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L'élevage bovin allaitant aux Philippines : réalisation d'une typologie des systèmes d'élevage sur l'Ile de Mindanao

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Academic year: 2021

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(1)

L’ELEVAGE BOVIN ALLAITANT AUX PHILIPPINES.

REALISATION D’UNE TYPOLOGIE DES SYSTEMES

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(5)

REMERCIEMENTS

A notre Président de thèse

Monsieur le Professeur DABERNAT

Professeur des Universités Praticien hospitalier Bactériologie - Virologie

Qui nous a fait l’honneur d’accepter la présidence de notre jury de thèse. Hommages respectueux.

A notre jury de thèse

Monsieur le Docteur SANS

De l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse Productions Animales

Qui nous a fait l’honneur d’accepter la direction de cette thèse. Sincères remerciements.

Monsieur le Professeur DARRE

De l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse Productions Animales

Qui nous a fait l’honneur de s’intéresser à notre sujet. Sincères remerciements.

Mais que connaît-on des Philippines en France ? Surtout des clichés (…) Et pourtant les Philippines sont un pays passionnant. Elles sont un cocktail composé d’un fonds de culture asiatique, d’une foi catholique imposée par les ordres religieux espagnols pendant trois cents ans et d’une American way of life apporté par un demi-siècle de colonisation suivi par un autre demi-siècle de forte présence des Etats-Unis (…) Ce cocktail a produit un peuple singulièrement attachant : le cliché de l’éternel et énigmatique sourire asiatique n’a pas cours aux Philippines : les Philippines sont le pays du rire, de la plaisanterie, de l’exubérance, du chant, de la joie de vivre, de l’accueil chaleureux.

(Giri J., 1997)

Merci à mes amis philippins qui m’ont accompagné sur tous les terrains, notamment Mario ORTIZ et Jerry ALINIO, ainsi que Marcelo DEL ROSARIO, Felix GUANZON, Richard BATAL, Glenda CLARACAY, Bernardo BANQUERIGO, Ursee BAHALA, Joel BAUTISTA. Merci à tous les éleveurs pour leur incroyable hospitalité.

(6)
(7)

TABLE

DES

MATIERES

LISTE RECAPITULATIVE DES ENSEIGNANTS ... 3

REMERCIEMENTS... 5

TABLE DES MATIERES ... 7

TABLE DES ILLUSTRATIONS... 9

ABREVIATIONS ... 10

INTRODUCTION... 11

PREMIERE PARTIE : PANORAMA DE L’ELEVAGE BOVIN SUR MINDANAO ... 13

I PRESENTATION DE LA ZONE D’ETUDE : L’ILE DE MINDANAO... 13

I.1 Le décor naturel... 13

I.1.1 La géographie de l’île... 13

I.1.2 Un climat tropical... 13

I.1.3 Les catastrophes et hasards naturels... 14

I.2 Le contexte humain ... 15

I.2.1 Un peuplement récent... 15

I.2.2 La population : une démographie mal maîtrisée ... 15

I.2.3 La diversité des activités humaines et l’économie ... 16

I.3 Le Mindanao agricole ... 17

I.3.1 Le poids de l’agriculture à l’échelle nationale ... 17

I.3.2 Quatre cultures fortement dominantes ... 17

I.3.3 Une réforme agraire qui progresse laborieusement... 18

II UN PAYS D’ELEVAGE DIVERSIFIE ... 20

II.1 Les ressources animales ... 20

II.1.1 Les races ... 20

II.1.2 Les effectifs ... 21

II.2 Les systèmes d’élevage bovin : approche bibliographique ... 23

II.2.1 Les petits éleveurs ... 23

II.2.2 Le ranching... 25

II.2.3 L’engraissement ... 25

II.2.4 D’autres élevages plus anecdotiques... 25

II.3 Les difficultés de la filière viande bovine aux Philippines ... 26

DEUXIEME PARTIE : ENQUETES ET REALISATION D'UNE TYPOLOGIE DES SYSTEMES D'ELEVAGE ... 29

I MATERIEL ET METHODE ... 29

I.1 Questionnaire d’enquête... 29

I.1.1 Elaboration et pré-enquête ... 29

I.1.2 Description du questionnaire... 29

I.2 Réalisation des enquêtes... 29

I.2.1 Moyens mis en œuvre ... 29

I.2.2 Réalisation effective ... 30

I.2.3 Bilan ... 32

(8)

II RESULTATS ... 35

II.1 Qui sont les petits éleveurs sur Mindanao?... 35

II.1.1 Carte d’identité d’un petit éleveur... 35

II.1.2 Des agriculteurs d’abord ... 37

II.1.3 Typologie : l’éleveur, son environnement... 39

II.2 Quels sont leurs troupeaux ? ... 42

II.2.1 Les races observées ... 42

II.2.2 De petits effectifs ... 43

II.2.3 Comment fonctionne le système « baton »... 44

II.2.4 Typologie : le troupeau ... 45

II.3 Quelles sont les conduites d’élevage ? ... 49

II.3.1 Des stabulations virtuelles... 49

II.3.2 Insémination artificielle et monte naturelle... 49

II.3.2.1 La mise à la reproduction ... 49

II.3.2.2 Saillie… ... 49

II.3.2.3 …ou insémination artificielle ? ... 52

II.3.3 Les fourrages, clefs de l’alimentation ... 52

II.3.3.1 L’offre fourragère, du meilleur comme du pire... 52

II.3.3.2 Modalités et logiques de distribution des fourrages ... 53

II.3.3.3 Qu’en est-il des concentrés ? ... 54

II.3.3.4 Minéraux et vitamines, ou la grande faiblesse ... 55

II.3.4 La conduite sanitaire ... 55

II.3.5 Typologie : conduites d’élevage ... 56

II.4 Les résultats technico-économiques ... 61

II.4.1 La vente d’un animal... 61

II.4.2 Les critères technico-économiques retenus... 62

II.4.3 Typologie : investissements et résultats. ... 63

II.5 Vers une typologie synthétique ... 66

II.6 Les ranchers ... 66

II.7 Les données filière recueillies ... 67

II.7.1 Les services de l’élevage... 67

II.7.2 Les voies de commercialisation ... 68

III DISCUSSION ... 71

III.1 Sur la méthodologie employée... 71

III.1.1 La méthode statistique ... 71

III.1.2 L’échantillonnage... 71

III.2 Sur les contraintes de l’élevage bovin ... 72

III.2.1 Les contraintes liées au troupeau ... 72

III.2.2 Les contraintes liées à la conduite d’élevage ... 72

III.2.3 Les contraintes sociales et économiques au niveau de l’éleveur ... 73

CONCLUSION... 75

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ... 77

ANNEXES... 79

ANNEXE I : LISTE DES BARANGAYS ENQUÊTÉS ... 79

(9)

TABLE DES ILLUSTRATIONS

Liste des figures :

Figure 1: Carte administrative de Mindanao. Echelle : 1 cm = 75 km (FAO, 1996) ... 12

Figure 2: Carte climatique de Mindanao. Echelle : 1 cm = 150 km (FAO, 1996)... 14

Figure 3: Evolution du taux annuel de croissance démographique (FAO, 1996) ... 15

Figure 4: L'augmentation de la population urbaine aux Philippines (FAO, 2001)... 16

Figure 5: Projections démographiques aux Philippines (FAO, 2001) ... 16

Figure 6: Place systématique du genre Bos (DADIS, 1995)... 20

Figure 7: Evolution des effectifs des animaux de rente dans 4 pays de l'ASEAN ... 22

Figure 8: Densité des bovinés pour quelques provinces de Mindanao (NSO, 2000) ... 22

Figure 9: Effectifs bovins pour quelques provinces de Mindanao (NSO, 2000) ... 22

Figure 10: Effectif des bovins présents, abattus et importés depuis 1985 (FAO, 2001) ... 26

Figure 11: Zones d'enquête en région XI. Echelle : 1 cm = 10 km ... 31

Figure 12: Zones d'enquête en régions IX et X. Echelle : 1 cm = 10 km... 31

Figure 13: Les étapes de la typologie et les logiciels utilisés ... 33

Figure 14: Les deux principales sources de revenu des éleveurs allaitants ... 35

Figure 15: Origine du premier bovin pour l’éleveur ... 35

Figure 16: Exemple de mécanisme de dispersal sur budget provincial ... 36

Figure 17: La main-d’œuvre pour l’élevage allaitant ... 36

Figure 18: Surface des exploitations ... 37

Figure 19: Les deux principales cultures en terme économique ... 38

Figure 20: Répartition des fermes par culture principale et par province... 38

Figure 21: Description des groupes de la typologie "Eleveur" ... 40

Figure 22: Représentations graphiques de l'AFCM "Eleveur" ... 41

Figure 23: Histogramme des valeurs propres de l'AFCM "Eleveur" ... 41

Figure 24: Répartition des éleveurs par taille de troupeau... 43

Figure 25: Répartition des éleveurs par nombre d’animaux autre que les bovins... 44

Figure 26: Description des groupes de la typologie "Structure du troupeau" ... 47

Figure 27: Représentations graphiques de l'AFCM "Structure du troupeau"... 48

Figure 28: Histogramme des valeurs propres de l'AFCM "Structure du troupeau" ... 49

Figure 29: Coût d'une saillie naturelle. Variations régionales ... 50

Figure 30: Modalités de paiement lors d'utilisation d'un taureau extérieur ... 51

Figure 31: Disponibilité d'un taureau reproducteur ... 51

Figure 32: Nature des fourrages de la ration de base ... 52

Figure 33: Noms latins de quelques plantes importantes sur Mindanao ... 53

Figure 34: Typologie des logiques d'utilisation des concentrés ... 54

Figure 35: L'approvisionnement en concentrés... 56

Figure 36: Description des groupes de la typologie "Conduite d'élevage"... 58

Figure 37: Représentations graphiques de l'AFCM "Conduite d'élevage" sur F1-F2... 59

Figure 38: Histogramme des valeurs propres de l’AFCM "Conduite d'élevage" ... 59

Figure 39: Représentations graphiques de l'AFCM "Conduite d'élevage" sur F1-F3... 60

Figure 40: Raison des ventes réalisées en 2000 ... 61

Figure 41: Destination des ventes d'animaux en 2000 ... 62

Figure 42: Prix moyen par type d'animal, par tête et par kg de poids vif ... 62

Figure 43: Description des groupes de la typologie 'Résultats"... 64

Figure 44: Représentations graphiques de l'AFCM "Résultats" ... 65

Figure 45: Histogramme des valeurs propres de l'AFCM "Résultats"... 65

Figure 46: Les services de l'élevage des Philippines... 67

Figure 47: Les échanges d'animaux dans la filière classique ... 70

(10)

Liste des tableaux :

Tableau 1 : Chiffres de la production de viande de bœuf et de buffle en 1998 (FA0, 2001) ... 26

Tableau 2 : Productivité du cheptel bovin en 1998 (Letenneur L., 2000) ... 27

Tableau 3 : Prix et consommation des viandes aux Philippines en 1998 (NSO, 2000)... 27

Tableau 4: Domaines abordés par le questionnaire ... 29

Tableau 5: Description des variables "Eleveur"... 40

Tableau 6: Description des variables de l'AFCM "Structure du troupeau" ... 47

Tableau 7: Description des variables "Conduite d'élevage" ... 58

Tableau 8: Calcul des principaux paramètres démographiques 2000-2001 ... 63

Tableau 9: Description des variables "Résultats" ... 64

Liste des photographies : Photo 1: Petit éleveur de Davao del Norte ... 24

Photo 2: Enquêtes lors d'une campagne de vaccinations ... 30

Photo 3: Croisée Native X Brahman dans le Davao del Norte... 42

Photo 4: Bovins conduits sous cocotiers sur Samal... 57

Photo 5: Bovin utilisé pour la traction ou daro ... 57

Photo 6: Vente au détail dans un meat shop et importance de la qualité... 69

ABREVIATIONS

AFCM Analyse Factorielle des Correspondances Multiples

ASEAN South East Asian Nations Association

BAS Bureau of Agricultural Statistics

CAH Classification Ascendante Hiérarchique

CARP Comprehensive Agrarian Reform Program

CIRAD Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement

CVO City Veterinary Office

DA Department of Agriculture

DAR Department of Agrarian Reform

EC Ecart type

EMVT Elevage et Médecine Vétérinaire Tropicale

F Fourchette (minimum – maximum)

FAO Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture

IA Insémination Artificielle

IRRI International Rice Research Institute

IVV Intervalle Vêlage – Vêlage

M Moyenne

MAO Municipal Agriculturist Office

NABC National Artificial Breeding Center

NSO National Statistics Office

PCC Philippines Carabao Center

PHP Peso philippin (1 PHP = 0,15 FF en septembre 2001)

(11)

INTRODUCTION

A l’image des Tigres asiatiques, la plupart des pays d’Asie ont récemment profité d’une forte croissance économique. Mais les Philippines n’ont pas complètement réussi à attraper le

« train de la croissance » car leur situation politique et sociale a freiné bien des

investissements étrangers. L’archipel présente aujourd’hui un double visage, à la fois dragon asiatique et terre d’agriculture (Camroux D., 2000 ; Kane S. et al, 2000). La population rurale, aux vives tensions sociales, doit assurer l’alimentation des 75 millions de Philippins. 120 millions d’habitants sont attendus en 2020 dans ce pays grand comme l’Italie.

Dans ce contexte, la production des protéines animales est un enjeu considérable. La viande porcine et la viande de volaille ont la faveur des Philippins : à l’échelle des petits éleveurs, ce sont rarement des activités très rémunératrices au sein de la ferme ; à l’échelle du pays, les filières industrielles très gourmandes en importations d’aliments ou de technologies pèsent sur la balance commerciale du pays. En 1998, au plus fort de la récession économique des pays d’Asie, ces filières ont montré leurs limites. Qu’en est il de la filière viande bovine ? 3 millions de buffles et 2,4 millions de bovins cohabitaient en 1998. Si les buffles sont plus nombreux, ils représentent moins d’un quart de la consommation de viande bovine des Philippines et leur élevage avant tout répond aux besoins en traction animale, largement répandue aux Philippines.

On en vient finalement aux bovins au sens strict – du genre Bos. Ils présentent a priori l’avantage d’avoir une importance sociale considérable puisque près de 90 % du cheptel est aux mains des petits éleveurs. Ils ne nécessitent pas d’intrants de l’extérieur puisque leur conduite est avant tout fondée sur le pâturage. Dans ce cadre, le pays très fertile, très ensoleillé et très pluvieux peut aisément subvenir à leurs besoins, et les cultures dégagent même des sous-produits tels que sons de riz ou tourteaux de coprah. La viande bovine, bien que jugée assez chère, est très appréciée, et la consommation est en augmentation régulière car le pouvoir d’achat augmente chez les citadins de plus en plus nombreux. Pourtant, la filière coûte plus de 100 millions d’euros chaque année à l’archipel. Car, toujours pour prendre l’exemple de l’année 1998, sur 779 000 bovins abattus, 240 000 provenaient d’Australie, importés et engraissés depuis 1997 dans les centres d’embouche. Soit 30 % de l’effectif abattu qui contribue pour plus de 40 % de la production de viande bovine sur le pays. L’ardoise se creuse par les 71 000 tonnes de viande importée directement. Ces chiffres montrent à la fois la carence de la production locale tant en termes d’effectifs que de productivité par carcasse. En première analyse, ces résultats peuvent s’expliquer respectivement par une lente reproduction du cheptel – un veau tous les 3 ans en moyenne – et une génétique des animaux locaux à la traîne sur le plan de la production – les Native pèsent 250 kg à l’âge adulte.

Les décideurs philippins sont bien conscients de cette situation et le gouvernement s’engage de façon importante auprès de ses producteurs par l’entremise des services de l’élevage du DA. En 1997, un projet d’appui à la filière et aux éleveurs allaitants a vu le jour dans le sud de Mindanao : monté par SERSIA France, il consiste à proposer un service d’insémination artificielle, avec la génétique Limousine et Charolaise. Afin de mieux appréhender l’élevage et ses pratiques sur Mindanao, cette société a demandé la réalisation d’une typologie des systèmes d’élevage au niveau des petits éleveurs, sur lesquels peu de données bibliographiques spécifiques aux Philippines semblent disponibles. Cette typologie a pu être réalisée par le biais d’enquêtes sur le terrain effectuées de la mi mai à la fin juillet 2001 sur l’île de Mindanao. Elle est l’objet central de cette thèse qui se décompose en 2 temps.

(12)

Dans une première partie, un coup de projecteur sur Mindanao permettra de se familiariser avec les Philippines, un archipel probablement méconnu. Seront notamment développées les conditions naturelles, humaines et surtout agricoles, qui ont leurs conséquences sur l’élevage bovin. Cette activité sera ensuite présentée succinctement, à partir de données bibliographiques notamment, afin de poser la problématique du sujet, à savoir les lacunes de la filière au niveau de la production. Les autres aspects de la filière méritent un intérêt certain, notamment l’aval et la commercialisation, mais ils n’ont pas fait l’objet de l’étude sur le terrain et seuls quelques éléments spécifiques à Mindanao seront précisés.

Les résultats d’enquêtes et la typologie seront donnés dans la seconde partie, d’abord essentiellement d’une manière descriptive, puis en utilisant l’analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM) et la classification hiérarchique ascendante (CAH), une méthode qui sera largement explicitée. L’objectif est de pouvoir obtenir une vue synthétique sur les systèmes d’élevage observés dans les petites exploitations de bovins allaitants, et de souligner un certain nombre de contraintes de production qui pèsent dans l’inefficacité de la filière viande bovine. Même si cette typologie reste encore une fois spécifique à l’île de Mindanao, ces contraintes mises à jour risquent de peser lourd sur le visage futur de l’élevage bovin aux Philippines.

(13)

PREMIERE PARTIE : PANORAMA DE L’ELEVAGE BOVIN SUR

MINDANAO

I PRESENT ATION DE L A ZONE D’E TUDE : L’ILE DE MINDAN AO I.1 Le décor na turel

I.1.1 La géo graph ie de l’île

Mindanao est l’île la plus méridionale des Philippines, un archipel tropical de plus de sept mille îles éparpillées au large de l’Asie continentale, entre l’Indonésie et Taïwan. Ce statut d’archipel a rendu plus difficile l’établissement de marchés et aujourd’hui encore, l’intégration économique harmonieuse des différentes îles n’est pas évidente. Les 102 000 km² de Mindanao la placent entre la grande Luzon au nord, 140 000 km², où se situe la capitale, Manille, et le groupe des Visayas de 57 000 km². Elle obéit au même découpage administratif que ses voisines, en régions, provinces, municipalités et barangays (Figure 1) : les zones d’enquête sont disséminées au nord (provinces du Misamis Oriental et Misamis Occidental) et au sud de l’île (provinces de Davao del Sur, Davao Oriental et Davao del Norte à laquelle appartient l’île de Samal).

Les Philippines font partie de la « ceinture de feu » de la zone pacifique : les accidents tectoniques et le volcanisme expliquent la topographie très variée de Mindanao, échancrée au sud par la baie de Davao et étirée à l’ouest par la péninsule montagneuse de Zamboanga. Les sols d’origine volcanique ne posent d’ailleurs aucun problème de fertilité, si ce n’est sur les pentes où l’érosion est parfois aiguë.

I.1.2 Un climat tropica l

Les températures sont presque constantes. Les mois les plus chauds sont avril à juin et les plus froids, décembre à février avec 25,5°C en moyenne en janvier... En journée, la température ne descend pas en dessous de 22°C en plaine. L’amplitude thermique journalière comme saisonnière est faible, et les variations géographiques négligeables. Mindanao, au même titre que l’ensemble des Philippines, bénéficie d’un climat tropical humide complexe ; la mousson du nord-est, d’octobre à mars, et la mousson du sud-ouest, de mai à octobre, sont associées aux deux grandes périodes de pluie et les précipitations annuelles, qui varient entre 800 et 4 500 mm, déterminent 4 types climatiques (FAO, 1996). Le type I est absent de Mindanao mais les précipitations totales peuvent être cependant faibles notamment en Davao del Sur et General Santos. Le type IV couvre l’ensemble des zones d’enquête, y compris au nord – la ville pourtant proche de Cagayan de Oro est soumise au type II (Figure 2).

En terme d’élevage, le climat tropical est traditionnellement associé à des taux de croissance des animaux relativement faibles à cause de la chaleur, de l’humidité et de l’ensoleillement, à un parasitisme externe et interne élevé, et à la difficulté à gérer les ressources fourragères : les fourrages ont une tendance à devenir rapidement fibreux, leur valeur nutritive est très aléatoire et ils sont difficiles à conserver que ce soit sous forme de foin ou d’ensilage à cause de l’humidité.

(14)

I.1.3 Les catastrophes et ha sards nature ls

Si Luzon est le théâtre d’éruptions volcaniques presque annuelles – mont Mayon – ou cataclysmiques – mont Pinatubo en 1991, la plupart des volcans de Mindanao sont éteints. Seule la péninsule de Zamboanga présente de réels risques tectoniques. Des épisodes de sécheresse catastrophique, ramenés au Niño, ne sont pas exceptionnels, le dernier en date remonte à 1998 et s’est avéré très sévère. Enfin, les deux tiers nord des Philippines subissent également en moyenne une vingtaine de cyclones par an concentrés de juillet à octobre, mais Mindanao présente la particularité importante de ne pas être sur leur trajectoire (FAO, 1996). Dans la moitié nord des Philippines, ces hasards naturels (éruptions volcaniques et typhons) rendent même l’élevage aléatoire et donc freinent les investissements.

Mindanao possède trois caractéristiques physiques importantes en terme d’élevage bovin : des sols très fertiles, donc un potentiel fourrager important ; un climat globalement chaud et humide qui certes permet une forte croissance de la végétation, mais qui est à nuancer dans le détail car les pluies peuvent se révéler localement faibles ou tardives (ou ne pas se révéler du tout, comme lors de l’épisode de sécheresse de 1998 qui a décimé le bétail) ; une situation en marge des cyclones dévastateurs qui rend possible l’arboriculture, ce qui dégage une surface considérable de pâture sous cocotiers, sous fruitiers.

F i g u r e 2 : C a r t e c l i ma t i q u e d e M i n d a n a o . E c h e l l e : 1 c m = 1 5 0 k m (FAO, 1996) Légende

Type I ; la saison sèche - 3 à 6 mois sur l’hiver et le printemps - et la saison humide - été et automne, la pluviosité étant maximale de juin à septembre - sont prononcées.

Type 2 ; il n’y a pas de saison sèche, la pluviosité est maximale l’hiver, surtout de décembre à janvier.

Type 3 ; la pluviosité est assez homogène, avec une courte saison sèche de 1 à 3 mois, en hiver ou au printemps.

(15)

I.2 Le contexte humain

I.2.1 Un peuplement ré cent

Mindanao est moins peuplée que le reste de l’archipel car elle n’est une terre d’immigration que depuis les années trente. Bref retour en arrière… D’origine malaise, la population était structurée en petits groupes familiaux, les barangays, placés sous l’autorité

du datu . L’islam se répand dès le XVe siècle dans le sud de Mindanao et sur les Sulu et des

sultanats apparaissent. La population indigène tend alors à se retirer dans les forêts du piémont et de la montagne et pratique l’agriculture sur brûlis. Ces tribus montagnardes et les

musulmans sont bien les seuls à résister à la colonisation espagnole du XVIe, qui marque

l’entrée du reste des Philippines dans le monde catholique, sans bouleversement. Les

échanges économiques, les influences étrangères restent faibles. A l’orée du XXe siècle, les

Américains prennent le relais des Espagnols : les Philippines n’accéderont à l’indépendance qu’en 1946 après une courte occupation japonaise : c’est alors que Mindanao connaît une importante immigration des populations des Visayas et de Luzon, chassées par la misère, attirées par une véritable « terre promise » et encouragées en cela par les gouvernements de l’époque : la croissance de la population est très rapide (Figure 3). Les infrastructures commencent à suivre, les fronts pionniers progressent avec les axes de circulation. Cette

seconde moitié du XXe siècle voit monter des tensions concernant notamment l’appropriation

des terres, entre populations musulmanes, ethnies indigènes et immigrés catholiques. Elles restent d’actualité, surtout dans les fiefs musulmans du sud et de l’ouest de l’île (Mortimer L., 1991). 0 1 2 3 4 5 6 1960-1970 1990-1995 %

Philippines Luzon NCR Visayas Mindanao

F i g u r e 3 : E v o l u t i o n d u t a u x a n n u e l d e c r o i s s a n c e d é mo g r a p h i q u e ( F A O , 1 9 9 6 )

I.2.2 La population : une démo graph ie mal ma îtrisée

Ce peuplement récent de l’île explique que la densité soit encore relativement faible :

173 hab/km2 contre 251 hab/km2 pour l’ensemble de pays en 2000. Le taux de croissance

démographique annuel est parallèlement élevé, supérieur aux provinces bondées des Visayas, mais il intéresse les villes : le creusement des disparités de revenu se fait aussi au détriment des campagnes. Mindanao est donc sur la trace de ses sœurs, vers une saturation progressive des espaces et une urbanisation de la population. D’après les projections de la FAO, dans 20 ans aux Philippines, il y aura 45 millions de Philippins de plus à nourrir avec une population rurale qui risque de ne pas avoir beaucoup augmentée (Figure 4, Figure 5).

(16)

0 10 20 30 40 50 1980 2000 En millions d'hab

Population agricole Population non agricole

F i g u r e 4 : L ' a u g me n t a t i o n d e l a p o p u l a t i o n u r b a i n e a u x P h i l i p p i n e s ( F A O , 2 0 0 1 )

I.2.3 La diversité des activités humaine s et l’économie

Mindanao vit d’abord en partie de ses cultures, son élevage, sa pêche, son bois et ses ressources minérales. Le secteur industriel - textile, assemblage électronique et automobile, produits chimiques, raffineries - est développé mais moins que sur Luzon : il se développe notamment grâce aux investissements étrangers, intéressés par cette main d’œuvre bon marché parlant la langue anglaise (De Graaf J., 1996). En exagérant, les échanges économiques entre Mindanao et Luzon s’apparentent un peu à ceux des Philippines dans leur ensemble avec l’étranger. A l’échelle nationale, les principales exportations sont le bois, l’électronique, le textile, la noix de coco et les importations consistent en matières premières, biens d’équipement et biens intermédiaires : les principaux partenaires sont les USA, le Japon et Singapour. Les Philippines sortent péniblement de l’épisode récent de récession asiatique, les derniers indicateurs économiques, en janvier 2001, sont de bonne augure ; taux de chômage de 11,4 %, balance commerciale excédentaire de 417 millions US$ (NS0, 2000).

Le peuplement est donc récent sur Mindanao et à bien des égards, on y trouve des fronts pionniers : les répercussions sont nombreuses à l’échelle de l’île – faiblesse du marché intérieur et des infrastructures - comme à celle de l’agriculteur éleveur : la disponibilité foncière est théoriquement supérieure, le « cycle » des cultures est à un stade précoce, et une certaine faiblesse des voies de communication complique la commercialisation des produits agricoles et de l’élevage. Cette spécificité ne protège cependant pas l’île contre l’un des problèmes numéro un du pays, sa démographie.

60 70 80 90 100 110 120 130 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 En millions d'hab F i g u r e 5 : P r o j e c t i o n s d é mo g r a p h i q u e s a u x P h i l i p p i n e s ( F A O , 2 0 0 1 )

(17)

I.3 Le Mindana o agricole

I.3.1 Le poids de l’a gricu ltu re à l’éche lle nationale

L’agriculture employait 41 % de la population active en 1997 aux Philippines, en légère baisse depuis une dizaine d’années. Le secteur agricole représentait, en 1997, 21 % du PIB, dont 13 % pour le secteur ruminant - les deux tiers pour les bovins, et 54 % pour les cultures. L’élevage bovin au sens strict représentait donc 1,8 % du PIB en 1997. Le poids de l’agriculture dans les emplois et le PIB diminue : la population agricole stagne (Figure 4). L’agriculture représentait 11,3 % des exportations en valeur en 1998, avec la noix de coco en position de force, mais aussi 10 % des importations, notamment le maïs et le riz (FAO, 1996 ; BAS, 1998).

Les terres agricoles couvrent 10 millions d’hectares, et les principales productions sont par volume décroissant le sucre de canne, le riz, la noix de coco, le maïs, la banane, le manioc et l’ananas. Tabac, fibres d’abaca, tomate, ail, oignon, chou, aubergine, huile de palme, arachide et coton complètent un rapide inventaire. Les Philippines sont notamment le premier producteur mondial de noix de coco : on comptait 2 700 000 exploitations de noix en 1991 (Moog F.A., 2000). Une présentation rapide des quatre principales cultures s’impose étant donné la relation importante entre les ressources agricoles et l’élevage à l’échelle du pays comme à celle d’une province et d’une petite exploitation.

I.3.2 Quatre cu lture s fortement dominantes

Mindanao n’est pas sur la route des typhons, ce qui a favorisé l’arboriculture, hévéa dans un premier temps puis ces derniers vieillissants ont permis le développement des cocoteraies et des fruitiers, favorisés par l’existence de marchés intérieurs et à l’exportation prometteurs, ce qui reste vrai aujourd’hui uniquement pour les fruits. Les régions XI et X sont respectivement les 2 premières productrices de fruit en volume. Ces cultures empiètent toujours plus sur une forêt par ailleurs fortement dégradée, les lambeaux de la végétation primaire ne subsistant plus qu’aux endroits les plus reculés : l’île est littéralement devenue recouverte de cocotiers.

La plupart du temps, il s’agit de petites exploitations qui sont aux mains des fermiers : les plantations sont cependant souvent peu entretenues et les rendements sont faibles. De plus, le cours de la noix de coco est devenu très faible en 2001, accélérant des reconversions (vergers, commerce du bois ou du vin de cocotier). Par rapport à l’élevage bovin, on peut distinguer 3 types de plantation arborée ou fruitière:

_ les bananeraies intensives des grosses multinationales, tournées vers l’exportation, et l’ananas, qui n’autorisent pas l’élevage,

_ les cocoteraies, associées ou non aux bananiers, manguiers et autres fruitiers1, _ les autres arbres et vergers en plantations généralement lâches.

Ces deux derniers types de plantations permettent la conduite d’animaux sur les pâturages, naturels ou cultivés (Reynolds S., 1996). D’autre part, le tourteau de coprah est un sous produit très intéressant – les fruits déclassés le sont beaucoup moins (Rivière R., 1991).

1

D u r i a n ( D u r i o z i b e t h i n u s ) , s a n t o l ( S a n d i r i c u m i n d i c u m ) , ma n g u e ( M a n g i f e r a i n d i c a ) , p o me l o , l a n z o n e s ( L a n s i u m d o m e s t i c u m ) , m a r a n g ( A r t o c a r p u s o d o r a t i s s i m a )

(18)

Après la noix de coco, le maïs est l’autre production majeure de l’île de Mindanao : il s’agit surtout de maïs blanc, le climat lui est favorable et sa culture est très facile et très fréquente sous les cocotiers : elle couvre largement tout le centre humide de Mindanao soumis au climat de type IV, notamment la grande zone de ranching du Bukidnon. L’autosuffisance n’a pourtant pas été atteinte ces dernières années au niveau national avec l’importation de 330 milliers de tonnes en 2000 (Moog F.A., 2000). Il s’agit d’une production destinée à l’alimentation humaine et à l’industrie de l’alimentation animale (volailles), donc aussi bien à la vente qu’à l’autoconsommation au niveau des fermes. Le maïs représente une source de fourrage après récolte et génère également un son de maïs, proche du son de riz, lors du traitement des grains.

Le riz est la principale culture vivrière aux Philippines. L’introduction de nouvelles variétés facilitée par la présence de l’IRRI sur Luzon, avec une utilisation importante des engrais et des pesticides, ainsi que la mise en place de systèmes d’irrigation (63 % de la surface cultivée en 1996) appuyée par la volonté des gouvernements, ont permis une révolution verte classique, mais relativement confinée aux basses terres. Cependant l’autosuffisance n’a pas non plus été atteinte ces dernières années à cause du trio sécheresse, cyclones et crise économique (Moog F.A., 2000). La riziculture est fort répandue dans les régions III, VI, II et IV (respectivement Central Luzon, Western Visayas, Cagayan Valley et Southern Tagalog), moins sur Mindanao : elle est notamment présente dans le Davao del Norte. Deux voire trois récoltes annuelles sont possibles en cas d’irrigation toute l’année, dans les basses terres. Cependant la majorité des paysans n’effectue qu’une seule récolte du fait des pentes ou des périodes de relative sécheresse : des cultures dérobées, notamment des légumes, sont alors souvent associées. A la production de résidus – paille de riz – et de sous produits – farines basses et hautes de riz – s’ajoute pour l’entretien des bovins la possibilité de les conduire sur les paddy après récolte, pour peu que la riziculture ne soit pas trop intensive

La canne à sucre se rencontre en Davao del Sur, mais très loin derrière la région des Western Visayas qui domine la production – l’île de Negros est « l’île du sucre ». La canne à sucre a vu son industrie s’effondrer dans les années 80 à cause de la chute du prix mondial, de l’instauration de quotas américains et de monopoles d’état (Mortimer L., 1991). Elle reste cependant une culture à haute valeur ajoutée et comme classiquement ce sont d’assez grandes fermes (voire d’immenses plantations sur Negros), les planteurs de canne tiennent le haut du pavé au sein des agriculteurs. La canne à sucre fournit les précieux bouts blancs appréciés des bovins.

I.3.3 Une réforme a gra ire qu i p rogresse labo rieu sement

La réforme agraire est un chantier entrepris depuis plus de 30 ans et qui a transformé le monde agricole : mais même si des résultats sont obtenus, encore trop peu de fermiers possèdent la terre qu’ils labourent à cause des intérêts de proches du pouvoir, des pratiques illégales de conversion de terres agricoles, de l’insuffisance du budget pour le rachat des terres, du manque d’organisation en coopératives, de la difficulté d’accès aux prêts bancaires et de l’ignorance des paysans de leurs droits (Cunisset C., 2000).

Il est difficile d’en estimer les conséquences concernant l’élevage ruminant. En fragmentant le foncier, elle peut favoriser les cultures à forte valeur ajoutée qui, à de rares exceptions près (vergers), sont défavorables aux ruminants en terme d’espace – mais pas en terme de sous-produits –, comme inciter à une diversification des activités parmi lesquelles l’élevage. La seule certitude est qu’elle a incité de nombreux grands propriétaires terriens a augmenter voire créer un cheptel qui atteigne la limite requise d’un bovin par hectare pour conserver les terres : d’un autre côté, la motivation pour l’activité d’élevage est variable et les

(19)

inquiétudes sur l’évolution de cette réforme peut constituer un frein à plus d’investissement dans l’élevage.

(20)

II UN P AYS D’ELEVAGE DIVERS IFIE II.1 Les ressources animales

II.1.1 Les race s

Peu de données bibliographiques sont disponibles sur les races des grands ruminants présents aux Philippines. On peut en fait décrire 2 races bovines dominantes : un zébu, le Brahman, et un taurin, le Native. Il faut aussi mentionner la présence importante du buffle, ou carabao (Figure 6). Les autres races sont anecdotiques en termes d’effectifs : Holstein, bovin de Bali, zébu Sahiwal, buffle sauvage ou tamarao (DADIS, 1995).

F i g u r e 6 : P l a c e s y s t é ma t i q u e d u g e n r e B o s (DADIS, 1995)

La littérature sur le Philippine Native est la moins abondante : cette race bovine descendrait de races chinoises et mexicaines, elle est utilisée pour la traction et la production de viande aux Philippines, notamment dans les Batangas, sur Mindoro et Palawan. Des variétés sont décrites : le Batanes black, sombre et à petite bosse, localisé aux îles Batan, le Batangas, sans bosse, à robe rouge unicolore, présent sur Luzon, l’Ilocos, l’Iloilo (DADIS, 1995).

Le Brahman américain est une race créée aux USA à la fin du XIXe siècle, à partir de

zébus d’Inde et du Pakistan puis du Brésil : il fut alors importé en Australie vers 1933 et provoqua une révolution dans les systèmes de production. Ce zébu dérivé de races indiennes, rustique et résistant, est adapté pour vivre dans les régions tropicales : tardif, de taille moyenne, la tête longue et les oreilles tombantes, le poil court et gris, une peau souple et mobile qui assure une protection contre les parasites externes, la bosse caractéristique, le

genre Syncerus (buffle d’Afrique)

genre Bos (bibos) (banteng, gaur…) Bos primigenius auroch (éteint) genre Bubalus (buffles asiatiques, carabao) Caprinae Ovinae Bos Bovinae BOVIDAE Bos taurus (VACHES) Bos indicus (ZEBUS) autres genres (bison, …)

(21)

fanon et le repli du fourreau très marqué. Ses points faibles sont sa fertilité, sa conformation et sa sensibilité aux dermatophiloses (Bergès J. et al, 1989).

Le carabao est un buffle d’eau domestique utilisé d’abord pour son travail. Les adultes font autour de 400 kg et sont noirs. Le carabao est puissant, le seul bien adapté au travail en zones humides sa viande et ses abats sont traditionnellement fort recherchés. Les inconvénients de la race sont des quartiers arrières peu développés (conformation carcasse mauvaise et faible rendement viande), sa faible résistance à la température en dehors des zones humides où il peut s’immerger, sa faible fécondité, une faible vitesse de croissance et une forte mortalité des jeunes. Le carabao est souvent croisé avec le murrah indien (mestizo), par insémination, pour la production de viande (format plus grand), dans le cadre du programme de développement de la production, géré par le PCC (DADIS, 1995).

II.1.2 Les effectifs

Les Philippines hébergeaient 3 millions de carabaos, 3,2 millions de chèvres, mais seulement 2,5 millions de bovins en 2000 : ces effectifs la distinguent de ses voisins comparables de l’ASEAN (Thaïlande, Cambodge, Viêt-nam, Indonésie) en deux sens : plus de buffles que de bovins, et une densité bovine assez faible. Cette spécificité peut venir du fait que ce sont les buffles qui sont utilisés très majoritairement pour la traction animale, bien qu’il existe des variations régionales (Steinfeld H., 1998).

Les effectifs bovins ont une tendance récente à la stagnation : la forte augmentation des dix dernières années était surtout due à celle des importations d’animaux en provenance d’Australie, destinés pour la majorité d’entre eux à l’engraissement mais aussi pour une partie à la redistribution ou dispersal. Cette stagnation des effectifs de bovins – comme de carabaos – est d’autant plus sensible que les effectifs des porcins et volailles sont amenés à poursuivre leur forte augmentation (Figure 7).

0 2000 4000 6000 8000 10000 12000

Philippines Thailande Vietnam Indonésie

En millier s 1980 1990 2000 Effectifs de bovins 0 1000 2000 3000 4000 5000 6000

Philippines Thailande Vietnam Indonésie

En millier s 1980 1990 2000 Effectifs de buffles 0 5000 10000 15000 20000

Philippines Thailande Vietnam Indonésie

En millier s 1980 1990 2000 Effectifs de porcins 0 100 200 300 400 500 600 700 800

Philippines Thailande Vietnam Indonésie

En million

s

1980 1990 2000 Effectifs de volailles

(22)

F i g u r e 7 : E v o l u t i o n d e s e f f e c t i f s d e s a n i ma u x d e r e n t e d a n s 4 p a y s d e l ' A S E A N ( F A O , 2 0 0 1 )

Mindanao est logiquement une grande région d’élevage, mais ce qui frappe est l’hétérogénéité de cette activité en fonction des régions. On peut distinguer des provinces de forte production bovine au nord (Bukidnon, Misamis) et au sud ouest (Davao del Sur, South Cotobato, North Cotobato), de colonisation plus ou moins ancienne (musulmans, puis émigrés des Visayas) à côté de régions aux densités animales très faibles (Davao del Norte, Davao Oriental, Figure 8), qui sont les régions de colonisation plus récente : vue l’importance de ces zones pionnières, le potentiel de l’île est loin d’être complètement exploité – comme c’est le cas dans les Visayas – et Mindanao n’abrite en effet que 820 000 bovins en 2000 : un tiers des effectifs du pays pour un tiers de la superficie (NSO, 2000). Les provinces du Bukidnon, du Cotobato sont classiquement présentées comme les centres de la production de bovins, car ce sont des zones où les activités dites commerciales (commercial), c’est-à-dire le ranching et les centres d’embouche, sont très importantes (Figure 9) : elles se sont développées en profitant des ressources fourragères facilement accessibles – des grands herbages qui permettent de limiter la main d’œuvre pour la conduite des troupeaux. Pourtant, les plus fortes densités de bovins se rencontrent au nord, aux mains des éleveurs backyard, et où se rencontre une autre spécificité, à savoir le nombre relativement faible de carabaos : ici existe à la fois la tradition de l’élevage bovin et de son utilisation pour la traction animale, très répandue à cause de l’importance des zones en pente.

0 10 20 30 40

Davao del Norte Davao Oriental Misamis Occidental Misamis Oriental Bukidnon Davao del Sur South Cotobato

En tête/km²

Densité des bovins Densité des carabaos

F i g u r e 8 : D e n s i t é d e s b o v i n é s p o u r q u e l q u e s p r o v i n c e s d e M i n d a n a o (NSO, 2000)

0 20000 40000 60000 80000 100000 120000 Davao del Norte

Davao Oriental Misamis Occidental Misamis Oriental Bukidnon Davao del Sur South Cotobato

Nombre de têtes Bovin (backyard) Bovin (commercial)

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II.2 Les s ys tèmes d’éle vage bovin : a pproche bibliogra phique

La bibliographie sur les systèmes d’élevage bovin permet de distinguer plusieurs groupes d’éleveurs aux Philippines (Duval T., 2001) : petits éleveurs ou éleveurs backyard, ranchers, engraisseurs, coopératives. La typologie viendra nuancer et compléter les données bibliographiques disponibles sur les petits éleveurs. Les deux derniers groupes ne seront pas repris dans la deuxième partie et une parenthèse sera faite sur l’élevage laitier.

II.2.1 Les petits éle veu rs

Les petits éleveurs possèdent ensemble 80 % du cheptel mais chacun seulement une ou deux têtes, notamment sur Luzon (Batangas, Ilocos Norte et Pangasinan), Mindanao (Zamboanga del Sur) et les Visayas (Cebu, Negros Oriental). Ce sont ces eux qui sont l’objet essentiel des enquêtes, et leur description sera effectué grâce à la notion de système d’élevage. En effet, si l’élevage bovin dans les pays occidentaux s’affranchit en partie des données agricoles et sociales, aux Philippines seule la notion de système d’élevage, qui implique une interdépendance étroite des facteurs homme, troupeau et environnement, permet d’aborder cette activité (Lhoste P., 1993) : ainsi, les bovins sont utilisés pour la traction, la valorisation des résidus ou sous-produits de récolte, la fumure ; ils ont aussi un rôle de capital (liquidité) et le lait, la viande et les peaux sont plus ou moins importants. Les systèmes d’élevage sont donc fonction des cultures et de la taille de l’exploitation, qui déterminent les aliments disponibles et le maintien ou non d’animaux (Speedy A., 1993).

A la base de ces systèmes, on trouve une volonté de diversification des activités et donc des revenus, le but étant de minimiser les risques pouvant être encourus par exemple par une forte sécheresse, une invasion de parasites de certaines cultures. Le niveau d’intégration est souvent très élevé, les animaux fournissant la traction, la fumure, l’entretien de la végétation et les cultures représentant des sources de résidus, de sous-produits, parfois de l’ombre pour ce bétail. Il y a presque un circuit fermé des éléments nutritifs. Le faible recours à des intrants hors de la ferme est caractéristique, ainsi que la quasi absence de capital. Enfin, ces exploitations familiales sont à la base de la vie sociale des populations rurales (Devendra C., 2000 ; Dalsgaard J., 1997).

(24)
(25)

II.2.2 Le ranchin g

Les ranchers détiennent moins de 10 % du cheptel philippin ; cent mille têtes sont localisées dans 4 provinces, sur Luzon (Masbate est l’île du ranching) et Mindanao (Bukidnon, South Cotobato, North Cotobato), là où les herbages sont les plus étendus, exploités comme pâturages naturels ou cultivés ; ils possèdent souvent des structures d’engraissement des mâles (Moog F.A., 2000). Quelques ranchers ont pu aussi être enquêtés sur Mindanao.

II.2.3 L’engra issement

On peut distinguer deux types de structures d’engraissement :

_ des centres d’embouche, qui brassent un nombre croissant d’animaux : 2000 en 1987, 253 000 en 1999. Ces feed-lot se situent sur Mindanao (General Santos) et Luzon (Southern Tagalog et Central Luzon). Cette filière profite à la fois de la demande croissante de viande de qualité (restaurants, marchés urbains) et des tentatives de développement de la filière lait (Corpuz G., 2000b ; Letenneur L., 2000). Ainsi, les animaux ne sont plus exclusivement des jeunes Brahman importés d’Australie et la proportion des veaux locaux progresse, notamment les veaux croisés Holstein. Ils sont achetés vers 6 mois entre 120 et 200 kg et engraissés environ un an (abattage autour de 400 kg) : la ration consistant en fourrages cultivés et concentrés (Moog F.A., 2000).

_ l’engraissement villageois, comme par exemple le système Supak décrit dans la province des Batangas et qui consiste en l’administration forcée de Leucaena leucocephala broyé et mélangé à du concentré, à l’aide d’un tube de bambou (Moog F.A., 1992).

II.2.4 D’autres é le va ges p lus anecdotiques

Il faut enfin mentionner l’existence de coopératives propriétaires d’animaux – coopératives laitières ou coopératives agricoles diverses. Elles ne représentent pas 10 000 têtes et regroupent souvent les animaux dans des corrals.

Le lait est anecdotique – la production nationale annuelle n’atteint pas 10 000 tonnes, ce que produit moins de 2000 vaches en Europe. L’élevage laitier est assuré par quelques grandes fermes collectives et des petits propriétaires. L’essentiel de la production, soit 78 % en 1999, est fourni par des vaches laitières, le plus souvent dans des coopératives ou de grosses fermes commerciales. Les carabaos, qui produisaient 21 % du lait en 1999 (en augmentation), sont aux mains des petits fermiers. Le lait est vendu à des acheteurs privés ou transformé sur place grâce notamment à l’installation d’entreprises de transformation sous l’impulsion et l’aide du NDA, qui met en œuvre ces projets sur toutes les îles. La consommation de produits laitiers en 1998 était équivalente à 19,2 kg/hab. de lait (Alexander C., 1999 ; Corpuz G., 2000b).

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II.3 Les diffic ultés de la filière viande bovine aux P hilippines

Au début des années 1990, les Philippines ont commencé à importer massivement des animaux depuis l’Australie pour enrayer et si possible inverser la chute de leurs effectifs bovins. Ces importations se poursuivent désormais à raison de 200 000 à 250 000 têtes par an. Sur ces dix dernières années, les effectifs des bovins autochtones ont par ailleurs augmenté régulièrement de près de 80 000 têtes par an, donc à un taux annuel supérieur au taux de croissance de la population philippine dans le même temps, permettant de revenir au ratio d’un bovin pour 30 habitants qui est celui de 1985. Tout semble aller pour le mieux, aussi longtemps qu’on ne se penche pas sur la consommation (Figure 10).

1 790 1 630 2 020 2 480 404 499 629 877 0,8 24,1 195 260 0 500 1 000 1 500 2 000 2 500 3 000 1985 1990 1995 2000 En milliers de tête s

Effectifs de bovins Bovins abattus Animaux importés

F i g u r e 1 0 : E f f e c t i f d e s b o v i n s p r é s e n t s , a b a t t u s e t i mp o r t é s d e p u i s 1 9 8 5 ( F A O , 2 0 0 1 )

Car dans le même temps, la croissance économique du pays a entraîné une hausse globale du pouvoir d’achat et donc une montée du niveau de consommation de viande bovine par habitant, sans commune mesure avec celle des effectifs bovins. Bilan : le pays est passé

d’un taux d’exploitation2 du cheptel total – importations incluses – de 22,5 % en 1985 à un

taux record de 35,4 % en 2000 (FAO, 2001). L’association récession asiatique et phénomène El Niño de 1997 - 1998 a précipité les événements, d’une part en constituant un frein aux importations et d’autre part en incitant les éleveurs à se séparer de leur bétail plutôt que de devoir affronter à grands risques la pénurie en fourrages (Corpuz G., 2000a). Ce taux d’exploitation est désormais incompatible avec un maintien des effectifs bovins. Il paraît même surestimé : d’après les chiffres officiels de la NSO, 25,7 % du cheptel local – importations de 1997 exclues - aurait été abattu en 1998, soit 540 000 têtes : or, il est difficilement compréhensible que les effectifs se maintiennent dans ces conditions, étant donné que le million de vaches reproductrices ne produit en moyenne que 300 000 veaux par an (Corpuz G., 2000a). Ce qui signifierait que les chiffres officiels des importations soient en deçà de la réalité – des professionnels de l’élevage le rapportent d’ailleurs sur place (Tableau 1, Tableau 2).

Bovin Carabao

Effectif (têtes) 2 400 000 3 000 000

Importations (têtes) 204 000 2 000

Abattages (têtes) 780 000 300 000

Viande produite (tonnes) 140 000 56 000

Viande importée (tonnes) 71 000 21 000

T a b l e a u 1 : C h i f f r e s d e l a p r o d u c t i o n d e v i a n d e d e b œ u f e t d e b u f f l e e n 1 9 9 8 (FA0, 2001)

2

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Cheptel local Cheptel importé

Effectif abattu (têtes) 540 000 240 000

Viande produite (tonnes) 85 000 55 000

Productivité (kg carcasse par tête) 157 230

T a b l e a u 2 : P r o d u c t i v i t é d u c h e p t e l b o v i n e n 1 9 9 8 (Letenneur L., 2000)

Un bilan de ces importations, toujours en 1998, permet de décrire les trois grandes caractéristiques de la production nationale (Letenneur L., 2000):

_ une productivité faible : environ 37 kg de viande par tête présente alors qu’en France, elle est de l’ordre de 90 kg. Le poids des carcasses locales est d’environ 150 kg ; celui des carcasses provenant des centres d’embouches des animaux importés est de 230 kg.

_ un poids des importations énorme : en terme d’effectifs (30 % des abattages), de part dans la production de viande (44 %), et de part dans la viande consommée (54 %) puisque de la viande est directement importée.

_ un taux d’exploitation très élevé. Prix à la ferme (Philippines) (PHP/kg) Prix au détail (Manille) (PHP/kg) Consommation (Philippines) (kg/hab./an) Bovin 41,6 138,4 (filet) 2,9

Buffle 32,1 Pas de données 1,0

Chèvre 41,4 Pas de données 0,6

Porc 48,7 103,9 (jambon) 15,5

Poulet 54,9 82,1 (carcasse) 6,8

T a b l e a u 3 : P r i x e t c o n s o m ma t i o n d e s v i a n d e s a u x P h i l i p p i n e s e n 1 9 9 8 (NSO, 2000)

Un certain nombre de contraintes à l’élevage bovin ont déjà été évoquées : contraintes naturelles, problèmes de la réforme agraire, situation et sécurité instables. Les contraintes sanitaires paraissent faibles et Mindanao est notamment reconnue indemne de fièvre aphteuse ; seul le surra et la septicémie hémorragique sont des maladies importantes signalées mais elles sont plus sensibles chez les carabaos (De Alwis M. et al, 1986 ; Manuel M. et al, 1998 ; OIE, 1998 ; OIE, 2000). La filière dans son ensemble manque probablement d’efficacité de l’amont à l’aval. Les observations sur le terrain (II.7.2 page 68) montreront en effet que malgré sa souplesse, la multiplication des intermédiaires et des transports impliquent que tous les coûts soient élevés ; au final le prix de la viande locale est élevé et l’offre n’est pas suffisante, ce qui favorise les importations moins chères ou un report sur les viandes d’autres espèces. En effet il s’ajoute aux difficultés propres à la filière une forte compétition des filières porc et volaille : ce sont les viandes les plus consommées aux Philippines, notamment le porc, elles sont moins chères et sont restées à l’écart de la psychose de la mad cow (Tableau 3).

Mais l’explication à ces mauvais chiffres sera recherchée surtout au niveau de la production, donc des petites exploitations puisque ce sont ces éleveurs backyard qui détiennent la grosse majorité du cheptel. Cette recherche fait l’objet de la seconde partie où est présentée une typologie de ces systèmes d’élevage.

(28)
(29)

DEUXIEME PARTIE : ENQUETES ET REALISATION D’UNE

TYPOLOGIE DES SYSTEMES D’ELEVAGE

I M ATERIEL ET METHODE

I.1 Questionna ire d’enquête

I.1.1 Elaboration et p ré-en quête

Le questionnaire a été élaboré en France, en collaboration avec le centre de production de semences de MIDATEST à Soual (81) et avec l’aide d’une recherche bibliographique préalable sur les systèmes d’élevage aux Philippines. Une dernière mise au point a été effectuée à Manille grâce aux renseignements fournis par un expert du CIRAD-EMVT. Afin de déboucher sur une typologie des systèmes d’élevage, le questionnaire d’enquête abordait plusieurs thèmes : l’éleveur et son environnement, le troupeau et les pratiques. L’unité d’étude est l’éleveur : les informations contenues dans un questionnaire sont relatives à l’éleveur lui-même et au troupeau qu’il élève et ou possède.

A l’issue d’une semaine passée sur le terrain, le questionnaire initial a été modifié dans le sens d’une meilleure prise en considération des modalités de confiage des animaux, et en supprimant des questions plus spécifiques des services de l’élevage que des éleveurs. Dès lors une forme définitive du questionnaire a été adoptée, tout en permettant l’exploitation des premières enquêtes effectuées.

I.1.2 Description du questionnaire

Le questionnaire de terrain se présentait en 3 feuilles (Annexe II). On distingue trois grandes catégories d’informations (Tableau 4). Chaque enquête consiste en 122 questions standards auxquelles il faut ajouter un certain nombre de questions informelles qui ne feront pas l’objet de l’analyse statistique.

Eleveur Identification, localisation, activités, ressources foncières et agricoles, environnement humain et organisationnel, main-d’œuvre

Troupeau Structure, démographie

Entrées / sorties, données sur les ventes Conduite Reproduction : mode, coûts, performances

Alimentation : fourrages, complémentation, distribution, coûts Logement

Sanitaire : prévention, traitements

T a b l e a u 4 : D o ma i n e s a b o r d é s p a r l e q u e s t i o n n a i r e

I.2 Réalisation des enquê tes

I.2.1 Mo yens mis en œuvre

De nombreuses personnes ont été associées à la réalisation des enquêtes : acteurs du projet d’insémination artificielle (IA), techniciens des coopératives, du Department of Agrarian Reform (DAR). Il a été fait appel aux techniciens des Municipal Agriculturist Office (MAO), AI technician et livestock inspector pour la participation aux enquêtes ou pour les indications sur la localisation des éleveurs bovins. Les sorties sur le terrain se sont réalisées essentiellement en moto avec les différents techniciens.

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I.2.2 Réalisation effective

La réalisation des 136 enquêtes chez les petits éleveurs s’est effectuée pendant 9 semaines à partir de la mi mai (la saison des pluies ayant débuté à la fin de la première semaine de juin). S’y ajoutent 4 enquêtes réalisées chez des ranchers en Davao Oriental. Les risques potentiels en Davao del Sur ont imposé qu’une quinzaine d’enquêtes soit réalisée par les techniciens seuls, au seul détriment a priori de l’aspect informel des enquêtes.

Les zones d‘enquête sont celles qui avaient été choisies pour recevoir à leur tour le projet : elles correspondent a priori à des situations d’élevage assez différentes. Un poids à peu près équivalent a été donné à chaque zone d’enquête dans la mesure du possible : 20 enquêtes sur Samal, 34 dans le reste du Davao del Norte, 26 dans le Davao Oriental, 27 dans

le Davao del Sur, 29 dans l’ensemble Misamis Oriental et Occidental(Figure 11, Figure 12 et

Annexe I).

Les stratégies pour atteindre les éleveurs ont été très variables : les enquêtes se sont ainsi effectués :

_sur la ferme, sur indications des différents techniciens, parfois lors de rendez vous pour IA, rarement au hasard au cours des déplacements,

_sur un lieu de rassemblement des animaux, au cours des campagnes de traitements réalisée par les techniciens des MAO,

_dans la maison commune – barangay hall - lors d’un rassemblement d’éleveurs, afin de présenter le projet, à l’appel des capitaines de barangays ou des présidents de coopératives. Ce sont les enquêtes qualifiées « hors-sol ».

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F i g u r e 1 1 : Zo n e s d ' e n q u ê t e e n r é g i o n X I . E c h e l l e : 1 c m = 1 0 k m

F i g u r e 1 2 : Zo n e s d ' e n q u ê t e e n r é g i o n s I X e t X . E c h e l l e : 1 c m = 1 0 k m ([On line]. <URL : http://www.multimap.com>)

(32)

I.2.3 Bilan

Les zones de couverture du projet, qui commandaient celles des enquêtes, sont dispersées sur six provinces et à l’exception de Davao del Sur, correspondent à des barangays définis : cette absence de prézonage peut être une limite. L’autre biais important, le biais « VIP », est une fatalité sur Mindanao : un nombre important de responsables de barangays ou de professionnels de l’élevage a été enquêté.

Un regain de tension sur Mindanao suite aux actions des Abu Sayaf a imposé des restrictions quant à l’accès aux barangays reculés sur l’île et au Davao del Sur tout court. Parallèlement, la plupart des fermes enquêtées se situent non loin des axes de circulation : ainsi, 72,7 % de la surface des fermes enquêtées prises dans leur ensemble étaient en pente

très faible3 et seul 25,4 % des exploitations étaient à plus de 500 m de leurs terres cultivées.

La brièveté du séjour (deux mois et demi) a été compliquée par l’absence d’un technicien à plein temps. Cela n’a permis qu’un recueil de données filière limité et a justifié le recours aux enquêtes « hors-sol », formelles et de moindre qualité. Enfin, lors des enquêtes, il arrive de ne pas pouvoir dépasser le stade de la réponse vague, tout en variant les approches. Cette technique s’est surtout avérée efficace pour les données de structure du troupeau : en reconstituant les événements démographiques l’éleveur s’aperçoit qu’il s’est trompé. Mais la fiabilité de données telles que les poids vifs à la vente ou la régularité de distribution d’une farine de riz restent par exemple à caution.

La seule réelle conséquence des 4 points précédents est qu’il n’est pas possible d’interpréter le poids relatif des groupes typologiques pour chacune des typologies.

I.3 Traite ment des données

Faisant suite à la récolte des données brutes, une phase de traitement des données a supprimé certaines variables (redondantes, ou trop subjectives comme la race des animaux) pour aboutir à un tableau à plus de 16 000 entrées (136 enquêtes de 122 questions). La définition de classes s’est effectuée soit pour faciliter l’analyse et la description de la population, soit pour permettre la réalisation d’AFCM (4 ou 5 classes maximum relativement équilibrées ont alors été requises). Une description simple des résultats de l’enquête était primordiale et prioritaire à toute typologie plus « conceptuelle ». Elle permet de mieux s’imprégner du contexte et est nécessaire à l’interprétation des groupes déterminés par CAH.

Avant d’effectuer ces dernières analyses, des variables pressenties comme les plus discriminantes ont été rassemblées par affinité en 4 thèmes. Au sein de chacun de ces 4 thèmes, éleveur, troupeau, conduite et résultats technico-économiques, une AFCM est réalisée. Les coordonnées factorielles obtenues pour chaque individu servent de substrat à une CAH. Enfin, les groupes d’individus constitués sont décrits par simples analyses univariées. Une tentative de croisement des typologies est effectuée afin d’évaluer s’il existe une relation entre les différents groupes mis à jour (Figure 13).

Pour chaque typologie, les variables discriminantes, les représentations graphiques des projections des modalités de variables et des individus sur les axes calculés et enfin les groupes sont seuls présentés, afin que les chiffres n’alourdissent pas l’ensemble. De même la présentation des graphiques, sauf indication contraire, est en pourcentage ou en effectif des éleveurs ayant répondu aux questions : la description des variables est faite par la moyenne M, l’écart-type EC, la plage de valeurs minimum maximum (fourchette F). Les 4 ranchers ne sont pas intégrés dans les analyses. Le paramétrage des enquêtes leur était inadapté et ils ont une trop forte inertie dans les AFCM. Ils sont placés d’emblée dans un groupe supplémentaire aisé à décrire.

3

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F i g u r e 1 3 : L e s é t a p e s d e l a t y p o l o g i e e t l e s l o g i c i e l s u t i l i s é s Masque de saisie

_ Définition de classes

_ Recodage (questions ouvertes) _ Définition de nouvelles variables

_ Suppression des données redondantes _ Suppression des données non fiables DONNEES BRUTES BASE DE DONNEES INITIALE BASE DE DONNEES FINALE DESCRIPTION DE LA POPULATION DESCRIPTION DES GROUPES TYPOLOGIQUES _ Sélection de variables discriminantes

_ AFCM et CAH QUESTION 2000 WINSTAT EXCEL Croisement des typologies

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(35)

II RESULT ATS

II.1 Qui sont les pe tits éle ve urs sur Minda nao?

II.1.1 Carte d ’identité d ’un petit é le veu r

Le pur éleveur d’allaitantes n’existe pas, d’autres sources de revenu sont toujours associées (Figure 14). On rencontre ainsi des agriculteurs (petits maraîchers, grands céréaliers…), de loin les plus nombreux ; des petits commerçants qui ont un sari-sari – boutiques, souvent minuscules, qui dégagent des revenus très inégaux de l’investissement et des capacités de gestion comptable de l’éleveur ; des employés, salariés d’une coopérative, d’une entreprise privée ou surtout du gouvernement, comme les barangay officials ; des « libéraux » ou « propres patrons », du conducteur de jeepney au vendeur de tuba (vin de cocotier) en passant par les pépiniéristes, les pêcheurs et les marchands de bestiaux ou middlemen. 0% 20% 40% 60% 80% Employé privé Agriculteur Propre patron Eleveur Employé public Principale activité Seconde activité

F i g u r e 1 4 : L e s d e u x p r i n c i p a l e s s o u r c e s d e r e v e n u d e s é l e v e u r s a l l a i t a n t s

L’éleveur moyen a 48,2 ans4 et est éleveur depuis 9,7 ans5. A l’origine de cette

activité, un confiage – baton – ou un échange – swapping (0), un achat ou un dispersal (Figure 15). Cette dernière modalité correspond à des distributions d’animaux, qui se sont multipliées ces dix dernières années, destinées à redresser la courbe des effectifs bovins : selon le cas et le type d’animal donné, la contrepartie de l’éleveur est le premier veau obtenu de la vache distribuée, ou le veau est conservé et la mère replacée ailleurs, chez un éleveur d’un autre barangay généralement. Cette seconde modalité impose une certaine patience de la part de l’éleveur avant de voir se constituer son cheptel… L’éleveur est souvent passif dans le mécanisme d’obtention des animaux (Figure 16).

Achat 37% Dispersal 18% "Baton system" 39% Héritage familial 6% F i g u r e 1 5 : O r i g i n e d u p r e mi e r b o v i n p o u r l ’ é l e v e u r 4 M o y e n n e M 4 8 , 2 E c a r t t y p e E C 1 0 , 6 F o u r c h e t t e F 2 5 - 7 7 5 E C 8 , 4 F 1 - 4 0

(36)

F i g u r e 1 6 : E x e mp l e d e m é c a n i s me d e d i s p e r s a l s u r b u d g e t p r o v i n c i a l

Il faut noter que peu d’éleveurs ont commencé en héritant directement du cheptel des parents - ce fait sera mis en parallèle avec la prévalence du baton familial et le rôle de l’élevage bovin.

L’élevage reste surtout une activité et un patrimoine familiaux. Les animaux sont donnés aux enfants une fois atteint un certain âge. La main d’œuvre est représentée par le chef de famille, sa femme, ses enfants revenus de l’école (Figure 17). Peu ont recours à des employés rémunérés (8,1 %): cette rémunération peut d’ailleurs prendre différentes formes. Il peut ainsi s’agir de :

_ un salaire : la fourchette va de 60 PHP/jour à 150 PHP/jour, en fonction notamment des éventuelles autres contreparties. Sauf chez les plus gros éleveurs qui disposent de vrais cow-boys à plein temps, ces salariés sont avant tout des ouvriers agricoles qui n’interviennent qu’une ou deux heures par jour sur les animaux,

_ une prise de bénéfice sur les ventes réalisées, à distinguer du système baton,

_ une compensation en nature : c’est par exemple le neveu à qui on paye les vêtements et les frais scolaires, ou l’ouvrier agricole nourri logé blanchi.

0% 20% 40% 60% 80% 100% Mari Femme Famille Eleveur baton Employé F i g u r e 1 7 : L a ma i n - d ’ œ u v r e p o u r l ’ é l e v a g e a l l a i t a n t

L’apprentissage se fait grandement sur le tas (94 %) : la « formation continue » existe sous la forme des petites conférences (46 %) organisées par le DA, le DAR ou des industriels de l’aliment, mais il y est surtout question des volailles et des porcs fermiers. L’équivalent du BTA ou de l’ingénieur agronome (6 %) a été rencontré presque exclusivement parmi les professionnels des services de l’élevage. Le taux de scolarisation est très élevé, bien qu’on s’arrête souvent au niveau élémentaire (43 %) ou au collège (37 %). La famille et l’éducation sont deux valeurs fortes aux Philippines, elles ne sont donc pas sans conséquence sur l’élevage bovin (II.4.1).

Ranch Autres barangays Provincial veterinary office MUNICIPALITE Barangay demandeur (éleveurs, coopérative, association) par la voix de ses barangay officials

Retour de dispersal

Requête

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Enfin, 71,3 % des éleveurs étaient membres d’une coopérative6. Ce qui est recherché en premier lieu, soit 3 coopératives sur 4, est un service de crédit. Mais nombreuses sont celles qui proposaient un crédit et qui se sont retrouvées en faillite suite aux impayés de leurs membres. Les plafonds de crédit sont très variables, depuis 1 000 PHP jusqu’à 100 000 PHP par an, avec un taux d’intérêt annuel généralement autour de 20 %. Les autres services offerts concernent l’agriculture (fertilisant, semences, pesticides, machines agricoles et de processing, aide à la commercialisation), l’élevage (aliments, dispersal, traitements, rarement IA), le petit commerce. 33,1 % des éleveurs appartiennent aussi à des associations agricoles qui sans avoir le statut de coopérative apportent parfois des services similaires.

II.1.2 Des a gricu lteu rs d ’abord

Ce volet sur l’activité agricole est fortement résumé. Les modalités de faire valoir des terres mériteraient à elles seules un roman… La plupart des enquêtés étaient propriétaires des terres exploitées, elles sont le résultat de la progression de la réforme agraire (terres couvertes par le CARP) ou d’un héritage familial. Le fermage est rarement la tenure principale. En fait, les agriculteurs pouvant mobiliser du liquide s’intéressent à d’autres investissements : achat des terres ou cultures gagées (mulgage) : un propriétaire frappé par un besoin soudain et important de liquide, prête une surface pour une durée déterminée de quelques années à un agriculteur qui lui remet la grosse somme d’argent, exploite les terres dont il en tire les revenus exclusivement, et se voit remboursé au terme du contrat la somme initialement prêtée. Au contraire, le métayage reste courant : les modalités en sont très variées, tant en terme

_de bailleurs : le métayage des parents est commun sur Mindanao,

_de contrat : la règle générale est un tiers ou un quart de la récolte nette pour le propriétaire, mais il arrive que les cartes soient inversées ! Le paiement lui s’effectue généralement en liquide, sur foi des reçus de vente,

_de cultures : les cultures vivrières sont plus fréquentes chez les métayers

Cette diversité explique qu’il soit difficile d’établir un lien entre le mode de faire-valoir des terres et la prévalence de l’élevage bovin.

Les provinces enquêtées permettent de couvrir les 4 cas associés aux 4 grandes cultures : la principale culture associée à l’élevage, loin devant les autres en terme de surface mais beaucoup moins en terme de revenus, reste les cocotiers. Ils sont fréquemment associés à d’autres fruitiers comme les bananiers et manguiers. Ces plantations aux arbres fort espacés permettent aisément l’entretien des bovins, offrant une prairie naturelle, de l’ombre et des arbres pour la conduite à l’attache, et tout loisir d’introduire des cultures fourragères : les bovins, tondeuses naturelles facilitant la récolte des noix de coco, ajoutent une plus-value très appréciée ces dernières années à cause du cours catastrophique de la noix de coco. Cependant ces animaux sont indésirables là où les fruitiers intercalés sont petits ou encore jeunes, remplacés au besoin par les petits ruminants.

0% 20% 40% 60%

Moins de 3 ha Jusqu'à 6 ha Plus de 6 ha F i g u r e 1 8 : S u r f a c e d e s e x p l o i t a t i o n s

6

I l y a u n fo r t b i a i s d ’é c h a n t i l l o n n a g e . Le s c o o p é r a t i v e s p o s s é d a n t l e u r s p r o p r e s a n i ma u x s e r o n t p a r a i l l e u r s t r a i t é e s à p a r t .

Références

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