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A B C ou aleph ba'a ta'a : représentations du système d'écriture de l'enfant libanais

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Academic year: 2021

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Texte intégral

(1)

A B C ou أ ب ت :

représentations du système d’écriture de l’enfant libanais

Mémoire

Maha Hassoun

Maîtrise en didactique

Maître ès arts (M.A.)

Québec, Canada

(2)

A B C ou أ ب ت :

représentations du système d’écriture de l’enfant libanais

Mémoire

Maha Hassoun

Sous la direction de :

Hélène Makdissi, directrice de recherche

(3)

Résumé

Cette recherche vise à décrire les liens entre les représentations des enfants dans deux

systèmes d’écriture: alphabétique et consonantique. Cette étude transversale est déployée

auprès de 60 enfants libanais âgés entre 4 et 6 ans. Les écritures des enfants autour de huit

mots sont récoltées en français et en arabe. Les résultats ne montrent aucune différence

significative entre les deux systèmes d’écriture aux âges de 4 et 5 ans. C’est à l’âge de 6 ans

que des différences significatives se présentent entre les deux langues. Les résultats

montrent une différence significative des écritures en fonction de l’âge. Ces résultats

soutiennent l’hypothèse développementale d’une structuration unique inductive quant aux

codes alphabétique français et consonantique arabe. Cette structuration se distingue pour

chacune des langues lors de l’entrée formelle dans l’écrit.

(4)

Table des matières

RÉSUMÉ ... III

 

TABLE DES MATIÈRES ... IV

 

LISTE DES TABLEAUX ... V

 

LISTE DES FIGURES ...IX

 

REMERCIEMENTS ... X

 

AVANT‐PROPOS ...XII

 

INTRODUCTION ... 1

 

1

 

CONTEXTE THÉORIQUE ... 3

 

1.1

 

L’ÉCRITURE ... 3

 

1.2

 

UNE PERSPECTIVE SOCIOCONSTRUCTIVISTE ... 6

 

1.3

 

CONTEXTE LIBANAIS ... 11

 

1.3.1

 

Réalité linguistique du pays ... 11

 

1.3.2

 

Système éducatif libanais ... 13

 

1.3.3

 

Le défi de l’apprentissage de la langue écrite chez l’enfant libanais ... 14

 

2

 

L’ARTICLE ... 16

 

RÉSUMÉ ... 16

 

2.1

 

INTRODUCTION ... 17

 

2.1.1

 

Historique des systèmes d’écriture consonantique et alphabétique ... 18

 

2.1.2

 

Les distinctions entre l’écriture consonantique/arabe et alphabétique/français ... 21

 

2.1.3

 

L’écriture provisoire ... 22

 

2.2

 

MÉTHODOLOGIE... 25

 

2.2.1

 

Sujets ... 25

 

2.2.2

 

Collecte de données ... 25

 

2.2.3

 

Analyses ... 27

 

2.3

 

RÉSULTATS ... 29

 

2.4

 

CONCLUSION ... 41

 

RÉFÉRENCES ... 43

 

3

 

ANALYSE QUALITATIVE DES RÉSULTATS ... 45

 

3.1

 

REPRÉSENTATION DU SYSTÈME D’ÉCRITURE CHEZ LES ENFANTS DE LA MATERNELLE 1 ... 45

 

3.2

 

REPRÉSENTATION DU SYSTÈME D’ÉCRITURE CHEZ LES ENFANTS DE LA MATERNELLE 2 ... 84

 

3.3 REPRÉSENTATION DU SYSTÈME D’ÉCRITURE CHEZ LES ENFANTS DE LA PREMIÈRE ANNÉE DU PRIMAIRE. ... 154

 

CONCLUSION... 277

 

(5)

Liste des tableaux

TABLEAU 2.1: ÉCHELLE DES RANGS ATTRIBUÉS AUX ÉCRITURES PROVISOIRES ... 27 

TABLEAU 2.2: SOMMATION DES RANGS EN ÉCRITURE PROVISOIRE PAR GROUPE D’ÂGE ... 29 

TABLEAU 2.3: PRÉSENTATION DU RANG MOYEN POUR MATERNELLE 1 ... 31 

TABLEAU 2.4: PRÉSENTATION DU RANG LE PLUS ÉLEVÉ POUR MATERNELLE 1 ... 32 

TABLEAU 2.5: PRÉSENTATION DU RANG MOYEN POUR MATERNELLE 2 ... 36 

TABLEAU 2.6: PRÉSENTATION DU RANG LE PLUS ÉLEVÉ POUR MATERNELLE 2 ... 38 

TABLEAU 2.7: PRÉSENTATION DU RANG MOYEN POUR LA PREMIÈRE ANNÉE ... 39 

TABLEAU 3.1: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE BADRIYA EN FRANCAIS ... 45 

TABLEAU 3.2: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE BADRIYA EN ARABE ... 47 

TABLEAU 3.3: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE LOULWA EN FRANÇAIS ... 49 

TABLEAU 3.4: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE LOULWA EN ARABE ... 51 

TABLEAU 3.5: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MAJDI EN FRANÇAIS ... 53 

TABLEAU 3.6: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MAJDI EN ARABE ... 55 

TABLEAU 3.7: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MHAMAD EN FRANÇAIS ... 57 

TABLEAU 3.8: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MHAMAD EN ARABE ... 59 

TABLEAU 3.9: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE NOUR EN FRANÇAIS ... 61 

TABLEAU 3.10: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE NOUR EN ARABE ... 62 

TABLEAU 3.11: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE OMAR EN FRANÇAIS ... 64 

TABLEAU 3.12: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE OMAR EN ARABE ... 66 

TABLEAU 3.13: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RAMA EN FRANÇAIS ... 68 

TABLEAU 3.14: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RAMA EN ARABE ... 70 

TABLEAU 3.15: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE TAHA EN ARABE ... 73 

TABLEAU 3.16: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE TAHA EN ARABE ... 75 

TABLEAU 3.17: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE NOUR EL HODA EN FRANÇAIS ... 78 

TABLEAU 3.18: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE NOUR EL HODA EN ARABE ... 80 

TABLEAU 3.19: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE KARIM EN FRANÇAIS ... 84 

TABLEAU 3.20: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE KARIM EN ARABE ... 86 

TABLEAU 3.21: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE NAJAH EN FRANÇAIS ... 88 

TABLEAU 3.22: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE NAJAH EN ARABE ... 90 

TABLEAU 3.23: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE SIRINE EN FRANÇAIS ... 93 

TABLEAU 3.24: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE SIRINE EN ARABE ... 95 

TABLEEAU 3.25: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE FATIMA EN FRANÇAIS ... 98 

TABLEAU 3.26: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE FATIMA EN ARABE ... 99 

(6)

TABLEAU 3.28: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE ADAM EN ARABE ... 103 

TABLEAU 3.29: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE ACILE EN FRANÇAIS ... 105 

TABLEAU 3.30: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE ACILE EN ARABE ... 107 

TABLEAU 3.31: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE TAHA.M EN FRANÇAIS ... 109 

TABLEAU 3.32: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE TAHA.M EN ARABE ... 112 

TABLEAU 3.33: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MHAMAD.M EN FRANÇAIS ... 115 

TABLEAU 3.34: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MHAMAD.M EN ARABE ... 116 

TABLEAU 3.35: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JALAL EN FRANÇAIS ... 119 

TABLEAU 3.36: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JALAL EN ARABE ... 121 

TABLEAU 3.37: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE HIBA EN FRANÇAIS ... 123 

TABLEAU 3.38: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE HIBA EN ARABE ... 125 

TABLEAU 3.39: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE DOUMOUH EN FRANÇAIS ... 127 

TABLEAU 3.40: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE DOUMOUH EN ARABE ... 129 

TABLEAU 3.41: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE FAWAZ EN FRANÇAIS ... 131 

TABLEAU 3.42: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE FAWAZ EN ARABE ... 133 

TABLEAU 3.43: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE ISSRAA EN FRANÇAIS ... 136 

TABLEAU 3.44: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE ISSRAA EN ARABE ... 138 

TABLEAU 3.45: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE LYNN EN FRANÇAIS ... 140 

TABLEAU 3.46: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE LYNN EN ARABE ... 142 

TABLEAU 3.47: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MOUSTAFA EN FRANÇAIS ... 144 

TABLEAU 3.48: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MOUSTAFA EN ARABE ... 146 

TABLEAU 3.49: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE NOURHANE EN FRANÇAIS ... 149 

TABLEAU 3.50: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE NOURHANE EN ARABE ... 150 

TABLEAU 3.51: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MOUHANNAD EN FRANÇAIS ... 154 

TABLEAU 3.52: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MOUHANNAD EN ARABE ... 156 

TABLEAU 3.53: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE YASMINE EN FRANÇAIS ... 158 

TABLEAU 3.54: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE YASMINE.L EN ARABE ... 160 

TABLEAU 3.55: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE NADIA EN FRANÇAIS ... 162 

TABLEAU 3.56: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE NADIA EN ARABE ... 165 

TABLEAU 3.57: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE CHAYMA’A EN FRANÇAIS ... 168 

TABLEAU 3.58: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE CHAYMA’A EN ARABE ... 170 

TABLEAU 3.59: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RAZAN EN FRANÇAIS ... 172 

TABLEAU 3.60: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RAZAN EN ARABE ... 174 

TABLEAU 3.61: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE INASS EN FRANÇAIS ... 176 

(7)

TABLEAU 3.63: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JOUDI EN FRANÇAIS ... 181 

TABLEAU 3.64: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JOUDI EN ARABE ... 183 

TABLEAU 3.65: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JOWAN EN FRANÇAIS ... 185 

TABLEAU 3.66: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JOWAN EN ARABE ... 187 

TABLEAU 3.67: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE LOUJAYN EN FRANÇAIS ... 190 

TABLEAU 3.68: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE LOUJAYN EN ARABE ... 191 

TABLEAU 3.69: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RAJA’A EN FRANÇAIS ... 194 

TABLEAU 3.70: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RAJA’A EN ARABE ... 195 

TABLEAU 3.71: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MALAK EN FRANÇAIS ... 197 

TABLEAU 3.72: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE MALA KEN ARABE ... 199 

TABLEAU 3.73:NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE SIDRA EN FRANÇAIS ... 202 

TABLEAU 3.74: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE SIDRA EN ARABE ... 203 

TABLEAU 3.75: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE SOUHA EN FRANÇAIS ... 206 

TABLEAU 3.76: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE SOUHA EN ARABE ... 208 

TABLEAU 3.77: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RAWAN EN FRANÇAIS ... 211 

TABLEAU 3.78: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RAWAN EN ARABE... 212 

TABLEAU 3.79: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JANA.H EN FRANÇAIS ... 215 

**TABLEAU 3.80: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JAN.H EN ARABE ... 217 

TABLEAU 3.81: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE SAJA EN FRANÇAIS ... 219 

TABLEAU 3.82: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE SAJA EN ARABE ... 221 

TABLEAU 3.83: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RWAYDA EN FRANÇAIS ... 224 

TABLEAU 3.84: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RWAYDA EN ARABE ... 226 

TABLEAU 3.85: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE ROZANE EN FRANÇAIS ... 229 

TABLEAU 3.86: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE ROZANE EN ARABE ... 231 

TABLEAU 3.87: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JOUHAYDA EN FRANÇAIS ... 234 

TABLEAU 3.88: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JOUHAYDA EN ARABE ... 235 

TABLEAU 3.89: NIVEAU DE REPRESENTATION DE JANA EN FRANÇAIS ... 238 

TABLEAU 3.90: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE JANA EN ARABE ... 240 

TABLEAU 3.91: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE HIBA EN FRANÇAIS ... 242 

TABLEAU3.92: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE HIBA EN ARABE ... 244 

TABLEAU 3.93: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE HALA.M EN FRANÇAIS ... 247 

TABLEAU 3.94: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE HALA.M EN ARABE ... 249 

TABLEAU 3.95: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE HALA.B EN FRANÇAIS ... 252 

TABLEAU 3.96: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE HALA.B EN ARABE ... 254 

(8)

TABLEAU 3.98: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE GHADIR EN ARABE ... 259 

TABLEAU 3.99: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE DINA EN FRANÇAIS ... 262 

TABLEAU 3.100: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE DINA EN ARABE ... 263 

TABLEAU 3.101: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE LINA EN FRANÇAIS ... 267 

TABLEAU 3.102: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE LINA EN ARABE ... 269 

TABLEAU 3.103: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RIM EN FRANÇAIS ... 272 

TABLEAU 3.104: NIVEAU DE REPRÉSENTATION DE RIM EN ARABE ... 273 

(9)

Liste des figures

FIGURE 1 ‐ HTTP://A404.IDATA.OVER‐BLOG.COM/3/15/42/92/ORIENT‐ANCIEN/CROISSANT‐FERTILE.PNG ... 19 

FIGURE 2 ‐ RANGS MOYENS EN ÉCRITURE PROVISOIRE EN FRANÇAIS ET EN ARABE EN FONCTION DES GROUPES D’ÂGE ... 30 

(10)

Remerciements

Je tiens tout d’abord à remercier ma directrice de recherche, madame Hélène Makdissi,

pour son accompagnement tout au long de mon travail de recherche. Merci de me faire

découvrir le monde de la littératie et notamment tout ce qui relève de l’écriture provisoire.

Merci pour tes conseils, ta façon de valoriser chaque moment, chaque étape et chaque

effort. Je sortais de nos rencontres, à chaque fois, avec une forte détermination. Tes

encouragements et tes panoplies de « lâche pas » ont su garder ma motivation!. Merci d’être

constamment là pour moi durant ces deux années.

Merci à ma codirectrice madame Pauline Sirois qui a éprouvé au départ un grand intérêt

pour mon sujet de mémoire et qui m’a aussi transmis sa passion pour la littératie.

Merci à madame Marie-France Morin pour la lecture critique de mon mémoire. Je tiens

également à remercier monsieur Alexandre Buysse qui m’a fait découvrir les différents

paradigmes de l’éducation et qui m’a orientée surtout au début de ma maîtrise.

Merci au Programme canadien des bourses de la francophonie (PCBF) pour la bourse qu’il

m’a octroyée afin d’effectuer ma maîtrise. Un grand merci à monsieur Tony Toufic, le

directeur du PCBF, à Diane et à Marie-Ève. Merci de m’apporter tout le soutien dont

j’avais besoin pour mener à terme cet ambitieux projet d’études.

Je remercie le ministre de l’Éducation au Liban, monsieur Elias Bou Saab, le directeur

général, monsieur Fadi Yarak, le directeur de l’enseignement du primaire, monsieur

Georges Haddad, la directrice régionale du Liban Nord, madame Nahla Hamati et les

directrices des écoles mesdames Souad El Masri et Rouba Dib.

Merci aux enfants et à leurs parents.Sans leur confiance et leurs autorisations ce mémoire

n’aurait pas vu le jour.

(11)

Merci à ma famille canadienne et à tous mes amis et collègues. Un merci spécial à vous

Claudia et Céline avec qui j’ai partagé des moments inoubliables. Merci pour vos doux

calins. Merci à ma marraine Viviane qui m’a encadrée depuis mon arrivée au Canada.

Merci à Nicole, à Vanessa, à Isabelle, à Sylvie et à Marie-Josée pour les rires du midi. Vous

avez de beaux sourires.

Merci à Amo Antoine et à Mimi pour votre présence rassurante. Merci à toute la

communauté libanaise de Québec qui m’a appris que la famille n’est pas uniquement la

famille de sang. Je vous aime tous !

Merci à Mariah qui a toujours valorisé mes efforts dans mon cheminement académique à

Québec. Merci de corriger toutes mes formulations fautives en français et de prendre la

peine de m’expliquer les règles en profondeur. Merci pour le temps que tu as consacré pour

la relecture de mon mémoire, alors que tu aurais pu le passer avec ton Ahmed. Je reprends

le flambeau de ta devise « sois généreuse avec la vie, et elle le sera aussi avec toi ».

Merci à toutes mes amies au Liban: à Violette, à Tania, à Dora et à Salma pour vos

encouragements.

Merci à mon ange, mon cadeau du ciel, de n’avoir jamais arrêté de croire en moi. Merci

pour toutes tes valeurs féministes qui m’ont donné une autre image de la masculinité.

Je dédie mon mémoire à toi mon cher papa, là où tu es, sache que tu restes toujours dans

mon coeur pour toute la vie. Je t’aime beaucoup !

(12)

Avant-propos

Le présent mémoire de maîtrise intègre un article qui a été soumis à la revue Nouveaux

cahiers de la recherche en éducation (NCRÉ). L’article enchâssé dans le mémoire a déjà été

évalué par le comité scientifique de la revue. Ce comité a demandé des modifications dans

le but de soumettre de nouveau. La première auteure de l’article est l’étudiante de ce

mémoire qui a conceptualisé l’ensemble de l'étude avec le soutien de sa directrice de

recherche, Hélène Makdissi, et des commentaires critiques de sa codirectrice de recherche,

Pauline Sirois.

(13)

Introduction

Depuis les années 70, avec la montée du courant Whole language approach (langage

naturel intégré), il est amplement documenté que les tentatives d’écriture des enfants, avant

même qu’ils ne commencent l’apprentissage formel de la lecture/écriture, contribuent à

fonder des assises importantes pour le plaisir et pour la réussite en lecture/écriture (Clay,

1967; Ferreiro, 2000; Ferreiro et Gomez Palacio, 1988; Goodman, 2005). Un long

processus historique précède la construction d’un système d’écriture alphabétique. Ces

systèmes d’écriture se sont développés et ont connu une forme d’évolution qui les a amenés

des premiers systèmes picturaux au point culminant de leur évolution, qui est l’alphabet

(Olson, 1998). Les écritures des enfants, elles-mêmes, font preuve de cette évolution de

l’écrit.

Les marques écrites produites par l’enfant demeurent des traces graphiques interprétables

même si elles n’obéissent pas aux normes conventionnelles de l’orthographe. L’enfant

évolue dans son écrit avant même d’accéder aux institutions scolaires. L’école ne constitue

pas nécessairement un facteur premier dans cet apprentissage constructif. Ainsi, dans ce

contexte, les écarts à la norme conventionnelle de l’écriture ne sont pas perçus comme des

fautes mais comme des étapes de la progression (Ferreiro, 2000).

Située dans un cadre théorique piagétien, l’hypothèse de cette étude se fonde sur la

prémisse que les productions des jeunes enfants ne sont pas hasardeuses, mais qu’elles sont

orientées par une structuration d’ensemble des connaisances jusque-là construites. En fait,

l’enfant produit des graphes à sa façon, sans modèles, à partir des connaissances dont il

dispose (Ferreiro, 1998). L’écriture provisoire est le terme adopté pour désigner ces

productions réfléchies, qui ont un statut d’objet heuristique quant aux idées des enfants sur

la langue écrite. Élément central de la conceptualisation générale de cette étude, l’écriture

provisoire permet à la fois à l’adulte de suivre l’enfant dans son appropriation de l’écrit et à

l’enfant de se rendre compte de ses constructions progressives.

(14)

Bien que les connaissances scientifiques relatives aux savoirs des enfants quant aux

systèmes d’écriture alphabétique français, espagnol, italien, anglais sont amplement

documentées pour tracer la genèse de la représentation des enfants dans ces différents codes

écrits, il en va autrement pour les systèmes d’écritures sémitiques. Il semble essentiel, à la

fois sous les angles scientifique et social, de se pencher sur la genèse des représentations

enfantines concernant des codes écrits autres qu’alphabétiques. Ainsi, il est possible de

penser que les avancées de l’enfant libanais dans ses écritures provisoires en français et en

arabe pourront faire foi d’une structuration de sa démarche d’apprentissage de l’écrit.

Le but de cette recherche est de décrire les liens entre les représentations des enfants sur

deux systèmes d’écriture par l’intermédiaire de leurs écritures provisoires:

consonantique/arabe et alphabétique/français. Trois objectifs spécifiques se dessinent dans

cette optique: décrire le développement de la représentation du système d’écriture

alphabétique français et celui consonantique arabe chez le jeune enfant libanais, puis

comparer la structuration de ces représentations dans les deux langues.

Dans le cadre de cette recherche, 60 élèves libanais de maternelle 1 et 2 et de la 1

ère

année

du primaire ont été rencontrés afin de déterminer leur niveau de représentation du système

alphabétique et consonantique, au mois de mars 2015. Le mémoire présente, au premier

chapitre, le contexte théorique inhérent à la présente démarche de recherche. Afin de

contextualiser la présente recherche, ce chapitre aborde l’écriture, les principales théories

d'apprentissage qui ont inspiré cette étude et l'identification de la réalité libanaise. Le

deuxième chapitre consiste en l’article, soumis et en évaluation à la revue des Nouveaux

cahiers de la recherche en éducation. Cet article présente le cadre théorique, traite de la

méthodologie utilisée dans le cadre de la recherche, et présente l’analyse quantitative et

quelques échantillons des analyses qualitatives. Le troisième et dernier chapitre étaie les

analyses qualitatives de chacune des productions écrites des enfants qui ont été nécessaires

afin de permettre les analyses mises en relief dans l’article.

(15)

1 Contexte théorique

1.1 L’écriture

Du début de l’histoire jusqu’à aujourd’hui, l’écriture n’a jamais cessé d’être au service de la

création, de l'invention et de la découverte. L’écriture est souvent considérée comme un

puissant moteur de développement conceptuel, car il a une fonction épistémique (Blaser et

Chartrand, 2009). De plus, grâce à la permanence de ses traces, l’écriture est un puissant

instrument de transmission et de conservation des savoirs (Olson, 1998).

Ferreiro définit l’écriture comme «un instrument social de nature conventionnelle, mais il

est en plus un système de représentation de la langue» (Ferreiro, 2000, p. 62). L’auteure

ajoute que cet outil, si complexe à maîtriser, joue un rôle très important, car il permet de

conférer à la langue une stabilité et une visibilité qui ne se trouvent pas à l’oral. Autrement

dit, l’écriture est dotée d’un aspect conventionnel et stable qui la rend facilement

interprétable par différents lecteurs d’origines diverses, même en absence du scripteur. Par

ailleurs, Ferreiro indique que l’écriture ne reflète pas la parole dans ses transformations

continues. Elle représente plutôt la langue qui est à la fois une entité abstraite et un moyen

puissant d’identification sociale. C’est donc une activité proprement métalinguistique qui

donne lieu, à son tour, à des niveaux croissants de réflexion (Ferreiro, 2000).

L’apprentissage de l’écriture est donc une tâche des plus difficiles, qui ne doit, en aucun

cas, être limitée à une obligation scolaire ou sociale.

Olson (1998), quant à lui, précise que l’écriture, étant une représentation, ne présente pas

d’équation directe d’équivalence à la chose ou à l’événement représenté. L’écriture, comme

toute représentation, dépend effectivement de plusieurs facteurs comme les croyances, les

attitudes et les opinions reliées à la chose désignée. Selon l’auteur, la compréhension de

l’écriture exige donc un double repérage : celui de sa structure matérielle et celui de son

contenu. Dans une telle perspective, l’écriture ne peut concerner uniquement les

caractéristiques liées au code orthographique de l’écrit.

(16)

Plusieurs chercheurs, qui s’intéressent particulièrement au développement de l’écrit chez

l’enfant, soulignent que ce dernier commence à écrire sans toutefois tenir compte des

normes conventionnelles recherchées par l’adulte (Besse, 2000; Ferreiro,1998; Morin et

Montesinos-Gelet, 2007). Ferreiro (2000) souligne que pour s’approprier ces nouvelles

composantes linguistiques, l’enfant essaie de faire tous les liens possibles avec l’oral. Afin

de résoudre de façon logique l’écart entre le code oral et écrit, il construit des

représentations de l’écrit à partir de ses essais, de ses erreurs et de ses intuitions (Freinet,

1981). Le passage de l’oral à l’écrit exige de l’enfant à la fois le recours à des stratégies

particulières et le respect de la norme conventionnelle de l’écrit. Par exemple, l’enfant

commence par élaborer des hypothèses très éloignées de la norme conventionnelle de

l’écrit, mais qui se développeront au fur et à mesure qu’il est exposé à des situations

d’écriture.

Lors du processus d’apprentissage, les productions écrites de l’enfant témoignent de son

développement. Il importe de signaler qu’il ne faut pas considérer ces productions comme

des «erreurs» lorsqu'elles ne respectent pas la norme orthographique, mais bien de s’en

servir comme moyen permettant de situer le niveau de compréhension du système

alphabétique, afin de guider l’enfant dans son activité scripturale (Montésinos-Gelet et

Morin, 2006). Dans sa pratique quotidienne, l’enfant se sert de tous les outils disponibles

autour de lui, afin de construire ses connaissances. Ferreiro est la première à parler de

« l’écriture avant la lettre » (Ferreiro, 2000). Selon cette auteure, les enfants s’approprient

progressivement l’écrit avant même qu’ils apprennent la lecture et l’écriture dans le cadre

scolaire. Elle avance que l’enfant établit des hypothèses sur le code écrit et qu’il les

confrontera aux écrits de son environnement l’amenant soit à confirmer ses hypothèses ce

qui permettra une stabilité de la structure de ses représentations, soit à infirmer ses

hypothèses, ce qui devient propice aux conflits cognitifs, à la réflexion de ses activités

d’écriture et à la transformation et la complexification de la structure de ses représentations.

Ce long processus, qui s’amorce avant l’école, favorise des constructions servant

ultérieurement à mieux suivre les enseignements du cadre scolaire traditionnel qui mettront

souvent l’accent sur l’apprentissage des lettres et des phonèmes. Ainsi, l’enseignement

(17)

explicite vise à pousser les écritures de l’enfant vers la norme conventionnelle (Gauthier,

Bissonnette et Richard, 2007). Cependant, lire et écrire ne se réduisent pas à s’approprier

des normes linguistiques, mais s’inscrivent dans une démarche réflexive, personnelle et

sociale dans laquelle plusieurs facteurs sont convoqués. En fait, les connaissances dont

dispose l’enfant sont le plus souvent construites soit de son contact avec un environnement

riche d’écriture, soit de ses échanges quotidiens avec l’adulte. Loin d’être l’unique source

de l’apprentissage de l’écrit, l’école aide l’enfant, dès son entrée, à structurer son processus

d’apprentissage, à trouver de la cohérence dans ce nouveau code et surtout à prendre

conscience de l’existence et du fonctionnement du système d’écriture. Dans le but de guider

l’enfant dans son raisonnement, l’enseignant doit se servir de ses connaissances déjà

construites pour lui fournir une rétroaction adéquate qui permet de le propulser dans ses

représentations.

Bien entendu, tous les enfants ont besoin d’encadrement et de soutien puisqu’ils sont à

priori en cours de développement de leur langage écrit (Blaser, 2007). Les enseignants

doivent être conscients de l’importance du rapport que l’enfant entretient avec l’écrit pour

penser, apprendre et construire des connaissances qui lui seront utiles non seulement dans

le cadre scolaire, mais aussi dans la vie sociale. Dans cette optique, Charlot lie la notion du

rapport épistémique au savoir dans lequel il précise le recours à la réflexivité par rapport au

savoir et à la prise de conscience nécessaire à son appropriation (Bautier, Charlot et

Rochex, 1992).

Dans le but d'avancer des hypothèses sur la complexité de la tâche d'écriture qui dépasse la

question de la maitrise des normes et des règles grammaticales de la langue, la notion du

«rapport à l’écrit» est mise en avant par des chercheurs en sciences de l’éducation. Le

rapport à l’écrit est né du besoin de saisir la complexité de la relation qu’une personne

entretient avec l’écrit. En effet, cette notion fournit un cadre permettant d’avancer des

hypothèses sur les problèmes d’écriture qui vont au-delà de la maitrise de la norme et de

progresser dans la connaissance des scripteurs d’âges différents (Chartrand et Blaser,

2008). Comme le rapport à l’écrit désigne la relation entre un individu et l’écrit, il couvre

plusieurs dimensions: affective, axiologique, idéelle et praxéologique. Il permet entre autres

(18)

de cerner les facteurs psychocognitifs qui expliquent l’implication d’un individu dans l’acte

d’écrire.

Par ailleurs, la notion du rapport à l’écrit a un rôle déterminant dans la compréhension du

processus d’apprentissage de l’écriture et de la lecture chez l’enfant. Le rapport à l’écrit

débute dans la vie de l’enfant bien avant qu’il ne fréquente l’école, cette dernière n’ayant

pas le monopole pour l’établissement de ce rapport. Autrement dit, ce rapport se tisse avant

que l’enfant n’apprenne à lire et à écrire de façon conventionnelle. Le rôle de l’école reste

toutefois important dans le développement de ce rapport : non seulement lire et écrire pour

construire des connaissances, mais également pour en produire. Le rapport à l’écrit chez

l’enfant se développe d’une manière positive ou négative, selon les influences exercées par

sa famille, par son milieu scolaire et par son environnement social de façon générale. Ces

influences lui permettent de manière implicite d’acquérir des connaissances et de

développer des compétences dans l’écrit. Dès lors, l’enfant élabore sa conception de l’écrit

qui va toucher plusieurs sphères de sa vie (Chartrand et Blaser, 2008).

1.2 Une perspective socioconstructiviste

De grands courants théoriques ont dominé les recherches en psychologie au 20e siècle.

Beaucoup de chercheurs se sont questionnés sur le processus d’apprentissage. Les

behavioristes ont amplement marqué le domaine de l'éducation, de l'enseignement et de

l’apprentissage. En réaction au béhaviorisme, le constructivisme et le sociocontructivisme

développent de nouvelles théories d’apprentissage. Pour un béhavioriste, l’apprentissage

s’effectue lorsqu’un apprenant répond correctement à un stimulus donné. Le principe

central du béhaviorisme est la relation (Stimulus-Réponse de Pavlov) qui suggère une

réponse automatique de l’individu à un stimulus donné. En éducation, les béhavioristes

favorisent la répétition, lors des cours magistraux, afin d’augmenter la mémorisation et la

rétention du message. La pédagogie d’apprentissage par objectif est au cœur de cette

perspective. L’apprenant est donc conscient des objectifs de l’apprentissage fixés par

l’adulte, qui se fait graduellement, de la notion la plus facile à la notion la plus complexe.

Le renforcement joue un rôle très important dans l’apprentissage, soit positif lorsque

(19)

l’apprenant donne des bonnes réponses, soit négatif lorsque les réponses sont erronées

(Thomas, 2016).

Toutefois, la perspective béhavioriste ne laisse que très peu de place aux constructions et au

développement de l’enfant dans ce processus d’apprentissage. En fait, seuls les résultats

observables pour atteindre les objectifs sont considérés. L’apprenant dépend donc des

objectifs de l’enseignement. Pour expliquer l’entrée dans l’écrit de l’enfant, le

béhaviorisme n’est pas forcément pertinent. L’écriture provisoire de l’enfant présente une

situation spontanée où la créativité est attendue des enfants. Donc, prévoir les objectifs a

priori de l’action de l’enfant s’avère plutôt contreproductif (Desmers, 1984).

Cette nécessité de tenir compte des savoirs de l’apprenant dans le processus d’apprentissage

a notamment permis au constructivisme de voir le jour et d’adopter une nouvelle vision du

processus de l’apprentissage. Contrairement aux béhavioristes, les constructivistes ne

soutiennent pas l’existence d’une réalité absolue. La réalité a une signification unique

différente d’un individu à l’autre. Elle est relative à l’individu et reflète ses expériences et

ses savoirs déjà construits. L’apprentissage est plutôt un processus actif de construction de

la réalité par chaque individu (Mariné et Escribe, 2010). Les savoirs se construisent donc

des interactions de l’apprenant avec son environnement et les interprétations qui en

résultent.

Jean Piaget est l’un des plus importants chercheurs ayant marqué la perspective

constructiviste notamment par ses travaux portant sur le développement cognitif de l’enfant

de la naissance jusqu’à l’adolescence. Piaget considère que le développement cognitif de

l’enfant est un processus constructif, qui se fait par la confrontation de l’enfant à un

obstacle extérieur. Bien que cet obstacle se trouve dans l’environnement de l’enfant, la

dimension sociale n’a pas été amplement étayée dans les travaux de Piaget. La théorie

piagétienne distingue quatre mots clés importants lors du processus d’équilibration inhérent

à l’apprentissage de l’écrit chez l’enfant. Tout d’abord, l’assimilation qui permet de réunir

un ensemble de connaissances servant à construire un problème rencontré par l’enfant.

Ensuite, ce problème devient susceptible de créer un déséquilibre si l’enfant n’est pas en

(20)

mesure de trouver des solutions au problème. L’accommodation permet des

transformations de l’organisation des connaissances de l’enfant, car, en cas d’échec, cela

l’amène à réviser ses connaissances et à construire de nouvelles connaissances pour

s’adapter au problème. Enfin, l’équilibration marque ce réajustement et cette restructuration

des connaissances de l’enfant qui s’ajuste afin de mieux résoudre de nouveaux problèmes

(Bottani, 2001).

Lors de l’apprentissage de l’écriture, l’enfant est confronté à un certain degré d’abstraction.

Ainsi, il doit conceptualiser et créer des raisonnements logiques qui nécessitent un

tâtonnement répété sur son environnement écrit. C’est ainsi que l’apprentissage par la

confrontation aux situations-problèmes de Piaget aide l’enfant dans sa démarche

d’appropriation et de structuration de sa pensée, de sa construction de nouvelles

connaissances. Dans une perspective piagétienne telle qu’avancée par Ferreiro (2000),

lorsque l’enfant est confronté à des situations d’écriture, il se base sur des démarches qu’il

met en œuvre pour dépasser le conflit cognitif induit par la présence de l’écrit dans son

environnement. Les représentations de l’enfant sont sujet à des complications et des lacunes

multiples qui le bloquent dans la succession des stades de développement. Dans ce cas, il

va recourir à des essais et à des tentatives de résolutions du problème en mettant en action

des stratégies de rééquilibration où il reconstitue de nouvelles structures intégrant les

anciennes déjà construites.

Certes, une variété de constructions est mobilisée afin de permettre à l’enfant de se mettre à

l’œuvre. La perspective piagétienne invite à concevoir les activités constructives de l’enfant

comme une psychogenèse : les écritures des enfants ne sont plus le fruit hasardeux de

conduites intellectuelles, mais elles s’inscrivent plutôt dans une progression constructive

qui soulève des échanges avec les réalités environnant l’enfant. C’est en agissant

effectivement sur le monde qui l’environne que l’enfant est en mesure d’«acquérir des

formes de la pensée qui lui permettront de s’y adapter, de l’expliquer, de le modifier et de

l’enrichir de manière toujours plus fondée et efficace» (Ackermann, 2001; Ducret, 2001;

Von Glasersfeld, 2001).

(21)

Si le constructivisme a permis de mettre en avant-plan la psychogenèse des constructions

de l’enfant, le socioconstructivisme, quant à lui, ajoute au modèle de Piaget une dimension

supplémentaire, celle des interactions, des échanges et de la co-élaboration. Ce paradigme

postule que l'apprentissage est non seulement un processus dynamique mettant au premier

chef l’action de l’enfant, mais encore un processus impliquant hautement la médiation

sociale (Giasson, 2003). Ce mouvement socioconstructiviste, amplement initié par Lev

Vygotsky (1997/1934), estime que le développement ne se limite plus aux connaissances

logico-mathématiques telles qu’établies par Piaget, mais aux connaissances en rapport avec

des pratiques sociologiques. Vygotski (1997/1934) considère que l’enfant est imprégné par

le corps social qui structure particulièrement son apprentissage.

Ainsi, dans une perspective socioconstructiviste, l'apprentissage est considéré comme le

résultat de l’interaction de l’enfant avec son environnement social, interaction porteuse de

progrès cognitif. En effet, l’enfant observe l’environnement dans lequel il se trouve,

intériorise de nombreuses connaissances complexes, les assimile et les accommode suivant

des processus indissociables. L’enfant progresse dans son apprentissage, avec l'aide d'un

adulte ou d'un pair. Ce soutien apporté par l’environnement proche de l’enfant diminue à

mesure qu’il progressera dans son apprentissage allant jusqu'à disparaître complètement ou,

du moins, se déplacera en fonction des nouvelles capacités de l’enfant. Il est donc de la

responsabilité de l’adulte de déterminer le niveau de développement de l'enfant afin

d’adapter les interventions en fonction de ses représentations. En éducation, les

socioconstructivistes considèrent l'apprentissage comme le produit des activités

sociocognitives liées aux échanges didactiques entre enseignant-élèves et élèves - élèves.

Le concept d'une construction sociale de l'intelligence est la continuité d'une auto

socioconstruction des connaissances par ceux qui apprennent (Mariné et Escribe, 2010).

Dans cette perspective, l’institution scolaire consolide notamment les échanges

sociocognitifs entre l’apprenant et l’enseignant. En fait, ce qu’aujourd’hui l’enfant ne peut

accomplir qu’avec de l’aide, il sera en mesure de le faire indépendamment, demain

(Vygotsky, 1997). Cette vision favorise le développement cognitif par l’apprentissage qui

s’effectue avec des pairs plus expérimentés, des parents ou des enseignants. Chaque

(22)

activité cognitive exécutée par l’enfant doit être inscrite dans un contexte socioculturel

situé (Vygotski, 1997/1934). Ainsi, l’enfant est mis face à une situation-problème qu’il va

essayer de résoudre en se servant de la collaboration avec d’autres élèves, l’enseignant et

des supports variés, etc. C’est lors de cette étape qu’il recourt à toutes ses connaissances

déjà construites pour trouver une solution au problème posé. Cette mise en situation va

permettre à l’enseignant de déceler les conceptions à faire développer chez ses élèves et à

circonscrire l’intervention permettant de propulser leurs représentations.

Les deux perspectives, piagétienne et vygotskienne, mettent au premier plan l’aspect de la

construction de la connaissance ainsi que la cognition de l’enfant dans sa démarche

développementale et dans une vision dynamique de la structuration des savoirs. L’activité

de conceptualisation entraîne un progrès cognitif chez l’élève, ce qui amène à des activités

constructives bien réfléchies telle que décrites par Piaget. Comme le précise Ferreiro

(2000), l’acquisition de la langue écrite, en tant qu’objet conceptuel, progresse à travers

une psychogenèse bien structurée. En partant de cette conception constructiviste de l’écrit,

Emilia Ferreiro, inspirée par la théorie piagétienne, encourage le recours à l’écriture

«provisoire» conçue comme une psychogenèse faisant état d’un long processus de

développement. Elle précise que les enfants progressent à travers des étapes successives

qui se rattachent les unes aux autres en termes de mécanismes constitutifs qui donnent

raison de la suite des niveaux successifs. L’enfant commence son apprentissage avant

même son arrivée à l’école. Son environnement l’outille de savoirs qui le rendent

autonome. Ces savoirs font qu’il rompt avec la conformité de l’apprentissage transmis par

l’adulte. Ainsi, les constructions ne doivent pas se substituer aux savoirs scolaires

enseignés, mais ces derniers doivent s’appuyer sur les premières. De plus, les premières

productions de l’enfant, porteuses de sens, forment des hypothèses pour remettre en cause

des connaissances jusque-là construites afin d’accéder à un niveau plus haut de

conceptualisation. Ces productions soutiennent l’enfant dans son niveau de développement

et permettent à l’adulte de connaître où est rendu l’enfant pour le propulser jusqu’à l’étape

suivante.

(23)

Toutefois, si ces niveaux de développement sont amplement étayés dans la littérature

scientifique pour les alphabets occidentaux, il en va autrement pour les alphabets

sémitiques des langues écrites à structure consonantique. Si l’écriture provisoire est un

contexte propice permettant de propulser les représentations des enfants afin de servir

l’entrée dans l’écrit et d’émanciper le rapport au savoir concernant la lecture et l’écriture,

il convient de se pencher sur ces langues à structure consonantique.

1.3 Contexte libanais

Outre le contexte scolaire où l’enfant développe des habiletés et des connaissances liées à

l’entrée dans l’écrit, il y a l’environnement social et familial. C’est principalement dans ces

environnements que l’enfant commence à se forger sa représentation de l’écriture qui

l’entoure. Dès lors, il convient de considérer la réalité linguistique du Liban, son système

éducatif et, situé dans un tel contexte, le défi de l’apprentissage de la langue écrite pour

l’enfant libanais.

1.3.1 Réalité linguistique du pays

Le Liban est un pays historiquement plurilingue. Issues des échanges commerciaux ou des

conquêtes coloniales, les langues marquantes de son histoire ont toutes fini par laisser des

traces sur la langue qui est devenue plus tard le symbole identitaire du pays : le libanais.

Toutefois, cette langue reste une langue orale et à usage populaire. Il importe de souligner

qu’au Liban, contrairement au Québec, il n’y avait pas matière à un clivage linguistique et

culturel. Le libanais a toujours été la langue maternelle de plus de 95% du peuple.

Compte tenu de l’histoire du Liban, l'arabe littéraire est la langue écrite officielle du pays,

le français est la langue seconde, alors que le libanais, appelé aussi l’arabe levantin du

Nord, est la langue maternelle de la majorité de la population. Dès un âge précoce, le

Libanais est confronté à plusieurs langues. Toutes les recherches à ce sujet confirment

l’absence du monolinguisme au pays (Hafez, 2009). Cette situation, très complexe, illustre

que la société multilingue libanaise possède des langues parlées et écrites qui cohabitent

harmonieusement. Chaque langue a donc sa raison d’être: le libanais utilisé à l’oral est la

(24)

langue maternelle, l’arabe littéraire est celle utilisée à l’écrit et dans tout échange officiel et,

enfin, le français est la langue étrangère, mais très présente dans la vie quotidienne.

Le libanais est en fait un dialecte issu d'un mélange entre la langue arabe littéraire parlée à

l'époque de l'expansion arabo-musulmane et les langues locales. Il possède une grammaire,

une syntaxe, un vocabulaire et une prononciation qui le distinguent de l'arabe littéraire.

Parfois, l’intercompréhension entre une personne, peu scolarisée, ne parlant que le libanais,

et une autre parlant l’arabe littéraire est très difficile. Le libanais inclut de nouveaux mots et

des tournures de phrases empruntées aux langues étrangères, notamment au français ou à

l'anglais.

Pour tous les Libanais, l'arabe littéraire est la seule variation apprise à l’école, alors que le

libanais, appris à la maison, demeure leur langue maternelle. L’usage de la variation

libanaise est limité au registre familier comme les conversations, les chansons, les loisirs

pratiqués, les émissions télévisées, etc. Bien que l'arabe littéraire soit la seule langue écrite

officielle, les gens communiquent exclusivement en libanais à l’oral, même lorsqu’il s’agit

de contextes formels. La majorité des journaux est d’expression arabe littéraire, de même

que les écrits officiels des institutions gouvernementales et paragouvernementales.

Récemment, le libanais écrit émerge dans les affiches, les poèmes et écrits de quelques

poètes révolutionnaires qui veulent s’approcher de la réalité et du vécu du peuple. Les

Libanais sont donc exposés, au quotidien, aux écrits en arabe littéraire, en libanais, en

français et même en anglais: affiches publicitaires, noms d’établissements, appellations

commerciales, etc. Cela engendre une parfaite situation de diglossie. Toutefois, dans cette

situation linguistique complexe, le français jouit toujours d’un statut privilégié au Liban.

Or, dans les rues, le franbanais (français-libanais) s’impose comme langue d’usage,

notamment dans les milieux francophones libanais. Il s’agit d’une pratique linguistique très

fréquente mélangeant les deux codes arabe-français (Kotob, 2010). Rares sont les Libanais

qui parlent français exclusivement. Cette situation peut se limiter à quelques enfants dont

les parents sont hautement scolarisés et qui favorisent la communication en français lors

des échanges quotidiens à la maison. Les inégalités dans les classes sociales font en sorte

(25)

que certains enfants arrivent à l’école en étant préalablement exposés au français alors que

d’autres arrivent peu ou pas initiés.

1.3.2 Système éducatif libanais

Il importe de signaler que la variation libanaise n’est pas prise en considération dans

l’enseignement formel. Toutes les écoles enseignent plutôt la langue arabe littéraire qui se

distingue du libanais. Le système éducatif libanais se caractérise par la dominance du

secteur privé ainsi que par la liberté du choix de la langue d'enseignement: l’arabe, le

français ou l'anglais. La plupart des écoles proposent l’apprentissage de ces trois langues

simultanément. En effet, les écoles primaires publiques ont la liberté d’offrir les disciplines

scolaires en français, en anglais ou en arabe, pendant le premier cycle (1

ère

, 2

ème

et 3

ème

années) et le deuxième cycle (4

ème

, 5

ème

et 6

ème

années). Toutefois, toutes les écoles

publiques doivent suivre le même programme du ministère de l’Éducation nationale, peu

importe la langue d’enseignement choisie. Les disciplines sont données, soit en arabe soit

en français selon les établissements scolaires et leur emplacement géographique. Par

exemple, dans les régions défavorisées, les écoles utilisent des manuels de sciences et de

mathématiques en arabe pour faciliter aux parents la tâche d’aider leurs enfants à accomplir

leurs devoirs. Dans les milieux sociaux moyens, les écoles optent plutôt pour des manuels

scolaires en français, pour assurer une facilité de passage à l’école complémentaire

(l’équivalent du secondaire 1, 2 et 3 au Québec). Le niveau du français est donc inégal chez

les élèves libanais, selon l’établissement scolaire fréquenté.

Dans les écoles francophones, toutes les disciplines se donnent en français alors que l’arabe

littéraire est enseigné huit heures par semaine, comme cours de langue. Ces établissements

scolaires offrent les disciplines telles que l’histoire, la géographie, les sciences et le civisme

(l’équivalent de l’éthique dans les écoles québécoises) en français. Dans un tel contexte,

l’enfant sera fortement exposé au français dans son cheminement scolaire. Bien que ces

écoles consacrent beaucoup d’heures pour l’enseignement du français, son usage dans le

contexte de la vie quotidienne chez les élèves de classes sociales moyennes, ne dépasse pas

les formules de salutation.

(26)

Les écoles privées, quant à elles, ne suivent pas le programme du ministère de l’Éducation,

mais respectent, bien sûr, les compétences établies par ce dernier. En effet, elles élaborent

leur propre programme qui tient compte surtout des compétences nécessaires pour le

passage au brevet libanais. Ce dernier consiste en un examen officiel obligatoire pour toutes

les écoles au Liban. L’écart entre le secteur privé et public s’avère énorme dans

l’apprentissage du français. Cela se manifeste notamment lors des examens officiels au

brevet libanais. Des recherches menées par le ministère de l’Éducation et de

l’Enseignement Supérieur (les statistiques du CRDP, 2008) ont montré que le taux de

réussite des examens du ministère (qui sont en français) est beaucoup plus élevé auprès des

élèves qui fréquentent les écoles privées.

1.3.3 Le défi de l’apprentissage de la langue écrite chez l’enfant libanais

Dans un tel contexte sociolinguistique, l’apprentissage de la langue écrite reste un grand

défi pour le jeune enfant. L’enfant, dans son apprentissage, doit appréhender le code écrit

dans la diversité de ses formes linguistiques, particulièrement

l’enfant libanais. Ce dernier,

dès la maternelle, confronte sa langue maternelle à celle de l’école (l’arabe littéraire). De

plus, l’apprentissage simultané du français ajoute une autre complexité à son processus

d’apprentissage.

En français,

l’enfant est confronté à un seul système langagier où il peut recourir à ses

connaissances orales pour soutenir l’identification des mots qu’il commence à décoder au

début de son apprentissage. Pour identifier le mot écrit «porte», l’enfant peut parvenir à le

décoder dès la première fois, en le rapprochant d’un mot oral connu. En fait, l’enfant

s’ajuste en changeant le phonème [o] lorsqu’il décode [portə] par le phonème [ɔ] afin de

lire [pɔrt] qu’il associe alors à un mot connu de son répertoire lexical oral (Sirois, 2004;

Sirois et Boisclair, 2007). L’enfant s’approprie les valeurs sonores non habituelles ou

variées de certains graphèmes. Une continuité entre le français oral et le français écrit

s’instaure, dans la mesure où l’un soutient l’autre. Cependant, l’enfant libanais, confronté

au mot «argent», écrit en arable littéraire peut très bien le décoder sans toutefois l’associer à

un mot connu à l’oral, car il s’agit d’un mot inexistant dans son répertoire lexical libanais.

(27)

Pour s’en convaincre, il convient de considérer l’écriture et la prononciation de ce mot

«argent» à la fois en Libanais et en arabe littéraire.

Libanais Prononciation

Arabe littéraire

prononciation

Massari/ يراصم

[masaʁi]

Noukoud/دوقن

[nukud]

Dans ce cas, l’enfant ne peut pas alors rapprocher son décodage à un mot connu à l’oral, car

l’écrit et l’oral de l’arabe littéraire est très éloigné du libanais. L’enfant doit donc effectuer

davantage d’inférence lexicale que l’enfant francophone, car la majorité des mots écrits en

arabe littéraire seront des nouveaux mots à la fois à l’écrit et à l’oral.

En arabe, l’apprentissage de la langue écrite exige un degré de difficulté additionnel, à

cause de sa sonorité très différente de la langue orale, ce qui crée un obstacle

supplémentaire pour l’enfant libanais. Toutefois, il convient aussi de souligner que parfois

la variation libanaise ressemble à l’arabe littéraire, diminuant ainsi la difficulté de

compréhension comme le verbe «حار» qui veut dire «partir» et qui se lit et se prononce de

manière identique:

Libanais prononciation

Arabe littéraire

Prononciation

Rah/حار

[ʁah] Rah/حار

[ʁah]

Il importe de signaler que l’écart majeur entre les deux systèmes est principalement

phonétique: certaines lettres en arabe littéraire s’expriment avec beaucoup d’emphase, alors

qu’en libanais elles sont simplifiées, remplacées, voire retirées, afin d’alléger la

prononciation.

(28)

2 L’article

Hassoun, M., Makdissi, H. et Sirois, P. (Soumis et en évaluation)

A B C ou ب

أ ت : représentations du système d’écriture de l’enfant libanais.

Cet article a été soumis au numéro thématique spéciale «La littératie: regard

pluridisciplinaire sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture de la maternelle à la fin du

primaire » (dirigé par M-F. Morin, C-Gonsalves et D.Alamargot) de la revue Nouveaux

Cahiers de la Recherche en Éducation.

Résumé

Cette recherche vise à décrire les liens entre les représentations des enfants dans deux

systèmes d’écriture: alphabétique et consonantique. Cette étude transversale a été déployée

auprès de 60 enfants libanais âgés entre 4 et 6 ans

1

. Les écritures des enfants autour de huit

mots ont été récoltées en français et en arabe. Les résultats ne montrent aucune différence

significative entre les deux systèmes d’écriture aux âges de 4 et 5 ans. C’est à l’âge de 6

ans que des différences significatives se présentent entre les deux langues. Les résultats

montrent une différence significative des écritures en fonction de l’âge. Ces résultats

soutiennent l’hypothèse développementale d’une structuration unique inductive quant aux

codes alphabétique français et consonantique arabe. Cette structuration se distingue pour

chacune des langues lors de l’entrée formelle dans l’écrit.

Descripteurs: 1- émergence, 2- littératie, 3- écriture provisoire, 4- français, 5- arabe

1Maha Hassoun, étudiante à la maîtrise, est boursière du Programme canadien de bourses de la francophonie (PCBF). Il convient ainsi de

(29)

2.1 Introduction

Plusieurs chercheurs ont montré que l’enfant conceptualise l’écrit avant même d’avoir été

exposé à un enseignement systématique du code (Besse, 2000; Ehri, 1997; Ferreiro, 2000;

Fijalkow & Fijalkow, 1991; Goodman & Goodman, 1980; Morin & Montésinos-Gelet,

2007). Cette construction de l’enfant sur le système écrit implique une prise de conscience

reposant sur plusieurs abstractions réfléchissantes comme le montre si bien Ferreiro (2000).

Ainsi, les écrits de l’enfant ne sont plus considérés comme des produits hasardeux, mais

plutôt comme des connaissances qui se développent, se structurent et se complexifient

progressivement (Piaget, 1968; Piaget et Inhelder, 1992/1966). Les hypothèses d’écriture

des enfants ne sont plus considérées comme des erreurs fautives, mais deviennent garantes

des tentatives de structuration face aux obstacles que le code écrit, présent dans

l’environnement, impose à l’enfant (Ferreiro, 2000; Morin et Montésinos-Gelet, 2007). Dès

lors, dans une perspective constructiviste, le rôle de l’enseignant se transforme de

pourvoyeur de connaissances matures en provocateur des représentations de l’enfant, ce

qui suppose une fine guidance appuyée sur le développement des représentations de ce

dernier.

Or, si le développement de l’enfant quant aux représentations du code qu’il construit a été

amplement étayé dans différentes langues comme le français (Besse, 1993; Morin, 2002),

l’espagnol (Ferreiro, 2000), le danois (Frost, 2001) qui présentent toutes des structures

alphabétiques, peu d’études se sont penchées sur les systèmes d’écritures sémitiques qui

ont une structure consonantique. En outre, le contexte social des enfants qui entrent dans

l’écrit dans les pays arabophones propose souvent un enseignement de deux langues dès le

début de la scolarisation. C’est donc dire que l’enfant entre dans l’écrit, non seulement

dans une modalité bilingue, mais encore appréhende-t-il deux codes de structures

différentes, le français ayant un code alphabétique et l’arabe reposant sur un code

consonantique.

Dès lors, il convient de s’interroger à savoir si l’enfant apprend deux systèmes d’écriture

en parallèle ou s’il conceptualise une structuration unique qui se manifestera par ses

(30)

productions écrites à la fois en français et en arabe. Le but de cette recherche est

précisément de décrire les liens entre les représentations des enfants dans deux systèmes

d’écriture par l’intermédiaire de leurs écritures provisoires: consonantique/arabe et

alphabétique/français.

2.1.1 Historique des systèmes d’écriture consonantique et alphabétique

Sous l’angle de la phylogenèse, le développement des systèmes d’écriture dans l’humanité

montre un certain continuum à travers les diverses transformations. Olson (1998) démontre

de manière éloquente comment ces transformations ne marquent pas vraiment une

complexification des systèmes évoluant vers celui qui serait supérieur aux autres, mais en

réalité comment la création de chacun survient par l’emprunt d’un système d’écriture à une

civilisation qui s’est vu adapté aux particularités de la nouvelle langue qui se l’est

approprié. Ce chemin historique demeure intéressant puisque, comme il sera possible de le

voir plus loin dans cet article, il trace les nécessités des transformations qui semblent être

reconstruites par l’enfant quand il s’approprie un système d’écriture.

Sans entrer dans une description exhaustive de la phylogenèse, certaines grandes étapes de

transformation peuvent être mises en relief à partir des recensions d’Olson (1998) et de

Healy (2005). De 10 000 ans avant Jésus-Christ (av. J.-C.) à 4 000 ans av. J.-C, déjà homo

sapiens sapiens élaborait des marques écrites, notamment pour rendre compte de récits de

chasse ou de rites mortuaires. À cette époque, les écritures étaient pictographiques,

c’est-à-dire qu’elles prenaient la forme de dessins, d’images qui représentaient les choses ou les

événements, de manière figurative. C’est donc dire que l’écriture à cette époque ne référait

pas à la langue orale, aux mots prononcés. Ainsi, les interprétations et la mise en mots à la

«lecture» de ces écritures n’étaient pas stables dans l’expression verbale.

Dès le début de l’agriculture, autour de 8 000 ans av. J.-C. à Sumer, en Mésopotamie (voir

figure 1), la nécessité de tenir les comptes des échanges a permis la création des bullae,

petites enveloppes d’argile dans lesquelles étaient consignées les avoirs. Ainsi, beaucoup

plus en lien avec le développement du système de numération permettant de dénombrer les

(31)

ans av. J.-C., vers des systèmes logographiques. Une révolution importante survient avec

ces systèmes logographiques: ce sont les mots dits qui sont marqués à l’écrit. La suite des

mots est donc représentée et il y a apparition de la syntaxe dans l’écriture. Par exemple, on

n’indique plus sur les bullae «mouton, mouton, mouton» afin de les dénombrer, mais bien

«trois moutons».

Figure 1 - Carte du Croissant fertile tirée de

http://a404.idata.over-blog.com/3/15/42/92/Orient-Ancien/croissant-fertile.png

La langue utilisée à Sumer était monosyllabique. Ainsi, un système logographique prenait

toute sa pertinence. Entre 3 000 ans av. J.-C. et 1 600 av. J.-C., les logographes, ancrés par

des marques figuratives comme les premiers hiéroglyphes égyptiens (voir figure 1), se

transforment en marques de plus en plus abstraites comme le cunéiforme babylonien (voir

figure 1). Les Akkadiens (Irak actuel, voir figure 1), qui ont une langue plurisyllabique,

empruntent les logos sumériens en les associant à leurs syllabes et en les combinant. Ceci

(32)

crée le premier syllabaire où chaque marque écrite indique un élément plus petit que le

mot, la syllabe.

Autour de 750 av. J.-C., l’écriture syllabique sera transformée par les Phéniciens (voir

figure 1) en une écriture consonantique (langues sémites) qui marquera encore des unités

plus petites que la syllabe. Le système consonantique phénicien marque à l’écrit tous les

phonèmes consonnes prononcés, les particularités de la langue permettant de reconnaître

les mots sans la présence de voyelles puisque les voyelles viennent strictement décliner un

même mot. Par souci de clarté, la racine écrite BRD signifie «froid». En ajoutant des

voyelles différentes dans cette racine, la déclinaison précise exactement le sens en contexte

phrastique: «barada» signifie «il a eu froid», «bared» veut dire «le froid», «barrad» dénote

«un réfrigérateur». Ainsi, l’ordre des mots à lui seul permet aux locuteurs scripteurs de la

langue d’inférer les voyelles à placer à l’oral. Le premier alphabet est donc né avec les

Phéniciens, non pas dans le sens d’un principe alphabétique strict indiquant tous les sons

de la parole, les voyelles n’étant pas marquées à l’écrit, mais au sens où les langues

sémitiques ont majoritairement contribué à isoler certains phonèmes, les consonnes de la

langue parlée. D’après Healy (2005), les consonnes sont l’ossature qui évoque le sens de

base, tandis que les voyelles habillent de chair ce squelette. Il est important de rapporter

que, dans beaucoup de publications en arabe et en hébreu (journaux, livres, etc.), les

voyelles ne sont pas notées. Une révolution majeure survient en ce que le système

d’écriture consonantique devient hautement efficace puisqu’il implique très peu de

marques écrites (Healy, 2005).

Ce n’est qu’autour de 750 ans av. J.-C. que les Grecs empruntent l’écriture consonantique

et l’adapte à leur langue voisée, c’est-à-dire où les voyelles viennent changer la racine du

mot, comme pour le français. Contrairement aux langues sémites, en français comme en

grec, les changements de voyelles changent la famille de mots tant et si bien que le mot

«fraise» ne partage aucun lien de famille avec le mot «frise» par exemple. Ainsi, en plus de

marquer les consonnes, l’écriture indique également des marques spécifiques pour les

voyelles. On en arrive au premier système utilisant un principe alphabétique complet.

(33)

2.1.2 Les distinctions entre l’écriture consonantique/arabe et alphabétique/français

La phylogenèse des systèmes d’écriture permet de mettre en évidence que le système

d’écriture consonantique arabe, tout comme le système d’écriture français, en grande partie

alphabétique, isole et marque à l’écrit des phonèmes de la langue parlée. Dans l’alphabet

arabe, ce sont les phonèmes consonantiques qui sont isolés à l’écrit sans que les voyelles ne

soient tenues en compte. Il existe toutefois trois voyelles, nommées longues ou courtes, qui

sont placées au-dessus, au-dessous ou à côté des consonnes qui, elles, forment les racines

verbales. Les voyelles viennent s’ajouter à ces consonnes de manière à ce qu’elles

précisent le sens dans la phrase et même le rôle grammatical d’un mot. Comme il devient

extrêmement difficile pour un lecteur débutant de lire le mot correctement sans l’aide de

marques écrites supplémentaires indiquant les voyelles, ou sans une bonne connaissance de

la langue littéraire qui se distingue énormément des langues parlées, ces marques

diacritiques pour les voyelles sont placées pour favoriser l’entrée dans l’écrit.

L’enfant libanais est exposé dans son environnement autant à l’écriture française qu’à

l’écriture arabe, autant aux chiffres arabes (également empruntés par les Occidentaux)

qu’aux chiffres phéniciens. Dès lors, il convient de présenter brièvement les principaux

aspects des différents systèmes d’écriture avec lesquels l’enfant libanais est en contact

avant son entrée en maternelle.

La langue arabe utilise un système d’écriture consonantique de 28 lettres. Elle se lit de

droite à gauche sur une ligne horizontale. Il n’y a pas de distinction entre la majuscule et la

minuscule. Les voyelles ne sont pas nécessairement marquées étant donné que le contexte

phrastique suffit pour identifier les mots écrits. La langue arabe possède trois voyelles;

celles-ci sont longues, brèves ou doublées. Leur prononciation est ainsi conditionnée par

l’environnement consonantique. Les trois voyelles de base sont al fatha, al damma et al

kasra qui ont respectivement la valeur phonémique pour un [a], [u] et [i]. En outre, une

autre marque fut inventée pour indiquer le redoublement d’une consonne, al chadda. En

outre, certaines lettres n’ont pas la même graphie en fonction de leur place dans le mot. La

lettre غ par exemple s’écrit différemment quand elle est placée au début (بارغ), au milieu

Figure

Figure 2 - Rangs moyens en écriture provisoire en français et en arabe en fonction des  groupes d’âge
Tableau 2.6: Présentation du rang le plus élevé pour maternelle 2
Tableau 3.2: niveau de représentation de Badriya en arabe  Rang: 1
Tableau 3.6: niveau de représentation de Majdi en arabe  Rang: 1
+7

Références