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Du point à la ligne : la transition linéaire des villes

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Du point à la ligne : la transition linéaire des villes

Alexandre Renimel

To cite this version:

Alexandre Renimel. Du point à la ligne : la transition linéaire des villes. Architecture, aménagement de l’espace. 2015. �dumas-01316413�

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DU POINT À LA LIGNE

LA TRANSITION LINÉAIRE DES VILLES

MEMOIRE DE MASTER | Alexandre RENIMEL Directeurs D’Etude | Jean Robein et François Defrain

Annee 2013 - 2014

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‘Les utopies ne sont souvent que des vérités prématurées’ Lamartine

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DU POINT À LA LIGNE

La transition linéaire des villes

Préambule

Introduction

Chap. 1. Magnitogorsk – La ville et sa révolution Des conditions favorables

La montée du désurbanisme

La grille linéaire d’Ivan Leonidov Chap. 2. Tokyo – À la conquête de la baie

Le métabolisme

Effervescence maritime L’axe vertébré de Kenzo Tange Chap. 3. Brasilia – Les lignes de l’émancipation

La maturation d’une ambition

Le plan pilote L’utopie et sa réalité Chap.4 Vers un modèle générique ?

Bibliographie

Sommaire

la ville support de la révolution

6 - 9 10 - 15 20 - 23 24 - 33 34 - 43 46 - 51 52 - 61 62 - 73 76 - 81 82 - 95 96 - 103 104 - 109 112 - 113 7

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Préambule

Ce préambule fait office de préliminaire à l’introduction qui développera plus largement le sens de ce mémoire. Son intérêt est plus de disposer le cadre de travail et tenter d’expliquer brièvement en quoi il m’apporte dans la quête perpétuelle qui est la mienne, à savoir, élu-cider ce qu’est l’Architecture au sens le plus absolu du terme. Absolu, ce mot est en quelques sorte un leitmotiv dans ma façon de travailler. La définition qu’en donne Wiktionnaire est la suivante :

Absolu | adjectif, du latin absolutus, participe passé de absolvere «(détacher de», «séparer de», «achever»).

1- complet, sans restriction. 2- (mathématiques, physique) Qui n’est pas relatif, qui fait sens par lui même et non par rapport à quelques chose. 3- (chimie) Pur, sans alcool. 4- (cosmologie) Qui est indépendant de tout repère conventionnel. 5- (philo-sophie) Se dit de qui a en soi sa raison d’être et qui n’a pas besoin ni pour être conçu ni pour exister d’aucune autre chose.

Absolu est donc un mot qui s’applique à plusieurs domaines, et notamment celui de la science. Cette dimension cartésienne existe naturellement en architecture du fait de sa matérialité et des lois de la physique auxquelles elle est soumise, mais ces aspects m’intéressent moins que le caractère d’artefact qu’elles représentent. Les sciences comme l’architecture sont des inventions strictement humaine, ma-nifestation de son l’intelligence. Elles témoignent d’une faculté à l’abstraction mise au service d’une cause. La cause primaire de l’tecture est sa fonction et le concept qu’elle traduit. Un concept archi-tectural est absolu lorsqu’il renvoi à un objet ou une idée constitué uniquement d’entités indispensables à la formation du tout. Le carac-tère absolu d’une production est pluriel, structurel, matériel, concep-tuel … mais tout ce qui la compose est indivisible. La géométrie, pas-serelle entre les sciences et l’architecture est un moyen privilégié d’y parvenir.

Pourquoi vouloir rendre une architecture absolue ? Irrémédia-blement la société évolue, se complexifie, s’intensifie et la machine architecturale doit nécessairement servir ce monde en perpétuelle mutation. En tant qu’étudiant en architecture on se rend compte de la difficulté à surpasser cette tentation de trop vouloir s’imprégner des tendances, de dépasser la séduction qu’opère sur nous une produc-tion si massivement médiatisée qu’elle nous laisse croire qu’elle est la seule voie à suivre, par l’effet rassurant que procure cette sensation d’appartenir à la masse. Il convient de savoir prendre du recul cette distance si difficile à atteindre, et pourtant, la seule voie qui puisse nous conduire à de l’Architecture au sens noble. Avoir conscience des forces qui s’exercent sur nous tout au long du processus de création est déjà un premier pas dans l’exercice difficile qui consiste à s’en défaire ; du moins les dominer, c’est-à-dire être en mesure de choisir celles qui nourrissent véritablement une intention et repousser celles qui sont nuisibles.

S’extraire de ses acquis permet de tout remettre systémati-quement en question, restreindre l’emprise laissée à l’improvisation, mieux maîtriser ce que l’on produit, . À ce sujet, Valerio Olgiati est un architecte dont je trouve la philosophie et le travail fascinant. Sa production tend à ne vouloir se raccorder à aucunes origines. Il ressent

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la nécessité de se défaire des traditions et de se démarquer de ces der-nières pour produire une architecture sans référentielle et donc hors du temps.

L’absolu serait donc la faculté de l’architecture à trouver son indépendance dans l’environnement qui la rend relative. Le concept, la manière d’y arriver. Ceci m’amène à poursuivre sur une troisième dimension architecturale connexe aux deux premières, son intellec-tualisation. Lui donner un sens qui dépasse largement sa simple fonc-tion jusqu’à rendre cette foncfonc-tion secondaire. Un sens évocateur qui transcende leur réalité physique et qui pourrait appartenir au domaine de la mystique. Ce que je nomme «l’intellectualisation» de l’archi-tecture relève de sa capacité à véhiculer une forme de morale, comme si elle était dotée d’une conscience. Elle ne serait plus seulement le cadre de la société mais un acteur à part entière de cette société, entre-tenant un certain rapport de force avec la civilisation qui l’habite. Ce que je tente d’expliquer avec peine s’illustre magistralement à Ang-kor au Cambodge. Le temple y est sacralisé par une mise en scène qui soustrait l’architecture à sa fonction servante pour incarner le rôle d’une force supérieur auquel le peuple est asservi.

Au delà des lieux de cultes, cette dimension peut s’illustrer dans le concept lui même. Considérons l’iceberg comme métaphore d’une production architecturale. Notre travail ne devrai pas porter sur la partie émergée mais sur la partie immergée de celui-ci. La médio-crité de l’Architecture aujourd’hui résulte de cette fascination pour ce que l’on montre, oubliant que l’architecture existe avant tout par, et pour son contenue. Pour revenir à l’iceberg sans partie immergée il n’y a pas de partie émergé et donc pas d’iceberg. Ce qui m’importe est plus la vérité (absolu au possible) de l’acte Architectural que l’acte lui même. La vérité c’est toute l’épaisseur de l’objet non ce qui se voit mais ce qui se ressent, l’imaginaire dont l’édifice n’est que le conden-sateur.

L’iceberg, est un objet qui ne se dévoile que partiellement. Il à ceci de fascinant qu’il est un tout, à la fois indivisible et néanmoins visuellement divisé. En d’autres termes, on n’en distingue qu’une in-fime partie (10% de son volume global pour être exacte!), mais on ne peut le comprendre que si l’on a pleinement conscience de l’ensemble. Cette dimension intellectuelle et imaginaire que suggère l’observation de ce morceau de glace s’érigeant au dessus des flots, existe également en Architecture, c’est même ce qui lui procure toute sa consistance. Si l’iceberg ne saurait exister indépendamment de sa partie immergé, il devrait en être de même pour l’Architecture et son concept. La pro-duction actuelle qui en résulte se fascine davantage pour la forme elle même et son image que par ce que celle-ci suggère.

Si le temps corrige cette défaillance en conférant à l’Architec-ture une épaisseur historique, elle n’y survit en revanche pas toujours. Le temps c’est ce que possède l’Architecture et que l’Homme n’a pas. Elle est capable de le traverser sans s’altérer ou peu, s’attribuant le rôle de messager de la mémoire. Le temps, l’histoire se raccroche à un cadre bien souvent construit dans la définition qu’on en donne car ce

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10 cadre architecturé en est le marqueur. C’est précisément cette dimen-sion qui transcende la vie organique qui fascine le genre humain, lui que la vie limite. L’architecture, immortelle incarne nos racines les plus profondes et inconscientes. De faite, elle instaure un rapport de supériorité avec la société qui l’habite.

Tout cela est bien indigeste ... mais passée cette analyse phi-losophique qui englobe ma perception de l’architecture, j’en arrive à aborder la conception d’un idéal, mon idéal. L’Utopie est cela, un do-maine fascinant justement par sa capacité à se détacher des évidences, avancer des idées qui tranchent avec la réalité, allant parfois jusqu’à l’inentendable. Sa capacité à s’extraire du réel et fabriquer un Univers totalement nouveau. L’utopie est la porte d’entrée de ce travail, du moins c’est celle que j’ai empruntée. C’est avec l’envie d’un explora-teur que j’ai commencé à défricher cette thématique à la recherche d’un sujet un peu plus consistant. Mais qu’est-elle au juste? L’essentiel s’accorde à dire qu’elle relève d’un idéalisme exacerbé, la quête d’une existence rêvée. Certains prétendent qu’il est possible de l’atteindre, un rêve auquel a cru Staline. D’autres, moins optimistes ou plus réa-listes, pensent que l’idéal n’est qu’une chimère et qu’il est emprisonné dans l’univers de la fiction. L’utopie est tantôt une barrière tantôt un levier mais quoiqu’elle permettent elle pose une certaine question de la limite, et n’est-ce pas sa qualité première que de chercher à les re-pousser. Pour cela, le monde tel qu’on le vit et l’utopie ne seraient être rangés dans des catégories hermétiques. L’existence, la civilisation et la recherche de la plénitude sont des causes communes. L’urbanisme et l’architecture l’abordent de manière pragmatique alors que l’utopie fait fi de tous les freins que suppose cette première.

Puisque cette mouvance architecturale est la passerelle indiscu-table entre le présent monde et ce qu’il cherche à devenir, pourquoi ne pas faire un bilan des utopies d’autrefois ? Que reste t’il aujourd’hui des projets visionnaires du siècle passé? Comment vieillissent t’ils? Comment s’inscrivent (ou s’inscrirait ?) dans le présent, des projets qui représentaient l’avenir? Quelles leçons en tirer ? Les concepts visionnaires d’hier trouvent-ils encore un écho dans les pratiques d’aujourd’hui ?

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fig A: Temple Angkor Vat, XIIème

siècle, Cambodge. Manifestation su-prême d’une architecture absolu. © Vlada Krassilnikova

fig B: Vue aerienne sur la mise en scène du du complexe d’Angkor Vat. La douve et le mur d’enceinte long de 3.6kms forment forme l’homotéthie parfaite du temple lui même, telle une mise en abime.

fig C: Yellow house, Olgiati archi-tecte, 1999, Flims. La troublante séré-nité de la façade cache une structure insoupçonnée. © El Croquis

fig D: maquette Yellow house, la structure principal n’est pas périphé-rique comme on pourrait le penser elle repose sur un mat central qui délimite chaque étage en quatre espaces.

fig A fig B fig C fig D

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12 INTRODUCTION

fig 1

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fig 1 : Gravure d’Ambrosius Holbein, 1516

fig 2 : Tenochitlan

La notion d’utopie est aussi vaste que ses limites sont floues. Pour beaucoup, elle est intrinsèque au monde de l’imaginaire, de la rêverie, d’un idéal inatteignable. C’est sous cette définition que le terme fut inventé il y a tout juste 500 ans par Thomas More. Dans Utopia (1516) (figure 1), il imagine une civilisation îlienne non située et volontairement coupée du monde pour s’en protéger. Cette civi-lisation est gouvernée par les mathématiques alors marque de supré-matie intellectuelle. La vie de la cité y est organisée au sein d’un cadre construit qui témoigne d’une planification globale. La propriété pri-vée n’existe pas, l’intérêt personnel non plus.

Par amalgame, on associe volontiers l’utopie au fantasme qui plane autour d’une civilisation disparue. Sur ce point, Utopia laisse entrevoir plusieurs similitudes avec la cité Aztèques de Tenochtitlan (figure 2). Cette société avant gardiste sur le plan civilisationnel ma-gistralement mis en oeuvre dans sa structure urbaine n’était pas pour autant égalitaire. Esclaves, mendiants, prêtres, aristocrates, soldats... l’habitaient. Une population hétéroclite donc mais un peuple entiè-rement asservi à la religion, une soumission qui fait corps autour d’un intérêt commun. La religion forme en quelques sorte la Constitution des civilisations anciennes à ceci près qu’elle exerce un endoctrine-ment. La cité idéale ne serait donc pas celle de la liberté absolue mais fondé sur une fausse sensation de liberté en réalité dirigée.

Cette apparente déviance est pourtant bien nécessaire à la formation d’une société de plénitude. La thème de l’utopie s’est avec les siècles soumis à la réalité, en qualifiant des projets construits. L’utopie dans ce sens tient plus valeur d’invention qui pourrait drainer dans son évolution une «civilisation» plus égalitaire, mais ces projets ne for-mulent souvent que des hypothèses. Aborder ces deux formes semble indispensable car si l’imaginaire d’un idéal motive sa réalisation, cette dernière sert aussi à la rendre crédible par la mise à l’épreuve d’un concept. Citons par exemple le familistère de Guise (figure 3) ima-giné par l’industriel André Godin. Cette micro-cité envisageait de proposer aux ouvriers un cadre de vie qui favorise la productivité au travail par l’épanouissement personnel au sein d’une structure collec-tive idéale. L’humanisme de André Godin n’est donc pas totalement dénué d’un intérêt personnel puisque le soucis du bien être de ses ou-vriers n’est pas l’objectif n°1 mais la condition qui selon lui permettrai d’y arriver.

Ce qui distingue l’imaginaire utopique de la réalité construite est effectivement lié au facteur humain dont on ne peut pas anticiper les actes. Ce facteur dans la ville d’Amaurote capitale d’Utopia chez More n’existe pas car la cité utopique est peuplée par une commu-nauté où la dérive n’est pas envisageable. L’intérêt n’est jamais plus individuelle que collectif et de cette manière More établit un modèle qui se préserve de tout dérapage.

La société utopique serait donc basé sur un parfait équilibre. Dès lors que cette équilibre est mise à mal, son bien fondé est remis en cause. C’est ce que suggère Globalia (figure 4), le roman d’anti-cipation de Jean Christophe Ruffin qui y dépeint le portrait d’un État mondiale autarcique, recréant une forme d’écosystème dans la

Introduction

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14 INTRODUCTION

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fig 3 : Familistère de Guise, Jean Bap-tiste André Godin 1858-1883 fig 4 : Globalia, Jean Cristophe Ruffin , Folio 2004

biosphère terrestre afin de se protéger du monde réel tel que nous le connaissons, abandonné à lui même, et devenu zone de non-droit. Baïkal citoyen de Globalia, est ce facteur humain dont nous parlions plus haut. Un individu qui remet en cause le cadre sociétal qu’on lui impose. Par ses tentatives de fuites, il représente une menace pour cette société fondé sur la cohésion. Ironie du sort, Globalia est aussi un projet théorique de l’agence K-architecture (figure 5,6) qui défend une urbanisation compactée en réponse aux problèmes que pose l’éta-lement urbain. Ils proposent de»dérouler» la ville «le long des voies de communications historiques comme les routes nationales». Nous arrivons au coeur du sujet, celui de l’utopie urbaine linéaire. L’urbanisme m’intéresse plus par son caractère «d’ensem-blier du cadre de vie» que l’architecture qui est une expérience ponc-tuelle et temporaire. Pour ce travail je me suis arrêté sur une mouvance qui à fait naître beaucoup de fantasmes chez les urbanistes, celle des villes linéaires. Partant du constat que la mégapole moderne souffre de plus en plus de la ségrégation autant que de la congestion, ce mémoire fait le postulat que le geste linéaire est une forme d’urbanisation ca-pable de répondre aux enjeux de la ville de demain. La ville linéaire se caractérise par une urbanisation venant s’appuyer sur un axe. Elle s’oppose par nature à la ville baroque, qui rayonne autour d’un centre irrigué en réseau. Afin de comprendre ce qui créer le besoin d’un telle modèle et la manière dont il se concrétise, ce mémoire s’appuie sur trois histoires singulières conduisant à l’élaboration d’une réponse urbaine linéaire. La finalité étant l’élaboration d’un schéma générique d’urbanisation linéaire sur postulat appuyé qu’il est la réponse à l’ur-banisation de demain.

Concentrer l’urbanisation autour des flux engendre une

rationalisation des déplacements, les rendants beaucoup plus effi-caces. Mon postulat réside dans le fait qu’une route, une voie ferré et jusqu’au lignes à haute tension, gazoducs ou réseaux d’adduction d’eau, constitue la première marche d’un acte d’urbanisation. Les infrastructures sont des conditions sinequanone de l’existence de la ville et pour autant la manière dont ils occupent le territoires tendent plus à l’est en éloigner qu’a les faire converger. Ces infrastructures tra-versent des paysages de campagnes, les dénaturants obligatoirement et sans les mettre à profits. À cette époque où écologie résonne dans toutes les bouchent, où le citadins est en quête perpétuelle d’un parc pour s’oxygéner ou effectuer son jogging hebdomadaire, où la vue sur la mer est plus recherché que celle d’une tour, où le phénomène de banlieue est autant une ségrégation spatiale que sociale, n’est ce pas une hérésie que de persister à fabriquer de la ville comme on le fait ?

Le choix des objets d’étude venant appuyer cette

argumen-taire s’est fait de par leurs singularités, leurs pertinences au regard du contexte et de telle sorte qu’ils constituent un corpus hétérogène du domaine d’étude. En justifiant d’une géographique, d’une époque et d’avant-gardes variés ; je tenterais de montrer que la ville linéaire est universelle, naturelle et indépendante de toute doctrine architectural. Dans ce sens le corpus se limite à l’époque moderne ( 20ème siècle) qui constitue déjà un vaste réservoir d’étude tant hétérogène sur le

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16 INTRODUCTION

fig 6 fig 5

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fig 5,6 : Projet Globalia, recherche permanente menée par l’Agence K architectures

fond que sur ses déclinaisons. Les exemples pourront être réalisés ou restés au stade de concept.

Ayant fait un an d’échange universitaire au Brésil il me semble inévitable de passer à côté de Brasilia. Ville nouvelle de fond comme de forme, construite en un temps records suivant les plan de l’urba-niste Lucio Costa. Suivant les préceptes de la charte d’Athènes, elle est l’incarnation manifeste de la construction de l’utopie moder-niste. En forme de croix, Brasilia semble opposée à toute conception linéaire mais les principes qu’elle met en places tendent à démontrer le contraire, nous verrons comment. En tant que projet réalisé, la manière dont Brasilia s’est développée sera plus précisément analysée, permettant d’établir un parallèle entre les intentions et la réalité. Le second projet à être décrypté est le plan pour la baie de Tokyo proposé par Kenzo Tange. S’inscrivant dans la mouvance métaboliste, la première avant-garde architectural non occidentale ce projet est l’expression d’une convergence rarement atteinte entre l’infrastructure et la ville. Le mouvement métaboliste émerge progres-sivement en 1960, surfant sur une croissance économique fulgurante et la volonté de la nouvelle génération de réformer l’architecture en la rendant évolutive, capable de s’adapter aux risques naturels auxquelles le Japon est particulièrement vulnérable autant qu’intégrer le déve-loppement de la ville comme axiome de sa structure urbaine.

Enfin j’aborderai le cas du désurbanisme dans l’URSS des

années vingt. Ayant pour seule limite le vaste territoire dont elle dis-pose elle constitue probablement l’utopie la plus ambitieuse jamais envisagée. Le but étant d’éclater les métacentres historiques (Moscou, Saint-Pétersbourg …) en peuplant le pays de villes nouvelles sur fond de plans quinquennaux. Désengorger les mégapoles, urbaniser la cam-pagne et moderniser le pays par l’industrialisation en adoptant un sys-tème d’urbanisme linéaire envisagé comme la forme la plus adéquate à la suppression des clivages sociaux qui s’exerçait sous l’empire Tsariste. Je développerai précisément le cas de Magnitogorsk, une ville-usine construite de toute pièce au pied de la montagne magnétique, une zone parmi les plus riche en minerais de fer du pays. Ce cas sera l’occa-sion d’aborder les difficultés d’une telle entreprise, à la fois tributaire et fabricatrice de sa propre économie.

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MAP MONDE 1. Magnitogorsk 1930 2. Tokyo 1960 3. Brasilia 1960 3 1 2

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La Charge de la cavalerie rouge | Kazimir Malévich - 1930

chap 1. MAGNITOGORSK

La ville et sa révolution

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22 MAGNITOGORSK - LA VILLE ET SA RÉVOLUTION

fig 1

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fig 1 : Composition architecturale de Iakov Chernikhov entre 1924-1931 1: Le Narkomfin est un bâtiment communautaire constitué d’appar-tements dédiés au personnel du Ministère des Finances Soviétiques. Réalisé par Moisei Ginzbourg et achevé en 1932. Il est représente l’une des oeuvres majeurs de l’architecture constructiviste dont même Le Corbu-sier dit s’en être inspiré.

2: Le plan GOELRO est le premier plan de redressement en URSS dès 1921 signifiant «Commission d’État pour l’Électrification de la Russie». Il préfigure les premiers plan quin-quennaux.

La révolution d’octobre semble avoir propulsé l’architecte sur un fauteuil d’orchestre. La création de «l’Homme nouveau» que prône Marx, l’utopie la plus immuable drainée par cette révolution, ne sera rendue possible que par la création du cadre de vie qui lui est complémentaire. L’Homme interagit avec son environnement. Il en résulte que la métamorphose de cet environnement est la façon la plus appropriée pour lui servir de guide. Ce que Moisei Ginzbourg qualifia de «condensateurs sociaux» fut la préoccupation principale de toute une génération d’architectes et d’urbanistes. Un précepte qu’il mettra magistralement en oeuvre pour le projet du Narkomfin1. La

compé-tence de ces acteurs est toutefois à relativiser. Sous le régime Tsariste, le travail qui incombe à l’architecte se réduit à un simple exercice d’ornementation. Quant à l’urbanisme, c’est une notion qu’ils sont eux même invités à définir.

Alors que la dynamique en faveur d’une société nouvelle n’en est qu’à ses balbutiements, la difficulté à laquelle doivent faire face les architectes, est de s’extraire du bourbier qui sépare la vieille Russie, de celle qu’ils tentent de créer. Rompre avec un mode de vie certes arriéré mais néanmoins établit, pour plonger dans le progrès où tout est à inventer. Personne n’est formé pour accomplir la tâche qui s’impose car tout est nouveau. Pour autant le pays ne veux pas avoir recours aux experts occidentaux qui ne sont pas en mesure de comprendre fondamentalement leurs attentes. La première décennie suivant la révolution, est le théâtre d’un bouillonnement culturel plus que de transformations significatives. Les architectes peinent à dessiner le cadre de leur idéal par manque de repères et l’absence de structures sur lesquelles s’appuyer, tant politique que culturelle. Ils s’appuient donc sur le noyau de la révolution, les textes idéologiques. La doc-trine prend corps sous le mouvement constructiviste qui s’imprègne de la machine, symbole de la révolution industrielle qui s’opère à cette période en occident et notamment outre-atlantique. L’influence des machines se limite pour l’instant aux formes. Cependant, un archi-tecte va plus loin. Ginzbourg voit la machine non pas comme un sym-bole mais pour ce qu’elle est vraiment, un mécanisme. Chaque entité y remplit une fonction indispensable au bon fonctionnement du sys-tème globale. Il introduit la dimension «d’efficacité» dans la concep-tion là où les recherches basculaient dans un formalisme d’autant plus absurde qu’en l’absence d’industrie, tout est cher à produire et donc ne peut résoudre une problématique de masse.

Une stratégie de développement commence à émerger. On

comprends que le projet se décompose en étapes qu’il convient d’y mettre de l’ordre. Le soviet doit jouir d’un cadre de vie idéal pour qu’il puisse pleinement s’accomplir. La ville et le logement consti-tuant ce futur cadre de vie, nécessite la construction d’usines capables de fournir en masse les matériaux de cette reconstruction et d’abaisser les coûts de productions, notamment par le biais de la préfabrication. Ces usines pour fonctionner, ont besoin d’énergie et leur existence est elle même conditionnée par l’électrification du pays que rendra possible la construction de barrages. Ce programme d’électrification est institué par le plan GOELRO qui prévoit la construction d’une trentaine de barrages en quinze ans. Le fait est que tout manque mais

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24 Le 29 mai 1930, la décision du comité central du Parti Communiste

bolchevik fait date. Elle marque le tournant entre le bouillonne-ment expéribouillonne-mental des années vingts vers un réalisme beaucoup plus consensuel, pour ne pas dire classique. Cette decision eut un poids évident sur l’orintation de l’architecture et de l’urbanisme en URSS . Elle explique entre autre pourquoi très peut de projets avant-gardistes ne purent être construits.

‘[...]Le succès du développement de l’édification du socialisme, l’in-dustrialisation du pays atteinte à l’étape actuelle, créent les prémices nécessaires à la transformation planifiée du mode de vie sur des bases socialistes.[...]Le comité central note que parallèlement au mouvement pour un mode de vie socialiste, des tentatives extrémistes, non fondées et semi-fantastiques, et par là même extrêmement nuisibles, sont faites par certains camarades dans le but de franchir ‘d’un seul bond’ les obstacles rencontrés sur le chemin de la transformations socialiste du mode de vie ; obstacles qui ont leurs racines, d’une part dans l’arriération économique et culturelle du pays, et d’autre part, dans la nécessité, à l’étape actuelle, de consacrer l’essentiel des ressources à l’industrialisation accélérée du pays qui seule créera les conditions nécessaires à une transformation radi-cale du mode de vie.[...]La mise en oeuvre de ces conceptions nuisibles et utopiques, qui ne tient compte ni des ressources matérielles du pays, ni du degré de préparation de la population, amènerait à d’extraordinaires dépenses et au profond discrédit de l’idée même d’une transformation socialiste du mode de vie.[...]’

MAGNITOGORSK - LA VILLE ET SA RÉVOLUTION 25

2 : Sotsgorod , littérallement «ville

socialiste» est un manifeste, le seul, en faveur du désurbanisme publié en 1930 par Nikolai MIlioutine alors commissaire du peuple chargé des Finances soviétique. Milioutine est économiste de formation mais porte un intérêt notoire au problème de l’urbanisme en URSS.

que rien ne peut se faire d’un seul tenant. D’autre part, il est diffi-cilement compréhensible pour une Nation ruinée d’admettre qu’il puisse y avoir des solutions temporaires. C’est en ignorant la dyna-mique éconodyna-mique qu’a introduit l’industrie, que les architectes se sont perdus dans leur idéaux. Ce débat tient lieu à un moment où le pays subit une véritable crise du logement, de l’afflux des paysans vers les nouveaux centres industriels qui fleurissent à travers le pays. L’usine étant la fonction principale des villes nouvelles et la condition de leur existence, elles ne disposent pas encore de structure d’accueil et les travailleurs s’improvisent des campements de fortune.

Le projet pour une ville nouvelle émerge toujours d’une vo-lonté politique. La plupart du temps, elle tend même à héberger cette fonction politique. Brasilia en est l’exemple le plus absolu en cela que la ville fut imaginée hermétiquement à tout diktat économique. Le cas de Magnitogorsk n’échappe pas à cette règle, mais la fonction qu’elle supporte est quant à elle industrielle. Le 14 mars 1930 à New York, est signé le contrat venant sceller son établissement. La firme de Cleveland, Arthur Mckee Company, se voit confier la conception de la future usine d’acier du combinat métallurgique MMK. Le site fut choisi d’abord pour son importante concentration en minerai de magnétite (servant à la production de fer) et sa facilité d’extraction. La montagne Magnétique comme elle se fait appelée est situé à l’est de l’Oural. Le passage du fleuve Ural permet d’envisager la construction d’un barrage conférant à la ville une certaine autonomie énergétique. Ce choix marque un nouveau tournant, celui de l’urbanisation de ter-ritoires historiquement considérés comme inhabitables.

Le concours d’urbanisme pour la ville de Magnitogorsk est lan-cé en janvier 1930. Il porte sur l’élaboration d’un plan pour une ville de 40 000 habitants ainsi que sur l’invention d’une nouvelle forme d’habitat. Seize projets furent proposés en réponse mais aucun n’est jugé satisfaisant. Plusieurs de ces projets sont analysés dans Sotsgorod 3,

le manifeste de Milioutine pour la ville socialiste, dont l’influence sera également abordé. Le projet de Ivan Leonidov, l’un des plus vision-naires, sera spécifiquement détaillé.

DES CONDITIONS FAVORABLES

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26 fig 3

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fig 2

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fig 2: La ciudad lineal , 1882,

roposée par Arturo Soria y Mata est la première ville linéaire défi-nie comme telle. Elle relie deux quartier de Madrid s’articulant le long d’une large voie de 40m de large et qui s’étend sur 54kms. Cette voie véritable coulé verte accueille notamment un tramway. fig 3: La cité industrielle , de Tony

Garnier est publié en 1917. Cet ouvrage présente ce que pourrait être une ville globale et géné-rique. À la manière d’un zoning, Garnier créer un organisme dont les fonctions s’attachent autant à une logique d’efficacité qu’à des préocupations hygiénistes.

Pour comprendre ce que désurbanisme signifie, il faut se re-plonger dans le double contexte de l’époque. Le premier est factuel. Les ambitions du parti dénote quelques prédispositions à une nou-velle forme de faire la ville. La plus évidente est la volonté de s’émanci-per de l’image obsolète que renvoient les villes anciennes, la tendance idéologique étant à la rupture. Ensuite émerge une logique territoriale que suppose l’industrialisation du pays. La colonisation de nouveaux territoires, l’électrification du pays, l’intention de rompre la limite entre ville et campagne suggère de penser l’urbanisme différemment. Le second cadre dans lequel s’élabore ce nouveau courant est interna-tional. Les préoccupations soviétiques trouvent plusieurs échos occi-dentaux à ce qui pourrait constituer une base de réponse aux problé-matiques qui sont les leurs.

LA CITE LINEAIRE

La cité linéaire imaginé par Arturo Soria y Mata (figure 2) possède plusieurs gènes en commun avec la ville socialiste. La volonté d’urbaniser la ville et de ruraliser la campagne en est un, et s’inscrit dans la mouvance qui conduira quelques années plus tard à la cité jar-din de Ebenezer Howard. Le modèle linéaire va cependant plus loin. Il n’est pas un satellite isolé du centre ancien ni une bulle déconnec-tée des centres productifs, mais vient au contraire faire la liaison de deux «cités points». C’est dans ce rattachement et non dans la fuite qu’elle est particulière innovante. La conviction que du problème de la locomotion dérivent ceux de la construction d’une ville constitue le principe fondamentale du schéma linéaire. Mais l’infrastructure ne justifie pas à elle seule cette théorie qui vise aussi à éradiquer la pro-priété du sol. Elle amène une réponse sociale à la ségrégation qu’en-gendre la spéculation foncière au coeur des villes. Un principe qui là encore fais écho à la collectivisation des sols en URSS.

Si la ville linéaire tente de répondre à la problématique du bien être de l’Homme, les efforts des années vingts en URSS sont concen-trés vers un objectif qui conditionne tous les autres, l’industrialisation. Chaque ville nouvelle soviétique est systématiquement asservie à une industrie, comme Magnitogorsk qui sera construit autour du combi-nat métallurgique MMK. À ce titre, les soviétiques s’intéressent aux travaux de Tony Garnier sur la ville industrielle (figure 3).

LA CITÉ INDUSTRIELLE

Conscient que l’industrie va considérablement marqué le pay-sage des villes futures, Tony Garnier tente de rationaliser le système urbain en isolant chacune de ses fonctions. Une ligne qui supportant la voie ferrée vient séparer le secteur industriel du secteur résidentiel et civique, la gare en pivot. L’usine est implantée sur les berges du fleuve ce qui lui permet d’en tirer partie pour le transport de marchandise. Elle est alimentée par un barrage hydroélectrique implanté en amont. Le secteur résidentiel s’étire le long d’un axe qui part de la gare et le long duquel évolue un tramway. La bande résidentielle est ponctuée de plusieurs micro-centralités et de centres principaux tel que le sec-teur éducatif et le centre civique et sportif. L’hôpital est lui sur les

hau-La montée du

désurbanisme

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fig 4

fig 5

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fig 4: Usine d’Highland Park, com-plexe de River Rouge, 1910, Albert Kahn architecte. © Henry Ford Collection

fig5: Plan masse du projet de la stroïkom RSFSR, proposé pour le concours de Magnitogorsk en 1930

teurs de la montagne adjacente bénéficiant de conditions climatiques et sanitaires plus favorables. Le système que propose Garnier est inté-ressant car évolutif. Le secteur résidentiel étant linéaire sa croissance est canalisé le long d’un axe, ce qui tend en revanche à l’éloigné du centre productif. L’aspect générique de sa démarche est cependant à relativiser car le cadre naturel de départ est assez précisément définit (une montagne, une plaine et un fleuve) et limite donc son applica-tion.

LE CULTE DU FORDISME

Quelques années plus tard c’est le modèle Fordiste qui fait sont apparition outre atlantique. La naissance d’un mode de production révolutionnaire fascine l’Union Soviétique. Elle manque non seule-ment de moyens financiers mais aussi de discipline et de stratégie face à l’ampleur du défit d’industrialisation qu’elle s’est lancé. A Detroit, l’usine d’Highland Park (figure 4) sort de terre en 1910. C’est la toute première au monde imaginée selon le principe de la chaine d’assem-blage. Le constat de Albert Kahn son architecte et de Henry Ford son commanditaire, est qu’un système productif se déployant horizonta-lement est plus efficient que s’il s’articule verticahorizonta-lement, entre étages. Il est plus économe en temps, en énergie et en moyen et permet en outre de s’agrandir en fonction des besoins.

L’influence de ces travaux sur l’urbanisme soviétique est in-contestable mais les protagonistes à l’oeuvre étant incapables de cer-ner leurs propres objectifs, peinent à en tirer parti. Les [dés]urbanistes sont d’avantages bercés par l’image idylliques que ces propositions renvois que par leurs capacités à se plier à leurs propres prérogatives. Ceci donne lieux à des propositions extravagantes comme le projet de la stroïkom RSFSR pour Magnitogorsk (figure5), emmené par le sociologue Mikhail Okhitovitch. Une ville tentaculaire composée de ruban d’habitations individuelles parfaitement continues et s’éloi-gnant jusqu’à 25kms du centre industriel et civique. L’hypothèse avancée que chaque nouveau soviet disposerait de son propre véhicule pour se rendre à l’usine était économiquement improbable dans ce pays en ruine. L’automobile était loin d’être une priorité industrielle et quand bien même, son prix en ferait un produit inaccessible pour l’essentiel de la population.

MILIOUTINE

Nikolai Milioutine est le premier à intégrer la réalité écono-mique dans l’acte de planification. Économiste de formation, il oc-cupe d’abord le poste de commissaire du peuple aux Finances de la fédération de Russie entre 1924 et 1929. Puis il intègre l’Académie communiste où il dirige la section sur l’établissement humain socia-liste qui s’intéresse particulièrement à la forme urbaine de l’URSS. C’est alors qu’il rédige Sotsgorod, le problème de la construction des villes socialistes, alors qu’est engagé un débat intense sur l’orientation

des politiques urbaines soviétique, entre urbanisme et désurbanisme.

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fig 6

fig 7

fig 9 fig 8

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Projet pour Magnitogorsk de la stroi-kom RSFSR:

fig 6,7: ruban d’habitations traver-sant le paysage. De part et d’autre de la route une succession de parcelles en lanières sur lesquels s’implantent l’habitat individuel.

fig 8: La cellule d’habitation se sente sous forme d’un module pré-fabriqué sur pilotis. Il est extensible latéralement aux grés des besoins. Sa surelévation forme un porche pour y garer la voiture.

fig 9: quartier centrale regroupant la gare ferroviaire, les espaces de loisirs et de tourismes, les industries, l’admi-nistration et un secteur scientifico-tecnique.

Il y expose le processus qui doit conduire à l’élaboration da la ville soviétique en faisant état de plusieurs propositions parmi les plus avant gardistes de l’époque pour lesquelles il adopte une posture cri-tique, puis expose ses propres solutions. Alors, urbanisme ou désur-banisme? La ville doit elle être concentrée et centralisée ou doit elle disperser l’industrie et l’habitat sur l’étendue du territoire? Par ten-tative d’objectivité, Milioutine se refuse à répondre. C’est de l’ana-lyse que découleront les conclusions qui s’imposent. L’urbanisme est essentiellement défendue par les bourgeois qui dans la ville ancienne, occupent une place de choix et tiennent à conserver leur confort. Le désurbanisme tend à former une société sans classe. La linéarité du plan représente une certaine forme d’égalitarisme entre les diverses factions, les anéantissants par la même occasion.

La ville allant chercher la campagne, celle ci pénètre dans la ville. L’une bénéficie du bien être de la nature, inimaginable en ville, et l’autre des infrastructures propres aux centres urbains qui lui faisait défaut. Une stratégie qui vise les mêmes objectifs que ceux revendiqués par Soria y Mata pour sa cité madrilène. De surcroît, le désurbanisme rapproche les fermes des usines. Au regard du besoin croissant de mé-canisation de l’agriculture comme d’une production alimentaire de masse et à bas coût, ce rapprochement est une exigence pratique pour ces deux entreprises. Ce que sous entends Milioutine à pleinement rapport à la proximité. Interconnecté, collectivisé, rapproché et donc désurbanisé tient pour raison l’efficacité et l’économie et c’est tout ce qui importe à l’URSS.

NÉCÉSSITÉ ÉCONOMIQUE

Traquer la moindre économie puis concentrer l’effort financier sur les véritables besoins de la société, telle est la préoccupation de Milioutine. Les recherches développées dans Sotsgorod sont orientées

selon ces deux directions qui convergent vers un unique objectif de rationalité. Certaines idées sont à bannir comme la construction de grattes-ciels. L’enjeux de la ville socialiste n’est pas à la concentration mais à la diffusion et donc à la dédensification, et par conséquent construire haut est aussi coûteux qu’inutile. De la même manière le projet de ville verte (satellite) tel qu’il est suggéré pour Moscou est illusoire. N’étant qu’une expérience temporaire de repos, il ne résout pas fondamentalement les problèmes de la ville ancienne, il les rend juste un peu moins douloureux.

A contre courant de la pensé utopiste qui se détache du pré-sent, mais qui cependant semble être le principal combustible de ses contemporains, Milioutine insiste sur la nécessité d’une phase tran-sitoire recentrée sur les conditions existantes. Le bien fondé de cette étape étant l’acceptation que la finalité absolue ne peut être résolue à ses origines. Elle nécessite la mise en place d’un système productif certes perfectible, mais avant tout basé sur la croissance, de tel sorte qu’il n’engendre pas plus de dépenses que de «progrès».

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plan d’aménagement proposé par le stroïkom de la RSFRSR

plan d’aménagement proposé par l’OSA

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fig 10

fig 11 plan d’aménagement proposé par le stroïkom de la RSFRSR

plan d’aménagement proposé par l’OSA

plan d'aménagement selon les principes de la chaine de production

plan d’aménagement retenue pour le concours - Brigade May

fig 12

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Milioutine reproduit shématique-ment l’organisation fonctionnelle de trois des propositions soumises lors du concours pour Magnitogorsk. fig 10: plan d’aménagement proposé par la stroikom de la RSFSR. fig 11: plan d’aménagement proposé par Ivan Leonidov et des membres de l’OSA.

fig 12: proposition retenue lors du concours, proposée par Ernst May. 4: Le GOSPLAN est le Comité Éta-tique pour la planification en URSS. Il est notamment chargé de définir les objectifs à atteindre. Opérationnel dès 1921, son rôle sera accru en 1928 avec la mise en place du premier plan quinquennal. source: wikipedia 5: Milioutine dans Sotsgorod, 1930

L’ARCHITECTURE

Ce que l’économiste qu’il est souhaiterai quantifier, se révèle être difficile en pratique. Les estimations sur le coût des constructions comme la capacité des soviets à s’adapter à leur nouveau standard de vie relève plus de l’hypothèse que de statistiques à proprement parlé. Pour Magnitogorsk, l’organisme d’État chargé de définir et de pla-nifier les objectifs économiques4 élabore une série de calculs qui vise

à quantifier les besoins en équipements partant de la masse salariale nécessaire à l’activité de l’usine. En comparaison avec le modèle de ville ancienne, il en ressort que la collectivisation des services va en-tièrement libérer la Femme des tâches domestiques venant accroître l’effectif opérationnel de la population. Or plus il y a d’actifs, plus les conditions sont favorables à l’économie et donc au progrès.

Le progrès est ce qui va permettre de construire mieux et moins cher. Milioutine insiste sur la rationalité de la forme architecturale au-tant que sur sa matière. Une construction basse n’amène pas de com-plications structurelles et fait l’économie d’un ascenseur. «La solution honnête d’un problème posé et résolu correctement ne peut être que belle. Une solution intelligente pour la structure n’a pas besoin d’être masqué par un décor.»5. Dans cette même optique, le choix de matériaux légers

et préfabriqués réduit le coût, la pénibilité et le temps de construction. A ce titre, il préconise la formation d’un institut de recherches à la ma-nière du Bahaus de Dessau afin de développer de nouvelles méthodes de standardisation et d’optimisation de la construction.

Pour autant, ce qui est efficace économiquement ne doit pas se soustraire au confort. La cellule qui constitue la nouvelle unité de vie, suite à la suppression de la famille comme communauté économique, doit bénéficier d’un standard minimum d’équipements individuels. D’un minimum de 8.4m2, elle s’apparente à une chambre étudiante telle qu’on en trouve aujourd’hui. On doit pouvoir y dormir mais également s’y reposer, s’adonner à la lecture ou l’écriture et pouvoir y ranger ses affaires personnelles. Elle doit être naturellement ventilée et éclairée. Une disposition en ligne des bâtiments est dans ce sens opti-male car elle ne génère aucune entrave au paysage comme à la lumière. L’URBANISME

La ville existante s’est formée au carrefour de voies de commu-nications. L’activité qui l’entretenait ainsi que les raisons qui l’ont vue naitre sont essentiellement marchandes et servent les intérêts d’une minorité dirigeante. La préoccupation socialiste d’alors n’est plus marchande mais industrielle et plus que jamais collective. S’implanter mécaniquement là où l’urbanisation est déjà établit n’a pas de sens. Les raisons de ces implantations ne servent pas les nouveaux besoins de l’état socialiste et en particulier le besoin exponentiel en matières premières.

L’études qui doit conduire au choix du site doit intégré des facteurs nouveaux. Il doit permettre une installation économique des infrastructures mais aussi bénéficier de conditions climatiques

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plan d'aménagement selon les principes de la chaine de production

plan d’aménagement retenue pour le concours - Brigade May

fig 13

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fig 13 : Formulation propre de Nikolai Milioutine selon les principes de la chaine de production. Sa proposition, libre puisqu’elle survient après le concours, tire parti des trois précédentes.

et géographiques favorables. Chaque installation doit être intégrée à un système unifié de manière a former une chaine de production. Ce principe est directement inspiré du fordisme mis en place pour la pre-mière fois à Détroit pour l’usine de River Rouge. Une planification rationalisée est la seule voie capable d’optimiser au maximum l’indus-trialisation soviétique. Pour ces raisons, la ville doit naturellement germer de ces nouveaux centres de productions, son développement étant matériellement dépendant de l’industrie. La conception d’une ville sans unités productives ou disposant d’unités productives sans interrelations, consommerait d’avantage qu’elle ne produirait, ce qui n’est pas acceptable.

Si Ford fut invité à prodiguer son expertise dans le domaine de l’industrie, le rayonnement qu’a cette nouvelle forme de production dépasse ce simple secteur d’activité. Certains voient en ce modèle, un puissant outil de fabrication de la ville. En effet, la disposition linéaire des différentes unités réduit considérablement les distances entre cha-cune d’entre elles. Ce système est également expansible indéfiniment dans son autre dimension. Le développement cumulatif de la ville de cette manière n’est pas une juxtaposition de zones interdépendantes mais d’une zone que l’on étire. La forme traditionnelle en îlot est incompatible avec la nouvelle forme de vie soviétique. Elle renvoie à la propriété privée quoi qu’elle contienne alors que la forme linéaire renvoit à une fonction.

À partir de ces principes industriels, Milioutine tente d’élabo-rer une grammaire fonctionnelle et relationnelle applicable à la ville. Celle-ci fait état des ingrédients nécessaires à la construction d’un modèle générique de la ville industrielle socialiste (figure 13). Les uni-tés productives doivent être reliées entre elles et avec les principales voies de transport. La zone résidentielle et toutes ses commodités doit être disposée parallèlement à la zone de production dont elle séparée par une bande verte de 500m. Cette bande amène un agrément visuel et salubre tout en la préservant d’éventuelles rejets émis par la bande de production. La voie de chemins de fer sert au transport de mar-chandises et se situe derrière la bande productive. La bande routière sert au transport de personnes, elle se situe entre les deux bandes. Le territoire agricole se situe à l’opposé de la bande ferroviaire, à proximi-té direct du lieux de consommation. De cette manière, il bénéfice du même réseau d’assainissement que la bande résidentielle. Le travail et l’éducation se nourrissant mutuellement, les zones affectées à l’éduca-tion se trouvent sur la zone de producl’éduca-tion adéquat. Les établissements scolaires primaires se situent en secteurs résidentiels et a proximité des équipements culturels et sportifs. Les entreprises collectives de type productif doivent être situées en zone de production conformément à l’objectif d’assurer des connexions les plus rationnelles avec les indus-tries. Idem pour les entrepôts.

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36 fig 15 fig 14

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6: MMK, ou combinat méttalurgique de Magnitogorsk. C’est la structure industrielle autour de laquelle tourne la ville.

fig 14: Le projet d’Ivan Leonidov tel qu’il fut publié dans la revue

Sovremmennaia Arkhitektura n°3,

1930 (architecture contemporaine). source: utopia.ru

fig 15: proposition d’aménagement pour le concours de Magnitogorsk, 1930, Ivan Leonidov + OSA . source: utopia.ru

Cette partie se propose d’analyser le projet d’Ivan Leonidov pour Magnitogorsk. Bien que sa proposition n’est pas été retenue, comme aucune autre d’ailleurs, elle apporte de nombreuses réponses aux problématiques soulevées dans les premières parties. Sur plusieurs aspects, le projet présente des similitudes avec le travail de Milioutine. Nous tenterons donc d’analyser cette proposition de manière critique puis d’envisager son évolution au regard de la trajectoire réelle de dé-veloppement de la ville.

Il fut établit aux prémices du projet que le MMK6 serait à l’est

de la rivière Ural, au pied de la montagne magnétique, regorgeant de minerais. L’usine conditionne autant la ville économiquement qu’ur-bainement. Son implantation, sa forme, son fonctionnement ont été pensés indépendamment de tout le reste par l’entreprise Américaine chargée de sa conception. Elle n’en est pas moins une donnée d’entrée avec laquelle doit composer l’architecte pour le plan du reste de la ville. Cette conception de la ville industrielle soviétique est lourde de conséquence. La force du système linéaire schématisé par Milioutine (figure 13) qui portait pour ambition la réduction des distances entre zone résidentielle et zone de travail s’en trouve fortement affectée. Un vrai paradoxe puisque le modèle d’inspiration primitif de la ville linéaire, est l’usine elle même.

La choix de la rive d’implantation à longtemps posé question. S’implanter à l’ouest de l’Ural instaure une barrière naturelle entre la zone résidentielle et l’usine. Cette option est du point de vue sani-taire la plus avantageuse, mais elle implique la construction d’un pont, un surcoût qui n’est pas envisageable. La ville linéaire de Leonidov s’implante selon cette condition (figure 15). Elle s’étend rive est, sur une diagonale nord / sud se glissant entre l’usine MMK et une grande ‘ferme’ collective. Trois bandes la compose. Une bande paysagère, une bande résidentielle et une bande communautaire qui viennent toutes trois s’appuyer sur l’axe routier.

Théoriquement, ce système est étirable indéfiniment, c’est un de ses atouts, mais aussi son handicap. Le problème récurrent dont souffre la ville linéaire réside dans la ponctualité de certaines de ses fonctions. Elle n’est efficace que si l’ensemble de ses fonctions vitales s’articulent en bandes parallèles. Hors ici l’usine est ponctuelle, tout comme la grande ferme collective implantée à l’extrémité. L’installa-tion d’un tramway pourrait être envisagé. La rectitude du plan ren-drait cette solution plausible et même extrêmement efficace.

Le plan prend la forme d’un damier à maille carré de 125x125m. On compte trois mailles en largeur, chacune disposée sur une des trois bandes. Sa largeur total est de 450m si l’on inclus la bande routière. En longueur, il est donné pour 25kms. On peut en extraire quatre échelles disposées graduellement, comme un dégradé de l’infrastructure au paysage (figure 16). L’échelle territoriale qui caractérise le système de circulation, l’échelle métropolitaine ou civique de la bande commu-nautaire, l’échelle résidentielle. et l’échelle paysagère. Chacune est dis-posée de manière à interagir avec les fonctions attenantes (figure 17).

LA GRILLE LINÉAIRE D’IVAN LEONIDOV

La grille linéaire

d’Ivan Leonidov

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38 fig 17

fig 18 fig 16

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fig 16: La juxtaposition fonction-nelle par bande amène des rapports transversaux.

fig 17: Chaque unité résidentiel est encerclé à 270° par les espaces verts. L’îlot résidentielle occupe une place centrale dans le plan, entre le parc, les équipements et les établissements d’enseignement élémentaire. fig 18: plan d’un étage type. Dans les angles deux cellules pouvant chacunes accueillir deux résidents. Au centre le salon communautaire qui donne sure les salles de bains, un espace de loisir et culture et un autres pour activité sportive.

ssource: utopia.ru

Il existe trois typologies de bandes transversales:

- Une bande résidentielle basse composée d’un damier de huit bâti-ments sur deux niveaux.

- Une bande résidentielle haute occupé par seulement deux tours de huit niveaux chacune.

- Une bande végétalisée correspondant au secteur des enfants compo-sée de crèches, jardins d’enfants, aires de jeux et piscines, s’intercalant systématiquement entre les deux premières.

La bande résidentielle est donc cernée au trois-quart par la végétation. Le plan d’étage courant est le même dans les deux typologies. La tour n’est cependant pas distribuée de l’intérieur mais par un noyau accolé à la façade. Le plan est un sous damier de 8x8m de maille (figure 18). Huit cellules sont réparties dans les quatre angles, chacune pouvant accueillir deux résidents. La cellule est semblable à la norme définit par Milioutine. La façade est entièrement vitrée, elle dispose d’un espace couchage et bureau ainsi que d’une pièce d’eau mutuali-sée avec la cellule adjacente. Chaque îlot résidentiel de haute ou basse hauteur peut donc loger quelques deux cent cinquante personnes. La densité d’habitants est donc de 333/km linéaire de ville soit 333habs/ km2.

Plusieurs des choix typologiques sont contestables. La densité est faible ce qui au regard de l’étendue de territoire, et de la volonté de ruralisation de la ville est compréhensible. Elle vient néanmoins creu-ser les distances qui séparent le logement du lieu de travail. Moins la ville est dense, plus elle s’étale plus les distances grandissent ; cela vaut pour la ville ancienne mais encore plus pour la ville linéaire. On peut également critiquer l’existence d’un plan d’étage courant unique pour deux typologies radicalement opposées. La hauteur amène des vues sur l’horizon, lorsque l’habitat de type petit collectif est d’avantage tourné vers la vie de quartier, ce qui devrait influer sur l’organisation interne des bâtiments. Enfin la tour nécessite une structure beaucoup plus performante ainsi que l’installation d’un ascenseur, deux prére-quis coûteux et qui ne permettent pas même d’augmenter la densité. L’îlot bas s’il occupe beaucoup plus l’espace disponible reste peu op-timisé. Le système de structure bois et façade légère en verre adopté par Leonidov permettrait aisément de dépasser le R+1 sans surcoût technique. À titre de comparaison, une rue Haussmannienne dans sa configuration la plus favorable d’ensoleillement fait 10m de large pour 15m de haut. Le cas échéant, elle fait 6m de haut pour 25m de large, un prospect six fois plus favorable.

Au regard de considérations volumétriques et architecturales le schéma proposé par Leonidov est critiquable. Si l’intention d’amener de la diversité dans un système particulièrement structuré relève d’une bonne intention, la manière est quelques peu maladroite. Cependant, l’analyse de la trajectoire de développement de Magnitogorsk semble montrer que ce projet est plus intéressant pour l’adaptabilité que sug-gère son invention urbaine, que pour l’architecture qu’elle supporte. Ernst May est le premier à intervenir à Magnitogorsk. Il fait son entré sur l’échiquier soviétique en 1930, son travail mené à

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40 MAGNITOGORSK - LA VILLE ET SA RÉVOLUTION

fig 18

fig 19

fig 20

plan d'aménagement 1 E..May - competition novembre 1930

plan d'aménagement 2 E..May (après révision) - janvier 1931

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fig 18: projet pour Magnitogorsk proposé en novembre 1930 par la Brigade de May.

source: Ernst May 1886-1970 fig 19: plan d’aménagement de B.Danchich qui ouvre l’urbanisation sur la rive gauche à partir de 1934. source: Tamsin Hanke

fig 20: quartier type du projet de Danchich. Large avenue, façades sur rue quasi continue, blocs fermés. La communauté se retrouve au sein des blocs, la rue est désertée.

source: Tamsin Hanke

fort sur la préfabrication et la rationalisation du logement faisant écho aux re cherches soviétiques. La mission qui lui est confiée porte sur un projet de ville et la stratégie de développement envisagée. Il présente son plan en décembre (figure 18) alors que 40 000 ouvriers sont déjà installés dans des baraquements de fortune. Il y a un besoin immédiat mais surtout des besoins futurs qu’il convient d’anticiper. L’objectif fixé porte sur la construction de logements pour 100 000 personnes, extensible à 200 000. Ce plan jugé particulièrement austère, sévère et monotone convainc pourtant (à défaut de séduire !) l’assemblé par son extrême rationalité. Il s’implante au sud/est de l’usine de laquelle il se coupe par la préservation d’une bande de végétation laissée vierge. De là, le plan s’écoule vers l’est enserré entre deux massifs monta-gneux.

La soudaine collectivisation de l’agriculture conduit à une vague massive de migration vers les nouveaux pôles industriels. S’ajou-ta alors à la crise du logement une pénurie alimenS’ajou-taire qui mit un frein à la croissance économique envisagée. Le bilan à l’aube de 1932 n’est pas à l’avantage d’Ernst May dont la stratégie de préfabrication du lo-gement est bien en deçà de ce que vendait la propagande stalinienne, soit 700 000m2 de surface construite. Incapable de tenir ses objectifs, il va progressivement perdre le crédit que lui accordait les soviets à ses débuts. Ses choix d’implantation explique en grande partie l’échec de son intervention, même s’il convient de relativiser son poids décision-naire. Une infime partie de ce qu’il planifia fut finalement construit. En 1932 avant de jeter l’éponge, il proposa un dernier plan où il se résout à construire la zone tampon initialement laissée vierge. Signe de l’incapacité de son plan à se développer autrement, il ouvre même une nouvelle zone urbaine au nord contre l’usine.

La destination de la ville de Magnitogorsk étaient encore loin d’être définit d’où les aller/retour incessant et les difficultés à faire avancer le projet. Certains souhaitaient que cette ville soit le nouveau centre administratif industriel et sociaux culturel de la région sud Ou-ral. Une ville capable d’absorber 300 000 habitants. Mais la tête de la commission lui voyait un développement plus restreint se limitant à une fonction strictement rattachée au futur combinat métallurgique. L’impasse d’un développement rive Est, qui conduit May à se retirer de l’appareil soviétique fait prendre à Magnitogorsk un nou-veau tournant. En 1934, un groupement d’architectes de Leningrad mené par B.Danchich propose son plan masse rive Ouest (figure 19). Après avoir étudier les mouvements de vents comme le préconisait Milioutine, l’implantation retenue en première instance n’était pas satisfaisante car soumise aux rejets des usines. De plus, l’échec de l’ar-chitecture moderne conduit à un retour au classicisme (figure 20). Le plan est formé d’énormes blocks formant autant de micro-districts. La rue est large, les bâtiments sont hauts et au linéaire de façade ayant plus à voir avec la dimension d’un îlot que d’un seul bâtiment (jusqu’à 275m). Au delà de ces dimensions écrasantes, le système urbain est lui complètement inversé. Les pièces de vie sont orientées en coeur d’îlot et les pièces de service sur la rue. Les fenêtres sur rue construisent un dispositifs de surveillances communautaires procurant une

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42 MAGNITOGORSK - LA VILLE ET SA RÉVOLUTION

fig 21

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fig 21:distance de marche au dessus de la ville.

source: Tamsin Hanke

fig22: Artère visuelle sur le secteur industriel. «big brother is watching you!»

source: Tamsin Hanke

sation permanente d’être observé. L’implantation de commerces de proximités se fait en coeur d’îlot. On arrache à la rue tout caractère sociale. Tout concours à ce que l’espace de sociabilité soit éclaté pour être concentrée dans le block, là où la ville classique utilise la rue pour le diffuser.

Les distances autant que l’échelle de la rue dissuade clai-rement de s’y rendre à pied (figure 21). C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui où les déplacements s’effectuent essentiellement en voiture, les rues étant dimensionnées pour. Les grandes artères convergent vers le combinat métallurgique, sorte de dispositif panop-tique affirmant la suprématie de l’usine (figure 22). Le gigantisme des composants urbains amènent en 1935 à la mise en service d’un tramway. La ligne traverse le secteur résidentiel et termine sa course aux portes de l’usine. Le prix du ticket dissuade son utilisation pour les déplacements personnels. Il a plus vocation de «ramassage sco-laire» (ramassage usine) qu’une incitation à tisser du lien social entre les blocks. La planification devient un moyen efficace d’opérer un contrôle sur les agissements humains.

Le développement de Magnitogorsk s’est fait de manière for-tuite, guidé par des préoccupations de court terme. Pourtant, la ville totale, telle une vaste machine, trouvait ici le support physique et idéologique idéale à sa concrétisation. Il faut considérer la trame pro-posée par Leonidov non pas comme un plan définitif mais comme le support d’accroche d’une urbanisation progressive. Il est d’avantage la formulation d’une règle qu’un projet. Les relations entre chaque secteur ne tiennent pas dans des rapport de volumétrie comme on l’entend dans l’urbanisme contemporain, il est ici question de rapport de proximité. Ainsi chaque zone de 125x125m est autorisée à fonc-tionner en autonomie. Elle peut être construite, détruite ou laissé vide sans que cela n’est d’influence sur les zones adjacentes. La grille qui supporte la répartition fonctionnelle est l’unique composant permet-tant de fixer les rapports entre chaque zone. Elle incarne l’idée fonda-mentale de ce projet, définissant l’orientation de l’urbanisme hors de toutes considérations économiques.

En outre, la densité de la bande résidentielle pourrait large-ment être auglarge-mentée. Considérant la population maximale qu’est connu Magnitogorsk, soit 440 000 habitants, la ville devrait mesu-rer 440 kms aux conditions de densités de Leonidov. Si l’on applique une densité telle que celle de Paris, soit 213hab/ha, ce linéaire est divisé par dix. Un facteur non négligeable et qui en rapport au 125m de largeur de la bande résidentielle n’affecte en rien la proximité à la nature d’un côté, autant qu’au centre civique de l’autre. Mais le sujet de Magnitogorsk regardé dans sa globalité n’est pas tant pénalisé par la densité que l’implantation de l’usine qui pousse à sa compacité. La ville de Azuqueca de Henares est un exemple construit de la théorie de Milioutine. Sur une bande de 600m de large, coincé entre une voie rapide et une voie ferré, cette ville industrielle s’étend sur 25kms le long du corridor de Henares qui relie Madrid à Barcelone (figure 23). Preuve que la ville linéaire n’est pas qu’une utopie.

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fig 23 : Azuqueca de Henares, Espagne. Bande industrielle continue coincé entre une voie rapide et une voie ferrée. Elle relie la ville de Guadaljara à Alcalá de Henares sur près de 25kms.

source: afasia

fig 24: diagramme mettant en évidence la logique de fréquence des équipements le long d’une ville linéaire.

source: Anatole Kopp

fig 25: schéma de Leonidov montrant le caractère extensif de la ville linéaire, ainsi que sa capacité à éclater des centralités.

source: utopia.ru

fig 26: vue perspective extérieur de Magnitogorsk.

source: utopia.ru

fig 27: vue perspective d’un îlot résidentiel. source: utopia.ru fig 24 fig 25 fig 26 fig 27

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chap 2. TOKYO

À la conquête de la baie

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Figure

fig A: Temple Angkor Vat, XII ème
fig 6fig 5
fig 14: Le projet  d’Ivan Leonidov  tel qu’il fut publié dans la revue
fig 18fig 16
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Références

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