Précisions chronologiques sur l’<i>oppidum</i> de la Chaume de la Justice à Clamecy (58)

Texte intégral

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Submitted on 16 Dec 2019

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Précisions chronologiques sur l’oppidum de la Chaume

de la Justice à Clamecy (58)

Richard Adam

To cite this version:

Richard Adam. Précisions chronologiques sur l’oppidum de la Chaume de la Justice à Clamecy (58). Bulletin de l’Association française pour l’étude de l’âge du fer, AFEAF, 1999, 17, pp.3-6. �hal-02413690�

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Bulletin de l'Association Française pour l'Etude de l'Age du Fer, no 17, 1999

PRECISIONS CHRONOLOGIQUES SUR ::..'OPPIDUM DE LA CHAUME DE LA

, JUSTICE

A CLAMECY (58)

Richard ADAM1

Rappels: ce site a été présenté dans le bulletin intérieur de I'AFEAF no 12, p. 61 ; 13, p.

1-2; 14, p. 28-30. Nous avions rendu corrpte, à mesure de la fouille et de la prospection des zones environnantes, des points suivants :

1. Position géographique entre le carrp de Cora à Saint-Moré (89), plus connu pour l'époque gallo-romaine, mais qui a livré une fibule italique du Vlèrne siècle, et le turrulus de Vielmanay, qui corrporte 120 sépultures du Ha final. Plus généralerrnnt, le long d'un axe d'acculturation hallstattienne qui se développe de Châtillon-sur-Seine à Bourges, en évitant le Morvan par le nord.

2. Situation locale: en rive droite de l'Yonne, doninant la vallée de 175 rn, l'oppidum est

entouré de nécropoles turrulaires en arc de cercle, les plus proches

à

1 000 rn; en rive gauche, norrbreux turruli entre 2 et 15 km du centre de C larnecy, datés du Ha moy en (± 550)

à

la transition Hall T (± 475). Un regroupernent de turruli est observé autour de Varzy, correspondant év entuellernent à une autre unité territoriale.

3. Chronologie: la céranique, surabondante, est de tradition Bf Ill, mais avec des éléments netterœnt hallstattiens (engobe lie-de-vin, fonds balustres). Les deux extrêrœs rencontrés jusqu'ici étaient, hormis une anreture néolithique : en fond de sondage, hors position stratigraphique, un poignard Bf Ill; en surface, un fragment de torque Ha finaVdébut L T.

L'agrandisserœnt du sondage 2, entre 1996 et 1998, a pernis de préciser plusieurs points.

1. Stratigraphie: dans le prenier sondage d'un rll3tre,

à

trois mètres

à

I'E du blocage de pierres en rupture de pente, nous distinguions trois sols A, B, C, étagés tous les 10 cm, avec des faunes et des céraniques quasi identiques ; en agrandissant le sondage, il est apparu qu'il s'agit de ragréages et de reprises de niveau à l'intérieur d'un bâtirrnnt, !irrité par une sablière basse (fig. 2) ; en effet, le niveau naturel remontant vers le nord, les couches de terre battue A et B finissent par se confondre avec le sol C. 0 n a donc, en peu d'années, voire de rmis, par ragréages successifs, rerrplacé ce qui était peut-être un sol de circulation

à

ciel ouvert suivant la pente du terrain par un sol moins pentu, puis par un sol horizontal intérieur

à

un bâtirnent. Un larrbeau de sol supplémentaire, 20 cm au-dessus du A, est apparu

à

l'est du chantier (non figuré sur le plan).

2.

Éboulis.

La

présence d'un fragrnent de pisé cuit sur une pierre de chant:

êri

OW76, au niveau du sol A ( rmis sans continuité nette avec celui-ci), confirmait dès 1993 que nous avions là aussi une structure couverte. Il est apparu en 1998 qu'elle s'était établie par-dessus un éboulis massif, non structuré (structure F), et qu'elle av ait sans doute perms de consolider les restes du rerrpart d'où provenait celui-ci.

3. Rerrpart.: il semblait à prerrière vue qu'il ne s'agît que d'un cordon de pierres, base de l'habitat rœntionné ci-dessus au bord de la rupture de pente ; l'intérêt de fortifier le sonmet d'une pente

à

45%o n'apparaissait pas évident. Pourtant, la masse de l'éboulis ne peut correspondre qu'à un relll>art assez massif, de l'ordre d'un mètre d'épaisseur pour 2 rn de hauteur, plus la palissade. Ce rerrpart, dans l'état actuel, est composé de blocs de 40 à 80 cm de côté, séparés par des trous de piquets et poteaux à tous les niveaux. Mêrœ si certains de ces 30 calages appartiennent aux structures d'habitat intérieur, il en reste suffisanment

à

la base du rerfl)art pour affirrrer que celui-ci offre une structure de rrvrus Ga/lieus prirritif. La base interne en est marquée par une rigole avec 'Vaux d'Yonne Archéologie. UMR 126/4

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pierres calcinées, qui a pu contenir des sablières basses, et interrolll>t le sol inférieur G

(fig. 3).

4. Le sol G : contrairerœnt au sol C dont il est le prolongerœnt à l'ouest de la sablière, le G suit la pente naturelle. Il CO!ll>Ortait, à l'intérieur du rerrpart, un foyer rrnrqué par un

ovale de terre calcinée (fig. 3, autour du point-131 ), de 80 x 60 cm; des fragrœnts de

sole sont dispersées autour, sur 140

cm

5. Chronologie relative: l'édification du rerrpart serrbie conterrporaine du sol G. L'habitat

établi à l'est de la ligne 73,8 a dû être construit en mêrœ terrps ou peu après, puis

progressiverœnt renis

à

niveau. Il serrble que le ragréage final, celui du sol A, ait

englobé le dessus de l'éboulis du rerrpart.

6. Chronologie absolue : l'idée d'une durée d'existence très courte du site fortifié est

confortée par ce que nous avons appris sur l'entrée NE de l'oppidum, du côté du

plateau :la protection était assurée par un fossé, creusé

à

partir d'une diaclase naturelle,

et des levees de pierre sèche et bois. Un sondage dans le fossé a donné une

cérarrique horro~ène avec le reste du site. D'autre part, des engins ayant arasé le

charrin d'accès, 11 est apparu que toutes les pierres de base du relll>art,

à

cet endroit,

étaient rubéfiées et fragrœntées. Cela confirme l'idée d'une destruction violente, qu'avait

déjà suggérée le dépotoir du sondage 1. Or l'éboulis du refll)art NW a livré des objets

datables :bracelets en bronze à jonc fin, anneaux d'oreille non décorés, confonnes à ce

que livrent les turnuli locaux les plus récents ; trois fibules (fig. 1) qui sont toutes des

variantes des types de la Heuneburg décrits par Mansfeld. Avec le torque rœntionné

ci-dessus, on obtient une datation cohérente entre 500 et 475.

Interprétation : une population peu dense a dû coloniser le plateau au Bf Ill et y

derreurer jusqu'à ce que, vers 500, s'y installât une féodalité porteuse de la technologie

du fer et de bronzes du type Vix-Jogasses ; c'est

à

elle que l'on doit les céramques

typiques du Ha final (balustres, petits bols, gobelets), tandis que pour les v ases de

stockage et de cuisson on conservait les forrœs et décors traditionnels ; c'est à elle aussi

que l'on doit l'organisation du territoire en zones de nécropoles, nines, charrps et oppidum-refuge.

Remarque 1 : la survivance de formes du Bf Ill dans la céranique farriliale n'est pas sans exelll>les (Bragny ... }, mais les publications ne sont pas toujours assez claires sur

ce point et classent tantôt au Bf, tantôt au Hallstatt ces urnes à décor digité qui, d'ailleurs,

se retrouvent en Italie au Villanovien 1, soit au IXèrœ siècle, ce qui correspond aux exelll>laires précoces en France septentrionale (Jura).

Remarque 2: la présence de bijoux dans les couches d'habitat est connue, entre autres

à

1é1 '\~uneburg,

à

Manching, au Dürrnbe~. Elle correspond ici à des pratiques votives : on déposo.~('jes biens personnels pours assurer que les dieux protégeraient l'oppidum

Il e:st à ryoter qub \Q~ bâtisseurs du rerrpart ont déposé des objets hors d'usage : fibules

qu1 ava1~nt f?erdu le_ur ~sort ou leurs cabochons, bracelets incofll)lets ... ; Se~;Jie une

boude d oreille e~t 1ntacte. CQ qui peut paraître curieux est que tous ces ObJets se

présent~nt par troiS.: trois fibules, t1oi~ anneaux d'oreille, trois bracelets, trois per1es, trois

pendentifs (terre cuite et bronze), une Cha\nette liée peut-être à l'une des fibules. Il n'y a

pas lieu de chercher ici quelque ~stique du chiffre 3 mais plutôt de supposer que

chaque bâtiss~ur avait été prié de déposer un objet de éhaque type; et en construction

cornrre en !OUille, un hornne travaille en front sur un peu plus d'un rretre ; or notre sondage fait quatre rrètres de largeur. Le prix de ces objets ii'Jl)ortés devait serrbler leur conférer une valeur suffisante pour que les dieux s'en satisfissent, mêrœ s'ils étaient hors d'usage.

Remarque 3: Serrbert ne présente pas, COI'Tl'rn c'est le cas ailleurs, de réutilisation

ultérieure avec un rel'll'art de type Fécarrp, c'est-à-dire qu'on n'est pas passé de

l'oppidum-refuge

à

l'oppidum-ville. En fait, la vie s'est arrêtée vers 475, et comre s'il

y

avait eu une exsécration du site, il n'a jamais été cultivé, même à l'époque rrodeme; il

n'a s~rv i qu:à installer le gibet seigneurial, d'où son nom, parœ qu'on voy ait les pendus

depu1s la ville, et rraintenant les antennes de téléphonie rrobile, ce qui n'est pas plus esthétique. Mais outre l'exsécration attendue après une destruction violente, on

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rermrque aussi l'absence de tout fossile postérieur

à

450 dans les tumuli de la région. Il faut donc supposer que c'est tout le Haut-Nivernais qui a subi une dépopulation durable, jusqu'à la Tène finale.

Remarque 4: nous avons comnencé à prospecter, sur l'autre bord du plateau, à l'est, en surpl0n1> d'un thalweg qui descend vers la commune d'Armes, des levées rmnifesterrent artificielles, indatables, rrais qui pourraient indiquer par hypothèse un souci de défendre cet accès possible

à

plus de 1 000 m de l'oppidum Le souci d'organisation du territoire, si ces levées étaient conterrporaines, serait ainsi dérmntré.

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