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Petite propriété et contrôle agricole

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Academic year: 2021

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Texte intégral

(1)

Cette tbêse consiste en une description ethnographique d'un

mode agricole Guadeloupéen, et en l'analyse de certaines

répercus-sions de la réforme agraire de MARIE GALANTE de 1963 l 1970.

La

prelÙêre partie, regroupe

SOU.l!l

une optique synthétique les

paraaêtres descriptifs de la complèxité technologique, de la

compo-sition des unités de production, et des systèmes d'échangé; la

secon-de partie, analytique, vise plus spécifiquement l secon-des inférences sur

le mode de contrôle des facteurs de la production et ses répercussions

sur la cellule d_atique.

L'articulation principale de cette dernière partie repose sur

Den vérification de la relation éco-culturelle hJpothétiquement

éta-blie entre le mode de tenance des terres et les configurations

domes-tiqœs.

L'analyse des configurations domestiques du secteur

d'obser-vation Garel/Calebassier, l Marie Galante, permet de vérifier la

double hJpothêse que l'existence d'un régime foncier mixte sti.ule,

au aoins en partie, la formation d'un nombre de cellule. domestiques

excédentaire. au remplacement des générations parentales, et que

l'élas-ticité de

l'acc~s

au sol sous de telles conditions

fonci~res

constitue

une source de support matériel importante, sinon exclusive, de la

oon-figuration domestique traditionnelle antillaise.

(2)

~.,'

.,' - ' .' ~ ~;; . .

,.,

PETITE PROPRlETE

!!

CONTBOIE AGRICOlE

Georges lAStourneau

~partement

d'Anthropologie,

Université McGill,

Montréal.

Mars 1970.

Thêse présentée' la Faculté des Etudes et Becbercbes Graduées,

Département d'Anthropologie, Université McGill, pour l'obtention

du dip13me de Maitrise es Arts.

(3)

Il aurait. été imllossihle rle I!1Cner

rt

hien la présente thèse sans l'encnrlrcment par le North Americnn.University

.2!

~ liest Inclies ConsortilUn for Social Science Training

.!.!!.

~

Caribbean qui Il contribué ~ mon support matériel au cours nes

rleux périodes de trois mois nurant lesquels ,je me suis entrai-né à la méthone ethnographiqu~. TTne coorrlination générale par le Dr. ~ Rubin

nu

Research Tnsti tute for the study of Man, et une rlir~ction personne Ile par le- Dr. ~ Benoist rlu Dépar-tement rl' Anthropologie rle l 'Fniver!;i t~ rlE! Hontréal ont permis

Il 'orienter la recherche sur le prohUrnc rles systèmes agraires en voie r'!e trl'lnsformfltilln. Enfin, 11'1 rédaction ne la pr~sente

th~se Il été renllue possihle gr"ce :nuc cons{'ils et ?t l 'oncou-ragenent prodigués !Jar le !)ZO. nichnrnP. Salisbury du Départe-ment <l'Anthropologie rie l'Université HcGill.

(4)

...

TABLE des HATmRES

Page

Préliminaires Quelques notes sur la géographie et

l'histoire récente Ile }farie Galante ••••••••••••• 1 Chapi tre 1 : Insertion théorique

II

considérations ~ méthode

I : présentation d'un modè lè explicatif applicable aux

sociétés-antillaises •••••••••••••••••••••••••••.•....•• 10

I I

III

adoption d'une procénure analytique acinptée /lUX con-tingences caractérielles rleR sociétés paysannes ••••••••• défini tion

ne

l'ohjet d'analyse: le mOlle de tenance des terres et sn monification •••••••••••••••••••••••••.•

14

17

énoncé de l'}lypot~lèse centrale... 20 ri 1 choix cl 'une commllnnuté rl'ob"!ervEltion et précisions

métJlorlologiques... . . . .. .••..•.•. .. ..•.. ... .. .. •. . . . . 22

Chapitre II : le

!!!.2.!k

agricole mixte

i!.2.

l1arel(Calebassier... 26 1 : hétérogénéité c1es l'lodes (le tenance tles terres ct

13'pécnlation agricole mixte •••.••••••.•.•••••••••••••••• 27 II cyc] ~ des oIlérations agricoles: canne ~ sucre . . . . 34 III complémentarité cycliq'..lc vivriêre •••••••••••••••.•••••• 44 la coopérntion trulli tionnelle entre les mnisonnécs ••••• 50

v

les nouvelles coopér"ltives •...•..•.•••.•..•...••.•• 56

Chari tre III : :Jtat foncier

!U:.

ce llule ~omestique

l : la réforme fonci~rc et les COllrHtions particnl:ièref'l

dll loti~~clnp,nt... ~g

III

IV

C<l1'''C t.5ri.<;tiqul?s 6~néralns ~t ~ch.èmE'<.! i! '(!tnhJisRement

(le la populntion-ténoin .•...•....•.••

le l'lor1c t~ 'accès au S'lI sous nn r6,gime foncier mixte

....

v(~riric:ltion ne l'existence tl 'nne r1iv('r~cncc

carac-térielJe entre maisonnl~es cl 'état rOJ'lcier flirfrre'1t. •••••. Conclusion

Jlibliogrnuhie et ~ (les onvrRges cités Appenrliccs l et II fi3 71 75 86 95

(5)

Pré} iminaires

quelques notes ~

.!!..

géographie et } 'histoire de Marie Galante

(6)

Si tuée A une trentaine de Idlomêtres au sud-est de Pointe-à-Pitre, l'ile de ~farie GalRnte constitue la rlépenflance principale de la Guadeloupe; l'ile est administrativement sub-divisée en trois communes dont les appellations coincident avec celles des trois bourgs, soit: Saint-Louis, Capesterre et Grand ~ourg.

La population de Marie Galante se situe aux environs de 18,200 habitants qui se répartissent a9sez égaleMent entre les trois communes. Cependant, les centres d'agglomération, et particuliêrement Grnnd Bourg, présentent une croissance relativement forte de leur population effective par rapport ~ une diminution des populations des zones rurales, diminution qui prend actuellement une accélération cri tique. Malgré un exédent des naissances sur les décês, IR popu-lation de l'ile n'est soumise qu'à un três faible accroissement général; ceci en raison d'une émigration continue des classes d'âge

jeunes vers le "continent" gllade loupéen en vue d'y trollver travail salarié et urbanité.

La superficie t.otAle de l ' ile est de 14 ,9::l2 hectares, dont plus de ::l,666 (24%) sont. Actuellement cultivés. LA production

contigentée de la canne à sucre fournit la seule récolte marchant'le de Marie Galante ct, depuis que lqlleS années, une seule usine traite la quasi-totAlité t'le cette production. Ln JM1che et l'agriculture de subsistence trouvent preneurs Bllr place et une fAible proportion ,Je ces produits (mOins de 20;~) est acheminée capillairement vers les

(7)

Plateau

CARTE l

f.fa rie Ga !ante.

(8)

marchés de la Guadeloupe et les iles avoisinantes. Aucune industrie d'importance n'a été établie sur l'ile. si ce n'est l'exploitation

sucri~re elle-même~

Marie Galante a connu sa premiêre mise en valeur commer-ciale dès 1653 avec l'arrivée des premiers colons venus de France.

Le territoire de L'ile fut ultérieurement !livisé en 105 habitations sucrières qui opéraient individuellement et compétitivement suivant une formule !le broyage instaurée en ~artinique par le

P're

Labat: terres de plantation, moulin

rt

vent et rhumerie attenante j l'appro-visionnement en main d'oeuvre était assurée dans le contexte

histo-rique du co~rce triangulaire (produits manufacturés et monnaie rl'Europe--esclàves d'Afrique--pronuits bruts d'Amérique) et, grâce

l un capital bumain monnayable, Marie Galnnte connut lme certaine prospérité économique jusqu'A 1848.

L'abolition de l'esclavage signifiait automatiquement l'effondrement du système agraire initial de Harie Galante. Les planteurs européens et hlancs-créoles s'expatrièrent et, gra-duellement abahdonnèrent leurs terres et propriétés. L'économie de Marie Galante déclina jusqu'au point d'auto-subsistence alimentaire.

L'émigration massive des anciens exploitants coincidant avec l'invention cles usines sucri~res à vapeur, clans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, allnit graduellement axpbysier le systême d'exploitation morcelléej les moulins ft vent cessent de tourner et les propriétés abandonnées sont regroupées autour de

(9)

sucreries mécanisées et de grosses distilleries. ~s 1920, les 105 anciennes sucreries et rhumeries de Marie Galante sont remplacées par quatre usines (Grande-Anse, Dorot, Pirogue, et Robert) et douze distilleries. cette premiêre concentration des points de broyage devai t s'avérer insuffisantP. puisque, aprês une bien courte période, l'usine Dorot devait fermer ses portes (1927) et, la concentration des petites usines se poursuivant, l'usine Pirogue fut absorbée par l'usine Grande-Anse (1946). D'autre part, une concentr~tion paral_ lêle affecta la production rhumiêre et, aujourd'hui, l'on ne compte plus que cinq distilleries sur l'He de ~faric Galante.

En 1959, pour des raisons de carence administrative, l'usine Robert devait suspendre définitivement ses opérations et la gestion de ses.terres passa au domaine public, c'est h dire, au Département de la Guadeloupe. Le contingentement sucrier de Marie Galante était alors fixé h 5,800 tonnes de sucre, soit 4,800 tonnes pour l'usine Grande-Anse/pirogue et 1,000 tonnes pour

l'usine Robert. La fermeture de cette troisiêmc usine allait déclp.ncher une sérieuse crise économique locale puisque l'unique usine résiduelle ne pouvait assurer h elle seule le broyage des cannes de l'ile toute entière, et ceci même sous les conditions d'un contingentement restrictif: ce contigentement de 4,800 tonnes de su~re pour toute Marie Galante li~itait la production moyenne de canne par plnnteur h 27 tonnes de canne par année, alors que la moyenne guadeloupéenne de prodllction était de 53 tonnes de canne par planteur.

(10)

Des sondages pédologiques effectués en 1960 sur l'ensemble de l'ile confirmèrent que la principale vocation agricole de Marie Galante résidait effectivement dans la culture de la canne A sucre; les résultats de l'enquête gouvernementale suggéraient la reconstruction d'upe sucrerie moderne en remplacement de l'usine Robert, vétuste et inutilisable, afin ne cons olirler la capacité de l'usine Granne-Anse (450t broyées par .jour d'opération) qui ne pouvait suffire A trai ter la totalité des cannes que pourrait potentiellement produire les agriculteurs de l'ile. Par suite nu rapport de cette commission d'enquête, le Gouvernement de la République Française attribue, le 30 novembre 1960, un contingentement supplémentaire de 10,000 tonnes de sucre et ce A titre exceptionnel cfe mise en valeur du territoire marie-galantais. L'économie de l'ile était relancée, ou plutôt, finalement supportée.

Etant. donnée l 'impossibi li té de traiter immédiatement et sur place lme production potentiellement triplée, i l fut décrété que les cannes excédentaires seraient temporairement acheminées par bateau vers une usine majeure de la Guadeloupe, l'usine Darbous8Ïer. Cette coûteuse opération était enti~rement ~ la charge nu Département de la Guadeloupe et se poursuivit jusqu'à la fin rle la récolte 1964, date A laquelle commença la construction rle la nouvelle sucrerie.

Plusieurs solutions avaient été envisagées pour la nouvelle sucrerie: acquisition d'une usine rl 'occasion à Porto Rico, transfer d'une usine martiniquaise, etc. Ces solutions aléatoires restêrent en

(11)

suspens jusqu'au jour où le propriétaire de l'usine Grande-Anse, monsieur André Bon, fit offre de vente de son domaine sucrier h

la Société d'Equipement de la GUAdeloupe. Connne localement sous le sigle de SODEG, cette société corporative ~ capitaux mixtes cons-titue l'organisation officielle qui est chargée du dévelollpement du territoire, et qui représente l'Etat dans ses transactions fonci~res.

L'acquisition de l'usine Grande-Anse par la SODEG pouvait permettre de planifier une concentration de la production sucrière sur une seule usine plutôt qu'une réparti ti on entre deux ou plusieurs pôles de traitement; disposant d 'tme latitude plus que suffisante dans son contigentement (4,800t plus IO,OOot) une entreprise unique était assurée d'une rentabilité certaine et le projet d'une usine de consolidation fut abandonné.

Le Il juillet 1~63, l'acte de vente étAit signé entre l'ancien propriétaire dn domaine Bon et la SODBG; de plus, h cette date, la SODEG avait acquis les terres du domaine Robert en retour du versement symbolique de la sonnne de un frAnc 8n Trésor du Dé-[>artement de la Guadeloupe. Dès lA fin de la récolte l l)64 des tra-vaux de rénovation étaient entrepris à l 'nsine GrAnde-Anse en vue de l'extension de S8 capacité de broyage h 2,000 tonnes de cannes par jour d'opérAtion. Trois années plus tard, cette usine était devenue une des plus modernes sucreries des 'Petites Antilles et, en capacité, la troisième de la Guadeloupe •

(12)

L'usine est constituée en société d'économie mixte, où sont représentés la République Française, le Département de la Guadeloupe, les planteurs marie-galantais, et lm groupe d'admini-strateurs représentant les importants capitaux privés. Cette socié-té corporative est connue sous le nom de Sociésocié-té SlIcri~re de Marie Galante, ou SOSTTMAG.

En jllin 196fl, le nombre des eX!lloit~nts agricoles réels sur le territoire de Marie Galante était estimé À 2,700. A cette date, la SODEG était devenue acqlléreuse de s 5,4R7 hectare s (dont 1,943 en cnlture) des plantations Bon et Rohert, terres auparavnnt exploitées sous la gestion des deux plus puissants propriétaires de l'ile et dont les territoires étaient toujours constitués en domai-nes traditionnels d'exploitation. Le but principal de la SODEG visait à l'institution d'une réforme fonci~re extensive sur ces domaines, projet qui devait s'offrir en P.lod~le

rt

l'ensemble du Département de la Guadeloupe.

Au cours des trois derni~re8 années, la SODEG a (i) cen-tral isé le traitement des cannes sur une seule usine moderne en

(ii)

coordonnant d'importants travaux de voirie; (iii) a introduit des techniques plus rentables de production et (iv) a ,réparé un programme de lotissement et de mise en vente des terres aux erploi_ tants antérieurement colons sur les plantations Bon et Robert.

Au moment rle la ,rise en charge par la SODEG, la culture des terres relevait Il 'lm ,lonble Morle de temmce: la propriété pri-vée (tant grands domaines que !leti

te

nlantation sur parcelles) et le

(13)

colonat partiaire. L'acquisition par la SODEG d'une forte proportion des terres cultivées de l'ile (53l') justifie l'introduction d'une troisième catégorie statutaire, que nous désignerons ail cours de la

pr1ésente thhe sous le terme de "colonat d'usine". ~s proportions relatives h chacun de ces états fonciers sont les suivantes:

ETAT FONCIER NOHURE D'EXPLOITANTS SURFACE CULTIVEE N

%

(ha)

'fo

Propriété privée 529 20~ 1,029 28%

Colonat non-SODEG 487 18% 694 H}%

Colonat d'usine 1,6M 62% 1,94~ 53%

Nombre total (1966) 2,700 100% :l,666 100% L'achat de plus de la

moitié

des terres cultivées par une corporation telle que la SODEG, et la mise en oeuvre d'une réforme foncière associée à une modernisation des techniqueg de protluction, entrainent certainement tme modification profonde des conditions d'ex-ploitation qui affecteront directement la majorité (62%) des exploi-tants agricoles de Marie Galante.

Contribution à la connaissance de l'Amérique des Planta-tions, le présent travail consiste en une descript.ion analytique d'une zone.type rle modification foncière; 1me ethnographie du mode agricole spécifique , statistiquement consolidée, constituera le support éc 01 ogique sur lequel se greffe rA tme Analyse Iles modifica-tions et invariances qui résultent de la transformation du mode de

(14)

tenance des terres au sein du syst~me de plantation corporative. Une présentation succinte des pôles théoriques et de la procédure méthodologique pe.rmettra de sitner cette étude d'un écosystème de plantation dans une oPique propre ~ une interpréta_ tion anthropologique. L'on pourra fle cette manière prévoir les réactions d'une société paysanne lorsqu'un agent de changement affecte certains éléments rentrala de son mode agricole, et, finalement, l'on tentera de formuler la persistance d'un clivage fondamental caractérisqnt la relation paysan-usine au moyen d'une évaluation des limites d'invariance systémique propres ~ la

société de plantation qui nous intéresse •

(15)

Chapitre I

Insertion théorigue ~ considérations ~ méthode •

(16)

10 •

1: Présentation ~ modële explicatif applicable ~ sociétés antillaises.

Derri~re l'apparente multiplicité de ses sous-cultures et malgré l'isolement culturel résultant de l'insularité, lme même struc-t.ure écologiqlœ et socio-économique sous-tend le développement des so-ciétés de la région caraibe.

L'esclavage, la monoculture d'exportation et le syst~me de plantation constituent les fibres maitresses de cette structure commune. Vera Uubin a démontré que l'apparente diversité des profils

socio-culturels antillais résulte d'une adaptation différentielle

A

des orien. tations politiques divergentes au sein d'un même syst~me d'exploitation:

"A l'opposé des zones amérindiennes, les zones de colo-nisation euro-africaines dans le Nouveau.Monde présentent des variations culturelles qui tiennent essentiellement à des dif-férences entre les cultures métropolitaines et entre les poli-tiques coloniales. Ce sont eelles-ci qui modèl~rent les prin-cipales caractéristiques de l'utilisation du sol et de la colo-nisation, à partir desquelles s'édifi~rent les particularités culturelles actuelles." (1)

C'est donc dans le développement historique de la sociéM de plantation qu'il faut chercher les lignes de force et la genèse des cultures créoles; les caract~res du système de plantation fondent la trame d'une forme particuli~re d'organisation des individus en société. La continuité culturelle antillaise est la résultante des exigences fonc-tionnelles du système généralisé de plantation; c'est sur cet Axe commun que se greffent, ~ diverses 6poques, les particularités des divers cen-tres de diffusion et que, par adaptation, se cristallisent les variations locales, ou sociétés de plantation •

(17)

A l'époque du cormnerce triangulaire (procluits manufacturés et monnaie d'Europe--esclaves d'.\frique--produits bruts d'iùuérique) la France s'était taillé une place ~répondérante parmi les puissances métropoli taines qui éta}llirent leur hégémonie sllr l'Amérique; de cette splendeur coloniale ne subsistent au.iourd 'hui que quelql1es territoires maintenant constitués en Départements d'Outre-~~r.

Bien qu'adjointes administrativement all territoire métro-poJ.itain, les Antilles françaises constituent néanmoins un secteur exem-plaire rie l'application continue d'une polittque coloniale. Les caractê-res dominants de la société antillaise française peuvent être énoncés comme suit: société nays8nne constituée par une nonulation multiraciale dont les sous-types coincident avec les nettes coupures entre classes socio-économiques; le système ~ plantation appliqué ~ la monoculture

"

de la canne h sucre on de la banane y est rIominant sinon excluAif; les structures communautaires sont faibles et la structure familiale fluide, h tendance matrifocale.

Consiilérées clAns leur simultanéité, ces caractérist.iqlles suf-fisent h esquisser lm type spécifique rle cll1 ture, qui correspond eXActe-ment h l'aire culturelle que Charles 'vagley désigne sous le terme

ri 'Amérique des PlAntations (2). Or, d'après la méthode de l'écologie cul-tllrelle, ;>our définir et isoler le type culturel qui corresponde h une aire donnée, il suffit de déterminer la constellation rie traits centraux C"oore features") qui résll1 te de l'adaptation 11 l'environnement et qui représente un niveau homgène d'intégration cul tllrelle (3). I.e nexus

culturel ("core") de la société antillaise française est assurément cons.", ti tué par son syst.ème de plantation, cette constellation d'élérœnts

(18)

cen-•

traux intimement li's-aux activit's et arrangements de la production.

Cependant, il est i.portant de noter que l'expression

".yeta.e de plantation" ne doit pas ftre consid'r'e sous 80n seul aspect

de .ode de production; ceci 'quivaudrait l BdniDdser l'iaportance du,

mécanis . . spécifique de distribution des facteurs de la production que

ce systAme sous-tend.

En

effet, 'alors qu'une description du .ode de

production suffit l délinir la dimension éco-culturelle d'un systAse

social, c'est plutôt l travers le mode de distribution des biens et

service8 que se manifellte

ll~organisation

de la lIociété. Dana l 'optiqlll

de la préaente thAlle, l'évolution de la structure de répartition des

facteurs de la production doit être considérée comme fondamentale l

toute explication de la lIociété de plantation.

L'on acceptera donc l'hypothAse que la r'partition des

facteurs de production t'.oigue de l'état de la justice lIociale au 8ein

d'une population donnée. Comme le lIuggAre Maurice Godelier,

"les opérations et les normell de répartition dee

fa~teurs

.de la

pro-duction contrôlent, en derniAre analYlle, le.

poe8ibili~1I

d'action

offertes par on IIYlltase

lIocia~~

aux individus qui l'alillllent et le

subiesent, possibilit's 'gales ou in'galell de pouvoir, de culture et

de niveau de

vie~"

(4)

L'accroieeement des pOllsibilit'll d'action offertes aux

indivi-dus qui, en vertu de leur condition de producteur direct, agiss'ent et

lIubis8ent un systame de plantation actuellement en voie de transformation

conlltitue un solide critAre pour l "valuation du

pro,~s

eocial.

L'ana-lyse de la répartition des facteure de prOduction, IIOUII le r'giae ancien

(19)

et après la réforme foncière, permettra donc de découvrir la nature du contrôle agricole qui se manifeste par la relation du paYSRD au système loeal de production .

(20)

II: Adoption d'une procédure analytique adaptée ~ contingences caractérielles ~ sociétés paysannes.

Deux principes méthodologiques sous-tendent l'adoption d'une procédure analytique applicable au phénomènes d'évolution agricole.

le premier de ces principes affirme que la perspective anthropologique interdit de décrire les phénomènes économiques propres A une société sans en montrer simul tanérœnt ln relation avec les autres éléments du système social (5). Le second principe établit l'étude d'un système socio-économique comme tme double tâche. Selon Maurice Godelier cette double tâche "consiste ~ décrire quels sont les éléments de ce

système réel et leurs ra?ports en un te~ps (t) de l'évolution de ce système (analyse synchronique) et R montrer comment se sont formés et ont évolués ces éléments et leurs rllppol'ts pendant le temps que dure ce système (analyse diachronique)" (6).

Le même auteur propose que l'étude d 'lm système vise ~ la

14 •

découverte de ses ] ois de fonctionnement synchronique et ,Uachronique, et que les lois Ile ln vie sociale se manifestent dans la pratique A travers les réajustements successifs qu'une société opère sur ses propres règles de fonctionnement lorsque les faits l'exigent. Une telle approche convient parfaitement A l'analyse d'une réforme agraire 8n sein du système de plantation.

Pour analyser une situation de changement au sein de la société de plantation, il conviendra donc de décrire les éléments centraux de son système socio-économique, leurs rapports, leurs transformations et les transformations ile leurs rapports, suivant une procédure qui tienne

(21)

compte des contingences de la société paysanne en général, Or, les analyses de Manning Nash (7) ont établi qui les éléments qui

définissent les systèmes économiques paysans peuvent être gronpés suivant quatre axes principaux:

a- Degré de complexité technique et division du travail:

la productivité d'une société est d'abord fonction de sa technologie et ne l'étendue de sa division du

travan; allctme société ne saurait transcender la limite imposée pnr ses paramêtres technologiques et organisation-nels; les sociétés paysannes rlisposent d 'tme technologie embryonnaire et la division du travail dépasse rarement le clivage naturel par sexe et âge.

b_ Structure et effectif des unités de production: les sociétés .. paysannes possèdent rarement des organi-sations exclusivement orientées vers la production; l'unité de coopération économique dépend des relations sociales pré-e2istentes; "since recruitment is based on already existing social relationships, the size of the productive units is governed by the ordinary social mechanisms which aggregate persons" (8).

c- Systèmes et modes d'échange: au sein des économies paysannes, l'échange réciproque témoigne de l

'homo-généité de la distribution du llroduit social; les travaux d'Erasmus (9) sur la disparition des échanges réciproques de travail par sui te d'une monétisation accrue et d'une accentuation des inégalités de richesse confirment cette proposi tion.

d- Contrôle de la richesse et du capital: dans une société paysanne, les biens de capital se réslUnent 11 la terre et au travail des individus; les outils et mAchines sont contrôlés suivant des conditions d'allocation parallèles

~ la répnrtition des facteurs premiers de la production. Une définit.ion de la société de plantation suivant ces quatre catégories de param~tres permet d'obtenir lme image statique de s~n système socio-économique; par des transformations au sein de l'une ou de plusieurs de ces catégories l'on peut définir le changement qui résulte d'un événement tel que la réforme agraire instituée par la Société d'Exploitation du Territoire Guadeloupéen, en 1967.

(22)

-,

Principalement orientée sur la remise en valeur du territoire et le renfl ouement de l'économie de l ' ile de Marie Galante, cette opération affecte un certain nombre d'éléments du système de plantation et modifie plusieurs rapports fondamentaux entre ces éléments: modernisation des techniques, tranRformation résultante des formes traditionnelles de coopération, expansion des droits fonciers des paysans par l'attribution de la propriété privée des terres. DourtAnt, ontre l'intérêt descriptif important qu'a suscité l'observation d'une telle entreprise, c'est sur la signification de la transformation du IDolle de tenance des terres que se concentre la présente analyse. En effet, il a été souvent affirmé pa~

Herskovitz, Firth

&

Yamey, Bloch (10) que les droits fonciers cons. ti tuent un indice important de la position de l'individu au sein Ile sa société; et selon Nash, "dans la majorité des sociétés paysannes, l'état de la tenance des terres n'est simplement que l'expression géographique de la structure sociale" (11).

La présente t.hèse propO!~e d'examiner llne situation où le mode de tenRnce des t.erres est en apparence radicalement transformé, et constitue ainsi une vérification de la valicIi té de la proposition précédente. Initialement, il importe rIe tléfinir la signification du tenne "mode de tenltnce des terres", et ce par rapport 1\ la distribution des rlroits et privilèges liés 1\ la propriété foncière et au contrôle du produit des terres.

(23)

III: Définition ~ l'objet d'analyse:

!2.!!!.2!!!t.

de tenance ~ terres

Ü

~ modification.

Le mode de tenance des terres d'une société peut être défini comme "l'ensemble des arrangements sous lesquels est détenu ou contrôlé le territoire exploitable, et qui conditionnent son usage et son occupation; la position sociale de l'occupant est nécessaire-ment fonction (a) de l'état de ses droits de propriété et (b) des termes de l'exploitation" (12).

Considérée sous l'angle du développement des civilisations, l'institution de la propriété fonci~re constitue assurément une force

~ stabilisation de la société: elle témoigne d'un ancrage définitif d'une population sur un territoire et l'établissement correlatif d'un droit d'exclusivité au prolluit Ile ce territoire. Pourtant, i l importe de répéter ici que le phéno~ne de la pro,riété fonci~re ne saurait être restreint à la seule emprise qu'a un indivillu ou un groupe sur une étendue territoriale spécifiée, mais que la propriété est

cons-tituée par lm ensemble de droits et de privil~ges, dont la privauté d'emprise (14). Afin de comprendre la nature véritable de l'ensemble des droits et privil~ges qui composent la propriété il faut néces-sairement considérer les déterminismes économiques et autres dis-positions qui définissent les modalités d'exploitation du terri-toire pour lequel un titre de propriété est attribué. Cormœ le formule expressément Elena Padilla dans son analyse des types so-ciaux de la campagne antillaise, "(ce sont) ceux qui contrôlent la cul ture des produits commerciAlisAbles (qui) contrôlent également

(24)

la terre et possèdent le pouvoir réel: ils tiennent entre leur mains le pouvoir politique comme garanti de leur pouvoir sur le sol et sur ses procJuits.(IS)." L'on comprend alors qu'une emprise sur le sol sans un contrôle sur les produits du sol constitue une dispersion réelle des droits rle propriété, et qu'alors le contrôle de la production

cons-titue effectivement un pouvoir sur le sol et ses exploitants.

Aux Antilles f'rançaises, la terre et le capital sont, concen-trés traditionnellement entre les mains d'un petit nombre d'individus et de corporations; quelques familles importantes (généralement europé-enne) contrôlent la terre et les usines qui fournissent les produits d'exportation vers la France et"en général, elles dominent ainsi le marché d'exportation. En 1962, La Commission 'Economique des Nntions

18 •

Unies rapportait que sur le territoire de lA Guadeloupe moins de cinquante grandes exploitations agricoles (latifundia) occupent 31.6~ de la surface cultivée totale, tandis que 23,864 paysans se partagent le reste sous le régiœ de la petite exploitation ou minifundia (13).

Dans le cadre d'un systême de plantation, les forces économiques sont principalement orientées vers la production de masse en vue de l 'ex-portation à des fins commerciales; la monoculture de la canne

r.

sucre constitue le support premier de toute l'économie guadeloupéenne, et l'ile de Marie Galante dépenll exclusivement de sa production sucri~re pour sa survie matérielle. S'exerçant au sein d'un organisme d'économie supra-nationale, le pouvoir décisionnel échappe entièrement 11 la communauté des paysans-producteurs marie-galantais et se répartit de façon non.homo-gène parmi ceux qui contrôlent les voies d'écoulement de la production •

(25)

Or, la réforme agraire qui afrecte actuellement la majorité de la population rurale de Marie Galante se !lonne corn~e fin premi~re

la consolidation territoriale du paysannat par l'attribution de la propriété individuelle du sol aux ~xploitants antérieurs des terres de grande plantation. Parall~lement, les mêmes réformateurs sociaux visent l une consolidation de l'économie locale par l'accroissement de la production sucrière a~rès avoir concentré la totalité des opé-rations de traitement sur une Reule u~ine moderne, administrée par des experts au profit des actionnaires privés et !les capitaux !l'~tat.

Conséquemment, ,la présente thèse se donne pour objet d'a-nalyse l'estimation des répercussions sociales de la réfonne roncière, et une définition !le la signification de cette réforme dans une situ-ation où le pouvoir rée] demeure inaccessible aux producteurs. Min de diriger précisément l'anrllyse sur la transfonnation du mode de tenance des terres ~ Harie Galante SRns négliger l'examen des autres

para-m~tres contingents ~ cette entreprise, les chRpitres qui suivent seront organisés suivant une double procédure: d'abord une localisation

contextuelle de la réforme agraire et de ses diverses répercussions sur le mode agricole traditionnel; et ensuite, une comparaison analysée de deux groupes contigus de détenteurs de terres, caractérisés par des états fonciers différents. La premi~re partie, !lescriptive, regroupera sous une optique synthétique les trois premières catégories descriptives de Manning Nash (c'est ~ dire complexité technologique, composition des unités de production et syst~mes d'échange) tandis que la seconde partie, analytique, visera plus spécifiquement A des inférences sur le mode de contrôle du capital (la terre et le travail) et ses répercussions sur la cellule domestique.

(26)

••

L'articulation principale de cette derniêre partie consistera

entre le aode de tenace des terres et les configurations domestiques.

En

premier lieu, l'on tentera de comprendre la nature de l'in.

fluence da .ode de tenuce des terres sous

un

dgi_ foncier aizte (ol la

propriété individuelle de petites terres co-eziste avec

un

systlme

tra-ditionnel de plàatation) sur la formation de divers types de cellules

domestiques (biparentalea ou . .

trinacléaires).

Afin d'élucider cette question, il sera nécessaire de formuler

!!

double bYpothêse que l'existence

~

régime foncier mixte stimule,

!!!ClIloins

2

partie, la foraation

.!l!!!!

nOlllbre

!t

cellules do.sti!1I8s

ezcédentaire 5 remplace.nt

~

,énérations parentales, et que

l'élas-.;;t.-i,;;,c:,i t,;;,é:;..!!!. l 'acds

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telles cODdi tionl f oncUres constitue

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source

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support lIlatériel importante, siDon ezclusive.

!t

la

confi-jijj!tiOD domestiQUe traditionnelle antillaise.

C'est das cette optique que l'on vérifiera si, sous le régi . .

foncier mixte de Garel/Calebassier, les lIlaisonnées caractérisées par la

I18tritocalité parentale assurent effectivement leur subsistance l

partir de terres tenues principalement sous contrat de colonage. une

vérification positive permettra alD.s de conclure que l'unformisation

du régime foncier en

un

systême inélastique de petite propriété

géné-ralisée entrainera des répercussions sensibles au niveau du processus

de formation des cellules domestiques.

Subséquemment, l'on eSlaiera de comprendre la direction de ces

répercussions par l'ezamen des transformations du mode d'accês au sol et

par l'analyse des divergences entre les profils caractériels propres aoz

(27)

tion de chongement qui nous intp.resse ici, le profil caracMrie1 des maison-nées de petits propriétaires traditionnels sera considéré comme prédictif

des effets de lA généralisation du r~gime ne petite propriété au niveau du proceflsus de nuc1éation nomestique •

(28)

IV_ Choix d'une communauté cl 'observation ~ précisions méthodologiques.

A1L'X' Anti Iles Frnnç/tises, ] A tAcbe ~e l'ethnographe des

communauté~ ~aysanneR aRt ini tinlement compliquée par l'absence de frontières rée Iles entre l~s groupements et par 1 'nppnrente homo-généité ,le 1 'habitat rlispersé. Bien qu'il existe une pléthore de délimitations administratives et territoriales (limites entre sec-tions communales, localisation d'anciennes habitasec-tions et actuelles plantations, lieux.di ts, zone~ géographiques nominalement identi':' fiées) aucune ~ 'entre elles ne re[lrésente nn décollpage de!'! nit'es véritables rI 'interAction. A vrai dire, lA population rurale de Harie Galante n'est pas segmentée en cOl'lmunalltés formelles, mais peut être comprise !llutôt comme un ti!'1sU fle relations établies de

proche en proche par la contiguité résidentielle.

Dans nne telle milieu, et lorsque l'objet d'étude se prête 7t une approche st:1tistiql1e, il est possible de choisir un échantillon re)1résentatif fle la populntion sur toute l'étendue de IR ré~ion; une procér1ure al ternlltive consist.e 11 choisir un

secteur-~, d 'étendue spéci~iée, au sein d 'Ime section rnrAIe rlirecternent affectuée pnr lm )1rocessus rle chan~ement, et rt consiflérer l 'obser-vation exhaustive des conrlitions générAles (le ln région. IJorsquc

le ~ecteur d 'observntion est suffisamment ét.enrlu, cette rlernière méthode présente l 'nv:mtage de respecter les ensemhles minimaux cf 'interaction établis naturellement par contiguité territoriale (16); en vertu rle cet avantAge, j'ai préféré concentrer mes observations

(29)

sur l'entière population qui trouve résidence au sein du secteur arbitrairement limité ~ quatre kilomètres carrés, et qui recouvre en grande partie les sections communales de Garel et ne Calebassier au centre du plateau fertile mnrie-galantais (voir carte 1, page

a

secteur hachuré; et carte

II,

page ~

Au début ne l'été 1967, une moitié du secteur Garel/Cale-bassier tombait sous la juri~iction ne la SODEG pour application immédiate des premières modalités de la réforme agraire; zone d'ex-ploitation intense où co-existaient encore dans une proportion égale petite propriété et colonat partiaire, point d'a~orce important de ln transfonnation foncière dont la mise en application s'effectuerait au cours de mes deux séjours sur ce terrain, telle est la conjonction de circonstances qui me firent opter pour la ~éfinition du secteur Garel/ Calebassier.

Chaque unité d'observation au sein du secteur se définit par un groupe de co-résidence, ou maisonnée. Une maisonnée indue toutes les personnes qui demeurent dans une même hnbitation et qui se partagent un fonds commun pour leurs besoins de consormnation; dans les

zones rurales, l'unité de consommation coincide généralement avec l'unité de production (17).

L'utilisation de la maisonnée plutôt que l'exploitant indi-viduel comme Imité d'observation pennet rle plus de mettre

r.

profit

certaines analyses de cycles ,le développement de la fAmille antillaise telles qu'établies sur cette base pnr ~.G. Smith

(IR)

et G. Thtoreuil (19)

(30)

ees analyses serviront de référence lors de l'examen ~es répercussions de la transformation fonciêrc sur les maisonnées de colons d'usine.

Dans un sch~me d'analyse économique, la notion de maisonnée correspond h celle de territoire domestique d'exploitation. Comme dans la plupart des iles de la Caraibe, la tenance des terres non-corpora-tives se présente sous une forme communautaire restreinte, désignée 11 Marie Galante SOl1S les termes "indivision" et "propriété indivise";

ceci témoigne du droit coutumier qu'ont chacun des membres de la fa-mille illltlédiate d'un cbef de maisonnée dans le partage de l'usage et de l'occupation du sol. Une telle forme de propriété communale mini-male s'accorde mal avec la maximisation du rendement "per capita", m!lis elle présente l'avantage de se constituer en refuge traditionnel

lors des périodes de non-emploi; l'élasticité de l'occupation du soi constitue ains i une sorte de sécuri té sociale minimum. C\ux Antilles Françaises, le taux de chômage affecte 45% de la force de travail au cours de la période comprise entre novembre et janvier).

L'étude des territoires exploitées par chacune des maison-nées du secteur Garel/Calebassier, et l'examen dans chaque unité de résidence de la structure de son contenu humain, ont servi de base 11 une évaluation des répercussions de la réforme foncière au nive"au domestique. L'observation des transformations et invariances au sein du mode agricole du secteur Garel/Calebassier a permis de définir la

nature de la réforme agraire telle qu'elle s'y manifeste localement. Ces données (partiellement présentées en appendice) ont été recueillies au cours de deux séjours de trois mois 11 Marie Galante,

(31)

le premier 6n résidence penaanente au sein du secteur Garel/6ale.

bassier (juin-juillet-août 1967) et le second en consultation

d'archives, documents administratifs et incidence de la

trans-fOl'llation technologique, tant aupns des agents du changement que

des exploitants immédiatement affectés (juin-jûillet-aodt 1968) •

(32)

Chapi tre II

Le ~ agricole mixte ~ Garel/Calehassier •

(33)

La population qui habite effectivement le secteur d'obser-vation (231 hommes et 262 femmes de tous âges) se répArtit parmi les 84 maisonnées qui sont ancrées sur un territoire agricole total de 218 hectares cultivées au sein de ce secteur même. La superficie exploitée par maisonnée se situe dans un écart maximal de quelques dizaines ~'ares ~ plus de sept hectares, la majorité Iles maisonnées dont la source ,Je revenu est primordialement agricole (67/84) culti-vant des superficies entre un et trois hectares (moyenne: 2.33ha; écart-type: 0.71ha).

Au premier abord, le faciès géograPhique du secteur Garel/ Calebassier étonne par l'extrême frAgmentation de sa surface ex-ploitée: aucune étendue uniformément divisée, atomisation Iles cul-tures, limites hésitAntes entre les 573 parcelles qui composent la superficie cultivée du secteur. Pour sa subsistance une màisonnée dépend généralement de six ou sept parce Ile s en cul tures de toute nature et, dans plus de 80% des cas observés, ces parcelles ne sont pas contigues les unes aux autres mais sont réparties ici et là au sein du secteur suivant trois modes de transfer:

(a) pleine transmission des parcelles tenues en petite propriété par Ilroit d'héritage, avec ou sans fragmentation de la

propriété transmise.

(b) Acquisition temporaire de parcelles par contrat de colonage (entente verbale coutumi~re, sans preuve documentaire) soit avec l'une ou l'autre des plantations locales, ou Avec un petit propriétaire non-exploitant.

(34)

(c) Achat sous contrat notarié d'une ou plusieurs parcelles tenues antérie lire ment en petite propriété par un autre expl oi tant.

1-' Hetérogénéité des modes ~ tenance ~ terres et spéculations agricole mixte:

L'extrême fragmentation du facjés géographique de la majorité du territoire de Marie Galante réflête directement les modes de transfer des terres de tenance qui sont propre ~ lm système mixte de plantation et rle petite ,ropriété (latifundia-minifundia) t~l

que choisi suivant les critères présentés au chapitre précédent. le secteur d'observation Garel/Calebassier se situe dans la région intermédiaire al~ domaines Don et Robert et, de ce fait, témoigne de l'existence de trois modes non-exclusifs de tenance des terres.

Les zones "u(i)" et "u(ii)" rle la carte II, ~ la page suivante, correspondent respectivement avec des terres des ex-domaines Bon et Bnbert, propriété de la SOllEG de~uiR 1963; les ex-ploitants que l'on y trouvait en 1967 n'avaient aucun droit de propriété sur les parcelles qu'ils cultivaient; ils se soumettaient

à un statut !l'exploitation de "colonat partiaire": Le colon suivant la coutume de ce système ohtient rlroi t de cul ture sur une ou des terres pORsédéeR pnr un grand propriétaire (ou par une corporation) moyennant paiement d'une redevance ~ nature lors des récoltes.

Sur ces terres maintenant administrées par la SODEG, cette redevance est passée de 25% à 20% d'une récolte annuelle de canne ~ sucre.

(35)

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(37)

Au cours du présent travAil, le terme "colon d'usine" sera utilisé pour désigner un exploitAnt de terres administrées par la SODEG, et l'appellation zone "u" pour désigner lB demi-portion du secteur d'observation qui coincide avec les terres de l'ex-plantation Robert.

Par contre, dans la zone "p" de petite propriété, les

.

parcelles de terre arable Ront possédées de plein rlroit par celui qui les exploite en faire-valoir direct. Lorsque cultivées en canne ~ su-cre, le prorluit de la récolte de ces parcelles est versé entiêrement et directement par l'usine au producteur sans rétention Ile redevance ... .1. ·fonciêre. Pour désigner les exploitants des terres de petite propriété

l-ederme "petit propriétaire" sera utilisé, et l'appellation zone "p" pour la demi-portion du secteur d'observation qui coincide assez exac-tement avec la section communale de Gare 1.

Dans cette zone "p", que lques petits propriétaires se rlésis-teDt parfois de leur ·privi lêge d 'exploi tation et, par entente coutUlllière, permettent ~ un parent, 7J un nmi, ou ~ tout Autre indivirlu jugé flcceptnble, de cultiver én leur pInce üne ou plusieurs Pllrcelles de leur propriété; l'exploitant est Illors connu comme Itèolon" du petit propriétaire et les obligations économi.ques (lu premier envers le second crmsistent en un versement de redevance en nature, soit de 25~ ~ 35% de chaque récolte.

Aux dates d'observation (1967-6A), le territoire i!u secteur . Ga.rel/Calebassieor était donc exploité sous trois modes de tenanae des terres:

Petite propriété: 26:1 parcelles, 97.2hA (45~) Colonat Il 'us ine 268 parce Iles, IOS.8ha

(50;0)

(38)

30 •

Ces trois statuts d'exploitation, loin ~'être hermétiques l'un ~ l'autre, se recoupent de façcil multiple; des petits propriétaires doivent supplémenter leurs revenus en exploitant par ailleUrs de~ terres d'usine, et fréquemment des colons poss~dent quelque dizaines rl 'ares au sein de la zone de petite propriété fragmentée. Une hétérogénéité stntutaire (l'existence d'une pluralité de statuts fonriers sous lesquels s'effectue l'exploitation des parcelles d'un Déme territoire domestique) s'érige donc en dominante agricole dans le secteur Gare llCnlebassier.

A ce phéno~ne d 'hétérogénéité des -',états fonciers vient s'a-jouter celui d'une spéc1llation agricole mixte. C:;ur une superficie de quatre ldlo~tres carrés, ou 400 hectares, l'on constate que la surface

cultivée atteint 217.9ha, soit 54.5~ de la superficie du sectenr Garel/ Calebassier (ceCi témoigne bien de ln fertilité relative des terres du plateau central par rapport h l'ile toute enti~re oû le rap,ort des surfaces cultivées 7t la superficie totale est de ::l,666hn/14,932ha, soit

~ peine 24%). Sur les 218 hectares cultivés au sein du secteur Garel/ Calebassier, plus ~e l55ha (7l%j sont consacrés

a

ln culture de la canne h sucre, 26~ ~ la culture des vivres, au pÂturage et

a

l'habitation, et ~ peine 03~ sont hissés en Jachère; la Carte III en pr>ge suivante présente la distribution des cultures au moment de ln récolte de 1967.

Occupant 155 hect9res et répartie sur 356 parcelles, la pro-duction de ln canne ~ sucre s'érige en dominAnte spéculat.ive; cependant, une diversifiCAtion des cultures (le canne est manifeste et r(~sulte rlu fait que, dans le secteur Gnrel'CAlehnssier, un phnt de canne h sucre peut

(39)

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(40)
(41)

produire jusqu '1\ cinq " re .jeton1'l"; une seule plAntation suffit i\ six récol tes nnmlelles consé-cutiveR, ln récol te . ~e lA canne plantée et

.

cinq récoltes subséquentes. C'est en vertu cle cette forme de cuiture échelonnée que dAns le tem,s lA mAjorité des exploitants entretien-Dent des cannes tie poirls et teneur en sucre vAriables, SUl' lm éven-tail de parcelles dispersées; l'on comprendrA que aisément le mor-cellernent appflrent du .terri toire rural rés1l1 te en grancle pArtie cle cette diversification intrins~que fle ln culture dominante.

De plus, la polyculture vivrière vient se combiner à ln

monocul ture du sucre et contribue l\ donner l la répartition Iles par-celles son aspect mixte et aSR ociationnel. Alors qn 'elle est inexil'l-tente sur les domaines Ile production sucrière intense, ln cnl ture des vivres constitue, sur le pOllrtour cle ces territoires, un apport

im-portant à l'économie de subsistence. Comme le remarque Guy Lasserre: "]es lopins fle culture vivrière signalent les zones de petite propri-été éparses entre les grnncls domaines, ou bien l'existence fie colons partiaires Autorisés pnr les propriétnires l'lu RoI 11 cultiver "racines" et légmnes pour consommation fAmiliAle." (20)

An moment cle 111 récolte H167, l~ CAnne ft sncre s'érigenit net-tement en dominante spéc1l1 ilHve: les Cilnnes ~e troisi~rrte et qnntrième rejeton

(53

et 54), (~lnntées respectivement en 1~64 et

IPR3,

années Ile IR relAnce économique de Marie Glllante) constitmdent l'ARsise Ile lA product.ion sucrière locAle: s3:. 26% et s4: 31%, soit 57% de toutes les surfaces plAntées en canne. A cette ~ême dAte, la polyculture vivrière et un élévage d'appoint occupait IIne pArtie minime des terres (28

(42)

chaque lot d'habitation (mj) sur lesquels sont généralement pratiqués plusieurs carrés de jardinage. Cette production vivri~re est relative-ment flifférentiée et constitue le support alirelative-mentnire véritable de la population au cours 'rles huit ou neuf mois Ile ,énllrie monétaire annuelle.

(réf. tnble8,u II, pagelf~.

Sur pArcelle snécifique l'on rencontre Iles cultures fle pois r1 'angole

(A),

de patate 'Iouce, de manioc ('1) et rle mais; rlans un granrl nombre de cas, nne a~~ociAtion évidente peut être rléterminée entre les cultures de pois d' angole -manioc-patate douce; une faible cormnerciali-sation de ces prorluits alimente les marchés Iles trois bourgs de Marie Galante. Sur les lots avoisinante les habitations et dans les .. jar/lins, les cllI tures sont multiples mais de faihle importance; elles suffisent uniqueIœnt à l'auto-consommation et elles constituent un Apport ali-mentaire essentiel; on y trouve généralement un ou pl usiellrs carrés Ile

"racines" (ignames, malanges, choux caraibes), rles légumineuses (con-combre, laitue, tomate, aubergine christonhile, carotte), des arbres frlli tiers (arbre A pain, bananier, cocotier), ainsi que rles épices

(piment et cives) et (les herbes médicin!\les. Rnfin, un complément dié-tétique d 'import'ance est tiré il 'un ~rnnrl nombre d'arbres fruitiers à

rlemi-sauvage~ (mangnier, ~oYf\vier, corrosstllier, citronnier, sa~otillier) qui sont dispersés en bordure des champs, et de~ nrRiries fPlr les pentes de ravines et dans les halliers.

L'examen des opérations conjoint.es rle la production de la canne li sncre et fies produits vivriers dominants permettra d'étAblir l'existence ct 'Ime nette interaction entre les deux modes rle mise en

valeur, interaction qni se manifeste tant /ltl niveau des cyclés techniques qu 'li celui des récoltes.

(43)

II- Cycle des opérations agricoles: canne

!.

sucre.

1- Préparation ~!2l: en général, l'on eRtime qu'à partir d'une plantation initiale la production de la canne à sucre s'éche-lonne sur une période de cinq à huit ans; à Garel/Calebassier, une plantation moyenne proclui t tme récGl te initiale et quatre, ou cinq (rarement six) rejetons successifs dont le rendement est décroissant., tant par le tonnage A l 'hectare que rar la teneur en sucre. L'année de plantation d'une parcelle comporte donc un in-vestissement initial de travail et de capital; cependant, comme

la production sucri~re .1 'un

même

individu est presque toujours di-versifiée (08~ seulement des exploitations du secteur Garel/Cale-bassier présentent une homogénéité ahsolue (lans le choix des modes

alternatifs de mise' en valeur), les étapes initiales de prép~ration du sol et de plantation ne s'apptliquent qn '11 une partie cles sur-faces qu'un exploitant cultive en canne li sucre (soit environ 20% de son territoire cultivé).

La préparation tiu sol nécessite quatre opérations con. sécutives de lahour: le "hachage" (hris des grosses mottes de terre), le "sous-solage" (émiettement en plus petits morceaux), le "si llonnage" (tracé des sill ons réguli~rement eS"[lacés de 60cml

charrue

r.

boeuf ou de 90cm/tracteur), et la "canalisation" (sur le pourtour et à l'intérieur du champs pour l'écoulement des eaux de pluie). Traclitionnellement effectué par 1me charrue de bois à soc

~e fer, tirée nAr deux ou trois paires de boeufs, le labour cons-titue une opération technique qui nécessite une forme particulUre de coopération entre des propriétaires d'un nomhre restreint de

(44)

35 •

charrues et de paires de boeufs.

(1)

Depuis l'introduction du tracteur et de la charrue en fer, le mode traditonnel de labour est en nette mais comprimée décrois-sance: li cause du nombre limité de tracteurs (trois pour toute l ' ile en 1967), le lahour 1\ la charrue 1\ boeufs e!'lt encore général au moins pour les cleux clerni~re!'l opérations de préparation du sol. On peut

con-sidérer qu'aux dates d'observation (1967_68) une alternative techniqlre s'offrait encore au paysan, c'est A fi ire , utilisntion ne la charrue traditionnelle dans le contexte d 'tm convoi de lAbour, ou hien location d'un tracteur et main d'oeuvre !'Ialariée.

2_ Plantation: La plantation de plusieurs variéMs rle cannes A rende-ment différent, canne blanche (tratlitionnel) et depnis peu, canne noire et canne grise, réflête un approvis ionnement en boutures li pnrtir de deux !'Iources: boutnres conpées lors fle la récolte antérieure, et donc sans frRÏs d'achat, on bien rlistrihution/vente par la ferPle gouverne-mentale (20fr/torme). Le choix de ] n dllte rle plantation est crucial pour le rendement de la canne; plantées en avril-mni, les cannes ~tteindront

tme longueur de trois A quatre mètres et. lm poids de 80 tonnes/ha, tandis que les cannes plantées en ,juin-.iuillet n'atteignent qu'une hauteur de deux mètres et un tonnnge de 50% inférieur.

Il semble exister deux maniôres de plllnter la canne, la plan-tation piquée et la planplan-tation couchée. La premiêre manière est générale-ment utilisée dnns des condi ti ons de pluviosité abondantes et consiste A

o

enfoncer obliquement (45) et en parallèle deux lloutures bourgeonnantes dans une paire de troùs pratiqués A la harre 11 mine, ~llis cle recouvri.r au

UI) Nous traiterons plus loin de cette forme de coopération (convoi de labonr) qui consi!'lte en la mise en commun des ontils, animaux et tra-vailleurs nécessaire A une opération agricole.

(45)

pied ou ~ IR main; lA secnnrle manière cnmdste 11 dépO!'!er les houtures en longues rangées An fonrt rles sillons et

n

recouvrir 1\ ln boue. A Gnrel/Calehassier, la plRnhtion piquée est générnlisée et, bien que plus fastidieuse et arrlue, c'est cette Manière qui fait force de pra-tique. Il est important rte noter que la plantntion des boutures coin-cide avec la fin r1e la coupe des cannes plantées dans rl'nutres champs

au cours des années précédentes; d'où l'approvisionnement naturel en boutures.

Une seule fois par année, 1t ln fin fle ces récnl tes, le paysan "sêœ"

(fi-)

l'le l'engrais chimique sur les souches ou rejetons et la croissance de ceux-ci s'amorce peu après. Pour le paysan de Garel lCale-bassier, l 'en,~rais n'enrichit pas la terre mais, plutôt, fait pf)1lsser la canne; c'est en vertu l'le cette conviction que la technique rl 'épandage est exagérément méticuleuse et consiste 71 rtéposer soigneusement une pin-cée rl. 'engrais autour r111 pied de chaque plnnt rle canne. Cette tâche est souvent accomplie par les femmes et enfants, ,enilant que les hommes sont occupés Rn labour et h 1 a plantnti on dana les chamns assollés et sur les parcelles vivrières.

3- Entretien: L'entretien des champs présente actuel1ement une seconde al ternative technique , soit sarclage on bien util isation il 'herhicide. Long et fnstidieux (au moins ,10 jours par hectnre pour un individu seul) le sarclage se fait à ln houe, Rutant par l 'homme que par la fermne, et s'étend sur toute la périoile de croissance de lA canne ~neuf mOis).

Traditionnellement, le sarclage efficace rle superficies importantes était souvent Rssnté par l'appel d'un "domaine" RU corvée, autre forme de

(46)

coopération en voie Ile disparition Ilont nou~ Iliscuterons pluA loin. Par contre, l'utilisation d'herbicide, technique intro-dui te depuis peu, est une opération rapide et peu coûteuse j elle

re-quiert simplement l 'ncc~s i\ une pompe l't dos (locntion, mise en commun, achat) et l'achat du produit chimique connu sous le nom fle "désherbant" (12fr/litre, 1 litre/ha).

Enfin, l'épaillage est 1me activité connexe au sarclage qui constitue une tâche d'entretien répétitive et non-systématique, et se limite à enlever les pailles Ile canne mortes Olt l11nlacles.

4- Coupe: Hontent culminant de la prorlllction, la coune rie la canne 71 sucre s'étend d~ janvier ~ mai et mobilise la totalité rle la main d'oeuvre paysanne, utilisant à saturation les réseaux d'obligation pa-rentale 71 travers les formes trnrlitionnelles rle coopération (convois et domaines rle coupe). A Garel fCl'llebMsier, hommes et femmes travaillent de six ~ neuf heures chaque jour de coupe, respectivement à couper et à

"amarrer" quelques trois tonne~ rle Cl1nnes !111r jour. Coupées ail sabre droit par des honnnes qui travaillent, de préférence équipes de quatre ("convoi déréglé"), les cannes sont attachées en bottes de rlouze rt quinze par lm nombre comparable rle femmes, et ce afin rle faciliter le chargement des charette s A boeuf.

La répartition Iles dates cle coupe entre les divers prorlucteurs s'effectue sous le signe rlu bon de coupe; pour l'ile de Marie Galante, la

di~tribution en est assurée pnr rlellX géreurs, rlont lm résirlait dans la section Calebassier. Contrôle rl 'alimentati on cl 'usine et système d'eFlti-mation -'les rendements régionnallx, la rlistribution fle ces bons constitue le principal mécanisme rég1l1atellr l'le lA coupe sur toute l'ile de Harie GAlante.

(47)

coupe; ceci permet d'éviter qu'un exploitnnt détenAnt des terres sous un statut foncier mixte oéclare rles cannes cul tivéee sur ites terres d'usine comme "cannes plAnteur" afin cie recevoir plein paiement, et d'éviter la reitevance foncière ~e 20% ~e SA récolte. De plus le bon de coupe fixe une date précise ri' apport ~ l'usine; l'observance des spécifications du bon ~e coupe est de stricte nécessité: coupées trop tôt, les cannes s~cheront et leur teneur en !'II'lcchnrose serll affectée, tanrlis que passé la itate de coupe fixée, les CAnnes ~evront être lais-sées debout.

La distribution ries bons de coupe ne comporte Apparamment aUClID fllcteur de discréminntion entre petit propriétaire et colons d'usine. L'im~ortAnc~ rle lA quantité oe bons auxquels il 8 droit de pnr ses cultures, et les priorités régionales sont fixées par des techniciens d'usine. Alors qu'autrefois la production: sucrière de Mllrie Galante était soumise 11 un contingentement restrictif, lA dis-tribution ries bons de coupe entre les plantations trnititionnelles pre-nai t un caractère politique im1iscutable; mAis avec le re l~vement du contingentement sucrier global pour fins fle mise en vllieur (HHj('l) et l'introouction ilu syst~me corporAtif oe ~lAnt8tion, cette itistribution de privil~ges a perdu son carActère strat~gique. Les géreurs Autrefois puissants au sein ites plantations trAditionnelles sont rlevenus simplr.s agents rie cooritinRtion agricole •

(48)

Bien que le relèvement du contingentement sucrier soit l

la source des transformations que connait actuellement le mode agri.

cole marie-galantais" un contingentement rhumier sévère continue

d'affecter les distilleries de Marie Galante et, en raison de

l'iné-lasticit' de la deaande de leur produit, les propriétàires de 'ces

domaines traditionnels doivent se soumettre l une réglementation

stricte de leur production. Cependant aucune distillerie n'affecte

directement le secteur Garel/Calebassier, et aucun des résidents de

ce secteur ne cultive ailleurs des terres appartenant l cette caté.

gorie particulière d'exploitation.

Il a donc semblé préférable de ne pas inclure d'analyse de

la production rhumière au sein de la présente étude, sans pour autant

négliger de mentionner la persistance de cette importante forme

d'ex-ploitation traditionnelle sur le territoire de Marie Galante.

5. Transport:

Dans

le secteur Garel/Calebassier, le transport

dèS

can-nes l l'usine est dorénavant assuré par des cBlllions

è:f;;~'des

salariés de

l'usine, ceci moyennant paiement d'une

SOIllDM!

fixe par chargement

(8tr/5tonnes).

I.e

transport l l'usine par charette est

compl~teJllent

disparu parce que trop lent et de trop faible capacité (un jour et demi

l pas de boeuf pour environ une tonne par charette, tandis qu'un camion

de cinq tonnes peut affecter quatre acbeminements par .1our). Encore

utilisées lors de la coupe, les charettes ne servent plus qu'au transport

intermédiaire des cannes entre l'intérieur des champs et le bord de route.

Au moment du chargement dans les camions, les "amarres" des

bottes de cannes sont sectionnées et rejet4es, car depuis sa modemnisation

Figure

TABLE  des  HATmRES

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