• Aucun résultat trouvé

La conservation des shophouses à Singapour : pratiques et enjeux

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "La conservation des shophouses à Singapour : pratiques et enjeux"

Copied!
119
0
0

Texte intégral

(1)

HAL Id: dumas-01315760

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01315760

Submitted on 13 May 2016

HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci-entific research documents, whether they are pub-lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers.

L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.

La conservation des shophouses à Singapour : pratiques

et enjeux

Pany Inthaxoum

To cite this version:

Pany Inthaxoum. La conservation des shophouses à Singapour : pratiques et enjeux. Architecture, aménagement de l’espace. 2015. �dumas-01315760�

(2)

LA CONSERVATION DES

SHOPHOUSES À SINGAPOUR

pratiques et enjeux

Pany Inthaxoum

mémoire, ensa nantes, 2012-2014

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(3)

couverture :

façades avant et arrière de The 24a Lorong Shophouse Series © 2011 Pocket Projects

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(4)

LA CONSERVATION DES

SHOPHOUSES À SINGAPOUR

pratiques et enjeux

Pany Inthaxoum

mémoire ensa nantes, 2012-2014

«Fragments de villes et questions patrimoniales» Gilles Bienvenu

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(5)

fig 01 : Une shophouse du quatier de Geylang à Singapour,

photographie prise en Mai 2014

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(6)

PROLOGUE

Le mémoire de master est l’occasion de consacrer du temps à un sujet qui nous intéresse personnellement ou professionnellement. Pour ma part, plusieurs questionnements m’animent sur la place de l’architecture dans la société : Quelle est la place du patrimoine dans la construction de la ville ? Que signifie la patrimo-nialisation au XXI ème siècle ? Avec la mondialisation et les questions de dévelop-pement durable, la patrimonialisation peut-elle être une dynamique pour le renou-vellement urbain ? D’autre part, quelle est la place de l’architecture sur la question de l’identité ? Au cours des cinq dernières années, mon intérêt pour la ville asiatique s’est élargi de part mes voyages en Asie du Sud-Est et mon histoire personnelle. Ces voyages m’ont amenée à questionner ce qu’est le patrimoine dans un territoire en mutation : Est-ce que le développement économique est compatible avec la conser-vation d’un patrimoine ancien ? Que vaut le patrimoine dans ce contexte ? Pour aborder ces questions, je me suis servie de Singapour et de ses shophouses comme sujet d’étude. Par rapport à ses voisins, la cité état est en avance sur le développement économique, social et urbain, c’est pourquoi Singapour est un sujet d’étude qui peut nous permettre d’entrevoir ce qui pourrait se passer ailleurs. Par ailleurs, la shophouse ou compartiment chinois me paraissait être un fragment de ville assez complet dans le sens où cet archétype a participé à la fabrication de la ville en plus d’être au cœur des questions patrimoniales à Singapour.

Depuis une vingtaine d’années, les chercheurs Singapouriens et étrangers se sont penchés sur la question du patrimoine dans la cité état. Alain Viaro, Brenda Yeoh et Peggy Teo par exemple ont écrit des essais sur le rôle du patrimoine dans la société Singapourienne et d’autres comme Gilles Hamonic et Anthony Tung mettent en question sa pratique. D’autre part, depuis 30 ans, de nombreux écrits ont alimen-tés la recherche sur le type architectural de la shophouse. Ces écrits étudient l’origine, l’usage et le rôle du compartiment chinois dans la construction et la déconstruction de Singapour et des villes de la région. En France, Charles Goldblum est probable-ment celui qui a le plus écrit sur le sujet, il voit dans le compartiprobable-ment chinois une représentation de l’influence de la présence chinoise en Asie du Sud-Est.

Pour répondre à mes interrogations, j’ai donc choisi de faire un mémoire sur la pratique et les enjeux de la conservation des shophouses à Singapour. Dans un pre-mier temps, ce travail m’a demandé de comprendre l’Histoire de Singapour afin d’y identifier les enjeux qui régissent sa politique urbaine depuis sa création. Deuxième-ment, mon travail a consisté à faire la synthèse des travaux traitant du patrimoine à Singapour pour en comprendre les enjeux et la pratique. Il s’agissait à la fois de lire les essais à ce sujet, mais aussi de comprendre la mécanique des acteurs de la politique urbaine de la ville ainsi que sa réglementation. En parallèle de ça, mon

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(7)

remerciements

Je tiens particulièrement à remercier Dona Inthaxoum et David Teh pour leur soutien et leur aide incroyable, sans qui mon voyage à Singapour n’aurait pas été possible et pour cela je leur en serai éternellement reco-naissante.

Merci à Maria Arango et Diego Morales de Ong&Ong grâce à qui j’ai pu découvrir l’ar-chitecture des shophouses depuis l’inté-rieur.

Je remercie également ma famille et mes amis qui ont continué à me soutenir pen-dant ce long travail.

travail a consisté à faire la synthèse des travaux traitants du compartiment chinois afin d’en tirer le rôle et le statut dans la société Singapourienne. Troisièmement, je me suis appuyée sur trois exemples concrets de la pratique de la conservation de la shophouse. Ces trois exemples sont pour moi un moyen d’aborder trois thèmes de la patrimonialisation : la marchandisation du patrimoine, sa muséification et le patrimoine habité. Enfin, j’ai passé un séjour de sept mois à Singapour au cours de l’année dernière qui m’a permit de voir le sujet de mon mémoire sous la dimension du vécut. Au cours de ces quelques mois passés à Singapour, j’ai pu visité certaines maisons et travailler dans une agence qui a plusieurs fois eu des projets de conserva-tions de shophouse.

Ce mémoire s’organise en deux grandes parties : une première qui consiste à comprendre ce qu’est le compartiment chinois à partir de différentes sources biblio-graphiques et une deuxième qui consiste à analyser la conservation des shophouses à Singapour. Le mémoire commence par une introduction qui permet de faire un point sur l’histoire, le contexte et les enjeux de Singapour. Il est également alimenté d’un glossaire reprenant les mots-clés d’une étude sur Singapour et ses shophouses.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(8)

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(9)

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(10)

SOMMAIRE

p. 5 prologue

p. 11 introduction

p. 23

Le compartiment chinois, figure de la ville singapourienne

p. 25 Une architecture régionale ?

p. 31 La shophouse : élément fondateur de l’urbanité à Singapour

p. 41 Une forme urbaine venue à saturation

p. 53

Invention et pratiques du patrimoine à Singapour à travers le

compartiment chinois

p. 55 La marchandisation du patrimoine p. 66 À la recherche d’une identité nationale

p. 75 La reconquête des shophouses

p. 97 conclusion p. 105 glossaire p. 108 iconographie p. 114 bibliographie

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(11)

SINGAPOUR AUSTRALIE INDONÉSIE MALAISIE PHILIPPINES THAILANDE INDE BANGLADESH SRI LANKA VIETNAM TAIWAN LAOS MYANMAR CHINE CAMBODGE Malacca Hong Kong fig 02 :

Singapour au coeur des échanges,

carte de l’Asie du Sud Est Singapour si situe au niveau

de l’équateur,

au sud de la péninsule malaisienne. Au car

-refour entre l’océan indien, la mer de Chine et l’océan pacifique autrement appellé le détroit

de Malacca ou en anglais The Straits Settlements

, le petit territoire profite plei

-nement des échanges commerciaux inter

-nationaux notamment grâce au transport du pétrole.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(12)

INTRODUCTION

Singapour, comptoir britannique

Au carrefour stratégique entre l’Inde et la Chine, Singapour est un petit ter-ritoire de 710km2 profitant pleinement des échanges commerciaux mondiaux, c’est

le deuxième port à conteneurs derrière Shanghai.1 Établi en 1819 par Sir Stamford

Raffles, un officier de la British East India Company, Singapour devînt un port d’at-tache britannique idéalement situé entre le détroit de Malacca et la côte chinoise. Cette implantation permit de créer un véritable réseau de comptoirs portuaires avec l’établissement de Penang puis l’annexion de Malacca, donnant ainsi le contrôle total du détroit de Malacca aux britanniques (The Straits Settlements). Le site de Sin-gapour était jusqu’alors très peu peuplé et développé. À partir de ce territoire quasi-ment vierge, Raffles put librequasi-ment en faire sa cité attirant des milliers de personnes des régions alentours : de Chine, d’Inde et d’Europe, venues pour travailler à la construction et au maintien de la cité portuaire. Durant cette période pionnière, le

« Jackson plan » de 1822 organise le territoire de Singapour (fig. 08). En effet, Raffles,

inquiet de voir la cité se développer de manière chaotique, demande au Lieutenant Philip Jackson d’établir un plan répartissant les différents espaces de Singapour. Le quartier européen, les institutions et le centre économique se situent ainsi au cœur de Singapour, au bord de la rivière. Les quartiers d’habitations sont quant à eux répartis par ethnies : celui de la communauté chinoise qui est très liée à la vie éco-nomique de la cité, se trouve à proximité du centre, puis, Arabes et Malaisiens sont quant à eux installés dans des kampung2 un peu plus éloignés.

À partir de 1830, la cité se développe rapidement notamment après l’ouver-ture du Canal de Suez et le possible chaos que redoutait Raffles devient inévitable au début du XX ème siècle. Ainsi, on compte 185 000 habitants en 1911 et les autorités britanniques semblent incapables de proposer des solutions face à l’ac-croissement de la population, des épidémies et des bidonvilles.3 La création en 1920

du Singapore Improvement Trust (SIT)4 chargé de mettre fin aux problèmes

d’urbanisa-1 Source : http://www.worldshipping.org/about-the-industry/global-trade/top-50-world-container-ports (consulté le 30/12/13)

2 Kampung : ce mot en malay désigne le village ou un regroupement de plusieurs constructions formant une communauté

3 Source : TAN Sumiko, Home. Work. Play., Urban Redevelopment Authority (URA), Singapour, 1999, 176p.

4 SIT : Le Singapore Improvement Trust était un organisme chargé de développer des solutions de logement à Singapour de 1920 à 1960. Il fut créé par les britanniques puis remplacés par le Hou-sing Development Board après l’indépendance en 1960. Source : http://infopedia.nl.sg/articles/ SIP_1585_2009-10-26.html?s=Singapore%20Improvement%20Trust (conulté le 28/12/13)

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(13)

fig 03 : un territoire en mutation, source :

TAN Sumiko, Home. Work. Play., Urban Redeve-lopment Authority (URA), Singapour, 1999, 176 p.

Voici une carte des îles de Singapour qui montre comment la cité a petit à petit aug-menter son territoire terrestre sur la mer.

En blanc, nous avons le territoire de 1960, l’orange clair correspond au territoire ac-quis en 1999 et la couleur orange corres-pond au territoire acquis depuis.

0 1 2 3 4 5 km

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(14)

tion et améliorer l’état général de l’environnement de la cité, montre une tentative timide de soulager l’espace urbain de Singapour. Le SIT permettra la création des premiers logements sociaux et la restauration des réseaux de communication mais malheureusement, son action resta limitée car elle n’était pas portée sur une échelle globale.

Après la seconde guerre mondiale, la population de Singapour passe à un million et la densité y devient de plus en plus élevée : les traditionnelles shophouses comptaient parfois jusqu’à 100 habitants, et en 1950, 25% de la population se tassait dans 1% du territoire total5. Singapour devient bientôt le plus grand bidonville d’Asie. Les

britanniques, ne parvinrent pas à trouver de solution puis rendent Singapour poli-tiquement autonome en 1959. Puis en 1963 Singapour se tourne vers la Malaisie dans un premier temps afin de constituer un état fédéral regroupant les deux terri-toires et surtout mettre fin au pouvoir colonial. Cependant, la tentative fut un échec et la constitution d’une république indépendante pour la cité-état fut finalement préférée en 1965.

La maîtrise d’un territoire

Dès le départ, Singapour prend conscience des enjeux de développement lui faisant face : épuisement des terres habitables, densité élevée, épidémies, pauvreté... Le People’s Action Party, premier parti politique singapourien, hérite d’une ville dont l’urbanisation a été négligée pendant presque 120 ans. C’est pourquoi il place l’idée d’un développement rationnel du territoire comme l’un des points d’orgue de sa politique globale. En effet, lorsque Singapour obtient son autonomie politique pour ses affaires locales, le chef du parti et Premier Ministre de l’époque, Mr Lee Kwan Yew, donne trois principes fondamentaux pour le développement de la cité : premiè-rement qu’il n’y ait pas de corruption bureaucratique à Singapour et que le progrès social prévale sur le gain privé ; deuxièmement, que l’augmentation de la popula-tion soit contrôlé afin de réduire une possible surpopulapopula-tion ; enfin troisièmement, que Singapour soit planifiée rationnellement. Par conséquent, que ce soit sur le plan industriel, financier ou immobilier, le développement et la modernisation de Singa-pour doit mettre en équilibre les ressources et les besoins du territoire et être parfai-tement maîtrisé.6 Le People’s Action Party décide de miser sur les uniques ressources de

Singapour : son peuple et son emplacement stratégique. Ainsi, c’est vers la manu-facture et les services que l’économie se tourne. Le gouvernement entreprend aussi la création de logements par le secteur public permettant ainsi de créer des emplois,

5 Source : TAN Sumiko, Home. Work. Play., Urban Redevelopment Authority (URA), Singapour, 1999, 176 p.

6 TAN Sumiko, Home. Work. Play., Urban Redevelopment Authority (URA), Singapour, 1999, 176p

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(15)

de libérer les squats, et de proposer des logements sains à la population.7 Lee Kwan

Yew crée alors un département d’urbanisme (Planning Department) en 19598 au sein

de son cabinet dont le pouvoir permet de contrôler le développement du territoire et d’initier l’idée des master plans. Puis les autorités Singapouriennes feront appel aux Nations Unies afin d’obtenir des avis et conseils sur la politique urbaine à adopter. Pendant presque dix ans, les intellectuels étrangers vont proposer des solutions de développement à Singapour. La maîtrise du territoire s’effectuera par la suite avec les concept plans qui sont produits à chaque décennie. Leur principal objectif est de planifier le territoire singapourien en fonction de son développement économique et social. Au départ, à l’apparence assez simpliste le concept plan est devenu de plus en plus complexe : il répartie le territoire selon plusieurs légendes : zones construc-tibles, réserves naturelles, zones militaires, zones urbaines à développer, sous enten-du, destinées à être construites, zones urbaines à préserver en tant que patrimoine, voies de communications, etc.

Des compartiments chinois au milieu d’une ville globale

La maîtrise du territoire à Singapour a toujours été un élément fondateur de sa politique, gérée au départ par les britanniques puis par les singapouriens eux mêmes. Ici plus qu’ailleurs, le manque d’espace constructible et le renouvellement urbain est au cœur d’une politique complexe et stricte. Avec aujourd’hui une popu-lation de 5 312 400 habitants,9 la densité y est assez élevée avec 7126 habitants

au km2 en moyenne. En comparaison, la moyenne en France est de 114 habitants

au km2... 10 Ainsi, plus qu’ailleurs, Singapour a besoin de chaque parcelle de terre

disponible sur son territoire pour son développement économique et spatial. Loger ses 5,3 millions d’habitants sur une surface dix fois moins importante que la Loire Atlantique11 est un véritable défi que l’île s’efforce de résoudre depuis qu’elle est

devenue politiquement autonome en 1959. D’une cité créée presque de toute pièce à un état souverain, Singapour a aujourd’hui tenu le pari de rivaliser avec les cités des pays développés, mais à quel prix ? Si sur le plan économique Singapour est bel et bien un succès – un singapourien sur vingt devrait être millionnaire en 201712 – on

7 CHEW Valerie, « Public Housing in Singapore », Singapore Infopedia : http://infopedia.nl.sg/ar-ticles/SIP_1585_2009-10-26.html?s=public%20housing (consulté le 30/12/13)

8 CHEW Valerie, « History of urban planning », Singapore infopedia : http://eresources.nlb.gov.sg/ infopedia/articles/SIP_1564_2009-09-08.html (consulté le 30/12/13)

9 Chiffres tirés du Département des Statistiques à Singapour disponibles sur http://www.singstat. gov.sg

10 Chiffre de l’INSEE pour l’année 2010 11 Source : Wikipedia 12 Source : http://www.wealthinsight.com/pressrelease/nearly-one-in-every-20-singaporeans-will-be-a-millionaire-by-2017 (consulté le 24/04/14)

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(16)

lui reproche souvent un côté « faux », « plastique », « non authentique ». Rem Kool-haas parle lui de Singapour comme « l’ultime table rase » propice au renouveau13.

Aujourd’hui les tours et les barres de grande hauteur font le paysage principal de la ville mais à ses débuts, avant l’arrivée de Raffles, Singapour n’était qu’un petit village de pêcheurs de cent cinquante habitants. Pour loger les migrants arrivant à Singapour au début du XIX ème siècle, des compartiments chinois, autrement appelés shophouse ont été construits en masse. Typiques de l’architecture coloniale en orient de l’empire britannique, ces maisons en bande conjuguant à la fois logement et commerce sont implantées sur des terrains longs et étroits afin de maximiser la rentabilité du sol. Rapides et économiques à construire, elles ont été l’habitat prin-cipal des premiers Singapouriens. Souvent logés chez leurs employeurs, les travail-leurs immigrés se sont tassés dans ces étroites maisons tandis que les marchands, plus fortunés s’en font construire de plus sophistiquées dans les quartiers en pé-riphérie du centre. Par conséquent les shophouses ont été construites et habitées par toutes les classes sociales et ethniques de Singapour : elles forment un modèle architectural qui a été plus ou moins appropriés par ses habitants et qui témoigne véritablement d’une fabrication urbaine nationale de Singapour. Malheureusement peu d’entre elles ont pu survivre à la modernisation de la cité-état dans les années 1960 car les compartiments chinois étaient devenus trop insalubres et inadaptés à l’explosion démographique que connût Singapour avant la seconde guerre mon-diale. Plusieurs quartiers entiers durent en fait être détruits en masse pour laisser place aux immeubles de plus grande hauteur dans le but de laisser respirer la ville. Cet acte de l’histoire de Singapour a profondément marqué le paysage bâti de la ville actuelle. C’est à cette époque que les autorités nationales, se sont enfin occu-pées de la planification urbaine de la cité, une planification qui avait été jusque là sous-estimée par les autorités coloniales britanniques. Cet acte de reconstruction fut aussi l’occasion pour le jeune gouvernement en place d’affirmer Singapour comme une nation avec sa propre architecture, même si elle était influencée par le mouve-ment moderne international. En moins de vingt ans, Singapour a réussi à devenir très rapidement une ville qui fonctionne. Celle qui fait partie de ce que l’on appelait les « Tigres d’Asie » avec Hong Kong et Taiwan, a tenu le pari d’être capable de loger ses habitants dans des logements décents14 et aussi dans sa capacité à garder un

environnement respectueux, avec des espaces verts en abondance et une politique favorable à la création de jardins et de parcs, même dans la verticalité15.

13 KOOLHAAS Rem « Singapore Songlines : Portrait of a Potemkin Metropolis… or Thirty Years of Tabula Rasa » in S, M, L, XL, 010 Publishers, Rotterdam, 1995

14 85% des Singapouriens sont propriétaires, Source : TAN Sumiko, Home. Work. Play., Urban Rede-velopment Authority (URA), Singapour, 1999, 176p.

15 Source : Singapore, capital city for vertical green, A+U, n°501, juin 2012, 159p.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(17)

fig 04 : des compartiments chinois au milieu des tours,

photographie prise en février 2014

Au premier plan, les toits en tuiles rouges des sho-phouses de Chinatown et en arrière plan le Central Business District de Singa-pour. Contraste saisissant entre l’échelle des maisons en bande et des tours finan-cières.

fig 05 : hdb contre shophouse,

photographie prise en février 2014

Au premier plan, les sho-phouses de Chinatown près de Tanjong Pagar, en arrière plan, l’opération de logement hdb «pinnacle» construit en 2010 par ARC Studio. Deux formes d’architecture do-mestique typiquement sin-gapourienne sont montrées ici : la shophouse, même si reconvertie en restaurant, et le hdb.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(18)

À la recherche du patrimoine perdu

Aujourd’hui, parce que ces défis majeurs ont pu être résolu, ou en tant cas gérés, Singapour tâche enfin de protéger son patrimoine architectural depuis quelques décénnies. Jusque là, cette question avait plutôt été mise de côté au profit du développement spatial et économique moderne. La question des shophouses dans cette jeune histoire de la conservation à Singapour est essentielle pour comprendre certains enjeux du territoire. Ce ne sont pas des monuments intouchables à l’inté-rieur du tissu urbain singapourien, au contraire, les compartiments chinois font et ont toujours fait parties intégrantes de la fabrication urbaine de Singapour. Que ce soit sur des projets de conservations, de restauration ou de rénovation, les shophouses de Singapour représentent une architecture nationale à la recherche de son patri-moine perdu. Sur les thèmes d’identité, de politique urbaine et bien d’autres aspects, le compartiment chinois apparaît comme une figure redondante à travers le temps. Cette forme architecturale symbolise plusieurs aspects de l’identité de Singapour : elle témoigne de son esprit marchand, de sa démographie, son envie de modernité, de richesse mais aussi d’émancipation dans un monde où l’architecture se duplique incensément. C’est donc à travers le compartiment chinois comme fragment de ville symbolique de la politique urbaine de Singapour depuis sa création à aujourd’hui, que nous étudierons la pratique du patrimoine.

Les compartiments chinois forment la majorité construite des bâtiments conservés à Singapour et ont depuis quelques années reconquit le cœur des Sin-gapouriens. Mais dans un contexte de densité exceptionnelle et dans une logique de développement libéral globalisé, comment la cité-état peut-elle se permettre de conserver ce patrimoine ? Cette architecture commerciale et domestique a prouvé ses limites et pourtant on semble encore s’y attacher car ce bâti reste parmi les seuls vestiges de l’histoire coloniale de Singapour. A contrario d’une pièce rapportée, les compartiments chinois font parties intégrantes de la forme urbaine nationale Sin-gapourienne. C’est pourquoi ce mémoire tâchera de mesurer en quoi les compar-timents chinois de Singapour sont une forme de patrimoine à conserver. Il s’agira aussi de mettre en évidence les enjeux de la patrimonialisation de ces maisons dans la fabrication de la ville. En effet, au delà du manque évident de terre constructible à Singapour, la patrimonialisation de certains fragments de la ville est directement liée à une constitution culturelle nationale qui fait défaut à la jeune cité état. C’est donc dans la notion de nation et d’identité16 que l’on trouvera aussi les motivations

de l’état singapourien pour la conservation. Dans cette société pluriethnique, pluri 16 KONG Lily, YEOH Brenda, The politics of landscapes in Singapore ; constructions of « nation », Syracuse University Press, Syracuse, 2003, 252p

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(19)

religieuse et pluriculturelle, la destruction massive des compartiments chinois dans les années 1960, a participé à la « désinisation »17 de Singapour dans un objectif

de souder les différentes populations de manière plus égale. En fait, ce mémoire se penche sur les valeurs portées par une architecture, par des bâtiments, et comment ces valeurs ont pu évoluer. Ce mémoire tente d’étudier ces bâtiments au delà de leur architecture, en recherchant les valeurs qu’ils représentent dans la mémoire collec-tive, dans le tissu urbain, dans un contexte politique et économique particulier. Il s’agit de comprendre le rôle du patrimoine dans la conscience collective de la ville. Entre les lignes, il s’agira aussi de mettre en comparaison l’évolution de la valeur donnée au compartiment chinois au fil des époques : du type architectural le plus bâti à sa destruction en masse jusqu’à la reconquête de la shophouse d’aujourd’hui.

Ce mémoire s’organise en deux parties : Une première partie dédiée à la compréhension de ce que constitue le compartiments chinois en terme d’architec-ture, d’usage et d’élément de fabrication urbaine de Singapour. En somme, il s’agi-ra d’expliquer en quoi les compartiments chinois sont une forme de patrimoine à conserver à Singapour. Puis dans une deuxième partie, nous verrons trois projets qui témoigneront des aspects économiques, culturels, et politiques de l’acte de conser-vation des shophouses à Singapour. Ces exemples seront comme une grille de lecture de la conservation des compartiments chinois à Singapour. Il s’agira :

- du quartier de Clarke Quay, ancien quartier industriel au bord de la rivière de Singapour. Cet ensemble urbain composé en partie de shophouses est au-jourd’hui destiné au divertissement et au tourisme. Il démontre certains enjeux éco-nomiques de la conservation du patrimoine.

- La Baba House : maison entièrement restaurée dans le style peranakan18

par l’université de Singapour (NUS – National University of Singapore) est un exemple de la muséification du compartiment chinois et de la célébration d’une culture iden-titaire.

- The 24a lorong shophouse series : une série de 8 maisons du «

quar-tier rouge » de Geylang qui ont été restaurées par 8 architectes locaux contempo-rains permet de comprendre la vision actuelle du compartiment chinois comme type ou objet architectural habitable, et prisé par une certaine classe de Singapour. Il s’agira aussi d’étudier la conservation de l’architecture domestique.

17 GOLDBLUM Charles, « Le compartiment chinois ou le passé recomposé : facettes et enjeux de la requalification du centre ancien à Singapour » in Les annales de la recherche urbaine, n°72, Paris, 1996

18 Peranakan ou baba : nom donné à la culture issue du mariage entre les négociants chinois et les femmes autochtones du détroit de malacca.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(20)

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(21)

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(22)

PREMIÈRE PARTIE

Le compartiment chinois, figure de la ville singapourienne

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(23)

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(24)

LE COMPARTIMENT CHINOIS,

FIGURE DE LA VILLE SINGAPOURIENNE

Introduction

Dans l’histoire de l’Empire britannique, l’acquisition de Singapour s’est fait relativement tard. En 1819 à l’arrivée de Raffles, ceux-ci ont pu tirer des enseigne-ments sur ce qu’est la ville sino-coloniale, notamment grâce à Malacca occupée depuis le XV ème siècle par les portugais, hollandais puis britanniques et dont une grande partie de la population est issue de l’immigration chinoise. Cet enseigne-ment se retrouve ainsi dans le fait de construire en dur (pierre, brique, tuile) plu-tôt que d’utiliser les techniques et matériaux traditionnels des constructions locales habituellement en bois. Tout comme à Malacca, une autre caractéristique va aussi sensiblement influencer la forme du Singapour des premières années : son peuple-ment en majorité d’origine chinoise. En 1821, la jeune population de Singapour compte 21% de chinois originaires des provinces du Sud-Est de la Chine ; celle-ci passe à 46% en 18361. La population comprend aussi des straits-chineses, ces chinois

qui après avoir prospéré à Malacca ou Penang tentent leur chance dans ce nouveau territoire.

La traduction de shophouse par le terme de « compartiment chinois » utilisé dans les colonies françaises puis par Charles Goldblum dans son essai « Compar-timents chinois et Chinatowns du Nanyang (Asie du Sud-Est) »2 permet de

com-prendre deux éléments fondateurs de ce type architectural. La qualification de « chinois » réfère directement au fait que ces compartiments auraient d’abord été adoptés par les marchands chinois établis en Asie du Sud-Est, straits chinese en parti-culier, et qu’ils se sont développés avec la diaspora et les chinatowns. Puis le terme de « compartiment » réfère au comptoir, et à la diffusion de ce modèle dans les colo-nies d’Asie du Sud Est. On peut aussi y trouver l’idée de division que l’on remarque à la fois dans l’ensemble urbain que peut constituer la succession de shophouses et la division interne de ces maisons dans l’usage. Mêlant commerce et habitat, la

shophouse ou compartiment chinois est à la fois un modèle d’architecture

domes-tique et marchande. Il se serait d’abord développé à Malacca3 mais on retrouve des

1 Chiffres : URA, Chinatown historic district, URA, Singapour, 1995, p. 15

2 GOLDBLUM Charles, « Compartiments chinois et Chinatowns du Nanyang (Asie du Sud-Est) », in CROIZÉ J-C, FREY J-P, PINON P, Recherches sur la typologie et les types architecturaux, L’Harmat-tan, Paris, 1991.

3 GOLDBLUM Charles, « Figures pionnières de la ville sino-coloniale en Asie du Sud-est, Malacca,

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(25)

fig 06 : Axonométrie, source : URA, Historic

District in the Central Area, A Manual for

China-town Conservation Area, Singapour, 1988

Le bâtiment s’organise dans la longueur : il contient deux murs aveugles porteurs et deux façades sur rue. Le volume supérieur s’avance sur la rue permettant la création d’un passage couvert avec portique protec-teur du soleil et de la pluie. Le commerce ou l’atelier se situe en continuité de ce passage couvert au rez-de-chaussée. Les

portes de cette façade étaient d’ailleurs sou-vent complètement ouvertes sur l’extérieur. L’entrée au logement par un escalier se fait au même niveau derrière le commerce, ou sur le côté de la maison. Les murs extérieurs sont en briques ou en béton, tandis que la structure intérieure est en bois.

le passage

couvert poutres en bois

l’escalier en bois la cour intérieure toit en tuile mur de partition façade principale l’arrière cour et le mur extérieur

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(26)

traces de cet archétype dans toute la région de l’Asie du Sud Est. Certains éléments comme le passage couvert, le commerce sur rue et l’étroitesse des parcelles restent particulièrement visibles dans les maisons et petits immeubles des centres villes de la région. Cette première partie tente de comprendre ce qu’est la shophouse de Sin-gapour et l’impact de cette forme architecturale dans la constitution de la ville et de ses usages depuis la création de Singapour en 1819 jusqu’aux premières années de l’indépendance en 1959. En faisant la synthèse de différentes recherches à propos du compartiment chinois, cet écrit tentera de comprendre en quoi le compartiment chinois est une forme de patrimoine national, et en quoi il est une forme à conserver.

Une architecture régionale ?

1. Un type architectural

Le compartiment chinois ou la shophouse, est une construction mêlant à la fois domesticité, avec une habitation à l’étage, et marchandisation, avec un com-merce en rez-de-chaussée. Ces maisons sont construites sur des terrains longs et fins allant de 22 m (Pagoda Street par exemple) à 330 m (Tanjong Pagar Road) et ont une largeur entre 4 et 6 m, dimension liée à la portée d’une poutre en bois entre deux murs porteurs. Alignées les unes à la suites des autres, ce sont des maisons en bande sur deux étages avec un toit en tuiles en terre cuite. Elles sont séparées par des murs de partitions, dépassant quelquefois des toits et sont continues grâce à un passage couvert appelé le five foot way ou encore verendah. Ce passage avec portiques permet au volume supérieur d’être avancé sur la rue ainsi que de protéger les pié-tons du soleil et des pluies tropicales. De plus, il permet d’offrir un espace piéton surélevé en dur différent de l’espace de la rue, alors en terre, voir de boue lors des pluies. Plus tard, c’est ce qui donnera le caractère colonial des rues. Dans l’usage, le passage couvert est un espace de passage public mais souvent approprié par les pro-priétaires du compartiment comme vitrine extérieure de leur magasin ou terrasse pour leur restaurant. À l’intérieur, le compartiment s’organise autour d’une cour ou d’un puits de lumière permettant de rafraîchir les espaces et d’articuler le commun de l’intime. Cette petite cour constitue parfois le premier espace de détente de toute la famille4 à proximité de la cuisine qui peut ainsi être aérée. Mais dans le cas où le

compartiment est divisé en plusieurs lots, ce puits de lumière est utilisé pour séparer spatialement la maison en deux parties. Le compartiment joue particulièrement sur le sentiment d’intériorité avec cette organisation spatiale mais aussi parce qu’il ne

Penang et Singapour » in PIERRE Clément, CLÉMENT CHARPENTIER Sophie, GOLDBLUM Charles, Cités d’Asie , Éditions Parenthèses, Les Cahiers de la Recherche Urbaine, Paris, 1994, 258p

4 La « baba house » distingue notamment un espace de réception sur rue, puis un espace de détente familiale autour de ce patio. Voir partie 2.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(27)

fig 07 : Plan de la zone conservée d’Emerald Hill, soure : www.ura.gov.sg, consulté le 26

dé-cembre 2014.

On reconnaît sur ce plan de quartier le par-cellaire découpé en bande, et les rues dispo-sées en grille.

On remarque en pointillé la zone délimitée de conservation d’Emerald Hill, et en grisé les maisons classées. E E E BO UNDA R Y O F G A Z E T T E D CO NS E RV A T IO N A RE A RESI DENT IAL HI ST O RI C DI ST RI CT E M E RA L D HI L L CO NS E RV E D BUI L DI NG S E E E E E E EN VEL O P C O N T R O L SI T E W HE RE HE IG HT IS SU B J EC T T O EVA L U A T IO N E D R A W IN G TITLE : N OTE : TH E OR IGIN A L R E S ID E N TIA L FR ON T S H A LL RE T A INE D A ND RE S T O RE D F O R CO NS E RV B U ILD IN GS ZON E D R E S ID E N TIA L A N D 2 , 3 9 E M E R A LD H ILL R OA D . E CO NS E RV A T IO N DE P A RT M E NT DA T E : J UNE 201 4 D R W G N O : D R A W IN G TITLE : C ON S E R V A T ION P L A N 0 M 50 M S CA L E : 1: 2000

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(28)

s’ouvre que sur deux façades extérieures, souvent réservées pour l’espace commer-cial ou l’atelier, ainsi que pour les chambres principales. À Singapour, la shophouse s’étend sur toute la longueur de la parcelle, ce qui à l’arrière du bâtiment crée une rue étroite de services d’où l’on sort généralement les déchets et où l’on peut installer la cuisine qui en Asie, a besoin d’être bien aérée.

2. Origine de la shophouse ou compartiment chinois

En France, l’étude du compartiment chinois par Charles Goldblum insiste particulièrement sur le rôle de la communauté chinoise dans l’essor des villes du Sud-Est asiatique. Plusieurs hypothèses ont été émises quant au discours sur l’ori-gine des shophouses même si la tendance générale est de dire que le compartiment est le premier type architectural mêlant habitat et commerce développé par la commu-nauté chinoise. En 1985, Charles Golblum étudie trois hypothèses sur l’origine des

shophouses dans son essai Compartiments chinois et chinatown, matrices de la ville moderne en

Asie du Sud-Est5 :

- La thèse « diffusionniste » développée par David G. Kohl propose une ori-gine géographique et culturelle exclusivement chinoise. Cette thèse s’appuie sur la dimension morphologique de certains éléments du compartiment (matériaux, orga-nisation spatiale, cour intérieure…) que l’on retrouverait dans les caractéristiques des villes du Sud de la Chine notamment comme Canton dont sont originaires la majeure partie des émigrants chinois du Nanyang6. L’idée est aussi que la diffusion

du compartiment chinois accompagne l’essor de la population à travers l’Asie du Sud-Est.

- La thèse « fonctionnaliste » développée par M. Simon et M. E. Emerick propose une origine transculturelle et transhistorique du compartiment chinois. C’est l’idée que la ville marchande, rencontrée sous diverses formes à travers le monde, se retrouve ici grâce à la dualité commerce et résidence. Cette thèse est assez généraliste et universelle mais par conséquent, elle ne prend pas en compte le passage et la rupture de ce modèle avec celui des populations indigènes qui avaient tendance à justement séparer les habitations des commerces dans deux espaces dis-tincts.

- La thèse « évolutionniste » adoptée par Charles Goldblum, est plus nuan-cée, pour lui, « le compartiment chinois constitue un type spécifique aux Chinois du Nanyang, placé à la confluence des références chinoises, occidentales et « locales »,

5 GOLDBLUM Charles, JANTAVORN Kunwadee, CHULASAI Bundit, Compartiments chinois et china-towns, matrices de la ville « moderne » en Asie du Sud-Est, G.R.A.S.E. (A.U.). École d’architecture Paris-Villemin, Paris, 1985, 148p.

6 Nanyang est le nom donné par les chinois désignant la région de l’Asie du Sud-Est.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(29)

position ambiguë dont il tire son originalité ». La thèse évolutionniste propose « une origine typo-morphologique et une généalogie technique locale ». L’idée est d’éta-blir l’ancienneté de la forme du compartiment, sa spécificité, son ancrage et son évolution tout en établissant une généalogie de l’évolution locale des techniques de constructions et des modes d’habiter. De là, il établit certains constats mettant en évidence que le système du compartiment chinois ne privilégie pas un point de vue unique. Au contraire, le type architectural du compartiment est en partie issu d’un héritage local pas seulement apportés par la population chinoise, de plus le modèle du compartiment ne correspond pas à l’idée de la ville idéale chinoise du fait de la mixité entre commerce et habitation, enfin c’est bel et bien pendant la colonisation européenne et sous son influence (pour le cas de la Thaïlande) que le compartiment chinois s’est diffusé à travers le Nanyang. Puis, en étudiant la «généalogie locale » des techniques, il met en évidence que la construction en maçonnerie caractéris-tique des shophouses est due à l’arrivée des européens et des chinois qui construi-saient ainsi leur villes, à contrario des populations locales qui construiconstrui-saient les édi-fices résidentiels et commerciaux en matière végétale et réservaient la construction en dur aux temples et édifices particuliers tels que les palais. Sa thèse est donc que le compartiment chinois est issu du croisement entre des références chinoises, occi-dentales et locales.

Dans la suite de Goldblum, pour Alain Viaro, enseignant chercheur à l’uni-versité de Genève, il faut pouvoir remettre en question le caractère uniquement « chinois » du compartiment7 en analysant les modes de planification des villes

indigènes, chinoises et coloniales. D’après lui, l’adoption du compartiment serait influencée à la fois par les occidentaux et les chinois qui étaient les premiers repré-sentants des sociétés urbaines en Asie du Sud-Est. Mais c’est véritablement dans les colonies hollandaises et britanniques, lorsque l’essor de la population chinoise s’y est avéré, qu’ils sont devenus des bâtisseurs de la ville. En effet, pour pouvoir faire de leurs colonies des cités maritimes de grande ampleur, les coloniaux se sont appuyés sur l’arrivée massive de la population chinoise pour construire les villes parce qu’ils étaient toujours en infériorité numérique. Les colonies imposaient une planifica-tion urbaine raplanifica-tionnelle, stricte, voire militaire que l’on trouve dans le découpage en bande des parcelles ainsi que des plans en grille de la ville, puis les migrants chinois se l’appropriaient en y apportant leur savoir faire. De fait, on peut dire que le compartiment imposé par la planification urbaine européenne devînt chinois à ce moment là, car c’est la communauté chinoise qui forma les premiers tissus urbains d’un point de vue social et physique dans le financement et la construction des 7 VIARO Alain, « Le compartiment chinois est-il chinois ? » in Architectures et Cultures, Les Cahiers de la recherche architecturale, vol. 27/28, Éditions Parenthèses, 1992, pp. 139-150.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(30)

maisons. Ces deux groupes ethniques étaient autant soucieux de rentabiliser le sol à la fois dans le choix du parcellaire mais aussi dans le choix des usages (mixité du commerce et du logement). C’est donc à la fois au travers de l’action des européens et des chinois que l’on trouve l’origine du compartiment chinois en Asie du Sud-Est.

3. Compartiments chinois du Nanyang

La diffusion du compartiment chinois irait de paire avec l’essor de la commu-nauté chinoise en Asie du Sud-Est. Ainsi on note que les premiers modèles seraient apparus à Batavia (aujourd’hui Jakarta) pendant la colonisation hollandaise entre 1619 et 17408. Sous l’occupation hollandaise, les pouvoirs coloniaux ont imposés la

construction en brique, terre cuite et en pierre afin de protéger la ville des incendies, et ils ont découpé le parcellaire en bandes standards afin de les vendre et occuper l’espace au maximum. On se trouve ici dans une logique de rentabilité dans laquelle les immigrants venus de la Chine du Sud, population marchande également, se sont installés et ont formés une main d’œuvre bâtisseuse et habitante.

On trouve à la même époque vers 1640, le compartiment chinois à Malac-ca9 qui était à l’époque un autre comptoir hollandais sur la péninsule malaise.

L’ex-pression de la présence chinoise est alors particulièrement mise en évidence dans l’ornementation des façades des compartiments qui reprennent des motifs chinois mais aussi de nouveaux motifs, issus du mariage entre les communautés chinoises et autochtones. Ce qu’on appellera plus tard, le style peranakan ou baba. Puis au XIXème siècle, Singapour montre comment les britanniques ce sont eux appropriés le modèle du compartiment pour produire la masse bâtie nécessaire à l’implantation de la cité portuaire qu’elle était amenée à devenir. Toujours dans la même logique, c’est avec l’arrivée massive des immigrants chinois que les maisons se sont peu à peu construites, et grâce à une logique de politique urbaine volontairement rationnelle. Plus tard, on retrouve le modèle à Bangkok en Thaïlande (1861)10 qui pourtant ne

s’inscrit pas dans une histoire sino-coloniale. En effet au XIX ème siècle, les diri-geants siamois s’emparent du système du compartiment chinois qui représente alors la modernité, ce qu’il y a de plus occidental dans la région et ce qui est une rupture avec les modèles des villes agraires passées d’Asie du Sud-Est telle que Chiang Mai.

8 VIARO Alain, « Le compartiment chinois est-il chinois ? » in Architectures et Cultures, Les Cahiers de la recherche architecturale, vol. 27/28, Éditions Parenthèses, 1992, pp. 139-150

9 GOLDBLUM Charles, « Figures pionnières de la ville sino-coloniale en Asie du Sud-est, Malacca, Penang et Singapour » in Cités d’Asie, Les Cahiers de la Recherche Urbaine, Éditions Parenthèses, Paris, 1994, 258p

10 GOLDBLUM Charles, JANTAVORN Kunwadee, CHULASAI Bundit, Compartiments chinois et chinatowns, matrices de la ville « moderne » en Asie du Sud-Est, G.R.A.S.E. (A.U.). École d’architec-ture Paris-Villemin, Paris, 1985, 148p.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(31)

fig 08 : Une rue de Luang Prabang durant les festivités du Pimai, photographie prise en

Avril 2014.

Cette photographie montre quelques com-partiments chinois de Luang Prabang pen-dant le nouvel an laotien. La ville est située au nord du Laos et son centre ville est classé au patrimoine de l’UNESCO. Le modèle de la shophouse s’est répandu dans toute l’Asie

du Sud-Est, en particulier pendant l’époque coloniale, dont sont certainement issus ces maisons-ci. Ici le passage couvert est converti en terrasse pour les restaurants ou en vitrine extérieure pour les commerces.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(32)

On le retrouvera jusqu’en Indochine, dans le Vietnam (vers 1867) et enfin à Kuala Lumpur (1884). Aujourd’hui encore, le modèle du compartiment chinois s’exprime dans les constructions actuelles de toute la région du fait du découpage parcellaire qui est resté tel quel, ainsi que dans la mixité du commerce et de l’habitat dans les centre villes.

La shophouse : élément fondateur de l’urbanité à Singapour

1. Raffles et la ville ordonnée

Au début du XIX ème siècle, Singapour fait partie du « Straits Settlement » (en français, les établissements du détroit de Malacca), Sir Stamford Raffles veut faire de ce point stratégique un « emporium commercial », une ville moderne conjuguant activités portuaires et commerciales, dont le but ultime est de concurrencer le mo-nopole des Hollandais dans la région. Il dit dans une des ses premières lettres du 10 juin 181911 : « Notre objet n’est pas le territoire mais le commerce, un grand emporium

commercial et un pivot d’où nous pouvons étendre notre influence politique selon ce que les circonstances peuvent demander par la suite. Un port libre dans ces mers devra naturellement détruire le maléfice du monopole Hollandais ; et ce que Malte est dans l’ouest, Singapour pourra le devenir dans l’est. »

En 1822, il crée un comité d’urbanisme (Town Commitee) qui a pour mission de délimiter les espaces dédiés aux différentes classes et ethnies ainsi que de définir les voies de communication de Singapour. Il établit alors plusieurs règles d’urba-nisme pour l’implantation des constructions domestiques et commerciales qu’il veut uniformes et régulières. Ainsi, la réglementation12 stipule que les édifices

résiden-tiels ou commerciaux de la zone urbaine doivent être construits en maçonnerie et disposés en ordre continu le long de voies rectilignes à angle droit pour maximiser l’espace occupé au sol ; ces constructions doivent aussi permettre un passage cou-vert oucou-vert (verandah puis five foot way) qui doit assurer « la régularité et la confor-mité de la rue»13 ; enfin les hauteurs et les largeurs de voies seront déterminées par

avance ainsi que le nombre de maisons par îlot. La dominance du compartiment chinois à dans le Singapour de l’époque vient donc en grande partie de l’initiative de Raffles avec la combinaison de tracés orthogonaux et la dualité habitation – com-merce dans ces constructions à deux ou trois niveaux en maçonnerie. Ces règles permirent à Singapour de se démarquer des formes originelles de la ville asiatique construite en bois et d’aller vers une ville plus régulière. Il est intéressant de voir 11 VIARO Alain, « Le changement d’échelle de la ville traditionnelle à la ville moderne : l’exemple de Singapour » in Mesures de l’espaces, unités de mesure, École d’architecture de Versailles, Versailles, 1988, p 136-149.

12 URA, Chinatown historic district, URA, Singapour, 1995, 101 p. 13 URA, Chinatown historic district, URA, Singapour, 1995, 101 p.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(33)

fig 09 : The Jackson Plan élaboré selon les

principes de Raffles de 1822-23 et publié par Henry Colburn en 1828 à Londres.

La ville s’organise autour du centre admi-nistratif européen occupé par les bâtiments coloniaux et quelques riches négociants asiatiques. Le reste de la population sera logée et travaillera autour de ce centre : le kampung arabe et malais de Bugis à l’Est et Chiulah pour les indiens au nord. À gauche de la rivière, on offre des terrains impor-tants pour la population chinoise illustrant déjà le poids des activités et la croissance de cette population. Cette organisation montre la hiérarchie et l’importance

accor-dée aux différents groupes ethniques. On remarque aussi que c’est un plan très ur-bain qui ne fait pas référence aux espaces ruraux et agricoles extérieurs. Le système de rues quadrillées perpendiculaires au lit-toral illustre l’idée de la ville «ordonnée» de Raffles permettant aussi d’introduire une certaine compacité urbaine. Cependant, bien que très élaboré, ce premier plan était destiné à une cité qui ne comptait alors que 11 000 habitants en 1828.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(34)

que du fait d’un territoire considéré comme vierge, Raffles a pu mettre en place des éléments de fabrication urbaine conjuguant commerce et résidence dans une ville du Sud-Est asiatique. Traditionnellement, ces villes sont plutôt issues de l’organisa-tion villageoise et elles avaient tendance à séparer la foncl’organisa-tion marchande des zones résidentielles. La construction des shophouses en ville marque donc le passage de la construction en bois propre aux villes asiatiques à la construction en maçonne-rie intégrant la fonction commerciale en milieu urbain. L’action du Town Commitee débouche en 1828 sur le Jackson Plan. Le Lieutenant Jackson est chargé de propo-ser un plan d’organisation de la ville identifiant les différentes zones de Singapour. Il propose des regroupements ethniques par quartiers et par fonction : European

town, Chinese (futur Chinatown), Chuliah, Arab et Bugis campongs (qui s’écrit kampung14

aujourd’hui). Autour du centre administratif européen, les kampungs des différentes ethnies s’organisent d’un côté ou de l’autre de la rivière. Ce regroupement ethnique n’empêche pas au compartiment chinois d’être un modèle de construction pour les autres groupes, Bugis par exemple intègre également des shophouses. La présence de marchands chinois adoptant ce mode d’habité reste malgré tout une raison majeure du développement de ce modèle à Singapour.

En effet le succès commercial de l’établissement voit sa population croitre rapidement, en particulier au sein des communautés asiatiques. Celles-ci profitent de la position privilégiée de Singapour au cœur du réseau d’échange existant du détroit de Malacca ainsi que de la politique de franchise qui draine une partie im-portante du commerce asiatique et européen de l’époque. Raffles rend compte assez tôt de l’engouement des migrants chinois pour Singapour : «le nombre de chinois installés et le caractère attractif de l’endroit pour cette population industrieuse per-mettent de prédire qu’elle constituera toujours la fraction de loin la plus importante de la collectivité»15. Il s’appuie donc sur cette population qui couvre tous les secteurs

économiques et représente 60% de la population en 186016 pour construire la ville

de Singapour. Par conséquent, elle domine naturellement l’espace urbain de la cité, les chinois constituent ainsi les promoteurs du compartiment hérité de l’idéologie de Raffles, à la fois en tant que constructeurs et usagers du compartiment.

14 Kampung signifie village en malais.

15 RAFFLES T. Stamford, « Lettre du 4 novembre 1822 au capitaine C.E. Davis et aux membres de la Commission » in BUCKLEY C. F., An anedoctal History of Old Times in Singapore 1819-1867, University of Malaya Press, Kuala Lumpur, 1965.

16 GOLDBLUM Charles, « Singapour (1819-1986) : émergence de la ville moderne et mythe rural » in Archipel, n°36 (« Villes d’Insulinde », I), 1988, pp. 227-270.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(35)

fig 10 : China-town au début du XXème siècle,

source photo : Lee Kip Lin et National Library Board, sur http://eresources. nlb.gov.sg

Une rue de China-town sûrement prise au début du XXème siècle. On y reconnaît les com-partiments chinois de chaque côté de la rue et les ricks-haw, transportant les marchands dans les rues.

fig 11 : Chinatown dans les années 1950, source photo :

Lee Kip Lin et Natio-nal Library Board, sur http://eresources. nlb.gov.sg

Une autre rue de Chinatown, prise dans les années 1950, on y observe la vie dans la rue, le linge étendu au bout de bouts de bambous aux fenêtres. On re-marque aussi l’état des bâtiments qui se dégradent.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(36)

2. La ville du XIXème siècle

La répartition ethnique du territoire par le plan Jackson fait de Chinatown le centre économique de Singapour, ce qui est toujours le cas puisque c’est dans cette partie de la ville que l’on trouve maintenant le CBD (Central Business District). Au delà du regroupement ethnique par quartier, on retrouvait dans les rues des dis-tinctions linguistiques et régionales à travers des associations et des clans. Les rues se spécialisent également en fonction des activités commerciales proposées et les classes dites respectables se distinguent des classes dites inférieures. Pour Raffles, il était judicieux de regrouper les groupes ethniques ensembles notamment ceux de la population chinoise par province afin d’éviter tout conflit entre les groupes. Ainsi on pouvait facilement deviner de quelle province étaient les immigrés chinois en fonc-tion de leur adresse, par exemple les Hokkiens de la province du Fujian se concen-traient à Telok Ayer Street, les Teochews s’installaient sur Circular Road etc17. Dans ces

rues, des clans s’installent dans les compartiments. Ils eurent un rôle essentiel pour l’installation des travailleurs migrants. Ils furent créés par les premiers émigrants provenant des différentes provinces chinoises et étaient un moyen de retrouver des personnes parlant le même dialecte et de prendre part à une forme de solidarité communautaire et de confiance loin de chez eux. Par exemple, les membres don-naient une contribution monétaire au clan qui en retour leur assurait des funérailles en cas de décès ainsi qu’une donation à leur famille.

Par ailleurs, le plan de Jackson crée une grille dont les dimensions de rues doivent être adaptées au passage et au stationnement des voitures avec chevaux de part et d’autre de la rue, tandis que le compartiment chinois permet aux piétons de circuler dans le five foot way, rue piétonne à l’abri du soleil, de la pluie et de la circulation. Néanmoins, les maisons étant assez profondes, elles deviennent plus des entrepôts que des magasins. Les marchands investissent finalement l’espace du pas-sage couvert pour exposer leurs produits, louer un bout de trottoir ou encore en faire leur vitrine. Le soir, les rues sont transformées en marchés et restaurants en plein air. Ces éléments seront plus tard vus comme des déviances entretenant le chaos qui caractérisera Singapour pendant la première moitié du XX ème siècle.

La forme physique du compartiment chinois permet plusieurs attributions de l’espace. À l’intérieur, on est pratiquement dans un plan libre puisque les deux murs porteurs latéraux et les poutres sont les seuls éléments véritablement structu-rant de l’espace. Ainsi on se trouve avec des constructions qui étaient à la fois des dortoirs, des logements, des magasins, des ateliers… Aujourd’hui ces mêmes formes peuvent aussi être reconverties en bureaux, restaurants, bars, salle de concerts... Pourtant au départ les shophouses abritent le commerce en rez-de-chaussée, et à 17 TAN Sumiko, Streets of Old Chinatown, Singapour, Page Media Pte Ltd, 1990, 120p.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(37)

l’étage le logement du marchand, puis de sa famille ou de ses employés. Plus tard lorsqu’il pouvait s’offrir une maison ailleurs, le compartiment abritait plusieurs groupes de personnes, familles ou travailleurs. Les compartiments de Chinatown furent particulièrement occupées par les immigrants sous diverses formes : logement chez l’employeur, ou chez un habitant originaire de la même région (long-pank-keng) et dortoir pour célibataires (kongsi). La forme la plus répandue était le kongsi18 dont les

règles sociales dépendaient en grande partie des associations de quartier. En effet, les premiers venus à Singapour étaient essentiellement des hommes célibataires ou qui avaient laissés leurs familles au pays. Une fois bien installés et dans une situation convenable, ils faisaient venir leurs femmes et leurs familles. De fait, le comparti-ment chinois a logé toutes les classes sociales de Singapour, du marchand fortuné baba de Malacca aux émigrants pauvres du sud de la Chine.

Afin de régulariser l’attribution des logements et leurs prix, les autorités bri-tanniques créent le Rent Control Act en 194719. Pour faire baisser les prix, les

proprié-taires choisissaient de diviser la maison en plusieurs espaces de cohabitations, ainsi on pouvait trouver jusqu’à 10 familles dans un seul compartiment… Cette loi visait à régulariser un parc locatif existant dans un contexte où il n’y avait pas d’autres alternatives.

3. Compartiments chinois de Singapour

Il existe une diversité de compartiments chinois à Singapour liée à la diver-sité sociale de sa population : de la shophouse authentique où l’on est dans une dualité commerce plus habitation, aux maisons en bandes appelées « terrace house » qui sont à Singapour, un dérivé de la shophouse. Les compartiments chinois se déclinent sous plusieurs styles : souvent humble pas leur taille mais parfois très élaborées par les ornementations, ils étaient eux aussi plus ou moins riches en terme d’architecture. Ainsi, les marchands fortunés se font construire des townhouses ou terrace houses hors de Chinatown qui devient surpeuplé à la fin du XIX ème siècle. En s’installant en dehors du centre ville, ils peuvent libérer le rez-de-chaussée, et on introduit une petite cour devant la maison pour s’éloigner de la rue. On garde quand même le principe de la verandah qui fait office de seuil d’entrée, et le travail ornemental se portera surtout sur la façade de la maison. De même, du fait de cet alignement continue et uniforme de la maison, c’est sur la façade que l’on observera les éléments les plus significatifs des compartiments chinois. Dans un objectif de se démarquer

18 WEE Ann, «Some social implications of rehousing programmes in Singapore», in : D.J. Dwyer (Ed.), The City as a Center of Change in Asia, Hong Kong University, Hong Kong, 1972.

19 WONG Tai-Shee, « The transformation of Singapore’s central area : From slums to global busi-ness hub ? » in Planning Practice & Research, Vol 16, n°2, pp. 155-170, 2001.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(38)

les uns des autres, les compartiments sont à la fois très unis par leurs formes mais aussi très éclectiques dans le style20. Construites par des entrepreneurs chinois et

italiens, les shophouses suivaient les styles européens de l’époque avec le savoir faire local. On trouve la plupart du temps un mélange assez curieux de plusieurs réfé-rences à la fois ce qui témoigne en fait de l’internationalité de ce type architectural à Singapour. Ainsi, les maisons adoptent des fenêtres à la française avec volets, des céramiques chinoises ou malaises, des colonnes et des pilastres d’ordre corinthien, ioniques, etc. Ce pastiche de références sera surtout vrai pour les constructions du XIX ème siècle, tandis qu’à la moitié du XX ème siècle, on assume plus facilement une apparence occidentale et on va jusqu’à créer des shophouse de style Art Déco. Nous voyons dans les figures 11 à 15 des relevés de différents styles de shophouse de Chinatown à différentes époques.

20 À voir sur ce sujet : KNAPP Ronald G., Chinese houses of Southeast Asia, The eclectic architecture of sejourners and settlers, Tuttle Publishing, Tokyo, 2010, 288p.

fig 12 : Early Shophouse (1840 - 1900),

source : URA, Historic Districts,

Conserva-tion guidelines for Chinatown conservaConserva-tion area,

URA, Singapour, 1991.

La première génération de sho-phouse adopte un style assez sobre et épuré avec des formes géomé-triques simples. Sur deux niveaux, le compartiment porte une image assez pesante, avec en plus un sou-lignement de la poutre en façade par des moulures. On adopte l’ordre toscan et dorique pour les colonnes. L’ornementation était assez mini-male mais lorsqu’elle était utilisée, elle prenait source dans des réfé-rences de la région originaire de l’immigré qui l’a construisait.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

(39)

fig 14 : Late shophouse style (1900-1940)

On se trouve ici avec des shophouses par-ticulièrement ornementées. Il est courant de voir trois fenêtres par étage ce qui ré-duit considérablement la surface pleine de la façade. On ajoute aussi quelques fois des balcons. Entre les fenêtres on trouvera soit des colonnes ou pilastres. Un mélange éclectique des genres est adopté à travers les formes des ouver-tures, les bas reliefs, les carreaux de céramiques, les arabesques… Les céra-miques par exemple étaient très colorées et arboraient des dessins floraux ou géo-métriques prenant leur source dans le savoir faire malais et chinois. On est donc là avec des constructions assez sophis-tiquées.

fig 13 : First Transitional Shophouse Style (début XX ème)

On monte le compartiment chinois sur un étage de plus ce qui lui offre des pro-portions plus allongées, une image plus légère que celle de la première généra-tion. Comme précédemment, on a géné-ralement deux fenêtres par étage sur la façade. L’ornementation est encore assez timide sur ces shophouses et on use de l’ordre corinthien et composite sur les pilastres et colonnes des maisons.

ECOLE

NATIONALE

SUPERIEURE

D'ARCHITECTURE

DE

NANTES

DOCUMENT

SOUMIS

AU

DROIT

D'AUTEUR

Figure

fig 01 :  Une shophouse du quatier de Geylang à Singapour,
fig  03  :  un territoire en mutation, source :
fig  04  :  des compartiments  chinois au milieu des tours,
fig 06 :  Axonométrie, source : URA, Historic
+7

Références

Documents relatifs

 Constat de la contamination de ressources en eau utilisées pour l'AEP par nitrates et pesticides ;.  Idée qu'il est plus pertinent et durable d'avoir une ressource en eau

Sang de la terre, Ecologie urbaine, 166 p., cité dans Le Gourrierec, S., L’arbre en ville : le paysagiste concepteur face aux contraintes du projet urbain, Mémoire de fin d’études,

  35 L’indépendance des banques centrales, une idée pas si nouvelle dans l’histoire de la pensée économique.. La doctrine des

La stratégie de séquestration par stockage repose sur l’idée d’extraire rapidement du carbone forestier – via l’exploitation des peuplements à stock fort et flux de stoc-

Sang de la terre, Ecologie urbaine, 166 p., cité dans Le Gourrierec, S., L’arbre en ville : le paysagiste concepteur face aux contraintes du projet urbain, Mémoire de fin d’études,

Service traiteur à La Cité Miroir Informations parking RAC!NES L’Escale Librairie Stéphane Hessel Bibliothèque George Orwell Espace Francisco Ferrer Espace Lucie Dejardin Salon

Aujourd’hui encore, les littoraux ont élargi la gamme de leurs fonctionnalités : certains (Cité Soleil à Port-au-Prince, quartier du Carénage à Pointe-à-Pitre) apparaissent comme

La stratégie de séquestration par stockage repose sur l’idée d’extraire rapidement du carbone forestier – via l’exploitation des peuplements à stock fort et flux de stoc-