HAL Id: tel-00011844
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Submitted on 8 Mar 2006
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Alain Aspect
To cite this version:
Alain Aspect. Trois tests expérimentaux des inégalités de Bell par corrélation de polarisation de photons. Physique Atomique [physics.atom-ph]. Université Paris Sud - Paris XI, 1983. Français. �tel-00011844�
UNIVERSITE DE PARIS-SUD
CENTRE
D’ORSAY
T H E S E
presentéePour obtenir
Le CRADE de DOCTEUR ES SCIENCES
PHYSIQUES
PAR
Alain ASPECT
SUJET: TROIS TESTS EXPERIMENTAUX DES INEGALITES DE BELL PAR MESURE DE CORRELATION DE POLARISATION DE PHOTONS
soutenue le . ler Février 1983 devant a Commission d’examen
MM A, MARECHAL President J.S. BELL C. COHEN-TANNOUDJI B. D’ESPACNAT C. IMBERT F.
LALOE
UNIVERSITE DE PARIS-SUD
CENTRE D’ORSAY
T H E S E
présentée
Pour obtenir
Le GRADE de DOCTEUR ES SCIENCES
PHYSIQUES
PAR
Alain ASPECT
SUJET: TROIS TESTS EXPERIMENTAUX DES INEGALITES DE BELL PAR MESURE DE CORRELATION DE POLARISATION DE PHOTONS
soutenue le ler février 1983 devant la Commission d’examen
MM. A. MARECHAL Président J.S. BELL C. COHEN-TANNOUDJI B. D’ESPAGNAT C. IMBERT F.
LALOË
any
paradox
at all...R.P.
Feynman
(1963)*
"We
always
have had agreat
dealof
difficulty
inunderstanding
the world view that
quantum
mechanicsrepresents..
Jt has notyet
become obvious to me that there is no realproblem...
l’ve entertained
myself
always
by squeezing
thedifficulty
of
quantum
mechanics into a smaller an smallerplace,
so as toget
more and more worried about thisparticular
item. It seemsto be almost ridiculous that you con squeeze it to a numerical
question
that onething
isbigger
than another. But there you are - it isbigger...
"R.P.
Feynman
(1981)**
* The
Feynman
Lectures onPhysics,
TomeIII,
Chapitre
18(Addison -
Wesley,
1965).
by measuring
linear-polarization
photons
by
pairs
in the4p
2
1
S
o
~
1
1
P
4s4p
~4s
2
1
S
o
radiative cascade of calcium.The first
part
of this dissertation reminds the theoretical background(Bell’s
theorem),
and theexperimental
situation(previous experiments).
We then describe ourapparatus :
the source(calcium
atomic beamselectively
excitedby two-photon absorption),
theoptics,
thephoton
coihcidence -counting
system.
Our firstexperiment,
analogous
toprevious
ones(but
moreprecise)
involves one-channelpolarizers.
Our secondexperiment,
based on aconceptually simpler
scheme,
uses two-channelpolarizers.
The thirdexperiment
involvesacousto-optical
switches followedby
two linearpolarizers :
these devices act astime-varying polarizers,
the orientation of which ischanged during
the time offlight
ofphotons.
In the three
experiments,
the results are ingood
agreement
with theQuantum
mechanicalpredictions,
andthey distinctly
violate the relevant Bell’sinequalities.
Je le remercie de la
confiance
qu’il
m’a accordée.Je veux
exprimer
ici magratitude
à Christian Imbertqui
m’aproposé
de travailler sur lesinégalités
de Bell.Qu’il
sache combienj’ai apprécié
la liberté quej’ai
eue sous sadirection,
maisaussi le
fait
queje
l’aitoujours
trouvéprésent
pour m’aider à résoudre lesproblèmes
que nous avons rencontrés.En me
faisant
l’honneur departiciper
à monjury
dethèse,
John Bell
confirme
le soutienqu’il
nous aapporté
dès ledébut,
et dontje
lui suis reconnaissant.Ma reconnaissance va aussi à Claude
Cohen-Tannoudji qui,
malgré
ses lourdescharges,
m’a consacré de nombreuses heures. Tous ceuxqui
ont eu la chance de travailler avec luiimagineront
sanspeine
le
bénéfice
quej’ai
retiré de ses conseils.Je dois
beaucoup
à M. leprofesseur
d’Espagnat
qui
m’a aidé à découvrir les subtilités et les embûches de cesujet,
qu’il
abeaucoup
contribué àfaire
connaître.Chaque
fois
quej’ai
sollicité sonaide,
Franck Laloë n’aménagé
ni sapeine,
ni sontemps,
pour mefaire
profiter
de sa connais-sanceprofonde
de laMécanique Quantique
et du théorème de Bell. Ce travailporte
la marque de ses avis amicaux etexigeants,
dontje
lui suissincèrement reconnaissant.
Gérard
Roger
a été associé à cesexpériences
dès leur début.C’est ensemble que nous avons conçu les
"manips"
et que nous les avonsmontées. Ce travail est aussi le sien. Son
goût
et sacompétence
pourles
montages
précis
et élaborés et son aversion pour les"bricolages
sans
faille
leur ontpermis
dejouer
un rôle essentiel dans laphase
finale
desexpériences.
Ces
expériences
n’ont pu être montées quegrâce
à laqualité
remarquable
des servicestechniques
de l’Institutd’Optique,
aussi bien le bureau d’étude que les ateliers demécanique
etd’optique.
Je les remercie aussi pour leurcompréhension
devant nos"urgences".
Une
grande
partie
del’électronique
et del’informatique
a été conçue et réalisée
(avec
le concours d’AlainAide)
par AndréVilling.
Grâce à sonaptitude
exceptionnelle
à aborder lesquestions
nouvelles,
il a su résoudre tous lesproblèmes
que nous lui avonssoumis.
Il ne m’est pas
possible
de remercier ici individuellementtous mes amis de l’Institut
d’Optique,
d’AiméCotton,
del’ENSET,
del’Horloge
Atomique,
de la Halle auxVins,
de la rueLhomond,
deMeudon,
deSaclay ...
Qu’ils
m’aientprété
un gramme de Rhodamine ou unamplificateur,
qu’ils
m’aientvérifié
un calcul oufait
profiter
de leur
savoir-faire,
leur contribution aurajoué
un rôleimportant.
Je tiens à remercier
particulièrement
J. P.Passérieux,
du DPhNBE deSaclay,
qui
m’afait bénéficier
de ses immensescompétences
dans le domaine des
comptages
rapides.
Les commutateurs
acousto-optiques
doiventbeaucoup
à l’aide du laboratoire
d’acousto-optique
deValenciennes,
particulièrement
de MM.Torguet
et Gazolé.Philips,
Eindhoven,
réalisé les traitements
diélectriques
desséparateurs
depolarisation.
Je remercieJoseph
Braatqui
apermis
à cetteopération
d’avoir lieu.Je ne saurais terminer sans remercier
Nelly
Bonavent,
qui
a assuré lafrappe
de ce mémoire aveccompétence
etefficacité,
et aussiINTRODUCTION
page 1
PREMIERE PARTIE : LE THEOREME DE BELL THEORIE ET EXPERIENCES
CHAPITRE I
- POURQUOI
DES PARAMETRES SUPPLEMENTAIRES ?LE RAISONNEMENT
D’EINSTEIN,
PODOLSKY,
ROSEN 11I - 1 Le raisonnement E.P.R. 13
I - 2
Analyse
enMécanique Quantique
d’uneexpérience
depensée
E.P.R. avec desphotons
16 I - 3Recherche d’une
"image classique
expliquant"
lescorrélations entre mesures
éloignées
20I - 4
Conclusion du
chapitre
I 25CHAPITRE II - LE THEOREME DE BELL ET SES IMPLICATIONS 27 II - 1
Inégalités
de Bell pour les Théories DéterministesLocales à Paramètres
Supplémentaires
29II - 2 Conflit avec la
Mécanique Quantique
34 II - 3Inégalités
de Bell pour les ThéoriesStochastiques
Locales à Paramètres
Supplémentaires
40II - 4
Inégalités
de Bell dans uneexpérience
avecpolariseurs
variables 44
II - 5
Impossibilité
du"télégraphe supraluminal"
53 II - 6Quelles
idées sous-tendent le formalisme ? 56II - 7 Conclusion 60
III-A EXPERIENCES AVEC PHOTONS Y
(OU PROTONS)
III-A-1
Principe
69III-A-2 Résultats
expérimentaux
71III-A-3 Discussion 72
III-A-4 Diffusion
proton-proton
72III-A-5 Conclusion 73
III-B PAIRES DE PHOTONS VISIBLES EMIS DANS CERTAINES
CASCADES
RADIATIVES ATOMIQUES
73III-B-1 Introduction 73
III-B-2 Calculs
quantiques
75III-B-3
Expériences
avecpolariseurs
à une voie 81III-B-4 Les
expériences
de la décennie 1970 86 III-B-5Hypothèses supplémentaires
sur les détecteurs 93III-C BILAN ET PERSPECTIVES
95APPENDICE DE LA PREMIERE PARTIE - ANALOGIE
MACROSCOPIQUE
99 1Description
du modèle 992 Corrélations fortes 101
3
Inégalités
deBell-d’Espagnat
103CHAPITRE IV - LES EXPERIENCES D’ORSAY : INTRODUCTION 109 IV-1
Expérience
avecpolariseurs
à une voie 110 IV-2Expérience
avecanalyseurs
depolarisation
à deux voies 116IV-3
Expérience
avec commutateursoptiques
127IV-4 Conclusion 133
CHAPITRE V - SOURCE DE PAIRES DE PHOTONS CORRELES EN
POLARISATION : PRINCIPES 135
V - 1
Comptage
dephotons
en coïncidence parSpectre-Temps
136V - 2
Rapport
Signal-Sur-Bruit. Régime Optimal
142 V - 3 Choix de la cascade et de son mode d’excitation 147V - 4 Taux d’excitation de la cascade 152
V - 5
Elargissement
duprofil
d’excitation 156V - 6 Géométrie
optimale
de la source 159V - 7 Conclusion 164
Appendice
V - Excitation non-linéaire à deuxphotons
de lacascade
4p
2
1
S
o
-
4s4p
-
P
1
1
4s
2
1
S
o
du Calcium 1651)
Notations - Grandeurs utiles 1652)
Excitation dans deschamps
uniformes 1683)
Excitation transitoire 1714)
Egalité
desprofils
d’excitationintégrés
1745)
Généralisations 175CHAPITRE VI - DISPOSITIF EXPERIMENTAL DE BASE 178
V-A LA SOURCE
VI-A-1 Vue d’ensemble 181
VI-A-2 Jet
atomique
de calcium 184VI-A-3
Lasers,
focalisation 192VI-A-4 Stabilisation de la source 198
VI-B-3
Composants optiques
206VI-B-4 Elimination de la lumière
parasite
209VI-B-5 Conclusion 210
VI-C
DETECTION
ETCOMPTAGE
EN
COINCIDENCESVI-C-1 Vue d’ensemble 212
VI-C-2 Détection. Ensemble
photomultiplicateur-discriminateur
214VI-C-3 Colhcidences par
Spectre-Temps
225VI-C-4 Coïncidences par circuit à recouvrement 234
VI-C-5
Enregistrement
des données 240VI-D
DEROULEMENT
D’UNE EXPERIENCE
VI-D-1
Réglage
de la source 243VI-D-2
Séquence
de mesure 245VI-D-3 Mesure des fonds 246
VI-E CONCLUSION 247
Annexe VI - Mesure absolue d’un taux de cascades
atomiques
par coïncidences à deuxphotons
(publication
àOptics
Communications)
249CHAPITRE VII - EXPERIENCE AVEC POLARISEURS A UNE VOIE 257
VII-1 Polariseurs à
pile
deglaces
261VII-2 Procédure
expérimentale
268VII-3
Exploitation
des données : calcul d’incertitude etméthodes
statistiques
271VII-4 Traitement des données 273
VII-5 Résultats définitifs 276
VII-6 Conclusion 283
VIII-3 Procédure
expérimentale
301VIII-4 Traitement des - données 302
VIII-5 Résultats 305
VIII-6 Conclusion 308
CHAPITRE IX - EXPERIENCE AVEC COMMUTATEURS
OPTIQUES
311IX-1 Commutateurs
acousto-optiques
313IX-2 Montage
optique
324IX-3
Système
de coïncidences àquatre
photomultiplicateurs
329IX-4 Procédure
expérimentale
332IX-5 Ordres de
grandeurs.
Traitement des données 334IX-6 Résultats finals 337
IX-7 Conclusion 341
CHAPITRE X -
CONCLUSION
343APPENDICE DEUXIEME PARTIE - CALCUL
QUANTIQUE
DES SIGNAUX DE CORRELATION A DEUX TEMPS1 But de
l’appendice
3472
Principe
du calcul 349 3Amplitude
de diffusion : niveauxatomiques
simples
351 4 Probabilité de diffusion(niveaux
simples)
356 5 Niveau intermédiairedégénéré : amplitude
etprobabilité
de diffusion 360
6 Calcul du
signal
de corrélation.Principe
365 7Signal
de corrélation pour la cascade 0 ~ 1 ~ 0 367INTRODUCTION
Albert
Einstein,
qui
avait été unpionnier
de lacompréhen-sion des
phénomènes quantiques
(effet
photoélectrique
etc... ),
n’accepta
jamais l’interprétation
courante de laMécanique Quantique qu’il
estde tradition
d’appeler
"orthodoxe" ou"interprétation
deCopenhague".
Ce refus donna lieu à un débat avec Niels Bohr que l’on voit se
développer
tout aulong
de lacorrespondance
entre Einstein etBorn
(1)
.
Einstein résume ses conclusions à la fin d’unlong
articlede
1949
(2)
,
partie
d’un dialogue avec Bohr :"il
faut
abandonner l’une des deux assertions :(1)
ladescription
au moyen de lafonction 03C8
estcomplète ;
(2)
les états réels de deuxobjets
séparés spatialement
sontindépendants
l’un de l’autre".. Ne trouvant aucune raison convaincante d’abandonner la
deuxième
assertion,
Einsteinpréfère
supposer que laMécanique
Quantique
estincomplète.
Suivant sa méthode
habituelle,
Einstein n’avait pas formulé sesobjections
sous forme degénéralités,
maisplutôt
en raisonnant sur uneexpérience
depensée,
décrite dans un article célèbre écritavec B.
Podolsky
et N.Rosen
(3)
(expérience
EPR).
Dans cetteexpérience
depensée,
on considère deuxsystèmes quantiques
fortements corrélés. Il suffit de faire une mesure
portant
sur l’undes
systèmes
pour connaître avec certitude le résultat que donneraitla mesure
correspondante
sur l’autresystème.
Or,
d’après
l’assertion(2)
ci-dessus,
l’opération
de mesuresur le
premier
système
nepeut
avoirchangé
l’état du second : c’est donc quepréexistait
dans le secondsystème
un "élément de réalitéphysique" qui
a déterminé ce résultat de mesure.Il
n’y
a, dans le formalismequantique,
aucunecontrepartie
formalisme est
incomplet.*
Prenant au sérieux la conclusion
d’Einstein,
Bells’intéressa aux "Théories à Paramètres
Supplémentaires"**.
Ceformalisme
complète
ladescription quantique,
en introduisant desparamètres
qui
diffèrent pour dessystèmes
décrits par le même étatquantique. Lorsque
lesparamètres supplémentaires
associés à unsystème particulier
sont connus, alors les résultats des mesuresrelatives à ce
système particulier
sont déterminés. Avec un telformalisme,
iln’y
aplus
deproblème
EPR.Mieux,
il semble que l’onrésout du même coup l’une des
plus
sérieuses difficultés que l’onpeut
voir dansl’interprétation orthodoxe
de laMécanique Quantique :
dans cetteinterprétation,
il faut donner un statutparticulier
auxappareils
de mesure(et
choisir arbitrairement la limite où commencel’appareil
demesure) ;
il faut aussi unerègle
d’évolutionparticu-lière de l’état du
système
lors de la mesure(postulat
de "réductiondu
paquet d’onde").
Dans une théorie àparamètres supplémentaires,
il ne se passe rien de
particulier
au moment de la mesure : si dessystèmes
que l’oncroyait identiques
donnent des résultatsdifférents,
c’estqu’en
fait ils étaient différents dès leurpréparation.
Bien
entendu,
vu les succèsprédictifs
de laMécanique
Quantique,
on s’attend à ce que les théories àparamètres
supplé-mentaires
redonnent,
en moyenne, desprévisions identiques
à cellesde la
Mécanique
Quantique.
C’est effectivement le cas pour la théorieà variables cachées de
Bohm
(13)
.
A cestade,
onpourrait
donc penserque le choix entre
l’interprétation
orthodoxe ou uneinterprétation
à
paramètres supplémentaires
n’estqu’une question
degoût,
ou deposition épistémologique.
* Le raisonnement EPR va en
fait
plus
loinlorsqu’il
considère lapossibi-lité de
faire
sur lepremier système
des mesures d’observablesarbitrai-rement choisies. On en déduit alors que le second
système possède
simultanément des "éléments de réalité
physique"
associés à des observablesqui
peuvent
ne pas commuter.** Ces
paramètres supplémentaires
seraient ceux que l’on "voit"dans le
résultat
de la mesure, et c’estpourquoi
nouspréférons
neC’est alors
qu’intervient
la découverte de Bell(5)
.
Elleconcerne la classe des Théories Locales à Paramètres
Supplémentaires,
qui
obéissent à une condition de localitéapparemment
trèsgénérale,
en accord avec les idées d’Einstein
(en
particulier
avec l’assertion(2)
ci-dessus).
Bell a montré que ces théories nepouvaient
pasrepro-duire toutes les
prédictions
de laMécanique
Quantique,
notament dansl’expérience
depensée
EPR. * Le conflitapparaît
au travers desinégalités
deBell,
auxquelles
obéissent les Théories Locales à ParamètresSupplémentaires,
mais que violent certainesprédictions
quantiques.
Etant donnée l’étendue des succès de la
Mécanique
Quantique,
le théorème de Bellpourrait apparaître
comme une preuved’impossibi-lité des Théories Locales à Paramètres
Supplémentaires.
Enfait,
en1965,
la situation n’était pas si claire : il n’existait aucun résultatexpérimental
violant lesinégalités
de Bell. C’est que les situations de conflit sontparticulièrement
rares. Deplus,
touteimperfection
expérimentale
a tendance à fairedisparaître
le conflit entreprédic-tions
quantiques
etinégalités
de Bell. C’estpourquoi,
àpartir
de1970,
desexpérimentateurs
se mirent à construire desexpériences
spécifiques
destinées à donner uneréponse expérimentale
à laquestion.
Il
s’agissait
dereproduire
une situationEPR,
et de mesurer desquantités
(fonctions
decorrélations)
pourlesquelles
laMécanique
Quantique prédit
une violation desinégalités
de Bell.Parmi les divers
types
d’expériences
réalisées,
il en estun
qui
semble serapprocher
leplus
d’une situationidéale,
tout enrestant encore
éloigné
del’expérience
depensée :
on y fait desmesures de corrélations de
polarisation
dephotons
émis parpaires
dans certaines cascades radiativesatomiques
(6)
.
Quatre
expériences
furent réalisées entre 1972 et 1976 dans ce domaine. Les troispremières
donnaient des résultats contradictoires. Laquatrième,
* Sous une
forme
transposée
due àBohm
(4)
,
que nousappelerons
bénéficiant des
avantages
d’une excitation parlaser,
donna unrésultat non
ambigu
en faveur dela Mécanique
Quantique
(7)
.
C’est dans cette
lignée
que s’inscrit notretravail,
dontl’objectif
a été de mettre en oeuvre des schémasexpérimentaux
nouveaux,plus proches
del’expérience
depensée.
Cela n’a étépossible qu’après
avoir mis aupoint
un nouveaumontage
beaucoup
plus performant
que ceux de nosprédécesseurs.
Dans uneconfigu-ration
analogue
auxprécédentes,
nous avons d’abordconfirmé,
avecune
précision
trèsaméliorée,
le résultat en faveur de laMécanique
Quantique.
Puis nous avons successivement réalisé deuxexpériences
nouvelles.
L’une a
permis
de mettre en oeuvre un schémaexpéri-mental
conceptuellement
beaucoup plus simple
etbeaucoup plus
proche
del’expérience
depensée
que lesexpériences
depremière
génération.
Utilisant desanalyseurs
depolarisation
à deuxvoies,
nous avons pu faire des mesures directes de corrélation de
polarisa-tion,
sans recours aux calibrations auxiliaires et aux raisonnementsindirects
qui
étaient nécessaires dans lesexpériences précédentes.
La dernièreexpérience
nous a étéinspirée
par une remarquede
Bell,
dans son article initial : dans uneexpérience
où lesdirections
d’analyse
depolarisation
seraient modifiées aléatoirementpendant
letemps
de vol desphotons
entre source etpolariseurs,
la condition de localité deviendrait uneconséquence
duprincipe
de causalité d’Einstein(pas
d’interactionplus rapide
que lalumière),
alorsqu’elle
n’étaitqu’une hypothèse
(très
raisonnable !)
dans lesexpériences précédentes (statiques).
Nous avons tenté de nousrapprocher
de cette situationexpérimentale,
en modifiantrapidement
les directions
d’analyse
depolarisation.
Dans notreexpérience,
cesmodifications sont
périodiques,
et non pas aléatoires.L’expérience
est donc loin d’être
idéale ;
c’est néanmoins lapremière
à avoirPlan de la thèse
Ce mémoire
comporte
unepremière partie qui développe
le début de cette
introduction,
en faisant lepoint
sur le théorèmede Bell et sur les
expériences qu’il
ainspirées.
. Le
chapitre I rappelle
le raisonnementEPR,
et détaillel’analyse
d’une situation EPRB avec
photons,
cequi
conduit àenvisager
uneinterprétation
par Théorie à ParamètresSupplémentaires.
. Le
chapitre II
expose le théorème de Bell : démonstration desinégalités
deBell,
mise en évidence du conflit avec laMécanique
Quantique.
En faisantappel
à desgénéralisations
successives,
on essaie de
dégager
leshypothèses indispensables
pourl’obtention d’un
conflit,
et on discute brièvementquelques
implications
du théorème de Bell.. Le
chapitre III
montre comment onpeut
trouver des situationsréelles conduisant au conflit entre
Mécanique Quantique
etinégalités
de Bell. On y trouve la théorie desexpériences déjà
réalisées,
ainsiqu’une
brève revue de cesexpériences.
.
L’appendice
de cettepremière
partie
donne uneanalogie
macroscopique
du raisonnement de Bell. Cetype
d’analogie
montre combien le raisonnement est naturel. Le
point
intéressant est que laMécanique Quantique
entre en conflit avec cettedémarche.
La deuxième
partie
est ladescription
de notre travailexpérimental.
Ellepeut
être directement abordée par le lecteurdéjà
familiariséavec le
sujet.
. Le
chapitre
IVprésente
nos troisexpériences, qu’il
situe. Il. Au
chapitre
V,
nousexpliquons
comment a été conçue lasource de
paires
dephotons
corrélés enpolarisation,
élémentclef du
montage.
Cechapitre
comporte
une discussion sur lerapport
signal-sur-bruit
dans uneexpérience
de coïncidences.. Le
chapitre
VI décrit lesprincipales parties
dudispositif
expérimental,
communes aux troisexpériences :
(i)
la source, constituée d’unjet
atomique
de calcium excité sélectivement par transition à deuxphotons ;
(ii)
l’optique
de liaison entre source etpolariseurs ;
(iii)
lesystème
decomptage
dephotons
en coïncidences.C’est dans ce
chapitre
que l’on trouvera des détails surles méthodes et les
techniques
utilisées.. Les
chapitres
VII,
VIII et IX décriventplus
spécifiquement
les trois
expériences
réalisées,
et leurs résultats.. Le
chapitre
X est consacré à une brève discussion de cesrésultats,
et des améliorations àenvisager
pour cesexpériences.
.
L’appendice
de cette deuxièmepartie
est un calculquantique
détaillé des
signaux
de corrélation attendus dans nosexpérien-ces. Ce calcul confirme des résultats obtenus ailleurs par des raisonnements
plus
simples
mais moinscomplets.
Il lescomplète
en faisant
apparaître explicitement
les instants de mesure, cequi
estparticulièrement important
pourl’expérience
avecpolariseurs
variables.Nous savons que
l’exposé
du théorème de Bell suscite presque inévitablement desquestions
sur lesconséquences
à tirerd’une violation des
inégalités
de Bell. Doit-on abandonner lalocalité,
ledéterminisme,
la causalité ? Faut-ilrejeter
leprincipe
desépara-bilité ?
Doit-on
accepter
desprobabilités
négatives ?...
Il ne nous
appartient
pas, dans le cadre d’un travailexpérimental,
derépondre
à cesquestions.
Tout auplus évoquons
nous, à la fin du
chapitre
II,
quelques
unes despositions qui
sontexprimées
sur lesujet.
On est ici loin d’un consensus, cequi
nedoit pas nous étonner
puisqu’il s’agit
d’unproblème d’interprétation.
Pour notre
part,
nous nous en tiendrons à des faits : laMécanique Quantique
nepeut-être
réconciliée avec les théoriesqui
obéissent auxinégalités
de Bell(en
particulier
les formalismesprésentés
auchapitre
II),
et lesexpériences
semblent trancher enfaveur de la
Mécanique Quantique.
Il faut donc
renoncer
àinterpréter
laMécanique Quantique
par uneimage
dutype
Théorie Locale à ParamètresSupplémentaires.
PREMIERE
PARTIE
LE
THEOREME
DE
BELL
POURQUOI
DES PARAMETRES SUPPLEMENTAIRES ?LE RAISONNEMENT
D’EINSTEIN,
PODOLSKY ET ROSENC’est très tôt que sont apparues des
suggestions
suivantlesquelles
le caractèrestatistique
desprédictions
de !aMécanique
Quantique
pourrait
n’être que le reflet de l’existence d’une structure"ultra-microscopique"
sous-jacente :
dessystèmes
décrits par le même étatquantique
diffèreraient de fait par certainespropriétés physiques,
caractérisées par desparamètres supplémentaires
(ou
variablescachées) ;
la moyenne sur la
distribution
aléatoire de ces variables coïnciderait avec ladescription
quantique
(10)
.
En
1926,
quelques
moisseulement
après
que M. Born aitproposé l’interprétation
statistique
de laMécanique
Quantique
(11)
-
qui
devait devenirl’interprétation
orthodoxe - Louis deBroglie
présentait
son
interprétation
de l’ondepilote
(12)
:
une onde réelleguiderait
lesparticules, qui
auraient chacune uneposition
et unequantité
demou-vement bien déterminées à
chaque
instant.Découragé
par les difficultés rencontrées(quelle signification
"réelle" donner à une onde dans unespace à 3N dimensions
?... ),
L. deBroglie
devait se rallier àl’inter-prétation
orthodoxe,
dite de "l’Ecole deCopenhague".
Mais dans les années1950,
les travaux de D. Bohm et ses collaborateurs lepoussaient
à revenir à sapremière
position*.
A
partir
de1952,
eneffet,
Bohm avaitdéveloppé
des modèles à variablescachées
(13)
,
danslesquels
ladynamique
individuelle de*Il est
instructif,
dupoint
de vue de l’histoire desidées,
defaire
unedigression
sur lesprétendues "preuves d’impossibilité" in voquées
pen-dant des années à l’encontre des variables cachées. Laplus
célèbred’entre elles- le théorème de
Von-Neumann (15) -
fut
citéependant
des années par nombre dephysiciens,
éventuellement sous uneforme
raffinée (17)
(18).
Ilfallut
attendre 1964 pour que J. Bell(16)
démontre que de nombreuses théories à variables cachées
échoppent
enfait
à ce théorème auxhypothèses
trop
restrictives. Onpeut
remarquerqu’une
théorie dutype
de celle deBohm,
qui
redonneautomatiquement
en moyenne les résultats
quantiques,
est enfait
uncontre-exemple
dechaque
particule
d’un faisceau estparfaitement
déterminée,
lesmoyennes
statistiques
sur l’ensemble desparticules
coïncidant avecles
prédictions
de laMécanique Quantique.
Onpeut
ainsi traiter leproblème
d’un faisceau d’électrons interférantaprès
passage dans des trousd’Young
(14)
.
La
principale
motivation de ces travaux a certainement été ledésir de redonner à la théorie un caractère
déterministe,
en accordavec le credo
d’Einstein
(19)
:
"tu crois au dieuqui joue
aux dés. Legrand
succès de la théorie desquanta
dès son début nepeut
pasm’amener à croire à ce
jeu
de désfondamental".
Il nes’agit
pas decontester la validité des
prédictions
de laMécanique Quantique,
maisplutôt
de suivre une démarcheanalogue
à cellequi
a vu, à la fin duXIXème
siècle,
laMécanique Statistique
"expliquer"
laThermodynami-que :
"je
crois que laformulation
actuelle est vraie comme le sont,par
exemple,
les énoncés de lathermodynamique"
(20)
.
Avec le célèbre article
d’Einstein,
Podolsky
etRosen
(3)
,
le débat sedéplace
de laquestion
du déterminisme à celle de lacomplé-tude de la théorie
quantique.
Au lieu depostuler
àpriori
que laMéca-nique Quantique
doit êtrecomplétée
pour restaurer ledéterminisme,
EPR vont chercher à démontrer que laMécanique
Quantique
estincomplète
en utilisant les
prédictions
mêmes de cettethéorie,
acceptées
commeexactes. Leur article a été un sérieux
encouragement
pour lespartisans
des variables
cachées,
même si Einstein n’ajamais pris
nettementposi-tion en leur faveur. Si l’article EPR a une résonance
aujourd’hui
encore, c’est sans doute parce que ses auteurs ont découvert une
situa-tion très
particulière,
danslaquelle
ladescription quantique
estspécia-lement étonnante.
Après
avoir résumé lesgrandes lignes
du raisonnement EPR dans le§ I.1,
nousapprofondirons
dans le § I.2l’analyse
enMécanique
Quantique
d’une situation EPR servant desupport
auxexpériences
quenous décrirons ultérieurement. La
Mécanique Quantique prévoit
de fortescorrélations entre les résultats de mesures
éloignées,
mais ne fournit pas"d’image
raisonnable" pourexpliquer
ces corrélations. C’est en cherchant uneimage plus
raisonnable(plus proche
desconceptions
habituelles deà
paramètres supplémentaires.
I - 1Le
raisonnément
E.P.R.Dans leur article
original
(3)
,
EPR considéraient des mesuresde
position
et dequantité
de mouvement sur deuxparticules
séparées
Fig. I-1 -
Expérience
depensée
EPR Bohm. Deuxparticules
de
spin
1/2,
1 et2,
dans l’étatsingulet,
entrent dans lesfiltres
de Stern-Gerlach I etII,
qui
mesurent leurscomposantes
despin
S
a
etS
b
.
Chaque
mesure donne l’undes deux résultats
possibles,
+0127/2 ou-0127/2 (notés
+1 et - 1).
Si
a
=b,
les deux résultats sonttoujours
opposés.
au moment de la mesure mais
ayant
été corrélées dans lepassé.
D.Bohm montra en
1952
(4)
que le raisonnement estplus simple
si l’onconsidère des mesures de
composantes
despin
departicules
àspin
1/2,
actuellementséparées,
maisayant
étépréparées
dans l’étatsingulet
(Fig.
I-1)*.
Le
spin
total des deuxparticules
1 et 2 étantnul,
des mesuresdes
composantes
despin
des deuxparticules
suivant le même axe don-neront des résultatsopposés
de module0127/2 (notés
+ 1 ou -1).
C’estdonc
l’application
desrègles
élémentaires de laMécanique Quantique qui
conduit aux conclusions suivantes :a)
Si la mesure de lacomposante
S
x1
duspin
de laparticule
1suivant un axe
Ox
donne +1,
alors la mesure deS
x2
sur 2 donnera avec certitude -1,
etinversement ;
* Dans le raisonnement
EPR,
les deuxparticules
sont dans un état03C8(x
1
,x
2
)
=03B4 (x
1
-x
2
-a),
cequi
entrainex
1
-x
b)
Si la mesure deS
y1
suivantOy
(perpendiculaire
àOx)
donne
+
1,
alors lamesure
deS
y2
donnera avec certitude- 1.
Le raisonnement EPR va alors utiliser la notion "d’élément de
réalité
physique
d’unsystème",
définie par le critèreopérationnel
suivant :
"lorsque, sans
perturber
enquoi
que ce soit unsystème,
nous pouvonsprédire
avec certitude(c’est-à-dire
avec uneprobabi-lité
de 1)
la valeur d’unequantité physique,
alors il existe un élémentde réalité
physique correspondant
à cettequantité
physique".
Supposons
alors que l’on mesureS
x1
sur laparticule
1 ; utili-sant lapropriété
a)
ci-dessus,
onpeut
prédire
avec certitude la valeur que l’on trouvera si on mesureS
x2
.
Il y a donc un élément de réalitéphysique
associé àSx
2
.
Mais,
on aurait pu choisir de mesurerS
y1
,
et,en utilisant la
propriété b),
on aurait concluqu’il
y a un élément deréalité
physique
associé àS
y2
.
Lesparticules
1 et 2 étantséparées
aumoment de la mesure, le choix de la mesure
effectuée
sur 1(Sx
1
ouS
y1
)
ne sauraitperturber
lesystème
2. Lescomposantes
S
x2
etS
y2
,
de
spin
sont donc des "éléments de réalitéphysique" qui
existentsimultanément dans la
particule
2. Or dans l’étatsingulet,
le formalisme de laMécanique Quantique
n’attribue de valeur définie ni àS
x2
ni àS
y2
;
defaçon
générale
laMécanique
Quantique
nepeut
attribuersimultanément une valeur
précise
àS
x2
etS
y2
,
lesopérateurs
associésne commutant pas. La
Mécanique
Quantique
est donc une théorie danslaquelle
iln’y
a pas "unecontre-partie
pour tout élément de réalitéphysique" :
E.P.R. en concluent que c’est une théorieincomplète.
N. Bohr allait presque aussitôt
répondre
à ceraisonnement
(21)
,
enrejetant
le "critère de réalité" d’E.P.R.. SelonBohr,
on nepeut
définir une
grandeur
associée à laparticule
2qu’en précisant
commenton la mesure, même
lorsque,
commeici,
ils’agit
d’une mesureindirecte,
par un instrument
éloigné qui
mesure en faitS
x1
ouS
y1
.
Or,
il n’existepas d’instrument
permettant
de mesurer simultanémentS
x2
etS
y2
.
Bohrexplique
que cetargument
n’estqu’une
extension de la notion decomplémentarité,
que l’onapplique
généralement
aux mesureshabituel,
il est faciled’interpréter
cette notion decomplémentarité
en
invoquant
la "réaction inévitable del’appareil
de mesure"qui
perturbe
lesystème
mesuré(cf.
l’exemple
du"microscope
d’Heisen-berg").
La situation est moinssimple
dansl’exemple
étudiéici,
oùl’appareil
de mesure estéloigné ;
le choix de l’orientation du Stern et Gerlach Ipouvant
être retardéjusqu’au
dernier moment, il semble difficiled’invoquer
une réaction del’appareil
de mesure I sur laparticule
éloignée 2.Pourtant,
tout enprécisant "qu’il
n’est pasquestion
d’uneperturbation
mécanique",
Bohr affirme que le choix de lagrandeur
mesurée en I exerce "uneinfluence
sur les conditionsprécises
qui
définissent
lestypes
deprédictions
concernant lecomportement
futur
dusystème...
Ces conditions constituent un élémentinhérent à la
description
de toutphénomène,
àlaquelle
le terme de réalitéphysique peut-être
correctementappliqué".
Pour autant que nouscomprenions
laréponse
deBohr,
ce dernier affirme donc que l’ensembledes deux
particules
et des deuxappareils
de mesure constitue un toutinséparable auquel
seulement onpeut
appliquer
le terme de réalitéphysique.
Einstein devait résumer
quatorze
ans de débats avec Bohr sur ceproblème,
dans ses"Réponses
auxcritiques"
de la référence(2).
Ily
explique
d’abord cequ’il
a retenu de laposition
de Bohr : "A et B étant décrits par03C8(AB),
iln’y
a pas de raison pourassigner
uneexistence mutuellement
indépendante
(état
deréalité)
à A et B vusséparément,
pas même si lessystèmes
partiels
sontséparés
l’un de l’autre à l’instantparticulier
considéré. L’assertion suivantlaquelle
la situation réelle de B nepourrait
pas être(directement)
influencée
parune mesure sur A est donc dans le cadre de la
Mécanique
Quantique,
non
fondée
etinacceptable
(comme
le montre leparadoxe)".
Einsteinrappelle
alors les conclusions de cequ’il
appele
"leparadoxe" (déjà
citées dans notre
introduction) :
"ilfaut
donc abandonner l’une des deux assertions :(1)
ladescription
au moyende 03C8
estcomplète ;
(2)
les états réels de deuxobjets
séparés
sontindépendants
On ne
peut
mieux situer lespositions
enprésence :
pourBohr,
l’assertion(2)
étaittrop
vague pour que l’onpuisse l’ériger
enprin-cipe ;
pour Einstein aucontraire,
iln’y
avait pas de raison derenoncer à un tel
principe,
et laMécanique Quantique
donne donc unedescription incomplète
du monde.I-2
Analyse
enMécanique Quantique
d’une situation EPR avec desphotons
a)
Calculs Quantiques
Dans toute la
suite,
et notamment dans lapartie expérimentale,
nous considérerons une
transposition
de la situation EPRB danslaquelle
on effectue des mesures depolarisation
sur desphotons
(Fig.
I.2).
Fig.
I-2 :Expérience
depensée
EPRB avec desphotons.
Les deuxphotons
03BD
1
et03BD
2
émis dans un état convenable par la sourceS,
s’éloignent
dans des directionsopposées
suivantC.
Lepolariseur
I (resp.
II)
a deux voies(c’est
parexemple
unprisme
de
Wollaston) ;
il mesure lapolarisation
de03BD
1
(resp.
03BD
2
)
suivantla
direction a
(resp.
b).
Les résultats +1 et -1 sont associés à à unepolarisation
parallèle
ouperpendiculaire
àa
(resp.
b).
L’analogie
entre les mesures depolarisation
dephotons
et les mesures decomposantes
despin
1/2 a éténotée,
dans le contexte des situationsEPR,
dès 1957 par Bohm etAharonov,
etappliquée
auxphotons 03B3
(22)
.
Nous considérons ici desphotons
de basseénergie
(visible)
pourlesquels
existent despolariseurs
à deux voies de sortie(tels
qu’un prisme
deWollaston) .
Une mesure depolarisation
suivant ladirection a
(perpendiculaire
à la direction depropagation
Oz)
peut
donner deux résultats(+
1 et -1),
associésrespectivement
à unepolarisation
linéaire
parallèle
ouperpendiculaire
à a. Les états proprescorrespon-dants sont :
{
|x> ; |y>}
est la base despolarisations
linéaires suivant Ox etOy ;
03B8 1est l’angle (Ox,
a).
L’observable
correspondant
à cette mesure depolarisation
suivanta,
de valeurs propres + 1 ou -1,
est :Dans la base
{|x> ; |y>}
elle
s’exprime
De la même
façon,
lepolariseur
Il effectue surv
2
une mesure depolarisation
linéairesuivant b
(03B8
II
=(Ox, b))
associée à une observable(b).
Supposons
que la source Sproduise
despaires
dephotons qui
soient dans un état :(|x,x>
est un état avec unphoton 03BD
1
polarisé
suivantOx
et sepropa-geant
vers -Oz,
et unphoton v
2
polarisé
suivantOx
et sepropageant
vers
+ Oz
etc... ).
* Nous verrons dans le
chapitre
III,
ou dansl’appendice
2èmepartie,
comment onpeut
obtenir un tel étataprès filtrage
enénergie
et enCes
photons
s’éloignent
l’un del’autre,
suivant ±Oz,
et on
peut
mesurer leurspolarisations
linéaires avec lesanalyseurs
I et II. Les méthodes de calcul élémentaires deMécanique
Quantique
nousdonnent les
quantités
telles queP
++
(a,b), probabilité
d’obtenir + 1 en I(orienté
suivanta)
et + 1 en II(orienté
suivantb) :
avec 03B8 =
03B8
II
-03B8
I
=
(a,b)
=angle
relatif despolariseurs.
De la même
façon :
On
peut
aussi calculerP
+
(a),
probabilité
d’obtenir + 1 en I(orienté
suivanta)
quel
que soit le résultat en II :(1-5)
et de mêmeRemarque :
L’état|03BD
1
,03BD
2
> peut
s’écrire dansn’importe quelle
base depolarisation
suivanta.
(il
suffit
d’utiliser lechangement
de base(I-1)
pour levérifier).
Cetétat est donc invariant par rotation autour de Oz et il ne
faut
pass’étonner
d’obtenir des résultats nedépendant
que
del’angle
relatif
desb)
Casparticulier 0 = 0
Considérons le cas
particulier
03B8 =(a,b)
= 0(directions
d’analyse
parallèles) .
Lesprobabilités
de mesures en coïncidence sont alors :tandis que les
probabilités
de mesuressimples
sonttoujours
P
+
=
1/2etc...
(cf.
1.5).
On
peut
déduire lesprobabilités
d’obtenir certains résultatsen
II,
conditionnellement au résultat obtenu en I.Ainsi,
laprobabilité
d’obtenir + 1 en
II,
sion a
eu + 1 en 1 s’écrit :tandis que
Dans ce cas
particulier,
les résultats de mesure en I et II sont totalement corrélés : si la mesureportant
sur03BD
1
donne
+1 (50 %
descas),
alors la mesureportant
surv
2
donne
avec certitude + 1 ; etquand
la mesure sur
03BD
1
donne -
1,
alors la mesure surv
2
donne
avec certitude-
1. Nous allons étudier
plus systématiquement
ces corrélations.c)
Coefficient de corrélation
Les résultats des mesures en I et II
apparaissent
comme des variablesaléatoires
A(a)
etB(b),
pouvant
prendre
les valeurs + 1 et- 1,
et de valeurs moyennes nulles(A(a)
=P
+
(a) -
P
-
(a)
=0 ;
B(b)
= 0).
On sait que deux variables aléatoires sont corrélées si la valeur moyenne de leur
produit
est différente duproduit
des valeurs moyennes. Defaçon
quantitative,
on définit le coefficient de corrélationexpression qui
sesimplifie
ici(A
2
=B
2
=1) :
Le coefficient de corrélation est
égal
à la valeur moyenne duproduit
A(a).B(b)
et on le notera désormaisE(a,b).
Ceproduit
nepeut
prendre
que les valeurs + 1 ou -1,
et sa valeur moyenne s’écrit :En utilisant les résultats
(I.4)
du calcul deMécanique Quantique,
onobtient finalement :
Le coefficient de corrélation
E(a,b)
peut
atteindre les valeurs+ 1 ou -
1,
indiquant
alorsqu’il
y a corrélation totale(comme
dans lecas
particulier
03B8 = 0).
Ces corrélations totales entre mesureséloignées
sont
caractéristiques
des situationsEPR,
et nous allons chercher à lesinterpréter.
I-3 Recherche d’une
"image
classique
expliquant"
les corrélations entremesures
éloignées.
a)
Analogie classique
Ce
qui
caractérise une situationEPR,
c’est que laMécanique
Quantique
yprévoit
de fortes corrélations entre mesureséloignées
portant
sur dessystèmes séparés spatialement.
Des situationsanalogues
se rencontrent en
Mécanique Classique :
reportons
nous à laFig.
I.1 maisimaginons
maintenant que les deuxsystèmes
1 et 2 sont lesfragments
d’unsystème
initial de momentcinétique
nul. Ces deuxfragments
emportent
donc ens’éloignant
des momentscinétiques opposés
(J
1
= -J
2
),
de direction arbitraire. Onpeut
imaginer
un essieuportant
deux roues en rotation en sens
inverses,
qui
se brise endeux
(23)
;l’orientation de l’essieu est arbitraire au moment de la
séparation.
Les
appareils
I et II mesurent lesigne
de laprojection
deJ
1
etJ
2
sur lesdirections a
etb
(résultats
+ 1 ou -1).
Les résultats de mesure en I serontreprésentés
par une variablealéatoire, prenant
lavaleur + 1 dans 50 % des cas, et - 1 dans les 50 % autres cas ; et de même pour la mesure en II. Mais si les
directions a et
b
sontparallèles
((a,b)
=0) ,
il est clair que les mesures en I et II donneronttoujours
desrésultats
opposés :
ces mesures seront donc totalement corrélées.Les
prédictions
de laMécanique Classique
pour cetexemple
sont doncanalogues
auxprédictions
de laMécanique Quantique
pourla situation EPR.
L’explication
classique
de ces corrélations entremesures
éloianées
est très claire :chaque
paire possède
unepropriété
(J
1
= - J
2
)
dont les deuxfragments garderont
la tracejusqu’aux
mesures. Nous dirons que nous avons des corrélations par cause commune
fluctuante
dans lepassé :
l’existence d’unepropriété
communeexplique
les
corrélations ;
la fluctuation de cettepropriété
(d’une
paire
àl’autre)
explique
le caractère aléatoire des résultats de mesure sur un seulsystème.
b)
Recherche
d’une
image
représentant le
formalisme
quantique
Pouvons nous trouver une