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ARTheque - STEF - ENS Cachan | Le citoyen, le journaliste et l'expert

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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LE CITOYEN, LE JOURNALISTE ET L'EXPERT

Éric JOUAN

Rédacteur en chef du magazine scientifiqueEURÊKA

MOTS-CLÉS: JOURNALISTE - CITOYEN - EXPERT -MÉDIAS -DIALOGUE

RÉSUMÉ: Tout le monde est d'accord pour dire qu'aujourd'hui, les citoyens vont être de plus en plus amenésà donner leur avis (voire à voter) dans des affaires qui lient étroitement science et société. Dans la tâche d'information interviennent essentiellement trois acteurs: l'expert ou le scientifique, le journaliste ou le médiateur, le citoyen. La réussite du processus d'information résulte de deux actions distinctes: la recherche d'information et la mise en scène de cette information.

SUMMARY

A. GIORDAN. J.-L. MARTINAND et D. RAICHVAR(;. Actes JIES XIX, 1997

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La transmission de l'information scientifique et techniqueà un public large n'a rien d'évident. L'affaire est complexe. Tout le monde est d'accord pour dire qu'aujourd'hui, les citoyens vont être de plus en plus amenés à donner leur avis (voireàvoter) dans des affaires qui lient étroitement science et société. Tout le monde souligne la nécessité d'une information citoyenne complète, précise, vérifiée dans tous les domaines scientifiques touchant la vie des gens, l'environnement, la santé etc... Mais dans la réalité, celle information souffre parfois d'être soit exagérée, soit partielle, soit déconnectée de ce que savent vraiment les lecteurs. Dans celle tâche d'information interviennent essentiellement trois acteurs: l'expen ou le scientifique, le journaliste ou le médiateur, le citoyen. La réussite du processus d'information résulte de deux actions distinctes: la recherche d'information et la mise en scène de cette information.

1. La recherche d'information: c'est le métier de base dujoumaliste. Celle recherche peut être rendue difficile en cas de manipulation, de secret, et/ou en situation de crise.

2. La mise en scène et la traduction de cette information vers le grand public. Il s'agit alors de trouver les artifices de texte/maquette qui permettent au lecteur de s'approprier l'essentiel de l'information: les faits et leur contexte.

Aux deux bouts de cette chaîne d'information, des acteurs très différents.

D'un côté le citoyen qui va avoir tendanceàréclamer une réponse "OUI ou NON"àsa question. De l'autre l'expen ou le scientifique dont la réponse sera forcément plus contrastée. Dans ces domaines "science, technologie et société", il est souvent très difficile d'apponer une réponse sans nuances.Le journaliste scientifique, c'est son métier, va tenter de répondre clairement mais sans simplifierà l'extrème. Là où le citoyen et, dans une cenaine mesure également, le décideur politique, réclament une réponse définitive et immédiate, le scientifique a souvent dans sa besace des hypothèses non vérifiées, des chiffres sur l'état des connaissances scientifiques. Mais il est impossible à un scientifique de se transformer en voyant. Il ne peut aller au-delà de cette incenilUde que le citoyen et/ou les médias voudraient bien transformer en certitude.

L'exemple des biotechnologies et en particulier des manipulations génétiques sur les plantes illustre bien ce propros. En effet, la génétique dans son ensemble fait peur aux citoyens qui imaginent volontiers Docteur Jekyll et Mister Hyde manipulant le vivant pour fabriquer des monstres.Àcause de la difficulté de la matière scientifique elle-même (la génétique)àcause du manque d'informations de base sur ce sujet chez nos concitoyens,àcause de la vigueur de la communication des lobbies, qu'ils soient écologiques ou industriels,àcause des récentes affaires "science et société" qui ont fait récemment la "Une" de différents journaux (affaire du sang contaminé, affaire de la vache folle ...), l'information peut parvenir parfaitement brouillée chez un lecteur... Un titre de "Une" aussi alanniste que celui deLibérationdu 1er janvier 1997 - "Alerte au soja fou" - place le lecteur dans une attitude immédiate de suspicion. Il est parfois plus facile d'alarmer que de poser simplement: manger des gènes qu'ils soient manipulés ou non est tout bonnement sans conséquence pour la santé de l'homme!

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D'un côté, l'angoisse des citoyens consommateurs non informés, de l'autre, des scientifiques et des industriels dont la parole n'apparaît toujours comme étant libre et indépendante. Au milieu, des journalistes qui tentent de faire leur travaille mieux du monde.

Face à un mouvement de panique, il est très facile pour les médias d'accompagner la peur collective qui s'installe. Pourtant, le citoyen serait toutà fait satisfait qu'on lui donne sereinement tous les éléments nécessaires à la compréhension du dossier. Libre à lui, ensuite, de se forger sa propre opinion. Libreàlui, ensuite, de décider, comme 75% des Américains actuellement, qu'il ne mangera pas d'aliment trangénique. "Transgénique", le mot lui-même n'est pas extrêmement rassurant. L'expression O.G.M. (Organisme Génétiquement Modifié) n'est pas du genre à nous convaincre d'emblée de l'inocuité de ces produits. Celle inquiétude est, somme toute, assez naturelle, mais nous avons envie d'aller plus loin et poser d'autres questions aux scientifiques: Que savons-nous vraiment des conséquences de la dissémination des plantes transgéniques dans la nature? Une pollution génétique n'aurait-elle pas des effets désastreux sur la biodi versité et l'équilibre écologique de la planète? À ces questions les scientifiques peuvent répondre et il est du devoir des médias scientifiques d'exposer les arguments des uns et des autres. Cela s'appelle un débat contradictoire. Il n'existe pas un expert mais des expertises. Il n'existe pas toujours une réponse mais des éléments plus ou moins convergents. S'il est vrai que le public aime les réponses en noir et blanc,ilest de notre responsabilité de montrer une réalité plus contrastée. Le mythe de l'expert totipotent a la vie dure.

Voilà pourquoi, nous sommes certains, journalistesd'Eurêkaqu'une approche plurielle des questions science et société est nécessaire. Nous privilégions dans notre magazine celle approche pluri-disciplinaire incluant toutes les sciences (dures et molles comme on dit parfois...), sciences sociales, économie, histoire, mais aussi philosophie et politique. Dans un dossier comme celui des O.G.M., il est évident que l'on ne peut comprendre l'ensemble du dossier sans un regard économique et politique. Il y a là une exigence simple qui vise non seulementàrespecter la démarche scientifique, mais aussi la complexité d'un dossier. Tout cela demande du temps, de l'énergie. Le rythme du mensuel permet celle prise de distance, celle mise en perspective de l'actualité brûlante. De plus en plus nombreux sont les scientifiques qui nous aident dans ce travail. Eurêka a pour ambition d'intéresser un très large public aux progrès des sciences et des techniques mais surtout aux débats que leurs applications suscitent dans notre société.

Un tel objectif ne pourra être alleint qu'en renouvelant profondément le discours sur la science, en explorant de nouvelles formes de narration, de reportage, de mise en perpective historique et contextuelle des découvertes scientifiques ou des avancées technologiques. Tout aussi nécessaire est le soutien des scientifiques, du moins ceux qui estiment que le grand public, le citoyen, vous et moi, peut, et doit, être tenu au courant des grands dossiers science et société.

Références

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