et des membres de la famille. Par exemple, une étude sur le genre et la famille chez des Mexicains vivant aux États-Unis a identifié que les hommes étaient amenés à développer un partage des tâches familiales plus égalitaire, une fois établis dans ce nouveau pays (Bennett, 2012). Comme les repères quant à la structuration des tâches au sein de la famille

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13 sont à redéfinir, les hommes et les femmes immigrants peuvent développer leur propre conception du partage équitable des rôles de chacun. À l'intérieur d'une même société, des différences de perception sur les pratiques de genre peuvent dépendre du sexe de la personne. Par exemple, chez les immigrants aux États-Unis provenant d'Amérique latine ainsi que de l'Asie de l'Est, les hommes auraient des attitudes de genre plus traditionnelles que les femmes (Declan & Beitel, 2006; Falconier, 2013). Une étude faite à Montréal auprès de collégiens de différentes origines (Levy & al., 1991) a également permis d'arriver à la conclusion que les attitudes envers l'égalité de genre sont plus favorables chez les femmes que chez les hommes qui étaient interrogés. Il est donc intéressant de soulever que ces deux études démontraient que ce sont les femmes qui ont une attitude plus favorable à l'égard de l'égalité de genre. De plus, Levy et ses collègues (1991) suggéraient que parmi les groupes qu'ils avaient qualifiés de Canadiens-français, Canadiens anglophones, Haïtiens, juifs anglophones et francophones, Grecs et Italiens, ce sont les Canadiens-français et les Haïtiens vivant au Québec qui avaient les attitudes les plus égalitaires comparativement aux autres groupes étudiés. À la lumière de ces informations, il est intéressant de se questionner sur ce qui influence l'adoption de pratiques de genre plus ou moins traditionnelles suite à l'immigration au Québec.

Certaines études soulignaient que l'entrée sur le marché du travail de l'homme ou de la femme aurait une influence sur la modification des rôles à l'intérieur de la famille (Dlamini & al., 2012; Legault, 1993; Parrado & Chenoa, 2005; Shirpak & al., 2011). Pour d'autres auteurs, ce serait simplement l'âge à l'immigration qui influencerait le maintien ou non des pratiques de genre suivant les normes de la société d'origine (Barajas & Ramirez, dans Dovydaitis, 2012). Si des études indiquent que seule l'immigration au Canada ou aux États-Unis provoquerait des changements dans la structuration des pratiques de genre (Forbes, 2004; Shirpak & al, 2011), d'autres soulignent que la famille aura une grande influence sur cet aspect dans le couple hétérosexuel (Agrawal, 2010; Parrado & Chenoa, 2005; Vig, 2009). Effectivement, la pression de la famille semble être une source de maintien des pratiques de genre plus traditionnelles patriarcales et même que dans certaines cultures, les familles comptent sur les mères pour transmettre aux enfants les valeurs de la culture d'origine ainsi que les pratiques traditionnelles associées au genre (Agrawal, 2010; Forbes, 2004; Vig, 2009). Toutefois, que la famille le veuille ou non, si pour la survie du couple et des enfants la femme doit travailler, la division des tâches sera à renégocier selon le temps dont chacun

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disposera dorénavant (Legault, 1993; Parrado & Chenoa, 2005). Même si parfois l'adoption de comportements plus égalitaires est effectuée d'un point de vue pratique et non dans le but de diminuer les relations de contrôle entre les hommes et les femmes, ce changement dans les habitudes du couple et de la famille peut avoir pour conséquence de redonner plus de pouvoir aux femmes et peut même parfois provoquer une remise en question des hommes sur leur masculinité (Bennett, 2012; Diaz-Lazaro & al., 2012). Nécessairement, en redéfinissant les tâches dans le couple, des changements dans la dynamique familiale sont provoqués et ceci peut avoir des conséquences positives et négatives sur les partenaires.

Comme conséquence positive, une étude auprès de femmes pakistanaises permet de souligner que les changements dans les pratiques de genre qu'elles ont expérimentées depuis leur arrivée au Canada les avaient amenées à se sentir davantage autonomes (Jibeen & Hynie, 2012). Cette étude a également permis de relier le sentiment d'autonomie à une meilleure satisfaction de leur vie en général. Ceci peut donc suggérer que le bien-être général de ces femmes peut se retrouver amélioré en raison de la redéfinition des pratiques de genre.

Modifier les comportements plus traditionnels vers des pratiques de genre égalitaires peut toutefois être un facteur de risque à la violence, notamment chez les femmes latines (Diaz-Lazaro & al. 2012). En effet, certaines femmes peuvent vivre l'émergence de conflits après avoir développé leur autonomie et obtenu un plus grand pouvoir social. Ceci s'explique par le fait que, pour retrouver l'équilibre, leurs maris peuvent tenter de reprendre le contrôle et entrer dans le cycle de la violence (Diaz-Lazaro & al., 2012). Les changements dans les comportements associés aux genres peuvent aussi être source de conflits ne menant pas nécessairement à la violence conjugale. Par exemple, l'étude de Shirpak et ses collègues (2011) auprès des couples iraniens vivant au Canada identifiait que les femmes se sentaient parfois agacées par le manque d’initiative de leur mari depuis leur arrivée au Canada, alors que les hommes se disaient peu à l’aise avec la nouvelle façon de se vêtir de leurs femmes.

1.2.2.4 Les immigrantes et l'égalité entre les hommes et les femmes

Si les pratiques de genre se trouvent modifiées et qu'une restructuration des tâches familiales en résulte, il y a possibilité que les attitudes envers l'égalité de genre soient aussi touchées. En effet, des études auprès de Mexicaines et d'immigrants d'Asie de l'Est suggéraient qu'ils étaient plus susceptibles de vivre des relations de genre égalitaires depuis leur immigration

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15 aux États-Unis (Declan & Beitel, 2006; Parrado & Chenoa, 2005). Parrado & Chenoa (2005) soulignent toutefois que ce n'est pas l'immigration, mais plutôt l'implication des femmes sur le marché du travail, les relations sociales qu'elles entretiennent et la place qu'elles prennent dans la société qui influenceraient sur les relations. Comme les États-Unis offrent des possibilités d'emplois aux femmes immigrantes, il faciliterait l'établissement de relations égalitaires entre les hommes et les femmes. Également, au Canada, une étude sur les couples iraniens a permis de comprendre que l'entrée au travail des époux, leur expérience avec leurs collègues et patrons, ainsi que la compréhension qu'il y a absence de contrôle social sur les femmes dans cette nouvelle société pouvait consolider des relations de genre égalitaires (Shirpak & al, 2011). Certaines études démontrent même que l'indépendance financière et l'éducation seraient des facteurs facilitant l'établissement de rapports sexuels égalitaires (Parrado & Chenoa, 2005; Vig, 2009).

Malgré que l'immigration dans un pays tel que le Canada ou les États-Unis offre des moyens (droits et possibilités d'emplois pour les femmes) qui peuvent avoir pour effet de favoriser l'égalité entre les hommes et les femmes, quelques obstacles peuvent être des facteurs de maintien des relations inégalitaires. La culture d'origine ou la religion peuvent agir à ce titre. Par exemple, chez les Sikhs habitant à Montréal, malgré que leur religion soit favorable à l'égalité de genre, la culture panjabi causerait obstacle à son application (Vig, 2009). En effet, dans la religion Sikh, l'égalité de genre est prônée et les femmes valorisent la notion de choix (liberté de choix du mari et de l'implication dans les tâches domestiques), alors que les mariages arrangés font partie de la culture panjabi (Vig, 2009). La liberté de choix des femmes est alors altérée par la société d'origine. Une forte identité culturelle était aussi associée au maintien de pratiques de genre plus traditionnelles chez les Asiatiques de l'Est (Declan & Beitel, 2006). Également, l'attachement des hommes au pouvoir et au leadership qui leur était naturellement donné dans leur pays d'origine peut ralentir l'établissement de rapports plus égalitaires (Shirpak & al., 2011). Les femmes iraniennes mentionnent d'ailleurs que la simple attitude d'ouverture ou de fermeture du mari peut avoir pour effet de maintenir leur femme dans une situation de domination masculine (Shirpak &

al, 2011).

Outre les caractéristiques culturelles, certains facteurs peuvent encourager à conserver des attitudes patriarcales traditionnelles. Le faible niveau d’éducation ou même le

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maintien de l’influence et de la structure familiale en seraient des exemples (Jibeen & Hynie, 2012; Yoshihama & al., 2014). Une étude de Yoshihama et ses collègues (2014) démontrait qu'une faible intégration à la société d'accueil serait directement associée à une plus grande acceptation de la domination masculine. Le maintien de valeurs patriarcales aurait d’ailleurs comme impact une plus grande acceptation de la violence conjugale et des agressions physiques des hommes envers les femmes, ce qui en augmente le risque (Falconier, 2013; Yoshihama & al., 2014). Néanmoins, ce n’est pas uniquement les conjoints qui peuvent démontrer un pouvoir sur les femmes, la famille aussi peut restreindre leur autonomie (Jibeen & Hynie, 2012). Par exemple, dans les couples immigrants d’origine non occidentale, les parents ont fréquemment une influence dans le choix du partenaire (Celenk & Van de Vijver, 2013). Les comportements des partenaires seraient aussi influencés par les membres de la famille élargie et suivraient généralement un modèle de domination masculine.

Ainsi, des attitudes plus égalitaires ne se développent pas nécessairement dans tous les ménages. Les couples qui s'ajustent à de nouvelles pratiques égalitaires n'en retiendront pas non plus nécessairement une expérience positive. Par exemple, les hommes iraniens interrogés dans l'étude de Shirpak et ses collègues (2011) nommaient qu'ils considéraient comme un défi de s'habituer à partager leur place en société avec les femmes. Ils notent également vivre négativement leur expérience de devoir tolérer certains comportements des femmes qu'ils n'accepteraient pas en Iran (Shirpak & al, 2011). Également, une étude auprès des couples éthiopiens au Canada a su démontrer qu'après la migration, les maris se sentaient davantage responsables d'un partage plus équitable des tâches à la maison, ce qui était la cause de plusieurs conflits dans le couple (Hyman, Guruge & Mason, 2008).

Toutefois, la plupart des études identifiaient que les femmes vivraient davantage d'aspects positifs à l'adoption de relations plus égalitaires. Dans une étude auprès de femmes latines aux États-Unis, celles qui maintenaient des relations de genre basées sur le patriarcat étaient plus portées à valoriser le travail à la maison et cherchaient moins à faire des études supérieures ou à avoir une carrière comparativement à celles qui vivaient des rapports de genre égalitaires (Harklau, 2013). Dans les couples iraniens qui se sont tournés vers des relations plus égalitaires, les conjointes disaient apprécier l'autonomie qu'elles en ont acquise (Shirpak & al, 2011). Des femmes originaires d'Asie du Sud indiquaient d'ailleurs trouver plus facile de vivre comme femme, qu'elle soit mariée, célibataire ou séparée, au Canada

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17 puisque les femmes y seraient plus libres, selon elles, et peuvent avoir une liberté économique (Agrawal, 2010). De plus, l'étude auprès des Asiatiques de l'Est de Declan & Beitel (2006) soulignait que pour les femmes interrogées, des relations plus égalitaires étaient associées à une identité plus stable, à une autonomie accrue et à un établissement prolongé aux États-Unis.

1.2.2.5 L'autonomie et les femmes immigrantes

Malgré les pressions qui peuvent être ressenties par le conjoint et la famille, en général, les femmes qui vont migrer d’un pays moins développé vers un pays plus développé observeront des gains dans leur autonomie. En effet, un rapport sur la condition des femmes immigrantes dans le monde (Forbes, 2004) a permis de constater que la migration des femmes contribue plus souvent à leur autonomie et à la prise de pouvoir sur leur vie. Elles constateraient une plus grande liberté de choix et un accès à de meilleures ressources financières (Forbes, 2004). Par exemple, l'étude de Vatz-Laaroussi et ses collègues (2012) identifiait que l'adaptation au contexte culturel québécois offrait la possibilité de développer de nouvelles formes d'indépendance, comme la liberté dans les choix d'études. L’étude de Vig (2009) auprès des immigrants Sikhs soulignait aussi que les répondantes de son étude disaient se sentir protégées des rapports dominants hommes-femmes par leur indépendance financière. Une étude auprès de femmes mexicaines immigrantes aux États-Unis amène un constat semblable en soulignant que l'accès à un emploi et un revenu stable augmenterait le sentiment d’autonomie puisqu’elles se sentiraient dorénavant autosuffisantes (Dreby & Schmalzbauer, 2013). La même chose a pu être observée auprès des femmes éthiopiennes ayant immigré au Canada. L'autonomie de ces femmes s’est trouvée améliorée par leur entrée sur le marché du travail (Hyman & al., 2008). Par le travail, les participantes de l’étude disaient avoir développé un sens de l'indépendance, une meilleure connaissance du pays d’accueil et avoir eu accès à davantage de rencontres sociales (Hyman & al., 2008). De plus, elles notaient que l'indépendance économique leur donnait le choix de quitter le conjoint dans le cas où il serait inadéquat avec elles.

Un autre facteur qui peut contribuer à l’autonomie des femmes serait l’accès à l’éducation. Les femmes Sikhs de l’étude de Vig (2009) notaient que par l’éducation, elles

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se sentaient plus aptes à se réaliser et à faire leurs propres choix. Toutefois, sans un environnement facilitant, il semblerait difficile d’accéder à un niveau d’autonomie satisfaisant pour les femmes immigrantes. En effet, la proximité d’une famille et d’une belle-famille qui cherchent à maintenir les valeurs traditionnelles patriarcales aurait un impact négatif sur le pouvoir qu’elles ont sur leur vie. Ce fut notamment un constat de l’étude de Jibeen & Hynie (2012) auprès des femmes pakistanaises immigrées au Canada. Les femmes interrogées identifiaient les structures familiales comme étant une source de maintien de la faible autonomie des femmes. Les belles-mères, pour leur part, étaient selon elles les principales responsables de l’entretien des valeurs patriarcales (Jibeen & Hynie, 2012). Dans le même sens, l’étude d’Espiritu (2001) auprès des Philippins démontrait que les parents restreignent l’autonomie de leurs filles, notamment par les attentes qu’ils leur manifestent. Si, dans le cas contraire, l’environnement et la famille sont plus favorables envers l’autonomie des femmes, un effet positif sur leur liberté pourrait en être ressenti. C’est le cas des femmes mexicaines établies aux États-Unis, qui nommaient dans l’étude de Dreby & Schmalzbauer (2013) qu’un environnement favorable à l’autonomie des femmes pouvait contrebalancer l’effet que peut avoir un mari violent restreignant sa liberté.

En général, les femmes des études décrites nommaient être plus satisfaites de leur vie et avoir une plus grande place dans la société lorsqu’elles avaient gagné un sentiment de pouvoir sur leur quotidien (Dreby & Schmalzbauer, 2013; Jibeen & Hynie, 2012). Toutefois, dans certains cas, l’atteinte pour les femmes d’un meilleur niveau d’autonomie peut être perçue comme une menace pour les maris et ainsi contribuer à envenimer la relation de violence (Boyd & Grieco dans Dreby & Schmalzbauer, 2013). La domination des conjoints pourrait alors s'ajouter aux autres sources de subordination que les femmes immigrantes pourraient vivre.

1.2.2.6 Le féminisme et les femmes immigrantes

Au Québec, le premier regroupement de femmes (Montreal Local Council of Women) à lutter pour l’égalité de genre a vu le jour en 1893. Plusieurs autres regroupements ont par la suite participé à la lutte et les revendications se sont multipliées jusqu’à ce que la cause devienne partie prenante de la société (Ferry, 2004). Depuis, des organisations et des associations se

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19 sont créées, ainsi que des programmes et des politiques sociales ont été mis en place afin de faciliter l'accès des femmes à la sphère publique (Maillé, 2000). Les immigrantes venant d’un pays où les femmes sont moins reconnues dans l’espace public peuvent possiblement vivre des remises en question sur leur propre pouvoir d'agir et leur position face aux hommes en résidant au Québec. Une réflexion critique sur les valeurs féministes auxquelles elles s'identifient ou non peut alors être déclenchée. Par exemple, les femmes afro-américaines ont questionné, dans les années 1970, la définition de l'oppression des féministes radicales selon laquelle les femmes seraient bloquées dans leur émancipation en raison de la domination masculine présente dans le modèle patriarcal. Pour leur part, elles croyaient que cette définition pouvait s'appliquer à leur situation, mais qu'elle était trop restreinte. Elles ont voulu faire reconnaître que le patriarcat leur posait des limites, mais ajouter que les femmes immigrantes doivent aussi affronter des comportements racistes qui les empêchent d'avoir une place d'importance dans la société (Toupin, 1998). D'un point de vue plus identitaire, les femmes immigrantes qui ont voulu participer à la lutte ont également cherché à redéfinir le modèle de la femme émancipée prôné par les groupes féministes, afin de le rendre plus inclusif (Nengeh Mensah, 2005). Afin d'éviter de se sentir à nouveau limitées par le modèle féminin à atteindre, elles ont contribué à repenser le genre féminin en considérant qu'une pluralité des identités est possible, dépendamment de la culture, de l'orientation sexuelle, des pratiques associées au genre, de l'époque, de son statut et du contexte social dans lequel elle vit (Butler, 1990). Une étude de Costa, Terracciano & McCrae (2001) s'est d'ailleurs penchée sur le sujet. Ils ont cherché à faire ressortir les attitudes en lien avec le genre dans 26 pays. L'étude a permis de souligner que les représentations des pratiques et des identités de genre varient effectivement selon la culture (Costa & al., 2001).

Malgré que quelques caractéristiques se retrouvaient universellement chez les hommes et les femmes, les conceptions des genres pouvaient différer selon les normes prônées par la société d'origine (Costa & al., 2001). Il est donc probable que de changer de société ait une influence sur la conception des pratiques associées au genre. De même, une étude faite au Canada sur les représentations identitaires des femmes immigrantes a permis de connaître que l'identité de genre se trouve modifiée par le changement de société (Cardu & Sanschagrin, 2003). En effet, cette étude qualitative impliquant 82 immigrantes de multiples origines à Québec démontrait que dans leur pays d'origine, l'identité féminine était

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davantage représentée par le rôle de mère et par les comportements de solidarité, alors qu'après la migration au Québec, elles se représentaient les femmes comme étant indépendantes, individualistes et qui donnent de l'importance à l'apparence (Cardu & Sanschagrin, 2003). Ceci démontre donc que l'immigration peut apporter un changement des représentations de soi en tant que femme, ce qui implique que des remises en questions sur les pratiques que les hommes et les femmes doivent accomplir peuvent aussi être provoquées. Les femmes immigrantes ont toujours fait partie de la lutte féministe. Par exemple, aux États-Unis, parallèlement aux mouvements des femmes qui naissaient à la fin du 19e siècle, les femmes noires qui avaient accès à une éducation se sont regroupées pour lutter contre le racisme, contre les négligences du gouvernement à leur égard et pour améliorer les conditions sociales qu'elles subissaient (difficultés socioéconomiques et problèmes de santé physique et mentale) (Mann, 2012). À cette époque, comme le racisme divisait la société, les groupes de femmes ne s'associaient pas pour la lutte (Mann, 2012). Par la suite, comme les femmes noires ne se sentaient pas incluses dans les définitions que le féminisme blanc faisait de l'oppression et des femmes émancipées, elles se sont structurées afin de bâtir un mouvement leur ressemblant davantage. C'est alors qu'a pris forme le féminisme noir (Collins, P. H., 2008; Combahee River Collective, 2008). Elles cherchaient alors à se définir par elles-mêmes et à éviter que les femmes blanches se servent d'elles pour augmenter les statistiques de victimisation utiles à leur lobbyisme (Combahee River Collective, 2008). Une fois regroupées, les femmes noires ont pu inclure des femmes d'autres groupes ethnoculturels. Par exemple, les Porto-Ricaines démontraient partager des difficultés similaires aux Africaines-Américaines et les Latino-Américaines ont cherché à prendre part à la lutte pour les droits des femmes (Higashida, 2011; Ross, 2008). Au fil du temps, des femmes de multiples origines ont donc pris part aux luttes féministes et ont su démontrer l'importance de considérer la complexité des identités des femmes et des oppressions qu'elles peuvent vivre.

1.2.2.7 L'indépendance des femmes et les femmes immigrantes

Comme l’identité des femmes varie selon plusieurs facteurs (origine, environnement, personnalité, famille, etc.) les représentations quant aux modèles de femmes indépendantes et émancipées vont également varier selon les cultures et les personnes. Tel que nommé plus

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21 tôt, au Canada, pour l'atteinte de l'égalité entre les hommes et les femmes, il est d'abord recherché de favoriser l'autonomie des femmes, leur liberté de choix sur leur vie et leur corps, leur implication dans la société et d'améliorer leur pouvoir d'agir (Bourgon et Corbeil, 1990; Corbeil & al., 1983; De Koninck et Savard, 1992). Toutefois, chaque personne peut avoir sa propre vision de ce qu’est l’atteinte d’une situation d’indépendance et de liberté d’action. Par exemple, si de remettre la responsabilité des tâches ménagères aux femmes correspond pour certains à maintenir les femmes dans une situation de dépendance, pour les femmes Sikh, le fait de prendre soin des hommes au foyer démontre la force de la femme et la faiblesse de l'homme qui nécessite une personne qui veille à son bien-être (Vig, 2009).

Également, l'éducation avait été relevée comme un facteur facilitant la prise d’autonomie chez les femmes immigrantes, mais certaines personnes peuvent croire, au contraire, qu'elle maintient dans un état de dépendance (Harklau, 2013). Une étude de cas de Harklau (2013) illustrait que dans la culture latine, les enfants demeurent généralement chez leurs parents pour toute la durée de leurs études. Pour la jeune femme qui a été interrogée par les chercheurs, le contrôle familial à la maison la maintenait dans une situation de dépendance, ce qui l'a poussée à quitter l'école afin de développer son indépendance (Harklau, 2013). Comme elle devait alors trouver les moyens pour assurer ses dépenses seule, elle a dû se trouver un emploi, ce qui représentait également pour elle une façon d'obtenir une autonomie ainsi qu'une indépendance économique et d'assurer un partage équitable des responsabilités entre les hommes et les femmes (Harklau, 2013).

Par ailleurs, lorsqu'il est question du port du voile, il peut être associé à une forme de contrôle sur la liberté des femmes, alors que pour d'autres il est un symbole religieux qui n'affecte aucunement les rapports de domination entre les hommes et les femmes (Frigoli & Manier, 2013). Certaines femmes peuvent d'ailleurs le porter en manifestation contre l'utilisation sexuée du corps des femmes. Effectivement, c'est le cas de certaines femmes immigrantes de religion musulmane en France. Elles se sont retournées vers des attitudes sexuelles plus traditionnelles dans le but de se valoriser en tant que femmes. Elles cherchent à manifester leur opposition à la commercialisation du corps des femmes, à l'hypersexualisation et à ainsi valoriser une identité féminine qu'elles considèrent comme plus respectable (Frigoli & Manier, 2013). Ceci étant dit, il importe de prendre en considération

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que des comportements qui peuvent être perçus comme renforçant l’oppression faite aux femmes auront pour d'autres personnes des représentations différentes.

1.2.2.8 Les formes de subordination et les femmes immigrantes

Tel que discuté, dans la majorité des cas, la migration des femmes contribue à leur autonomie et à la prise de pouvoir sur leur vie. Ceci s'observe plus facilement lorsque des femmes passent d'un pays moins développé à un pays plus développé. Elles pourront observer des gains dans leurs droits et dans leur liberté en ce qui a trait à leurs choix de vie et un accès à de meilleures ressources financières (Forbes, 2004). Malgré tout, certaines études évoquent le contraire. Certaines femmes, pour des raisons qui ont été nommées plus tôt (contrôle de la famille et attachement aux valeurs traditionnelles), se retrouveront moins libres de faire des choix sur leur vie que dans leur pays d'origine (Parrado & Chenoa, 2005). Les valeurs patriarcales et la domination masculine peuvent alors être maintenues et s'ajouter au sentiment de subordination en lien avec les inégalités de culture (Parrado & Chenoa, 2005). Ainsi, les femmes immigrantes peuvent se retrouver dans une situation où elles devront faire leur place tout en ayant à affronter plusieurs formes d'oppressions.

Comme premier exemple d'autres sources d'oppression qui peuvent être vécues dans le pays d'accueil, il y a le racisme. D'ailleurs, comme Parrado & Chenoa (2005) soulignaient dans leur étude sur la migration des Mexicaines aux États-Unis, les femmes interrogées disaient ressentir davantage un sentiment de subordination face aux inégalités de groupes racisés que par les inégalités sexuelles une fois installées dans le nouveau pays. Le racisme peut prendre diverses formes et être un facteur qui limite l'accès à plusieurs ressources et emplois. Par le maintien de préjugés, des groupes de femmes qui désirent offrir du soutien à des femmes immigrantes peuvent même les limiter dans leur liberté. Ce fut le cas, tel que nommé plus tôt, en France où il est tenu pour acquis que le port du voile est une atteinte à la liberté des femmes. Des femmes interrogées dans l'étude de Frigoli & Manier (2013) indiquaient choisir librement de porter le voile et ainsi se sentir opprimées dans leurs droits lorsqu'elles sont incitées à ne pas le porter. Par le fait même, elles indiquaient se sentir davantage opprimées qu'encouragées à s'émanciper (Frigoli & Manier, 2013).

À ces types d'oppression peut se joindre de la violence structurelle par le fait d'avoir des difficultés d'apprentissage de la langue, par la difficulté d'obtenir des emplois ou même

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23 d'accéder à des logements décents (Cleaveland, 2013; Duval, 1992). Plusieurs immigrantes seront maintenues dans un état de pauvreté pendant une longue période avant d'accéder à un emploi (Dlamini & al., 2012) qui sera finalement, pour une grande majorité, dans un autre domaine que celui étudié dans le pays d'origine.

La structure du système de santé, de services sociaux et de justice est parfois difficile à comprendre et son incompréhension peut limiter l'accès à certaines ressources ou même renforcer des difficultés familiales (Legault et Lafrenière, 1992). Les caractéristiques personnelles de la personne peuvent également multiplier les facteurs d'oppression, par exemple si une femme est d'orientation sexuelle autre qu'hétérosexuelle ou même si elle vit avec un trouble de santé mentale ou physique.

Cette recension des écrits démontre que les changements identitaires et comportementaux qui sont provoqués par l'immigration ont un grand impact sur la personne immigrante. Ces changements, aussi nombreux et variés soient-ils, influenceront aussi l'identité de genre et la perception des relations entre les hommes et les femmes. Certains développeront des attitudes favorables envers l'égalité de genre, alors que d'autres seront dérangés par les nouvelles habitudes de vie adoptées par leur partenaire ou leur famille. Un portrait des études qui ont été recensées en ce qui a trait à l'égalité entre les hommes et les femmes chez les femmes immigrantes a donc pu être sommairement décrit. Toutefois, certaines limites sont à considérer concernant les études trouvées.

1.2.3 Limites des études actuelles

Malgré que les études consultées permettent d’avoir quelques renseignements sur les femmes immigrantes et leurs besoins, ainsi que de faire des liens avec leur pensée féministe, quelques limites empêchent de considérer leur situation sous plusieurs angles.

D'abord, il est à noter que la majorité des informations qui traitaient des femmes immigrantes au Québec, particulièrement sous un angle féministe, dataient des années 1990. Ces documents et ces études offrent des informations intéressantes, mais l’époque à laquelle les données ont été prises peut influencer. Il est possible que le portrait des femmes immigrantes soit différent actuellement et que des changements dans la société québécoise aient modifié leur situation. Un effort a donc été mis afin de trouver des études plus récentes

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et néanmoins pertinentes afin d'avoir des informations à jour. Lorsqu’elles dataient des dernières années, c’est le lieu qui pouvait empêcher de considérer que le même genre de résultats pourrait se retrouver au Canada. Par exemple, plusieurs études provenaient des États-Unis, où la majorité des immigrants sont d’origine mexicaine ou d’ailleurs en Amérique latine, alors qu'au Québec ce n'est pas le groupe dominant. Les politiques sociales envers l’immigration sont différentes aux États-Unis et au Canada et donc leur situation varie. Certaines études pouvaient aussi provenir du Canada anglais. Puisque la langue principale au Québec est le français et que cette province gère depuis 1991 les candidats qu’elle souhaite recevoir (Gouvernement du Canada, 2013), la situation des immigrants peut aussi différer selon la province du Canada.

Les études consultées étaient également, pour la plupart, analysées selon des théories ethnologiques ou anthropologiques. L'adaptation culturelle des immigrantes et leur intégration sociale étaient expliquées selon ces lunettes. Il serait donc intéressant de développer des connaissances qui se rapprochent davantage au domaine du travail social. D'autant plus que lors de la recherche d'articles pertinents, la majorité des résultats d'articles abordaient l'intégration économique et à l'emploi des immigrants. Ceci est représentatif de la tendance actuelle à accueillir davantage d'immigrants de la catégorie économique au Canada (CIC, 2014) et de la pertinence de s'intéresser surtout à cet aspect dans les études. Ainsi, il serait intéressant de découvrir davantage d'informations abordant le côté social de l'immigration.

1.3 Pertinence de l'étude

1.3.1 Pertinence sociale

Ceci mène donc à la pertinence d'étudier la population des femmes immigrantes sous un point de vue social. Tel que démontré, quelques études recensées exploraient les impacts de l'immigration sur les relations familiales et conjugales, sur la vie professionnelle sur leur intégration sociale, mais très peu s'attardaient à questionner leurs valeurs et leurs perceptions en lien avec l'égalité entre les hommes et les femmes. Celles qui ont été trouvées et qui se rapprochaient de ce sujet provenaient soient de l'extérieur du Québec, ou dataient de plus d'une décennie. Ainsi, étant donné qu'actuellement le Québec cherche à se positionner quant

Figure

Tableau 1: Opérationnalisation des concepts

Tableau 1:

Opérationnalisation des concepts p.53
Tableau 2 : Données sociodémographiques des participantes

Tableau 2 :

Données sociodémographiques des participantes p.71
Tableau 3 : Autonomie telle que témoignée

Tableau 3 :

Autonomie telle que témoignée p.98