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Mémoire présenté
à la Faculté des études supérieures de Γ Université Laval
pour F obtention
du grade de maître ès arts (M.A.)
FACULTÉ DE THÉOLOGIE ET DE SCIENCES RELIGIEUSES UNIVERSITÉ LAVAL
JANVIER 2000
Depuis une dizaine d’années, Vatican II est devenu un nouveau champ de recherche pour les historiens. Les études, les monographies, les colloques et les centres de recherche sur Vati- can Π ne cessent de se multiplier à travers le monde. Le présent mémoire, par son étude sur Albert Sanschagrin, o.m.i., — l’un des acteurs de ce concile —, s’inscrit non seulement dans ce domaine de recherche, mais y apporte aussi une contribution nouvelle. Jusqu’ici, et même au Québec, des études ont surtout porté sur les ténors du concile. Celle-ci s’intéresse pour la pre- mière fois à l’une de ces figures plus effacées en apparence. Par une étude des sources, nous avons recherché comment cet évêque, venant d’un diocèse de la périphérie du Québec (Amos), avait articulé, au cours de la période conciliaire, la dynamique de communion entre son Église (le local) et les autres Églises (l’universel).
Étudiant Directeur de recherche
Ce mémoire de maîtrise a été rendu possible grâce à une foule de personnes envers qui je suis redevable. Dans un premier temps, je tiens à remercier deux évêques : d’une part, IvF Gé- rard Drainville, évêque d’Amos, qui m’a invité, malgré le manque de prêtres, à entreprendre des études universitaires de second cycle et qui en a favorisé la réalisation durant deux ans; d’autre part, Albert Sanschagrin, o.m.i., qui m’a accueilli avec tant de chaleur, qui a accep- té d’être dans la mire de ma recherche et qui a si aimablement répondu à mes interrogations tout au long de cette étude.
Je tiens à remercier Mme Marie-Josée Bemier, archiviste à l’évêché d’Amos, qui m’a donné accès aux archives diocésaines, au cours de l’été 1998, et qui s’est montrée toujours dis- ponible et diligente pour des recherches subséquentes. Je remercie également les archivistes de nombreuses communautés religieuses qui ont si aimablement répondu à mes requêtes dans le cadre de la recherche pour ce mémoire. De plus, je veux manifester ma reconnaissance aux membres de ma famille ainsi qu’aux nombreux amis qui se sont intéressés à ce projet et qui m’ont soutenu de diverses manières.
Je veux aussi remercier deux professeurs de la Faculté de théologie et de sciences reli- gieuses de l’Université Laval. Par son cours « Séminaire de mémoire »,je ne peux ignorer Tap- port de M. Raymond Brodeur à la mise en route du présent mémoire et je l’en remercie. Enfin, je veux dire toute ma gratitude à M. Gilles Routhier, sans qui ce travail n’aurait pu être mené à terme : d’une part, pour avoir bien voulu en être le directeur de recherche et, d’autre part, pour sa confiance et son encouragement qui m’ont soutenu dans les périodes plus ardues, ainsi que pour son accompagnement patient et ses conseils judicieux tout au long de la période de rédac- tion.
AVANT-PROPOS ... i
TABLE DES MATIÈRES ... ü LISTE DES SIGLES UTILISÉS ... iv
LISTE DES FIGURES ET DES TABLEAUX ...v
INTRODUCTION GÉNÉRALE... 1 L’état de la question ... 2 La problématique . ...21 Les sources ... 26 La méthodologie ... 28 La délimitation du sujet ... 30 Le plan du mémoire ...31
CHAPITRE I LA PÉRIODE PRÉCONCILIAIRE ... 33
1.1 La voix de Jean XXIII vers l’Église d’Amos ... 36
1.1.1 Les documents diocésains et le concile ... .36
1.1.2 Les documents diocésains et les Actes pontificaux sur le concile ... 45
1.1.3 Les initiatives diocésaines et le concile ... 57
1.1.3.1 Une suggestion d’un groupe de prêtres ...58
1.1.3.2 Des initiatives officielles ... 62
1.1.3.3 Des initiatives spontanées ... 67
1.2 M81' Sanschagrin assume la voix de son Église ... 70
1.2.1 La consultation de 1960 ... 70
1.2.2 La consultation de 1962 ... 75
CHAPITRE II LA PÉRIODE CONCILIAIRE ... 87
2.1 À Vatican Π, l’Église d’Amos à la rencontre des Églises du monde ... 89
2.1.1 La recherche des traces laissées ...90
2.1.2 Quelques portraits de rencontres d’évêques... 94
2.2 La voix de l’Église d’Amos au concile ...115
2.2.1 L’utilisation de la langue du peuple ... 116
2.2.2 La communion sous les deux espèces... ...123
2.2.3 La restauration du diaconat permanent... 125
2.2.4 L’oecuménisme ... 131
2.3 La voix des Églises vers l’Église d’Amos ... 135
2.3.1 Au cours des sessions conciliaires ... .135
2.3.1.1 Les écrits épistolaires ... 135
2.3.1.2 Les entrevues et les enregistrements pour la radio et la télévision ... 143
2.3.1.3 Les
Nouvelles diocésaines
...1462.3.2 Au cours des intersessions ... 146
2.3.2.1 Les entrevues, les causeries et les conférences... 147
2.3.2.2 Les circulaires pastorales ...152
2.3.2.3 Les
Nouvelles diocésaines
...155CONCLUSION GÉNÉRALE ... 159
Une rétrospective...159
Des pistes pour des études ultérieures...165
BIBLIOGRAPHIE... 167
ANNEXE A : Questionnaire en vue du IIe Concile du Vatican, Comment répondre . . 185
ANNEXE B : Groupe des évêques o.m.i... 186
ANNEXE C : Les évêques rencontrés du groupe A ...188
ANNEXED : Les évêques rencontrés du groupe B ... 190
ANNEXEE : Connaissances antérieures à Vatican II ... 193
ANNEXE F : Les évêques amis ... 194
ANNEXE G : Les évêques signalés au passage dans le JC ... 195
ANNEXE H : Réunions des évêques o.m.i... 197
ANNEXE I : Activités oblates ...198
ANNEXE J : Réunions des conférences épiscopales ... 199
ANNEXE K : Conférences auxquelles M9־ Sanschagrin a assisté ...200
ANNEXE L : Réunions sociales ...201
CP
Circulaire Pastorale
DC
La Documentation Catholique
JCJournal du concile
LCD
Lettre du concile à ses diocésains
LPLettre pastorale
Figures
1.1 ]VF Albert Sanschagrin ... 34
1.2 Le concile dans les CP et les ND... 38
1.3 Le concile dans les circulaires pastorales...40
1.4 Le concile dans les circulaires pastorales...40
1.5 Thèmes des CP (1959-1962) ... 41
1.6 Thèmes des CP (1962)... 41
1.7 Le concile dans les ND (1962)... 42
1.8 Thèmes majeurs des ND ...43
1.9 Centres d’intérêt des répondants ...84
2.1 Terminologie des relations humaines et les évêques... 91
2.2 Les évêques O.M.I. (géographie)... 95
2.3 Les évêques rencontrés et le contexte des rencontres ...98
2.4 103 évêques rencontrés (géographie)...100
2.5 34 évêques des commissions (géographie) ... 102
2.6 69 évêques hors des commissions (géographie) ... 103
2.7 Objets des dialogues avec les évêques des commissions... 104
2.8 Objets des dialogues Sanschagrin-Suenens...107
2.9 Objets des dialogues avec les évêques hors des commissions... 109
2.10 Objets des dialogues avec les évêques orientaux... 111
2.11 30 causeries sur le concile... ... 148
2.12 18 causeries données aux laïcs... 148
Tableaux I Traces des Actes pontificaux dans les documents diocésains... 46
II Echo des principaux énoncés dans les documents diocésains... 47
III
Celebrandi Concilii Oecumenici
et laCirculaire Pastorale,
88...49IV
Séminars
de la phase II ... 65Le présent mémoire est d’une certaine manière le fruit d’un cours suivi à la session d’hi- ver 1998 : « La théologie au XXe siècle : histoire et méthode ». Au moment où l’un des profes- seurs, M. Gilles Routhier, donnait un exposé sur le concile Vatican II et sa réception, une ques- tion est alors venue m’habiter : « Comment le concile Vatican II
a-t-il
été reçu dans le diocèse d’Amos ? » Cette question m’intéressait d’autant plus que l’histoire de cette période de l’Église d’Amos m’était totalement inconnue. Car, je n’y réside que depuis 1982 et je ne suis inséré dans son presbyterium que depuis dix ans. Après avoir exposé ma question à Monsieur Rou- thier, une question dont j’ignorais l’ampleur tant spatiale que temporelle, il a été convenu de la circonscrire davantage. L’intérêt s’est immédiatement porté sur le premier protagoniste de cette réception, Mgr Albert Sanschagrin, o.m.i., qui était, au moment du concile, Administrateur Apostolique de ce diocèse. D’ailleurs, à ce titre, il a participé aux quatre sessions de Vatican II. Après un premier compte rendu de lecture de son journal conciliaire, une ébauche de probléma- tique et quelques repères méthodologiques ont commencé à se dessiner pour une étude dont l’objet serait cet évêque à Vatican II. Le domaine de recherche dans lequel s’insérerait cette étude se précisait également, soit l’histoire du concile Vatican II. De plus, un titre s’est alors imposé pour le mémoire de maîtrise :Un évêque à Vatican II : I/F Albert Sanschagrin, o.m.i.
Dans cette introduction, nous consacrerons d’abord un large espace à l’état de la recher- che en histoire de Vatican II. Puis, nous présenterons la problématique du présent mémoire ain- si que les sources utilisées, la méthodologie employée et la période étudiée. Enfin, nous con- durons en esquissant les grandes lignes de notre plan pour ce mémoire.
L’ÉTAT DE LA QUESTION
En 1995, au moment même où l’on se prépare à célébrer le trentième anniversaire de la clôture de Vatican II, paraît en versions anglaise et italienne le premier volume d’une
Histoire
du concile Vatican II\
C’était là le premier fruit mûr d’un projet scientifique commencé en 1988, sous la direction de Giuseppe Alberigo deVIstituto per le scienze religiose
de Bologne (Italie)1 2. Ce premier volume, comme le seront les suivants, est non seulement l’oeuvre d’une équipe internationale de spécialistes — des historiens et des théologiens —, mais aussi le fruit de plusieurs colloques et de nombreuses publications3.Avec ce projet d’une histoire de Vatican II apparaît aussi une nouvelle problématique au plan de la recherche sur le concile. Au lendemain de sa clôture, les textes officiellement pro- mulgués par le Pape ont surtout monopolisé les énergies autour d’une abondante production de commentaires4. Une vingtaine d’années plus tard, des travaux s’amorcent cette fois-ci autour de Vatican II en tant qu’événement5 et ce, non seulement en se demandant : « “comment est-on arrivé à !’approbation des décisions de Vatican II ?”, mais surtout : “comment s’est effective
1 Cf. Joseph Famerée, « Du neuf dans l’histoire des conciles, À propos de quelques ouvrages récents », Revue
théologique de Louvain, 29e année, n° 3, 1998, p. 352; Note : La version française a été publiée en 1997. Cf. Giu-
seppe Alberigo, dir., Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), tome I, Le catholicisme vers une nouvelle épo-
que, L’annonce et la préparation (Janvier 1959 — octobre 1962), Version française sous la direction de Étienne
Fouilloux, Paris/Louvain, Les Éditions du CerfTPeteers, 1997, 575 p.; Cf. Id., « Introduction, Vatican II, trente ans après », in op. cit., p. 11: « Quatre autres volumes suivront, consacrés chacun à l’une des sessions de Passern- bléé. »; La version française du second volume a été publiée en 1998. Cf. id., Histoire du Concile Vatican II
(1959-1965), tome II, La formation de la conscience conciliaire, La première session et la première intersession (octobre 1962 — septembre 1963), Version française sous la direction de Étienne Fouilloux, Traduction de Pita-
lien par Jacques Mignon, Paris/Louvain, Les Éditions du Cerf/Peeters, 1998, 734 p.
2 Cf. Joseph Famerée, « Vers une Histoire du concile Vatican II », Revue d’histoire ecclésiastique, vol. 89, rT 3-4, 1994, p. 622, note n° 1; Cf. Giuseppe Alberigo, « Introduction, Vatican II, trente ans après », in Histoire
du Concile Vatican II (1959-1965), tome I, p. 9.
3 Cf. « Avant-propos », in Lamberigts, M., Soetens, Cl. et Grootaers, J., éd., Les Commissions conciliaires à
Vatican II, Leuven, Bibliotheek van de Faculteit Godgeleerdheid, 1996, p. VII; Giuseppe Alberigo, « Introduc-
tion, Vatican II, trente ans après », in Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), tome I, p. 11; Note : Nous re- viendrons ultérieurement sur ces colloques et publications.
4 Cf. Giuseppe Alberigo, « Introduction, Vatican II, trente ans après », in Histoire du Concile Vatican 11(1959-
1965), tome I, p. 7-8.
5 Cf. Ibid., p. 7-9. Sur la question de la portée à donner à Vatican II en tant qu’événement, un débat existe entre Étienne Fouilloux et Émile Poulat. Alors que Fouilloux considère Vatican II comme étant l’événement ma- jeur de l’Église catholique au XXe siècle, Poulat et ses disciples « en minimisent la portée », quant à eux, selon Fouilloux. Cf. Étienne Fouilloux, « Histoire et événement : Vatican II », Cristianesimo nella storia, vol. 13, n° 3, ottobre 1992, p. 517.
ment déroulé Vatican II et quelle en est la signification ?6 » Au plan de la méthodologie, c’est par une exploitation critique « de toutes les sources conservées » que l’on veut reconstituer Va- tican II7.
Ce projet non seulement ouvre-t-il un nouveau chapitre dans l’histoire des conciles, qui connaît depuis peu approfondissement et renouvellement8, mais s’inscrit-il également dans la vaste entreprise de l’histoire de l’Église9, elle-même objet de débats. D’une part, « !’application de la méthode historico-critique à l’étude du christianisme et de l’Église en particulier10 » ne s’est pas fait sans quelques heurts. Ce n’est qu’à Vatican II que les soupçons, portés à son en- droit depuis le XIXe siècle, font place à la reconnaissance de sa fécondité « pour la connais- sanee de l’Église11 ». D’autre part, à partir des années 1960, on assiste à « une profonde remise en question de la traditionnelle histoire de l’Église » qui, jusqu’alors, « avait une perspective déterminée par la théologie12. » Un débat s’installe entre théologiens et historiens, « entre ceux qui considèrent l’Histoire de l’Église comme une discipline à la fois historique et théologique et ceux qui ne lui confèrent qu’une nature totalement et exclusivement historique13. » Les posi- fions de Roger Aubert et de Hubert Jedin, nettement favorables à « une histoire de l’Église théologique », provoquent, entre autres, les réactions de l’historien des religions, Marcel Si
6 Giuseppe Alberigo, « Introduction, Vatican II, trente ans après », in Histoire du Concile Vatican II (1959-
1965), tome I, p. 9.
7 Cf. Ibid. : « Il est évident que l’histoire de Vatican II ne peut être reconstruite que sur la base de l’analyse rigoureusement critique des sources; de toutes les sources conservées : orales et écrites, officielles et informelles, collectives et individuelles, internes et externes. »
8 Cf. Joseph Famerée, « Du neuf dans l’histoire des conciles... », p. 345 : « Depuis deux décennies au moins, l’histoire des conciles tant oecuméniques que locaux, de leur signification et de leur réception n’a cessé de s’ap- profondir et de se renouveler : qu’il suffise de citer les noms de A. de Halleux, A. Grillmeier, H. J. Sieben parmi bien d’autres. De nouveaux instruments de travail (des concordances notamment) se sont multipliés grâce à l’in- formatique. »
9 Nous choisissons l’expression « histoire de l’Église » tout en sachant qu’un débat existe entre historiens sur les terminologies « histoire de l’Église » et « histoire du christianisme ». Cf. Paul-Hubert Poirier, « De l’histoire de l’Église en faculté de théologie, Réflexions sur la nature et l’objet d’une discipline », Laval théologique et phi-
losophique, vol. 47, n° 3, octobre 1991, p. 402-403.
10 Giuseppe Alberigo, « Méthodologie de l’histoire de l’Église en Europe », Revue d’histoire ecclésiastique, vol. 81, n" 3-4, 1986, p. 401.
11 Ibid., p. 403. Voir aussi les pages 411-413.
12 Raymond Brodeur, « “Ma façon de servir l’Église”, Jean Hamelin », in Roby, Yves et Voisine, Nive, dir.,
Érudition, humanisme et savoir, Actes du colloque en l’honneur de Jean Hamelin, Sainte-Foy, Les Presses de
l’Université Laval, 1996, p. 318 et 319.
mon, ainsi que celles de Miquel Batllori, de l’Institut historique de la Compagnie de Jésus, tous deux en faveur d’« une histoire de l’Église conçue comme une pure discipline historique...14 »
Outre ce contexte dans lequel s’inscrit le projet d’une histoire de Vatican II, signalons également l’une des « tensions dynamiques qui caractérisent aujourd’hui l’Histoire de l’Église en Europe », — ce qui ne peut être sans incidence sur ce projet —, soit « la dialectique entre histoire générale et histoires locales15 ». Né en Europe, ce projet doit aussi se situer face à « l’habitude européenne de faire de sa propre histoire le centre et le paradigme de l’histoire uni- verseile de l’Église...16 ». C’est là un défi réel lorsque l’on constate, d’une part, que 75% des membres du comité éditorial de
VHistoire du concile Vatican II (1959-1965)
sont des Euro- péens et, d’autre part, que dans ce comité, où prédominent les spécialistes nord-occidentaux, les Africains sont absents et les Asiatiques peu représentés17. C’est même là un recul compara- tivement à l’équipe initiale où la présence européenne ne comptait que pour 65%18. Seules les Amériques ont gagné du terrain depuis et ce, en triplant leur représentation; au sein de celle-ci, les chercheurs sud-américains comptent pour près de la moitié. Malgré ce fait, l’histoire de Va- tican II n’est cependant pas à l’abri de l’eurocentrisme, ni de la nord-occidentalité. Car les cen- tres de recherche sont actuellement concentrés en Europe et en Amérique du Nord19. La prédo14 Paul-Hubert Poirier, « De l’histoire de l’Église en faculté de théologie... », p. 405. Voir aussi les pages 403- 407.
15 Giuseppe Alberigo, « Méthodologie de l’histoire de l’Église en Europe », p. 403; Les propos de Gilles Rou- thier nous font sentir cette dialectique à l’égard de certains travaux sur Vatican II : « À la lecture de cet ouvrage
[Vatican II et la Belgique, par Claude Soetens], on se rend compte à quel point travailler à l’échelle d’un pays
permet de voir et de comprendre des choses qui sont difficiles à saisir lorsqu’on travaille sur une trop grande échelle (continentale ou mondiale) » (Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes autour de Vatican II », Laval théologique et philosophique, vol. 55, n° 1, février 1999, p. 121). Nous renverrons désormais à cet article de la manière suivante : « Recherches et publications récentes... », 1999.
16 Giuseppe Alberigo, « Méthodologie de l’histoire de l’Église en Europe », p. 407.
17 Cf. Id., Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), tome I, p. 6; Note : L’Amérique du Sud a cinq représen- tants, les État-Unis en ont cinq aussi et le Canada, un. Alors qu’en Asie, on retrouve deux spécialistes, en Europe, on en compte 38, dont 16 Italiens. Sur le continent européen, des chercheurs viennent de 10 pays, dont la Pologne et la Russie.
18 Cf. Mauro Velati, « Symposium Vaticanum II », Revue d’histoire de l’Église de France, tome LXXVI, n° 196, janvier-juin 1990, p. 85, note n° 1; Note : Dans cette équipe, on retrouve un Africain, deux Asiatiques et un Brési- lien. Les États-Unis ont trois représentants et l’Europe en compte 13, venant de neuf pays, dont quatre de l’Italie. 19 Cf. Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 148. Note : L’Europe compte actuel- lement trois centres de recherche (Bologne, Louvain/Louvain-la-Neuve et Paris) avec possibilité de deux autres (Université du Latran et Faculté catholique de Tübingen). Tandis qu’en Amérique du Nord, Québec et Washing- ton ont leur centre de recherche sur Vatican II, en Amérique du Sud, seul Sâo Paulo a le sien.
minance de l’Europe dans les travaux des chercheurs est déjà signalée par Gilles Routhier qui souhaite une plus grande ouverture aux mondes en dehors de l’Europe occidentale2-0.
Au Québec, la recherche sur Vatican II a une histoire plutôt récente. En 1992, sous la di- rection de Gilles Routhier, un projet de recherche sur Vatican II, aux plans tant québécois que canadien, voit le jour à l’Université Laval20 21. Avec son champ de recherche spécifique, ce projet ouvre un chapitre singulier dans l’histoire religieuse du Québec, entre autres. Selon une pério- disation propre à Guy Laperrière22, ce projet arrive à un moment plus serein de l’histoire reli- gieuse du Québec, à un moment où « on assiste à un renouvellement des perspectives et des approches, qui accepte d’examiner le fait religieux pour lui-même, dans une perspective plus globale et plus interdisciplinaire23. »
Si l’histoire religieuse du Québec, entre 1945 et 1965, a été « une histoire qui place la religion et l’Église catholique au centre de tout et en fait le moteur de l’histoire et une caracté- ristique de la société canadienne-française24 », entre 1965 et 1983, elle fut plutôt marquée par son antithèse. « La remise en question du rôle de l’Église catholique dans la société, dans le présent comme dans le passé25 », par la Révolution tranquille, n’est pas sans incidence sur !’historiographie religieuse. Avec cette remise en question, « une idéologie apparaît et, y parti- cipant pleinement, les historiens cherchent à mettre en lumière les mécanismes de la domina- tion cléricale, particulièrement dans la seconde moitié du XIXe siècle26. » Brigitte Caulier fait remarquer, pour sa part, que si « !’historiographie religieuse québécoise a longtemps privilégié l’approche institutionnelle et cléricale [...], à la fin des années 1960, il se développe un contexte
20 Cf. Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 149. Voir aussi p. 122-123.
21 Cf. Id., « Recherches et publications récentes autour de Vatican II », Laval théologique et philosophique, vol. 53, n° 2, juin 1997, p. 444. Nous renverrons désormais à cet article de la manière suivante : « Recherches et publi- cations récentes... », 1997.
22 Cf. Guy Laperrière, « L’évolution de l’histoire religieuse au Québec depuis 1945 : le retour du pendule ? »,
in Roby, Yves et Voisine, Nive, dir., Érudition, humanisme et savoir..., p. 329-348. Note : Suite à une analyse des
principales publications parues dans ce domaine depuis 1945, Laperrière divise l’histoire religieuse du Québec « en trois périodes selon une dialectique du type thèse-antithèse-synthèse » (p. 329-330) : 1945-1965, 1965-1983 et 1984 à nos jours. 22 TW, p. 330. 24 Ibid. 25 Ibid., p. 335. Ibid. 26
favorable à une inversion de l’objet d’étude qui va permettre d’aborder la place du catholicisme dans la société québécoise en l’observant de la base plutôt que du sommet de la hiérarchie ec- clésiastique27. » Selon Laperrière, deux événements contemporains marquent alors un tournant dans l’histoire religieuse du Québec et font naître sa troisième période depuis 1945 : « la visite du pape au Québec et la parution, quelques jours auparavant, des deux livres de Jean Hamelin (1984; Hamelin et Gagnon, 1984) sur l’histoire du catholicisme québécois au XXe siècle28. » Par son objet et « sa vision ouverte du rôle de l’Église, malgré [...] bien des critiques », l’ouvra- ge d’Hamelin « marque, en quelque sorte, un renversement du courant de l’historiographie29. » D’ailleurs, Laperrière fait remarquer que cet « ouvrage constitue une synthèse qui examine la réalité à partir du sommet : [...] les auteurs [...] analysent l’évolution et le rôle de l’Église ca- tholique au Québec à partir de sources qui sont surtout celles de l’épiscopat et du clergé le plus actif30. » En conclusion de sa contribution, Laperrière souligne que « durant ces dernières an- nées, l’histoire religieuse a vu se développer des préoccupations nouvelles, qui l’amènent d’ail- leurs à établir des comparaisons fructueuses avec d’autres chrétientés, celles de France ou d’Irlande pour n’en nommer que deux31. » Bien que ce soit dans le contexte de cette dernière période de !’historiographie religieuse du Québec que se situe le projet québécois de recherche sur Vatican II, ses objets d’étude se trouvent cependant à la charnière des périodes précédentes.
Depuis 1988, le projet d’une histoire de Vatican II, autour de Giuseppe Alberigo, a déjà donné lieu à de nombreux colloques, à une abondante production littéraire et provoqué la nais- sanee de plusieurs centres de recherche. Mais ce projet n’est pas une première dans la recher- che scientifique Sur le concile Vatican II. La voie lui avait été ouverte, en quelque sorte, deux ans auparavant, avec le colloque de Rome, organisé par l’École française de Rome32. À l’aide
27 Brigitte Caulier, « Le sentiment religieux », in Hurtubise, Pierre et LeBlanc, Jean-Marie, éd., Status Quaes-
tionis, Actes du colloque tenu à l'occasion du 25eanniversaire du Centre de Recherche en Histoire Religieuse du Canada, 4 décembre 1992, Ottawa, Université Saint-Paul, 1994, p. 47-48.
28 Guy Laperrière, « L’évolution de l’histoire religieuse... », p. 338. 29 Ibid.
AM
31 Ibid., p. 343.
32 Cf. Le deuxième Concile du Vatican (1959-1965), Actes du colloque organisé par l‘École française de Rome
en collaboration avec l'Université de Lille III, l'Istituto per le scienze religiose de Bologne et le Dipartimento di studi storici dei Mediovevo e dell’età contemporanea de l'Università di Roma-La Sapienza, (Rome 28-30 mai 1986), Rome, École française de Rome/Palais Famèse, Collection de l’École française de Rome, n° 113, 1989,
« d’une analyse scientifique de Vatican II comme promesse (1959-1962) et comme affirmation du
sensus fidei
(1962-1965) », on voulait « relire l’oeuvre de Vatican II à la lumière des men- tafites qui l’avaient forgé33. » En parcourant la table des matières des Actes de ce colloque, outre trois témoignages, nous retrouvons 42 chercheurs qui y ont contribué. Quatre d’entre eux, dont G. Alberigo, feront non seulement partie de l’équipe initiale du projet d’histoire de Vati- can II, mais aussi du comité éditorial34. Parmi les objets d’étude de ce colloque, on retrouve, entre autres, lesvota
(voeux) des évêques de certains épiscopats (états-uniens, britannique, français et italien), quelques acteurs du concile, tant individuels (Papes, Pères conciliaires, ex- perts) que collectifs (épiscopats belge, français et polonais), certains thèmes (collégialité, liber- té religieuse) et documents conciliaires (liturgie,Lumen gentium,
l’oecuménisme). Des contri- butions ont aussi porté sur Vatican II et les Églises orientales catholiques, les Juifs, le Tiers- Monde, le système des relations internationales, ainsi que des thèmes, tels l’athéisme et l’incroyance, le marxisme, la culture, la modernité, etc. Ce survol nous permettra de mieux per- cevoir non seulement l’évolution des objets d’étude, mais aussi la permanence de certains d’en- tre eux, dans le cadre des travaux de recherche menés en vue d’une histoire de Vatican II.Depuis 1988, en préparation à cette histoire, une douzaine de colloques ont été tenus tant en Europe que dans les Amériques35. Jusqu’à maintenant, les Actes de neuf d’entre eux ont été publiés en totalité ou en partie36. En parcourant leur table des matières ou les recensions qui en
867 p.
33 Philippe Levillain, « Introduction », in Le deuxième Concile du Vatican (1959-1965)..., p. XII.
34 Outre Giuseppe Alberigo (Italie), ce sont Étienne Fouilloux (France), Andrea Riccardi (Italie) et Jerzy Kloc- zowski (Pologne).
35 En 1989 : Leuven/Louvain-la-Neuve (Belgique); 1991: Houston (États-Unis); 1992 : Lyon (France); 1993 : Würzburg (Allemagne); 1994 : Louvain-la-Neuve/Leuven (Belgique); 1995 : Moscou (Russie) et Sâo Paulo (Bré- sil); 1996 : Bologne (Italie), Lublin (Pologne) et Montréal/Québec; 1999 : Strasbourg (France) et Québec. Cf. « Avant-propos », in Lamberigts, M., Soetens, Cl. et Grootaers, J., éd., Les Commissions conciliaires à Vatican
II, p. VII-IX; Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1997, p. 444; Id., « Recherches et publi-
cations récentes... », 1999, p. 148;
36 Si l’on en juge par les recensions de Gilles Routhier, entre autres. Pour les Actes des colloques de 1989, 1991 (en partie) et 1992, voir Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1997, p. 436-437 et 442- 447; Pour les Actes d’autres colloques, voir Id., « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 123-138; Les Actes des rencontres de Montréal/Québec, en 1996, ont été publiés dans a) Gilles Routhier, dir., L'Église cana-
dienne et Vatican II, Montréal, Fides, collection « Héritage et projet », n° 58, 1997, 481p.; b) SCHEC, Études d’histoire religieuse, n° 63, 1997, p. 25-77; c) Gilles Routhier et Brigitte Caulier, dir., Mémoires de Vatican II,
Montréal, Fides, 1998, 120 p.; Les Actes du colloque de Sao Paulo étaient sous presse en 1996. Cf. Giuseppe Alberigo, « L’impact des recherches actuelles sur notre compréhension de Vatican II », in Routhier, Gilles, dir.,
ont été faites, nous pouvons rapidement prendre une certaine mesure de l’évolution des objets d’étude. Lors du premier colloque préparatoire à une histoire de Vatican II (1989), outre les interventions dont l’objet porte sur les
vota
d’épiscopats (africain, européen, nord et latino- américain, et des Églises orientales), de la curie et d’universités romaines, ce sont surtout les sources locales — tant d’Afrique, d’Amérique latine que d’Europe — qui se retrouvent dans la mire des chercheurs37. De plus, A. Mellon!, qui s’est particulièrement intéressé à « la produc- tion d’instruments de recherche », en présente à son auditoire les premiers résultats38.À l’occasion du colloque de Houston (1991), on assiste non seulement à un changement d’aire géographique, mais aussi à un plus grand nombre d’interventions de la part des cher- cheurs latino-américains, entre autres39. Si l’on aborde de nouveau la question des
vota
et des sources locales, de nouveaux objets ont cependant attiré !’attention des chercheurs. L’horizon de la recherche s’élargit donc un peu plus. Tandis qu’Étienne Fouilloux s’intéresse à ce qui se passe à l’intérieur de l’Église durant la phase préparatoire du concile, surtout au sein des « “mouvements” théologico-spirituels40 », deux autres chercheurs présentent les résultats de leurs travaux qui ont porté sur des réactions face à l’annonce du concile, mais en provenance de groupes extérieurs à l’Église catholique. Ainsi, pendant que Ph. Chenaux scrute les réactions du Conseil Oecuménique des Églises, A. Mellon! examine celles « des milieux gouvememen- taux [...] de sept pays occidentaux41. » Lors de ce colloque, G. Alberigo aborde un objet davan- tage conceptuel, celui des « critères herméneutiques pour une histoire de Vatican II42 », dont les plus importants sont « I) le concile-événement comme canon herméneutique; II) l’intention deStrasbourg (1999) et Québec (1999). De plus, les Actes des interventions nord-américaines, lors du colloque de Houston (1991), n’ont pas encore été publiés.
37 Cf. J. Grootaers et Cl. Soetens, éd., Sources locales de Vatican II, Symposium Leuven - Louvain-La Neuve,
23-25-X-1989, Leuven, Bibliotheek van de Faculteit der Godgeleerdheid van de K.U. Leuven, 1990, p. VII-IX.
38 Cf. Mauro Velati, « Symposium Vaticanum II », p. 86-87.
39 Cf. Joseph Famerée, « Vers une Histoire du concile Vatican II », p. 625-626.
40 Étienne Fouilloux, « “Mouvements” théologico-spirituels et concile (1959-1962) », in Lamberigts, M. et Soe- tens, Cl., éd., À la veille du Concile Vatican II, Vota et réactions en Europe et dans le catholicisme oriental, Leu- ven, Bibliotheek van de Faculteit der Godgeleerdheid, 1992, p. 185-199.
41 Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1997, p. 443.
42 Giuseppe Alberigo, « Critères herméneutiques pour une histoire de Vatican II », in Lamberigts, M. et Soe- tens, Cl., éd., À la veille du Concile Vatican II..., p. 12-23.
Jean XXIII; III) la nature pastorale du concile; IV) !’“aggiomamento” comme but de Vatican II; V) la pratique du compromis et de la recherche de l’unanimité43. »
Le colloque de Lyon (1992), quant à lui, met l’accent sur l’aire francophone d’Europe et d’Afrique au temps de Vatican IL De plus, ses nombreux objets d’étude sont tout à fait neufs par rapport aux deux colloques précédents. Trois grandes catégories sont, entre autres, à l’ordre du jour des interventions : la préparation conciliaire, le travail du concile, ses acteurs. En ce qui regarde la préparation du concile, on retrouve comme objets d’étude les commissions prépara- toires de Vatican II (Burigana, Paiano, Turbanti et Velati) et le règlement du concile (G. Alberi- go)44. Par rapport au travail conciliaire, l’une des interventions porte sur le
Message au monde
par les Pères conciliaires, le 20 octobre 1962. A. Duval en reconstitue la genèse « d’après la documentation des PP. Chenu et Congar45 ». Au plan méthodologique, il utilise une avenue peu fréquentée jusqu’alors, celle des sources privées. D’autres interventions ont également porté sur « les activités conciliaires en coulisse » (J.A. Brouwers) ainsi que sur les débats de la pre- mière session autour des schémas sur la liturgie (A.G. Martimort), les sources de la Révélation (G. Ruggieri) et l’Église (J.A. Komonchak)46.Les acteurs du concile, quant à eux, sont de deux types : les acteurs
in aula
(dans Passern- blée) et les acteurs à l’extérieur de l’assemblée conciliaire. Lors de ce colloque, des interve- nants ont présenté les résultats de leurs travaux ayant pour objet des acteursin aula.
Outre des individus, tels Jean XXIII (A. Mellon!), le Cardinal Gerlier et Mgr Villot (H. Denis), on re- trouve des groupes d’évêques dans la mire des chercheurs : évêques de France (L. Perrin), de Belgique (J. Famerée) et d’Afrique (C. Prudhomme ainsi que C. Soetens)47. Il nous faut signa- 1er que Prudhomme et Soetens sortent des sentiers battus, au plan de la méthodologie, avec leurs travaux sur les évêques d’Afrique. Jusqu’à maintenant, les chercheurs avaient surtout uti43 Giuseppe Alberigo, « Critères herméneutiques pour une histoire de Vatican II », in Lamberigts, M. et Soe- tens, CL, éd., À la veille du Concile Vatican II..., p. 15.
44 Cf. « Table des matières », in Fouilloux, É., éd., Vatican IIcommence..., Approches Francophones, Leuven, Bibliotheek van de Faculteit der Godgeleerdheid, 1993, p. IX.
45 Joseph Famerée, « Vers une Histoire du concile Vatican II », p. 635.
46 Cf. « Table des matières », in Fouilloux, É., éd., Vatican IIcommence..., p. IX-X.
47 Cf. Ibid., p. IX; Outre les Évêques du Zaïre, du Rwanda et du Burundi, Soetens a aussi inclus les experts a fri- cains dans sa recherche. Cf. Joseph Famerée, « Vers une Histoire du concile Vatican II », p. 635.
lise les sources imprimées, tels les
Acta
de Vatican II, pour mener leur recherche sur les Pères du concile. Alors que Prudhomme s’intéresse aux évêques d’Afrique noire « sur la base de la presse africaine et des revues missionnaires essentiellement », Soetens, quant à lui, travaille non seulement à partir des sources officielles, mais aussi de « plusieurs sources inédites : jour- naux conciliaires, correspondance et interviews de Pères ou experts missionnaires48. » De son côté, É. Fouilloux s’est intéressé à un autre groupe d’acteursin aula,
les observateurs non-ca- tholiques49. Parmi les acteurs du concile à l’extérieur deY aula
qui ont été objets d’étude, nous retrouvons les journalistes (J. Grootaers), les catholiques bretons (D. Beloeil, M. Lagrée) et les intellectuels français (Ph. Chenaux)50. Enfin, ajoutons à ce large éventail deux autres sujets qui ont suscité l’intérêt des chercheurs en vue de colloque : tandis que R. Franck observe la situa- tion géopolitique du monde à l’ouverture du concile, A. Riccardi s’intéresse, quant à lui, à la curie romaine et l’Église à la même période51. Plusieurs grandes catégories de ce colloque continueront de nourrir la recherche et susciteront des travaux lors des colloques ultérieurs. De plus, au plan méthodologique, les chercheurs commencent à exploiter des sources autres que lesActa
du concile.Si le colloque de Lyon avait examiné certains aspects de Vatican II et ce, plus particuliè- rement au sein de la francophonie, celui de Würzburg (1993) fait un exercice similaire non seu- lement au sein de l’aire germanophone (Allemagne, Autriche et Suisse germanophone), mais aussi du côté de l’Europe de l’Est. Jusqu’ici, c’est surtout l’Occident qui avait prédominé dans les travaux présentés lors de ces rencontres. Un nouveau champ de recherche est donc en train de s’ouvrir avec des interventions sur l’Europe de l’Est. À Würzburg, on s’intéresse toujours aux acteurs du concile : des acteurs collectifs, tels la Conférence épiscopale allemande (W. Weiß) et les évêques suisses (V. Conzemius), ainsi que des acteurs individuels, tels les Döpfner (K. Wittstadt) et Frings (N. Nippen), des ténors de l’épiscopat allemand, dont le rôle à Vatican II est de premier ordre52. De plus, pour la première fois lors d’un colloque international, une
Joseph Famerée, « Vers une Histoire du concile Vatican II », p. 635.
Cf. « Table des matières », in Fouilloux, É., éd., Vatican IIcommence... p. IX. Cf. Ibid.
Cf /W
Cf Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 130-131. 48
49
50
51
étude sur un acteur québécois, le cardinal Paul-Émile Léger, sera présentée et ce, grâce à une contribution de G. Routhier53. Parmi les acteurs du concile, outre les évêques, on compte aussi les théologiens coiffés du titre de
periti
(experts). Jusqu’à maintenant, lors des colloques prépa- ratoires à une histoire de Vatican II, aucun d’eux n’a été spécifiquement objet d’étude. Cette fois-ci, l’un d’eux, et non le moindre, Karl Rahner, est dans la lunette des chercheurs. Alors que K. Neufeld s’intéresse au rôle qu’il a joué tant au cours de la préparation que du déroule- ment du concile54, R. Siebenrock utilise les notes de ceperitus
pour une « analyse de manière serrée et rigoureuse [des] critiques adressées par un groupe de théologiens et d’évêques aile- mands aux schémas expédiés aux Pères à l’été 196255. » À Würzburg, on retrouve aussi des études sur les schémas conciliaires. L’intervention de H. Pottmeyer offre un intérêt particulier et par sa problématique et par sa méthodologie. Lors du colloque de Lyon, si des chercheurs s’étaient intéressés aux schémas conciliaires, c’était davantage sous l’angle des débats initiaux dont ils avaient été l’objet56. Pottmeyer s’intéresse lui aussi à un schéma, celui sur l’Église, mais il le fait à partir d’un angle beaucoup large, celui des « questions ecclésiologiques à Vati- can II57 ». Au plan méthodologique, il circonscrit le champ de sa recherche aux seuls évêques allemands et il resserre son investigation autour de deux sources : leursvota
ainsi que « leur contribution au débat sur leDe ecclesia
à la première session58 ». Ainsi, non seulement les pro- blématiques évoluent-elles, mais aussi les approches méthodologiques. Enfin, outre deux inter- vendons se rapportant à l’Europe de l’Est — celle de G. Eldarov sur l’Église de Bulgarie à Va- tican II et celle de N.A. Kovalskij sur les relations entre le Vatican et l’Union Soviétique au temps du concile —, il nous faut aussi signaler un nouvel objet d’étude avec la contribution de M. Impagliazzo sur le monde islamique face à Vatican II59.53 Cette étude n’a pas été publiée dans le volume des Actes du colloque de Würzburg, dont la totalité des textes sont en allemand. Cf. Gilles Routhier, « Les réactions du cardinal Léger à la préparation de Vatican II », Revue
d’histoire de l’Église de France, tome LXXX, n° 205, juillet-décembre 1994, p. 281-302. 54 Cf. Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 131.
« Ai¿
56 Cf. Id., « Recherches et publications récentes... », 1997, p. 446. 57 Id., « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 131. 5' Ai¿
Cf. Ibid., p. 131-132. 59
La spécificité du colloque de Louvain-la-Neuve/Leuven (1994) est d’avoir mis l’accent sur les commissions conciliaires comme objet d’étude. Huit interventions de ce colloque se sont attachées à montrer plus précisément « le fonctionnement et l’activité des commissions conciliaires à Vatican II60 ». Trois autres contributions ont davantage eu pour objet des acteurs du concile. Pendant que J. Grootaers s’est intéressé à Paul VI, plus particulièrement à ses inter- vendons « dans le travail de l’ensemble des commissions conciliaires61 », D. Gönnet s’attachait à un
peritus
du concile, John Courtney Murray, des États-Unis. Alors qu’au colloque de Würz- bürg, Neufeld considérait le rôle duperitus
Rahner au cours de la préparation et du déroule- ment du concile, Gönnet étudie Murray à partir d’une autre problématique : celle de son apport au schéma sur la liberté religieuse62. Enfin, D. Pelletier a étudié plus spécifiquement un groupe marginal de Pères conciliaires, « l’Église des Pauvres », ainsi désigné en vertu de son option63. Jusqu’à maintenant, les études sur les Pères conciliaires avaient surtout porté soit sur des indi- vidus, soit sur des épiscopats particuliers. Avec Pelletier, l’intérêt se porte sur un nouvel objet d’étude, celui des groupes singuliers que des Pères conciliaires ont formés entre eux.Le colloque de Moscou (1995) présente, quant à lui, une nette évolution par rapport aux colloques précédents, non seulement au plan de son aire géographique et culturel, mais aussi par ses nouveaux objets d’étude et ses nouvelles problématiques. Seule !’intervention de A. Roccuci, qui se rapportent à des acteurs du concile (les observateurs russes), présente un point commun avec les colloques antérieurs64. Parmi les objets d’étude en rapport avec Vatican II, on retrouve l’entrée dans une ère nucléaire (V. Gaiduk), la littérature scientifique en union sovié- tique (V.P. Ljupin), l’Église orthodoxe russe sous l’angle de l’oecuménisme (les interventions de V. Borovoij, de M. Velati et de E. Lanne), l’idée de
sobornost
(A. Cavazza), le commu- nisme (G. Turbanti), le parti communiste italien (R. Burigana), l’antisoviétisme etVOstpolitik
60 Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 124. 61 Ibid., p. 129.
62 Cf. Ibid, p. 131 et 127.
63 Cf. Denis Pelletier, « Une marginalité engagée : le groupe “Jésus, l’Église et les Pauvres », in Lamberigts, M., Soetens, Cl. et Grootaers, J., éd., Les Commissions conciliaires à Vatican II, p. 63-89.
64 Cf. « Table of Contents », in Melloni, A., éd., Vatican II in Moscow (1959-1965), Acts of the Colloquium on
the History of Vatican II, Moscow, March 30 - April 2, 1995, Leuven, Bibliotheek van de Faculteit Godgeleerd-
du Saint-Siège (A. Riccardi), la diplomatie secrète de Moscou (J.E. Karlov)65. Enfin des inter- ventions s’attardent davantage sur le rôle de Vatican II dans Γhistoire du XXe siècle (N.A. Ko- walskij) ainsi que sur le concile dans le contexte des relations entre l’URSS et le Saint-Siège (A.A. Krassikov)66. L’intérêt et la richesse de ce colloque pour une histoire de Vatican consis- tent dans le fait qu’« il déplace !’attention en envisageant Vatican II non seulement comme un événement ecclésial appartenant à l’Église catholique elle-même, mais comme un événement mondial à portée géopolitique trop souvent méconnue67. »
Avec les rencontres de MontréaEQuébec (1996), la particularité réside, entre autres, dans le fait qu’on privilégie, cette fois-ci, une étude de Vatican II sur un plan national et ce, tout en ménageant un espace singulier à l’Église québécoise. Nous nous retrouvons davantage au plan de l’histoire locale. Lors de ces rencontres, outre un espace consacré aux
vota
des épiscopats, aux acteurs du concile (évêques, épiscopats, observateurs, journalistes) et aux interventions dans les débats sur certains schémas, de nouveaux objets d’étude ont aussi suscité de l’intérêt. C’est surtout sur eux que nous porterons notre attention. Alors que G. Routhier étudie plus spé- cifiquement la réception qu’ont connue au Québec « l’annonce et la préparation de Vatican II68 », les interventions de P. Lafontaine, P. Allaire et de S. Serré abordaient pour la première fois des consultations préconciliaires faites par des évêques dans leur diocèse69. Les consulta- fions menées auprès des prêtres et des laïcs occupent entièrement la scène de leurs travaux; on ne retrouve cependant aucune étude sur les consultations faites auprès des membres des com- munautés religieuses tant masculines que féminines. Alors que des chercheurs s’intéressent à l’Église anglicane du Canada (J. H. Gibaut) ainsi qu’à laFourth Conference on Faith and Or-
der
de Montréal en 1963 (R. Burigana) et ce, sous l’angle de l’oecuménisme, J. Grootaers, quant à lui, scrute le catholicisme québécois à la lumière de « son insertion dans le milieu65 Cf. « Table of Contents », in Mellon!, A., éd., Vatican II in Moscow..., p. XI. * Cf. /W.
67 Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 133.
68 Id., « L’annonce et la préparation de Vatican II : Réception et horizon d’attente au Québec », SCHEC, Études d’histoire religieuse, n° 63, 1997, p. 25-44.
69 Cf. Pierre Lafontaine, « L’enquête préconciliaire de l’archidiocèse de Montréal auprès du clergé : portrait d’une Église », in Routhier, Gilles, dir., L ,Église canadienne et Vatican II, p. 81-98; Patrick Allaire, « La consul- tation du clergé de Québec », in op. cit., p. 99-111; Sylvain Serré, « Les consultations préconciliaires des laïcs au Québec entre 1959 et 1962 », in op. cit., p. 113-141.
conciliaire »70. Il nous faut aussi signaler la contribution de R. Lemieux sur « la vie paroissiale et les Grandes Missions dans le diocèse de Québec » au temps du concile71.
Lors du colloque de Lyon, Prudhomme avait innové, au plan méthodologique, en utilisant comme sources la presse africaine et les revues missionnaires pour sa recherche sur les évêques d’Afrique noire. Des travaux pour les rencontres de Montréal/Québec utilisent à leur tour une méthodologie similaire. Pendant que Y. Therrien scrute les quotidiens francophones du Canada pour mesurer la couverture qu’ils ont faite du concile72, M. Pelchat passe aux peignes fins les revues de dévotions canadiennes-françaises et ce, « pour comprendre l’attitude des catholiques canadiens-français à l’égard de l’événement conciliaire73. » De son côté, G. Baillargeon analyse six revues pour « saisir la pensée des intellectuels québécois74 ». D’autres chercheurs ont ce- pendant circonscrit davantage leur recherche. Tandis que J.-C. Dupuis scrute la revue
Relations
pour en saisir l’évolution à Vatican II, J.-P. Proulx examine les éditoriaux d’un quotidien,Le
Devoir,
afin de rendre compte de ses positions sur Vatican II, entre 1960 et 197075. Enfin, men- donnons la contribution de A. Melloni sur une question singulière au plan méthodologique : « l’usage des journaux privés pour l’étude de la participation canadienne à Vatican II76. »Le colloque de Bologne en Italie (1996) ajoute son apport à l’histoire de Vatican II et ce, par de nouveaux objets d’étude, entre autres. D’une part, du côté des acteurs du concile,
l’ac-70 Cf. John H. Gibaut, « L’impact de Vatican II sur l’Église anglicane au Canada », in Routhier, Gilles, dir.,
L'Église canadienne et Vatican II, p. 359-371; Riccardo Burigana, « Scripture, Tradition and Traditions : Exam-
pies of Dialogue among Christians. Vatican II and the Fourth Conference on Faith and Order (Montreal, 12-26 July 1963), in op. cit., p. 373-396; Jan Grootaers, « Le catholicisme du Québec et son insertion dans le milieu conciliaire », in op. cit., p. 447-475.
71 Cf. Raymond Lemieux, « Autour de Vatican II : vie paroissiale et Grandes Missions dans le diocèse de Qué- bec, Le contexte intellectuel », SCHEC, Études d’histoire religieuse, n° 63, 1997, p. 59-77.
72 Cf. Yves Therrien, « La couverture de Vatican II dans les quotidiens francophones du Canada », in Routhier, Gilles, dir., L’Église canadienne et Vatican II, p. 145-163.
73 Marc Pelchat, « Les revues canadiennes-françaises de dévotion et le concile Vatican II (1959-1962) », in Routhier, Gilles, dir .,L’Église canadienne et Vatican II, p. 165.
74 Gaëtan Baillargeon, « Les intellectuels québécois et Vatican II : de l’annonce du concile à son ouverture (1959-1962) », in Routhier, Gilles, dir., L'Église canadienne et Vatican II, p. 189.
75 Cf Jean-Claude Dupuis, « La revue Relations et le Concile Vatican II », Les Cahiers d’histoire du Québec
au XXe siècle, n° 6, automne 1996, p. 33-50; Jean-Pierre Proulx, « Le quotidien Le Devoir et l’aggiomamento
conciliaire (1960-1970) », SCHEC, Études d’histoire religieuse, n° 63, 1997, p. 45-57.
76 Alberto Melloni, « L’usage des journaux privés pour l’étude de la participation canadienne à Vatican II », in Routhier, Gilles, dir., L'Église canadienne et Vatican II, p. 415-432.
cent est véritablement mis sur les groupes marginaux que forment un certain nombre de Pères conciliaires. Alors qu’au colloque de Louvain-la-Neuve/Leuven (1994), !’intervention de D. Pelletier, sur « L’Église des pauvres », avait introduit un nouvel objet d’étude, cette fois-ci les chercheurs ont travaillé sur plusieurs cas de figure. Tandis que P. Noël présente le « Groupe des 22 », — un groupe formé de « plusieurs présidents de conférences épiscopales, [du] prési- dent et [des] vice-présidents du CELAM, du Secrétaire du Secrétariat des conférences africai- nés, des représentants des Églises orientales, européennes et nord-américaines77 78 » —, C. Soe- tens expose sa recherche sur un groupe singulier, formé à la fois des évêques et des
periti
bel- ges, un groupe qui est devenu au cours du concile « la célèbresquadra belga
78 ». Jusqu’ici, les chercheurs ont surtout porté leur attention sur des groupes marginaux qui se sont retrouvés du côté de la majorité conciliaire; c’est pourquoi L. Perrin innove en prenant pour objet d’étude leCoetus Internationalis Patrum,
fer de lance de la minorité au concile79 *.D’autre part, lors de ce colloque, des travaux ont aussi porté sur un même objet d’étude : le concept d’événement appliqué à Vatican II, mais à partir de problématiques et de méthodolo- gies diverses. Pendant qu’Étienne Fouilloux scrute « la notion d’événement en histoire et à la discontinuité qu’elle implique » et ce, à partir de « la réflexion de !’historiographie française et spécialement de l’école
des Annales*0
», P. Hünerman, quant à lui, examine « Vatican II comme événement en prenant pour cadre de référence la pragmatique suivant laquelle une parole ac- quiert sa signification de base à l’intérieur d’un registre linguistique donné81. » Un autre cher- cheur applique, à son tour, le concept d’« événement » à Vatican II, mais en le mettant en rela- tion avec le concept de réception. G. Routhier présente alors « dix orientations pour l’étude de Vatican II comme événement de réception82. » Enfin, à partir d’un certain nombre de cas, G. Alberigo « repose la question de la relation entre les décisions approuvées par le Concile et la77 Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 135; Note : Ce groupe a également fait l’objet d’une autre étude : Jan Grootaers, « Une forme de concertation épiscopale au concile Vatican II, La Conférence des vingt-deux (1962-1963) », Revue d’histoire ecclésiastique, vol. 91, n° 1, 1996, p. 66-112. 78 Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 135.
?» Cf. ΛΚ p. 136. »° ÆK p. 135.
*' /W Ibid., p. 138. 82
réalité complexe de l’événement conciliaire lui-même83. » Lors de ce colloque, des chercheurs ont aussi abordé d’autres questions d’ordre conceptuel. Tandis que LA. Komonchak fait part à son auditoire de sa réflexion sur la dialectique lettre-esprit appliquée aux textes conciliaires, G. Ruggieri, quant à lui, traite l’épineuse question de la périodisation de Vatican II84. Enfin, sur un plan méthodologique, J. Famerée, par une lecture synoptique de six journaux, cherche à dé- montrer l’intérêt des journaux privés pour la reconstitution de Vatican II85.
L’ensemble des travaux, présentés à l’occasion des divers colloques préparatoires à une histoire de Vatican II, dont le ton avait été donné, en quelque sorte, au colloque de Rome (1986), n’épuisent cependant pas les nombreux objets d’étude de ce champ de recherche. Lors- que nous consultons quelques banques de données86, nous en découvrons de nombreux autres parmi les articles qui ont été publiés dans divers périodiques depuis les cinq dernières années. Considérant que le but du présent exercice n’est pas de tendre à l’exhaustivité, mais plutôt d’illustrer le plus possible l’état de la recherche, je signalerai uniquement quelques nouveaux objets d’étude qui ont attiré !’attention des chercheurs.
Les Églises orientales catholiques, quasi absentes lors des colloques dont les Actes sont publiés, ont cependant fait l’objet de quelques études sur Vatican II87. Il en est de même du côté
83 Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 138. 84 Cf. Ibid., p. 137-138.
85 Cf. Joseph Famerée, « Usage comparatif de “diaires”, Une “semaine” de travaux conciliaires (5-15.11. 1963) », in Fondazione Giovanni XXIII, Istituto per le scienze religiose, Il Vaticano II : I'evento, l’esperienza, i
documenti finali, Bologna, 12-15 dicembre 1996, Colloquio internazionale per la «Storia dei concilio Vaticano II », Documentazione di lavori, Realizzato per il sostegno dei Consiglio Regionale dell’Emilia-Romagna, p. 32-
50.
86 J’ai surtout consulté les banques suivantes : Current Contents, Francis et Repère. Les références des articles cités, ci-après, seront données à partir des informations recueillies dans l’une ou l’autre de ces banques.
87 Cf. P. Genova, « La Chiesa armena cattolica al Concilio Ecuménico Vaticano II », S ludi e ricerche sull’
Oriente cristiano, vol. 17, n° 1, 1994, p. 29-47; R. Cherubini, « La Chiesa caldea cattolica al Concilio Ecuménico
Vaticano II, I. », Studi e ricerche sull’Oriente cristiano, vol. 18, n° 1-2, 1995, p. 41-47; Id., « La Chiesa caldea cattolica al Concilio Ecuménico Vaticano II, II », Studi e ricerche sull’Oriente cristiano, vol. 18, n° 3, 1995, p. 13-46; Id., « La Chiesa caldea cattolica al Concilio Ecuménico Vaticano II, III. », Studi e ricerche sull’Oriente
cristiano, vol. 19, n° 1, 1996, p. 13-46; J. Hajjar, « Les Églises du Proche-Orient au Concile Vatican II, Aperçu
historique (1958-1978) », Istina, vol. 41, n° 3,1996, p. 253-308; Gaby Hachem, « Primauté et oecuménisme chez les melkites catholiques à Vatican II », Revue d’histoire ecclésiastique, vol. XCIII, nos 3-4, juillet-décembre 1998, p. 398-441:
africain88. Les évêques indiens, quant à eux, se retrouvent depuis peu dans la mire des cher- cheurs89. Alors que le
peritus
Yves Congar devient objet de plusieurs études90, les laïcs, en tant qu’acteurs du concile, occupent toujours un espace négligeable dans les travaux de recherche91. De plus, jusqu’ici, peu de travaux avaient effectivement porté sur la réception du concile dans un diocèse spécifique92; la récente recherche de O. Hahn, sur le diocèse de Limbourg (Allema- gne)93, manifeste un intérêt renouvelé pour ce type de problématique. Si des études sur Vatican II ont couvert jusqu’à maintenant de vastes ensembles, c’est-à-dire des questions sur un plan continental, national ou même diocésain, la thèse de doctorat de Luc Perrin se distingue, quant à elle, au plan méthodologique; ce chercheur a circonscrit sa recherche au niveau d’une ville et plus spécifiquement les paroisses de Paris94.Ce long parcours, à travers les colloques préparatoires à une histoire de Vatican II ainsi que les périodiques, nous a permis de mettre en évidence l’intérêt toujours actuel de la commu
88 Cf. J.A. Da Silva, « African Contributions to the Debate on Ad Gentes », Neue Zeitschrift für Missions-
Wissenschaft, vol. 49, n° 2, 1993, p. 123-132; Ajoutons le mémoire de A. Bwidi Kitambala, déposé en 1998 :
« Les évêques du Congo et le Concile Vatican II », Mémoire de licence, Faculté de théologie, Université catho- lique de Louvain, Louvain-la-Neuve, 1998.
89 Cf. Paul Pulikkan et Mathijs Lamberigts, « The Vota of the Indian Bishops and their Participation in the Li- turgy Debate during the Second Vatican Council », Questions liturgiques, vol. 78, n° 2, 1997, p. 61-79; Gilles Routhier signale la thèse de doctorat de Pulikkan, déposé en 1998, dont l’objet était l’épiscopat indien. Cf. Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 143.
90 Cf. Joseph Famerée, « Aux origines de Vatican II, la démarche théologique d’Yves Çongar », Ephemerides
Theologicae Lovaniënses, vol. 71, n° 1,1995, p. 121-138; Alberto Mellon!, « Yves Congar al Vaticano II : Ipotesi
e linee di recerca », Rivista di storia della chiesa in Italia, vol. 50, n° 2, 1996, p. 489-527; Gilles Routhier signale le mémoire de DEA de Éric Mahieu, déposé en 1997, à l’Institut catholique (Université de Paris-Sorbonne) et ayant pour objet « le Journal conciliaire Yves Congar ». Cf. Gilles Routhier, « Recherches et publications récen- tes... », 1999, p. 143; Noëlle Hausman, « Le Père Yves Congar au Concile Vatican II », Nouvelle revue théolo-
gique, vol. 120, n° 2, avril-juin 1998, p. 267-281.
91 Cf. Rosemary Goldie, « La participation des laïcs aux travaux du concile Vatican II », Revue des Sciences
Religieuses, vo\. 62, n° 1, janvier 1988, p. 54-73; Id., « L’avant-concile des “Christifideles laid” (1945-1959) », Revue d’histoire ecclésiastique, vol. 88, n° 1, 1993, p. 131-172.
92 En 1991, Gilles Routhier avait ouvert une voie nouvelle avec sa thèse de doctorat. Cf. Gilles Routhier, « La réception de Vatican II dans une Église locale », Thèse de doctorat, 5 tomes, Université de Paris-Sorbonne, 1991, 1557 p.; Signalons aussi la thèse de doctorat de A.M. Unzuetta sur la réception du concile dans le diocèse de B il- bao. Cf. Angel M. Unzuetta, Vaticanum Hund Ortskirche, Rezeption des Konziliaren Kirchenbildes in der Diö-
zese Bilbao, Frankfurt am Main, Peter Lang, 1993, 538 p.
93 Cf. Olaf Hahn, « La réception de Vatican II dans le diocèse de Limbourg (Allemagne), Accueil et résistan- ce », Recherches de science religieuse, vol. 87, n° 1, 1999, p. 27-55.
94 Cette thèse a fait l’objet d’une publication. Cf. Luc Perrin, Paris à l’heure de Vatican II, Préface d’Émile Poulat, Paris, Les Éditions Ouvrières/Les Éditions de l’Atelier, 1997, 320 p.
nauté scientifique pour ce domaine de recherche. Au Québec, cet intérêt se manifeste égale- ment par des travaux universitaires95.
C’est donc à l’intérieur de cette vaste mosaïque que vient s’insérer le présent mémoire de maîtrise. En ayant comme objet d’étude Albert Sanschagrin, en tant qu’évêque à Vatican II, nous nous retrouvons avec un acteur du concile. Jusqu’à présent, dans notre enquête documen- taire à travers des banques de données et des recensions sur les travaux de Vatican II, outre les Jean XXIII et Paul VI96, nous avons pu retracer des travaux sur 28 évêques, Pères du concile. De ce nombre, seuls six d’entre eux (20%) ne sont pas européens. Cela traduit à la fois et l’espace prédominant occupé par les européens dans les travaux des chercheurs et le peu de recherches faites sur des évêques d’autres continents. Dans le groupe des évêques non euro- péens, nous retrouvons deux québécois : le cardinal Paul-Émile Léger97 et MF Gérard-Marie Coderre98. Ainsi, dans l’état actuel de la recherche sur l’histoire de Vatican II, notre objet d’étu- de est non seulement singulier par le fait qu’aucun chercheur ne lui a consacré une étude, mais aussi par le fait que M81* Sanschagrin a fait partie de ces évêques qui « ont aussi joué un rôle en apparence effacé mais important99 » à Vatican II. Jusqu’à maintenant, la plupart des travaux ont été consacrés aux ténors parmi les Pères conciliaires. Notre étude sur Mgr Sanschagrin n’est
95 Gilles Routhier signale deux mémoires de maîtrise, déposés à la Faculté de théologie et de sciences religieu- ses de Γ Université Laval : celui de Yves Therrien, déposé en 1997, sous le titre « La Couverture de presse de Va- tican II dans les quotidiens francophones du Canada », et celui de Sylvain Serré, déposé en 1998, sous le titre « Les Consultations préconciliaires au Québec ». Cf. Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... »,
1999, p. 143.
96 Signalons la récente contribution de Jan Grootaers sur Jean XXIII et Paul VI, dans son livre Actes et acteurs
à Vatican II. Chapitre I : « Jean XXIII à l’origine de Vatican II », p. 4-30; Chapitre II : « L’archevêque Montini
au cours de la première période du concile », p. 32-60; Chapitre III : « Paul VI, promoteur de la déclaration sur la liberté religieuse », p. 61-95. Cf. Jan Grootaers, Actes et acteurs à Vatican II, Leuven, University Press, collection
« Bibliotheca Ephemeridum Theologicarum Lovaniensum », n° CXXXIX, 1998, 610 p.
97 Cf. André Naud et Jean-Paul Desbiens, « Le cardinal Léger au Concile », L’Analyste, n° 36, hiver 1991- 1992, p. 38-46; Gilles Routhier, « Les réactions du Cardinal Léger à la préparation de Vatican II », p. 281-302;
Id., « L’itinéraire d’un Père conciliaire, Le cardinal Léger », Cristianesimo nella storia, vol. 19, n° 1, febbraio
1998, p. 89-147; André Naud, « Le cardinal Léger au concile et la conduite de !’intelligence chrétienne », in Rou- thier, Gilles, dir., L’Église canadienne et Vatican II, p. 237-263.
98 Cf. Denise Robillard, « MF Gérard-Marie Coderre : consultation et concertation », in Routhier, Gilles, dir.,
L’Église canadienne et Vatican II, p. 265-276.
99 Réjean Plamondon, « Le service d’information de la CGC à Vatican II », in Routhier, Gilles, dir., L'Église
canadienne et Vatican II, p. 220 : « D’autres évêques ont aussi joué un rôle en apparence effacé mais important.
Je pense à un homme comme M8r Albert Sanschagrin, o.m.i., qui était alors évêque d’Amos. Si on a eu , avant la fin du concile, le rétablissement du diaconat permanent, il y est pour quelque chose » [sic].
cependant pas sans intérêt par rapport à ces derniers. D’ailleurs, Gilles Routhier « se [demande] si l’histoire ne leur accorde pas un poids démesuré par rapport à leur influence réelle100. » Selon lui, le concile n’est pas seulement l’oeuvre des ténors : « Des Pères sans panache, additionnant leurs voix les unes aux autres ont réussi à déjouer les plans forgés avec patience par les mem- bres des organes directeurs101. » La présente étude offre également un intérêt singulier —sur- tout au Québec — par le fait que MF Sanschagrin, au temps du concile, est évêque d’un dio- cèse non seulement situé à la périphérie, par rapport à des diocèses comme Québec et Mon- tréal, mais aussi où la population compte à peine 84 313 catholiques en 1962102, soit 13% celle du diocèse de Québec et 6% celle du diocèse de Montréal103. De plus, 64% de la population catholique du diocèse d’Amos se retrouve dans des paroisses en milieu rural.
Avant d’aborder la problématique et la méthodologie utilisées dans le présent mémoire, nous aimerions faire état d’un certain nombre de problématiques et de méthodologies mises en oeuvre par des chercheurs pour leurs travaux sur des Pères du concile. Ainsi lorsque G. Cottier s’intéresse à « l’attitude et [aux] orientations de pensée de J.-B. Montini par rapport au conci- le », il le fait par une analyse thématique d’un corpus de textes plutôt hétérogènes : « paroles de l’archevêque à ses diocésains, réponses au questionnaire préparatoire, prédications, conféren- ces, lettre pastorale, lettres aux prêtres, et les “chroniques mineures” hebdomadaires envoyées depuis Rome à l’Église de Milan durant la première session104. »
De leur côté, deux études de G. Routhier sur le cardinal Léger105 sont fort intéressantes par le fait qu’elles mettent en oeuvre, par rapport à un même objet, deux problématiques et
100 Gilles Routhier, « Recherches et publications récentes... », 1999, p. 123.
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102 Cf. Annuario Pontificio per l’Anno 1963, Città dei Vaticano, Tipografía Poliglotta Vaticana, 1963, p. 29. 103 En 1962, le diocèse de Montréal avait une population catholique de 1 338 643 habitants et celui de Québec, 679 300. Cf. Ibid., p. 281 et 354.
104 Georges Cottier, o.p., « Présentation », in Montini, Giovanni Battista, Arcivescovo di Milano, Discorsi e
Scritti sul Concilio (1959-1963), A cura di Antonio Rimoldi, Presentazione di Georges Cottier, Brescia/Roma,
Istituto Paolo VI/Edizioni Studium Vita Nova, collection « Quademi dell’istituto », n° 3, 1983, p. 5; Considérant que le corpus analysé par Cottier présente quelque similarité avec celui que nous utiliserons, nous aimerions aussi signaler un autre ouvrage sur les discours et les écrits du cardinal Jean-Baptiste Montini : Giovanni Battista Mon- tini, Arcivescovo di Milano, Discorsi e Scritti Milanesi (1954-1963), Prefazione di Carlo Maria Marti
zione di Giuseppe Colombo, 3 tomes, Brescia, Istituto Paolo VI, 1997,' 5942 p. 105 Une troisième étude de Gilles Routhier sur le cardinal Léger est à paraître.
deux méthodologies différentes. Dans la première, par l’analyse critique d’« un corpus inédit de lettres », ainsi qu’une analyse quantitative et thématique de celui-ci, ce chercheur met en évi- dence « les réactions du cardinal Léger à la préparation de Vatican II106. » Par contre, dans sa seconde étude, en partant du présupposé que 1’« évolution des positions de l’Église renvoie à des évolutions personnelles significatives107 », il entre en débat avec D. Robillard au sujet de « l’évolution de la pensée et de l’action de Léger108 » au concile et ce, par une analyse « de ses prises de position successives sur le
De Revelatione109.
»Avec l’étude de M. Lamberigts sur Mer De Smedt110, l’approche est tout à fait différente. Sur la base de sources publiées et de sources privées, c’est un portrait de cet évêque qu’il es- quisse. En demeurant toujours dans la catégorie des portraits, D. Robillard en trace un de Gérard-Marie Coderre, mais par le biais d’une analyse de son journal conciliaire111. Selon une autre approche, Philippe Denis, quant à lui, s’est intéressé à l’archevêque de Durban (Afrique du Sud), M61' Denis Eugène Hurley, o.m.i. À l’aide de sources diversifiées — sources impri- mées, documents des archives diocésaines et interviews —, ce chercheur a voulu présenter les grandes lignes de l’appport de cet évêque au concile et ce, tant dans sa préparation que dans son déroulement112. Avec l’étude conjointe de Lamberigts et Greiler sur les cardinaux Liénart et Frings113, nous avons non seulement une autre problématique, mais aussi une autre approche méthodologique. Ces deux chercheurs se sont surtout intéressés à leurs interventions
in aula
du 13 octobre 1962, lesquelles ont provoqué l’ajournement des élections des membres des corn- missions conciliaires. Ces interventions ne seraient pas des expressions spontanées en soi; elles auraient un enracinement historique. Par une lecture synoptique de sources disparates — des106 Gilles Routhier, « Les réactions du cardinal Léger à la préparation de Vatican II », p. 281-302. 107 Id, « L’itinéraire d’un Père conciliaire, Le cardinal Léger », p. 89.
ÆKp. 143. "" P-90.
110 Cf. Mathijs Lamberigts, « Msgr De Smedt and the Second Vatican Council : Some Observations », in Fonda- zione Giovanni XXIII, Istituto per le scienze religiose, Il Vaticano II..., p. 323-341.
111 Cf. Denise Robillard, « Mgr Gérard-Marie Coderre : consultation et concertation », p. 265-276.
112 Cf. Philippe Denis, « Archbishop Hurley’s Contribution to the Second Vatican Council », in Fondazione Giovanni XXIII, Istituto per le scienze religiose, Il Vaticano II..., p. 298-315.
113 Cf. M. Lamberigts et A. Greiler, « “Concilium Episcoporum Est”, The Interventions of Liénart and Frings Revisited, October 13th, 1962 », Ephemerides Theologicae Lovanienses, tome LXXIII, n° 1, april 1997, p. 54-71; Note : On pourrait aussi considérer que l’objet de cette étude est l’événement in aula du 13 octobre 1962.