A. GIORDAN, J.-L. MARTINAND et D. RAICHVARG, Actes JIES XXVII, 2005 1
QUELS MOTS POUR QUELS OBJETS ?
Sophie NÉMETH
Enseignante en SVT Paris 14e
MOTS-CLÉS : OBJET INITIATEUR – OBJET RÉVÉLATEUR – OBJET FÉDÉRATEUR
RÉSUMÉ : L’atelier proposait de mettre en évidence quelques aspects de la pédagogie de l’objet en soulignant plus particulièrement trois d’entre eux : l’objet en tant qu’initiateur d’un questionnement, l’objet révélateur de représentations initiales et enfin l’objet fédérateur et stimulateurs d’échanges de savoir et d’expérience.
ABSTRACT : The goal of the workshop is to show some aspects of object pedagogy, by emphasizing more specifically three of them : object as questioning originator, object as revealing original representations, and object unifying and stimulating know how and experience exchanges.
2 1. INTRODUCTION
« Le musée des Arts et Métiers, dont j’ai conduit la rénovation dans la décennie quatre-vingt-dix,
possède un patrimoine exceptionnel qui force à réfléchir sur une pédagogie par l’objet, peut-être un peu trop négligée aujourd’hui. Les musées, dans le domaine scientifique et technique, peuvent par ce retour à l’objet, par une pédagogie qui fait appel aussi aux sens, à l’émotion, à la curiosité, conduire à nouveau à une forme de réflexion qui peut permettre de passer de la technique à la science et à une certaine forme de réflexion et de théorisation » propos de Dominique Ferriot,
professeur des Universités, recueillis par le journal l’Humanité du 01 14 2002.
Si un effort remarquable a été fait pour rendre, grâce aux nouvelles technologies notamment, l’objet accessible au grand public, on constate une sous utilisation de l’objet dans la pédagogie en milieu scolaire notamment. L’atelier proposait de mettre en évidence quelques aspects d’utilisation de l’objet en situation d’apprentissage.
2. DÉROULEMENT DE L’ATELIER
L’atelier se déroulait au Majestic, en soirée et était ouvert au public. Il s’agissait de proposer à un public non spécialisé de réagir librement à la découverte de quelques objets. On proposait de réagir dans un premier temps par une formulation verbale (par association des mots à chaque objet) puis non verbale (en manipulant celui-ci). Les objets proposés étaient des objets naturels ou manufacturés. Les mots associés aux objets étaient notés sur un tableau lisible par les observateurs circulant librement d’un atelier à l’autre.
3. BILAN DE L’ATELIER
On retiendra principalement trois aspects de l’objet en pédagogie : l’objet initiateur d’un questionnement, l’objet révélateur de représentations initiales et enfin l’objet fédérateur qui permet la communication et les échanges des savoirs individuels. Cette réflexion nous amènera à replacer l’objet dans les différentes étapes d’apprentissage : connaissances des conceptions des apprenants, identification des obstacles et dépassement de ces obstacles .L’enseignant agit en tant qu’« organisateur des conditions d’apprentissage » selon Giordan où l’objet peut être amené à jouer un rôle plus ou moins important.
3 3.1. L’objet initialise un questionnement
L’objet sollicite l’attention, une attention précise centrée sur lui .S’il est inconnu, il déstabilise par son effet de surprise mais éveille en même temps la curiosité par l’impression qu’il produit sur les sens. La situation-problème qu’il engendre déstabilise mais permet à la fois de trouver de nouveaux repères grâce à son ancrage dans le réel. Il déstabilise par l’effet de surprise puisqu’il s’impose à nos sens mais stimule ces mêmes sens et permet une reconstruction progressive et immédiate de cette nouvelle réalité. En faisant appel dans un deuxième temps à ses savoirs antérieurs, à ses expériences passées il permet une appropriation de cet objet en tant que nouvelle expérience. L’appropriation passe par une phase de recontextualisation de l’objet qui se manifeste par la volonté de le nommer scientifiquement et/ou de trouver une fonction à cet objet (exemple photo 1).
Photographie 1 : on propose un fruit exotique
3.2. L’objet est révélateur de représentations initiales
L’objet permet une prise de conscience d’acquis antérieurs. Il faut faire avec pour aller au-delà car ne pouvant faire contre. Cette nouvelle prise de conscience permet d’accéder à une plus grande complexité d’appréhension du réel.
Ces acquis antérieurs peuvent conduire à la prise de conscience d’à priori. Exemple : on propose d’associer à un fruit une couleur et on propose « citron » ou « tomate ». Les couleurs le plus souvent associées sont pour le premier le jaune et le rouge pour le second. On présente alors un citron vert ou une tomate jaune, verte ou noire.
4 3.3. L’objet est fédérateur et permet des échanges
Les phases précédentes de questionnement et/ou de prise de conscience d’à priori liés à des représentations antérieures favorisent les échanges. En effet, la verbalisation permet quelques repères de la démarche d’investigation de l’objet, démarche qui devient ainsi accessibles aux observateurs.
On a observé d’une part une grande motivation de mise à l’épreuve et d’autre part l’extrême richesse des réactions. On assiste alors, grâce à l’objet, à des échanges d’informations et d’expériences.
4. BILAN ET PERSPECTIVES L’objet, s’il est utile voire efficace en pédagogie pour initialiser un questionnement, faciliter des échanges et permettre un enrichissement des connaissances, on ne saurait bien sûr s’en contenter. Une théorisation est indispensable L’enseignant doit alors reformuler, organiser, hiérarchiser les différents aspects abordés.
Proposition d’un schéma présentant quelques les rôles de l’objet en pédagogie (‘figure 1).
Figure 1.
BIBLIOGRAPHIE
FERRIOT, Dominique. L’Humanité, 2002.
GIORDAN A. (1996). Sciences de la Vie et de la Terre. Réflexions et aides pédagogiques pour la