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Les déterminants de l'implication paternelle durant la petite enfance : une approche multifactorielle et multidimensionnelle

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Academic year: 2021

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Les déterminants de l'implication paternelle durant la

petite enfance : une approche multifactorielle et

multidimensionnelle

Mémoire doctoral

Catherine Levesque

Doctorat en psychologie

Docteure en psychologie (D. Psy.)

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Les déterminants de l’implication paternelle durant la

petite enfance : une approche multifactorielle et

multidimensionnelle

Mémoire doctoral

Catherine Levesque

Sous la direction de :

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Résumé

Un nombre croissant d’études démontrent que l’implication du père est bénéfique pour le développement de l’enfant. Ainsi, il s’avère pertinent d’identifier les facteurs qui favorisent ou entravent celle-ci. Cette étude utilise une approche multifactorielle et multidimensionnelle pour approfondir la compréhension des facteurs associés à l’implication paternelle durant la petite enfance. Différents facteurs individuels (santé psychologique, stress parental et sentiment de compétence), propres à l’enfant (sexe et niveau de difficulté perçu), à la mère ou à l’environnement familial (qualité de la relation conjugale, alliance parentale, attitudes et croyances de la mère à l’égard du rôle paternel et soutien offert au père) ont été examinés en relation avec différentes dimensions de l’implication paternelle : engagement dans les soins et les jeux, accessibilité et responsabilité. L’implication paternelle a été mesurée auprès de 84 pères d’enfants âgés de 6 mois à l’aide d’un journal de bord temporel, tandis que les prédicteurs ont été mesurés à l’aide de questionnaires complétés par les pères et leur conjointe. Les résultats suggèrent que les pères sont plus accessibles lorsqu’ils ont une fille et lorsqu’ils se sentent plus efficaces dans leur rôle parental. Les pères s’engageraient davantage dans les jeux lorsqu’ils perçoivent leur enfant comme moins difficile. Par ailleurs, plus ils se sentent soutenus par la mère dans leur rôle parental et moins celle-ci adhère à des croyances de type sentinelle, plus ils s’engagent dans les soins. Ces résultats amènent une meilleure compréhension des facteurs associés aux différentes facettes de l’implication des pères. Cela permettra ultimement de mieux orienter les interventions visant à promouvoir l’implication paternelle.

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Table des matières

Résumé ... iii

Table des matières ... iv

Liste des tableaux ... v

Remerciements ... vi

Introduction ... 1

Bénéfices de l’implication paternelle ... 2

L’implication paternelle : un construit multidimensionnel ... 3

Différentes façons de mesurer l’implication paternelle ... 6

Les déterminants de l’implication paternelle ... 9

Perspective multifactorielle et multidimensionnelle de l’implication paternelle ... 15

Objectifs ... 17 Chapitre 1 : Méthodologie ... 18 Recrutement ... 18 Participants ... 18 Mesures ... 19 Procédure ... 26 Plan d’analyse ... 27 Chapitre 2 : Résultats ... 28 Analyses descriptives ... 28

Analyses corrélationnelles préliminaires ... 29

Analyses de régression visant à prédire l’implication paternelle ... 31

Chapitre 3 : Discussion ... 34

Interprétation des résultats ... 34

Récapitulatif ... 40

Limites de l’étude ... 41

Forces de l’étude ... 42

Recherches futures ... 43

Implications sur le plan clinique ... 45

Conclusion ... 48

Bibliographie ... 49

Annexe A : Agenda d’activités ... 66

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Liste des tableaux

Tableau 1 - Statistiques descriptives ... 60 Tableau 2 - Corrélations entre les dimensions de l’implication paternelle et les variables sociodémographiques ... 61 Tableau 3 - Corrélations entre les déterminants de l’implication paternelle ... 62 Tableau 4 - Corrélations entre les déterminants et les dimensions de l’implication paternelle ... 63 Tableau 5 - Analyses de régression permettant de prédire le temps total d’implication et la proportion de temps total d’implication du père en dehors des heures de travail ... 64 Tableau 6 – Analyses de régression permettant de prédire les différentes dimensions de l’implication paternelle ... 65

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Remerciements

Ce mémoire représente l’accomplissement de mon parcours doctoral et je souhaite remercier sincèrement toutes les personnes significatives qui ont contribué de près ou de loin à sa réalisation, en commençant par ma directrice de recherche Madame Célia Matte-Gagné. Je la remercie pour son expertise, sa grande générosité, sa patience, sa disponibilité, son efficacité et son souci des détails qui m’ont énormément aidée au cours des dernières années, autant sur le plan professionnel que personnel. Je me considère extrêmement choyée d’avoir pu évoluer sous la supervision d’une professeure aussi passionnée qui sait reconnaître et maximiser le potentiel de ses étudiants. Je n’aurais pu demander un meilleur encadrement que celui que j’ai reçu. Je lui suis infiniment reconnaissante de m’avoir fait confiance et de m’avoir offert une place au sein de son laboratoire. Ce fut un véritable privilège de travailler avec une directrice de recherche de cette qualité.

Je souhaite également remercier Madame Tamarha Pierce, membre de mon comité d’encadrement, pour ses suggestions et ses précieux conseils qui ont grandement nourri ma réflexion et contribué à améliorer la qualité de mon travail.

Mes remerciements vont ensuite à mes collègues du laboratoire Parenfant. Merci à tous ceux qui ont pris part à la collecte des données utilisées dans ce mémoire en administrant à maintes reprises les fameuses entrevues de l’Agenda d’activités. Alexane, merci pour le précieux travail réalisé au niveau des syntaxes de cet outil de mesure. À tous mes collègues, merci pour votre présence et vos commentaires lors de mes pratiques de séminaire ainsi que pour votre soutien moral et vos encouragements à divers moments au cours de ces quatre dernières années. Ce fut un plaisir pour moi de vous côtoyer et de partager avec vous de beaux moments au laboratoire, lors des visites à domicile, des congrès, des réunions ou des dîners de labo.

Je tiens à remercier sincèrement les familles et plus particulièrement les papas, qui ont participé au projet de recherche. Sans eux la réalisation de ce mémoire n’aurait pas été possible. Je les remercie d’avoir accepté de nous consacrer de leur temps malgré leurs

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obligations familiales et professionnelles. De par leur générosité, ils ont contribué à l’avancement des connaissances sur l’implication paternelle.

Je souhaite remercier chaleureusement tous les membres de ma famille pour leur encouragement. Un énorme merci à mes parents, Marc-André et Josée, pour leur présence rassurante, leur soutien émotionnel, financier et souvent alimentaire tout au long de mon parcours. Merci de toujours croire en moi et de m’amener à donner le meilleur de moi-même. Je suis extrêmement reconnaissance pour tout ce que vous avez fait pour moi.

Mes remerciements vont également à mes merveilleuses amies, Marie-Christine, Alexandra, Sarah, Catherine (et toutes nos crèmes glacées dégustées suite à la réussite (ou pas) de mes objectifs de rédaction), Jessica, Léona et j’en passe, ainsi qu’à mon ami Michel. Merci pour les fous rires et les moments de qualité que nous avons partagés. Ce parcours n’aurait pas été le même sans votre soutien, votre écoute et votre présence à mes côtés.

En terminant, j’aimerais remercier le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) et les Fonds de Recherche du Québec – Société et Culture (FRQSC) pour leurs généreuses bourses tout au long de mes études doctorales.

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Introduction

Au cours des dernières décennies, la société québécoise fut marquée de plusieurs changements sociaux qui ont transformé le contexte dans lequel les familles évoluent. L’entrée massive des femmes sur le marché du travail, le mouvement féministe des années 70, la création des congés parentaux dédiés aux pères et les nouvelles politiques visant l’égalité entre les sexes ont mené à une réorganisation des structures familiales et à de nouvelles attentes sociales envers le rôle des pères et des mères (Cabrera, Tamis-LeMonda, Lamb, & Boller, 1999; Dubeau, Devault, Forget, & Bizot, 2009; Saint-Laurent, Étienne, & Badacsonyi, 2011; Schoppe-Sullivan, McBride, & Ho, 2004; Pleck, 1997). Comparativement aux années précédentes, les femmes accordent maintenant davantage d’importance à leur carrière et les pères s’impliquent davantage dans les soins de leurs enfants. Depuis 1986, l’écart entre l’implication des deux parents va en diminuant (Institut de la statistique du Québec, 2009; Pleck & Masciadrelli, 2004) et il y a une distribution plus égalitaire des responsabilités entre les parents (Fuligni & Brooks-Gunn, 2004). Ces changements ont suscité l’intérêt des chercheurs de plusieurs disciplines qui se sont notamment penchés sur le rôle des pères sur le développement de l’enfant (Brown, McBride, Bost, & Shin, 2011; Lamb, 2000, 2010; Wall & Arnold, 2007). Bien que plus récentes et moins nombreuses que les études réalisées auprès des mères, les études portant sur les pères soulignent le rôle important qu’ils jouent dans le développement socioaffectif (Lindsey, Cremeens, & Caldera, 2010; Stevenson & Crnic, 2013; Cabrera, Volling, & Barr, 2018; Keown, Franke, & Kaur, 2018) et cognitif de l’enfant (Tamis-LeMonda, Baumwell, & Cabrera, 2013; Rollè et al., 2019). Ainsi, il s’avère pertinent de promouvoir l’implication des pères auprès de leurs enfants par le biais d’interventions et de politiques sociales adéquates. L’élaboration de celles-ci passe par une meilleure compréhension des facteurs qui favorisent l’implication des pères.

Plusieurs facteurs susceptibles d’influencer l’implication des pères ont été identifiés dans la littérature (Cabrera, Fitzgerald, Bradley, & Roggman, 2007; Lamb, 1997; Ross-Plourde, Pierce, & Montigny, 2017). Or, ces nombreux facteurs ne semblent pas avoir été examinés au sein d’une même étude afin de déterminer leurs contributions uniques et combinées. Il est donc difficile de savoir sur lesquels il faudrait intervenir prioritairement

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pour favoriser l’implication des pères auprès de leurs enfants. L’objectif principal de ce mémoire est de dresser un portrait des déterminants de l’implication paternelle en utilisant une approche multifactorielle qui tient compte de plusieurs facteurs individuels (santé psychologique, stress parental et sentiment de compétence parentale), propres à l’enfant (sexe et niveau de difficulté perçu), à la mère et à l’environnement familial (qualité de la relation conjugale, alliance parentale, attitudes et croyances de la mère de type sentinelle à l’égard du rôle paternel et soutien maternel au rôle du père).

Bénéfices de l’implication paternelle

Dans la littérature, plusieurs chercheurs se sont penchés sur les répercussions de la quantité d’implication paternelle sur le développement des enfants (Adamsons & Johnson, 2013; Biller, 1993; Kim & Hill, 2015; Le Camus & Frascarolo, 2003; McWayne, Downer, Campos, & Harris, 2013; Sarkadi, Kristiansson, Oberklaid, & Bremberg, 2008). Chez le nourrisson, l’implication du père telle que mesurée par la quantité de temps que le père rapporte avoir passé avec son enfant par jour ou par semaine est notamment associée à la sécurité d’attachement (Biller, 1993; Cox, Owen, Henderson, & Margand, 1992; Lewis & Lamb, 2003), à la capacité de résilience face à des situations stressantes (Kotelchuck, 1976), à la propension de l’enfant à explorer son environnement (Biller, 1993) et à sa capacité de régulation émotionnelle (Easterbrooks & Goldberg, 1984). Les enfants de 12 à 14 mois, dont les pères s’impliquent plus fréquemment dans les activités de soins à chaque jour seraient aussi plus sociables (Frascarolo, 2004). Chez les enfants d’âge préscolaire et scolaire, une plus grande fréquence d’implication paternelle dans les jeux, les soins ou les activités de l’enfant, telle que rapportée par les pères eux-mêmes ou par les enfants, est associée à moins de symptômes psychologiques ou de problèmes de comportements externalisés et internalisés (Flouri, 2005; Flouri & Buchanan, 2003a; Harris, Fustenberg, & Marmer, 1998; Jia, Kotila, & Schoppe-Sullivan, 2012).

L’implication paternelle favoriserait également le développement cognitif de l’enfant et son adaptation scolaire (Kim & Hill, 2015; McWayne et al., 2013). Des études longitudinales et des données méta-analytiques (McWayne et al., 2013) démontrent

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notamment que les enfants d’âge préscolaire dont les pères se perçoivent ou sont perçus par la mère comme étant plus fréquemment impliqués dans les jeux et les soins ont de meilleures habiletés intellectuelles ou cognitives générales (Bronte-Tinkew, Carrano, Horowitz, & Kinukawa, 2008; Easterbrooks & Goldberg, 1984; Nugent, 1991; Yogman, Kindlon, & Earls, 1995). Cano, Perales et Baxter (2018) observent également que plus les pères s’impliquent en termes de temps par semaine plus les enfants d’âge préscolaire ont de bonnes habiletés cognitives générales. Des données méta-analytiques démontrent aussi que les enfants d’âge scolaire qui ont un père plus fréquemment impliqué dans les activités parentales ou scolaires ont de meilleurs résultats scolaires (Kim & Hill, 2015). Les enfants dont le père rapporte avoir été plus fréquemment impliqué dans les jeux à l’âge de 4 ans auraient aussi de meilleures compétences sociales à l’école (Jia et al., 2012).

En bref, plusieurs études démontrent que la quantité d’implication du père est bénéfique pour le développement de l’enfant (pour des recensions des écrits voir, Sarkadi et al., 2008 ou Wilson & Prior, 2011). Ainsi, il s’avère pertinent d’identifier les facteurs qui favorisent celle-ci. Plusieurs études se sont penchées sur les déterminants de l’implication paternelle. Il est toutefois difficile d’établir un consensus sur la base des études réalisées en raison des divergences méthodologiques qui les caractérisent. La conceptualisation de l’implication paternelle varie d’une étude à l’autre de même que les instruments utilisés pour la mesurer. Selon certains auteurs, les divergences méthodologiques qui caractérisent les études sur l’implication paternelle reflètent la difficulté des chercheurs à rendre compte de la complexité de ce construit multidimensionnel (Roggman, Fitzgerald, Bradley, & Raikes, 2002).

L’implication paternelle : un construit multidimensionnel

Dans la littérature, il n’y a pas de consensus quant à la définition de l’implication paternelle et à la meilleure façon de la mesurer. Selon Palm (1993), un père impliqué est un homme qui s’engage de façon quotidienne dans les responsabilités associées à l’éducation de son enfant et qui accorde de la valeur à ces activités. Or, selon d’autres auteurs, l’implication paternelle serait un construit beaucoup plus complexe qui comporterait plusieurs dimensions

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affectives et cognitives qui peuvent être observables par le biais des comportements « directs » du père en présence de son enfant, mais qui peuvent aussi être plus implicites, telles que le soutien financier ou le soutien que le père offre à la mère (Hawkins & Palkovitz, 1999; Lamb, 2000). Bien que plus récente que la littérature scientifique portant sur les mères, celle sur les pères a beaucoup évolué durant les dernières décennies.

Avant les années 1970, la littérature portant sur le rôle des pères présentait une vision essentiellement dichotomique de l’implication paternelle : le père était considéré comme étant soit présent, soit absent de la vie de l’enfant (Schoppe-Sullivan et al., 2004). Les chercheurs comparaient ainsi le développement d’enfants qui avaient un père présent dans leur vie au développement d’enfants dont le père était absent (Lamb, 2000). Les résultats de ces études et des données méta-analytiques (Adamsons & Johnson, 2013) suggèrent que les enfants qui ont un père absent (non-résident) sont plus à risque de développer une psychopathologie ou d’adopter des comportements délinquants (Adamsons & Johnson, 2013; Biller, 1970; Crumley & Blumenthal, 1973; Dumont & Paquette 2008), d’avoir des problèmes d’adaptation scolaire, émotionnelle ou psychosociale et de manifester une variété de symptômes internalisés et externalisés (Biller, 1974, 1993; Hetherington & Stanley-Hagan, 1997; Kelly, 2000; Painter & Levine, 2000). Ces études ont permis d’appuyer indirectement le rôle du père dans le développement de l’enfant, mais elles ont aussi amené une prise de conscience importante concernant le manque de connaissance sur la façon dont le père influence le développement de l’enfant.

Le domaine a ensuite dépassé une vision simpliste et polarisée de l’implication des pères pour adopter une vision tenant plus compte des différentes formes que l’implication paternelle peut prendre. Les chercheurs se sont alors intéressés à la nature et l’intensité de l’implication des pères (Hawkins et al., 2002). Ces études ont permis de souligner l’augmentation de l’intensité de l’implication paternelle durant les dernières décennies (que ce soit chez les pères résidents ou non-résidents) (Hofferth, Pleck, Stueve, Bianchi, & Sayer, 2002) et de confirmer le rôle important de l’implication paternelle dans le développement de l’enfant (Sarkadi et al., 2008; Wilson & Prior, 2011). Elles ont aussi permis de souligner que l’implication paternelle est un construit multidimensionnel qui peut prendre différentes

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formes et qu’il est important d’en tenir compte lorsque l’on se penche sur ce construit, ses antécédents ou ses conséquences. L’adoption de modèles de mesure multidimensionnels est devenue alors plus fréquente dans la littérature.

Le modèle de l’implication paternelle de Lamb, Pleck, Charnov et Levine (1987) est l’un des premiers modèles multidimensionnels de l’implication paternelle et il est encore aujourd’hui l’un des plus influents (Charles et al., 2018; Slaughter, 2018). Selon Lamb et ses collaborateurs (1987), l’implication paternelle comporte trois dimensions : l’engagement, l’accessibilité et la responsabilité. La première dimension réfère au temps que le père passe en contact direct avec l’enfant. Un contact direct peut se manifester par le fait de donner des soins à l’enfant, de jouer avec lui ou de faire une activité. L’accessibilité reflète la disponibilité potentielle du père à être en interaction avec son enfant, le père étant disponible, mais pas en interaction directe avec l’enfant. Cela peut se manifester par le fait de cuisiner pendant que son enfant joue à proximité. La dimension de responsabilité correspond au fait de prendre en charge le bien-être de son enfant, en s’assurant que quelqu’un prend soin de lui et que toutes les ressources nécessaires pour répondre à ses besoins sont disponibles. Cela peut se manifester par le fait de choisir un milieu de garde, de prendre rendez-vous chez le médecin ou d’acheter des vêtements et de la nourriture pour l’enfant. Dans ce mémoire, l’implication paternelle sera évaluée en tenant compte des trois dimensions de l’implication paternelle proposées par Lamb et ses collaborateurs (1987) : l’accessibilité (la quantité de temps que le père est disponible pour son enfant et présent dans la même pièce que lui, mais sans interagir directement avec lui), la responsabilité (la quantité de temps que le père fait des choses pour son enfant sans être directement en sa présence) et l’engagement (la quantité de temps que le père passe à donner des soins, à jouer ou faire une activité avec son enfant).

La conceptualisation de la dimension de l’implication paternelle que Lamb et ses collaborateurs (1987) nomment « engagement » a beaucoup évolué à travers le temps. Les progrès dans la recherche sur les pères ont mené les auteurs à nuancer leur vision de cette dimension de l’implication paternelle, en ne la voyant plus seulement comme un tout, mais également comme une partie de l’implication décomposable en différents types d’interactions et d’activités (Pleck, 2010). Ainsi, dans ce mémoire, la dimension «

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engagement » de l’implication paternelle sera décomposée en termes de soins (p. ex., donner à boire ou changer la couche) et d’activités agréables (p. ex., jouer, donner de l’affection ou faire une activité agréable, comme lire une histoire). Selon certains auteurs, ces différentes dimensions de l’implication paternelle pourraient être prédites par des facteurs différents (Brown et al., 2011). En les distinguant, cette étude permettra d’identifier les facteurs associés à chacune d’elles.

Différentes façons de mesurer l’implication paternelle

La synthèse des études sur l’implication paternelle et ses déterminants est difficile en raison de la diversité des définitions de ce construit, mais aussi des différentes méthodologies utilisées pour le mesurer (Turcotte, Dubeau, Bolté, & Paquette, 2001). En effet, les chercheurs ont dû faire face au défi de capter la nature multidimensionnelle de l’implication paternelle en développant des outils valides et fiables, tout en s’assurant qu’ils ne soient pas trop laborieux, couteux ou contraignants pour les chercheurs ou les participants (Day & Lamb, 2004; Hawkins et al., 2002; Marsiglio, Day, & Lamb, 2000; Parke, 2002; Roggman et al., 2002). Différents outils de mesure ont été élaborés et utilisés dans la littérature pour quantifier l’implication des pères (Schoppe-Sullivan et al., 2004) : (1) les questions directes d’estimation (direct question estimate), (2) les échelles de fréquence (Wical & Doherty, 2005) et (3) les journaux de bord temporels (time diaries) (Wical & Doherty, 2005). La première méthode consiste à demander au parent lui-même ou à son partenaire d’estimer le nombre d’heures qu’il passe avec l’enfant par semaine ou par jour. Cette méthode est de moins en moins utilisée, car elle entraînerait fréquemment des estimations qui dépassent le nombre d’heures disponibles dans une semaine (Raley, Bianchi, & Wang, 2012). Par ailleurs, cette mesure ne tient pas compte de la nature de l’implication paternelle et des différentes formes que celle-ci peut prendre (Pleck, 2010). Les deux dernières méthodes sont donc les plus fréquemment utilisées dans la littérature pour mesurer l’implication paternelle telle que définie par Lamb et ses collaborateurs (1987; Dubeau et al., 2009).

Dans le cadre des questionnaires de fréquence, sur une échelle de réponse de type Likert allant généralement de « Jamais » à « Chaque jour », le parent doit indiquer à quelle

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fréquence il effectue chacune des activités parentales décrites (Wical & Doherty, 2005). Les questionnaires de fréquence sont concis, rapides, simples et peu couteux à administrer, c’est pourquoi ils tendent à être plus souvent utilisés dans la littérature (Kan & Pudney, 2008; Pleck, 2010; Schoppe-Sullivan et al., 2004). Ils sont toutefois sujets aux biais de perception et de désirabilité sociale qui peuvent entraîner des sous-estimations ou des surestimations de l’implication paternelle (Ahrons, 1983; Bernaud, 2014; Wical & Doherty, 2005). Des études démontrent d’ailleurs des divergences dans les perceptions que les mères et les pères ont du degré d’implication des pères tel que mesuré à l’aide du même questionnaire de fréquence (Dubeau et al., 2009). De plus, l’utilisation d’une liste d’activités prédéterminées à l’avance par le chercheur présente un risque de sous-estimation de l’implication paternelle, car cette liste pourrait ne pas couvrir l’ensemble des activités auxquelles le père participe au quotidien (Pentland, Harvey, Lawton, & McColl, 1999; Robinson, 2002). D’autre part, ce type d’outil ne tient pas compte du temps que le père passe avec son enfant, mais plutôt de la fréquence à laquelle il participe à différentes activités parentales. Ainsi, un père qui joue avec son enfant chaque jour pendant seulement cinq minutes obtient le même score de fréquence d’implication que le père qui joue chaque jour avec son enfant pendant plus d’une heure. Certains auteurs suggèrent de se tourner vers les journaux de bord temporels pour quantifier de façon plus juste l’implication des pères auprès de leurs enfants au quotidien (Wical & Doherty, 2005).

Les journaux de bord temporels prennent la forme de grilles horaires que le père complète seul ou avec l’aide d’un expérimentateur lors d’une entrevue semi-structurée (Wical & Doherty, 2005). Dans le journal de bord, les pères doivent rapporter en temps réel ou rétrospectivement, pour chaque période de 10, 15 ou 30 minutes, les activités effectuées avec ou pour l’enfant durant une période de temps généralement établie à une journée ou deux (Marini & Shelton, 1993; Pleck, 2010). Cette structure de collecte de données permet d’éviter que le répondant déclare un nombre invraisemblable de temps tout en couvrant un plus large éventail d’activités que les questionnaires de fréquence puisque le répondant n’est pas limité à un certain nombre d’activités prédéterminées (Harvey & Pentland, 2002 ; Pentland et al., 1999). Cette méthode n’est pas à l’abri d’un biais de désirabilité sociale, mais les études ont montré à plusieurs reprises les mérites des journaux de bord temporels pour

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étudier des comportements qui surviennent quotidiennement, comparativement aux questions d’estimation moyenne ou aux questionnaires de fréquence (Raley et al., 2012; Robinson & Godbey, 1999). Les journaux de bord seraient l’une des méthodologies les plus efficaces, fiables et valides actuellement disponibles pour mesurer l’utilisation du temps (Raley et al., 2012; Robinson & Godbey, 1999), mais comme ils sont plus couteux et laborieux, ils sont moins fréquemment utilisés dans la littérature sur l’implication paternelle et ses déterminants (Pleck, 2010).

Par ailleurs, bien que certaines études qui examinent les déterminants de l’implication paternelle utilisent des journaux de bord temporels, la majorité d’entre elles ne s’intéressent qu’aux prédicteurs du nombre total d’heures passées avec l’enfant sans départager le temps passé à faire des activités de différentes natures telles que jouer avec l’enfant versus prendre soins de lui (Pleck, 2010). De plus, les études ayant recours aux journaux de bord collectent généralement l’information seulement pour une période d’une ou deux journées (un jour de travail et un jour de congé; Kan & Pudney, 2008; Marini & Shelton, 1993; Pleck, 2010), ce qui ne permet pas de tenir compte de la fluctuation possible dans le degré d’implication paternelle sur de plus longues périodes de temps (Pleck, 2010). Un journal de bord temporel couvrant une période d’une semaine (sept jours) et tenant compte du temps que le père passe à faire des activités de différentes natures (engagement dans les soins ou les activités agréables, temps d’accessibilité ou de responsabilité) sera utilisé dans ce mémoire pour mesurer le degré d’implication temporelle du père et permettra de prendre davantage en compte la variabilité possible dans l’horaire du père d’une journée à l’autre et la nature des activités effectuées par le père avec l’enfant. D’autre part, la proportion de temps « libre » en dehors du travail que le père consacre à son enfant sera également prise en compte afin de mieux comprendre ce qui amène les pères à s’impliquer dans la vie de leur enfant en dehors de leur travail (les horaires de travail des pères étant très variables, il apparaît pertinent d’en tenir compte). L’objectif étant de mieux identifier les facteurs qui expliquent qu’un père consacre une plus grande partie de son temps libre (en dehors du travail) à son enfant.

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Les déterminants de l’implication paternelle

Selon le modèle sociocontextuel des déterminants des pratiques parentales élaboré par Belsky (1984; Belsky & Jaffee, 2006), les comportements parentaux sont déterminés par une panoplie de facteurs propres à l’enfant, à l’environnement et au parent. Ce modèle théorique souligne la pertinence de considérer autant les caractéristiques propres à l’enfant, à l’environnement familial et au parent lorsque l’on tente de comprendre ce qui amène un parent à s’impliquer ou non dans la vie de son enfant. Dans la littérature, plusieurs facteurs ont été examinés en relation avec l’implication des pères et ses multiples dimensions. Ce mémoire propose d’utiliser une approche multifactorielle tenant compte de plusieurs déterminants documentés dans la littérature, soit la santé psychologique du père, son niveau de stress parental, son sentiment de compétence, le sexe et le degré de difficulté perçu de l’enfant, la qualité de la relation conjugale, l’alliance parentale, les attitudes et croyances de la mère de type sentinelle à l’égard du rôle paternel et le soutien maternel au rôle du père.

Santé psychologique. La paternité confronte les hommes à un ensemble

d'ajustements et de défis qui peuvent entraîner chez eux des difficultés sur le plan psychologique qui, à leur tour, peuvent influencer négativement leur implication au sein de la vie familiale (Bronte-Tinkew, Moore, Matthews, & Carrano, 2007). Les études démontrent que les pères qui rapportent plus de symptômes dépressifs ou d’anxiété ou de fatigue seraient moins impliqués, en termes de fréquence, dans les jeux quotidiens ou hebdomadaires avec leur enfant d’âge préscolaire (Bronte-Tinkew et al., 2007; Giallo, Treyvaud, Cooklin, & Wade, 2013), mais ne seraient pas nécessairement moins impliqués dans les soins quotidiens (Roggman, Benson, & Boyce, 1999). Planalp et Braungart-Rieker (2016) suggèrent que le dysfonctionnement psychologique causé par la dépression n’affecterait pas les comportements parentaux considérés comme nécessaires à l’enfant, mais uniquement ceux plus optionnels, comme les jeux ou les activités agréables, d’où la pertinence de distinguer l’implication dans les soins et l’implication dans les activités ludiques et agréables.

Stress parental. Le stress résultant du rôle parental est un autre facteur identifié dans

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collaborateurs (2013) ont observé que le stress parental est associé à une réduction de la fréquence d’implication paternelle dans les activités parentales quotidiennes durant l’âge préscolaire. Un haut niveau de stress chez le père serait également associé à une moins grande fréquence d’implication dans les activités parentales quotidiennes lorsque les enfants sont âgés entre 3 et 6 ans (Halme, Tarkaa, Nummi, & Åstedt-Kurki, 2006). D’autres auteurs n’ont toutefois pas observé de relations significatives entre le stress parental et la fréquence d’implication paternelle quotidienne dans les soins (Kwok & Li, 2015) ou entre le stress parental et la durée temporelle d’implication paternelle dans les activités de soins et le niveau d’accessibilité (McBride & Mills, 1993) auprès d’enfants d’âge préscolaire. Étant donné ces résultats divergents, il est important de poursuivre les études dans le domaine.

Sentiment de compétence parentale. Dans la littérature scientifique, le sentiment de

compétence parentale serait un déterminant important de la motivation des pères à s’impliquer auprès de leurs enfants (Turcotte et al., 2001). Les études suggèrent notamment que lorsqu’un père a le sentiment d’avoir les compétences nécessaires pour s’occuper de son enfant (Beitel & Parke, 1998; McHale & Huston, 1984) ou qu’il se sent plus efficace dans son rôle parental (Tremblay & Pierce, 2011), il est plus susceptible de participer dans les soins donnés à l’enfant durant les premiers mois de vie. Il serait aussi plus fréquemment impliqué dans les activités parentales de soins et de jeux sur une base hebdomadaire durant la petite enfance (Beitel & Parke, 1998; McHale & Huston, 1984) et l’âge préscolaire (Sanderson & Thompson, 2002). Les résultats de l’étude de Giallo et ses collaborateurs (2013) démontrent également que moins les pères se sentent efficaces dans leur rôle parental et moins ils sont satisfaits de ce rôle, moins ils s’impliquent dans les jeux avec leurs enfants d’âge préscolaire. Dans la même lignée, les résultats de l’étude de Jacobs et Kelley (2006) indiquent que les pères qui se sentent moins efficaces dans le rôle parental s’impliquent moins fréquemment dans les soins et en termes d’accessibilité auprès de leurs enfants âgés entre 1 et 4 ans. Ces auteurs n’ont toutefois observé aucune association entre le sentiment de satisfaction des pères dans leur rôle parental et les différentes dimensions de l’implication paternelle.

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Caractéristiques de l’enfant. Certains auteurs ont étudié l’influence des

caractéristiques de l’enfant, notamment le sexe, le tempérament et les comportements de l’enfant, sur le degré d’implication paternelle. Selon Planalp et Braungart-Rieker (2016), les pères seraient plus à l’aise de prendre soin de leurs garçons que de leurs filles étant donné qu’ils sont du même sexe. C’est pourquoi ils s’impliqueraient davantage auprès de leurs fils en termes de fréquence par jour dans les soins et les jeux. Durant l’âge préscolaire, certaines études démontrent d’ailleurs que les pères passent plus de temps par jour avec leurs fils qu’avec leurs filles (Aldous, Mulligan, & Bjarnason, 1998; Biller, 1993; Lamb, 2000; Pleck, 1997). Or, d’autres études n’ont trouvé aucune différence en fonction du sexe de l’enfant, dans la fréquence ou la durée temporelle d’implication paternelle quotidienne dans les soins et les jeux lorsque l’enfant est âgé de 5 ans (Manlove & Vernon-Feagans, 2002; Marsiglio, 1991). La poursuite des études dans le domaine est donc importante pour mieux comprendre l’effet du sexe de l’enfant sur l’implication paternelle.

Par ailleurs, certains auteurs suggèrent que la motivation à s’impliquer ou passer du temps avec l’enfant diminue lorsqu’un parent perçoit son enfant comme ayant un tempérament difficile, irritable ou ayant des comportements perturbateurs (Mehall, Spinrad, Eisenberg, & Gaertner, 2009; Ross-Plourde, 2016). Les études ayant porté sur les liens entre la perception d’avoir un enfant difficile et l’implication paternelle ont toutefois obtenu des résultats divergents. Dans l’étude de Volling et Belsky (1992), la perception d’avoir un enfant difficile n’était pas associée à la fréquence d’implication paternelle dans les activités parentales quotidiennes durant les premiers mois de vie de l’enfant. En revanche, MeHall et ses collaborateurs (2009) suggèrent qu’il existe une association modeste entre la perception d’avoir un enfant difficile et la fréquence d’implication du père dans les activités parentales quotidiennes durant la petite enfance. Les pères seraient plus fréquemment impliqués auprès de leurs enfants lorsqu’ils les perçoivent comme étant plus faciles. Brown et ses collaborateurs (2011) observent une association positive similaire entre la durée d’implication temporelle du père, mesurée à l’aide d’un journal de bord, et le tempérament plus facile de l’enfant. Frodi et ses collaborateurs (1982) ont, quant à eux, observé que les pères s’impliquaient davantage, en termes de temps total par semaine, auprès de leurs fils lorsque ceux-ci présentaient un tempérament plus difficile à l’âge de 5 mois, tandis qu’ils

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s’impliquaient plus auprès de leurs filles perçues comme étant plus faciles au même âge. Manlove et Vernon-Feagans (2002) observent toutefois le contraire : les pères seraient plus disponibles, en nombre d’heures par jour, pour leurs fils de 12 mois lorsqu’ils les perçoivent comme étant plus faciles. D’autres études suggèrent que les pères seraient moins impliqués en termes de temps auprès de leurs filles à l’âge de 4 ans s’ils perçoivent qu’elles présentent un tempérament plus difficile, tandis qu’ils s’impliqueraient autant auprès de leurs fils perçus comme étant difficiles qu’auprès de leurs fils perçus comme plus faciles (McBride, Schoppe, &Rane, 2002). Étant donné que les résultats varient d’une étude à l’autre et que les caractéristiques de l’enfant ne semblent pas avoir été étudiées en relation avec toutes les dimensions de l’implication paternelle, il est nécessaire de poursuivre les études sur le sujet.

Qualité de la relation conjugale. La relation conjugale a suscité l’intérêt de plusieurs

auteurs qui ont essentiellement mis en lumière une association positive entre l’implication paternelle et la qualité de cette relation (Bouchard & Lee, 2000; Doherty, Kouneski, & Erickson, 1998; Kwok, Ling, Leung, & Li, 2013; Lee & Doherty, 2007; McBride & Mills, 1993; Mehall et al., 2009). Ces études démontrent notamment que plus les pères sont satisfaits de leur relation conjugale durant la période préscolaire, plus ils s’impliquent fréquemment dans les activités associées aux soins des enfants (Bouchard & Lee, 2000), plus ils passent de temps avec leurs enfants sur une base quotidienne (McBride & Mills, 1993) ou annuelle (Kwok et al., 2013). Mehall et ses collègues (2009) ont quant à eux observé que la satisfaction conjugale lorsque l’enfant est âgé de 7 mois prédisait la fréquence d’implication paternelle hebdomadaire dans les activités parentales sept mois plus tard. Ces résultats suggèrent qu’une relation conjugale de qualité renforcerait le désir du père de s’impliquer auprès de leur enfant (Aldous et al., 1998; Doherty et al., 1998; Jacobs & Kelley, 2006). D’autres études démontrent par ailleurs que les pères qui rapportent davantage de conflits avec leur conjointe sont moins fréquemment impliqués auprès de leurs enfants dans les activités de soins et de jeux durant la petite enfance (Cabrera, Hofferth, & Chae, 2011; Easterbrooks, Raskin, & McBrian, 2014). Selon Doherty et ses collaborateurs (1998), un père davantage satisfait de sa relation conjugale aura tendance à s’impliquer plus auprès de son enfant, non seulement pour remplir son rôle de parent, mais aussi pour montrer son amour et entretenir un bon partenariat avec sa conjointe.

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Alliance parentale. Comme les parents peuvent être insatisfaits de leur relation

conjugale, mais tout de même s’impliquer auprès de leur enfant (Abidin, 1992; McBride & Rane, 1998; Vandystadt, 2017), certains auteurs soulignent l’importance de s’intéresser aussi au degré d’alliance entre les parents dans l’éducation de l’enfant (Fagan, 2014; Futris & Schoppe-Sullivan, 2007; Kwok et al., 2013; Singley et al., 2018). Selon Vandystadt (2017), l’alliance parentale prédirait d’ailleurs plus fortement l’implication paternelle que la qualité de la relation conjugale. L’alliance parentale a été conceptualisée de plusieurs façons dans la littérature (Vandystadt, 2017). La définition la plus commune est toutefois celle d’Abidin (1992) qui la conçoit comme étant le degré de coopération et d’engagement entre les parents à l’égard de l’éducation de leur enfant (Abidin & Bruner, 1995). Ce construit s’apparente à celui de « coparentalité » tel que défini par Feinberg (2003) qui réfère à la façon dont les parents travaillent ensemble dans leur rôle parental sur la base de la division du travail parental, de la gestion des interactions familiales, de la gestion des différences sur les questions et les valeurs de l’éducation des enfants et du degré de soutien offert dans leur rôle. Dans ce mémoire, la définition d’Abidin (1992) a toutefois été retenue de même que la mesure conçue par ce même auteur : l’Inventaire d’Alliance Parentale (Abidin & Brunner, 1995).

De nombreuses études suggèrent que l’alliance parentale, telle que définie par Abidin (1992), est un prédicteur important de l’implication paternelle (Fagan, 2014; Futris,& Schoppe-Sullivan, 2007; Kwok & Li, 2015 ; Schoppe-Sullivan, Brown, Cannon, Mangelsdorf, & Sokolowski, 2008). Ces études suggèrent que plus les pères rapportent former une bonne alliance avec la mère de leur enfant plus ils s’impliquent fréquemment dans les activités parentales de soins et de jeux auprès de leur nourrisson au quotidien (Fagan, 2014; Sullivan et al., 2008) ou de leur enfant d’âge préscolaire (Futris & Schoppe-Sullivan, 2007; Kwok & Li, 2015). L’implication paternelle est aussi associée à la coparentalité. En effet, des auteurs observent que le niveau de coparentalité entre les parents est associé positivement à la fréquence d’implication hebdomadaire du père en termes d’accessibilité et de responsabilité lorsque l’enfant est âgé de 2 ans (Hohmann-Marriott, 2011) et à la fréquence d’implication quotidienne et hebdomadaire du père en termes

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d’engagement à l’âge de 12 mois (Pudasainee-Kapri & Razza, 2015) et de 48 mois (Fagan & Cabrera, 2012).

Attitudes et croyances de la mère à l’égard du rôle paternel. Selon certains

auteurs, les pères seraient sensibles à l’évaluation et aux perceptions de leur conjointe et ils se fieraient à leur rétroaction pour savoir comment ils doivent et peuvent s’impliquer auprès de leurs enfants (McBride & Rane, 1998). Certaines attitudes de la mère seraient d’ailleurs susceptibles d’inhiber la participation des pères dans les tâches parentales (Newland, Ciciolla, & Crnic, 2015; Ross-Plourde et al., 2017), notamment la propension des mères à endosser des croyances et des attitudes pouvant mener à un comportement plus contrôlant à l’égard du père (Allen & Hawkins, 1999; Beitel & Parke, 1998; Cannon, Schoppe-Sullivan, Mangelsdorf, Brown, & Sokolowski, 2008; Fagan & Barnett, 2003; Gaunt, 2006, 2008; Hofferth, 2003; Jacobs & Kelley, 2006; Schoppe-Sullivan et al., 2008; Trinder, 2008). Parmi ces croyances, la plus documentée est celle de « mère sentinelle » (Beitel & Parke, 1998; Bonapace, 2015; De Luccie, 1995; McBride & Rane, 1998; McHale & Huston, 1984; Palkovitz, 1984; Schoppe-Sullivan et al., 2008). Le concept de mère sentinelle comporte trois volets : 1) une résistance de la mère à partager les responsabilités familiales par l’établissement de standards rigides, 2) une conceptualisation traditionnelle des rôles des hommes et des femmes au sein de la famille, et 3) un désir, par la mère, de validation de son identité maternelle (Allen & Hawkins, 1999; McBride & Rane, 1998). Des études démontrent que lorsque leur conjointe a une attitude non stéréotypée en ce qui concerne la définition du rôle paternel et des rôles sexuels (Beitel & Parke, 1998; Bonapace, 2015; McHale & Huston, 1984; Palkovitz, 1984) et qu’elle valorise le rôle paternel (De Luccie, 1995; Palkovitz, 1984), les pères seraient plus susceptibles de s’impliquer auprès de leurs nourrissons et de leurs enfants d’âge préscolaire, en termes de fréquence et de pourcentage d’implication hebdomadaire dans les activités de soins et de jeux, tels que rapportés par les pères et les mères. De plus, des études ont observé que lorsque la mère désire voir son conjoint participer plus activement aux tâches reliées au soin des enfants (McHale & Huston, 1984) et qu’elle a une perception positive des compétences et de la motivation de son conjoint à y prendre part (Cowan & Cowan, 1987; McBride & Rane, 1998), les pères sont plus susceptibles de s’impliquer auprès de leurs enfants d’âge préscolaire en termes de fréquence et de temps

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d’implication hebdomadaire dans les activités de soins et de jeux. D’autres études démontrent toutefois que les attitudes et les croyances maternelles auraient peu d’effets sur le temps passé à jouer avec l’enfant entre l’âge de 3 et 5 mois, mais auraient un impact sur le temps passé à donner des soins lors de cette même période (Beitel & Parke, 1998). Cela souligne la pertinence de tenir compte de différentes dimensions de l’implication paternelle lorsque l’on tente d’identifier les prédicteurs de celle-ci.

Soutien de la mère à l’égard du rôle paternel. Des études soulignent aussi

l’importance de tenir compte du soutien offert par la mère lorsque l’on tente de comprendre les facteurs qui expliquent l’intensité de l’implication paternelle (Bouchard, Lee, Asgary, & Pelletier, 2007). Selon la théorie de l’autodétermination (Deci & Ryan, 2002), dans le cadre d’une activité, lorsque l’environnement social soutient la satisfaction des trois besoins psychologiques fondamentaux de l’individu, soit les besoins de compétence, d’autonomie et d’appartenance sociale, la motivation de cet individu à s’engager dans cette activité est plus grande. Les résultats de l’étude de Bouchard et ses collègues (2007) appuient cette affirmation théorique en démontrant que les pères qui perçoivent que leur conjointe soutient la satisfaction de leurs besoins psychologiques fondamentaux sont plus motivés de façon autodéterminée à s’impliquer auprès de leurs enfants ce qui se résulte en une fréquence plus élevée d’implication hebdomadaire dans les soins de l’enfant durant l’âge préscolaire. Les autres dimensions de l’implication paternelle n’ont toutefois pas été examinées en relation avec le soutien offert par la mère à l’égard du rôle paternel.

Perspective multifactorielle et multidimensionnelle de l’implication

paternelle

En somme, les recherches récentes sur les déterminants de l’implication paternelle font ressortir différents facteurs propres au père, à l’enfant, à la mère et à l’environnement familial qui sont susceptibles de favoriser ou d’entraver l’implication des pères dans la vie de leurs enfants. D’une part, les études consultées suggèrent qu’une moins bonne santé psychologique et de plus hauts niveaux de stress parental sont susceptibles de nuire à l’implication paternelle (Bronte-Tinkew et al., 2007; Giallo et al., 2013; Halme et al., 2006; Planalp &

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Braungart-Rieker, 2016). Il en est de même pour une moins bonne relation conjugale (Bouchard & Lee, 2000; Kwok et al., 2013; Lee & Doherty, 2007; McBride & Mills, 1993; Mehall et al., 2009) ou alliance parentale (Carlson, McLanahan, & Brooks-Gunn, 2008; Doherty et al., 1998; Fagan, 2014; Futris & Schoppe-Sullivan, 2007; Schoppe-Sullivan et al., 2008). Les recherches démontrent aussi que les attitudes et croyances négatives de la mère à l’égard du rôle paternel sont susceptibles d’amener le père à moins s’impliquer dans la vie de l’enfant (Beitel & Parke, 1998; Cowan & Cowan, 1987; De Luccie, 1995; McBride & Rane, 1998; McHale & Huston, 1984; Palkovitz, 1984). La recherche met également en évidence l’importance de se sentir compétent et soutenu dans son rôle de père (Beitel & Parke, 1998; Bouchard et al., 2007; Giallo et al., 2013; Jacobs & Kelley, 2006; McHale & Huston, 1984; Tremblay & Pierce, 2011). Bien que certains auteurs aient observé des liens entre certains de ces déterminants, notamment entre le stress parental, le sentiment de compétence, l’alliance parentale, la satisfaction conjugale et le soutien de la mère (Kwok & Li, 2015), aucune étude ne semble avoir inclus tous ces déterminants afin d’examiner leurs contributions uniques et combinées. D’autre part, la majorité des études se sont penchées sur une seule dimension de l’implication paternelle alors que ce construit est multidimensionnel. Ainsi, il est difficile de savoir si les déterminants recensés permettent de prédire plus d’une dimension de l’implication paternelle. L’utilisation d’une approche multifactorielle et multidimensionnelle est maintenant essentielle pour bien départager les influences de différents prédicteurs et mieux cibler les éléments sur lesquels il serait plus pertinent d’intervenir pour favoriser chaque dimension de l’implication paternelle.

Par ailleurs, la conceptualisation de l’implication paternelle varie d’une étude à l’autre, de même que les instruments utilisés pour la mesurer (Kim & Hill, 2015; Sarkadi et al., 2008; Schoppe-Sullivan et al., 2004). Cela rend difficile l’obtention d’un consensus permettant d’élaborer des politiques et des interventions efficaces pour améliorer l’implication paternelle en ciblant les facteurs associés. Dans la littérature, les auteurs utilisent de façon interchangeable des questionnaires de fréquence et des journaux de bord temporel pour mesurer l’implication paternelle. Malgré les biais associés à ce type d’outil, les questionnaires de fréquence sont plus populaires. Ainsi, les déterminants de la fréquence d’implication paternelle sont mieux documentés que ceux de la durée d’implication. Cette

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dernière serait toutefois bénéfique pour le développement de l’enfant (Sarkadi et al., 2008; Wilson & Prior, 2011). Par ailleurs, la durée et la fréquence représenteraient deux dimensions de l’implication paternelle qui pourraient ne pas être prédites par les mêmes facteurs (Turgeon, Paris-Blais, Martineau-Houde, Levesque, & Matte-Gagné, 2018). Il est donc difficile de généraliser « à la durée d’implication » les résultats des études ayant utilisé un questionnaire de fréquence. De plus, bien qu’ils soient moins fréquemment utilisés, les journaux de bord temporel permettraient d’obtenir une estimation plus précise du degré d’implication des pères au quotidien (Harvey & Pentland, 2002; Raley et al., 2012; Robinson & Godbey, 1999). Considérant le rôle que jouerait l’implication temporelle des pères dans le développement de l’enfant (Sarkadi et al., 2008; Wilson & Prior, 2011), il est important de mieux comprendre les facteurs susceptibles de la promouvoir. Ce mémoire propose donc d’examiner les facteurs associés à l’implication paternelle telle que mesurée par un journal de bord temporel permettant de documenter de façon précise et rigoureuse la durée d’implication du père dans les différentes activités parentales quotidiennes.

Objectifs

L’objectif premier de ce mémoire est d’examiner les associations entre plusieurs dimensions de l’implication paternelle mesurée à la petite enfance et différents facteurs identifiés dans la littérature comme étant des déterminants de l’implication paternelle, soit la santé psychologique, le stress parental, le sentiment d’efficacité et le sentiment de satisfaction à l’égard du rôle parental, le sexe de l’enfant, la perception d’avoir un enfant difficile, l’alliance parentale, la qualité de la relation conjugale, les attitudes et croyances maternelles de type sentinelle à l’égard du rôle paternel et le soutien offert par la mère au rôle paternel. Le second objectif consiste à examiner la contribution unique et partagée de ces différents facteurs, lorsqu’ils sont pris en compte simultanément, dans la prédiction des différentes dimensions de l’implication paternelle (en termes de nombre d’heures par semaine et de proportion de temps en dehors du travail), soit l’engagement dans les soins et les jeux, l’accessibilité et la responsabilité.

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Chapitre 1 : Méthodologie

Recrutement

Ce mémoire s’insère dans un plus vaste projet de recherche longitudinal portant sur le rôle du père dans le développement de l’enfant. Ce projet est approuvé par le comité d’éthique de la recherche de l’Université Laval (No. d’approbation 2015-174 A-1). Dans le cadre de ce projet, une demande a été effectuée auprès de la Commission d’accès à l’information afin de recevoir du Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité Sociale les coordonnées de pères inscrits au Régime Québécois d’Assurance Parentale ayant un enfant âgé entre 3 et 5 mois et demeurant dans la ville de Québec. Ces pères et leur conjointe ont été invités à participer à l’étude via une lettre envoyée à leur domicile contenant une brève description du déroulement et des objectifs de l’étude. Une semaine après l’expédition de la lettre, les parents ont été contactés par téléphone. Lors de cet appel, un membre de l’équipe décrivait le projet de recherche aux parents et répondait à leurs questions. Pour faire partie de l’étude, les parents devaient résider dans la région de Québec et être capables de s’exprimer en français. Si les pères acceptaient de participer avec leur conjointe, une rencontre à leur domicile était fixée lorsque l’enfant était âgé de 6 mois. Le formulaire de consentement était acheminé aux deux parents par courriel suite à l’appel téléphonique.

Participants

Le projet de recherche plus vaste dans lequel s’insère ce mémoire compte la participation de 104 familles biparentales intactes (père-mère-enfant) rencontrées à leur domicile lorsque les enfants (54 filles et 50 garçons) sont âgés de 6, 12 et 18 mois. Lors de la première rencontre qui fait l’objet de la présente étude, 98 pères étaient présents. Parmi ceux-ci, 84 ont complété tous les questionnaires administrés. L’échantillon de la présente étude est donc composé de 84 pères ayant un enfant âgé en moyenne de 6.82 mois (ET= 1.22, variant de 5 à 10 mois). Les pères étaient âgés entre 25 et 44 ans (M = 33 ans, ET = 4.2) lors de la première rencontre et les mères entre 22 et 40 ans (M = 31 ans, ET = 4.23). Au total,

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19% des pères et 16% des mères de l’échantillon sont nés ailleurs qu’au Canada. Pour 96% des familles, le français est la langue la plus souvent parlée à la maison. Quant au niveau d’éducation, les pères ont entre 9 et 27 années de scolarité (M = 17.02, ET = 3.36) et les mères ont entre 11 et 22 années de scolarité (M = 17.13, ET = 2.59). Plus précisément, 58% des pères et 59% des mères ont complété des études universitaires, 12% des pères et 23% des mères détiennent un diplôme collégial, 18% des pères et 10% des mères détiennent un diplôme professionnel et 6% des pères et 3% des mères détiennent un diplôme d’études secondaires. Au niveau du statut d’emploi, sans tenir compte des congés parentaux, 97% des pères et 89% des mères étaient à l’emploi au moment de l’étude et 1% des pères et des mères étaient sur le chômage. Au niveau des congés parentaux, 7% des pères et 90% des mères étaient en congé parental. En moyenne, la durée des congés parentaux des pères de l’étude était de sept semaines (ET = 6.29, variant de 0 à 37 semaines), tandis que la durée de ceux des mères était de 46 semaines (ET = 13.29, variant de 18 à 104 semaines). Le revenu brut annuel moyen des pères lors de la rencontre était de 57 788$ (ET = 23 073$, variant de 20 000$ à 150 000$) et celui des mères de 44 642$ (ET = 20 845$, variant de 0$ à 125 000$).

Mesures

Données sociodémographiques. Les informations sociodémographiques telles que

le revenu et la scolarité ont été recueillies à l’aide d’un questionnaire élaboré par l’équipe de recherche et complété par les deux parents.

Implication paternelle. L’intensité et la nature de l’implication paternelle ont été

évaluées à l’aide d’un journal de bord temporel nommé « Agenda d’activités » (Annexe A) qui a été élaboré par l’étudiante et sa directrice. Cet outil s’inspire des « time diaries » utilisés dans la littérature pour mesurer l’implication temporelle des pères auprès de leur enfant (Brown, Mangelsdorf, & Neff, 2012; Brown et al., 2011; Doherty, Erickson, & LaRossa, 2006; Lee & Doherty, 2007; McBride, 1990, 1991; McBride et al., 2005; McBride & Mills, 1993; McBride, Schoppe, & Rane, 2002; Planalp, Braungart-Rieker, Lickenbrock, & Zentall, 2013). Le journal de bord a été administré sous la forme d’une entrevue semi-structurée, d’une durée d’environ 20 minutes, réalisée au domicile des participants. L’entrevue a été

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administrée en suivant les lignes directrices de McBride (1990, 1991) et de McBride et Mills (1993), les auteurs d’un outil de mesure similaire largement utilisé pour mesurer l’engagement et l’accessibilité des pères dans la littérature: The Interaction/Accessibility

Time Diary Interview. Cette entrevue utilise la technique du rappel forcé pour recueillir les

informations concernant la routine du parent lors du dernier jour de travail et du dernier jour de congé. Le journal de bord utilisé dans ce mémoire a aussi utilisé la technique du rappel forcé, mais pour récolter les informations sur une plus longue période de temps, soit pour tous les jours d’une semaine typique ou habituelle. L’objectif étant de prendre davantage en compte la variabilité possible dans l’horaire des pères d’une journée à l’autre et d’une semaine à l’autre (et créer une moyenne qui se rapproche le plus de la réalité quotidienne).

Lors de l’entrevue, le père devait rapporter pour chaque intervalle de 30 minutes les activités effectuées habituellement à chaque jour d’une semaine typique, et ce, de minuit jusqu’à minuit du lundi au dimanche. Durant l’entrevue, l’expérimentateur avait pour rôle d’aider le père à se remémorer et décrire les activités quotidiennes effectuées en lui posant des questions (p. ex. Que faites-vous le matin lorsque votre enfant se réveille ? Qui s’occupe de lui à son réveil ? À quelle heure votre enfant se couche-t-il le soir ? Est-ce qu’il se réveille durant la nuit? Qui s’en occupe à ce moment-là?). Afin de s’assurer que le parent n’ait pas recours à des raccourcis ou qu’il n’oublie pas de décrire certains éléments de sa routine, l’expérimentateur devait diriger l’entrevue par ses questions, demander des clarifications et insister sur la pertinence de décrire chacune des activités effectuées à chaque demi-heure de la journée. Il devait aussi vérifier si certains évènements particuliers pouvaient survenir au cours d’une semaine typique (p. ex. est-ce que vous faites des activités particulières certains soirs de semaine telles que faire l’épicerie ou aller à des cours avec ou sans votre enfant?).

En se basant sur les descriptions des activités fournies par le père et sur les réponses de ce dernier aux questions posées, l’expérimentateur devait indiquer sur la grille horaire (voir Annexe A), pour chaque tranche de 30 minutes, à l’aide du code approprié, le type d’activité effectuée avec ou pour l’enfant : jeux/activités agréables ou ludiques (p. ex., donner de l’affection ou raconter une histoire), soins (p. ex. changer la couche ou donner à manger), accessibilité (p. ex. préparer les repas de l’enfant ou surveiller l’enfant pendant qu’il joue

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sans interagir directement avec lui) ou action effectuée pour l’enfant en son absence (p. ex., lui acheter des vêtements ou prendre un rendez-vous chez le médecin). Afin de pouvoir tenir compte des moments où le père ne peut pas interagir avec son enfant ou s’impliquer parce qu’il travaille ou parce que l’enfant dort (moments susceptibles de varier d’une famille à l’autre surtout lorsque l’enfant est âgé de 6 mois), l’expérimentateur devait aussi indiquer les périodes de sommeil de l’enfant et les périodes de travail du père sur la grille horaire à l’aide du code approprié.

Le nombre de demi-heures d’implication dans les différentes sphères d’activités a ensuite été additionné et divisé par deux (pour obtenir le nombre d’heures par semaine) et quatre scores d’implication temporelle ont été formés, soit l’engagement dans les jeux/activités agréables ou ludiques, l’engagement dans les soins, l’accessibilité et la responsabilité. Afin de former un score total d’implication paternelle par semaine, les quatre scores (jeux, soins, accessibilité et responsabilité) ont ensuite été additionnés. En tenant compte de l’horaire de travail du père et du temps de sommeil de l’enfant (qui peuvent varier d’une famille à l’autre), les proportions de temps libre en dehors du travail que le père consacre aux jeux/activités agréables, aux soins, à être accessible1 et au total (toutes

catégories confondues) ont aussi été calculées. Les nombres d’heures d’implication du père par semaine dans chacune des dimensions ont été divisés par le nombre d’heures par semaine que le père peut s’impliquer parce qu’il ne travaille pas et que l’enfant est réveillé (ne dort pas), puis multipliés par cent, afin de former des scores représentant les proportions de temps libre (en dehors du travail) que le père consacre à s’impliquer dans chacune des dimensions considérées.

Les expérimentateurs qui ont administré les agendas d’activités ont été formés et supervisés par l’étudiante. Des lignes directrices leur ont d’abord été transmises par écrit et verbalement (Annexe B). Après avoir pratiqué auprès de personnes de leur entourage, les expérimentateurs devaient participer à une simulation lors de laquelle ils devaient administrer

1 La dimension de responsabilité ne s’applique pas dans le cas de la proportion de temps disponible du père consacré à s’impliquer auprès de son enfant, étant donné que les heures de travail du père et le temps de sommeil de l’enfant sont exclus de ce score et que le père pourrait s’impliquer en l’absence de son enfant

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l’agenda (le journal de bord) à un parent fictif joué par l’étudiante. Les premiers agendas administrés par les expérimentateurs auprès des participants étaient aussi vérifiés par l’étudiante afin de s’assurer de leur validité. Suite à l’administration et la cotation des journaux de bord, une rétroaction était offerte aux administrateurs par l’étudiante.

Dans la littérature, une validation croisée de ce type d’outil a été effectuée avec la méthode du « beeper » (les participants devaient écrire ce qu’ils étaient en train de faire sur une grille horaire lorsqu’ils entendaient un signal sonore et étaient ensuite appelés à décrire rétrospectivement leurs activités lors de ces mêmes périodes afin de comparer les réponses obtenues avec les deux méthodes) et celle des « heures aléatoires » (après avoir complété un journal de bord, les participants étaient amenés à décrire rétrospectivement les activités effectuées lors d’une période spécifique choisie aléatoirement parmi les périodes décrites dans le journal en question). Cette validation a démontré que les journaux de bord temporel mesurent de façon valide l’utilisation du temps au quotidien et sont moins sujets à des biais de perception que les questionnaires autorapportés (Robinson, 1985). Une étude préalable réalisée auprès des participants de la présente étude doctorale a aussi démontré une relation significative et modérée entre les estimés d’implication paternelle obtenus à l’aide du journal de bord administré et les estimés d’implication paternelle obtenus à l’aide d’un questionnaire de fréquence (Turgeon, Paris-Blais, Martineau-Houde, & Matte-Gagné, 2018).

Santé psychologique. L’intensité des symptômes psychologiques des pères a été

évaluée à l’aide de la version française du Symptom Checklist-90 items-Revised (SCL-90-R; Derogatis, 1983), traduite par Fortin et Wakulczyk (1985). Les 90 items de ce questionnaire permettent de mesurer neuf catégories de symptômes: somatisation, obsession-compulsion, sensibilité interpersonnelle, dépression, anxiété, hostilité, anxiété phobique, pensées paranoïdes et symptômes psychotiques. Sur une échelle de Likert en cinq points variant de « pas du tout » (0), à « énormément » (4), la personne qui le complète doit indiquer à quel point elle a été incommodée durant le dernier mois par les problèmes ou les inconforts décrits dans chacun des énoncés. Fortin et Wakulczyk (1985) rapportent des coefficients de cohérence interne pour les neuf dimensions du SCL-90-R se situant entre .90 et .92. Dans la présente étude, les alphas de Cronbach varient entre .61 et .83. Les neuf dimensions ont été combinées

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en faisant une moyenne des réponses du participant afin de former un score global de moins bonne santé psychologique. Un score élevé indiquant des symptômes psychologiques plus intenses et incommodants.

Stress parental et perception d’avoir un enfant difficile. Le stress occasionné chez

le père par le rôle de parent de même que la perception qu’il a du degré de difficulté de l’enfant ont été évalués à l’aide de la version française et brève du Parenting Stress Index (Abidin, 1995) validée par Lacharité, Éthier et Piché (1992). Ce questionnaire auto-rapporté est composé de 36 items qui se regroupent en trois sous-échelles : détresse parentale, interactions parent-enfant dysfonctionnelles et difficultés de l’enfant. Dans le cadre des analyses, les échelles de « détresse parentale » et de « difficulté de l’enfant » ont été utilisées pour mesurer le stress du père et sa perception du niveau de difficulté de son enfant. L’échelle de « détresse parentale » est composée de 12 items. Le parent doit indiquer sur une échelle variant de « profondément d’accord » (0), à « profondément en désaccord » (4), à quel point il est en accord avec les énoncés permettant de mesurer la détresse ressentie par le père dans son rôle de parent. Un score plus élevé indique que le père rapporte un plus haut niveau de détresse. L’échelle de « difficulté de l’enfant » est composée de 11 items. Parmi ceux-ci, 10 items sont mesurés sur la même échelle de Likert que celle de détresse parentale, mais un des items est différent. Le parent doit indiquer à quel point il est difficile d’amener son enfant à faire quelque chose sur une échelle variant de « beaucoup plus difficile que je croyais » (0) à « beaucoup plus facile que je le croyais » (4). Un score plus élevé à cette échelle indique que le père perçoit son enfant comme étant plus difficile. La version brève utilisée est corrélée avec la version longue du questionnaire qui possède de bonnes propriétés psychométriques (Bigras, Lafreniere, & Dumas, 1996; Reitman, Currier, & Stickle, 2002), incluant une cohérence interne élevée (alpha de .90 selon Roggman, Moe, Hart, & Forthun, 1994). Une moyenne des réponses du père aux items qui composent ces deux échelles a été réalisée afin de former les scores de stress parental et de la perception du niveau de difficulté de son enfant. Dans la présente étude, les alphas de Cronbach de ces échelles sont respectivement de .81 et .83.

(31)

Sentiment de compétence parentale. Le sentiment de compétence parentale a été

mesuré à l’aide du Questionnaire d’auto-évaluation de la compétence éducative parentale (QAECEP ; Terrisse & Trudelle, 1988) qui est l’adaptation et la traduction du Parenting

Sense of Competence de Gibaud-Wallston et Wandersmann (1978). Cet outil comprend 17

énoncés qui se regroupent en deux sous-échelles : sentiment d’efficacité et de satisfaction à l’égard du rôle parental. Le répondant doit effectuer l’évaluation de sa compétence parentale sur une échelle de type Likert en six points allant de « tout à fait d’accord » (0) à « tout à fait en désaccord » (5). Le score pour chacune des échelles a été réalisé en faisant une moyenne des réponses aux items qui composent chacune d’elles. Un score plus élevé à la première sous-échelle indique que le père a une perception plus positive de son efficacité en tant que parent, tandis qu’à la seconde sous-échelle, cela indique qu’il se sent plus satisfait dans son rôle parental. Copeland (2003) rapporte des alphas de Cronbach de .83 et de .80 pour les deux échelles. Dans la présente étude, l’indice de cohérence interne est de .66 pour la sous-échelle « sentiment d’efficacité » et de .72 pour la sous-sous-échelle « sentiment de satisfaction ».

Qualité de la relation conjugale. La satisfaction du père à l’égard de son couple a

été mesurée à l’aide des quatre items de la version courte de l’Échelle d’Ajustement Dyadique (EAD ; Sabourin, Valois, & Lussier, 2005 ; traduction du Dyadic Adjustment

Scale, Spanier, 1976). Sur une échelle de Likert en six points, variant de « toujours » (0), à «

jamais » (5), le père doit indiquer s’il se confie fréquemment à sa conjointe, s’il considère que les choses vont bien avec elle et s’il envisage de mettre fin à leur relation conjugale. Le père doit également indiquer son degré de bonheur dans la relation, sur une échelle de Likert en six points, variant de « extrêmement malheureux » (0), à « extrêmement heureux » (6). Une moyenne des réponses aux items de l’EAD a été réalisée afin de déterminer le score de la qualité de la relation conjugale. Un score élevé indique que le père perçoit sa relation conjugale comme étant plus satisfaisante. La stabilité, la validité prédictive et la validité discriminante de l’EAD sont bien documentées (Sabourin et al., 2005). Dans l’étude de Tremblay et Pierce (2011), l’alpha de Cronbach est de .73 chez des pères québécois d’un premier enfant âgé de 2 mois. Dans la présente étude, la cohérence interne est de .76.

Figure

Tableau 1 - Statistiques descriptives (N = 84)
Tableau 2 - Corrélations entre les dimensions de l’implication paternelle et les variables sociodémographiques   *p < .05 ** p < .01    t p < .10  1  2  3  4  5  6  7  8  9  10  11  12 1
Tableau 3 - Corrélations entre les déterminants de l’implication paternelle
Tableau 4 - Corrélations entre les déterminants et les dimensions de l’implication paternelle
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Références

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