PARENT ALITÉ ET PARCOURS TRANS :
EXPLORATION DES TRAJECTOIRES, DES EXPÉRIENCES ET DU PROCESSUS DE NÉGOCIATION DES DÉSIGNATIONS PARENTALES CHEZ
LES PARENTS TRANS
THÈSE PRÉSENTÉE
COMME EXIGENCE PARTIELLE DU DOCTORAT EN PSYCHOLOGIE
PAR
MARIE-PIER PETIT
Avertissement
La diffusion de cette thèse se fait dans le respect des droits de son auteur, qui a signé le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles supérieurs (SDU-522- Rév.01-2006). Cette autorisation stipule que «conformément à l'article 11 du Règlement no 8 des études de cycles supérieurs, [l'auteur] concède à l'Université du Québec à Montréal une licence non exclusive d'utilisation et de publication de la totalité ou d'une partie importante de [son] travail de recherche pour des fins pédagogiques et non commerciales. Plus précisément, [l'auteur] autorise l'Université du Québec à Montréal à reproduire, diffuser, prêter, distribuer ou vendre des copies de [son] travail de recherche à des fins non commerciales sur quelque support que ce soit, y compris l'Internet. Cette licence et cette autorisation n'entraînent pas une renonciation de [la] part [de l'auteur] à [ses] droits moraux ni à [ses] droits de propriété intellectuelle. Sauf entente· contraire, [l'auteur] conserve la liberté de diffuser et de commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»
REMERCIEMENTS
Outre sa durée incommensurable, le parcours doctoral n'a rien d'un long fleuve tranquille. Jamais je n'aurais pu naviguer les eaux parfois houleuses du doctorat et arriver à bon port sans l'aide de mon équipage, à qui je souhaite exprimer ma gratitude.
J'aimerais d'abord remercier mes deux directrices de thèse, mes phares qui m'ont éclairée et habilement guidée jusqu'à la soutenance de cette thèse. Danielle Julien, tes conseils judicieux et le temps considérable que tu as consacré aux nombreuses relectures et au peaufinage des articles ont permis d'améliorer grandement la qualité de la thèse. Ton enthousiasme et tes encouragements ont été essentiels pour maintenir à flot la motivation pendant la durée du périple. Line Chamberland, ton apport à cette thèse remonte bien avant le début de ce projet. Tu as été celle qui m'a formée sur la diversité sexuelle et de genre et sur les façons de mener des recherches auprès de groupes marginalisés. Cette thèse est en bonne partie le reflet du bagage théorique et méthodologique que j'ai développé et acquis au fil des 10 dernières années sous ta gouverne, parfois en tant qu'étudiante et parfois en tant qu'adjointe de recherche.
Je désire aussi remercier chaleureusement les participant.e.s de l'étude qui ont été les moteurs de cette recherche. Sans vous, cette thèse n'aurait jamais pu quitter le port. Vous avez tous généreusement accepté de me partager une partie de votre vie. Vos témoignages, empreints de force, de courage et de détermination, ont non seulement contribué à la richesse de cette thèse, mais ont su m'inspirer sur un plan personnel.
J'aimerais aussi remercier les personnes qui rn' ont offert une aide ponctuelle à un moment ou un autre de la traversée. Un gros merci à Billy Hébert et Élizabeth Parenteau qui ont mené les entrevues en anglais, et à Rachel Vincent qui en a assuré la transcription. Je remercie également Billy Hébert, Danielle Chénier, Françoise Susset et
Mona Greenbaum qui ont révisé les outils de collecte de données afin de mener cette recherche dans le respect des personnes trans. J'offre aussi mes remerciements à Thérèse Bouffard, Louise Cossette, Diane Dubeau et Annie Pullen Sansfaçon qui ont siégé sur le jury de mon projet de thèse ou de ma thèse finale. Vos commentaires pertinents ont suscité la réflexion et ont permis d'enrichir ma thèse. Je tiens également à remercier Ronald Austin James pour ses multiples révisions linguistiques des articles.
Mes remerciements vont également aux professeurs et collègues de recherche avec qui j'ai collaborés au fil des années qui, à leur façon, m'ont appris le métier de chercheur. Des mercis particuliers à ma première famille de recherche, l'équipe Homophobie en milieu scolaire, à Marie-Aude Boislard qui m'a ouvert au «monde quanti
»
et a su me partager sa passion pour la recherche à une période de remise en questions professionnelle, et à Isabelle Boisvert qui est pour moi un modèle d'équilibre entre carrière et vie personnelle.Je ne peux passer sous silence la contribution des sphères hors académiques qui m'ont aidée à maintenir le cap lors de ce périple. D'abord, le badminton m'a permis de me surpasser dans un autre domaine et d'assurer un contrepoids face à un travail intellectuel, sédentaire et solitaire. J'aimerais aussi souligner le soutien indéfectible d'amies de longue date qui m'ont toujours encouragée sans trop comprendre ce qu'est une thèse. Un merci spécial à mes chats pour leur fidèle présence (i.e., sur le clavier d'ordi) tout au long de la réalisation de cette thèse!
La réalisation de cette thèse a été facilitée par le soutien financier du Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH), du Fonds de recherche québécois sur la société et la culture (FRQSC), de l'UQAM et de mes directrices de thèse.
LISTE DES TABLEAUX ... IX LEXIQUE ... X RÉSUMÉ ... XVI
CHAPITRE I
INTRODUCTION ... 1
1.1. Définition et description de la population à l'étude ... 6
1.1.1. Proportion de personnes trans dans la population générale ... 7
1.1.2. Proportion et caractéristiques sociodémographiques des parents trans .... 11
1.2. État des lieux des recherches empiriques sur la parentalité trans et limites des études antérieures ... 15
1.3. La présente thèse ... 23
1.3.1. Cadres théorique et conceptuel ... 25
1.3.2. Voletpréliminaire ... 38
1.3 .3. Volet principal. ... 41
CHAPITRE II INTERLINKAGES BETWEEN PARENTAL AND TRANS TRAJECTORIES: A LIFE COURSE PERSPECTIVE (ARTICLE 1) ... 53
ABSTRACT ... 55
INTRODUCTION ... 58
Theoretical and Empirical Background of Parental and Trans Trajectories ... 59
Life Course Perspective ... 60
Current Study ... 62 METHOD ... 63 Participants ... 63 Data Collection ... 65 Data Analysis ... 66 RESULTS ... 67
Pre- and Posttransition Parents Be fore Parental and Ge nd er Transitions ... 69
Pretransition Parents at the Time They Became Parents ... 71
Pretransition Parents at the Time they Came Out and Started a Transition ... 76
Posttransition Parents at the Time They Became Parents ... 79
Pre-and Posttransition Parents' Shared Characteristics as Trans Parents ... 83
DISCUSSION ... 88
Li fe Course Theory ... 89
Study Limitations and Future Studies ... 92
Implications ... 94
REFERENCES ... 95
CHAPITRE III NEGOTIATING PARENTAL DESIGNATIONS AMONG TRANS PARENTS' FAMILlES: AN ECOLOGICAL MODEL OF PARENTAL IDENTITY (ARTICLE 2) ... 111
ABSTRACT ... 113
INTRODUCTION ... 115
Empirical Research on Trans Parents ... 116
Theoretical Background of Parental Identity in Traditional Families ... 117
Parental Identity in LGBT -Parent Families ... 118
Ecological Model of Parental Identity ... 119
METHOD ... 121 Participants ... 121 Data Collection ... 123 Data Analysis ... 124 RE SUL TS ... 125 PRETRANSITION PARENTS ... 125 Overview ... 125 Normative Strains ... 127 Parent/Child Adaptive Strategies to Normative Strains ... 134 POSTTRANSITION PARENTS ... 141 DISCUSSION ... 143 Bioecological Model ... 144 Study Limitations ... 147 Implications ... 149 REFERENCES ... 150 CHAPITRE IV DISCUSSION GÉNÉRALE ... 163 4.1. Rappel des principaux résultats ... 163 4.2. Différences et similitudes entre les trajectoires et les expériences des parents pré-et posttransition ... 165
4.2.1. Parcours de vie et trajectoires des parents pré-et posttransition ... 166 4.2.2. Écologie des parents pré- et posttransition ... 173 4.3. Contributions à la recherche ... 177 4.3 .1. Retombées théoriques ... 177 4.3.2. Retombées appliquées ... 180 4.4. Limites et recherches futures ... 181 4.5. Conclusion ... 185
APPENDICE A QUESTIONNAIRE D'ENQUÊTE SOCIODÉMOGRAPHIQUE 187
APPENDICE B FORMULAIRE DE CONSENTEMENT ... 194
APPENDICE C QUESTIONNAIRE PRÉ-ENTREVUE ... 199
APPENDICE D CANEVAS D'ENTREVUE ... 223
Figure 1.1. Modèle de la théorie des parcours de vie d'Eider. ... 29 Figure 1.2. Modèle bioécologique de Bronfenbrenner. ... 34
CHAPITRE II
Figure 2.1. Biographical and historical timelines of pre- and posttransition parents ... Erreur ! Signet non défini.
CHAPITRE III
Figure 3 .1. Ecological model of parental identity among trans persons ... 162
CHAPITRE IV
Figure 4.1. Analyse comparative des trajectoires parentales et trans des parents pré-et posttransition selon l'année moyenne de la transition à la parentalité et du début de 1 'affirmation sociale du genre ... 167 Figure 4.2. Analyse comparative de l'écologie des parents pré-et posttransition .... 174
Tableau 2 0 1 . Characteristics of trans parents and the ir family 0 0 0 0 0 0 0 00 0 0 0 0 00 0 0 0 00 0 0 0 0 000 0 00 0 0 00 103 Tableau 2 02 0 Trans parents' characteristics by timing of childbirthoooooooooooooooooooooooooo 105 Tableau 2 03 0 Specifie and shared life course characteristics among pre- and
posttransition parents 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 07
CHAPITRE III
Tableau 3 01 . Characteristics of trans parents and their family OOOOOOOOOOooOOOooooooooooooooooooo 157 Tableau 3 02 0 Trans parents' characteristics by timing of childbirthoooooooooooooooooooooooooo 160
CIS
CIS/HÉTÉROSEXUEL
COMINGOUT
diffère de celui associé au sexe assigné à la naissance. La durée, l'étendue et la nature du processus de transition sont uniques à chaque personne. Les personnes trans peuvent s'engager dans une transition sociale (e.g., coming out, changements dans l'expression de genre, les rôles de genre, le nom, les pronoms et les marqueurs de genre), une transition médicale (e.g., hormonothérapie, chirurgies) et une transition légale ( e.g., changement de la mention de sexe; American Psychological Association (AP A), 2015). Le processus d'affirmation de genre peut être également désigné par les termes
«
transition de genre»
ou simplement«
transition»
.
Un adjectif utilisé pour décrire une personne dont 1' identité de genre est alignée avec le sexe assigné à la naissance; une personne qui n'est pas trans (e.g., APA, 2015).
Un adjectif utilisé pour décrire une personne qui, à la fois, a une identité de genre alignée avec le sexe assigné à la naissance et s'identifie comme hétérosexuel; une personne qui n'appartient pas à une minorité sexuelle et de genre.
Un processus par lequel un individu divulgue et affirme une identité stigmatisée. Il peut s'agir du dévoilement d'une identité de genre qui n'est pas alignée avec le sexe assigné à la naissance ou d'une orientation autre qu'hétérosexuelle (e.g., APA, 2015).
DÉSIGNA TI ONS PARENTALES EXPRESSION DE GENRE FEMME TRANS GENDERQUEER HÉTÉRO /CIS-NORMA TIVITÉ
Les différents termes (e.g., papa, maman) utilisés par l'entourage familial (e.g., l'enfant, l'autre parent de l'enfant) et par les institutions (e.g., école, certificat de naissance de l'enfant) pour référer et désigner le parent.
La façon personnelle d'une personne d'extérioriser et d'exprimer son identité de genre, via notamment l'apparence physique, le choix des vêtements et des accessoires, et 1 'adoption de certains comportements. L'expression de genre peut être conforme ou non aux stéréotypes traditionnellement associés au genre de la personne (e.g., APA, 2015; Ezra, 2011).
Une personne qui s'identifie comme femme (ou sur le spectre féminin), mais qui a été assignée au sexe masculin à la naissance (e.g., APA, 2015; Greenbaum & Petit, 2015).
Un terme qui décrit une personne dont l'identité de genre n'est pas alignée avec une compréhension binaire du genre. Par exemple, les personnes qui s'identifient comme genderqueer peuvent se voir à la fois comme homme et comme femme ( e.g., bigenré); ni comme homme ni comme femme ( e.g., agenré, neutre dans le genre); se promenant entre les genres (e.g., fluide dans le genre); ou s'identifiant à un troisième genre (e.g., APA, 2015).
Réfère aux pratiques culturelles, sociales, juridiques et institutionnelles qui maintiennent des idéologies normatives en matière de sexes, de genres, de sexualités et de rôles de genre. L'hétéro/cisnormativité a pour effet de discriminer, de stigmatiser et d'invisibiliser les personnes qui ne se conforment pas au modèle de genre binaire dominant (masculin/homme/père; féminin/femme/mère) de même que les familles qui se situent à l'extérieur du cadre normatif hétéro/cis/bio/biparental (e.g., Kitzinger, 2005).
HOMME TRANS IDENTITÉ DE GENRE IDENTITÉ PARENTALE LGBT MENTION DE SEXE ORIENTATION SEXUELLE
Une personne qui s'identifie comme homme (ou sur le spectre masculin), mais qui a été assignée au sexe féminin à la naissance (e.g., APA, 2015; Greenbaum & Petit, 20 15).
Le sentiment profond d'une personne d'être un garçon/un homme, une fille/une femme ou d'un genre alternatif (e.g., genderqueer, non binaire). L'identité de genre de la personne peut correspondre ou non au sexe qui lui a été assigné à la naissance. Comme elle reflète la vision intérieure que la personne a d'elle-même, l'identité de genre peut demeurer invisible au regard des autres (e.g., APA, 2015; Ezra, 2011).
Un construit multidimensionnel qui réfère à la représentation mentale que se fait une personne de son rôle en tant que parent (e.g., père, mère). Il est notarnrnent influencé par les désignations parentales utilisées par l'entourage familial.
Un acronyme pour référer aux personnes Lesbiennes, Gaies, Bisexuelles et Trans.
Le marqueur (M/F) du sexe ou du genre de la personne qui se trouve sur ses papiers d'identité (e.g., permis de conduire, passeport) et autres documents légaux (e.g., certificat de naissance) (APA, 2015).
Une composante de l'identité qui comporte au moins trois dimensions pouvant être alignées ou non : 1) les attirances sexuelles et émotionnelles envers une autre personne, 2) les comportements sexuels, et 3) l' auto-identification ou 1 'affiliation sociale. Une personne peut être attirée exclusivement envers les personnes du même genre ( e.g., gai, lesbieru1e ), exclusivement aux personnes du genre opposé (e.g., hétérosexuel), à la fois aux personnes du même genre et du genre opposé (e.g., bisexuel), aux individus sans égard à leur genre ou à leurs organes génitaux (e.g., pansexuel, queer). D'autres
OUTING
PAR COURS DE VIE
PARENT
PRÉTRANSITION
PARENT
POSTTRANSITION
PASSING
individus éprouvent peu ou pas d'attirance sexuelle ou émotionnelle envers d'autres personnes (e.g., asexuel, aromantique) (e.g., APA, 2015; Igartua, Thombs, Burgos, & Montoro, 2009).
Le geste de divulguer le statut marginalisé d'une personne (e.g., statut trans, orientation non hétérosexuelle) à d'autres gens, sans le consentement de la personne concernée (e.g., Ezra, 2011).
Dans l'approche des parcours de vie, le parcours de vie réfère à la trajectoire idiosyncratique d'un individu qui se déroule à travers les âges et qui est composé d'un ensemble de trajectoires interconnectées ponctuées de transitions et d'événements (e.g., Gherghel & Saint-Jacques, 2013).
Une personne qui est devenue parent avant d'entamer une transition (e.g., Greenbaurn & Petit, 2015).
Une personne qui est devenue parent après avoir entamé une transition (e.g., Greenbaurn & Petit, 2015).
Le fait d'être perçu par autrui dans le genre auquel l'individu s'identifie; le fait d'être perçu comme cis. Le passing peut être ou non un objectif de la personne trans
RÔLES DE GENRE SEXE ASSIGNÉ À LA NAISSANCE STEALTH TRAJECTOIRE TRAJECTOIRE PARENTALE
Un ensemble de comportements définis comme étant
appropriés pour une personne en fonction de son sexe assigné à la naissance, dans une culture et une époque données. Ils réfèrent également aux différents rôles sociaux endossés par une personne sur la base de son sexe assigné à la naissance ( e.g., rôle de paternité 1 maternité) (e.g., APA, 2015; Lips, 2008).
La classification à la naissance des individus en fonction de l'apparence des organes génitaux externes. Le corps médical, en Occident, divise les individus en deux catégories : les personnes de sexe masculin et les personnes de sexe féminin (e.g., APA, 2015; Ezra, 2011).
Réfère aux individus qui passent en tout temps dans leur genre d'identification et qui ne désirent pas divulguer leur statut trans. Des personnes peuvent être stealth dans un environnement donné (par ex. au travail) mais pas dans d'autres contextes (par ex. auprès d'amis) (e.g., APA, 2015).
Dans l'approche des parcours de vie, la trajectoire est composée de séquences de rôles et d'expériences qui sont définies ou délimitées par des transitions. Le développement d'une trajectoire se déroule à long terme dans une sphère donnée ( e.g., trajectoire parentale, trajectoire trans; Gherghel & Saint-Jacques, 2013).
Dans la présente thèse, la trajectoire parentale englobe le désir d'avoir des enfants (qui peut apparaître durant 1' enfance ou 1' adolescence), 1 'historique de la relation conjugale, le processus de planification et de conception de 1' enfant, et le rôle parental en cours.
TRAJECTOIRE TRANS
TRANS
TRANSITION
TRANSPHOBIE
Dans la présente thèse, la trajectoire trans englobe les processus internes (e.g., sentiment d'être différent, inconfort en lien avec le sexe assigné à la naissance) menant à la reconnaissance et à l'acceptation de son identité trans de même que les processus externes ( e.g., coming out, transition) menant à l'affirmation de son genre.
Un terme parapluie utilisé pour décrire tout le spectre des personnes dont l'identité de genre n'est pas pleinement alignée avec le sexe assigné à la naissance. Il inclut entre autres les personnes transsexuelles, transgenres et genderqueer, les hommes ou les femmes avec un parcours trans, et les personnes non binaires dans le genre (e.g., APA, 2015; Greenbaum & Petit, 2015).
Dans l'approche des parcours de vie, la transitiOn représente une période de courte durée impliquant un changement de statut ou d'identité sociale (e.g., transition à la parentalité, transition de genre; Gherghel
& Saint-Jacques, 2013).
La haine et les préjugés à l'endroit des personnes trans ou de toute personne qui ne se conforme pas aux normes socialement établies en matière de sexe et de genre. La transphobie peut se manifester notamment sous forme de violences verbales (e.g., moqueries, insultes), psychologiques ( e.g., rumeurs, chantage, outing), physiques (e.g., agressions, crimes haineux, viols, ou meurtres), ou par un comportement ou des lois discriminatoires ( e.g., discrimination à 1' embauche ou lors de l'accès à des soins médicaux) (e.g., Ezra, 2011; Greenbaum & Petit, 20 15).
québécoise qui examine les trajectoires et les expériences des parents trans. Depuis 1990, plusieurs recherches se sont penchées sur l'expérience des familles homoparentales, mais le croisement entre parentalité et parcours trans demeure relativement inexploré. Notre thèse s'appuie sur la théorie des parcours de vie d'Eider, le modèle bioécologique de Bronfenbrenner ainsi que sur le concept d'hétéro/cisnormativité. L'hétéro/cisnormativité est entrave spécifique qui affecte les personnes trans et qui a pour effet de discriminer, de stigmatiser et d'invisibiliser les personnes qui ne se conforment pas au modèle de geme binaire dominant (masculin/homme/père; féminin/femme/mère) de même que les familles qui se situent
à l'extérieur du cadre normatif hétéro/cis/bio/biparental (e.g., Bauer et al., 2009; Herek, 1998; Kitzinger, 2005; Polly, 2015). Le contexte social hétéro/cisnormatif de même que 1' incompatibilité perçue entre parentalité et identité trans soulèvent la question des expériences et des défis spécifiques qu'expérimentent les parents trans (et leur famille) tout au long de leurs trajectoires parentales et trans.
Vingt-quatre parents trans ayant des parcours diversifiés ( e.g., parentalité pré- ou posttransition) ont pris part à deux entrevues semi-structurées. La première portait sur leur trajectoire trans et la seconde se penchait sur leur trajectoire parentale. La présente thèse repose sur l'analyse thématique du contenu de ces deux entrevues (e.g., Braun & Clarke, 2006).
Guidé par la théorie des parcours de vie (e.g., Eider, 1998; Eider, Johnson, &
Crosnoe, 2004), le premier article s'attache (a) à mieux comprendre les influences bidirectionnelles entre la trajectoire parentale et la trajectoire trans au travers du parcours de vie des parents trans rencontrés, et (b) à comparer les expériences des personnes trans qui sont devenus parents avant et après le début de la transition. Les thèmes reflétant les interactions entre les trajectoires parentales et trans ont été situés dans le parcours de vie spécifique des parents pré- et posttransition, et des contrastes entre les deux groupes de parents ont été mis en relief. Les expériences des parents prétransition étaient caractérisées par des luttes constantes relatives à 1 'identité de geme qui se déroulaient tout au long de leur vie, notamment lors des projections familiales, de la transition à la parentalité et des changements familiaux qui ont suivi la transition du parent. En revanche, les parents posttransition ont eu des enfants alors qu'ils endossaient leur identité de geme désirée. Ainsi, leurs expériences étaient caractérisées par des défis de fonder une famille dans un contexte où les services
institutionnels ne sont pas adaptés aux personnes trans. Les deux groupes de parents partageaient des préoccupations similaires en lien avec la marginalisation de leur famille, la visibilité trans et la reconnaissance de leurs identités. Nos résultats suggèrent que les distinctions entre les parents pré- et posttransition s'expliquent par un effet de cohorte, par la séquence entre les trajectoires parentales et trans et leur chevauchement. Dans l'ensemble, ils illustrent le caractère dynamique des trajectoires parentales et trans de même que leurs influences mutuelles tout au long de la vie. Cet article a été publié dans la revue Psycho/ogy of Sexual Orientation and Gender Diversity.
Le deuxième article se concentre sur un enjeu spécifique vécu par les parents trans, soit la négociation des désignations parentales posttransition. Ce processus de négociation s'effectue dans un contexte social qui offre seulement deux options d'identité parentale (père/homme; mère/femme). S'appuyant sur le modèle bioécologique de Bronfenbrenner (1988), l'article vise à (a) dresser un portrait des désignations parentales des parents trans et de leur évolution au fil de la transition, (b)
à comparer le processus de négociation des désignations parentales entre les personnes trans qui sont devenues parents avant ou après le début de la transition, et (c) à faire émerger un modèle de facteurs associés avec le choix des désignations parentales posttransition. Les résultats soulignent la complexité du processus de négociation et montrent que le choix des désignations parentales est influencé par le moment d'arrivée de l'enfant, la considération par le parent de contraintes normatives (i.e., individuelle, conjugale, familiale, légale/institutionnelle et culturelle) de même que la prise en compte des préférences, du bien-être et de la sécurité de chacun des membres de la famille. Les résultats mettent également en lumière la variabilité des désignations parentales utilisées pour référer aux parents trans. Les désignations parentales variaient non seulement selon les dimensions ( e.g., auto-identification, rôle parental endossé, termes utilisés par l'enfant, statut parental légal) et les contextes (e.g., sphère privée vs. publique), mais pouvaient également changer entre les différents enfants d'une même famille en fonction de la configuration familiale au moment de l'arrivée de l'enfant. Finalement, les résultats soulignent la fluidité des désignations parentales qui peuvent évoluer au fil de la transition du parent, du développement de l'enfant et des transformations familiales (e.g., arrivée d'un nouvel enfant, nouvelle relation conjugale). Cet article a été publié dans la revue Psycho/ogy
ofSexual Orientation and Gender Diversity.
Dans l'ensemble, les résultats de ces deux articles montrent que les parents pré- et posttransition sont affectés par 1 'hétéro/cisnormativité tout au long de leur parcours de vie et au travers de chacun des systèmes de leur écologie. Toutefois, 1 'hétéro/cisnormativité engendre des répercussions particulières chez ces deux
groupes en raison de leurs trajectoires et de leur écologie distinctes. Les parents prétransition doivent naviguer au travers de nombreuses contraintes proximales qui
découlent de leur cadre familial existant ( e.g., rôle parental et conjugal endossé,
réaction et adaptation familiale à la transition, contribution reproductive) alors que les
parents posttransition font face à des barrières institutionnelles dans 1' accès à la
parentalité et la reconnaissance de leur statut de père, de mère ou de parent sur le certificat de naissance de l'enfant. Les contributions théoriques, les retombées appliquées, les limites et les recherches futures qui découlent de cette thèse sont discutées.
Mots-clés : identité trans, parentalité, désignations parentales, trajectoire,
hétéro/cisnormativité, transition, transsexuel, transgenre, genderqueer, rôles
parentaux, famille, parcours de vie, modèle écologique, diversité sexuelle et de genre,
La présente thèse examme les trajectoires des parents trans de même que leurs expériences parentales au regard des normes de genre et du contexte sociohistorique dans lequel ils ont vécu leur rôle parental et leur parcours trans. Depuis la seconde
moitié du
:xx
e
siècle, de nombreuses transformations sociales et démographiques sesont opérées dans les sociétés occidentales industrialisées. Cette période a été témoin
notamment de l'entrée massive des femmes sur le marché du travail, l'accès au
divorce, à la contraception, à l'avortement, de même que des avancées en ce qui a
trait aux technologies de la reproduction assistée et des procédures d'affirmation du
genre (e.g., Bianchi, Raley, & Casper, 2012). Parallèlement à ces transformations, les
mouvements pour la reconnaissance des droits des personnes gaies, lesbiennes,
bisexuelles et trans (LGBT) ont contribué à une visibilité et à une acceptation sociale grandissantes des personnes LGBT de même qu'à des modifications législatives
majeures dans les juridictions canado-québécoises, incluant la légalisation du mariage
pour tous (2005) et la filiation biparentale chez les couples de même sexe (2002)
(e.g., Tremblay, 2015). Plus récemment, les personnes trans du Québec1 peuvent,
depuis 2015, accéder au changement légal de la mention de sexe sur leurs documents
d'identité sans recourir à des chirurgies de réassignation sexuelle. Cette nouvelle loi leur permet ainsi de conserver leurs fonctions reproductives après une transition médicale tout en ayant des documents légaux reflétant leur identité de genre.
1
Au moment de la finalisation de cette thèse, seules les personnes trans âgées de 14 ans et plus, ayant la citoyenneté canadienne et étant domiciliées au Québec depuis au moins un an, peuvent accéder au changement légal de la mention de sexe sur leurs documents d'identité sans recourir à des
Ces changements sociaux et culturels ont favorisé l'émergence, la visibilité et la reconnaissance de configurations parentales diversifiées qui s'éloignent de la famille nucléaire traditionnelle composée d'un père et d'une mère cisgenres, hétérosexuels, en couple, et reliés biologiquement à un ou plusieurs enfants (e.g., Bergonnier-Dupuy & Robin, 2007; Chamberland, Jouvin, & Julien, 2003). Citons à titre d'exemples les familles recomposées et les familles mono-, homo- et transparentales.
Les études sur la parentalité et les personnes de minorités sexuelles se sont d'abord intéressées aux familles comprenant au moins un parent gai ou lesbien cis (pour une revue, e.g., Julien, 2003; Julien, Vecho, & Jodoin, 2007; Short, Riggs, Perlesz, Brown, & Kane, 2007). Ces familles ont bouleversé le modèle familial dominant et ce, à plusieurs égards. Premièrement, elles ont remis en question la nécessité d'inscrire la procréation et 1' exercice de la parentalité dans le cadre d'une relation conjugale hétérosexuelle. Deuxièmement, elles ont amené à dissocier et à repenser l'ruiiculation entre les composantes biologiques (géniteurs de l'enfant), sociales (personnes qui élèvent l'enfant) et juridiques (personnes qui ont un statut légal de parent) de la filiation et de la parentalité. Troisièmement, les études empiriques sur le développement des enfants élevés par au moins un parent gai ou lesbien cis ont permis de questionner les théories du développement qui postulent que l'enfant a besoin à la fois d'w1e mère et d'un père cis pour s'assurer d'un développement optimal (e.g., Istar Lev, 2010; Silverstein & Auerbach, 1999). En effet, des recherches ont montré que les enfants issus de familles homo/cisparentales se développent de façon comparable aux enfants issus d'une structure hétéro/cisparentale (e.g., Anderssen, Amlie, & Ytter0y, 2002; Fitzgerald, 1999; Patterson, 2006; Tasker, 2005).
Les familles homo/cisparentales ont également bouleversé les rôles parentaux traditionnels. D'abord, l'homo/cisparentalité a remis en question l'alignement présumé entre identité de genre et identité parentale. Par exemple, certaines femmes
lesbiennes cis et certains hommes gais cis ne se reconnaissent pas dans les rôles
traditionnels de maternité et de paternité et préfèrent s'identifier autrement que
comme mère et père, respectivement (e.g., Bergen, Suter, & Daas, 2006; Berkowitz,
2011; Chabot & Ames, 2004; Du Chesne & Bradley, 2007; Gabb, 2005; Padavic &
Butterfield, 2011 ). Également, les couples cis/homosexuels élevant des enfants sont
venus jeter un éclairage nouveau sur la division des tâches domestiques et familiales
qui, selon les normes traditionnelles, s'effectue sur la base d'une différenciation
sexuelle. Les études empiriques sur les couples gais et lesbiens cis suggèrent que
cette négociation repose sur des facteurs autres que le geme ( e.g., disponibilité,
intérêt et compétences de chacun des parents), permettant ainsi une division plus
égalitaire du travail parental au sein de ces couples (e.g., Chan, Brooks, Raboy, &
Patterson, 1998; Ciano-Boyce & Shelley-Sireci, 2003; Patterson, Sutfin, & Fulcher,
2004). Finalement, des études montrent que les enfants issus de familles
homo/cisparentales présentent un plus large éventail de préférences en matière de
geme comparé aux enfants élevés par des parents cis/hétérosexuels. Ce large éventail
inclut autant des intérêts ( e.g., vêtements, jeux, activités, aspirations professionnelles)
et des comportements associés traditionnellement au geme de l'enfant que des
préférences qui se situent à 1' extérieur de ces normes ( e.g., Stace y & Biblarz, 2001;
Sutfin, Fulcher, Bowles, & Patterson, 2008). Ces données témoignent de la souplesse
accordée par les parents gais et lesbiens cis afin que leurs enfants puissent explorer
leur geme plus librement.
Plus récemment, des études se sont penchées sur les familles transparentales. La
parentalité trans comprend : 1) des personnes ayant eu des enfants avant de
s'identifier trans ou d'entamer un processus de transition sociale/médicale (parents
prétransition), et 2) des personnes devenues parents après s'être déclarées trans ou
avoir entamé un processus de transition sociale/médicale (parents posttransition)
et bisexuelles cis, les personnes trans appartiennent à un groupe social marginalisé, ce qui les rend susceptibles de cumuler des facteurs de stress, tels que des expériences de victimisation et discrimination qui peuvent affecter négativement leurs trajectoires et leurs expériences parentales subséquentes (e.g., Downing, 2013; Hendricks & Testa,
2012; Testa, Habarth, Peta, Balsam, & Bockting, 2015). En revanche, les personnes trans vivent des expériences distinctes des personnes gaies et lesbiennes cis, dont un processus de transition qui engendre des modifications dans la perception sociale de leur genre et des rôles genrés que la personne endosse. Également, la parentalité trans revêt un caractère unique du fait que le sexe assigné à la naissance, la contribution reproductive à la conception de l'enfant (s'il y a lieu), l'identité de genre du parent de même que son identité parentale se trouvent en décalage par rapport au modèle dominant binaire (i.e., sexe féminin/ovule/femme/mère; sexe masculin/sperme/homme/père). Malgré l'évolution récente des rôles parentaux et la diversification des configurations familiales dans les sociétés occidentales, les modèles de paternité et de maternité demeurent relativement rigides quant à la binarité des genres et à l'alignement entre les différentes dimensions du genre (e.g.,
Polly, 20 15).
Ces faits soulèvent des interrogations sur la manière dont les personnes trans expérimentent les rôles parentaux relativement aux normes de genre. Ainsi, 1' objectif initial de la thèse visait à documenter chez les parents trans trois dimensions parentales spécifiques ayant fait l'objet d'études empiriques au sein des familles homo/cisparentales, soit la négociation des désignations parentales, la division du travail parental ainsi que 1 'exploration des attitudes et des pratiques parentales à l'égard du développement du genre de leur enfant et de l'environnement genré qui lui est offert. Ces dimensions parentales ont guidé la conception de nos outils de collecte de données (voir section 1.3.3.1).
En accord avec le processus itératif qui sous-tend la recherche empirique qualitative
(e.g., Paillé & Mucchielli, 2016), cet objectif initial a évolué au fil du processus de
collecte de données et d'analyse du matériel qualitatif. En effet, les objectifs et les questions de recherche ont été réévaluées en fonction de la richesse des données obtenues pour chacune des dimensions parentales approfondies en entrevue et de la
centralité des thématiques pour les participants. Ces critères se reflétaient notamment lorsque plusieurs répondants développaient en profondeur une même thématique particulière, qu'ils l'abordaient avant même que la question ne leur soit posée en entrevue ou que la thématique ne faisait pas partie du canevas d'entrevue et qu'ils y revenaient à plus d'une reprise au cours des entrevues.
Ainsi, la présente thèse examine le développement de l'interface des trajectoires parentales et trans de même que le processus de négociation des désignations parentales chez les parents trans. Elle porte une attention particulière au contexte de binarité, d'alignement, de différenciation et de complémentarité des genres et des rôles qui caractérise leur environnement et dans lequel s'insère leur développement individuel. De manière spécifique, elle vise à répondre aux questions suivantes : 1) De quelles façons la trajectoire parentale et la trajectoire trans se sont-elles
influencées mutuellement tout au long du parcours de vie des parents trans? 2) Comment s'est négocié le choix des désignations parentales pour référer au parent trans après le début de sa transition? Mais avant d'aborder ces questions de manière
1.1. Définition et description de la population à 1' étude
D'entrée de jeu, notons qu'il n'existe pas en sciences humaines et sociales de consensus sur la définition du concept de personne trans. Ce concept est d'ailleurs en
constante évolution au sein même des communautés trans et varie selon les époques,
les milieux et les cultures (e.g., Meier & Labuski, 2013). Selon l'American
Psychological Association (AP A, 20 15), les personnes trans réfèrent aux individus
dont «l'identité de genre n'est pas pleinement alignée avec le sexe assigné à la naissance » (p. 1 ). Cette population, hétérogène, inclut une large variété de
sous-groupes, dont les personnes transsexuelles et transgenres qui, historiquement, ont
davantage fait l'objet d'études. Plus récemment, d'autres individus trans définissent leur identité de genre en dehors de la binarité homme-femme, principalement chez les jeunes trans (e.g., Kuper, Nussbaum, & Mustanski, 2012). Le terme « genderqueer » ou« non binaire dans le genre» est un terme parapluie référant aux personnes: 1) qui
s'identifient à la fois aux deux genres (bigenré); 2) qui ne s'identifient ni comme
homme, ni comme femme (agenré); 3) dont l'identité de genre est fluide et
changeante à travers le temps (fluide dans le genre); ou encore 4) des personnes qui
s'identifient à un troisième genre ou qui préfèrent ne pas apposer d'étiquette sur leur
genre ( e.g., Chan1berland, Baril, & Duchesne, 2011; Winter, 201 0). Il est à noter que
certaines personnes ayant un historique de transition de genre ne se définissent pas
comme trans (ou se sont définies comme trans uniquement pendant la période de leur
transition). De façon générale, ces personnes préfèrent s'identifier simplement
comme homme ou femme. D'autres personnes vont se définir à la fois comme trans et
comme homme ou femme. En ce sens, l'identité trans et les catégories de genre
dominantes « homme » et « femme » ne sont pas mutuellement exclusives. La majorité des personnes trans vont utiliser deux tem1es ou plus pour qualifier leur
L'hétérogénéité de cette population se reflète également dans leur parcours de transition. Ce processus varie grandement d'une personne à l'autre quant à sa durée et la nature des démarches entreprises pour affirmer leur genre ( e.g., Dargie, Blair, Pukall, & Coyle, 2014; Kuper et al., 2012; Scheim & Bauer, 2015). Les personnes trans peuvent s'engager dans une transition sociale, médicale ou légale. La transition sociale inclut généralement l'un ou plusieurs de ces éléments : divulgation du statut trans, changements dans l'expression de genre (e.g., vêtements, coiffure), les rôles de genre et les marqueurs de genre ( e.g., prénom, pronom). La transition médicale comprend la prise d'hormones
«
féminisantes » ou«
masculinisantes»
de même que des chirurgies d'affirmation de genre sur les organes génitaux externes et internes, et sur les caractéristiques sexuelles secondaires. La transition légale réfère au changement de la mention de sexe sur les documents légaux et les papiers d'identité (e.g., APA, 2015; Ezra, 2011). Il importe de préciser que ce ne sont pas toutes les personnes trans qui désirent accéder à 1' entièreté des modifications de genre possibles, le processus de transition étant unique à chaque personne. Par exemple, plusieurs personnes trans ne désirent pas entreprendre de changements physiques sur leur corps ( e.g., Grant, Mottet, & Tanis, 2011; Kuper et al., 20 12; Scheim & Bauer, 2015). Notons également que, pour accéder au type de transition souhaité, les personnes trans peuvent rencontrer des barrières, notarnrnent d'ordre financier, légal et médical (e.g., Ezra, 2011).1.1.1. Proportion de personnes trans dans la population générale
En l'absence de questions permettant de cerner l'identité de genre ou d'identifier les personnes trans dans les enquêtes populationneJles à 1' échelle nationale, telles que le recensement, il est difficile d'estimer avec certitude la proportion de personnes trans
dans la population générale au Canada (ou ailleurs dans le monde). Bien que des
études antérieures aient tenté de déterminer la taille de la population trans, ces
données doivent être interprétées avec précaution en raison de leurs nombreuses limites (e.g., Meier & Labuski, 2013). D'abord, à notre connaissance, aucune étude
populati01melle ne pennet actuellement de capter l'entièreté du spectre qui compose la population trans. L'une des raisons expliquant cette lacune concernent l'absence d'une définition de la population trans consensuelle et systématiquement utilisée dans les études (e.g., Deutsch, 2016; Gates, 2011; Meier & Labuski, 2013). Le caractère socialement et culturellement construit de 1 'identité trans complexifie cette tâche
(e.g., Meier & Labuski, 2013). Or, afin d'estimer avec précision une population donnée, il faut d'abord bien la définir et en délimiter les contours.
Historiquement, les estimations de la taille de la population trans s'effectuaient
principalement à partir d'échantillons cliniques recrutés via des cliniques d'identité de genre (e.g., Deutsch, 2016; Meier & Labuski, 2013; Rosser, Oakes, Bockting, &
Miner, 2007). Elles se basaient sur un diagnostic de dysphorie de genre ou sur le recours à une transition médicale de genre (e.g., Collin, Reisner, Tangpricha, & Goodman, 2016). Par conséquent, ces études ne représentent qu'un sous-groupe de la population trans. Elles excluent notamment les personnes trans qui ne peuvent pas ou qui ne désirent pas entreprendre de transition médicale de même que les personnes qui ne répondent pas aux critères stricts pour accéder aux services offerts par les cliniques d'identité de genre (e.g., Meier & Labuski, 2013). D'autres chercheurs ont
tenté d'estimer la population trans en calculant le nombre de pers01mes ayant procédé au changement légal de leur mention de sexe sur leurs documents légaux ( e.g., Veale, 2008). En raison des conditions variables d'une juridiction à l'autre pour modifier
légalement la mention de sexe sur les papiers d'identité ( e.g., nécessité de chirurgies
de réassignation sexuelle) et du fait que ce ne sont pas toutes les personnes trans qui désirent s'engager dans une transition légale, ces données ne pennettent pas encore
une fois de fournir un portrait précis de la population trans (e.g., Meier & Labuski,
2013).
Des études populationnelles récentes menées principalement aux États-Unis ont utilisé l'auto-identification comme critère pour estimer la taille de la population trans (e.g., Collin et al., 2016; Deutsch, 2016). À notre connaissance, aucune des études populationnelles menées au Canada n'a sondé les répondants sur leur auto-identification à la catégorie « trans
»
.
Comparées aux études basées sur des échantillons cliniques, les études populationnelles se fondant sur le critère d'auto -identification rapportent des proportions significativement plus élevées de personnes trans (e.g., Collin et al., 2016; Deutsch, 2016). Les résultats d'une méta-analyse indiquent qu'entre 100 et 700 personnes sur 100 000 (ou 0,1%-0,7%) s'auto -identifient trans alors que la proportion de personnes ayant reçu un diagnostic de dysphorie de genre ou ayant entamé une transition médicale s'élève entre 1 et 30 par100 000 (e.g., Collin et al, 2016).
Plusieurs chercheurs s'entendent pour dire que l'auto-identification constitue une méthode plus robuste pour estimer la population trans, notamment en raison de son caractère plus inclusif (e.g., Collin et al, 2016; Deutsch, 2016; Meerwijk & Sevelius,
2017). Toutefois, des biais subsistent et peuvent expliquer l'importante variabilité des proportions de personnes trans-identifiées rapportées dans les études ( e.g., Collin et al., 2016). Premièrement, la majorité des études populationnelles ayant sondé l' auto-identification trans ont été menées auprès uniquement de sous-groupes de la population (e.g., adolescents, jeunes adultes), ou à partir d'échantillons non probabilistes. Par conséquent, elles ne sont pas représentatives de la population générale ( e.g., Meerwijk & Sevelius, 20 17). Deuxièmement, bien que ces études se
fondent toutes sur l'auto-identification, le libellé de la question ou la définition de ce que constitue une personne trans varie d'une étude à l'autre (e.g., «fort sentiment
d'être trans », «avoir débuté un processus de transition »; Meerwijk & Sevelius, 2017). Troisièmement, dans le cas des méta-analyses, les chercheurs doivent composer avec le fait que les estimations proviennent de plusieurs pays dans le monde qui diffèrent quant à leur contexte social et légal relativement aux personnes trans ( e.g., Collin et al., 20 16). De plus, ces études ont été réalisées à des périodes historiques distinctes couvrant plus de quatre décennies (e.g., Collin et al., 2016; Rosser et al., 2007). Or, les données suggèrent que la proportion de personnes trans tend à augmenter à travers le temps (e.g., Collin et al., 2016; Flores, Herman, Gates, & Brown, 20 16; Meerwijk & Sevelius, 2017; Zucker, 20 17), possiblement parce que les jeunes sont proportionnellement plus nombreux à s'identifier trans comparativement aux cohortes plus âgées ( e.g., Flores et al., 20 16).
En regard de ces limites, la meilleure estimation actuelle provient des données issues de la Behavioral Risk Factor Surveillance System (BRFSS, vague 2014), une enquête populationnelle probabiliste menée annuellement aux États-Unis. Les données montrent qu'environ 0,6% des adultes étatsuniens s'identifient trans (environ 560 personnes par 100 000; Flores et al., 20 16). Malgré ses forces sur le plan méthodologique, cette étude (tout comme les études ayant utilisé l'auto-identification comme critère de classification) est susceptible d'exclure certains sous-groupes de la population trans, notamment les individus ayant un historique trans mais qui ne s'identifient pas trans (e.g., Meerwijk & Sevelius, 2017). Pour contourner ce biais, il a été suggéré de collecter de l'information à la fois sur le sexe assigné à la naissance et sur l'identité de genre actuelle (e.g., Deutsch, 2016; Meerwijk & Sevelius, 2017).
1.1.2. Proportion et caractéristiques sociodémographiques des parents trans
Au courant de la présente décennie, les études empiriques menées auprès des parents
trans n'ont cessé de croître (e.g., Stotzer, Herman, & Hasenbush, 2014). Malgré cette
attention grandissante, nous disposons actuellement de très peu d'informations sur
des aspects élémentaires de ce groupe, tels que leurs caractéristiques
sociodémographiques. Les données d'enquêtes des études précédentes indiquent qu'environ 25% à 50% des personnes trans adultes ont des enfants (pour une revue de la littérature, e.g., Stotzer et al., 2014). Lorsque couplées aux données de l'enquête de la BRFSS estimant la proportion des personnes trans dans la population générale aux États-Unis (0,6%; Flores et al., 2016), il est possible d'inférer qu'entre 0,15% et 0,3% de la population générale sont des parents trans.
Les taux de parentalité varient selon 1' âge des parents au moment de débuter leur transition ( e.g., Stotzer et al., 2014 ). Les personnes ayant débuté une transition
sociale/médicale à un âge plus avancé sont plus susceptibles d'avoir eu des enfants
que celles ayant entamé ce processus à un âge plus jeune, l'expérience de la parentalité étant généralement antérieure au processus de transition ( e.g., De Sutter, Kira, Verschoor, & Hotimsky, 2002; Giami, 2014; Grant et al., 2011). Par exemple,
dans un échantillon étatsunien de 6450 pers01mes trans, 82 % des participants ayant entamé une transition de genre à l'âge de 55 ans ou plus avaient des enfants comparativement à 38% des personnes trans ayant débuté leur transition de genre entre 25 et 44 ans (Grant et al., 2011). Conséquemment, à ce moment-ci de notre histoire sociale, les personnes trans qui sont parents sont significativement plus âgées
que les personnes trans sans enfants (e.g., Pyne, Bauer, & Bradley, 2015; Riggs, Power, & von Doussa, 2016).
Les taux de parenta1ité varient également selon l'identité de genre des parents (e.g., Stotzer et al., 2014 ). Bien que des tests de différences de proportions n'aient pas été systématiquement effectués, la majorité des études ayant inclus des patents trans indiquent que les femmes trans sont plus susceptibles que les hommes trans d'avoir eu des enfants (e.g., Factor & Rothblum, 2007; Gian1i, 2014; Giami, Beaubatie, & Le Bail, 2011; Grant et al., 2011; Motmans, Ponnet, & De Cuypere, 2015; Pyne et al., 2015; Rosser et al., 2007) et d'avoir été mariées (e.g., Giami et al., 2011). L'effet de genre semble toutefois être confondu avec un effet d'âge puisque les femmes trans sont, en moyenne, significativement plus âgées que les hommes trans dans la majorité des échantillons de ces études (e.g., Couch et al., 2007; Factor & Rothblum, 2008; Grant et al., 2011; Rosser et al., 2007; von Doussa, Power, & Riggs, 2015). Des auteurs (e.g., Couch et al., 2007; Giami, 2014) suggèrent que les trajectoires de vie des personnes trans se distinguent selon leur identité de genre. De façon générale, les femmes trans ont davantage tendance à s'engager d'abord dans des rôles de conjugalité et de parentalité avant d'entamer un processus d'affirmation de genre à un âge plus avancé alors que les hommes trans sont plus susceptibles de s'engager d'abord dans un processus de transition sociale/médicale à un âge plus jeune, avant d'avoir eu des enfants (e.g., Giami, 2014).
En revanche, la configuration des familles avec parents trans de même que leurs arrangements familiaux ont été moins documentés. Par exemple, à notre connaissance, une seule étude a examiné le moment d'arrivée de l'enfant dans le parcours trans du parent. Plus de la moitié des parents trans ( 60%) ont rapporté avoir eu leurs enfants avant d'entamer une transition de genre (e.g., Riggs et al., 2016). La majorité des personnes trans élevant des enfants (69-78%) sont les parents biologiques de leurs enfants, bien qu'une importante minorité de personnes trans (15-24%) sont les beaux-parents de leurs enfants (e.g., Haines, Ajayi, & Boyd, 2014; Pyne et al., 20 15).
Seulement une portion des enfants cohabitent avec leur parent trans (e.g., Dierckx,
Motmans, Mortelmans, & T'Sjoen, 2016; Stotzer et al., 2014). À notre connaissance,
aucune de ces études n'a exploré les motifs expliquant l'absence de cohabitation entre
le parent trans et son enfant. Il est possible qu'elle s'explique par l'âge de l'enfant au
moment de l'étude, ce dernier étant devenu autonome. Par exemple, une étude
canadienne rapporte que 44% des enfants d'un échantillon de parents trans sont
adultes (e.g., Pyne et al., 2015). D'autres pistes d'explication concernent les
arrangements légaux quant à la garde de 1' enfant. Les parents trans font face à des
barrières formelles de la part du tribunal et des barrières informelles de la part
d'anciens partenaires pour maintenir la garde et le contact avec leurs enfants (e.g.,
Grant et al., 2011; Pyne et al., 2015). Cet écart peut s'expliquer également par le fait
que l'enfant rejette son parent trans (e.g., Grant et al., 2011).
Bien que la plupart des études aient porté sur les parents ayant eu leur enfant avant
l'affirmation sociale de leur genre, les données indiquent qu'entre le tiers et la moitié
des personnes trans désirent avoir des enfants après le début de la transition
sociale/médicale (33-54%; e.g., De Sutter et al., 2002; Motmans, de Biolley, &
Debunne, 2009; Pyne et al., 2015; Riggs et al., 2016; Wierckx et al., 2012). Le désir
de parentalité posttransition est particulièrement prégnant chez les personnes trans de
moins de 30 ans (e.g., Mouvement d'Affirmation des jeunes LGBT (MAG) &
Homosexualités et Socialisme (HES), 2009; Motmans et al., 2009; Riggs et al.,
2016). Par exemple, 90% d'un échantillon de jeunes trans français âgés de 16 à 26
ans (N = 90) ont l'intention ou souhaitent possiblement avoir des enfants (e.g., MAG
& HES, 2009). Ces données suggèrent ainsi un important effet de cohorte sur le désir
de parentalité qui se situe dorénavant dans un contexte d'affirmation du genre alors
que la génération précédente devait faire un choix entre la parentalité ou l'affirmation
sociale de leur genre. Par ailleurs, si les résultats de Pyne et ses collègues (20 15)
d'autres enfants que les personnes trans sans enfants, d'autres études ne montrent
aucune différence significative entre ces deux groupes (e.g., De Sutter et al., 2002;
Wierckx et al., 2012).
Nous disposons de peu de données concernant les méthodes envisagées ou utilisées
pour devenir parent après le début de la transition sociale/médicale. Une étude
indique que le choix de méthodes d'accès à la parentalité est influencé par le désir
d'être relié biologiquement ou non à l'enfant. Il peut être également affecté par des
obstacles de nature financière de même que par la perte des capacités reproductives
pouvant découlant de la transition médicale (e.g., Tomello & Bos, 2017). Les options
d'accès à la parentalité privilégiées par un échantillon étatsunien de 32 futurs parents
trans incluent la procréation médicalement assistée (37%; e.g., gestation pour autrui,
donneur de sperme connu ou inconnu), 1 'adoption (31 %) et la relation sexuelle (25%;
Tornello & Bos, 2017). Les femmes trans ont davantage l'intention de recourir à
l'adoption (75%) alors que les hommes trans sont plus susceptibles de vouloir devenir
parent via la relation sexuelle (58%; e.g., Tornello & Bos, 2017). Peu de personnes
trans ont eu recours à la congélation de leur gamète (sperme ou ovule) avant
d'entamer une transition médicale (e.g., De Sutter et al., 2002; Wierckx et al., 2012).
L'une des explications potentielles concernent le fait que seulement une minorité des
professionnels de la santé ont discuté avec eux de leurs options reproductives
posttransition ( e.g., De Sutter et al., 2002; Pyne et al., 20 15; Wierckx et al., 20 12).
Toutefois, même lorsque la congélation des gamètes était offerte avant d'initier une
transition médicale, seulement 3% d'un échantillon d'adolescents trans y ont eu
recours (e.g., Nahata, Tishelman, Caltabellotta, & Quinn, 2017). Outre le jeune âge
des participants de cette étude et leur potentielle difficulté à se projeter dans le futur,
les raisons évoquées pour ne pas congeler leur gamète incluent le désir de devenir
parent en recourant à d'autres méthodes (e.g., adoption), le désir de ne pas avoir
En résumé, les données disponibles actuellement pour dresser un premier portrait des parents et futurs parents trans ne sont que parcellaires et ne sont pas représentatives de l'ensemble de cette population. Elles s'appuient quasi uniquement sur des études dont la parentalité n'est pas le sujet principal. De plus, les échantillons de ces études sont généralement petits, non probabilistes et minoritairement composés de parents trans (e.g., échantillons de personnes trans ou LGBT sans égard au statut parental; Stotzer et al., 2014).
1.2. État des lieux des recherches empiriques sur la parentalité trans et limites des études antérieures
Depuis 1990, plusieurs recherches se sont penchées sur l'expérience des familles homo/cisparentales, mais le croisement entre parentalité et parcours trans demeure relativement inexploré (pour des revues, e.g., Dierckx et al., 2016; Downing, 2013; Leprince & Taurisson, 2010; Motmans et al., 2009; Stotzer et al., 2014). D'une part, les recherches sur la parentalité trans demeurent marginales dans le champ d'études sur la famille. Si un nombre grandissant d'ouvrages sur la parentalité et la famille abordent la question de l'homoparentalité, rares sont ceux qui vont traiter de la parentalité trans, sauf exception (e.g., Goldberg & Allen, 2013; Greenbaum, 2015; Ruspini, 201 0). Dans un ouvrage portant sur les familles LGBT, le chapitre sur la parentalité trans se retrouve indexé dans la section
«
understudied tapies and groups» (Goldberg & Allen, 2013). Cette quasi absence d'études sur les familles transparentales se reflète également dans des revues sur la diversité familiale. Sur les 276 articles publiés dans la revue Journal ofGLBT Family Studies depuis sa création en 2005, seulement deux articles portent spécifiquement sur les parents trans; l'un examinant le coming out trans à leurs enfants adultes (Veldorale-Griffin, 2014) et l'autre, les facteurs de stress auxquels les parents trans sont exposés (Pyne et al.,20 15). Trois autres articles examinent les relations familiales des personnes trans, dont les relations avec les enfants pour les participants qui étaient parents (Erich, Tittsworth, Dykes, & Cabuses, 2008; Israel, 2005; Norwood, 2013).
Dans le même sens, la parentalité s'avère occultée au sein du champ des études trans. À titre d'exemple, dans une bibliographie longue de 126 pages regroupant par thématiques les études menées auprès des personnes trans entre 2000 et 20 1 0 ( dickey, Allie, & Meier, 2011), aucune section ne concernait spécifiquement leur rôle parental. Ainsi, les études sur le désir de parentalité des personnes trans ont été indexées dans la section médicale et les recherches sur le développement des enfants de parents trans, dans la section « developmental concerns
»
.
Les premières études sur la parentalité trans se sont intéressées à 1' adaptation de l'entourage familial à l'identité trans et à la transition d'un parent. Des recherches ont d'abord examiné le développement psycho-socio-sexuel des enfants élevés par au moins un parent trans (e.g., Chiland, Clouet, Golse, Guinot, & Wolf, 2013; Green, 1978, 1998; White & Ettner, 2004, 2007). Ces enfants montraient une préférence pour des activités et des intérêts traditionnellement associés à leur genre, s'identifiaient hétérosexuels et étaient confortables avec le sexe qui leur a été assigné à la naissance (e.g., Chiland et al., 2013; Green, 1998; White & Ettner, 2007). Également, la majorité des enfants n'ont pas montré de déclin de performance académique pendant la période de la transition de leur parent, et ils n'étaient pas plus susceptibles que les enfants de la population générale d'être intimidés ou de souffrir de problèmes d'adaptation psychologique (e.g., Chiland et al., 2013; Green, 1998; White & Ettner, 2007). En somme, les conclusions de ces études rejoignent celles de plus de trois décennies de recherches menées auprès des enfants issus de familles homo/cisparentales qui ont conclu que ces enfants se développent de façon similaire
aux enfants élevés par des parents cis/hétérosexuels (e.g., Anderssen et al., 2002; Fitzgerald, 1999; Patterson, 2006; Tasker, 2005).
D'autres études ont examiné comment les (ex)-partenaires et les enfants expérimentent la transition de leur conjoint ou de leur parent (e.g., Bischof, Warnaar, Barajas, & Dhaliwal, 2011; Brown, 2009; Fortier, 2015; Guditis, 2009; Mason, 2006; Norwood, 2012, 2013; Veldorale-Griffin, 2014). Parce qu'elle remet en question l'alignement présumé entre sexe assigné à la naissance et identité de genre, l'annonce de l'identité trans d'un membre de la famille peut provoquer un choc dans l'entourage familial (e.g., Emerson & Rosenfeld, 1996; Guditis, 2009, Istar Lev, 2004; Veldorale-Griffin, 2014). Tout comme les personnes trans qui vivent un processus d'acceptation de leur identité trans, les membres de la famille vivent généralement à leur tour un processus d'adaptation (e.g., Istar Lev, 2004). À cet égard, des modèles cliniques de l'adaptation familiale (allant d'une période de crise à l'acceptation de l'identité trans du membre de la famille) ont été proposés ( e.g., Emerson & Rosenfeld, 1996; Istar Lev, 2004). La famille doit s'adapter à une multitude de changements au fil de la transition sociale/médicale de leur conjoint ou de leur parent ( e.g., changements physiques et corporels, utilisation de nouveaux marqueurs identitaires; Hines, 2006; Istar Lev, 2004). Le degré d'adaptation des enfants à l'identité trans de leur parent varie en fonction de la qualité des relations familiales pendant la période du coming out trans et de la transition de genre; les conflits familiaux affectent négativement le processus d'adaptation des enfants (e.g., White & Ettner, 2007). Également, l'acceptation du parent cis à l'égard du statut trans de l'autre parent constitue un élément déterminant dans le processus d'adaptation de l'enfant (e.g., Dierckx, Moterlmans, Motmans, & T'Sjoen, 2017; White & Ettner, 2007). L'adaptation des enfants est également influencée par leur âge. Les enfants d'âge préscolaire et scolaire s'avèrent ceux qui s'ajustent le mieux au statut trans de leur parent, suivis par les enfants adultes et finalement par les adolescents ( e.g., White & Ettner, 2007).
Plus récemment, des chercheurs se sont intéressés aux expériences parentales vécues par les parents trans eux-mêmes. Certaines de ces études ont documenté les difficultés et les enjeux singuliers auxquels font face les parents prétransition qui découlent du contexte social hétéro/cisnormatif. Les parents effectuant un processus d'affirmation de genre en contexte familial doivent composer avec une multitude de craintes avant de faire un coming out, craintes qui se poursuivent tout au long de leur transition sociale/médicale ( e.g., craintes de briser la famille, craintes d'être rejetés par leurs enfants, craintes pour la sécurité de leur famille; Haines et al., 2014; Polly, 2015; Pyne, 2012). Ayant en tête le bien-être de leurs enfants et le maintien de l'unité familiale, des parents trans ont rapporté avoir retardé le début de 1' affirmation sociale de leur genre en raison de leurs responsabilités familiales (e.g., Church, O'Shea, & Lucey, 2014). Les décisions entourant le processus d'affirmation de leur genre sont prises en prenant en considération leur contexte familial; ils doivent concilier leur transition de genre avec leurs responsabilités familiales ( e.g., Haines et al., 20 14; Hines, 2006).
Les parents prétransition font également face à des facteurs de stress additionnels tels
que de la transphobie et des expériences négatives dans la sphère familiale ( e.g.,
Grant et al., 2011; Pyne, 20 12; Pyne et al., 20 15). Ils sont susceptibles d'expérimenter une séparation conjugale (45%), une perte de contact avec leurs enfants (30%), une perte ou une réduction de la garde légale (13-18%), des barrières de la part d'un ancien partenaire pour maintenir le contact avec l'enfant (29%) de même que des expériences de rejet (59%) et de violence (19%) manifestés par un membre de la famille ( e.g., Grant et al., 2011; Pyne et al., 20 15). Les femmes trans sont plus susceptibles que les hommes trans de subir ces impacts familiaux négatifs (e.g., Grant et al., 2011). Malgré les défis rencontrés par les parents trans et l'entourage familial en lien avec la transition, plusieurs parents trans ont souligné les effets positifs de la transition sur leur rôle parental (e.g., Dierckx et al., 2017; Pyne, 2012).
Quant aux parents posttransition, ils font face à des barrières institutionnelles pour fonder leur famille : la stérilisation comme prérequis pour obtenir des documents légaux conformes à leur identité de genre2 ( e.g., Trans genre Europe, 20 16), des spécialistes sur la fertilité qui appuient un accès restreint des personnes trans aux cliniques de fertilité (e.g., Baetens, Canms, & Devroey, 2003; Brothers, Ford, & University of Bristol Centre for Reproductive Medicine Ethics Advisory Committee, 2000; Chiland et al., 2013; Jones, 2000), une absence d'informations sur leurs options reproductives posttransition (e.g., De Sutter et al., 2002; dickey, Ducheny, & Ehrbar, 2016, Pyne et al., 2015; Wierckx et al., 20 12), les services institutionnels tels que les cliniques de fertilité et les centres d'adoption qui ne sont pas adaptés ou informés des réalités transparentales (e.g., Charter, Ussher, Perz, & Robinson, 2018; Epstein, 2017; Jarnes-Abra et al., 2015; Light, Obedin-Maliver, Sevelius, & Kerns, 2014; Pyne, 2012; Ryan, 2009; von Doussa et al., 2015) et l'assignation d'un statut parental légal (e.g., père, mère) qui ne reflète pas leur situation familiale (e.g., Karaian, 2013; Pyne, 2012). La majorité des parents posttransition ont rapporté des expériences négatives avec les cliniques de fertilité (e.g., Charter et al., 2018; Ellis, Wojnar, & Pettinato, 2015; Epstein, 2017; Jarnes-Abra et al., 2015; Light et al., 2014). Les professionnels de la santé avaient de la difficulté à se dissocier du modèle de genre binaire dominant et des présomptions qui en découlent concernant le sexe assigné à la naissance, le corps, la contribution reproductive, l'identité de genre et l'identité parentale (e.g., Epstein, 2017; Pyne, 2012). En raison de ces présuppositions, les personnes trans sont régulièrement mégenrées et leur identité parentale est incorrectement présumée (e.g., James-Abra et al., 2015).
2 Il est
à noter que la condition de subir des interventions de réassignation sexuelle qui engendrent la stérilisation n'est plus un prérequis pour les personnes trans au Québec depuis la mise en application du projet de loi 35 le 1er octobre 2015 (Directeur de l'état civil du Québec, 20 16). Toutefois, cette condition était en vigueur au moment où les participants de la présente thèse ont été rencontrés, et demeure une condition dans plusieurs autres juridictions (e.g., Transgender Europe, 20 16).