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L’expérience conjugale des beaux-pères et des belles-mères en famille recomposée : un portrait systémique

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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L’expérience conjugale des beaux-pères et des

belles-mères en famille recomposée : un portrait systémique

Mémoire

Olivia Vu

Maîtrise en service social - avec mémoire

Maître en service social (M. Serv. soc.)

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Résumé

Ce mémoire porte sur les problématiques liées à l’expérience conjugale des beaux-pères et des belles-mères. Bien que la littérature à l’intention des recompositions soit relativement riche et diversifiée, il semble que peu de recherches se soient intéressées à la perception des beaux-parents en regard à leur expérience conjugale ; quelle place accordent-ils au sentiment amoureux en formant une famille recomposée, comment construisent-accordent-ils des frontières conjugales et des règles familiales au sein de la famille recomposée, quels impacts les habiletés de communication et le partage des rôles ont-ils sur leur expérience conjugale et y a-t-il des différences ou des similitudes entre l’expérience beaux-pères et celle des belles-mères ? Ainsi, cette recherche qualitative exploratoire accorde une importance à ces questionnements. Pour ce faire, douze beaux-parents (six hommes et six femmes) vivant ou ayant vécu au sein d’une famille recomposée ont participé à des entretiens individuels semi-dirigés.

Les résultats suggèrent que l’expérience conjugale est intrinsèquement reliée au fonctionnement des frontières entre les différents sous-systèmes d’une famille recomposée. Notamment, l’expérience conjugale est plus positive pour les beaux-parents dont les frontières conjugales sont distinctes et définies. Ces beaux-parents maintiennent un sentiment amoureux plus fort, ressentent davantage de légitimité quant à leur rôle au sein de la famille et mettent en place des stratégies qui leur permettent de mieux réguler leurs attentes vis-à-vis de la relation qu’ils entretiennent avec tous les membres de la famille. Enfin, les résultats suggèrent que l’expérience conjugale des beaux-pères et des belles-mères est similaire en regard au genre.

Mots-clés : familles recomposées, beaux-pères, belles-mères, expérience conjugale, approche systémique, beaux-parents, conjugalité, recomposition familiale

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Abstract

This thesis focuses on issues related to the conjugal experience of stepfathers and mothers-in-law. Although the literature on family transitions is relatively rich and diverse, there appears to be little research into the perception of step-parents in relation to their conjugal experience; how does the feeling of love form in their relationship, how do they construct conjugal boundaries and family rules within stepfamilies’ sub-systems, what impacts do communication skills and role sharing have on their conjugal experience, and are there any difference or similarity between the experience of stepfathers and stepmothers? To address these shortcomings, this study used a qualitative methodology to investigate the stepparents’ subjective experience of their conjugal relations inside a stepfamily’s structure. Six men and six women living or having lived in a blended family underwent a semi-structured individual interview.

The results suggest that conjugal experience is intrinsically linked to the way boundaries between the different subsystems of a blended family are determined. For instance, the conjugal experience is more positive for step-parents whose conjugal boundaries are defined. These stepparents maintain a stronger feeling of love, feel more legitimacy in the role they play within the family and put in place strategies that allow them to better regulate their expectations about the relationship they build with all family members. Finally, the results suggest that the conjugal experience of stepfathers and stepmothers is similar in terms of gender.

Keywords: stepfamilies, stepfathers, stepmothers, conjugal experience, family systemic framework, family transitions

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Table des matières

Résumé ... ii

Abstract ... iii

Table des matières ... iv

Liste des tableaux ... vi

Liste des abréviations, sigles, acronymes ... vii

Remerciements ... viii Introduction ... 1 Chapitre 1 – Problématique ... 3 1.1 Objets d’étude ... 3 L’expérience conjugale... 3 Famille recomposée ... 7 Portrait statistique ... 8

1.2 Pertinence scientifique et sociale ... 8

1.3 La recension des écrits ... 11

1.3.1 La démarche documentaire réalisée ... 11

1.3.2 La conjugalité au sein de la famille : Du couple conjugal au couple parental .... 12

1.3.3 L’expérience conjugale au sein des familles recomposées : les particularités .... 13

1.3.4 Les spécificités du rôle de beau-parent... 19

1.3.5 Synthèse ... 26

1.3.6 Résultats de l’étude primaire ... 28

1.3.7 Limites méthodologiques des études actuelles ... 29

Chapitre 2 : Cadre d’analyse ... 32

2.1 Théorie générale des systèmes ... 32

2.2 La théorie de la communication selon l’École de Palo Alto ... 34

2.3 Définitions des concepts-clés ... 34

2.3.1 Les sous-systèmes ... 35

2.3.2 Frontières ... 36

2.3.3 Les règles de transformation... 39

2.5 La perspective épistémologique ... 41

2.6 Questions de recherche ... 42

Chapitre 3 : Méthodologie ... 43

3.1 L’approche privilégiée ... 43

3.2 Type de recherche ... 44

3.3 Population à l’étude et description de l’échantillon ... 45

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3.5 L’opérationnalisation des concepts ... 48

3.6 Analyse des données ... 50

3.7 Limites de l’étude ... 52

Chapitre 4 : Résultats ... 54

4.1 Sentiment amoureux et frontières conjugales ... 54

4.1.1 Sentiment amoureux ... 54

4.1.1 Frontières conjugales ... 60

4.2 Les dimensions des règles de transformation ... 74

4.2.1 Les attentes et les adaptations à apporter dans l’expérience conjugale des beaux-parents en famille recomposée ... 75

4.3 Les habiletés de communication du couple ... 86

4.4 L’adhésion aux rôles traditionnels de genre ... 88

4.4.1 Le partage financier ... 88

4.4.2 Les tâches domestiques ... 89

4.4.3 Les tâches parentales ... 91

4.5 Différences et similitudes des expériences selon le genre ... 93

Chapitre 5 : Discussion ... 96

5.1 L’importance des frontières conjugales claires et définies pour l’expérience conjugale ... 96

5.2 L’interaction du sous-système conjugal et parental : l’influence des attentes et des règles de transformation sur l’expérience conjugale au sein d’une famille recomposée . 98 5.3. La contribution des habiletés de communication et de l’histoire personnelle à l’expérience conjugale ... 103

5.4 Différences et similitudes de l’expérience conjugale des beaux-pères et des belles-mères selon le genre ... 105

5.6 Pistes pour la recherche ... 107

5.7 Pistes pour l’intervention en travail social ... 109

Conclusion ... 112

Bibliographie ... 113

Annexe 1 ... 128

Annexe 2 ... 133

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Liste des tableaux

Tableau 1. Synthèse des dimensions de la conjugalité à examiner du point de vue d’un beau-parent en famille recomposée ……….………... 27 Tableau 2. Opérationnalisation des concepts de l’étude ………...……. 49 Tableau 3. Profil des participants selon le sentiment amoureux entre les partenaires

conjugaux selon la perspective du participant ………...…. 55 Tableau 4. Profil des participants selon le degré de perméabilité des frontières

conjugales ……….……....65 Tableau 5. Distribution des hommes et des femmes en fonction de leur portrait selon les dimensions analysées ...………93

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Liste des abréviations, sigles, acronymes

APA : American Psychiatric Association

JEFAR : Centre de recherche sur l’adaptation des JEunes et des Familles à Risque DSM : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux

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Remerciements

Tout d’abord, je souhaite remercier les femmes et les hommes qui ont participé au projet de recherche initial et dont les paroles et expériences continuent de permettre à la recherche d’explorer davantage les multiples réalités humaines.

Mille mercis ne seront pas suffisants pour mes proches. D’abord, merci à ma famille qui a su m’épauler tout au long de mon parcours scolaire. Elle a été une source inépuisable de soutien et d’encouragements. Un merci spécial à Benjamin Longpré qui m’a encouragé à poursuivre les études supérieures et qui m’a fait promettre de ne jamais abandonner le projet. Je remercie également mes plus chères amies et collègues, Katherine Bécotte et Marie-Philippe Chouinard, qui ont été des guerrières, des compagnes et des guérisseuses d’âme extraordinaire durant toute mon aventure académique. Une aventure qui a été remplie d’émotions fortes, tant positives que négatives et qui, par moment, me semblait irréalisable et inatteignable. Merci à toutes et tous d’avoir cru en mes capacités, parfois plus que moi-même. Sans oublier la contribution de la communauté Thèsez-vous, merci d’exister et d’avoir facilité mon implication dans mes études et la réalisation de mon projet.

Je tiens à remercier deux professeures avec qui j’ai eu la chance de travailler davantage durant la maîtrise. D’abord, merci à Valérie Roy d’avoir cru en mes capacités et de m’avoir amenée à découvrir davantage ma teinte d’étudiante-chercheure. Enfin, merci à Marie-Christine Saint-Jacques d’avoir cru en mon projet, en mon potentiel, de m’avoir accompagnée durant tout ce long processus et m’avoir permis de le conclure. Vos conseils et votre encadrement furent énormément appréciés! Peut-être aurai-je la chance de retravailler avec vous un jour !

Je remercie également le Partenariat de recherche ARUC – Séparation parentale, recomposition familiale dont ce projet a bénéficié d’un soutien financier.

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Introduction

Depuis les années 1960, des transformations profondes qui ébranlent les valeurs traditionnellement associées à l’institution du mariage ont été constatées dans la société québécoise. Il s’ensuit alors une nouvelle façon de voir et de vivre la famille qui se traduit par l’augmentation importante des divorces, des unions libres et des naissances hors mariages. La recomposition familiale après la séparation a émergé dans ce contexte de mutations sociales et a sans cesse augmenté. Bien que les recompositions familiales soient loin d'être un phénomène nouveau, celles-ci sont proportionnellement plus nombreuses et plus diversifiées qu’auparavant (Ganong et Coleman, 2017; Saint-Jacques, Robitaille, St-Amand, et Lévesque, 2016). Castagner Giroux, Le Bourdais, et Pacaut (2016) ont fait la constatation que les unions d’aujourd’hui sont plus fragiles qu’auparavant, tant du côté des unions libres que de celui des mariages. En effet, les ruptures surviennent plus tôt dans la vie des couples, avec enfants ou non, menant de plus en plus d’adultes et d’enfants à vivre des périodes de transitions familiales (Castagner Giroux et coll., 2016; Ministère de la Famille, 2018). Plus d’un tiers des mariages Québécois résultent en une deuxième union qui, elle, survient de plus en plus rapidement.

La littérature sur le fonctionnement de la famille recomposée accorde beaucoup plus d’attention aux difficultés liées à la beau-parentalité qu’aux difficultés liées à la conjugalité (Gold, 2016; Martin-Uzzi et Duval-Tsioles, 2013). Cependant, le lien conjugal est tout aussi important pour favoriser la stabilité de la famille et encore plus important pour donner au couple une base solide une fois que les beaux-enfants auront quitté leur nid familial (Gold, 2016). La plupart des recherches ont fourni des informations précises et circonscrites, mais n’ont pas donné une image complète de l’expérience du couple recomposé. Seules quelques études ont offert une base théorique pour interpréter les résultats. Encore très peu d’études, particulièrement les études qualitatives, portent sur ce que le couple vit comme expérience dans la famille recomposée. De plus, les études effectuées n’ont étudié que l’expérience séparée des beaux-pères et des belles-mères, sans les mettre en contraste afin de mieux comprendre leurs particularités (Gold, 2016; Martin-Uzzi et Duval-Tsioles, 2013). C’est pourquoi il semble important de se pencher sur cette problématique. Pour ce faire, l’objectif de cette étude qualitative est d’explorer et de mieux comprendre comment les hommes et les

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femmes qui occupent un rôle de beaux-parents perçoivent et décrivent leur expérience de couple à travers la recomposition familiale. Les questions de recherche suivantes seront examinées :

(1) Comment vivent-ils leur conjugalité en famille recomposée au regard des frontières conjugales, des règles de transformation et des habiletés de communication ?

(2) En quoi cette expérience diffère-t-elle selon le genre de la personne ?

Ces éléments contribueront à prévenir, à évaluer et à intervenir efficacement auprès des adultes vivant des difficultés conjugales dans un contexte de recomposition familiale. Il semble que cette étude est une étape importante dans la compréhension de la dyade conjugale en tant qu'entité propre dans le contexte d'une famille recomposée. Enfin, il est espéré que cette recherche exploratoire permette d'élaborer des hypothèses pouvant inspirer des recherches futures de plus grande envergure sur les particularités de l’expérience conjugale des beaux-pères et des belles-mères.

Ce mémoire est divisé en cinq chapitres. D'abord, le premier chapitre dresse un portrait des écrits portant sur l’expérience conjugale en contexte de recomposition familiale. La problématique y est définie et documentée puis les données concernant sa prévalence y sont présentées. Ensuite, une recension des écrits axée sur les questions de recherche a été élaborée, suivie d'un aperçu des limites des recherches actuelles et de la pertinence scientifique et sociale de ce projet. Le deuxième chapitre expose le cadre conceptuel basé sur les approches systémiques de la famille. Ce même chapitre présente aussi les définitions des concepts importants ainsi que la proposition de recherche. La troisième partie du document présente la méthodologie retenue. Le chapitre quatre vise, quant à lui, à présenter et à analyser les résultats de recherche en fonction des questions de recherche exposées plus tôt. Le cinquième chapitre synthétise ces résultats et les met en lien avec le cadre d’analyse et la littérature sur les familles recomposées. Enfin, des pistes pour la recherche et l'intervention sont proposées à la lumière de cette discussion.

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Chapitre 1 – Problématique

Le premier chapitre de ce mémoire aborde l’ampleur de la problématique dont il est question. Notamment, une définition des termes en lien avec la famille recomposée sera proposée suivie des statistiques reflétant la réalité de l’objet d’étude. À la suite d’une recension de la littérature, les dimensions de l’expérience conjugale seront présentées, avant d’aborder les particularités de celle-ci lorsqu’elle est vécue en contexte de recomposition familiale. Les spécificités en lien avec le rôle de beau-parent et les impacts du genre sur l’expérience des personnes vivant en famille recomposée seront explorés par la suite. Enfin, les limites des études seront soulevées avant de discuter de la pertinence scientifique et sociale de l’étude actuelle.

1.1 Objets d’étude

L’expérience conjugale

Les relations amoureuses occupent une place prépondérante de l’organisation et de la régulation dynamique des rapports humains. Les changements conjugaux contemporains traduisent le passage d'une définition institutionnelle ancienne du mariage à une définition largement subjective du couple. L'idéal et la pratique du mariage d'amour (Singly, 1987, cité dans Bozon, 2001) sont devenus dominants au XXe siècle : le mariage d'amour implique que la seule raison pour deux personnes de se choisir est le sentiment amoureux, mais aussi que ce choix repose sur les conjoints et non sur leurs familles (Bozon, 2001). La transformation conjugale s’est poursuivie progressivement dans les dernières décennies, passant d’un idéal du mariage d’amour vers celui du couple d’amour, en raison de l’affaiblissement du mariage institutionnel. De nombreux paradoxes entourant le rituel du mariage sont soulevés en lien avec le genre. D’abord, dans les sociétés traditionnelles, le mariage faisait simplement partie de la progression « naturelle » dans le cycle de la vie adulte. Ce n'est que récemment que ces normes de la société ont été modifiées, car une plus grande partie de la population ne correspond plus aux schémas traditionnels ce qui soulève des questions sur la viabilité et l’applicabilité de ceux-ci (Barnett et Rivers, 2004; McGoldrick, 2011). Contrairement aux stéréotypes culturels répandus selon lesquels les hommes devraient craindre le mariage (Ganong et Coleman, 2017), les recherches soutiennent le contraire: le mariage améliore la

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santé des hommes, leur vie sexuelle et leur réussite financière les conduit à réduire leur consommation de drogue et d'alcool, ainsi que la dépression. Des études indiquent que les femmes retirent moins d'avantages tangibles du mariage. Elles subissent souvent une perte de salaire, en particulier après les enfants, et ont tendance à être surchargées de tâches ménagères, et leur satisfaction sexuelle ne semble pas s'améliorer avec le mariage. Enfin, l’idéologie patriarcale qui suggère que la relation conjugale a lieu entre deux amoureux dont corps et âme vont fusionner jusqu'à ce que mort s’ensuive se confronte à la nouvelle idéologie selon laquelle la relation conjugale est une histoire d'amour entre deux individus égaux à part entière. La contradiction entre ces deux propositions fait en sorte que le mariage pose problème autant pour les hommes que les femmes, mais surtout pour ces dernières. Ce fait a été reconnu par la conscience scientifique et morale autant nationale qu’internationale que récemment (Barnett et Rivers, 2004; Carter, McGoldrick et Petkov, 2011). De plus en plus de couples traversent une phase de vie avec un ou plusieurs partenaires avant le mariage, faisant de la transition vers le mariage un tournant dans le cycle de vie de la famille beaucoup moins important que par le passé. Au Québec particulièrement, comparativement au reste du Canada et aux États-Unis par exemple, une tendance marquée des couples de vivre en dehors de l’institution du mariage est observée, et ce, depuis les trente dernières décennies (Ministère de la Famille, 2017). Cet affaiblissement ne signifie toutefois pas un déclin de l’aspiration du couple (Bozon, 2001; Halford et Snyder, 2012). L’union libre est devenue le principal mode de formation des unions, et plusieurs couples maintiennent le choix de ne jamais se marier (Castagner Giroux et coll., 2016).

La recherche visant à accroître la compréhension des relations conjugales a également connu un essor considérable au cours des dernières décennies (Karney, 2015). La conjugalité, ou l’expérience conjugale renvoient aux dimensions entourant les relations entre deux partenaires au sein d’un couple conjugal, tant du côté de la satisfaction conjugale que du côté des conflits conjugaux. Certains auteurs (McHale, Kuersten-Hogan, et Lauretti, 2000) analysent la conjugalité en décrivant des aspects de la communication entre les conjoints (la chaleur, l’intimité, la gestion des conflits), mais aussi les éléments liés au pouvoir et à l’autonomie au sein du couple. D’autres auteurs (Schoppe-Sullivan, Mangelsdorf, Frosch, et McHale, 2004) décrivent, quant à eux, l’expérience conjugale à partir de l’engagement, du plaisir, des affects individuels positifs et négatifs, de l’irritation,

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de la coopération, de la résolution de conflits et de la qualité globale de l’interaction du couple. Les questions des finances, de la religion et des relations sexuelles sont également prises en compte par ces auteurs. Spanier et Lewis (1980), Van Egeren (2004) et Bouchard (2006) proposent plutôt d’analyser la perception des conjoints de la satisfaction, du consensus et de la cohésion affective dans la relation maritale. Spanier et Lewis (1980) ont tenté de construire une théorie de la « qualité conjugale » et ce concept a été retenu comme celui qui englobe une gamme de termes qui renvoient à l’expérience conjugale (p. ex. : satisfaction conjugale, bonheur, communication, ajustement, etc.). Ces éléments ont été des variables dépendantes traditionnelles dans le champ de recherche sur le mariage. Ces auteurs reconnaissent que ces concepts renvoient aux dimensions qualitatives du mariage et sont interreliés. Ils ont ensuite défini ce concept comme étant une « évaluation subjective de la relation d’un couple marié » (traduction libre).

Selon McGoldrick (2011), les relations conjugales comportent sept grandes dimensions :

(1) Économique : un continuum entre l’acquisition le partage égal du soutien familial et les finances et le contrôle des ressources par l’un des deux partenaires

(2) Émotionnel : un continuum entre la communication et l’intimité à la dépendance et le contrôle psychologique

(3) Pouvoir : un continuum entre les privilèges patriarcaux, la domination, l’intimidation et abus à l’équité entre les partenaires et le respect mutuel

(4) Les frontières conjugales : la limite entre la relation du couple par rapport à toutes les autres relations (familles élargies, travail, enfants, religion, etc.) et la nature de ces frontières qui peuvent être rigides, divergentes ou flexibles

(5) La sexualité : un continuum de l'intimité sexuelle à l'objectivation, le viol et l'exploitation sexuelle

(6) Pratiques parentales : un continuum entre l’application d’un partage équitable des tâches parentales entre les partenaires et les pratiques selon lesquelles cette responsabilité est exclusive aux mères

(7) Tâches ménagères et activités de loisirs : un continuum de prise de décisions et réalisation des tâches allant des tâches ménagères, la préparation de la nourriture, les soins de santé, l’éducation, le travail, le transport, les vacances aux activités de loisirs personnelles et conjointes.

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La complexité de ces dimensions traduit la difficulté de cette phase du cycle de vie. Cependant, la société a conduit l’humain à adopter un point de vue romantique de cette phase en affirmant que cette transition est la plus facile et la plus joyeuse, ce qui ajoute beaucoup à sa difficulté (Ganong et Coleman, 2017). C’est le cas puisque tout le monde, du couple lui-même aux personnes de leur entourage, souhaitent voir seulement les aspects positifs et le bonheur qui en découlent. Une même vision tronquée s’applique à la transition vers la parentalité, phase de vie qui a longtemps été symbolisée par le mariage et la cohabitation (Ganong et Coleman, 2017).

Un lien conjugal fort a longtemps été considéré par les cliniciens comme une condition essentielle à la réussite de la famille recomposée (Ganong et Coleman, 2017). En effet, ils avancent l’hypothèse qu’un lien de couple fort aide au développement de relations positives entre les enfants et les beaux-enfants et sert de tampon lorsque les autres relations familiales sont tendues (Papernow, 2013; Visher et Visher, 2013). Dans la théorie des systèmes familiaux traditionnels, le couple marié est considéré comme la base sur laquelle le système familial est construit. Cette position a été contestée par quelques chercheurs (par exemple, Bray et Berger, 1993; Hetherington et Clingempeel, 1992) et cliniciens (par exemple, Browning, 1994; Browning et Artelt, 2012). Ces auteurs estiment que la relation ayant le plus d’impact sur le bon fonctionnement d’une famille recomposée est celle entre les beaux-parents et les beaux-enfants. Toutefois, il est généralement admis que les relations conjugales dans les familles recomposées sont extrêmement importantes pour le bien-être de chacun des membres de la famille et de l’ensemble de l’unité familiale recomposée (Scott Browning et Artelt, 2012; Greeff et Du Toit, 2009; Papernow, 2013; Visher et Visher, 2013)

Considérant que le couple constitue l’un des éléments d’ancrage de la famille recomposée, il importe donc de se pencher sur la relation conjugale afin de permettre de mieux comprendre autant les difficultés, les défis que les éléments positifs que vivent ces personnes dans un contexte de recomposition familiale. Toutefois, dans les recherches actuelles, il manque de travaux permettant une compréhension plus systémique de la façon dont l’identité et les rôles sociaux, de même que les attentes individuelles et culturelles, interagissent avec les processus interpersonnels pour façonner les expériences des couples recomposés, plus particulièrement pour les beaux-parents (Shapiro, 2014). La présente étude

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vise à contribuer à combler cet écart en examinant le fonctionnement interpersonnel (l’expérience conjugale) et les identités sociales (le genre) chez les beaux-parents de familles recomposées.

Famille recomposée

Avant d’aller plus loin, il importe de clarifier à quoi renvoie le terme de recomposition familiale. Selon la définition du recensement national au Canada (Gouvernement du Canada, 2012), les familles recomposées sont des familles composées d’un couple dont la naissance d’au moins un enfant, biologique ou adopté, est survenue avant la relation actuelle. Les familles comptant un couple et leurs enfants (biologiques ou adoptés) sont des familles biparentales intactes. Bien que cette définition ait l’avantage d’inclure les familles recomposées à la suite d’un veuvage, elle ne tient pas compte des nuances liées à la garde des enfants. Par conséquent, la définition retenue ici s’inspire de celle proposée par Saint-Jacques et Parent (2002) : « Une famille recomposée comprend des personnes, mariées ou vivant en union de fait, ayant une garde permanente, partagée ou occasionnelle d’au moins un enfant, biologique ou adoptif, né d’une précédente d’union qui s’est soldée par une séparation ou un divorce ».

Les termes suivants seront également utilisés dans cette étude:

- Familles recomposées simples : tous les enfants sont les enfants biologiques ou adoptés d’un seul partenaire

- Familles recomposées complexes : trois types possibles

o au moins un enfant est issu du couple recomposé et au moins un enfant est issu d’un parent seulement;

o au moins un enfant est issu de chaque parent et aucun n’est issu du couple recomposé;

o au moins un enfant est issu du couple recomposé et au moins un enfant est issu de chaque parent.

- Famille biparentale intacte: Famille composée de partenaires qui partagent leur résidence avec leurs enfants biologiques ou adoptifs.

- L’autre parent : Le parent biologique du bel-enfant du participant, mais qui ne forme pas un couple avec le participant

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- Bel-enfant (beau-fils, belle-fille) : Un enfant qui n’est pas la progéniture biologique ou adoptive de l’un des partenaires de la famille recomposée.

- Beau-parent (beau-père, belle-mère) : Le partenaire n’ayant pas de lien biologique ou adoptif avec l’enfant.

- Double statut : Le partenaire qui est à la fois beau-parent et parent. Portrait statistique

Les familles recomposées étaient dénombrées pour la première fois dans le recensement de Statistique Canada en 2011 (Gouvernement du Canada, 2012). Les données compilées permettent de chiffrer toutes les familles biparentales avec au moins un enfant âgé de moins de 25 ans à la maison. Le pourcentage des familles recomposées est resté stable entre 2011 et 2016, alors que 12,4 % des familles canadiennes comptant un couple avec des enfants sont recomposées. Selon les auteurs, la stabilité observée dans les cinq dernières années s’explique principalement par la mobilité des personnes appartenant à ce type de famille (Castagner Giroux et coll., 2016). Dans le cadre d’un recensement, il est parfois difficile de tenir compte de tous les acteurs des familles recomposées (p. ex. « départ d’un parent, arrivée d’un beau-parent, circulation des enfants en garde partagée, choix des enfants d’aller vivre avec l’un ou l’autre parent »). Néanmoins, le recensement fait ressortir que le pourcentage des familles recomposées est plus élevé au Québec (16,1 %) comparativement aux autres provinces canadiennes (11,4 %) (Ministère de la Famille, 2018). De ce nombre, environ quatre familles sur dix sont qualifiées de complexes, tant au niveau provincial (40 %) que national (37,2 %) (Gouvernement du Canada, 2017). Quant aux familles recomposées simples, environ les deux tiers (66 % au Québec et 62,8 % au Canada) d’entre elles sont matricentriques, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’un couple et des enfants de la conjointe. Ces statistiques témoignent non seulement de l’ampleur de ce phénomène, mais aussi de la diversité de la réalité familiale au Canada et au Québec (Gouvernement du Canada, 2017; Ministère de la Famille, 2018).

1.2 Pertinence scientifique et sociale

Bien que les familles recomposées de la fin du XXe siècle disposent de plus de ressources et soient généralement mieux acceptées par la société que par le passé, il reste encore beaucoup à apprendre sur ces systèmes familiaux complexes (Coleman, Ganong et

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Fine, 2000; Ganong et Coleman, 2017; Parent et coll., 2016). Malgré la croissance des études portant sur les secondes unions, les remariages et les transitions familiales dans les deux dernières décennies, le nombre d’études demeure limité comparativement à celles portant sur les couples de première union (Darden et Zimmerman, 1992; Pryor, 2008). Il importe donc de poursuivre sur cette voie afin d’approfondir les connaissances plus spécifiques aux familles et aux couples recomposés. De plus, bien que les défis que rencontrent les couples de familles recomposées soient bien connus dans la littérature, relativement peu d’études ont porté spécifiquement sur la relation des couples qui forment une famille recomposée (Pace, Shafer, Jensen, et Larson, 2015). En effet, bon nombre d’études ont porté sur la relation conjugale post-rupture ou de deuxième union. Les couples formant une famille recomposée se distinguent des couples de première ou de deuxième union sans enfant du fait que leur conjugalité doit se développer dès le début en présence d’enfants. De ce fait, la relation parent-enfant précède la relation conjugale, ce qui a des impacts sur le fonctionnement de la famille (McGoldrick et Carter, 2011; Parent et coll., 2016). Considérant cette particularité, les études menées à ce jour ont mis davantage l’accent sur les relations parentales pour ensuite étudier son influence sur la relation conjugale. Cette omission des études envers le couple en famille recomposée est facilement expliquée et comprise. Compte tenu des histoires relationnelles, des transitions et des adaptations, dès que le nouveau couple est formé, ils doivent immédiatement faire face aux problèmes qui peuvent impliquer un groupe d’enfants (généralement ceux de la femme), possiblement deux groupes d’enfants (de chacun des partenaires), peut-être des enfants en commun, et peut-être même un schéma de visites d'enfants en résidence dont la garde est partagée entre les parents biologiques. Il est facile d'imaginer que toute cette énergie et cette attention centrées sur l'enfant peuvent détourner l'attention du couple naissant (Coleman et coll., 2000; Ganong et Coleman, 2017).

Peu d’études ont étudié exclusivement le développement et l’expérience de la relation du couple. Pourtant, les recherches montrent l’importance et la pertinence de mieux comprendre cette dynamique relationnelle (Adler-Baeder, Robertson, et Schramm, 2010; Saint-Jacques, Drapeau, et Parent, 2009). En effet, les familles recomposées sont complexes et leurs dynamiques et enjeux diffèrent de ceux des familles intactes. Les difficultés particulières aux familles recomposées comme le partage des rôles entre les parents et les beaux-parents, la présence de l’autre parent et la relation unique entre le beau-parent et

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l’enfant peuvent mettre à risque la pérennité du couple. Selon Bray (2005), l’inflation du divorce, le remariage et la monoparentalité sont également des causes majeures de la formation de familles recomposées. Ces familles sont confrontées à des problèmes et à des dynamiques uniques qui doivent être abordés dans les recherches (Saint-Jacques et coll., 2009). Pourtant, plusieurs auteurs (Adler-Baeder et coll., 2010; Jensen, Lombardi, et Larson, 2015; Schramm et Adler-Baeder, 2012) ont identifié la relation conjugale comme étant un élément prédicteur essentiel au succès de la famille recomposée. De plus, il existe peu d’études à propos des différences et des similitudes entre les hommes et les femmes chez les familles recomposées, bien que la littérature soulève certaines différences potentielles dans leurs expériences (Schramm et Adler-Baeder, 2012; D. Shapiro, 2014). Un nombre croissant d’études ont identifié des problèmes dignes d'attention avec les ex-conjoints et les constellations de grands-parents actuels, ainsi que les ex-grands-parents (Gold, 2016). Cependant, si ces priorités multiples jouent toutes un rôle essentiel dans la détermination de la force et du succès de la famille recomposée, ce qui reste largement négligé dans l’étude des mariages de familles recomposées, est l’étude portant sur le vécu conjugal des beaux-parents (Gold, 2016; Martin-Uzzi et Duval-Tsioles, 2013). Plus particulièrement, aucune étude n’a mis l’accent sur l’expérience conjugale des beaux-parents en contrastant ce vécu en fonction du genre. Pourtant, comme mentionné plus tôt, les beaux-parents vivent un bouleversement majeur lorsqu’ils s’insèrent dans une famille recomposée. Ces derniers vivent alors, pour plusieurs d’entre eux, une double transition de rôle, passant du statut de célibataire à celui de conjoints, mais aussi de sans enfant à avec enfant. Même lorsqu’ils ont leurs propres enfants d’une relation antérieure, ils doivent tout de même traverser une transition supplémentaire vis-à-vis leurs beaux-enfants. De plus, les beaux-parents font face à plus de stigmates que les parents biologiques qui peuvent être différents en fonction de leur genre (Gold, 2016).

En ce qui concerne la pertinence sociale, partager une relation intime satisfaisante fait partie des aspirations relativement universelles assez fortes chez les personnes en couple, peu importe le type d’union (Halford et Snyder, 2012). Une relation conjugale jugée comme satisfaisante par les partenaires est associée à un sentiment de bien-être autant chez les conjoints que chez leurs enfants. À l’inverse, l’insatisfaction conjugale est fortement associée à des problèmes de santé physique et psychologique, de même qu’un niveau financier

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médiocre. Une expérience conjugale négative conduit plus souvent à une séparation, dont les impacts négatifs sur tous les membres de la famille sont bien connus (Saint-Jacques et coll., 2009; Wright, Lussier, et Sabourin, 2010). Sans même se rendre jusqu’à la séparation, la détresse conjugale vécue par les partenaires constitue le premier motif de consultation dans les services de santé mentale. En outre, les demandes d’aide auprès des enfants vivant des problèmes de comportements ou d’apprentissage sont bien souvent le résultat des problèmes conjugaux (Ganong et Coleman, 2017; Wright et coll., 2010). Considérant l’ampleur de ces répercussions, de même que la fragilité observée chez les familles recomposées, il est pertinent de creuser davantage ce domaine afin de mieux discerner l’expérience de ces couples. Les nouvelles connaissances qui en découlent pourront permettre d’améliorer l’efficacité des interventions qui seront davantage adaptées aux hommes et femmes qui se recomposent, pour l’établissement et le maintien des relations saines et un niveau de bien-être plus élevé pour les membres vivant au sein des familles recomposées.

1.3 La recension des écrits

La présente recension des écrits a pour objectif d’examiner les résultats des recherches qui ont porté sur les différentes dimensions de la relation conjugale en contexte familial. Elle présente par la suite les particularités de l’expérience conjugale des couples vivant en famille recomposée. Elle abordera également les spécificités liées au rôle de beau-parent dans la famille recomposée. Ensuite, l’exploration de ce qui est connu des impacts du genre sur l’expérience conjugale des beaux-parents en famille recomposée sera présentée. À la fin de cette section, les limites des études seront soulevées.

1.3.1 La démarche documentaire réalisée

La démarche documentaire a été réalisée à l’aide des bases de données Ariane 2.0, Érudit, Famili@, Family et Society Studies Worldwide, Gender Watch ProQuest PsyhInfo,

Sociological Abstracts, Social Sciences Full Text et Women's Studies International. Les écrits

pertinents ont été identifiés par l’utilisation des concepts-clés, en français et en anglais, suivants: recomposition familiale (famille recomposée, stepfamil*, transition familiale,

blended famil*); expérience conjugale (conjugal*, ajustement conjugal, bonheur conjugal, relationship quality); genre (gender, sexe, analyse de genre, gender roles, rôle selon le sexe,

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stereotypes), beau-parent (beau-père, belle-mère, stepparent, stepfather, stepmother),

remariage (remarriage, second marriage, stepcouple) x conjugal (couple relationship, marital

relationship, couple satisfaction, satisfaction conjugale), seconde union (second union).

1.3.2 La conjugalité au sein de la famille : Du couple conjugal au couple parental Dans une unité familiale, le système conjugal cohabite avec le système parental. Parmi la panoplie de changements accompagnant la venue d’un enfant, une place importante dans les recherches auprès des familles biparentales intactes est accordée aux modifications à l’intérieur du couple, plus particulièrement la détérioration du lien conjugal quand les conjoints deviennent parents (Keizer et Schenk, 2012; Kluwer, 2010). L’arrivée de l’enfant entraîne nécessairement une redéfinition importante des rôles sociaux et sexués des conjoints. Cette diminution de la satisfaction conjugale serait expliquée par l’augmentation des conflits relationnels après la naissance, notamment sur le partage des tâches ménagères, et par la réduction du temps que les conjoints peuvent passer ensemble (Kluwer, 2010; Moller, Hwang, et Wickberg, 2008). Entre autres, le stress lié à la parentalité a été mis en corrélation avec la qualité de la relation conjugale autant pour les hommes que pour les femmes (Lavee, Sharlin, et Katz, 1996). Notamment, l’activité professionnelle de la femme et la division traditionnelle des rôles liées au genre n’augmentent pas le stress parental chez la femme, mais élèvent son niveau d’insatisfaction conjugale. Le stress professionnel chez l’homme a également été ciblé comme une source de tensions conjugales importantes, particulièrement après la naissance de l’enfant (Belsky, Perry-Jenkins, et Crouter, 1985). Les chercheurs ont noté que, pour une même période de temps, cette détérioration de la qualité de l’expérience conjugale chez les couples de nouveaux parents serait plus importante que celle observée chez les couples sans enfants (Doss, Rhoades, Stanley, et Markman, 2009; Lawrence, Rothman, Cobb, Rothman, et Bradbury, 2008). Il s’agit donc d’une particularité des relations conjugales dans le contexte familial, et non des conséquences naturelles du passage du temps (Doss et coll., 2009). Il est nécessaire pour les couples avec enfants de trouver l’articulation entre l’alliance familiale, la coparentalité et la conjugalité (Frascarolo-Moutinot, Suardi, Scaiola, et Favez, 2007).

Il est à noter que les recherches portant distinctement sur les mères et sur les pères ne s’attardent pas aux mêmes dimensions du couple parental. En effet, lorsque l’influence de

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la mère est étudiée, elle est posée comme un médiateur, une « gardienne de la porte d’entrée » pour le père dans son implication et sa relation avec l’enfant et dans les tâches autrefois réservées au rôle maternel. Lorsque l’influence du père est étudiée, il est plutôt posé comme soutien sur la qualité de vie de la mère. L’engagement maternel est supposé comme naturel immuable, alors que l’engagement paternel est mis en question afin de déterminer les motivations.

1.3.3 L’expérience conjugale au sein des familles recomposées : les particularités L’expérience conjugale d’un couple qui décide de se recomposer comporte certaines similitudes à celle d’un couple de première union. D’abord, l’importance de la satisfaction conjugale et de la stabilité de la famille fait l’unanimité, tant pour les parents biologiques que pour les beaux-parents. En effet, une relation conjugale positive contribue à diminuer les risques de problèmes de santé mentale et promeut le sentiment d’efficacité parentale (Petch, Halford, Creedy, et Gamble, 2012; Shapiro et Stewart, 2012). De plus, les habiletés de communication (l’intimité, la chaleur, la gestion des conflits et les stratégies de résolution de problèmes) demeurent des dimensions pouvant influencer l’ajustement dyadique du couple conjugal. Toutefois, il existe de différences fondamentales dans la structure familiale recomposée versus la famille biparentale intacte. Dans les recherches récentes, les auteurs (Gold, 2016; Higginbotham et Agee, 2013; Parent, Saint-Jacques, Drapeau, Fortin, et Beaudry, 2016; Schramm et Adler-Baeder, 2012) s’accordent pour dire que le couple recomposé est confronté à des tâches spécifiques à la situation de famille recomposée, en plus des défis d’adaptation auxquels font face les couples de première union.

En outre, la complexité, engendrée par les nombreux enjeux relationnels à appréhender simultanément et très tôt dans la relation, constitue des défis particuliers pour le couple nouvellement formé (Schramm et Adler-Baeder, 2012). La relation de couple peut être négligée, car d'autres relations exigent plus d'attention. Notamment, il y a présence des liens préexistants au lien conjugal dans la famille recomposée, comme le lien parent-enfant (Martin-Uzzi et Duval-Tsioles, 2013), le lien avec l’ex-conjoint (Buunk et Mutsaers, 1999; Ganong, Coleman, et Hans, 2006; Visher, Visher, et Pasley, 2003) et la relation coparentale (Adamsons et Pasley, 2006). La présence d'enfants issus d’une relation conjugale antérieure et de l’ex-conjoint met le couple recomposé devant des personnes pouvant être intéressées à

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la dissolution des liens du nouveau couple (de Jong Gierveld et Merz, 2013). À l’inverse, si l'accent est mis sur la relation conjugale, d'autres relations, en particulier celles entre parent et enfants, peuvent être mises à rude épreuve par manque d'attention et menacent également la stabilité familiale. À l’intérieur d’une recomposition familiale, il est difficile d’isoler la dynamique conjugale des rôles parentaux (parent, beaux-parents, coparent), car les partenaires doivent les endosser dès les premiers moments de leur relation (Parent et coll., 2016). Ces études ont montré que les facteurs tant familiaux qu’individuels peuvent affecter la relation conjugale.

Comment la présence des beaux-enfants influence-t-elle l’expérience conjugale des beaux-parents ?

Les théories du développement conjugal spécifiques aux premières unions soulignent que la qualité de la relation conjugale est un facteur prédictif de la qualité de la parentalité. Ce modèle de lien conjugal part du principe que le couple nouvellement uni a le temps et l’énergie nécessaires pour se consacrer à la relation naissante avant l’arrivée des enfants, situation très éloignée de la réalité et des expériences vécues par les couples de familles recomposées. Contrairement à la première union, où la famille naît généralement d’un désir commun du couple d’avoir un enfant, la recomposition familiale implique la construction parallèle du système conjugal et du système parental (Martin-Uzzi et Duval-Tsioles, 2013; Parent et coll., 2016). La famille existe déjà et précède la relation conjugale; le désir du nouveau couple ne fait qu’en modifier la structure existante. Selon plusieurs auteurs (Coleman et coll., 2000; le Bourdais, Lapierre-Adamcyk, et Heintz-Martin, 2013), le taux élevé de séparation et la rapidité à laquelle elle survient chez les couples recomposés peuvent être associés à la présence des enfants nés d’une union précédente.

La présence de beaux-enfants a souvent été examinée en tant que prédicteur potentiel de la qualité et de la stabilité du mariage, ce qui peut être expliqué par l’absence de phase de « lune de miel » dans la relation conjugale qui est remplacée par les obligations familiales et les responsabilités liées aux rôles parentaux (Parent, Beaudry, et Godbout, 2007). La plupart des chercheurs ont découvert que les beaux-enfants contribuent à l’instabilité et réduisent la qualité de la relation conjugale d’une famille recomposée (Booth et Edwards, 1992; Bramlett et Mosher, 2002; Teachman, 2008). Entre autres, une prévalence

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élevée de difficultés dans le développement d’une relation positive entre les beaux-parents et les beaux-enfants a été rapportée (Planitz, Feeney, et Peterson, 2009). Les attentes d’un « amour instantané » entre les membres de la famille sont associées avec une plus faible qualité de la relation conjugale (Hetherington et Kelly, 2002; Parent et coll., 2007). Les difficultés de construction d’un lien positif entre les beaux-parents et les beaux-enfants sont vécues par les trois parties qui composent la famille recomposée : les enfants, les beaux-parents et les beaux-parents. D’abord, les enfants peuvent avoir le sentiment de trahir leur autre parent s’ils forment un bon lien avec le beau-parent. À l’inverse, certains beaux-parents peuvent ressentir de la culpabilité en développant un lien chaleureux avec les beaux-enfants s’ils ont des enfants biologiques qui n’habitent pas avec eux. De plus, contrairement aux parents biologiques, nombre des beaux-parents considèrent que leur relation avec leurs beaux-enfants n’est pas systématiquement positive et qu’ils perçoivent que ces derniers ne les tiennent pas en haute estime (Shapiro et Stewart, 2011; 2012). En outre, les parents peuvent également vivre un conflit de rôles lorsqu’ils ont l’impression de devoir choisir entre leur enfant et leur partenaire (Shapiro et Stewart, 2011; 2012).

Ces tensions relationnelles peuvent affecter négativement le lien conjugal qui est encore à son début. Dans leur étude longitudinale prospective de cinq ans auprès de 63 couples avec enfant, Bodenmann et Cina (2006) ont rapporté que ceux qui vivent un taux de stress parental plus élevé au 1er temps de mesure vivent une plus grande détresse conjugale

ou se séparent plus après cinq ans. À l’inverse, une relation beau-parent/enfant positive prédit une relation conjugale positive et satisfaisante. Des études longitudinales (Brand, Clingempeel et Bowen-Woodward, 1988; Bray et Berger, 1993; Guisinger, Cowan, et Schuldberg, 1989; Hetherington et Clingempeel, 1992; Hetherington, 1989) stipulent qu'une relation positive entre les enfants et les beaux-parents prédisent une plus grande satisfaction chez le couple. Hetherington et Kelly (2002) expliquent que, dans les couples de première union, la qualité de la relation conjugale est la pierre angulaire du bonheur familial, menant vers des relations positives entre parents et enfants, et entre les fratries. Pour les familles recomposées, l’établissement d’une relation harmonieuse entre les beaux-parents et les beaux-enfants serait plutôt la porte d’entrée vers le succès conjugal et un bon fonctionnement familial.

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Comment certaines caractéristiques des beaux-parents influencent-elles leur expérience conjugale au sein d’une famille recomposée ?

Plusieurs études rapportent que des degrés comparables de satisfaction conjugale sont observés chez les gens de première et de deuxième union (Vemer, Coleman, Ganong, et Cooper, 1989; Whitton, Weitbrecht, Kuryluk et Bruner, 2013), ce qui n’expliquerait pas alors pourquoi ces couples ont davantage tendance à se séparer. Certains auteurs se sont donc penchés sur la question et ont conclu qu’il existerait d’autres variables pouvant expliquer cet écart du taux de rupture. D’abord, après une séparation, il peut être stressant et difficile pour les couples de déterminer les nouvelles frontières conjugales, d’autant plus qu’ils doivent aussi faire face à de nouveaux rôles pouvant présenter une grande ambiguïté et ambivalence (Martin-Uzzi et Duval-Tsioles, 2013; Weaver et Coleman, 2010). Cependant, des études confirment que lorsque la communication avec des parents non gardiens d'enfants issus de précédentes unions est efficace, claire et peu hostile, la satisfaction de la relation avec de nouveaux partenaires est plus grande (Kim, 2010; Schrodt, 2011). Ces études soulignent que l'ambiguïté des frontières, le conflit de rôles, l'ambiguïté des rôles, ainsi que le soutien de la famille et la communication de couple sont tous des éléments pouvant influencer la qualité de la relation conjugale.

Par ailleurs, l’une des hypothèses stipule que les personnes qui se remarient, en particulier après un divorce, sont fondamentalement différentes (personnalités, attitudes, valeurs, santé) des personnes qui ne se séparent pas. Ces différences proposées sont souvent appelées facteurs de sélection parce que les individus sont sélectionnés de manière différenciée dans le remariage en raison de ces facteurs existants. Par exemple, McCranie et Kahan (1986) ont émis l'hypothèse que les remariages regroupent une surreprésentation d'individus qui « ont moins d’aptitudes à vivre en mariage » en raison de caractéristiques de la personnalité telles que la faible tolérance à la frustration, l'impulsivité et la prise de risques. L’alcoolisme, la toxicomanie et les comportements antisociaux ont également été proposés comme types de facteurs qui affectent négativement la qualité et la stabilité du mariage et sont plus caractéristiques des personnes remariées, en particulier des personnes qui se marient au moins trois fois (Brody, Neubaum et Forehand, 1988). Les effets de sélection sont également utilisés pour expliquer les différences de stabilité relationnelle chez les couples

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cohabitants. Il est stipulé que les caractéristiques des personnes qui cohabitent plutôt que de se marier diffèrent de manière à rendre les couples vivant en union de fait plus susceptibles de se séparer que les remariages ou les premiers mariages (Ganong et Coleman, 2017). Au moins l’un des partenaires a fait l’expérience d’un échec conjugal, ainsi que des conséquences (financières, émotionnelles, etc.) liées à une séparation. Giguere et Sabourin (1999) ont souligné que, suivant le modèle des cinq facteurs de la personnalité (ouverture, conscienciosité, extraversion, agréabilité, neuroticisme) (McCrae et Costa, 1990 cités par Giguere et Sabourin, 1999), l’ouverture à l’expérience n’apporte pas autant à la satisfaction conjugale chez les couples de seconde union qu’elle apporte aux couples de première union. Selon ces auteurs, les personnes de deuxième union sont plus sur la défensive dans leurs nouvelles expériences familiales et de couple, en raison de la rupture antérieure. Ces résultats corroborent également l’hypothèse avancée par Giguere et Sabourin (1999), selon laquelle la contribution du style de motivation à l’expérience conjugale est différente entre les couples de première union (n = 274) et ceux de deuxième union (n =169). En effet, lorsque les personnes du couple de deuxième union vivent un sentiment personnel d’obligation de demeurer dans la relation, on observe une plus grande diminution de la satisfaction conjugale comparativement aux personnes vivant leur première union. Par conséquent, elles seraient moins portées à maintenir une relation insatisfaisante que les personnes en première union qui toléreraient mieux certaines normes et obligations établies dans la vie de couple (Giguere et Sabourin, 1999).

La réticence des couples de seconde union à rester dans une relation insatisfaisante a été qualifiée d' « engagement conditionnel » (Furstenberg et Spanier, 1984). D’ailleurs, on retrouve une plus grande proportion de personnes qui considèrent le divorce ou la séparation comme un moyen acceptable de gérer les relations insatisfaisantes chez le groupe des personnes remariées et en union de fait (Ganong et Coleman, 2017). À l’inverse, le groupe des personnes vivant au sein d’une première union comprend une plus grande proportion de personnes pour lesquelles le divorce n’est pas une option, peu importe les circonstances, pour des raisons liées à la croyance religieuse ou autres. Contrairement à ces personnes qui sont engagées envers « l’institution du mariage », une plus grande proportion de personnes vivant en union de fait ou remariées sont des personnes qui se voient plutôt engagées à un partenaire en particulier. Par conséquent, lorsqu’elles deviennent désenchantées envers leur partenaire,

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elles sont plus susceptibles de quitter la relation (Schmiege, Richards et Zvonkovic, 2001; Whitton et coll., 2013).

Finalement, chez les couples de première union qui se sépareront, il existe un sentiment d’insatisfaction conjugale chez l’un ou les deux partenaires qui s’intensifie par la suite pour amener vers l’idée de la séparation avant d’arriver à la dissolution de cette relation (Gottman, 1993). À l’inverse, chez les couples recomposés, ce sont plutôt les désaccords et les difficultés en lien avec la dimension parentale qui précèdent l’insatisfaction conjugale et la séparation (Wilkes et Fromme, 2002). L’influence directe de la relation beaux-parents - beaux-enfants sur la relation du couple témoigne d’une certaine fragilité de la dyade conjugale dans la structure des familles recomposées. Afin de réduire le stress marital dans les couples de familles recomposées, il serait donc important de mettre davantage l’accent sur le renforcement des habiletés parentales et de communication. Bray et Berger (1993), Dahl, Cowgill et Asmundsson (1987), Visher et coll. (2003) soulignent aussi que les relations parent-enfant et beaux-parents-enfants peuvent être améliorées lorsque la relation conjugale est positive et satisfaisante, particulièrement dans les familles matricentriques, où les beaux-pères considèrent que la relation qu’ils ont avec l’enfant existe uniquement en raison de la relation qu’ils ont avec leur conjointe.

Comment la réalité de la structure familiale influence-t-elle l’expérience conjugale des beaux-parents en famille recomposée ?

Finalement, la relation conjugale des couples recomposés peut également être influencée par la structure générale de la famille et celle-ci diffère à certains points de la famille biparentale intacte ou chez les couples de première union. D’abord, l’union de fait est le mode de formation des ménages le plus prépondérant, plus particulièrement chez les familles recomposées occidentales (Bianchi, 2012; Slattery, Bruce, Halford et Nicholson, 2011).En effet, comparativement aux autres types de couples, les couples qui forment une famille recomposée cohabitent plus tôt, plus longtemps et plus souvent sans engagement de mariage (Bramlett et Mosher, 2002; Teachman, 2008). Pourtant, les recherches rapportent que le taux de détresse et de séparation est plus élevé chez les couples en union libre que chez les couples mariés (Halford et Snyder, 2012; Hayes, Weston, Qu et Gray, 2010; Juby et Marcil-Gratton, 2002). En effet, jusqu’à la moitié des couples vivant en union libre se

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séparent durant les cinq premières années vs dix ans pour les couples mariés (Hayes et coll., 2010). De plus, lorsque le couple recomposé est marié, plutôt qu’en union libre, les enfants ont trois fois moins de probabilité de connaître leur séparation (20 % versus 67 %) (Juby et Marcil-Gratton, 2002). À ce sujet, Slattery et coll. (2011) ont souligné que le développement d’un sentiment de cohésion et d’appartenance au sein des familles recomposées se fait plus difficilement. Une explication plausible de ce phénomène est que lorsqu’une famille se recompose, il existe peu d’histoires et de vécus partagés entre les beaux-parents et les enfants, alors que le sentiment de cohésion se développe à travers des rituels partagés et des moments pour les remémorer. Par conséquent, une transition rapide entre le moment de rencontre du couple et la cohabitation peut s’avérer difficile pour l’adaptation de la famille et la stabilité conjugale à long terme.

1.3.4 Les spécificités du rôle de beau-parent

Une autre relation considérée comme fondamentale dans le maintien d’une famille recomposée est celle entre le beau-parent et le(s) beau(x)-enfant(s). De ce fait, le beau-parent a un rôle important dans deux des relations considérées comme les plus essentielles pour la pérennité de la famille. De plus, bien que la satisfaction conjugale soit importante tant pour les parents biologiques que pour les beaux-parents, une relation conjugale positive semble être encore plus importante pour les derniers. D’abord, les beaux-parents doivent composer avec des rôles plus complexes et moins bien définis que ceux des parents biologiques (Craig et Johnson, 2011; Ganong et Coleman, 2004). Dès le début de leur relation, les beaux-parents sont amenés à négocier leur place au sein de la famille, et ce, sans modèle ou normes culturelles prédéfinis. De plus, l’absence du lien de sang et la légitimité qui l’accompagne rendent l’instauration des liens de soutien, outre la relation conjugale, plus difficile (Nielsen, 1999).

À ces défis s’ajoute des obstacles extérieurs à la famille, le portrait des beaux-parents dépeint dans les médias, les contes de fées et même dans certaines études scientifiques est généralement extrêmement négatif (Daly et Wilson, 2001; Popenoe, 1994). Ces représentations se transposent dans la perception de la population des beaux-parents. De nombreuses études dans le passé ont montré que les belles-mères et les beaux-pères sont perçus plus négativement que les mères et les pères, respectivement (par ex. Bryan, Ganong,

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Coleman et Bryan, 1985; Coleman, Ganong et Cable, 1997; Planitz et coll., 2009). De plus, bien que l’idéalisation de la famille intacte prime encore sur la famille recomposée (Ganong et Coleman, 2017), il semble que les stigmates portés par les gens sont davantage dirigés vers certains rôles de la famille recomposée (beaux-parents, beaux-enfants) plutôt que vers l’unité famille dans son ensemble (Claxton-Oldfield, 2008). Notamment, presque tout le monde connaît le stéréotype de la méchante belle-mère. Pour les hommes, des études révèlent que les stéréotypes liés aux abus sexuels sont plus souvent associés aux beaux-pères qu’aux pères biologiques (Claxton-Oldfield, Goodyear, Parsons et Claxton-Oldfield, 2002; Saint-Jacques, Godbout et Ivers, 2020). Dans l’ensemble, il semble que les normes relatives aux rôles de beaux-parents ont évolué avec le temps. Cependant, les normes pour les belles-mères peuvent se développer moins rapidement ou moins clairement que les normes pour les beaux-pères (Coleman et coll., 1997).

Que l’on soit d’accord ou non avec ces portraits stéréotypés, il est généralement convenu que le rôle de beau-parent comporte son lot de défis, et ce, dès le début de la formation familiale. Les beaux-parents sont étiquetés « intimate outsiders » ou « relative

strangers » (Beer, 1991 cité dans Ganong et Coleman, 2017), des oxymores qui reflètent bien

l’ambiguïté du statut de ces derniers. Ces descriptions reflètent la difficulté d'élever les enfants d'autres personnes, en particulier lorsque les attentes en matière de performances sont souvent élevées, irréalistes ou ambiguës. En effet, une étude réalisée auprès de 198 couples par Bodenmann, Ledermann, et Bradbury (2007) a permis de conclure que les couples rapportant un niveau de stress plus élevé lié aux rôles de beaux-parents vivent un niveau de satisfaction conjugale plus faible.

Il est possible de dire que bon nombre des difficultés rencontrées par les beaux-parents et les familles recomposées en général sont liées à la confusion et à l’incertitude quant au rôle que ces derniers devraient jouer dans la vie de leurs beaux-enfants (Golish, 2000; Kellas, LeClair-Underberg et Normand, 2008). Les problèmes le plus souvent identifiés par les cliniciens et les chercheurs dans le domaine de recomposition familiale sont : l’ambiguïté des rôles (c’est-à-dire le manque de clarté concernant les attentes relatives au rôle du beau-parent), la confusion des rôles (c.-à-d. le choix des rôles) et le conflit entre plusieurs rôles (Browning et Artelt, 2012; Ganong, Coleman, Jamison et Feistman, 2015; Ganong, Coleman

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et Russell, 2015; Papernow, 2013). Les problèmes associés au changement de rôle, au « role

captivity » (le sentiment d’être coincé dans un rôle tout en voulant en assumer un autre) et à

l'incongruence du rôle de l'image de soi ont également été identifiés comme des difficultés potentielles pour les beaux-parents (Browning et Artelt, 2012; Ganong et coll., 2015; Ganong, Coleman, Jamison et Feistman, 2015; Papernow, 2013). Bien que les conjoints encouragent souvent les beaux-parents à jouer le rôle de parents suppléants, les partenaires ne s'entendent pas toujours sur les responsabilités à partager ou la manière d’exercer la coparentalité. Le manque de clarté qui en découle peut devenir une source de conflit conjugal pouvant les empêcher de développer une relation conjugale et coparentale harmonieuse. Il existe certaines preuves que les adultes des familles recomposées sont plus heureux avec leurs relations lorsqu’il n’est pas attendu du beau-père qu’il assume le rôle du père auprès de leurs beaux-enfants (Bray et Berger, 1993).

Comment le genre influence-t-il l’expérience conjugale des beaux-parents en famille recomposée ?

À un niveau socioculturel plus large, les catégories sociales peuvent avoir des impacts importants sur la vie des individus. Entre autres, celles-ci peuvent influencer le bien-être de chaque personne à travers ses processus psychologiques, soit les perceptions, les attentes et les croyances par rapport à son environnement. Les catégorisations de genre et de rôles de genre en font notamment partie. Alors que toute l’ampleur de la pensée féministe dépasse largement le cadre de la présente recension, il demeure que le genre est considéré par les théoriciens féministes comme étant le « pivot » du fonctionnement familial, au point de façonner l’ensemble des processus et des rôles familiaux qui en découlent (Lorber, 1996). Dans le contexte de la famille recomposée, les valeurs et les attentes liées au genre, à la famille et au couple peuvent moduler leur expérience de recomposition, ainsi que leur capacité à identifier et à utiliser les ressources de soutien de leur entourage, y compris celles de leur partenaire (Shapiro, 2014).

Plusieurs auteurs (p. ex. Weston, Qu et Hayes, 2012) soulignent que les normes traditionnelles familiales et de genre se perpétuent et se reflètent dans l’attribution des rôles des hommes et des femmes. Par exemple, la croyance selon laquelle les femmes sont plus aptes à prendre soin de la famille et les hommes à répondre aux besoins financiers est encore

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présente dans nombre de familles. Aux États-Unis, bien que les femmes occupent un travail à l’extérieur du foyer de manière quasi équivalente aux hommes (Toossi, 2010), elles continuent à prendre en charge la majeure partie des tâches domestiques et parentales (Lachance-Grzela et Bouchard, 2010). Les enjeux de conciliation travail-famille-vie personnelle concernent tout particulièrement les jeunes mères travailleuses d'aujourd'hui. Pour ces femmes, il n’existe pas de conception unique de la « famille idéale » : les priorités et choix de vie varient beaucoup. Les modèles dominants de la « mère parfaite » et de la « femme de carrière émancipée » pèsent cependant sur leurs épaules et leur font parfois douter de leurs aspirations.

Par ailleurs, il semble également que les décisions prises en matière de recomposition familiale sont perçues comme partagées équitablement dans le couple (Crosbie-Burnett et Giles-Sims, 1991; Pyke et Coltrane, 1996), principalement parce que les femmes recherchent plus de pouvoir dans leurs secondes unions que dans leurs premières (Pyke et Coltrane, 1996). Quant aux hommes, leur rôle dans la famille selon le modèle traditionnel a été celui du pourvoyeur (Coleman, Ganong et Warzinik, 2007; Townsend, 2002), plus particulièrement dans les siècles antérieurs où le monde du travail et le monde de la famille étaient davantage divisés. Beaucoup de gens croient encore que les beaux-pères devraient assumer la responsabilité financière de la famille, y compris les dépenses en lien avec les beaux-enfants (Ganong et Coleman, 1995; Ganong, Coleman et Mistina, 1995). La plupart des beaux-pères assument ce rôle de pourvoyeur à des degrés variés (Hans et Coleman, 2009; Manning et Smock, 2000). Par exemple, la plupart sont disposés à soutenir financièrement les enfants qui vivent avec eux. Il semble que certaines femmes ayant un faible revenu recherchent des partenaires qui agiront adéquatement avec leurs enfants et qui seront prêts à les soutenir financièrement (Golub et Reid, 2015).

Bien que des rôles de genre tels que ceux-ci soient omniprésents et façonnent la dynamique de nombreuses familles, ils peuvent également contraindre et produire des attentes irréalistes face aux réalités de l'éducation des enfants et de la gestion du ménage. En effet, l’une des fonctions des rôles de genre est d’établir une norme et un guide selon lequel les individus s’évaluent. Or, lorsque ces attentes ne sont pas satisfaites, les individus peuvent vivre de la détresse de performance (Higgins, 1987). Par exemple, une adhésion rigide aux

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rôles de genre peut mener à une qualité de l’expérience conjugale plus insatisfaisante et un plus faible sentiment de bien-être (Helms, Walls, Crouter et McHale, 2010; Knudson‐Martin, 2013). Dans le contexte de la famille recomposée, bien qu’autant les parents que les beaux-parents puissent vivre des situations qui s’écartent de leurs attentes et valeurs traditionnelles familiales, les derniers peuvent y être confrontés plus souvent et de manière plus intense, due à la nature non traditionnelle de leur rôle parental. À titre d’exemple, ceux-ci sont souvent considérés comme moins légitimes que les parents biologiques et menaçants à la relation envers les parents non gardiens (Shapiro et Stewart, 2012; Sweeney, 2010).

La grande majorité́ (89 %) des jeunes qui vivaient seulement avec leur mère au moment de la séparation (avec des contacts variables avec leur père) vivaient toujours seulement avec elle à 17 ans, tandis que seulement 42 % des jeunes qui vivaient seulement avec leur père au moment de la séparation se trouvaient toujours dans cette situation à 17 ans (Desrosiers et Tétrault, 2018). Dans le cas de jeunes qui partageaient leur temps d’habitation entre leurs deux parents (qu’il s’agisse d’un partage égal ou non), seulement environ le quart d’entre eux connaissaient toujours cet arrangement à 17 ans. En fait, une majorité des jeunes qui vivaient en alternance chez leurs deux parents (60 %), qu’il s’agisse d’un partage égal ou non, vivaient seulement avec leur mère à 17 ans (Desrosiers et Tétrault, 2018). Ces données vont dans le sens d’autres études qui indiquent que la garde physique conjointe se transforme souvent en garde exclusive maternelle au fil du temps.

De façon plus spécifique, sur le plan empirique et théorique, il semble exister une différence dans le vécu des hommes et des femmes dans leurs expériences de recomposition familiale (Schrodt, 2008; Shapiro, 2014). D’abord, les auteurs sont d’accord pour dire que l’adaptation à une nouvelle structure de famille peut être stressante pour tous les membres de la famille qui doivent renégocier leur rôle et leur position dans la famille (Ganong et Coleman, 2017; Sweeney, 2010). Or, certaines études (Nielsen, 1999; Shapiro, 2014; Shapiro et Stewart, 2011) soulèvent que les belles-mères sont plus vulnérables face à ce stress lié à la recomposition et à la beau-parentalité que les autres groupes à risque comme les mères biologiques, les beaux-pères ou les parents d’enfants ayant des problèmes de comportement.

Références

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