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Technique et objets techniques : l'atelier de réparation (S)lowTech

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Academic year: 2021

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Technique et objets techniques : l’atelier de réparation

(S)lowTech

Claire Bouju

To cite this version:

Claire Bouju. Technique et objets techniques : l’atelier de réparation (S)lowTech . Sociologie. 2017. �dumas-01701818�

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Claire Bouju

M1 Epic

Technique et objets techniques : l’atelier de

réparation (S)lowTech

Crédit photo : Association PiNG

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Remerciements

Je tiens tout d’abord à remercier chaleureusement toute l’équipe de l’association PiNG qui m’a accueillie pendant ces quelques mois.

Merci à ma tutrice, Mona Jamois, pour sa bienveillance et son attention, ses conseils et sa grande disponibilité.

Merci à Charlotte Rautureau, Julien Bellanger et Thomas Bernardi pour m’avoir transmis de nombreuses ressources et rendu clair le projet (S)lowTech.

Je tiens également à remercier ma directrice de mémoire, Joëlle Deniot, pour m’avoir soutenue pendant ce travail et aiguillé mes recherches.

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-1-Sommaire

Introduction ………p4-5

Partie I : Contextualisation du terrain de recherche………...p6-24 L’association PiNG et mes missions……….…………p6-13

Présentation de l’association Le budget de l’association Les lieux

Présentation de mes missions de stage Choix du terrain de recherche

Le projet (S)lowTech………..p14-20

Retour sur l'historique du projet Déroulement d’un atelier

Mes missions de stage dans le cadre du projet (S)lowTech Le public de l’atelier (S)lowTech

Problématisation de la réflexion et méthodologie………...p21-24

Évolution de la réflexion et problématisation Méthodologie

Partie II : Une nouvelle relation à l’objet technique au sein de l’atelier ?...…...p25 -40 Objets techniques, objets du quotidien : questionnements sur la technologisation de nos modes de vie………p26-32

Des objets du quotidien

Une connaissance limitée à nos usages

Des consommateurs éloignés des processus de fabrication modernes

Le processus de réparation : rétablir la proximité entre l'individu et la machine..………p33-40

Comment voyons-nous les objets techniques ? Au-delà de la surface, le fonctionnement interne Rapprocher le corps de la machine

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-2-Partie III : La réappropriation de la technique au sein de l’atelier (S)lowTech..…p41-60 Le contexte technicien de l’atelier : un contexte propice ?...……p42-49

Présentation de l’espace Un nouveau rapport au temps

Comment apprend-t-on à l’atelier ?...…...…..p50-57

La co-réparation ou pédagogie horizontale

La réintroduction de la main et la prise en charge des outils : mise en pratique La réappropriation par le langage

Les limites de la réappropriation……….……p58-60

Partie IV : Les enjeux de (S)lowTech………...p61-76 Contrôler son environnement technique………...p62-64 (S)lowTech : une forme de détournement actif………...p65-69

Des schémas de comportement imposés La culture du détournement

L’enjeu environnemental……….….…..p70-72

Un enjeu directement inscrit dans le projet La revalorisation des déchets

Des valeurs partagées ?...…....…....p73-76

Des motivations différentes parmi les participants et les réparateurs La transmission des valeurs au sein de l’atelier

Conclusion………...p77 - 78 Annexes………...p79 - 82 Bibliographie ………p83-84

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-3-Introduction

Un stage dans une association où se nourrit une telle valorisation de la fabrication, de la création, du DIY (« Do It Yourself »), devait nécessairement me mener vers une réflexion sur le processus du « faire » aujourd’hui. Ancrée dans le numérique, l’association PiNG explore en partie les nouvelles façons de créer, de fabriquer, de transformer une ou plusieurs matières notamment à travers les nouveaux outils numériques. En fréquentant les ateliers et leurs habitués, ce n’est pas au faire numérique que je me suis intéressée, mais plutôt aux réminiscences et survivances du faire manuel, de l’utilisation des mains plutôt que d’outils numériques, à la matérialisation plutôt qu’à la dématérialisation physique de la technique.

Le projet (S)lowTech est ancré dans la technique. Durant l’atelier, les personnes s’y confrontent, la découvrent et la pratiquent. Chacun arrive avec ses propres connaissances, sa propre vision, consciente ou inconsciente, des machines, des objets techniques de son quotidien et les confronte avec la réalité matérielle. Cette confrontation avec la technique, plus ou moins importante selon les participants, va à l’encontre du phénomène d’aliénation technique contre lequel Simondon nous mettait en garde *1. Aliénation à quoi ? À un environnement technique, de plus en plus fondé

sur des technologies inappropriables par la plupart d’entre nous. Renouer avec la technique pour mieux connaître et maîtriser son environnement, sensibiliser aux enjeux contemporains de la technique (politiques, sociaux ou encore environnementaux)… nous pourrions trouver plusieurs buts à l’atelier (S)lowTech, plusieurs raisons qui l’ont fait naître. Il faudrait commencer par comprendre d’où vient cette aliénation dont nous parle Simondon, ce manque de connaissance et de maîtrise concrète d’une technique envahissant le quotidien contemporain. Car elle est bien envahissante, elle est bien fondatrice du mode de vie « technologisé » de la plupart des ménages, elle est bien toujours un peu plus indispensable à l’exécution de nombreuses tâches.

Mais de quelle technique parlons-nous vraiment ? Quelle technique nous aliène ? Si d’après que Leroi Gourhan *2 ou encore Jean Vioulac *3, la technique en tant que telle est indispensable au

développement de l’homme car c’est elle-même qui a permis le processus d’hominisation, ses trajectoires sont diverses et donc ses conséquences potentielles également. La technique en tant que phénomène en soi ne peut être désignée comme responsable d’un phénomène d’aliénation, mais ce sont les chemins qu’on lui fait emprunter qui le peuvent. Par le processus d’industrialisation et de

1*Simondon Gilbert, Hart John universitaire, et Deforge Yves ; Du Mode D'existence Des Objets Techniques ; Édition augmentée d'une préface de John Hart et d'une postface de Yves Deforge ; Paris ; Aubier ; 2001. (Ière éd. 1958)

2*Leroi-Gourhan André ; Le geste et La Parole ; Paris ; Albin Michel ; 1964 ; (Ière éd.)

3* Vioulac Jean ; « L’émancipation technologique » tiré de la Revue Esprit ; Numéro 433 Mars-Avril ; Le problème technique ; Paris ; Éditions Esprit ; 2017 ; (Ière éd.)

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mondialisation, nous avons petit à petit remplacé une technique manuelle, proche de la personne et appropriée par celle-ci, à une technique industrielle, donnant forme à des objets techniques tous les jours un peu plus « high tech », s’immisçant dans les vies des contemporains mais dont ces derniers n’ont pas participé à leur conception ou fabrication et qui sont donc plus difficilement réappropriables. C’est donc une certaine trajectoire de la technique qui peut être critiquée.

Au-delà d’une certaine critique, c’est un ensemble de solutions et de réflexions proposées qu’il m’a semblé trouver au sein du projet (S)lowTech. Des solutions au fossé grandissant entre la technique et les personnes via une découverte de ses propres objets techniques, de ses propres capacités, une pratique plus ou moins régulière d’outils manuels … et des réflexions nourries au gré des conversations entre bénévoles, participants et chargés de projet, des allusions parsemées ici et là pendant les réparations…

Tout cela au sein d’un atelier de quartier où se rencontrent des gens du coin et d’ailleurs, qui se connaissent ou non, des bénévoles, des réparateurs aguerris, des curieux ou des personnes en besoin. Parmi ces personnes, ce sont différentes motivations qui les font venir à l’atelier, motivations qui rejoignent ou non celles de l’association et qui peuvent évoluer au fur et à mesure que les enjeux de (S)lowTech sont transmis pendant les ateliers.

(S)lowTech est, à l’image de nombreux autres projets de l’association PiNG, une invitation à l’exploration. L’exploration de la technique, élément fondateur de nos modes de vie mais face auquel pourtant de plus en plus se sentent démunis. L’exploration de ses propres capacités et de leurs possibles évolutions, l’exploration d’une nouvelle liberté une fois ses capacités affirmées, une fois la réappropriation de la technique amorcée. L’atelier est générateur de rencontres et d’échanges, il favorise un croisement de personnes aux horizons divers et donne à ces rencontres un temps régulier, dédié. Au-delà de son aspect social, il offre la possibilité à ceux qui le souhaitent d’amener vers une critique sociétale mais laissant le choix, n’imposant jamais rien mais gardant la porte toujours ouverte.

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-5-Partie I – Contextualisation du terrain de

recherche

L’association PiNG et mes missions

 Présentation de l’association

Durant mes cinq mois et demi de stage à l’association, je me souviens qu’à plusieurs reprises, ses salariés s’amusaient de la difficulté de présenter « brièvement » PiNG, de part la grande variété de projets et sujets transversaux dont ils traitent. C’est une tâche ardue et peut-être périlleuse, mais je consens à m’y aventurer.

PiNG est une association de loi 1901 fondée en 2004 et composée de 7 salariés permanents, 13 membres au sein du conseil d’administration, de 233 adhérents et de nombreux bénévoles. Sa mission « principale» est de promouvoir et diffuser la culture numérique sous tous ses aspects : artistiques, techniques, éducatifs, scientifiques, sociaux … De grands thèmes s’entrecroisent : la réappropriation, l’exploration, l’expérimentation, la transmission de savoir-faire … L’association aborde la culture numérique sous un angle particulier : la culture libre. PiNG la définit de la façon suivante : « La culture libre est un mouvement social qui promeut la libre distribution et

modification des œuvres de l'esprit par l'utilisation d'internet ou d'autres formes de médias. Le mouvement de la culture libre puise sa philosophie dans celle du logiciel libre en l'appliquant à la culture, dans des domaines aussi variés que l'art, l'éducation, la science, etc. » *1. Un logiciel libre est un logiciel dont l’utilisation et la modification resteront ouvertes à tout utilisateur afin promouvoir sa diffusion et son adaptabilité aux besoins des différentes personnes. C’est-à-dire donc de faire en sorte que les personnes puissent se réapproprier leur environnement et leurs outils numériques.

Pour transmettre cette culture, l’association propose différents moyens avec des acteurs variés sur des sujets très différents mais qui convergent vers la question de la culture libre. Chaque mardi par exemple, l’association ouvre les portes de son fablab Plateforme C pour une visite guidée afin d’introduire à la culture du fablab qu’elle définit comme « un atelier collaboratif de

fabrication numérique et de prototypage rapide dans lequel il est possible de fabriquer “presque 1* http://www.pingbase.net

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n’importe quoi”. Il regroupe un ensemble de machines à commande numérique (imprimantes 3D, découpe vinyle, découpe laser, fraiseuse numérique, etc.) ainsi que les outillages mécaniques et électroniques standards »*1. Pour faire émerger les consciences sur les possibilités en matière de propriété intellectuelle, PiNG a mis en place avec Vladimir Ritz, doctorant en propriété intellectuelle associé de l’association sur le projet « C LIBRE », des accompagnements juridiques pour les adhérents de l’association. Ces adhérents sont souvent encouragés à documenter par des textes et des photographies leurs projets réalisés dans le cadre de l’association (voire en dehors), afin de permettre à d’autres de les faire à leur tour, car la transmission des connaissances et savoir-faire s’inscrit dans la logique de la culture libre. À travers l’animation du réseau Parcours Numériques, PiNG tend à mettre en lien les différents acteurs travaillant autour de la médiation numérique (collectivités, médiateurs …) pour favoriser la diffusion d’outils de ré-appropriation du numérique adaptés à leur(s) public(s). Autrement, l’association organise des événements culturels ponctuels sur des thématiques soit grand public (par exemple, le festival Ceci n’est pas un déchet) soit plutôt réservés à des professionnels (ex : les rencontres Parcours Numériques …), mets des ateliers mis à la disposition des adhérents (Plateforme C et l’Atelier Partagé du Breil), organise des rendez-vous hebdomadaires (Atelier Partagé, Apéro-projets…), des stages (Fablab Junior) , ou bien encore des collaborations mises en place avec des artistes, chercheurs … sur des thèmes précis. PiNG a la particularité de mener des « recherche-actions » : ils font à la fois un travail, souvent en collaboration avec d’autres acteurs, de recherche théorique sur des sujets qu’ils trouvent pertinents mais tout en soutenant, alimentant et partageant cette recherche par une expérimentation via la pratique (par exemple, des ateliers). Les exemples ci-dessus cités ne sont qu’une partie de toutes les activités de l’association que je ne pourrai pas toutes aborder ici mais qui mériteraient une étude plus approfondie que ce que je peux offrir dans ces pages.

 Le budget de l’association

Son budget annuel en 2016 était de 531 947. L’association possède 10 partenaires financiers réguliers ou principaux (le ministère de la culture et de la communication, le ministère de l’économie, de l’industrie et du numérique, la région Pays de la Loire, Nantes Métropole…). Voici quelques exemples des subventions que reçoit l’association : 15 000 de la DRAC Pays de la Loire, 34 500 de la Ville de Nantes, 240 000 du Conseil Régional des Pays de la Loire…). Ces subventions s’expliquent par l’intérêt porté par les collectivités envers l’association et son implantation stable sur le territoire. À cela s’ajoute les ressources propres, par exemple les adhésions (20 euros) ou

1* http://www.plateforme-c.org/portfolio/lefablab/

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-7-encore les interventions extérieures qui nécessitent de mobiliser un ou plusieurs salariés telles que des ateliers ou conférences lors d’événements.

 Les lieux

L’association est présente sur deux lieux : le pôle associatif du 38Breil et l’Île de Nantes. Les bureaux sont situés au 38 Breil ainsi que leur Atelier Partagé. Sur l’Île de Nantes, l’association a installé son fablab, Plateforme C, dans un ancien hangar.

Parlons d’abord du pôle associatif du 38Breil. Il se trouve au sein du quartier Breil-Barberie, situé au Nord-Ouest de Nantes, qui comprend actuellement 23 653 habitants. Le bâtiment est entouré par des logements sociaux, un café associatif, une école primaire, une maison de quartier et une petite zone de commerce (boulangerie, supermarché…).

Source photo : http://www.nantes.fr/home/a-votre-service/equipements/salles-et-espaces/breil-malville.html?src_originsitekey=nantesfr

Il accueille d’autres associations en-dehors de PiNG, telles que Lolab, Miniflotte… Leur lieu de rencontre principal est la cuisine, située au premier étage. Cette pièce est l’endroit de sociabilisation le plus important dans le bâtiment malgré le fait que dû à des emplois du temps différents, les associations ne s’y croisent pas toujours.

Au 2e étage se trouvent trois salles (de trois couleurs différentes) dédiées à l’association

PiNG. La première (verte) contient 8 bureaux qui sont organisés en openspace. Rassemblés face à face et en groupe de 4, les bureaux comportent à peu près tous un ou plusieurs espaces de

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rangement, des stylos, une plante et un ordinateur. Dans cette même salle, très lumineuse, on tombe dès que l’on entre sur un espace « salon » ou « goûter » composé de trois anciens sièges de voiture, une petite table et un chariot contenant du thé, des gâteaux, du café… Une bibliothèque, des étagères de rangements, une imprimante et un scanner composent également la pièce. On peut trouver sur un meuble de rangement des tas de flyers provenant d’autres associations, collectifs…

La deuxième salle (jaune) est une salle réservée de manière générale aux réunions (internes mais aussi quand les membres de l’association y rencontrent des partenaires ou des intervenants extérieurs). Elle est composée d’un lieu de stockage divers (appareils photos, ordinateurs, câbles …), d’une grande table de réunion sur laquelle se trouve un écran de télévision (qui sert à projeter divers documents durant les réunions) et d’un autre coin « salon » doté de canapés, fauteuils et plantes. C’est également dans cette salle que vient parfois travailler un membre de l’association quand il veut être au calme (qui peut venir à manquer dans les organisations en open-space) ou que plusieurs membres de l’association veulent faire un point sur un sujet sans déranger les autres.

Enfin, la dernière salle (bleue) est dédiée à un projet spécifique de l’association : l’Atelier Partagé. Il consiste en la mise à disposition d’un espace dans lequel on trouve toute sorte d’outils (plutôt de maison mais aussi certains plus spécifiques tels qu’une petite imprimante 3D) pour bricoler, construire, détourner et réparer toute sorte d’objets. Il mobilise sur les temps qui lui sont dédiés deux services civiques accompagnés par un chargé de projet de l’association. C’est un espace ouvert aux adhérents de l’association (mais non fermée à de nouvelles personnes venues découvrir) tous les mardis après-midi de 14h à 20h et organisé de la façon suivante :

Source : Association PiNG

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-9-Plateforme C est le deuxième lieu de l’association et un autre projet phare. Il est tenu plusieurs jours par semaine et le samedi par deux animateurs fablabs et les deux services civiques déjà mentionnés (bien que d’autres membres de l’association y passent également une bonne partie de leur temps).

Cet espace est mis à disposition des adhérents, mais aussi des écoles partenaires, de groupes et de professionnels. Il contient notamment : plusieurs machines à commandes numériques, (une imprimante 3D, une découpe-laser, un Routeur CNC, une découpe-vinyle… pour lesquelles il faut prendre un abonnement), des ordinateurs, des espaces de travail (pour le bois, les métaux…), du matériel de récupération en libre-service, un espace ressource doté de plusieurs canapés, d’un frigidaire et de nombreux livres. Pour accéder aux machines à commande numérique, il faut prendre un abonnement en plus de l’adhésion. Les membres de l’association qui y travaillent ont un bureau fermé au sein du hangar, contenant des ordinateurs, tables, chaises et du matériel de bureau.

L’organisation temporelle du fablab est la suivante :

Source : Association PiNG

Les OPENateliers du jeudi après-midi sont ouverts et il s’agit d’un atelier libre. En dehors de ces temps, il faut être abonné et réserver un créneau sur une machine. De façon assez régulière et souvent les samedis matins, une initiation sur l’une des machines à commande numérique est organisée et animée pour permettre aux adhérents de s’y former, le but étant de les rendre autonomes sur ces machines. Tous les premiers jeudis, au soir, a lieu l’apéro-projets, temps convivial pendant lequel les adhérents peuvent venir présenter leurs projets.

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Présentation de mes missions de stage

L’intitulé de mon stage était « Assistante en communication ». J’avais pour mission de soutenir le travail de la chargée de communication de l’association au quotidien mais j’étais également amenée à travailler avec les autres salariés à certaines occasions. Je devais m’assurer de la bonne diffusion des informations sur plusieurs plans. Tout d’abord envers les adhérents, ce qui m’amenait à rédiger des articles sur les sites internet de l’association, la base des newsletters et de nombreux mails. Puis cela comprenait également l’animation des réseaux sociaux : la rédaction de posts, l’annonce des événements et des initiations, la diffusion de ressources ...Pour diffuser les informations de l’association en externe, il m’a fallu alimenter certains agendas culturels, réaliser des flyers et affiches…

Le stage comprenait également une partie « Relations Presse » qui incluait, lors de certains événements (tels que le stage Fablab Junior en Avril 2017), de rédiger et mettre en page des communiqués de presse, de contacter différents médias pour leur proposer de couvrir ces événements … J’ai aussi eu l’occasion d’être chargée de la Revue de Presse de l’année 2016 et de la mise à jour du fichier des contacts presse de l’association, en plus de l’envoi des communiqués de presse mensuels.

Une des autres tâches consistait à alimenter l’association en photos et vidéos sur leurs ateliers, événements et adhérents. Régulièrement je devais me rendre à Plateforme C sur les temps des OPENateliers pour prendre des photos et vidéos des adhérents travaillant sur leurs projets ou bien quand un atelier plus spécifique était organisé. Pendant leurs événements tels que les Rencontres Parcours Numériques ou Fablab Junior, je devais être sur place pour photographier, filmer, recueillir des témoignages et en aval faire du montage vidéo. Dans le souci de rendre le travail des adhérents plus visible et de le valoriser, j’avais pour tâche de réaliser des « portraits » écrits ou vidéos pour montrer les personnes fréquentant Plateforme C et mettre en avant leur(s) projet(s). À cela s’ajoutait naturellement l’accueil du public lors des événements organisés.

Je passais la plupart de mon temps dans l’openspace, entourée donc des collègues de l’association. C’est l’organisation habituelle : les services civiques et stagiaires travaillent dans les mêmes bureaux que les salariés (sauf pour ceux dont la mission est consacrée au fablab Plateforme C). Il m’arrivait aussi de me déplacer à Plateforme C pour y prendre des photos, documenter …

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-11- Choix du terrain de recherche

Quand je suis arrivée chez PiNG, j’ai été confrontée à ce que je considère comme une forme d’ambiguïté. En fréquentant l’Atelier Partagé et Plateforme C, je me suis vite rendue compte de cette soif de faire, de faire de ses mains et de son esprit, de cette envie de créer, de manipuler, et inconsciemment pour certains et moins pour d’autres d’avoir une maîtrise sur son environnement matériel. Mais à côté de cet encouragement à faire par ses mains, l’association promeut (et cela est bien logique, au vu de ses thématiques) l’utilisation de machines à commande numérique, des machines donc qui font en partie à notre place, même si l’instruction, l’initiative vient de nous-mêmes. Bien sûr cela facilite grandement le travail demandé, cela rentre dans la logique de la structure et cela demande des compétences précises à acquérir, mais je n’ai pu m’empêcher d’établir un parallèle entre une forme d’« externalisation » de nos capacités, ici particulièrement manuelles, et les machines à commandes numériques. Cela néanmoins reste une remarque d’ordre tout à fait personnel qui mériterait une plus profonde réflexion et analyse.

Cette remarque m’a poussée à étudier cependant cette « soif de faire » dont je parlais, car elle est bien présente. J’ai donc tout d’abord passé un peu de temps à Plateforme C en essayant d’étudier les adhérents de l’association pendant leurs temps de travail ou de loisir. Voici un extrait de mon journal de bord :

« Le « Faire numérique : on se sert des machines à commande numérique pour la fabrication /

risque-t-on de ne plus savoir faire sans ces machines ? Externalisons-nous trop nos capacités ? Attention : le fablab est-il un lieu de fabrication exclusivement numérique ?

Ces machines permettent une forme de réappropriation car elles ouvrent un champ des possibles. La fabrication comme élément de tissu social ? Tiers-lieu et fabrication ?

-fabrication collective / les individus se rassemblent par la volonté de faire -lien entre le processus de fabrication et la création de tissu social

-valorisation des « makers » / vocabulaire spécifique »

J’ai vite réalisé qu’il me serait très difficile d’axer mes recherches sur Plateforme C, au vu de l’immense variété des projets qui y sont créés, des personnes et structures qui investissent le lieu. Je craignais de manquer de temps et de véritables compétences en matière d’analyse sociologique. J’ai

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donc décidé de me diriger vers une autre activité de l’association : l’Atelier Partagé. De par ses thématiques, il me semblait viser un public plus spécifique (finalement, cela était plutôt relatif…) et la dimension sociale, au vu de sa position géographique (le quartier de Breil-Barberie) et des besoins auxquels il tente de répondre, paraissait plus intéressante à aborder.

En parallèle de ces réflexions sur le terrain, je nourrissais mon temps libre de lectures sur cette notion de « savoir-faire », sur la culture manuelle … Le premier ouvrage qui fit émerger mon intérêt fût Éloge du carburateur, Essai sur le sens et la valeur du travail, de Matthew B. Crawford

*1, (justement découvert à Plateforme C) qui cherche à remettre en avant la culture manuelle et

revaloriser le travail des mains, longtemps dénigré au profit du travail intellectuel jugé plus « digne ». Ces lectures avaient pour but d’alimenter ma réflexion sur l’Atelier Partagé. Mais étant donné que plusieurs thèmes distincts étaient consacrés à cet atelier (couture, réparation et informatique), j’ai décidé de ne pas étudier l’Atelier Partagé dans sa globalité par peur de ne pouvoir axer ma réflexion sur un point précis et de m’éparpiller dans mon analyse. Je décidai donc de ne retenir qu’une seule thématique de l’Atelier Partagé, celle qui me semblait être le plus en lien avec la culture manuelle et technique : l’atelier de réparation (S)lowTech.

1* Crawford Matthew B. ; Éloge du carburateur, Essai sur le sens et la valeur du travail ; Paris ; Éditions La Découverte ; 2010 (1ère édition en 2009)

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-13-Le projet (S)lowTech

 Retour sur l'historique du projet

C'est une volonté d'expérimentation qui a fait naître le projet (S)lowTech. Au fur et à mesure des années, de plus en plus de personnes amenaient à l'association PiNG divers objets : des ordinateurs, des imprimantes, de vieux jouets électroniques … Leur laissant donc le rôle et la responsabilité de leur trouver une utilité. À mesure qu'ils s'accumulaient, il a bien fallu leur en trouver une et déterminer s'il s'agissait de déchets ou bien de ressources, et si oui, quel type. Les membres de PiNG avaient déjà une réflexion sur les conséquences environnementales de la gestion actuelle des ressources et des déchets électroniques, informatiques … et l'accumulation de ces objets les mena à se questionner sur la réutilisation possible de ce type d'objets techniques et les formes diverses qu'elle pouvait prendre. A l'occasion de Nantes Capitale Verte en 2013, date à laquelle la ville fût récompensée par l’Union Européenne pour ses efforts en matière d’environnement, un appel à projet fût lancé, donnant la possibilité de faire naître des initiatives invitant à engager d’avantage les comportements favorables à l’environnement. Il fût donc décidé par les membres de PiNG de proposer le projet (S)lowTech, autour des questions d'obsolescence des objets principalement électroniques, informatiques et électriques, et de leurs conséquences environnementales.

Le lancement du projet a été marqué par une journée de rencontre en juin 2013, l'occasion pour l'association de se positionner en tant qu'acteur dans un réseau déjà impliqué dans les questions de réparation et d'obsolescence : « Donc on a fait une rencontre autour de la notion d'obsolescence

et de développement technologique où on avait invité des acteurs du territoire, donc y avait Envie 44, qui répare l'électroménager, et qui est en plus dans une dynamique d'insertion sociale qu'est plutôt intéressante, et y avait Alice 44 qui pour le coup répare le côté informatique et pareil qu'est dans une dynamique d'insertion sociale. Donc eux étaient venus en grands témoins en disant « nous on a une expertise et une expérience de la réparation donc on va la partager avec vous » et puis on avait aussi un intervenant, Serge Latouche, qui est du coup un acteur fort de la décroissance, qu'a écrit un livre qui s'appelle Bon pour la casse *1, et qu'est vraiment sur le thème de l'obsolescence ».

*2

1* Latouche Serge ; Bon pour la casse, les déraisons de l’obsolescence programmée ; Paris ; Éditions Les Liens qui Libèrent ; 2015 ; (Ière éd)

2* Entretien n°2

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-14-Pendant les années 2013 et 2014, l'association organisait plutôt des ateliers de réparation ponctuels, hors les murs, au Breil ou bien à Plateforme C. En parallèle de ces ateliers, pour stimuler la réflexion sur ces derniers, l'idée était également de s'insérer dans un réseau et d'amener des artistes à participer, comme ce fût le cas pour Benjamin Gaulon *1. Les rendez-vous ponctuels et

hors-les-murs apportaient quelques difficultés. Tout d'abord à cause de raisons d’ordre pratique : organiser des ateliers de réparation en extérieur voulait dire qu'il y aurait toujours un outil, une pièce ou un composant manquant. Souvent l'atelier consisterait donc d'avantage à du diagnostic qu'à de la réparation à proprement parlé. De plus, le manque de régularité demandait plus de travail en terme d'animation : les réparateurs bénévoles devaient toujours être sollicités, mais jamais de façon régulière car cela pouvait être deux fois par mois ou bien une fois tous les trois mois, ce qui n’était pas forcément évident pour créer une véritable dynamique de groupe.

En septembre 2015, l'association a transformé la dernière salle de ses bureaux, la salle verte, en l'Atelier Partagé, pour en faire un atelier de bricolage mis à disposition des adhérents et des habitants du quartier du Breil. Ce projet de l'association s'inspire de la logique des jardins partagés, qui visent à mettre à disposition un jardin et de quoi jardiner à des habitants vivant en milieu urbain et n'ayant pas le terrain ou les outils pour. L'Atelier Partagé propose donc un espace, des outils mais aussi une aide pour bricoler, réparer les objets, faire de la couture … tous les mardis après-midis. Sur chaque mardi se positionne une thématique spécifique (sauf un mardi par mois où l'activité est « libre ») : couture, informatique ou réparation. Le projet (S)lowTech a donc été intégré dans l'Atelier Partagé, ce qui fût l'opportunité de consacrer un temps régulier et un espace dédié et identifié à cette expérimentation. Dès lors, la plupart des ateliers de réparation se sont faits dans cet espace même si certains ont pu être réalisés ailleurs dans le cadre d’événements particuliers, tels que le festival Tous Terriens organisé par le Grand T en juin 2016. Cette plus grande régularité dans les ateliers a joué un rôle dans la création d’un groupe de réparateurs bénévoles impliqués dans le projet dont nous parlerons un peu plus bas.

Mais l’association n’a pas cantonné le projet (S)lowTech aux ateliers mensuels et hors-les-murs, bien que cela représente la majeure partie. À côté, ils ont par exemple mis en place un événement autour de l’économie circulaire, le festival Ceci n’est pas un Déchet, en partenariat avec Stations Services et Robin Débrouille (deux associations travaillant entre autres sur les questions de réemploi des objets et matières premières) en septembre 2016. Des interventions extérieures ont été organisées, telles que des conférences, (dernièrement, au salon Natura Bio par Thomas Bernardi), des résidences de chercheurs (dont le chercheur brésilien Felipe Fonseca en 2016), la publication

1* Benjamin Gaulon est un artiste intéressé par les questions du réemploi : http://www.recyclism.com/

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-15-d’articles … Cela montre la volonté de l’association, non seulement d’essaimer des pratiques chez les personnes, mais aussi de pousser la réflexion sur ces mêmes pratiques, dans cette dynamique de « recherche-action » dont je parlais plus haut.

Bien sûr tout projet ou initiative s’inscrit dans un contexte particulier. (S)lowTech rejoint la dynamique des Repair Cafés. Ces ateliers de réparation « conviviaux » se sont développés aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en France… Le premier Repair Café a vu le jour en 2009 à Amsterdam *1. Ces dernières années, plusieurs Repair Cafés ont été organisés de façon plus ou

moins régulière par différentes associations et dans différents types de lieu sur Nantes : le Repair Café des Amis de la Terre se tenant au café Chez Mon Oncle un mardi par mois ou encore le Repair Café Informatique de Nantes. Les grands principes qui les animent sont les suivants : l’importance de réparer ensemble, la volonté de faire émerger les consciences sur les dégâts causés par les déchets électroniques, amener les individus à réparer eux-mêmes… Des thématiques et enjeux que nous retrouvons au sein de (S)lowTech.

 Déroulement d’un atelier

Un atelier se déroule de la façon suivante : une petite équipe de réparateurs bénévoles est présente, ainsi que quelques animateurs dont les services civiques accompagnés par un chargé de l’association, pour assister les personnes dans la réparation de leurs objets. Les réparateurs bénévoles ne sont jamais laissés seuls pour gérer l’atelier. En plus d’animer l’atelier, les services civiques et chargés de l’association doivent documenter le déroulement de l’atelier et des réparations, ce qui a pour but de transmettre les informations nécessaires aux prochaines personnes confrontées aux mêmes situations.

Quand une personne arrive, elle est donc accueillie par l’un des animateurs qui lui pose des questions sur les raisons de sa venue, les problèmes de son objet, si elle a déjà tenté quelque chose et quoi … Puis elle est souvent invitée à commencer par ouvrir seule son objet en attendant que l’un des réparateurs vienne l’aider à réaliser le diagnostic et réparer son objet. Les animateurs font le lien entre les personnes et les réparateurs et ces derniers accompagnent la personne (sans qu’aucune promesse de succès garanti ne soit faite), mais les rôles ne sont pas fixes. C’est ainsi que de 14h à 20h (même si l’affluence se fait plus généralement à partir de 15/16h), les participants s’attellent à la réparation d’objets divers, les réparateurs passent d’un objet à un autre, tournent et s’entraident. Ce temps est parfois entrecoupé par une pause « goûter », visant à faire naître du dialogue entre les personnes. Le déroulement général dépend bien sûr de la fréquentation, du nombre de réparateurs présents, de la volonté ou non des participants de s’impliquer dans la réparation de leur objet…

(19)

 Mes missions de stage dans le cadre du projet (S)lowTech

Mes missions de communication ont d'une certaine façon été un atout pour moi dans la réalisation de ce mémoire. À chaque atelier (S)lowTech, mon rôle était de prendre des photos (autant des réparations que des personnes), d'alimenter les réseaux sociaux et quand l'occasion se présentait, de réaliser de courtes vidéos où le participant pouvait avec ses mots expliquer la réparation de son objet. Le fait de prendre des photos, d’être derrière l’objectif, me plaçait d’ores et déjà dans la position d’observatrice. De plus, ce rôle était avant moi déjà endossé par d’autres membres de l’équipe, donc personne ne s’est jamais offusqué de me voir les photographier (même si au début, n’étant pas familière avec eux je me suis sentie obligée de leur demander leur autorisation). J’ai donc pu à ce titre être présente à quasiment tous les ateliers (S)lowTech et, avec l’accord de ma tutrice, profiter de ce temps pour observer l’atelier dans le cadre de mon travail de recherche. En-dehors des ateliers, j’avais aussi pour mission d’assurer la visibilité du projet (S)lowTech sur le réseau social Twitter, ce qui m’a amenée à me documenter sur le sujet et identifier plusieurs acteurs travaillant sur les mêmes thématiques. De plus, quelques petites missions m’ont été confiées en lien avec ce projet : recenser une partie des réparateurs professionnels et des Repair Cafés sur le territoire de Nantes, aider à la réalisation d’un questionnaire pour mieux cerner les réparateurs bénévoles ou encore trier la documentation sur les réparations passées.

 Le public de l’atelier (S)lowTech

Il m’a semblé nécessaire de distinguer au sein du public auquel s’adresse l’atelier les réparateurs bénévoles de ceux que j’appelle les «participants», c’est-à-dire ceux qui viennent avec un objet à réparer et qui ont besoin d’assistance.

Étudions tout d’abord le cas des réparateurs. Dans le cadre des Rencontres Parcours

Numériques organisées par PiNG en mars 2017, un atelier de présentation de (S)lowTech était

proposé. À cette occasion, un questionnaire à destination des réparateurs a été rédigé dans le but d’élaborer une sorte de « portrait-robot » (voir annexe n°1). Voici quelques données qui ont été tirées des réponses de huit réparateurs/réparatrices et de l’analyse faite par l’association :

la majorité est composée d’hommes

les tranches d’âges les plus courantes sont les suivantes : les 26/59 ans et les 60 ans et plus (bien

que d’après mes observations, les réparateurs les plus souvent présents avaient entre 45 et 65 ans environ).

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-17-la plupart ont des compétences techniques en électronique, en informatique, en électricité et en

mécanique qu’ils ont pu acquérir via leur activité professionnelle, leurs loisirs ou bien encore au sein du cadre familial.

Voici les différentes professions qui sont ressorties : électronicien, enseignant-chercheur,

technicien, graphiste, informaticien, développeur informatique, technicien industriel et développeur

leur fréquentation de l’atelier est soit mensuelle soit occasionnelle.

leurs motivations concernent notamment l’engagement bénévole, le partage de savoirs et de

compétences ainsi que la sensibilisation aux déchets électroniques et autres.

ils sont tous adhérents à l’association

La présence des réparateurs est indispensable au bon déroulement de l’atelier, car c’est par eux que se fait la transmission de savoirs et compétences techniques et grâce à eux que le processus de réparation peut avoir lieu. Sans eux, la réparation devient bien plus compliquée car les chargés de l’association et les services civiques ne possèdent pas leurs compétences, même si leur base peut suffire dans certains cas. De par leurs professions et leurs passifs variés, leurs savoirs et compétences sont multiples et divers, permettant ainsi une assez bonne complémentarité.

Au total, l’association compte une vingtaine de réparateurs. Mais durant les ateliers auxquels j’ai participé, seule une petite équipe de réparateurs réguliers est venue presque à chaque fois : plutôt des hommes, retraités ou en activité, ayant eu une carrière professionnelle en lien avec la technique, venant soit par amour de la bidouille soit par convictions personnelles, et généralement plutôt investis dans les activités de l’association. Durant mon stage, j’ai assisté à un renouvellement des bénévoles: de nouvelles personnes ayant entendu parlé de l’atelier de réparation sont venues se porter volontaires, ce qui souligne à nouveau que l’association a été identifiée comme un acteur de la réparation. Ce renouvellement a été permis notamment suite à la diffusion d’une annonce de PiNG proposant de devenir bénévole (voir annexe n°2) mais aussi à un intérêt grandissant des médias envers ces initiatives.

En ce qui concerne les participants, il n’a pas été possible pour moi d’établir des caractéristiques claires et universelles les définissant, puisque leurs origines, leurs motivations, leurs âges, leurs connaissances personnelles… tout cela est très diversifié et rendait le public difficilement identifiable. Réparer son objet est une action qui ne vise pas un public bien spécifique. De plus, l’ouverture de l’atelier au plus grand nombre était l’un des objectifs de l’association. Mais j’ai néanmoins pu identifier plusieurs tendances et distinguer certains types de participants sur la base de mes observations et des entretiens.

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-18-Nous pouvons tout d’abord noter que les personnes venant de façon régulière aux ateliers sont des personnes plutôt originaires du quartier et relativement âgées. Cela s’explique par l’âge moyen du quartier et aussi par le jour et les horaires consacrés à l’atelier : peu de monde est souvent disponible les mardis de 14h à 20h. Cela m’a été confirmé en entretien : « En gros sur les ateliers

réguliers, c’est des gens du quartier. Le quartier du Breil, c’est un quartier populaire … donc tu te dis va y a voir des jeunes, des jeunes de cité et compagnie mais eux clairement ne viennent jamais ici. Je pense qu’ils préfèrent faire autre chose. Et sinon, en fait quand tu regardes la démographie du quartier, c’est un quartier âgé. Donc c’est représentatif aussi de la typologie du quartier de fait. Je pense qu’il y a aussi une question de temps. Notre atelier il est de 14h à 20h, donc hormis si t’es sans-emploi ou si tu bosses avec des horaires un peu comme tu veux, c’est compliqué de venir. Donc on a quelques personnes qui débarquent à 18h, qui sont pour le coup des actifs je pense, mais la population c’est plutôt des gens qui ont le temps, qui sont à la retraite, qui viennent du quartier je pense. C’est à peu près ça. » *1. Leurs motivations sont plutôt d’ordre social, l’Atelier Partagé du Breil ayant été aussi identifié comme un temps de rencontre des gens du quartier. En moyenne, ces personnes participent aussi aux autres ateliers (particulièrement les ateliers couture et les ateliers libres), on peut supposer que c’est la rencontre sociale permise par l’atelier plus que sa thématique précise qui les intéresse.

Il existe également un public moins régulier, qui en général ne vient pas du quartier mais de plus loin (mais certains, malgré la distance, viennent assez souvent), en moyenne un peu plus jeune, et qui participe à l’atelier car ils ont identifié ce lieu comme un espace de réparation, avant de l’identifier comme un lieu de rencontre. L’objectif est donc différent : « Les gens qui viennent pas

d’ici je pense que c’est plus des gens qui vont avoir entre vingt et quarante, quarante-cinq ans, et qui viennent parce qu’ils ont repéré qu’il y avait un atelier de réparation donc ils font la démarche de venir exprès, peu importe leur quartier. Eux ils viennent vraiment chercher le service tu vois, c’est pas le service de proximité, et ils se disent … je pense qu’ils sont vraiment motivés par le côté environnemental et les valeurs que ça peut véhiculer, c’est vraiment des motivations différentes.Et t’as de tout, t’as pas mal de femmes en fait qui viennent, qui sont peut-être plus sensibles que les mecs à réparer leurs trucs et les faire durer. Ou des petits couples qui viennent ensemble réparer leur robot ménager ou leur télévision, y en a eu pas mal des comme ça. » *2

En plus de tenter de mieux cerner les participants, il m’a parût important durant mes observations et mes entretiens, au vu de mes axes de recherches, de chercher à savoir quel était le niveau global de compétences et connaissances techniques globales de la plupart des participants. De part de la variété du public, il est bien sûr très hétérogène. Voici quelques extraits d’entretiens m’ayant permis de mieux l’appréhender et l’étudier :

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-19-« Y a de tout. Alors y en a qui ne savent rien, et je te dis la seule chose qu'ils vont faire ça va être dévisser, mais c'est déjà pas mal, c'est un premier pas. Alors ils ont jamais pris un tournevis de leur vie dans les mains alors du coup première étape. Y en a qui vont savoir ouvrir le truc mais qui vont pas savoir repérer, qui n'auront pas de notions en électronique, en électricité, tout ce truc-là et donc du coup qui sont bricoleurs mais qui sont pas très techniciens sur le côté électronique et électricité. Y en a qui sont assez calés, fin tu vois qu'ont au moins des notions sur ces sujets-là, parce qu'ils sont anciens ingénieurs, anciens électriciens, anciens machins… et puis du coup ils maîtrisent ce trucs-là mais le côté informatique et tout ça ils ne l'ont pas donc ils ont besoin de compétences là-dessus. C'est à peu près ça hein. » *1

« C’est très hétérogène. Y a quelques bidouilleurs qui arrivent, qui ont entendu parler de composants, des machines, qui savent. Y en a qui arrivent, ils savent utiliser un tournevis mais de manière pas très très sérieuse. On voit bien qu’ils ne prennent pas le tournevis pour la vis qu’il y a à démonter. (…) Sur les tournevis et autre chose, y en a qui sont très désarmés. Ça dépend du niveau d’exigence que l’on demande. On voit bien qu’y a une marge de progression très sérieuse qui existe. Les savoirs sont globalement pas très très bons. Les gens ne sont pas très bricoleurs. » *2 « Y a pas énormément de personnes qui se pointent et qui savent déjà réparer leurs trucs. Les gens nouveaux qu’arrivent c’est plus bah pour profiter, fin pas « profiter » mais … voilà c’est l’occasion de pourquoi pas s’y mettre et donc je dirais moi c’est rare, y a plus de gens qui viennent qui ont pas de compétences spécifiques en réparation. ».*3

Ces extraits se sont confirmés pendant mes temps d’observation de l’atelier. Si les savoirs diffèrent selon les personnes, il faut néanmoins souligner que, mise à part quelques fois où certains sont en recherche d’un espace ou d’outils spécifiques, la plupart des personnes venant pour réparer un objet sont en demande d’assistance, ce qui signifie qu’il leur manque (à un degré plus ou moins important) une dose de compétences et de connaissances pour diagnostiquer le problème et trouver une solution. De mes séances d’observation, je retiens notamment des personnes ayant un réel besoin d’accompagnement et de soutien.

1* : Entretien n°2 2* : Entretien n°3 3* : Entretien n°1

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Problématisation de la réflexion et méthodogie

 Évolution de la réflexion et problématisation

Dès lors que je décidai de recentrer mon terrain de recherche à l’atelier (S)lowTech, j’ai axé mes recherches plus spécifiquement autour de la technique. Ce grand terme qui englobe tant et tant de significations m’a causé bien des problèmes pour le définir. Mais même tant difficile à définir, il m’a bien fallut tenter de saisir cette notion puisqu’elle me paraissait complètement inhérente à l’atelier. Voici quelques bases que j’ai pu retenir pour fonder mes axes de réflexion :

Le terme « technique » provient du grec « techné », qui renvoie à « produire », « fabriquer » ou

encore « construire ». Sa signification se rattache à la production et les savoir-faire la permettant *1.

Un exemple : la technique de l’artisan

 La technique peut être définie comme condition de l’hominisation et indissociable de la nature de

l’homme : « La technique fonde ainsi le processus même de l’hominisation (…). Parce qu’il

fabrique ses propres outils, que ceux-ci sont amovibles, l’homme a la possibilité d’avoir tous les organes et d’en changer à volonté. Il a également la possibilité de les améliorer : la technique ouvre donc à l’homme l’espace de sa liberté et celle du progrès, et parce qu’il peut modifier son environnement et non pas simplement s’y adapter, il n’a jamais un simple biotope, mais un monde. Aussi la question de la technique n’est-elle rien de secondaire ou d’empirique : elle définit la position fondamentale de l’humanité au sein de la nature et ce qui fait de l’homme un « être-au-monde ». » *2

 Paradoxalement à ce dernier point, l’évolution historique des systèmes techniques de production

transformés par l’évolution des sciences a donné lieu à un système de production industriel de masse. Un exemple : la production des objets ménagers en usine. L’homme ne crée plus ses propres outils mais les achète déjà fabriqués.

Nous vivons actuellement dans un système technicien où tout est interdépendant (nous parlons

d’une société technicisée) mais aussi de plus en plus indépendant de l’homme car le système technique, de la société mais aussi des objets techniques du quotidien, se détache de lui.

Chacune de ces bases a fait naître des réflexions que j’ai dû confronter aux ateliers auxquels j’ai assisté. Il faut noter que dans ces prochaines pages de ce mémoire, je distingue et compare la

1* http://www.universalis.fr/encyclopedie/technique/1-le-sens-de-la-technique/ 2* Vioulac ; p89

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-21-technique manuelle, proche de l’individu, à la -21-technique industrielle moderne, qui en est éloignée. Car ce qui m’intéressait notamment c’était étudier le rapport entre la personne et la technique, mais je n’aborderai pas les grands systèmes techniciens qui fondent notre société (par exemple, le système d’électricité moderne auquel dépendent les foyers).

Au sein de l’atelier, la technique était manuelle. C’est avec leurs mains et leurs outils que les personnes tentaient de réparer. Néanmoins, les objets amenés à réparer étaient tous des objets issus d’un système de production industriel. Les personnes tentent donc de réparer des objets qu’ils n’ont pas eux-mêmes fabriqué et qui sont issus de schémas de fabrication que sans doute très peu connaissent. Mes lectures m’ont menée vers des auteurs inquiets quant au fossé se creusant entre les individus et la technique, c’est-à-dire le manque de connaissances et compétences techniques, une forme de désintérêt social, menant vers une espèce d’aliénation et de manque de contrôle sur leur environnement. C’est notamment la revue Esprit, dans son numéro de mars-avril 2017, Le problème

technique *1, qui m’a menée à me poser ces questions.

Au vu des réparations, qui concernaient donc des objets électroniques, informatiques et électriques, je me suis rapidement intéressée à la nature même des objets qui étaient amenés à réparer. Il s’agissait d’objets du quotidien : des grille-pains, des sèche-cheveux, des ordinateurs, des écrans de télévision … J’ai donc été très surprise de réaliser qu’en effet, la totalité de notre quotidien repose sur des objets techniques mais qu’en parallèle, notre maîtrise et connaissance de la technique qui les compose est parfois très limitée. Cette prise de conscience m’a amenée à me questionner sur le rôle de ces objets techniques au sein de notre quotidien et notre maîtrise sur eux. Je me suis donc orientée vers des ouvrages sociologiques tels que Sociologie des techniques de la

vie quotidienne, sous la responsabilité d’Alain Gras, Bernard Joerges et Victor Scardigli *2.

Je ne pouvais échapper à la nécessité d’esquisser une définition des « objets techniques » dont je parlerai tout du long. Un objet technique, pour être créé, fabriqué, assemblé, nécessite un savoir-faire, manuel ou industriel, l‘extraction de ressources et la transformation de diverses matières, puis l’assemblage d’un ensemble de pièces et de composants pour former un tout. Selon Simondon, un objet technique se définit par son inscription dans une évolution technique. Il traite donc de l’objet technique dans la globalité de son évolution, et non pas de son état à un moment donné : « Le moteur à essence, par exemple, ne serait pas tel ou tel moteur donné dans le temps,

mais le fait qu’il y ait une suite, une continuité allant du premier moteur Ford à ceux que nous connaissons aujourd’hui, lesquels sont eux-mêmes en évolution. » *3.

1* Revue Esprit ; Numéro 433 Mars-Avril ; Le problème technique ; Paris ; Éditions Esprit ; 2017(Ière éd)

2* Alain Gras, Bernard Joerges et Victor Scardigli ; Sociologie des techniques de la vie quotidienne ; Paris ; Éditions L’Harmattan ; 1992 (Ière éd.)

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Dans le cadre de ce mémoire, je m’intéresse particulièrement aux objets techniques issus d’un processus de fabrication industriel et destinés à la consommation, dont le système technique interne depuis un moment évolue en se refermant sur lui-même et se complexifiant, échappant ainsi à la possibilité d’être réapproprié par les personnes.

Pour parler de ces objets techniques, j’utiliserai occasionnellement le mot « machine ». Voici la définition qu’en donne le dictionnaire Larousse : « Appareil ou ensemble d'appareils capable

d'effectuer un certain travail ou de remplir une certaine fonction, soit sous la conduite d'un opérateur, soit d'une manière autonome. » *1. En termes de représentation, l’image de la machine se rattache aux notions d’autonomie, d’indépendance. La machine au quotidien exerce pour nous des fonctions et c’est sous cette notion de délégation, d’autonomie propre que nous l’étudierons.

Sous l’éclairage de ces questionnements, j’ai pu formuler ma problématique suivante : En

quoi dans un contexte de distanciation des personnes vis-à-vis de la technique et de leurs objets techniques, l’atelier(Sl)owTech vise-t-il à permettre une forme de réappropriation et quels en sont les enjeux ?

Pour y répondre, j’ai tenté de voir au sein de l’atelier (S)lowTech quel était le rapport entre les personnes et la technique, c’est-à-dire quelles étaient leurs connaissances et compétences techniques, leur rapport à leur environnement technique… Il fallait également étudier les méthodes selon lesquelles l’atelier (S)lowTech tentait et pouvait modifier la relation que les personnes avaient avec leurs objets techniques, avec leurs machines, ainsi que la vision qu’elles avaient de celles-ci.

Telle a donc été ma première ligne de réflexion : En quoi l’atelier (SlowTech peut-il

influencer la relation des personnes avec leurs objets techniques ?

J’ai souligné plus haut l’enjeu de la réappropriation au sein de beaucoup de projets de l’association PiNG. Il n’est pas moins présent ici, au contraire il constitue l’une des bases de ce qui fait cet atelier. Il est soutenu par cette volonté de co-réparation et de prise en main des outils par les participants, le travail de documentation… J’ai donc tenté de dresser quelques grandes lignes sur la façon dont, d’après moi, l’atelier (S)lowTech permet d’assurer un contexte propice à l’apprentissage via un nouveau rapport au temps, la réintroduction d’outils manuels… mais également de voir quelles limites pouvaient être notées.

Comment se ré-approprie-t-on la technique au sein de l’atelier (S)lowTech ?

Mes recherches ne se sont pas cantonnées aux moyens mis en œuvre au sein de l’atelier, mais également aux enjeux que soulignent cette réappropriation qui sont tout aussi sociaux,

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environnementaux que politiques. De Certeau, dans son ouvrage, L’invention du quotidien *1, mets

en exergue les différentes manières dont les citoyens peuvent se réapproprier leur quotidien et passer outre des schémas imposés. L’atelier (S)lowTech m’a paru être une bonne représentation de ce que De Certeau souligne. Chercher à redonner de l’autonomie aux citoyens, sensibiliser aux problèmes environnementaux causés par les déchets électroniques … L’atelier (S)lowTech n’est rien de moins qu’un projet engagé et porteur de valeurs. Il m’a donc fallut analyser les enjeux qu’il porte et voir à quel point ses valeurs sont partagées et diffusées via les ateliers.

Ainsi s’est dessiné mon dernier axe de recherche : Quels sont les enjeux de (S)lowTech ?

 Méthodologie

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai eu la possibilité durant mon stage d’assister à plusieurs ateliers dans le cadre de mes missions de communication. J’en ai donc profité pour mener des observations durant ces temps sur les comportements des participants, les procédés divers... Voici quelques exemples de questions qui devaient diriger mes observations :

Comment se comporte un « débutant » vis-à-vis de son objet (distant, hésitant, passif…) ? Comment se comporte le réparateur ?

Quelles sont les étapes de diagnostic et de réparation ?

Persuadée que des témoignages me permettraient de mieux approfondir mes questionnements, mes acquis théoriques et de les confronter à la pratique, à la réalité de l’atelier, j’ai décidé de mener plusieurs entretiens avec quatre personnes ayant toutes une expérience différente et un regard particulier dessus. Il s’agissait d’entretiens semi-directifs, où l’enjeu était de laisser la parole de l’interviewé se libérer. Je les citerai de nombreuses fois pour appuyer mes propos, mais toujours de façon anonyme (ils seront référés en tant qu’entretiens 1, 2, 3 et 4 et les personnes citées dans les extraits seront également rendues anonymes).

Ces temps d’observation et ses entretiens ont été complétés par une intense documentation de l’association mise à ma disposition, ce qui m’a permis de comparer les ateliers auxquels j’ai assisté avec les ateliers passés, d’avoir accès à des listes précises sur les réparations antérieures, l’évolution du projet …

1*De Certeau Michel ; L’invention du quotidien, Tome 1, Arts de faire ; Paris ;Éditions Gallimard ; 1990 (Ière éd. 1980)

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-24-Partie II

Une autre relation aux objets techniques au

sein de l’atelier

?

« Le propre d’un objet technique est justement qu’il requiert de moins en moins

l’intervention de l’homme pour se maintenir dans l’existence » *1. Pour Simondon, l’évolution des objets techniques tend vers leur propre convergence et unité structurale, leur permettant de ne plus nécessiter l’intervention de l’homme. Cela est pour lui la finalité de l’évolution des objets techniques. Cependant il y a des conséquences : si l’homme s’entoure d’objets techniques indépendants de lui-même, fermés, qu’en est-il de sa relation avec ces derniers ? Contrôle-t-il toujours son environnement ou ce dernier est-il entièrement aux mains d’objets techniques sur lesquels il n’a plus aucune emprise ?

Simondon avait identifié la nécessité de donner aux personnes une meilleure éducation technique, et pour cause : celle-ci, se complexifiant chaque jour, devient le pilier de nos actions. Mais le fossé entre les facilités d’usage et la complexification interne des objets techniques se creuse, les connaissances et capacités techniques des personnes ne suivent pas. Utiliser un objet technique ne revient pas à le maîtriser, et cette maîtrise par les personnes n’est pas souvent encouragée.

Sans dire que ce fossé est effacé au sein des ateliers (S)lowTech, il peut néanmoins être conscientisé par les participants et réduit à force de pratique. Si pour Simondon, l’avenir des objets techniques réside dans leur éloignement des hommes, c’est cependant une plus grande proximité physique avec ces mêmes objets que l’on trouve dans l’atelier, à travers le processus même de réparation. Réinvestir l’homme dans l’intérieur de l’objet, c’est altérer une possible vision de la machine en tant qu’organisme autonome, c’est réévaluer la nécessité de son intervention directe, c’est rapprocher la personne de ses objets techniques pour mieux les connaître.

1* Hicham-Stéphane Afeissa ; Gilbert Simondon et la libération par les techniques ; Salte.fr ; 2014 http://www.slate.fr/tribune/85761/gilbert-simondon-liberation-par-les-technique

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-25-Objets techniques, objets du quotidien

: questionnements sur

la technologisation de nos modes de vie

Des objets du quotidien

L'une des premières choses que j'ai pu observer lors de mes sessions d'observation de l'atelier (S)lowTech était la nature des objets qui étaient amenés à réparer. Grille-pains, sèche-cheveux, aspirateurs … : des objets nécessitant une technique de fabrication, issus d’un processus de production industriel et qui semblaient être la base des pratiques quotidiennes des participants qui les apportaient. En regardant les archives de l’association il ne faut pas longtemps pour se rendre compte de la variété de ces objets :

Source : Documentation de l’association PiNG

Dans les documents de l’association PiNG comme celui ci-dessus, y sont répertoriés des objets, généralement de taille petite ou moyenne, de l’électroménager, des appareils électriques, musicaux, de l’informatique … Nous pouvons remarquer qu’ils concernent un panel large de nos

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activités du quotidien : cuisine, musique, travail, loisirs, soins du corps, ménage … Cela s’est confirmé durant les entretiens réalisés : « C’est plutôt du petit électroménager de tous les jours, qui

est resté dans un coin pendant de nombreuses années. Beaucoup d’équipement électroménager, amplificateurs, tourne-disques, chaînes-hifi, petits appareils portables… Il faut venir avec le matériel, donc inévitablement, ce sont de petits objets. Ça nous ait arrivé d’avoir une grosse machine mais pas en entier. En général c’est du petit matériel qu’on peut transporter facilement. Des robots aussi… Qui n’a pas dans sa cuisine de multiples robots qui ne fonctionnent plus ? » *1. Peu de vêtements et de mobiliers sont amenés à l’atelier, mais bien plus des objets informatiques, électroniques, électriques… Cela découle bien entendu des thèmes de recherches de l’association qui oriente ses recherches vers la réappropriation des technologies. Cela m’a donc amenée à me questionner sur la place que ces artefacts techniques et machiniques prennent au sein de notre mode de vie moderne. À chaque tâche quotidienne son objet technique ?

Ce questionnement a orienté mes recherches vers la sociologie des techniques du quotidien dont certains ouvrages (cités page 24) mettaient en relief la façon dont les processus de

technicisation (c’est-à-dire techniciser, « doter de moyens, de structures techniques » *2) et de

technologisation du quotidien (l’envahissement de technologies au sein de notre quotidien) ont

mené à une saturation des objets techniques : les tâches ne sont plus accomplies directement par les personnes mais par un objet technique et machinique auquel nous avons délégué une tâche précise. S’il y a toujours eu des techniques dans les activités du quotidien, elles étaient basées sur les savoir-faire des personnes. Aujourd’hui elles reposent sur des machines qui d’une certaine manière nous privent de ces savoir-faire car elles agissent pour nous et à notre place, faisant naître de nouveaux savoir-faire technologiques qu’elles seules maîtrisent. Prenons l’exemple du lave-linge : il n’y a pas si longtemps que cela, laver le linge était une tâche nécessitant une technique manuelle longue et fatigante, mais aujourd’hui cette technique a été réduite au simple geste d’appuyer sur le bouton du lave-linge. D’autres actions ne sont pas entièrement déléguées mais vont reposer sur un objet, une machine technique. L’exemple de la prise de notes par les étudiants à l’université sur les ordinateurs plutôt que sur du papier en est une bonne illustration. Ce phénomène vaut bien sûr autant pour la vie domestique que pour les loisirs, le travail et autres pans de notre quotidien. Ce processus de technologisation a fait naître l’univers absolument technique dans lequel nous vivons aujourd'hui, un « technocosme » selon Victor Swarch *3.

1* Entretien n°3

2* http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/techniciser/76944

3* Victor Swarch ; « L’intégration des objets techniques dans la vie quotidienne » ; tiré de Alain Gras, Bernard Joerges et Victor Scardigli ; Sociologie des techniques de la vie quotidienne ; Paris ; Éditions L’Harmattan ; 1992 ; (Ière éd.) ; p103

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-27-Mais si de plus en plus de nos gestes se sont adaptés aux objets techniques et aujourd’hui y sont de plus en plus dépendants, qu’en est-il de notre habilité à connaître et comprendre ces derniers ? Si certains viennent à l'atelier de réparation (S)lowTech parce qu'ils ne possèdent ni les outils ni l'espace nécessaire chez eux, un bon nombre de personnes arrivent car, manque de compétences et de connaissances techniques, ils ou elles ont un besoin d'aide et d’assistance de la part d'autres personnes. Cela m'amène donc à dire qu’un certain nombre de participants de l'atelier, réguliers ou ponctuels, y viennent car ils ou elles n'ont pas la capacité ou l'entière capacité (car comme nous l'avons vu, certains ont parfois un minimum de compétences) de réparer seuls leurs objets qui sont pourtant des objets qu'ils utilisent, si ce n'est tous les jours, au moins pendant une grande partie de leur quotidien.

À quoi donc devons-nous le paradoxe de posséder de nombreux objets techniques mais d’être pourtant dépourvus d’une véritable connaissance de ces derniers ?

Une connaissance limitée à nos usages

En axant mes recherches sur l'utilisation quotidienne de ces objets, j'ai vite rencontré chez certains auteurs la nécessité de distinguer la connaissance d'usage et la connaissance technique. Irlande Saurin dans son texte « Comprendre la technique, repenser l’éthique avec Simondon », revient sur l’œuvre de Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques. Sous l’éclairage de cette œuvre, elle y dénonce notre méconnaissance des objets techniques : « Nous

évoluons avec une aisance apparente dans un univers ultra-technicisé et ultra-connecté, c’est-à-dire connecté par et à des supports techniques dont nous pensons maîtriser globalement les règles d’usage, précisément parce que nous les réduisons à des objets d’usage » *1. Notre quotidien est un environnement technique, c’est-à-dire, dans notre contexte actuel, un environnement où la majeure partie des objets qui nous entourent ont été conçus, fabriqués, montés… grâce à des connaissances et compétences techniques dans le contexte d’une économie industrielle mondialisée. D’après Saurin, le problème est que nous limitons notre connaissance de cet environnement uniquement à ce que nous pouvons en tirer en termes d’usages. La majorité de nos contemporains (j’entends dans les sociétés occidentales) vivent entourés de ces objets techniques (cafetière, ordinateurs, smartphones, tablettes, machine-à-laver, frigidaire, télévision…) et savent les utiliser dans le cadre de leurs besoins au quotidien car ils ont été conçus pour répondre à ces besoins (voir en créer

1* Irlande Saurin ; Le problème technique ; Comprendre la technique, repenser l’éthique avec Simondon ; ESPRIT ; (Ière éd. 1980) ; p 159

Références

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