• Aucun résultat trouvé

Une représentation médicalisée de la personne âgée et la construction d’une aide diversifiée à la personne

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "Une représentation médicalisée de la personne âgée et la construction d’une aide diversifiée à la personne"

Copied!
143
0
0

Texte intégral

(1)

L’Aide à la Personne :

Service ou Économie ?

Actes du 2ème colloque organisé par

le DEUST

*

Travail Social

Métiers de l’Aménagement et des Activités sociales

(MAAS)

DEUST : Diplôme d’Etudes Universitaires Scientifiques et Techniques : (L1 et L2)

http://deust.hautetfort.com/

http://www.aes-apprentissage-universite-evry.com/

le jeudi 10 avril 2008

Université d’Evry-val d’Essonne UFR de Sciences sociales et de gestion

2 rue du facteur Cheval 91025 Evry cedex

(2)

Sommaire

Ouverture de la journée d’étude

6

par Richard MESSINA

Exposé liminaire :

L’aide à la personne : service ou économie ?

Le sens d’une journée de réflexion

10

par Philippe NASZÁLYI

« Savoir réorganiser aussi des solidarités de voisinage »

15

Message de Martin HIRSCH

Table ronde n°1

L’Aide à la Personne :

L’évolution du regard sociétal et de la citoyenneté

Des droits de l’Homme aux Droits de la Personne : quelle signification ?

par

Alain LE GUYADER

18

Pour une éthique de l’aide à la personne

par le docteur Michaël GUYADER

22

Aide ou assistance : les enjeux sociétaux de la solidarité de voisinage à

l’innovation économique…

par Patrice NOAILLES

27

Les attentes spécifiques des personnes avec handicap induiront-elles de

l’innovation dans le secteur des services à la personne ?

par Patrick ROTHKEGEL

32

(3)

Table ronde n° 2

Les acteurs de l’Aide à la Personne :

Les actions

Créer un lien social et intégrer dans des quartiers : accueil, travail,

développement durable…

par Mgr Guy HERBULOT

42

et ALI BOUNAAS

44

Pratiques d’intégration dans l’urgence et par le travail de populations

immigrées, à majorité féminine et à qualifications variables.

par Marjorie GOUGEON

52

et Françoise LIDOVE

53

L’insertion professionnelle : forme de l’aide à la personne

par Gilles HERMOSO

54

et Sébastien LAHIEUGUE

56

La tutelle et l’aide à la gestion des personnes en difficulté : Aide à la

Personne et aide à la famille, de nouveaux métiers ?

par Gilles SERIZIER

58

L’action mutualiste au service des personnes

par Jean-Louis SPAN

61

et Jacques GONTIERS

63

Service de qualité auprès des populations affaiblies : le recrutement et la

formation des personnels sur le terrain dans une association.

par Martine CAPITAINE

65

M&D : le positionnement différent d’une entreprise dans le maintien à

domicile

par Michel MAZET

69

Label de qualité, éthique et formation professionnelle, la Fédération des

ADESSA.

par Loïc O’MURPHY

76

(4)

Table ronde n° 3

Comment assurer la pérennité ?

Entre le social et l’économique :

L’enjeu de l’éthique et de la qualité

Les différentes formes de financement prévues

par Christophe BEAUDOIN

89

Services solidaires et hybridation des ressources

par Fettah CHAMSI

93

Une représentation médicalisée de la personne âgée et la construction

d’une aide diversifiée à la personne Résultats d’une enquête sur Caen

par Françoise LOZIER

97

Entrepreneuriat et innovation sociale, les services à la personne en milieu

urbain, un nouveau champ économique.

par Sophie BOUTILLIER et Nathalie FERREIRA

103

Entreprises et Associations, la nécessaire complémentarité

par Charles-Benoît HEIDSIECK

119

Formation : enjeux de la qualité et de la pérennité

par Brigitte CROFF

122

Pourquoi l’Université d’Evry a-t-elle ouvert, en 2008, deux nouvelles

formations en apprentissage dans le cadre du Management des

organisations publiques et sociales ?

1.

la Licence Professionnelle de Management de l’Aide et des services à la

Personne (LP MAP)

et

2.

la Licence d’Administration Des Territoires (ADT aménagement et

développement du territoire), Ville et Sports.

par Philippe NASZÁLYI

125

(5)

Conclusion de la table ronde n°3

par Lionel FERRARIS

133

Questions de la salle sur la table ronde n°3 et la journée

136

Conclusion

Le paradis sur terre existe-t-il ? Le rôle des spécificités et non-spécificités du

secteur de l’économie solidaire dans ses pratiques de direction et

d’encadrement : de l’intérêt à créer des « ponts » entre le secteur social et les

entreprises « ordinaires ».

par Frederik MISPELBLOM- BEYER

141

Les textes présentés ici, sont la version intégrale enregistrée des interventions lors du Colloque qui s’est tenu le 10 avril 2008.

Il n’y a donc été pratiqué aucune coupe ni choix de la part du Responsable du DEUST Travail social.

Ces textes ont été soumis aux auteurs avant publication et il a été tenu compte de toutes les remarques et corrections qui ont été apportées par ceux qui ont répondu.

Les notes explicatives on été apportées par Philippe NASZÁLYI, afin de clarifier au maximum la compréhension des interventions.

Le DEUST Travail Social ne peut être tenu responsable des propos ainsi publiés qui sont le propre de chaque auteur.

L’Université d’Evry-Val d’Essonne n’entend non plus donner ni approbation ni improbation au travail présenté ici.

L’association ADTSE remercie tout particulièrement Madame Geneviève NASZÁLYI et Monsieur Eric BAHOUA qui ont permis, par leur engagement bénévole, la réalisation de ce travail

Directeur de la Publication : Philippe NASZÁLYI

Reproduction partielle autorisée sous réserve de la mention des sources,

http://dtse.hautetfort.com/ 6 avril 2009 © ADTSE DEUST travail social Evry 2009

(6)

Ouverture de la journée d’étude

par Richard MESSINA,

Président de l’Université d’Evry Val d’Essonne

Je félicite tous les organisateurs de ce colloque de nous avoir réunis dans ce lieu pour nous permettre de réfléchir sur un sujet porteur d’avenir, celui des jeunes, en les formant aux métiers d’aujourd’hui et de demain. Et c’est sans doute parce que l’université symbolise tout naturellement ce lieu où l’on prépare l’avenir des jeunes, que nous nous retrouvons nombreux aujourd’hui dans cet amphithéâtre autour de ce thème.

Oui, l’université est par excellence le lieu où l’on prépare l’avenir des jeunes en contribuant à les insérer durablement dans le monde du travail ; il y là une mission première des universités. Il s’agit de leur donner, non seulement la capacité d’être autonomes en exerçant une activité professionnelle tout au long de leur vie et ainsi de s’épanouir personnellement, mais aussi, au-delà de « vivre pour eux », de contribuer aussi, par leur travail, à la « vie des autres » et notamment des autres générations, les plus âgées.

Vous allez en effet aborder aujourd’hui un enjeu de la formation universitaire qui touche un secteur d’activité particulièrement porteur d’avenir et voué à un grand développement dans les années à venir, celui de l’aide à la personne.

Mais, j’aime à le rappeler, l’université, au-delà de ses missions de formation, est aussi le lieu de la recherche. Oui, c’est le lieu où l’on « pense le monde », où l’on va au « bout de la connaissance », où l’on essaye de comprendre comment sera fait le monde de demain pour répondre, le mieux possible, aux attentes des citoyens et des acteurs de la vie locale, nationale, internationale… dans un monde de plus en plus interpénétré par les problèmes sociaux, économiques, culturels…

C’est la raison pour laquelle l’université, lieu privilégié, du transfert des savoirs, prend de plus en plus de place aujourd’hui en matière d’aménagement du territoire. L’université, certes, n’a pas de territoire qui lui est propre, je veux dire un territoire géographique, elle inscrit ses missions dans des territoires à géométrie variable, au niveau local, national, international, car les savoirs ne sauraient être l’apanage d’une catégorie privilégié de gens, ils sont la propriété de tous, ils constituent le premier patrimoine de l’humanité, et contribuent à enrichir, chaque jour, la vie des Hommes.

Dans la problématique que vous allez aborder aujourd’hui, celui de l’aide à la personne, j’y vois un symbole fort pour notre université. Notre université, en effet, se prévaut d’être pluridisciplinaire ; elle est une sorte de « carrefour » des savoirs où se brasse une multitude d’idées qui se marient les unes les autres et qui génèrent de nouveaux savoirs, de nouvelles intelligences plus aptes à faire progresser la société et répondre à ce titre aux attentes du milieu professionnel.

(7)

Dans une société complexe, confrontée à des attentes fortes des citoyens en matière de liberté, de progrès, de sécurité… la pluridisciplinarité s’impose en effet, de plus en plus, comme le chemin d’un progrès durable ; elle est au cœur d’une évolution décisive de la pensée universitaire qui trouve de plus en plus son essor. Car la tradition universitaire pendant longtemps a été de découper un peu en « tranches » les savoirs : la physique, la chimie, l’informatique, la biologie, les mathématiques, la sociologie, l’économie, le droit, la gestion…. il y a une multitude de disciplines que l’on enseigne dans les universités et beaucoup de notes aussi émises afin d’évaluer les compétences de nos étudiants dans telle ou telle de ces disciplines. Ces disciplines, pendant longtemps ont été considérées comme des indicateurs de connaissances, censés mesurer l’efficience des formations et le levier de la recherche.

Mais aujourd’hui, face à un monde de plus en plus complexe, l’efficience universitaire ne peut plus se cantonner à une simple adition de compétences disciplinaires, il faut aller au-delà, bien au-delà. Les attentes des citoyens sont tellement fortes aujourd’hui qu’elles nécessitent de mettre en harmonie l’ensemble de toutes disciplines au service d’objectifs à atteindre. Je prendrai un exemple. Notre université est réputée pour ses recherches dans le secteur de la santé, plus particulièrement dans le domaine des sciences génomiques qui permettent de comprendre les systèmes vivants au niveau moléculaire et, s’agissant des êtres humains, d’apporter une contribution à la médecine qui est en pleine mutation avec l’avènement des thérapies géniques set cellulaires. Pour avancer, en ce domaine, dans le chemin du progrès, il ne faut pas seulement s’attacher les compétences de chercheurs biologistes, croyez-le. Il y faut aussi – et parfois plus – les compétences de mathématiciens, d’informaticiens, de physiciens, de chimistes… et aussi d’autres chercheurs qui peuvent apporter des réponses aux enjeux qui sont liées au développement de ce que l’on appelle la médecine régénératrice. Je pense en particulier aux questions d’éthiques et de société qui touchent aux manipulations génétiques et qui concernent les juristes, les économistes, les sociologues…

Ce n’est pas une simple affaire de complexité scientifique, cela touche au sens même que nous donnons à cette quête des hommes et des femmes, depuis les temps préhistoriques, d’aller de progrès en progrès pour améliorer leur condition de vie. C’est ainsi qu’à l’université d’Evry, en lien avec l’AFM, (Association française des myopathies) parce que nous sommes en capacité de pouvoir identifier les dysfonctionnements du corps humain à l’échelle moléculaire, nous élargissons le cercle des chercheurs venus d’horizon disciplinaire diverse, aux citoyens eux mêmes et à leur représentants. Grâce au progrès des sciences génomiques, nous pouvons en effet aujourd’hui identifier la probabilité d’un dysfonctionnement moléculaire du vivant et la probabilité d’être malade à un moment donné. On peut aussi parfois, « réparer » ces dysfonctionnements génétiques et ainsi être en mesure de guérir génétiquement des gens. Mais une question se pose alors : a-t-on le droit de « guérir des gens qui, au regard de la médecine actuelle, sont bien portants ? ». Et si on le fait, cela sera-t-il remboursé par la sécurité sociale ? Vous voyez que la réponse à ces questions ne peuvent pas, ne doivent pas même, être le monopole des biologistes, des chimistes, des physiciens, des informaticiens, des mathématiciens… ce doit être l’affaire aussi des sociologues, des juristes, des économistes… mais aussi des citoyens eux-mêmes !

Comment la société s’organise-t-elle pour pouvoir apporter des réponses pertinentes à cette « globalité de la science » au service de l’émancipation des individus ? Telle est la question centrale à mon sens qui conditionnera les progrès futurs de l’humanité, je veux dire les progrès durable et accessibles à tous.

(8)

Si l’exemple que j’ai pris du développement des sciences génomiques au service des citoyens illustre bien à mon avis la nécessite d’aborder les progrès dont a besoin l’humanité de façon globale et transversale, c’est aussi la question que sous-tend le débat que vous engagez aujourd’hui, dans un secteur clé du développement économique, celui de l’aide à la personne, largement porté aujourd’hui par la puissance publique. C’est un secteur, on le sait, en plein développement, qui pourrait concerner à terme 1,3 à 1,5 millions de salariés. Il y a aujourd’hui autour de 500 entreprises qui sont concernées par ce type d’activités et quelques 500 000 emplois pourraient être créés dans les 3 à 4 ans dans ce secteur.

Mais, compte tenu de cette demande croissante, il est clair que ce secteur de l’aide à la personne, ne peut plus être seulement l’affaire de la puissance publique, il est en passe de devenir un secteur d’activité économique à part entière et les entreprises vont être amenées de plus en plus à prendre le relais ou compléter l’activité des associations qui se sont développées jusqu’à aujourd’hui dans ce domaine. On chemine finalement progressivement d’une activité qui s’appuyait beaucoup, à l’origine, sur la solidarité de la cellule familiale à une activité organisée à l’échelle territoriale avec ses logiques économiques.

La cellule familiale s‘est en effet fragilisée depuis quelques décennies, les modes de vie ont beaucoup évolué, la prise en compte dans la société de l’handicap est aussi un élément qui contribue beaucoup à accroître la demande en matière d’aide à la personne, de même que le vieillissement de la population… C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu(autant de générations sont amenées à vivre ensemble. Il y a une forte demande sociale qui voit le jour, qui est en train de se développer très rapidement et qui va inéluctablement concerner le secteur marchand, à côté de financements publics qui réguleront les mécanismes de solidarité pour répondre aux exigences de solidarité républicaine entre les individus. Il faut à la fois penser ce secteur de l’aide à la personne en terme de professionnalisation, en terme de compétences « métiers », d’expansion et d’organisation du tissu économique qui lui est associé et la façon avec laquelle les complémentarités et les relais devront se mettre en place avec la puissance publique et notamment les associations qui assurent aujourd’hui une grande part de ces services d’aide à la personne.

Comment organiser ce secteur économique très large, qui va des acteurs publics aux entreprises du secteur marchand ? Quelle ingénierie permettra de répondre à cette demande sociale et aux règles de concurrence du secteur marchand ? Cela nécessitera, comme dans le cas des sciences génomiques, d’être au carrefour des diverses compétences disciplinaires allant des sciences de gestion à la sociologie, de l’économie au droit...

Il faut aussi réfléchir à la politique de financement de ce secteur économique en émergence. Qui doit financer l’aide à la personne ? Quel est la part du secteur privé ? Quelle est celle du secteur public ? La réponse n’est pas simplement technique, elle est politique. C’est pourquoi les élus locaux, régionaux, nationaux doivent être associés à cette réflexion car des choix de société devront être faits à ce niveau.

L’université d’Evry, je vous l’ai dit, est une université pluridisciplinaire, elle est aussi, comme toutes les universités nouvelles créées dans les années 90, très ancrées sur son territoire et liées étroitement au tissu socioéconomique et institutionnel. Elle a su développer une culture de professionnalisation des savoirs qui forge son identité. De nombreuses formations professionnelles sont délivrées, au niveau des DEUST, des DUT, des Licences Professionnelles, des parcours en IUP (Institut Universitaire Professionnalisé) et des formations Master. Plus de 15% des étudiants suivent des parcours en apprentissage et

(9)

continue, le deuxième taux le plus important en France. Nous avons indéniablement, des atouts que nous souhaitons mettre au service de la réflexion que vous menez aujourd’hui sur le développement des services d’aide à la personne en partenariat avec les acteurs de terrain, les salariés et les cadres des entreprises concernées.

Notre université se veut être à votre service, pour mettre ses atouts et son expérience, ses moyens et – croyez-le – sa passion du progrès au service de l’émancipation des individus afin de leur permettre d’être tout simplement plus « heureux de vivre ». Car c’est peut-être cela finalement la mission de l’université : faire progresser les savoirs et agir avec tous les acteurs de la société pour que les femmes et les hommes d’ici et d’ailleurs, puissent vivre libre et en paix, pour les aider à se comprendre, à se respecter, à définir les règles sociales, économiques, culturelles, politiques qui régissent la vie collective, pour que la société progresse dans la solidarité et le respect, en tout lieu, des Droits de l’Homme.

(10)

Exposé liminaire :

L’aide à la personne : service ou économie ?

Le sens d’une journée de réflexion

par Philippe NASZÁLYI

Directeur de La Revue des Sciences de Gestion (La RSG) PAST- Responsable des formations professionnelles

du département AES de l’Université d’Evry

Chercheur au Lab. RII, de l’Université du Littoral Côte d’Opale (ULCO).

Aide à la personne, c’est dire que l’on va d’abord s’intéresser à la personne.

La licence que va créer cette Université et dont on parlera dans l’après-midi, c’est précisément celle de l’aide (et des services) à la personne.

Alors, la personne, qu’est-ce que c’est ?

Je me suis un peu reporté au Littré et puis à mon « vieux Gaffiot ». La personne pour Littré, c’est l’homme ou la femme, comme vous le constatez, c’est extrêmement vague, ce n’est pas défini, ça n’existe pas. Et pour Gaffiot, persona avec un seul « n », c’est même sens que le masque « hypocrita » comme disent les Grecs, c’est le personnage qu’il y a derrière l’être humain.

Il faut attendre le quatrième ou le cinquième sens chez Littré, comme chez Gaffiot, pour découvrir que c’est le constituant même de l’être humain.

« Constituant même de l’être humain », c’est cette analyse, ces analyses qui constitueront le fond de la première table ronde. La vision de la personne est en train de changer complètement dans notre société en crise. Tout au long de la journée, nous allons avoir à en prendre compte.

D’abord, tenir compte sur le plan de la valeur, des droits humains ou des droits à la personne ; la philosophie, la sociologie vont essayer de nous permettre de bien replacer la chose. Voir en quoi il y a une éthique particulière pour les personnes faibles ou en état de faiblesse. Deux intervenants, le docteur Guyader et Monsieur Rothkegel, nous en parleront et puis en même temps, parce que j’y crois profondément, parce que c’est l’objet de mes recherches personnelles, je crois que l’aide à la personne, que l’innovation dans tout le domaine de la société, est quelque chose qu’il va falloir très largement prendre en considération dans les années qui viennent, d’abord parce que l’on a une concurrence mondiale qui ne peut pas être que financière et parce que je pense que l’on ne peut plus vivre dans ce matérialisme positiviste, comme celui dans lequel on vit depuis le 19ème siècle. L’innovation sociale, l’innovation de gouvernance sont des éléments que les sciences humaines et sociales sont en train d’apporter et je pense que nous allons essayer d’y répondre aujourd’hui.

La deuxième table ronde, car c’est comme cela que j’ai conçu le programme, est pour bien désigner que la personne n’est pas simplement la personne souffrante ou la personne âgée, comme on en a un peu une vision simplifiée. La définition de 2004 est de prendre l’acception

(11)

de la personne dans toute son activité sur son lieu de travail, sur son lieu de loisirs, dans son domicile. Autrement dit, c’est aussi, et ce sera l’objet de la deuxième table ronde, l’accueil de l’étranger ; c’est l’accueil des femmes - et nous aurons un témoignage - qui arrivent là aussi de l’étranger et qui ne savent pas s’insérer ; c’est aussi l’accueil ou l’aide à l’insertion professionnelle ; c’est un élément de l’aide à la personne que nous traiterons grâce à deux interventions ; c’est bien sûr, et il ne fallait pas l’oublier, un certain nombre de métiers nouveaux. Derrière l’aide qui peut avoir un caractère un peu limité à l’aide sociale, il y a bien entendu la notion plus économique des services rendus ou à rendre à la personne. La Convention nationale de développement des services à la personne, signée le 22 novembre 2004 et que nous citions préalablement, définit ce secteur professionnel comme « l’ensemble des métiers contribuant au mieux-être des personnes sur leurs lieux de vie, qu’il s’agisse de leur domicile, de leur lieu de travail, de leurs lieux de loisirs ».

Il faut aussi apprécier les besoins nouveaux nés de l’évolution de métiers nouveaux, fruit de la volonté du Législateur et des évolutions sociétales pour définir ces activités :

La loi du 5 mars 2007 réformant la protection juridique des majeurs entrera en vigueur pour l'essentiel le 1er janvier 2009 et modifiera les mesures de sauvegarde de justice, curatelle, et tutelle. Ces mesures s'adresseront uniquement aux personnes dont l'altération des facultés (certifiée par un médecin inscrit sur une liste établie par le procureur de la République) ne leur permet plus de pourvoir seules à leurs intérêts, et lorsqu'il n'existe aucune autre solution moins contraignante. Les mesures seront confiées en priorité à la famille ; pour demander ces mesures, seule la personne à protéger, des membres de sa famille ou d'autres proches et le procureur de la République, pourront saisir le juge des tutelles. Le juge ne pourra plus se saisir lui-même. De nouvelles mesures d'accompagnement à la gestion des prestations sociales concerneront les personnes en grande difficulté sociale mais dont les facultés ne sont pas altérées.

Depuis le 9 mars 2007, il est devenu possible d'organiser à l'avance sa propre protection juridique, sous certaines conditions, par un nouveau contrat appelé "mandat de protection future".

Sont concernées, toutes les personnes majeures, qui ont besoin d'être protégées temporairement dans les actes de la vie civile en raison :

- d'une altération de leurs facultés mentales par une maladie, une infirmité ou un affaiblissement dû à l'âge,

- ou d'une altération de leurs facultés physiques empêchant l'expression de leur volonté. Les personnes dont les facultés sont plus gravement atteintes, et qui sont placées sous

sauvegarde de justice dans l'attente de la mise en place d'un régime plus protecteur : tutelle ou curatelle. Voilà pour un premier vaste secteur

La nécessité d’une aide à la personne concerne également les problèmes de santé et les accidents de la vie, susceptibles d’entraîner une altération importante de la vie. Il convient de plus d’établir une distinction entre la maladie, le handicap ou la vieillesse. Il convient de distinguer les altérations de l’intégrité physique ou psychique provoquées par des maladies et des traumatismes et leurs conséquences au plan de l’autonomie. C’est ce dernier point qui détermine la nature et la quantité d’aide nécessaire pour appréhender les :

• Pathologies organiques génétiquement déterminées ou non :

(12)

• Les handicaps physiques qui en découlent

• Les Pathologies psychiatriques, le développement psychoaffectif et moteur des humains et les grandes structures psychopathologiques : Névroses (hystérie, obsession), psychoses (schizophrénie, paranoïa), perversions, maladie maniaco dépressive.

• Les grandes entités symptomatiques : Angoisse, dépression, délire, hallucinations.

• Les handicaps psychiques qui en découlent

• Les handicaps mentaux

• Les conséquences physiques et psychiatriques du vieillissement normal et pathologique, en particulier les démences et leur retentissement sur la vie sociale

• Les conséquences physiques et psychiatriques des grandes addictions, leur retentissement sur l’autonomie.

Tout cela est une piste de réflexion pour des métiers qui ne sont pas des métiers de la santé, mais qui sont un préalable à une bonne appréhension de ce qui doit ou peut être fait pour un service de qualité, auprès de publics variés et affaiblis, et qui ne doit pas être plus exclusif de la connaissance juridique que nous venons de souligner que de la dimension de gestion ou de management qui doit également être intégrée.

Le Management doit répondre à l’activité complexe et multiforme de l’Aide à la personne et être partie prenante de l’étude de ces services. Mais avant tout on doit poser quelques interrogations liminaires :

• Quelle définition et quelle délimitation donner aux services à la personne ?

• Quelles différences existe-t-il entre les emplois de services à la personne et les services de proximité ?

• Comment se présente le contexte européen général des services à la personne dans le modèle social et économique européen ?

• Quel pourrait être l’impact de la libéralisation du marché des services sur les services à la personne ?

• Les services à la personne entrent-ils dans le champ des services sociaux d’intérêt général définis au niveau communautaire ?

• Quels sont les besoins émergeants ?

• Qui est concerné par les services à la personne ?

• Comment se répartissent géographiquement, dans chaque pays européen, les offres de services en réponse à ces besoins ?

• Quelles sont les incidences sur la vie de famille et professionnelle ?

• Quels sont les impacts en termes de gisements d’emplois ?

• Comment consolider l’offre et assurer la qualité des services ?

• Comment accompagner les structures vers une démarche de qualité ?

• Comment structurer la professionnalisation des emplois de services à la personne ?

• Quel est le rôle de l’Agence nationale des services à la personne ?

• Qu’en est-il dans les autres pays européens ?

• Comment le marché s’organise-t-il en France et ailleurs en Europe ?

• Qui sont les acteurs et comment sont-ils organisés et coordonnés ?

• Comment remédier aux difficultés de structuration du secteur des services à la personne ?

(13)

• Quels sont les outils de la solvabilisation ? Comment s’articulent le service public et le service privé dans le financement des services à la personne, en France et en Europe ?

• Quel est le rôle des pouvoirs publics (Etat, collectivités territoriales…) dans le développement des services à la personne ?

Ces trois problématiques fondamentales éclaireront notre fin de la matinée, qui entend s’intéresser à la qualité des soins, au respect de ce qu’est la personne et donc comment éventuellement mettre en place des labels de qualité pour le traitement des personnes en difficultés.

Les grandes mutuelles de santé ne sont pas à l’écart des plates-formes de services, les établissements bancaires, les enseignes de la grande distribution créent des passerelles pour produire des services à la personne, pour accompagner les personnes. Elles ont recours aux associations pour les exécuter à moindre coût. Nous aurons deux interventions sur ce sujet, qui permettront de nous faire une idée des implications sur ces métiers qui se mettent en place, soit dans le secteur associatif avec tous les problèmes de l’associatif, soit, entrepreneuriaux car effectivement la loi Borloo de 2005 a fait en sorte que l’aide à la personne se situe dans un cadre concurrentiel. Il sera donc extrêmement intéressant dans le champ économique de voir cet aspect des choses et de comparer les expériences de chacun.

L’après-midi est également assez chargée, puisque nous nous sommes posé la question de la pérennité. Pérennité, c’est trois choses en fait : c’est l’éthique, bien entendu qui reviendra car on ne traite pas des êtres humains comme on traite des marchandises, comme on traite des finances. Il faut se poser sans cesse la question du respect, « à temps et à contretemps » si je paraphrase l’apôtre Paul.

Un grand débat se développe en ce moment en France - je ne veux pas y entrer parce qu’il serait polémique - sur la mort dans la dignité. Qu’est-ce que la dignité ? Est-ce la dignité du bien portant qui regarde le malade ou est-ce la dignité en soi ? Il serait intéressant de se poser la question de la dignité en soi, parce que la personne ce n’est pas simplement le masque, la persona ou l’hypocrita, comme je le disais tout à l’heure des Romains ou des Grecs. C’est l’être humain en tant que tel dans sa dignité intime, intuite personae.

Deuxième point, après l’éthique, évidemment, l’aspect économique. On ne peut pas l’évacuer. Qui paiera ? Comment peut-on financer, « solvabiliser » pour utiliser les termes des économistes, ce secteur d’activité qui ne peut pas être que public ?

Martin Hirsch qui a enregistré pour nous un message pour ce colloque, abonderait largement à ce que je dis, en disant qu’on ne peut pas simplement financer totalement avec les fonds d’Etat ou les fonds des collectivités locales. Les fonds « du domaine de la charité » et ceux du « domaine de l’économie » sont en jeu. Les associations savent combien les conseils généraux à qui l’on a confié ces tâches, ont de plus en plus de mal à assumer, et on ne peut pas leur en vouloir, l’argent, ils ne l’inventent pas. Il faut bien aller le chercher dans une activité. L’innovation du développement viendra de cette innovation sociale au moins autant que des technologies, quoi qu’en pensent les scientistes durs qui pullulent encore autant chez les « Libéraux monétaristes » que chez les scientifiques et industriels de la matière qui

(14)

souvent se rejoignent hélas, dans un matérialisme sans avenir, mais oublieux de ce qui est notre sujet même : la personne et sa dignité.

Nous essaierons de nous ouvrir ensuite sur un thème d’avenir : comment rapprocher la pratique entrepreneuriale, c’est-à-dire la logique économique et la pratique éthique associative. Deux intervenants viendront nous apporter leurs expériences, leurs suggestions. Enfin, pour mettre en place la qualité du service qui a été abordée dans la matinée, notre réflexion s’attardera sur la formation. On ne peut pas dans une université, être étranger à la formation. Comment former les personnels ?

C’est une des grandes critiques qui est faite à ce secteur par ses détracteurs. Il y a un besoin considérable en ce domaine, et tous les experts insistent sur ce point vital. C’est le « le déficit de personnel d’encadrement compétent …“multitâches” » que souligne pour le déplorer, le Commissariat au Plan (2005, Chapitre Premier, page 32).

La formation de cadres intermédiaires et de gestionnaires qui entre directement dans notre fonction de formateurs universitaires est au cœur de ce débat et nous aurons l’occasion d’en parler avec les projets de l’Université d’Evry notamment.

Ces emplois sont bien souvent caractérisés par un aspect multitâches », propre au secteur, qui est repris à son compte notamment par le Rapport du groupe Prospective des métiers et qualifications, (2007, Centre d’Analyse Stratégique et DARES) qui dénonce « les faiblesses quantitatives et qualitatives de l’encadrement intermédiaire ».

De plus, « La professionnalisation de services à la personne entraîne la régression du rôle des bénévoles et la création d'une série de fonctions intermédiaires entre la direction et le niveau d'exécution » comme l’avait déjà décrit l’ORSEU (2006, synthèse du rapport final IRS).

Pour illustrer encore ce propos, force est de constater que dans les structures de maintien à domicile par exemple, il existe « une réelle sous-qualification du personnel d’encadrement (secteur récent au sein duquel la stratégie de qualification de l’encadrement était une notion sous-évaluée). De plus la moyenne d’âge assez élevée et le développement du secteur (lié au vieillissement de la population et l’émergence de nouveaux besoins d’aide à la personne) permettent de penser que le besoin de créations d’emplois sera fort (Rapport ADSA, 2007) Pour conclure notre journée, un spécialiste de l’encadrement, le professeur Mispelblom-Beyer nous fera rêver de l’existence du paradis terrestre, en espérant qu’il puisse réconcilier tous ces points que nous aurons essayé d’avancer aujourd’hui.

Mesdames, Messieurs, nous vous souhaitons de fructueux débats, et je vous convie à entendre le message que M. Martin Hirsch, qui a accepté d’être le parrain de notre promotion du DEUST (2007-2009) et a tenu à s’adresser à nous par « dailymotion » depuis Toulouse où il se trouve en ce moment, à l’occasion de ce colloque qui entre dans le cadre du « Grenelle de l’Insertion ». Nous ne saurions trop remercier le Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, ainsi que son Cabinet et notamment Marianne Duranton, pour les encouragements et l’aide sous toutes ses formes qui nous ont été prodigués, grâce à leur bienveillant soutien.

(15)

« Savoir réorganiser aussi des solidarités de voisinage ? »

Message de

Martin HIRSCH

Haut Commissaire aux solidarités actives contre la Pauvreté et

Parrain de la promotion des étudiants-apprentis du DEUST 2007-2009

Le sujet du colloque (service ou économie) pose le fond du débat, avec en sous-entendu la distinction du type : aide à la personne (le domaine de la charité) et services à la personne (le domaine de l’économie).

On est au cœur de la définition de la modernité qui résulte, ne l’oublions pas, d’une rationalisation progressive des activités humaines progressivement soumises aux règles de l’efficacité économique. En d’autres termes, la modernité est l’abandon des régulations sociales traditionnelles au profit d’une régulation économique. Bien évidemment, la première application de cette modernité est de réduire le poids du politique, par exemple, en exigeant des lois claires et des tribunaux indépendants. Ou encore de grandes entreprises indépendantes du pouvoir central (mais est-ce bien réaliste ?).

Sur la question des services à la personne, tout le débat réside en ce que le développement de ces services à la personne représente deux choses dans l’économie moderne :

1- la constatation qu’aux Etats-Unis, ce sont les services qui ont créé des emplois et non les nouvelles technologies. Les services à la personne seraient donc une sorte de moyen de développer l’emploi.

2- Une espérance de trouver dans les services à la personne une sorte de volet social de l’économie moderne ; une bonne conscience, en quelque sorte. Un retour vers des solidarités ancestrales, familiales, de voisinage qui n’existent plus dans l’économie de marché ?

Si l’on distingue l’aide des services, il est alors plus facile de parler de l’économie des services et des mécanismes d’aide. Il existe bien évidemment une frontière floue entre ces deux ensembles et c’est à la politique de préciser cette frontière.

(16)

L’innovation dans les mécanismes d’aide réside dans la mise en place de nouveaux mécanismes administratifs et sociaux de distribution de cette aide ; via des associations notamment. Mais aussi à l’intégration entre ces aides monétaires et psychologiques dans le but de recréer une solidarité de nature locale ou tribale. Mais il faut immédiatement remarquer que le terme de solidarité recouvre à la fois des contraintes considérables et des empathies non moins importantes. Il n’est pas certain que le rejet des contraintes ne l’emporte sur les empathies.

L’innovation dans les services relève de l’économie. C’est une création complexe qui augmente l’efficacité globale ; elle est développée par un individu. Elle est source d’une efficacité accrue.

Vouloir étendre le domaine de l’aide conduit à geler l’efficacité globale. Inversement, les services ne permettent pas d’apporter des aides psychologiques ou de simple voisinage.

La richesse des débats et témoignages de ce colloque devrait être de montrer qu’il faut savoir réorganiser aussi des solidarités de voisinage (mais aussi des contraintes, et il n’est pas certain qu’elles soient acceptées)

(17)

TABLE RONDE n° 1

L’Aide à la personne :

L’évolution du regard sociétal et la

citoyenneté

(18)

Des droits de l’Homme aux Droits de la Personne :

quelle signification ?

par Alain LE GUYADER

Philosophe et sociologue, Ancien Vice-président de l’Université d’Evry MCF, Directeur du Master CSI (Coopération et solidarité internationale)

La question qui m’est posée est de savoir ou d’essayer de montrer en quoi l’aide à la personne conçue comme un service est un véritable droit et pas seulement ce qu’on appelait dans la philosophie classique et traditionnelle, un devoir facultatif, c’est-à-dire quelque chose qui relève plutôt de la charité individuelle ou publique. Alors évidemment, on est tenté de répondre immédiatement « oui », mais il ne suffit pas d’avoir des bonnes intentions. Le problème est peut-être un peu plus compliqué qu’il n’en a l’air pour faire valoir ces services comme un droit.

D’abord, parce que l’on vit une époque de prolifération individualiste des droits ; chaque fois que l’on a une revendication, on dit que c’est un droit, que c’est mon droit, qu’on y a droit, tout ce qu’on veut. Et donc cela pose un problème parce que cela dilue complètement le sens éthique et fondamental des droits.

Deuxième difficulté, il faudrait que l’on s’accorde sur ce que l’on doit entendre par personne. Je ne sais pas si j’ai tout à fait la même définition que messieurs Littré, Gaffiot et Naszályi de la personne, mais j’essaierai en tout cas de donner ma propre conception, disons philosophique.

En troisième lieu, parce qu’il s’agit de savoir en quel sens nous sommes des personnes. Qu’est-ce que cela veut dire que l’on soit considéré comme des personnes ? Et puis la troisième difficulté, c’est évidemment de considérer le statut ou la condition existentielle des personnes précisément à qui l’on doit reconnaître un droit spécifique.

Donc, je voudrais tout d’abord et rapidement rappeler ce que signifient les droits de l’homme qui sont, avant toute chose et avant d’être des droits, l’expression d’une éthique, et d’une éthique qui signifie un cadre de référence normatif et un registre non moins normatif pour aborder l’ensemble des questions de la société.

En second lieu, non moins brièvement, je vais essayer de dire en quoi nous sommes des personnes, pour montrer le lien fondamental qui existe entre droits fondamentaux et notre statut d’humain comme personne, qui est un concept sur lequel on peut donner une signification très précise.

Et puis ensuite, j’aborderai la question du service comme droit pour ces personnes justement dont on dit qu’elles ont besoin d’aide.

(19)

1. L’éthique des droits de l’homme

Vous savez en général quand parle des droits de l’homme et qu’on demande l’on demande ce que signifie le concept « droits de l’homme », tout le monde dit, c’est « tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit » et la déclaration de 1948 ajouté « ils sont doués de conscience et de raison » etc. Le seul problème, c’est que cet article 1 n’énonce aucun droit. Il dit quelque chose de beaucoup plus fondamental, il énonce l’éthique fondamentale sur laquelle se base l’idée des droits de l’homme. Qu’est cette éthique ? C’est l’affirmation d’une reconnaissance mutuelle de ce que, dans le jargon philosophique, on appelle l’égalité anthologique. Cela veut dire qu’il n’y a pas d’être humain qui soit plus ou moins humain qu’un autre être humain. Et c’est de ce seul fait, ce qui n’est pas le cas dans toutes sortes de sociétés européennes traditionnelles ou non, et c’est de ce seul fait « libres et égaux en droit » que nous sommes reconnus comme libres, que nous avons droit aux mêmes droits, c’est-à-dire à tout un ensemble de catégories de droits appelés civiques, politiques, économiques, sociaux, culturels qui posent un certain nombre de problèmes sur lesquels je n’aurais pas l’occasion de m’étendre.

Mais en tout cas, cela veut dire le principe d’une égale dignité. Je vais revenir sur ce concept de dignité également qui est une véritable innovation des sociétés modernes car chez les Romains, la dignité c’est relatif à un statut particulier, alors que la dignité dont il s’agit et relativement aux droits de l’homme, c’est une égale dignité. Cela veut dire en tout cas, qu’il n’y a pas d’être humain qui a plus ou moins de valeur qu’un autre. En tant qu’être humain, nous avons tous la même valeur et encore le mot « valeur » est de trop, car une valeur s’échange. Or, la dignité humaine fait précisément qu’elle n’a pas de prix, qu’on ne peut pas l’échanger, qu’elle n’est pas commercialisable. Et cela, c’est extrêmement important.

Cela implique donc une jouissance des mêmes droits et ce n’est pas une position individualiste. Cette reconnaissance mutuelle implique réciprocité. Ce qui signifie que je ne peux pas réclamer un droit pour moi sans vouloir le réclamer en même temps pour tous les autres. C’est-à-dire que l’éthique des droits de l’homme, droits individuels, n’est pas une éthique individualiste. C’est une erreur, c’est une interprétation libérale, d’un certain libéralisme et qui est tout à fait fausse. C’est la réciprocité qui est au fondement éthique des droits de l’homme. Et les droits fondamentaux reconnus sont des conditions de possibilité pour que les êtres humains puissent être libres. L’égalité anthologique, la liberté, les droits comme condition de cet « être homme ». Etre homme, être libre, c’est cette capacité que tout être humain a, d’être par soi-même, à être autonome. C’est cela qui est au cœur de cette problématique des droits de l’homme. Cela veut dire aussi la capacité de choisir et de vivre sa vie, d’avoir un projet de vie qui soit à soi et qui ne soit pas un projet qui nous soit imposé.

2. Tout être humain : la personne

Je dirais très rapidement que tout être humain est à la fois un individu, un sujet et une personne. Cela c’est tout à fait fondamental.

- Nous sommes des individus, qu’est-ce que ça veut dire ? que nous nous définissons, que nous sommes repérables, identifiables, si je puis dire, par des particularités. On est grand ou petit, rouge ou jaune, chrétien ou musulman, ceci ou cela… cela ce sont des particularités qui permettent d’être identifiés. Donc nous sommes de ce point de vue là, une différence empirique ou factuelle. Quelque part, on subit cette particularité, elle nous constitue même si on en accumule au cours de la vie. C’est le moment de la particularité. L’individu, c’est le moment de la particularité en termes philosophiques.

(20)

- Mais en tant qu’humain doué, comme dit la Déclaration Universelle, de conscience et de raison, nous sommes en même temps des sujets et là, nous dépassons la particularité. Nous avons tous cette capacité et ce droit d’être des sujets de droit, d’être d’abord des sujets. Qu’est-ce que c’est qu’un sujet ? C’est quelqu’un qui est capable de se concevoir comme l’auteur de ses pensées et de ses actions et c’est ce qui fait que précisément nous pouvons communiquer.

- Et le sujet qui s’applique à sa particularité, qui construit sa vie, qui dépasse l’enfermement ou la donnée ? des particularités, c’est la personne. La personne, c’est précisément, ce en vue de quoi nous existons en raison de nos droits. La personne, c’est le moment philosophique de la singularité. Et c’est comme sujet libre, que nous existons comme singulier. La particularité ne suffit pas. Elle nous définit objectivement mais non pas subjectivement. C’est cela pour moi, le concept de personne. Et donc la jouissance de droits comme condition de possibilité d’être des êtres humains libres et égaux etc., c’est précisément ce qui nous permet de devenir et de rester des personnes, toujours dans la réciprocité. Autrement dit, c’est ce qui fait de nous, non pas des êtres identiques, faux problème sur les débats sur la différence, droit à la différence et autres pièges intellectuels du même genre… Cela fait de nous, à la fois, des semblables et des singuliers. Et on ne peut pas être des singuliers sans être des semblables, ni des semblables sans être des singuliers. Cela est fondamental et s’applique à tout être humain.

3. Le service à la personne : un droit

Il se trouve qu’un certain nombre de personnes ou même d’ailleurs cela peut nous arriver, que la capacité à être des sujets, puisse être altérée ou empêchée notamment en raison de particularités biologiques, accidentelles, socioculturelles, ou de toutes sortes de choses du même ordre. Mais nous ne cessons pas pour autant d’être des êtres humains, d’être des personnes, d’exister en vue d’être des personnes. Et on ne perd jamais sa qualité d’être des sujets de droit en vue de nous assumer dans notre singularité. Simplement, nous ne le pouvons pas ou nous le pouvons à un moindre degré, si je puis dire, raison pour laquelle nous avons besoin d’aide. Dès lors, en vertu de l’égale dignité et de la réciprocité des droits, nous devons avoir le droit à cette aide comme service public. Même si ce n’est pas uniquement des entreprises publiques, il n’en reste pas moins que c’est un service public quand même, service public pour rester des sujets singuliers, de moins en moins autonomes pour des raisons accidentelles diverses que je viens d’évoquer. Le service doit suppléer la capacité défaillante pour maintenir tout être humain dans sa dignité. C’est ça qui fait le lien avec les droits fondamentaux. Ce devoir public est donc bien un droit. Ce n’est pas un truc qu’on nous octroie parce qu’on est plutôt sympa ou au nom de la bonne conscience morale. C’est un droit qui doit couvrir tout le spectre des droits et qui a des implications morales, je n’ai pas le temps d’en parler.

Nous devons donc socialement en répondre. C’est notre responsabilité sociale. Il n’y a pas que les entreprises qui ont des responsabilités sociales. Et ce concept de responsabilité sociale, il n’a de sens qu’en référence au cadre ou au registre des droits fondamentaux. Retirer les droits de l’homme, les droits fondamentaux, les droits humains, appelez cela comme vous voudrez et vous n’avez plus de responsabilité sociale. Et c’est vrai aussi pour les personnes.

(21)

Ce qui me paraît important et je terminerai là-dessus, c’est que la mise en œuvre de ce droit rejaillit sur la signification des droits de l’homme. Vous le savez généralement, on sépare droits civils et politiques, et puis droits économiques sociaux et culturels, je n’ai pas le temps de montrer que c’est une interprétation complètement fausse et idéologiquement biaisée. Mais si on dit que les personnes dont la capacité à être par soi-même, d’être des sujets, se trouve à la fois défaillante ou empêchée et que nous devons leur reconnaître ce droit par un service, ce service relève des droits économiques, sociaux et culturels de la dite deuxième génération. Cela veut dire que l’on nous montre bien là que si ces droits ne sont pas indivisibles, eh bien, ces droits n’existent tout simplement pas, ni pour nous, ni pour eux.

(22)

Pour une éthique de l’aide à la personne

Tentative de définition d’une aide à la personne qui ne tiendrait pas seulement compte de la situation de handicap, vécue par les sujets concernés amis aussi de leurs choix subjectifs et de

la complexité des rapports entre besoin, demande et désir. par

le docteur Michaël GUYADER

,

Psychiatre des hôpitaux,

Chef de service du 8ème secteur de psychiatrie générale de l’Essonne, psychanalyste.

Si l’on rétablissait l’enseignement de la morale aux enfants des écoles, l’on ne manquerait pas de leur faire savoir qu’il est moral d’aider les aveugles, l’on dit aujourd’hui mal ou non voyants, à traverser la rue.

Leur dirait-on, pris dans la hâte postmoderne, à prendre le parti du bien à tout prix éventuellement même à l’insu de ceux à qui il pourrait s’adresser, qu’il est éthique de s’assurer du désir du récipiendaire, d’aller de l’autre côté.

Cette petite remarque liminaire pour situer mon intention d’avoir par cette communication à informer certes mais aussi et serais-je tenté de dire surtout de mettre en garde : l’époque est au développement exponentiel de l’aide à la personne, chacun s’entend légitimement à dire que l’augmentation de la durée de vie a pour triste corollaire un besoin croissant d’aide qualifiée aux personnes dépendantes ; cette nécessité doit être considérée dans la complexité de son champ d’application mais aussi dans celle de ses modalités de déploiement.

Penser l’aide à la personne demande une réflexion approfondie sur, d’une part les conditions qui rendent nécessaires les interventions d’autrui dans l’existence y compris la plus intime d’un sujet, d’autre part la dialectique des désirs de la personne aidante et de la personne aidée : comment prend –on la décision d’aider quelqu’un, comment fait-on avec l’autre mais parfois aussi à sa place ? Comment fait-on la différence entre besoin et désir ? Comment s’articulent-ils avec la demande ? Comment se positionne-t-on par rapport à son propre désir d’aidant et à la limite qu’il peut rencontrer dans le désir de la personne aidée, comment enfin se positionne t-on par rapport à la limite qu’impose le réel du corps de l’autre au désir d’aider. L’on pourrait aussi s’interroger sur les limites à l’aide qu’imposent les multiples déclinaisons possibles du principe de précaution questionnant ainsi la dialectique entre ce principe, la gestion des risques, la non assistance à personne en danger et la liberté individuelle.

Qui ne s’est pas questionné devant la contradiction douloureuse d’avoir à aider quelqu’un en danger et de ne rien faire qui soit susceptible d’aggraver son état ? Nous verrons le parti que l’on peut tirer à ce propos de la règle du double effet de Thomas d’Aquin

(23)

La complexité de ces questionnements demande donc d’abord que soit défini clairement ce que l’on entend par aide à la personne, ce que sont ses limites propres et ce que sont les limites de ses agents.

Ces interrogations sont réellement complexes dans la mesure évidemment où elles concernent des humains et non des systèmes ou des mécaniques ; la définition de protocoles qui pourraient permettre de se déprendre de la complexité se heurte donc souvent à l’inattendu, au réel de la vie, aux choix subjectifs imprévisibles peu prévisibles, heureux ou désastreux des humains.

J’en veux pour illustration la vignette clinique tirée d’une revue médicale suisse où est exposée une situation très complexe : une personne âgée de 75 ans après une amputation d’un membre inférieur voit son avenir mis en discussion par l’équipe médicale et les éthiciens qui doivent déterminer les modalités de l’après hospitalisation, retour à domicile avec des aides, quel type d’aide, admission dans une institution ; il est difficile d’obtenir le consentement de la personne et son fils est trop mis en difficulté par la complexité de la situation pour être un tiers utile. Un tableau est fait des enjeux éthiques, des propositions sont discutées toutes plus complexes et difficiles à mettre en œuvre les unes que les autres. La patiente trouve sa propre solution, elle meurt des suites d’une infection pulmonaire.

La complexité de ces questions tient, pour reprendre Philippe Mérieux, à trois contradictions : l’éthique relève de la symétrie entre les personnes, l’aide de la dissymétrie, l’éthique relève de la reconnaissance de l’altérité, dans sa radicalité inconnaissable et l’aide relève de la connaissance de la différence de l’autre, l’éthique relève toujours d’un choix individuel, de la responsabilité personnelle alors que l’aide relève d’une organisation collective et sociale. Il importe donc d’être particulièrement vigilant à ce qui dans la proposition d’aide où dans son effectuation va nier ce qu’il en est du sujet dans l’autre ; il n’y a d’éthique en effet que, dès lors que l’asymétrie introduite par le besoin même d’aide et par l’exercice d’un savoir sur l’autre, cette asymétrie donc trouve un moyen de se médiatiser pour que soit rétablie de part et d’autre un statut de sujet. C’est à cette condition que l’on peut parler d’une éthique de l’être. Cette remarque de Philippe Mérieux ouvre à d’autant plus de réflexions que l’on se situerait du côté de l’éthique telle qu’elle est défendue par Emmanuel Levinas d’un côté et par Donald Winnicott de l’autre, entre philosophie et psychanalyse donc.

Pour l’un et l’autre, l’éthique vient à l’origine, elle est ce qui fonde l’expérience fondamentale au début de toute philosophie. Pour eux, notre prise de conscience de l’altérité de l’autre dans sa vulnérabilité nous en rend responsables. L’Autre vient alors en place d’un autre soi même. Levinas parle ainsi de ce qu’il y a de profondément structurant dans la rencontre du visage de l’autre, de ce que ce visage a de profondément vulnérable « c’est dans le sentiment de responsabilité envers autrui que le moi se sent irremplaçable. La responsabilité envers autrui est la suprême dignité du sujet. »

Nous rencontrons là une illustration de la deuxième contradiction dont parle Ph. Mérieux celle entre la profonde altérité dans sa radicalité inconnaissable et la nécessaire connaissance de l’autre qu’exige la dispensation d’une aide de qualité. Si l’on veut aider opportunément l’on doit se faire une idée précise de ce dont l’autre a besoin, un diagnostic précis est nécessaire presque entomologique dirait Merleau- Ponty.

L ’altérité inconnaissable de l’autre peut tenter de permettre à des humains d’échapper à une des modalités les plus sournoises et les plus dévastatrices de domination de l’homme par son

(24)

semblable, la recherche d’une connaissance omnisciente et omnipotente de tout ce qui le concerne, démarche absolument et radicalement totalitaire : je sais tout de toi, je sais donc ce qui est bon pour toi, je vais donc faire ton bien éventuellement à ton insu, le moment n’est pas éloigné où cet autre terrifiant va vous mettre à construire des autoroutes pour votre bien et celui du Reich par exemple. Si vous rencontrez quelqu’un qui veut tout savoir de vous, un conseil, méfiez-vous et préparez-vous à la résistance !

L’on pourrait voir dans ce propos, et l’on aurait raison, une critique des diverses enquêtes sur les citoyens ou leur progéniture à laquelle l’époque nous a habitués depuis le projet « gamin » jusqu’à l’enquête INSERM sur les enfants en difficultés susceptibles de devenir ultérieurement des adolescents délinquants violents, que sais-je encore. Démarche scientiste qui vise en tout cas la définition d’une norme dont la tentative de sortir est immédiatement assimilée à une atteinte potentielle à l’ordre public et à la sécurité des personnes ; chacun sait en effet que les poètes sont dangereux !

Cette dernière remarque pourrait apparaître comme digressive, pourtant elle est au vif de la question de la relation d’aide ; en effet, il y a lieu de trouver dans celle-ci un terme moyen entre l’altérité profonde de l’autre et la nécessité d’en savoir quelque chose, sans réduire la personne à ses comportements, ses symptômes ou son handicap.

Philippe Mérieux insiste sur la nécessité de tenter de sortir de cette contradiction par le haut, en ne considérant cette démarche classificatoire que comme provisoire, en gardant clairement à l’esprit que ce sujet n’est pas réductible à ce que je sais ou dis de lui, il précise : « la personne n’est pas réductible à ce que je dis d’elle »

Enfin une troisième contradiction demande à être travaillée, celle où s’opposent une perspective strictement individuelle, l’Ethique de nos pratiques, non définissable par des institutions faute de devenir des règles et donc de se trouver plus du côté de la morale. Je fais ici référence à la distinction entre les deux termes telle qu’elle est amenée par Paul Ricoeur. Pour cet auteur l’Ethique se situerait du côté de la vie accomplie sous le signe des actions estimées bonnes et la morale du côté obligatoire, marqué par des normes, des obligations, des interdictions caractérisées à la fois par une exigence d’universalité et par un effet de contrainte.

Paul Ricoeur définit la visée éthique par les trois termes suivants : « visée de la vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes » nous pourrions tout à fait proposer d’écrire cette proposition en exergue du programme d’enseignement de licence d’aide à la personne que Philippe Naszályi, que je remercie ici de m’avoir proposé de participer à ce beau colloque, s’apprête à mettre en œuvre.

Dans cette recherche d’une orientation éthique de l’aide à la personne, la multiplication des références me paraît utile non pas pour servir d’un vade-mecum sur la bonne manière de penser le sujet ou d’être à la recherche de modèles reproductibles mais dans la quête plutôt de trouver des modèles de contraste dont notre propre pensée pourrait se nourrir. C’est ainsi en particulier que la règle du Double Effet que Saint Thomas d’Aquin a développé au 13ème siècle à propos de la question de la légitime défense peut aider dans la dialectisation de ce qui dans la relation d’aide, peut réellement servir et ce qui est de nature à nuire. On peut reprendre l’exemple déjà considéré du geste accompli pour aider et qui peut avoir des conséquences fâcheuses ; on peut aussi être amené exceptionnellement à faire à la place de quelqu’un ce qui peut être vécu par la personne aidée comme une atteinte à son intégrité. La règle du double effet appartenant à la tradition de la théologie morale, il en résulte que l’on peut accomplir un acte ayant à la fois un bon et un mauvais effet dès lors que le bon effet est supérieur au mauvais et de surcroît si au moins les conditions suivantes sont remplies :

(25)

- l’acte lui-même doit être bon ou moralement neutre ou du moins ne pas être interdit, - le mauvais effet ne doit pas être un moyen de produire le bon effet mais doit être

simultané ou en résulter,

- le mauvais effet ne doit pas être intentionnel ou approuvé mais simplement permis, - l’effet positif recherché doit être proportionnel à l’effet indésirable et il n’y a pas

d’autre moyen pour l’obtenir

Le rapport sur la maladie d’Alzheimer intitulé l’éthique en question, dirigé par le professeur François Blanchard énonce quatre principes constituant pour ce groupe de professionnels les principes cardinaux d’une aide éthique à la personne

1) le principe d’humanité et de dignité, principe kantien des « fondements de la métaphysique des mœurs » et qui énonce que ce qui a une dignité est ce qui est supérieur à tout prix et par suite n’admet pas d’équivalence. Kant en tire un impératif catégorique : « agis toujours de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen »

2) le principe de solidarité, les personnes appartenant à la même communauté humaine sont liées par une responsabilité collective pour s’accorder une aide mutuelle et une obligation de porter assistance à celui qui est atteint par les aléas de la vie

3) le principe d’équité et de justice qui requiert pour chaque humain la reconnaissance et le respect de ses droits -

Le principe d’autonomie qui tient au « se gouverner soi-même » ; ce principe exige que chaque individu puisse gouverner sa vie librement, il demande à être respecté même quand le sujet est hors d’état de donner un consentement lucide ; il s’agit alors de déterminer les moyens que l’on prend pour connaître les souhaits ou la volonté de la personne en situation d’incapacité.

Seulement l’on ne manquera pas de souligner qu’il ne suffit pas de manifester sa bonne volonté pour que le monde devienne meilleur, les historiens et quelques citoyens d’âge mûr n’ayant pas encore perdu la mémoire pourraient en témoigner. Partisan déterminé de la célébration des mérites de Don Quichotte et partageant avec mon ami Lucien Bonnafé, l’inventeur de la psychiatrie désaliéniste, l’idée selon laquelle une des carences les plus redoutables quant à l’organisation de la vie en société est la carence en quichotisme et ayant fait mienne depuis longtemps la formule que Miguel de Unamuno prête à Quichotte descendu aux enfers et qui, arrachant la marque laissée par Dante, en laisse une autre où est écrit : « vive l’espérance », je n’en tente pas moins d’être aussi lucide que possible et la fréquentation assidue de Freud m’a enseigné, comme j’avais pu le dire ici même l’an dernier, que « aimer son prochain comme soi-même » est une proposition inacceptable par les humains. L’homme ne pense en fait qu’à une chose : comment profiter de son semblable, « homo homini lupus » rappelle Freud, après Plaute et Hobbes, qui poursuit : « Cette tendance à l’agression, que nous pouvons déceler en nous-mêmes et dont nous supposons à bon droit l’existence chez autrui, constitue le facteur premier de perturbation dans notre rapport avec notre prochain ; c’est elle qui impose à la civilisation tant d’efforts »

Nous savons par ailleurs que le désir de s’occuper de son prochain tient aussi à ce que Freud donc nomme formation réactionnelle et qui transforme chez l’obsessionnel la pulsion sadique en désir d’aider. Chez l’Hystérique, le désir de prendre soin de l’autre va tenter de répondre

(26)

d’une demande personnelle d’être soi-même entendu dans sa propre souffrance ou dans son inextinguible besoin d’amour.

Tony Lainé disait que ceux qui ont choisi d’aider leurs semblables ont toujours quelque chose à régler du côté de leur malheur d’enfant. Cette proximité de l’autre dans sa souffrance interroge ce qui de sa propre question reste en suspens, nous sommes en effet tous à égalité devant l’Objet après lequel nous courons tous et que nous n’atteindrons pas parce qu’il est toujours à jamais déjà perdu.

Après les modalités du faire avec sa propre névrose, sa modalité de rencontre avec le semblable en difficultés, la relation que les humains entretiennent avec leur désir est à considérer au cas par cas et ne souffre donc aucune généralisation abusive ; il en va naturellement de même pour ceux qui reçoivent l’aide. La relation que les humains entretiennent avec le besoin, la demande, le désir est aussi complexe.

En tout cas il faut bien, n’est-ce-pas, être vraiment intéressé par la détresse de nos semblables pour décider d’y consacrer nos existences. Pour des raisons diverses, catastrophes, désastres, nous intéressent ;, il n’y a qu’à voir comme sur la route il y a invariablement un embouteillage du côté opposé de la route où un accident s’est produit ; il suffit aussi de voir comment nous nous précipitons sur les mauvaises nouvelles, les rubriques nécrologiques, les faits divers, à la recherche peut-être de nous-mêmes : ce malheur-là, c’est le mien, celui auquel personne n’échappe, donc, le malheur nous intéresse, l’horreur de la conditions humaine peut nous intéresser au point de nous engager dans la tâche impossible – dit encore Freud – de nous occuper de nos semblables. Il l’exprime plus précisément et à deux reprises dans son œuvre, avec des formulations un peu différentes :

Dans sa préface à « jeunesse à l’abandon » d’Aichhorn en 1925 : « Il y a longtemps que j’ai fait mien le mot plaisant qui veut qu’il y ait trois métiers impossibles, éduquer guérir et gouverner », dans son texte de 1937 Analyse terminable et interminable sous la forme : « Il semble que la psychanalyse soit le troisième métier où l’on est sûr d’un succès insuffisant », les deux autres étant d’éduquer et de gouverner.

Difficile donc et ce, d’autant plus que ces considérations complexes quant au désir d’aider se retrouvent tout à fait du côté de ceux dont la situation appelle à l’aide. Le rapport des humains au besoin, à la demande à leur désir insu, rendent problématiques les mises à la norme que l’époque préconise ; protocoliser dit-on mais pourquoi ne pas penser élaborer, se laisser travailler par des questions plutôt que de laisser déferler sur soi et les autres la pensée toute faite, la conformisation de l’autre répondant nécessairement à la codification des protocoles. Le sujet qui appelle pour mettre en avant un inconfort passager, un petit mal de tête par exemple, le fait au risque en effet qu’on lui prescrive hâtivement un antalgique plutôt que de prendre le petit peu de temps nécessaire pour prêter une oreille attentive à ce qui se dit sous les oripeaux de la plainte..

Il y a là quelque chose de si simple et de si fragile, du même ordre que l’attention portée à l’enfant qui met en avant le mal de ventre pour dire sa crainte de la mauvaise note ou de la mauvaise rencontre.

Prenez le temps d’écouter, essayez d’entendre !

Voilà ce que je dirais à qui me ferait l’honneur de me demander conseil à propos de l’entrée dans le métier de l’aide à la personne.

Figure

TABLE RONDE   n° 1
Tableau 1 : Le potentiel de ressources de l’entrepreneur : éléments d’une définition générale   Potentiel de
Tableau 2 : Les entreprises de services à la personne : état des lieux

Références

Documents relatifs