CHRONIQUES ET COMPTES RENDUS 335 C o r p u s C h r isd a n o r u m , 1 9 5 3 -2 0 0 3 . X en iu m n ataliciu m . F ifty Years o f S ch o la r ly E d itin g .Edited b y Johan L e e m a n s, with the assistance of Luc J o c q u é , [Tumhout] : Brepols, 2003, 375 p.
Que serait le paysage des médiolatinistes, si le C o rp u s C h ristia n o ru m n’existait pas, si nous manquaient les quelque 200 volumes de sa C o n tin u a d o M e d ia e u a lis 1À l’occasion du cinquantième anniversaire du C o rp u s, ses res ponsables et une vingtaine de philologues se sont associés pour offrir ce livre- bilan aux lecteurs du monde entier. Le titre est bilingue, anglo-latin. Les contributions sont rédigées majoritairement en anglais et en français, mais aussi en allemand et en italien ; les extraits d’auteurs anciens sont reproduits, comme il se doit, en latin ou en grec, puis traduits dans une langue moderne. La table des matières est en latin.
Une introduction, due à Johan Leemans, retrace l’histoire générale du
C o r p u s : sa naissance, à l’initiative visionnaire de dom Eligius Dekkers
(1915-1998), dans une Europe d’après-guerre dépourvue de livres ; son exten sion, des Pères latins aux auteurs médiévaux, aux Pères grecs et aux textes apocryphes ; enfin, son association avec d’autres entreprises intellectuelles, qui lui donne l’aspect diversifié qu’on lui connaît aujourd’hui.
La première partie dresse un bilan détaillé de chacune des séries et sous- séries, rédigé par leurs responsables actuels. Les éditions de textes, réparties entre la S e r ie s la tin a ,la C o n tin u a d o m ed ia e u a lis, la S erie s g r a e c a et la S erie s a p o c ry p h o ru m , se taillent évidemment la part du lion. Elles sont liées - et c’est l’une des spécificités du C o rp u s - à la confection de concordances indi viduelles (In stru m e n ta le x ic o ló g ic a la tin a ) ou traitant à ' O p e r a o m n ia (The s a u r i P a tru m la tin o r u m et P a tru m g ra e c o ru m ). Mais on aurait tort de sous- estimer d’autres séries plus récentes qui sont appelées à se développer, en accompagnant les progrès de disciplines comme la paléographie et la codico logie (A u to g r a p h a m e d ii a e u ï), l’histoire de la langue ou celle des textes CL in gu a p a tr u m , H a g io g r a p h ie s ). Les sous-séries du C o rp u s sont, quant à elles, trop nombreuses pour être détaillées ici. Dans une chronique précé dente, A. Harvey a déjà exposé le plan des S c rip to re s C e ld g e n a e (répartis entre S e r ie s la tin a et C o n tin u a d o m e d ia e u a lis, avec quelques flottements dus aux incertitudes de datation). Pour le public de cette revue, il convient d’évo quer au moins les L e x ic a L a tin a M e d ii A e v i (insérés dans une série in-4° de la C o n tin u a d o m e d ia e u a lis ),que présente Brian Merrilees aux pages 137-138.
La seconde partie, joliment intitulée F lo s culi, est une anthologie de dix-
neuf extraits d’auteurs anciens ou médiévaux, déjà publiés dans le C o rp u s.Ce
florilège est illustré de reproductions de sculptures religieuses dues à un artiste contemporain : Toni Zenz. L’idée est excellente et s’inspire d’un concept déjà mis en œuvre en 1993, sous le titre de M o sa ïq u es, pour le Cin quantenaire de S o u rc e s c h ré tie n n es. Les extraits sont reproduits dans leur langue originale, puis traduits et commentés par des collaborateurs du
336 FRANÇOIS DOLBEAU
sous les auteurs médiolatins, en précisant entre parenthèses le commentateur de chacun : Bède, In L u ca m (Fr. Bovon) ; Adomnan, D e lo c is s a n c tis (M. Zelzer) ; Jean Scot, P e rip h yseo n (É. Jeauneau) ; Sedulius Scottus, C a rm in a(J. A. McGuckin) ; Rupert de Deutz, In Io h a n n e m (W. Berschin) ; Aelred de Rie- vaulx, D e s p ir ita li a m ic itia (J. M. Ziolkowski); Pierre de Blois, D ia lo g u s in te r regem H en ricu m e t a b b a te m B o n e u a llis (P. Bourgain) ; Jacques de Vitry,
E p is to la e (R. B. C. Huygens) ; Salimbene de Adam, C ro n ic a (J. Berlioz). En
fin de volume, sous le titre à' O n o m a s tic a ,trois index (S c r ip to r e s la tin i, S c r ip - to re s g ra eci, A p o c r y p h a ) recensent les auteurs et les titres d’ouvrages déjà publiés dans la collection, avec renvois aux principales C la ve s, ce qui donne aussi à ce livre-mémorial le statut d’un instrument de consultation rapide.
La direction du C o rp u s C h r istia n o ru m est consciente que le reflux actuel des études grecques et latines rend, à terme, souhaitable - pour ne pas dire indispensable - la présence de traductions. En dépit des difficultés liées à une telle situation, la collection a beaucoup d’atouts pour prolonger durablement un développement pragmatique et harmonieux. Que ses responsables soient assurés, en tout cas, du capital de sympathie dont ils disposent chez les lexi cographes et les médiolatinistes !
François D o l b e a u
L ib r a r y o f L a tin Texts. C lclt-5 , ed. P. T o m b e u r , [Tumhout], 2 0 0 2 , 3 CD-
t ROMs donnant accès à plus de 47 millions de mots et à 2 8 0 0 ouvrages
latins, livret-guide de l’utilisateur (français-anglais) de 200 p.
Le cinquantenaire du C o rp u s C h r istia n o ru m nous a permis de rappeler que cette collection, seule entre toutes, avait pris en compte la révolution infor matique et comportait des sous-séries réservées à des concordances électro niques. Depuis 1978 (il y a exactement vingt-cinq ans), l’impression de nou veaux volumes y est associée à la confection de concordances informatisées, grâce aux relations nouées avec l’équipe dirigée par Paul Tombeur à Louvain- la-Neuve. Quand ce dernier est passé à l’éméritat, l’ancien Cetedoc s’est transformé en un centre appelé « Traditio litterarum occidentalium », qui est directement soutenu par la firme Brepols. Dans sa cinquième version, la pre mière à être issue du nouveau centre, la C e te d o c L ib r a r y o f C h r istia n L a tin
Texts (= C lclt) a donc changé de nom, tout en gardant son sigle : il faudra
s’habituer désormais à la citer en tant que L ib r a r y o f L a tin Texts.
Ce changement de nom ne s’explique pas seulement par la réorganisation administrative ; il répond aussi à une volonté intellectuelle de couvrir l’en semble de la littérature latine, tant païenne que chrétienne, depuis l’origine jusqu’aux temps modernes. Ce qui était primitivement une banque de données