UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTREAL
RÉFLEXION SUR LA CONSOMMATION RESPONSABLE COMME ALTERNATIVE
AUX IMPASSES DU CAPITAL
MEMOIRE PRÉSENTÉ COMME EXIGENCE DE LA
MAIÎTRISE EN SOCIOLOGIE
PAR
CAMILLE VAILLANCOURT DE JOCAS
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL Service des bibliothèques
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[ses] droits de propriété intellectuelle. Sauf ententé contraire, [l'auteur] conserve la liberté de diffuser et de commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»TABLE
DES MATIÈRES
RÉSUMÉ ... iii
INTRODUCTION ... 1
CHAPITRE 1 LA CONSOMMATION RESPONSABLE ... 14
1.1 L'origine de la consommation responsable ... 15
1.2 L'idéologie derrière la consommation responsable ... 22
1.2.1 L'environnement ... 22
1.2.2 Développement durable ... 28
1.2.4 La consommation éthique ... 33
1.2.5 Le commerce équitable ... 34
1.2.6 Le bien-être individuel. ... 38
1.3 La mise en action de la consommation responsable ... 42
CHAPITRE 2 LA CONSOMMATION DE MASSE.. ... 46
2.1 Historique ... ; ... 46
2.1.1 Le taylorisme ... 48
2.1.2 La grande crise ... , ... 51
2.1.3 La Guerre et l'après-guerre ... 56
2.2 Le rôle des corporations ... 70
2.3 Les critiques de la consommation ... 74
2.3.1 La séparation du moment de production, de celui de consommation ... 75
2.3.2 Le travail en tant que forme naturellement auto-objectivante ... 77
2.3.3 La perte de l'objectivité ... 78
2.3.4 Le rapport aux besoins ... 81
2.3.5 La liberté individuelle comme choix de consommation ... 83
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2.3.7 Le mythe de la contreculture ... 97
2.3.8 L'authenticité ... 102
2.4 Le capitalisme contraint à la crise ... 106
CHAPITRE 3 COMPRENDRE L'IMPASSE ET EN SORTIR ... 110
3.1 Les trois crises comme conséquences de la globalisation ... 111
3.2 Le capitalisme managérial. ... 120
3.3 Pour sortir de la crise ... 131
CONCLUSION ... 147
RÉSUMÉ
L'ère contemporaine est imprégnée d'un catastrophisme résultant d'une triple crise qui menace l'ordre planétaire en tennes écologique, culturel et financier. Ayant pour cause le capitalisme globalisé, ces impasses sont le lieu de nombreuses interrogations d'avenues à suivre pour surmonter ces obstacles. Ces écrits proposent d'approfondir l'une des voies à ces crises qu'est la consommation responsable. Un examen historique aborde l'histoire commune de la consommation responsable et de la consommation de masse avançant l'hypothèse que ces mouvances consommatrices ne se sont pas développées en opposition absolue, mais qu'au contraire leurs revendications sont sensiblement les mêmes. Une étude comparative entre ces deux trajectoires établira que le geste consommateur est au fondement du système économique capitalistique qui maintient une dichotomie absolue entre le moment de production et celui de consommation. Cette coupure au fondement même d'une aliénation à l'objet, au monde et à soi-même, nous laisse donc présager qu'une sortie ne pourra être celle envisagée par une consommation citoyenne. Dans un troisième temps, il sera question d'explorer des solutions concrètes à ces crises, qui devront impératîvement prendre le chemin de propositions politiques sous une fonne législative et institutionnalisée, plutôt que le chemin d'une volonté particulière c01mne le proposent les militants de la consommation responsable.
Mots-clés : Consommation responsable; cnse du capitalisme; développement durable; cnse culturelle; cnse financière; crise écologique.
INTRODUCTION
Le système capitaliste est, depuis sa naissance, l'objet de nombreuses critiques, tant sur son mode de production que, depuis plus récemment, sur l'orientation abusive des habitudes de consommation que pose la société consumériste. Depuis les années 1950, et . encore plus depuis les années 1970, des contestataires du capitalisme se dévouent à faire prendre conscience aux populations occidentales l'impasse derrière les habitudes de consommation que promeuvent les grandes corporations. Malgré que ce mode de vie consumériste se présente après la Seconde Guerre mondiale comme une force libérant des contraintes matérielles imposées à l'humanité depuis si longtemps, ce modèle dévoile malgré lui une facette aliénante. De nombreux mouvements sociaux auront depuis tenté de démontrer la possibilité de vivre autrement en créant des alternatives à la consommation de masse, tel celui du mouvement hippie des années 1960-1970, les mouvements socialistes, ou encore les mouvements anarchistes. Le mouvement proposant une alternative à la consommation de masse qui nous intéressera plus particulièrement ici sera celui issu de la globalisation communément nommé de consommation responsable. Cette appellation fait référence à divers domaines de l'économie extrêmement disparates, elle inclut le commerce équitable, l'agriculture biologique, la gestion des déchets par le recyclage ou le compost, la production et la consommation locale, ainsi que d'autres formes de conscientisation des abus et exploitations du système capitaliste. La consommation responsable prétend pouvoir apporter des solutions concrètes aux problèmes contemporains que pose l'économie globalisée. L'objet de ce mémoire sera en fait de se questionner sur l'alternative théorique et pratique que représente ou pas ce mouvement de consommation responsable face à l'économie capitaliste. Comme nous le démontrerons, cette dernière est sur le bord d'un cataclysme, qu'il soit de nature fmancière, écologique ou culturelle. Ainsi, il sera question de voir en quoi consiste ce
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mouvement, comment il s'articule, ce qu'il représente socialement à long terme, mais aussi en quoi il se distingue de la consommation de masse et en quoi il peut représenter une alternative idéologique à l'économie actuelle.
De par sa structure même, le capitalisme est une organisation sociétale qm a continuellement besoin de se renouveler. Afin de rester rentable, il ne suffit pas qu'il poursuive le même rythme productif et lucratif des années antérieures, mais il doit toujours se dépasser en efficacité et en rentabilité les normes d'hier. Pour ce faire, le capitalisme est dans l'obligation de constamment repousser les limites du possible, il doit réinventer des technologies, des nouveaux besoins, de nouvelles ressources à exploiter. Depuis 400 ans, ces innovations ont transformé le monde comme aucune autre structure sociétale ne l'avait fait auparavant, d'une façon extrêmement rapide, mais aussi de façon gravement destructrice. En tirant les ressources de la terre, sans considérer le lent renouvellement de celles-ci, en tentant d'imposer à un niveau planétaire un mode culturel unique, en instaurant un système financier intrinsèquement instable, le capitalisme a fragilisé le monde qui l'habite, sans jamais réaliser que son mode productif ne pouvait être soutenu éternellement. Le capitalisme a en fait mis en place une série d'éléments des plus propices à l'éventuel déclenchement d'une catastrophe planétaire. Actuellement, il est à considérer que trois crises menacent l'ordre mondial, la plus connue d'entre elle et la moins contestée est sans doute la crise écologique, mais à celle-ci s'ajoutent aussi la crise financière et la crise culturelle.
La planète subit de graves modifications écologiques et climatiques. Comme on le relaye dans les médias, de nombreux spécialistes sonnent l'alarme du point de non-retour. La majorité des discours sur la crise écologique s'orientent autour du fait que notre consommation est trop polluante et qu'il faut par le fait même réduire l'émission de pollution découlant de celle-ci. L'argument de base étant que la planète se peuple rapidement et que le mode de production industriel a engendré une consommation accrue dans la fraction la plus
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prospère de la population humaine, alors que ce mode de v1e ne peut pas, selon des considérations écologiques, être adopté par la totalité de la population humaine. Ainsi, la majorité des campagnes de sensibilisation écologique tente de trouver des solutions pour réduire les effets néfastes qu'a cette consommation excessive sur la nature. C'est le cas des diverses politiques publiques qui financent l'achat de marchandises éco-énergétiques, ou encore celui des campagnes incitant la mise au rancart de voitures plus anciennes connues pour être plus polluantes que celles récentes. Il est toutefois à se demander si ces mesures ne passeraient pas à côté de la question de fond sur les causes de la crise écologique. Il nous apparaît primordial lorsque nous observons les causes de la crise écologique de prendre en considération notre rapport symbolique à la nature, dont nous semblons nous déconnecter de plus en plus. Nous approfondirons dans le second chapitre cette question du rapport au monde naturel, mais à ce stade de notre argument deux autres avenues doivent être présentées en tant que causes potentielles de la crise écologique, soit: l'application d'une logique économique à l'environnement et l'utilisation abusive de techniques scientifiques.
La nature est actuellement perçue comme une ressource économique, elle se doit donc d'être rentable. Ainsi, un des problèmes principaux auxquels nous semblons confrontés est le fait que nous gérons l'environnement telle une marchandise. C'est à partir de ce principe que nous acceptons la cotation en bourse des ressources pétrolières, aquatiques et minières, ou encore, que nous pensons à émettre des droits de pollution. Les ressources écologiques sont gérées comme des biens dont le mode d'être relèverait de la loi de l'offre et de la demande. Les ressources naturelles ne sont toutefois pas des marchandises comme les autres, puisqu'elles ne sont pas produites par l'homme et leur rareté mène, non pas à une augmentation de leur valeur, mais entraine plutôt un déséquilibre dans l'hannonie écologique du monde. À cette gestion fmancière des ressources naturelles s'accompagne aussi l'élaboration d'une multitude de techniques nous permettant de transformer la nature. Nous cherchons essentiellement à rendre les ressources naturelles plus utiles à l'humain pour
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minimiser les imprévus, mais en se faisant nous transformons l'équilibre spontané de la nature. Ainsi pouvons-nous peut-être douter de la capacité qu'a l'humain à contrôler tous les effets secondaires des technologies qu'il génère en vu de maximiser son utilisation de la nature.
Que ce soit par la pollution résiduaire de la consommation, par la gestion économique de la nature, ou par l'élaboration de technologie utilitariste, le capitalisme met en péril l'harmonie naturelle de la planète. Ces trois phénomènes résultant de notre mode d'être économique témoigne que l'intégrité du système écologique est menacée et l'inaction mènera potentiellement à l'anéantissement de l'humain et de certaines espèces animales. Devant ce marasme écologique, nous nous questionnerons à savoir si la consommation responsable, par les avenues qu'elle envisage, réussit à opter pour un rapport à la nature qui saurait établir, ou rétablir, une relation entre l'humain et la nature qui ne menacerait pas l'intégrité ontologique de cette demière? C'est éventuellement peut-être dans notre façon même d'envisager notre rapport à la nature qu'il faudra chercher les solutions pour sauvegarder cet équilibre écologique fondamental. Certains croient à la possibilité d'un capitalisme vert, même si cette solution pourrait peut-être éventuellement harmoniser nos rapports avec la nature, il n'en reste pas moins que le capitalisme soulève deux autres problématiques, soit: la menace financière et la menace culturelle qui planent aussi sur l'ordre planétaire
Nul ne peut nier que le système économique mondial ait été fortement secoué par la crise fmancière de 2007-2008 et la «grande récession» qu'elle généra. Encore aujourd'hui, les conséquences de cette crise marquent la réalité collective. Le taux de chômage soutenu, la croissance ralentie, les taux de crédit élevés, le manque de liquidité sur les marchés financier, et à présent la mise au jour de l'endettement généralisé des pays économiquement développés tel que l'Irlande, la Grèce, l'Espagne, le Portugal et même les États-Unis. La liste des exemples pourrait poursuivre son dévoilement, mais déjà chacun de ceux-ci témoigne que la
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confiance dans le système financier a été fortement ébranlée par son affaissement. D'ordre général, l'origine de la crise financière est attribuée à l'éclatement d'une bulle immobilière née des pays occidentaux. Des prêts hypothécaires à risques, les « subprimes », se seraient multipliés dans la fin des années 90, début des années 2000, augmentant la demande immobilière et engendrant une surévaluation du marché. Toutefois, les analyses ne sont pas consensuelles et les aguerris du domaine soulignent que la question est bien plus complexe qu'une simple bulle fmancière. Deux courants de l'économie hétérodoxe structurent actuellement le débat : la lignée keynésienne et la lignée marxiste, à qui s'affilient pour cette question les structuro-keynésianistes. La première école, dans laquelle on retrouve des grands noms tels que Minsky, Tobin, Stiglitz, explique la crise par une instabilité intrinsèque au système financier. Les acteurs, imaginant la croissance éternelle de la valeur fmancière, seraient enclins à toujours prendre plus de risque dans l'optique de faire plus de gain. Cette propension des investisseurs aurait eu pour effet de surévaluer les titres, menant à la création de bulles financières. En suivant cette ligne de pensée, la crise des « subprimes » n'est qu'une contingence, puisque d'autres bulles financières existent et auraient pu être des catalyseurs de la dépression. Alors que le courant keynésien étudie les fondements de la crise à l'intérieur du système financier, les çourants marxiste et structuro-keynésianiste, à qui sont affiliés des auteurs pareils à Bellamy-Foster, McChesney, Palley, attribuent la débâcle économique aux structures de l'économie réelle instituées par le néolibéralisme. Autour de 1980 s'instaure un écart entre les salaires, qui stagnent, dû à la mondialisation naissante, t la croissance qui poursuit son évolution par le biais de nouvelles politiques de prêts à la consommation et par l'inflation du prix des actions. La disparité entre les classes économiques et les classes financières s'accentue, mais surtout la demande effective de l'économie réelle est soutenue par un endettement généralisé. Les gouvernements, par leurs politiques, auraient largement contribué à l'extension du pouvoir des corporations, et à l'affaiblissement du pouvoir d'achat réel des travailleurs. Ainsi, se serait institué depuis une trentaine d'années un système inévitablement enclin à reproduire des crises fmancières. Ce que nous apprennent ces deux
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courants est essentiellement tant pour l'un que pour l'autre le système financier actuel est extrêmement fragile et qu'une crise est pour ainsi dire inévitable. Il nous est possible de voir à quel point le système financier actuel est sous la menace constante d'une autre crise généralisée, qui récemment semble prendre la forme d'une crise de l'endettement des pays économiquement développés. Les effets seraient évidemment directs sur l'économie réelle. Dans cette optique nous essayerons de voir encore une fois en quoi la consommation responsable est en mesure d'envisager une solution à cette crise financière potentielle.
Finalement, la globalisation entraine une tendance à l'uniformisation des cultures. L'une des plus grandes spécificités ontologiques de l'humain est d'être un être de symbolique. Dans leur rapport pour combler leurs besoins substantifs les humains entrent aussi dans une médiation symbolique qui a une infinie de variétés possibles. Par la globalisation, la vision du monde à l'occidentale s'étend à la grandeur de la planète avec un impérialisme dynamique trouvant une foule de partisans. L'extension que prend cette monoculture tendrait à transformer le fondement de l'humanité qu'est d'engendrer des cultures différentes. La globalisation, souvent expliquée comme une mouvance quasi naturelle, ne semble pas reconnaître les différences fondamentales et irréconciliables entre les sociétés. L'idéologie libérale elle-même suppose une nature profondément économique à l'humain, ainsi elle est incapable de concevoir que des sociétés puissent s'organiser sur d'autres normes sociales que celle d l'utilit '. Cett conc ption purement économique de l'humain laisse planer une menace d'homogénéisation des cultures, qui serait à présent toutes comprises en tant qu'homo economicus. Évidemment, l'on peut considérer qu'une monoculture en faveur du mode de vie à l'occidentale ne serait pas en soi une menace pour le capitalisme, puisqu'au contraire le capitalisme a tout avantage à ce que les dissidents s'enrôlent dans son idéologie. Ainsi, cette crise de l'uniformisation culturelle ne semble pas être une menace pour le capitalisme, mais le serait éventuellement plutôt pour l'humanité. Sans ces différences fondamentales l'homme serait départit de sa caractéristique la plus profonde qu'est sa détermination symbolique et
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culturelle. Le questionnement est alors le même que précédemment. En quoi la consommation responsable se propose-t-elle en tant que solution pour résoudre cette éventuelle uniformisation des cultures? Peut-elle, par exemple, par le commerce équitable s'assurer du respect des différences culturelles?
Ces crises potentielles ont provoqué chez ceux qui ont encore un peu d'espoir en l'humanité un travail ardu et assidu pour tenter de développer des solutions aux impasses du capitalisme, afin d'éviter que les dégâts soient irréparables. Dès son émergence le capitalisme fait l'objet de critiques, mais à cette époque c'est le mode de production qui est radicalement transformée. Ainsi les critiques anticapitalistes, telles que celle bien connue de Marx portaient davantage sur le mode de production plutôt que sur le mode de consommation. En soutenant une production de masse, le capitalisme se retrouve éventuellement en situation de surproduction, ce qui fut un des facteurs majeurs de la crise de 1930. Afin d'établir un équilibre entre sa consommation et sa production, le système doit se renouveler. C'est principalement dans les années 1950 que commence à émerger des innovations en termes de consommation. Le but était de créer une société de consommation de masse capable de soutenir la structure de production déjà en place (Cohen, 2003: 64). C'est à partir de cette période où le mode de vie consumériste va se développer que vont aussi parallèlement commencer à émerger des critiques n'ont plus uniquement sur le mode de production, mais aussi sur la consommation.
Il faut évidemment souligner que notre intérêt pour la consommation responsable vient principalement du grand intérêt qu'on lui porte, en tant que solution aux difficultés précédemment nommées, et ce, principalement dans la société civile. Si l'on repense à l'ex grand adversaire du capitalisme qu'était le socialisme, on se rappelle qu'il s'établissait entre ces structures sociétales un rapport d'opposition idéologique concret, proposant deux projets politiques distincts. À présent toutefois, il ne semble pas exister d'opposant politique au
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capitalisme. Cela étant dit, il fera partie de nos interrogations de voir en quoi la consommation responsable se constitue comme une idéologie politique en conformité ou en opposition au capitalisme.
Évidemment, d'autres solutions, hors de la sphère de la consommation, sont proposées pour contrer les effets néfastes du capitalisme. Ainsi, il est à se demander pourquoi il est pertinent de s'arrêter sur le mouvement de la consommation responsable, plutôt que sur ces autres solutions, telle celles portant sur les normes écologiques de production ou encore sur les éventuelles réfonnes du système financier. En fait, l'alternative que représente la consommation responsable est d'un intérêt particulier, d'abord puisqu'elle est portée principalement par la société civile, bastion fondamentale de la modernité. Cette dernière a permis d'instaurer une vision selon laquelle une société se détermine et qu'elle est une entité réflexive qui peut agir pour se transformer, entre autre par cette société civile. L'état actuel de la dérive mondiale a toutefois fait perdre à plusieurs l'impression qu'ils pouvaient avoir un impact sur le déroulement des choses. Par la consommation responsable, les gens font des simples gestes quotidiens tel qu'acheter biologique ou recycler, en soutenant que chacun de ces gestes, aussi minimes soient-ils, auront un impact sur le sort que nous réserve le futur. En ces temps de crise, l'action sociale est essentielle et le moyen de participation collective par excellence pour minimiser au maximum les effets dévastateurs semble être celui de la consommation, sous sa version responsabilisée. La consommation responsable semble a priori maintenir le rôle originel de la société civile, qui voulait que chacun s'implique dans le bien commun. Elle donne à l'individu l'impression de choisir, d'avoir un pouvoir quasi politique. Ce qui est en fait particulier et ce qui rend la consommation responsable d'autant plus intéressante, c'est que malgré cette apparence de participation sociale, c'est un mouvement qui se fait par l'action individuelle. Cela nous laisse donc un certain scepticisme sur la visée politique de la consommation responsable.
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La consommation responsable est le mouvement qui semble actuellement être l'alternative à la consommation de masse la plus populaire. Ce qui nous amène à un autre point d'autant plus intéressant de la consonunation responsable, du fait qu'elle est promue entre autre par les corporations elles-mêmes. Ces dernières vont mettre au point des gammes de produits biologiques, biodégradables, voire même équitables, et même parfois elles vont adopter des politiques écologiques, de recyclage, par exemple. Pensons par exemple à l'industrie des sacs de plastique jetables qui a rapidement été récupérée par l'industrie des sacs réutilisables, vendus et promulgués par les corporations. Disons simplement que cette transformation s'est voulue en faveur de l'écologie, mais elle a rapidement été récupérée par l'économie et que les corporations derrière un grand nombre de campagnes publicitaires promulguant les sacs réutilisables ne sont pas toujours celles qui prônent un irréprochable écologisme, mais elles sont bien plutôt celles qui prônent un irrévocable droit du marché. Évidemment, l'on peut considérer que les corporations adoptent des visées écologiques ou équitables majoritairement pour des raisons lucratives, puisque reconnaissant le profit potentiel qu'il y a à faire sur ces marchés responsables. En fait, il semble qu'avec la consonunation responsable on tente d'humaniser le capitalisme, mais la consommation responsable peut-elle être l'objet de cette humanisation, mais surtout à quel point est-il possible d'hwnaniser ce mode économique? On voit ainsi que le mouvement responsable n'est pas du tout simple à saisir, tout comme ne l'est aussi l'alternative qu'il représente.
Notre questiom1ement général portera donc sur le rapport entre la consommation de masse et la consommation responsable, dans une situation où le capitalisme présente des signes de crises potentielles et inévitables, alors que la consommation responsable se présente comme une solution à ces crises. Ainsi, trois questions devront être posées. D'abord, nous devrons approfondir la question de la consommation responsable afin de trouver son origine, son influence sociale et sa possibilité d'avenir. Nous devrons aussi étudier la consommation de masse tant dans son histoire que dans son actualité, afin de bien comprendre les méthodes
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de persuasions utilisées, la forte institutionnalisation et les critiques à son endroit. Nous traiterons de trois niveaux de critique posé à l'endroit de la consonunation de masse. Le premier niveau est celui qui pose la consommation c01mne un choix individuel, le second niveau critiquera la consommation en tant qu'activité de masse et le troisième niveau critiquera la séparation entre le moment de production et celui de consommation qu'instaure le capitalisme par la marchandisation. Ainsi, à partir de ces trois niveaux de critique de la consommation de masse, nous pourrons analyser en quoi les deux types de consommation se distinguent et ainsi nous pourrons terminer notre réflexion en observant comment la consonunation responsable représente une alternative à la consommation de masse, mais surtout en quoi elle pourrait ou pas résoudre les profondes contradictions du capitalisme. Évidemment pour arriver à des conclusions pertinentes nous devrons nous questionner sur ce que doit être une alternative au capitalisme, mais avant nous irons voir en quoi les crises ne sont pas uniquement le résultat de la consommation, mais sont celui d'une économie capitaliste globalisée et par le fait même les solutions ne peuvent qu'être de cet ordre. Ainsi, nous chercherons à savoir la consommation responsable peut-elle être une alternative qui permettra de solder l'impasse dans laquelle se trouve le capitalisme? Trois chapitres serviront à répondre au questionnement.
Le prermer chapitre sur la consommation responsable servira essentiellement à définir ce mou emen . Nous chercherons à déterminer comment à partir de quand elle émerge. Ainsi pourrons-nous voir les différents secteurs économiques auxquels elle s'applique. Entre autre, nous approfondirons la consommation responsable dans les secteurs de l'alimentation, du commerce équitable et local, de l'environnement, notamment en ce qui concerne les transports et la gestion des déchets et les discours tenus sur le développement durable. C'est alors que nous nous questionnerons sur l'alternative que propose ce mouvement qui est certes très disparate, mais qui regroupe quand même une vision d'ensemble. Nous pourrons alors voir vers quel discours s'oriente plus le mouvement, qu'il soit pour des
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questions d'écologie, de santé, d'économie, mais aussi nous pourrons voir comment la consommation responsable s'articule dans la société, quelle est sa vision pour l'avenir. Une fois que les origines et l'idéal-type de la consommation responsable actuelle seront connus, il sera possible d'entrer sans un second niveau d'analyse, qui sera fait dans le second chapitre, où en traitant de la consommation de masse nous pourrons voir si ces deux phénomènes sont fondamentalement différents.
Le chapitre sur la consommation de masse va servir à comprendre comment elle s'est créée et comment elle s'articule aujourd'hui. Ainsi, nous remonterons jusqu'au taylorisme, époque où la production s'est massifiée. Ensuite, nous passerons au fordisme, première étape de la constitution de la société consumériste. À partir de la société de l'après Deuxième Guerre mondiale va concrètement s'installer le mode de vie consumériste. Une fois que nous aurons fait le tour historique de la consommation, nous présenterons les principales critiques dirigée envers la consommation de masse. Nous travaillerons sur trois niveaux de critique. Le premier sera l'illusion du choix du consommateur, où nous remettrons en question l'indépendance individuelle dans les choix de consommation et où nous pourrons illustrer l'influence des mécanismes sociaux sur la consommation. Le second niveau de critique portera sur la massification de la consommation, où l'on examinera la massification de la consommation, et ce, même des objets qui se disent alternatifs et authentiques. Et finalement; le troisième niveau de critique portera sur la séparation entre production et consommation qu'instaure le capitalisme. Nous pourrons alors illustrer la profonde aliénation que cette séparation impose par une incapacité de transformer le monde dans lequel nous vivons. En tenninant nous reviendrons sur la consommation responsable afin de voir en quoi elle se distingue ou pas de ce que nous nommons la consommation de masse.
Finalement, le dernier chapitre servira à réfléchir sur les solutions aux crises. Pour ce faire nous devrons toutefois voir en quoi la crise qui sévit est celle d'un système politique,
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qu'est le capitalisme sous sa forme globalisée, .et non seulement une problématique d'éthique ou de choix individuels. Une section de ce chapitre va être réservée à démontrer en quoi le capitalisme n'est pas un mouvement naturel, mais est une idéologie politique, mais aurons la chance de faire le point sur la globalisation du capital et sur les problématiques qu'elle engendre inévitablement. La fm de ce dernier chapitre servira à proposer des avenues qui pourraient résoudre la crise mondiale actuelle. Nous en viendrons à la conclusion que seule une solution politique peut être considérée comme une altemative à un système politique qu'est le capitalisme.
L'objetif de ce mémoire ne sera évidemment pas de dire qu'il faut laisser tomber la consommation responsable, mais plutôt de démontrer qu'elle semble être insuffisante pour résoudre les problèmes de fond que soulève l'économie actuelle. Il sera plutôt question de démontrer que le choix entre la consommation de masse et la consommation responsable n'en est pas un, d'abord à cause que toutes les critiques portées à l'endroit de la consommation de masse, s'applique aussi à la consommation responsable, mais aussi à cause qu'une altemative politique aux problèmes mondiaux actuels s'impose. La consommation de masse est une partie intégrale de l'économie capitaliste, qui est un mouvement politique à part entière, et ce, même si cette économie se prétend naturelle. À la limite, la consommation responsable pourra peut-être contrer temporairement ou limiter les dégâts du capitalisme, mais en rien n'est-elle fondamentalement distincte du mode de vie consumériste et en rien ne représente+ elle un opposant idéologique au capitalisme. Évidemment, la conscience particulière est essentielle à une solution, mais la consommation responsable n'est en rien une conscience sociale qui pourrait orienter des politiques publiques sur le respect de la nature et de l'humain. Pour en arriver là, il sera évidemment nécessaire de faire un détour vers la nature ontologique de l'humain et des sociétés qu'il créer. Ces hypothèses s'inspirent grandement des travaux de Michel Freitag sur la globalisation et sur l'état de l'économie actuelle. Ainsi, l'argumentation
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ne se basera pas sur des présupposés uniquement politiques et idéologiques, mais aussi et plus particulièrement philosophiques et ontologiques.
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CHAPITRE 1 LA CONSOMMATION RESPONSABLE
Il n'est pas nouveau dans l'histoire de l'économie que des citoyens se mobilisent autour de la consommation pour faire valoir leur opinion sur les conditions de production ou des ventes des produits. Malgré que les peuples ont depuis longtemps compris le principe du boycott, le phénomène qui nous intéresse davantage à présent est la mobilisation sociale autour des problématiques mises en place par la globalisation contemporaine, que l'on nomme communément la consommation responsable. Au cours de nos lectures nous avons dénoté plusieurs éléments significatifs que nous jugeons pertinent de réunir dans la définition dont nous nous sommes dotée de la consommation responsable. Cette dernière est une implication citoyenne, visant la transformation des choix de consommation en fonction d'un meilleur respect des conditions humaines et environnementales, qui agirait par la sommes des actions individuelles sur le marché plutôt que passer par des infrastructures politiques officielles. Le but ultime de ce mouvement est de forcer indirectement, par les choix de consommation, les entreprises à transformer leur mode de production en exigeant d'elles l'application de nonnes de production plus respectueuses des contextes locaux, tant au niveau économique, notamment au niveau des salaires et des conditions de travail, qu'au niveau environnemental. Comme le suppose la célèbre Laure aride! dans Acheter c'est voter: «Un nombre croissant d'individus se rendent compte du pouvoir politique de leurs choix de consommation. Chaque jour, ils rappellent aux entreprises que malgré le discours dominant, ils sont citoyens avant d'être consommateurs. Ils veulent des produits qui correspondent à leurs valeurs, exigeant que soient davantage respectés les travailleurs et l'environnement. » (Waridel, .2005, p.42) Concrètement, cela se traduit par le refus d'une consommation en fonction d'une rationalité strictement économique, optant pour le meilleur rapport qualité -prix. Des citoyens font volontairement le choix d'adopter des habitudes de consommation, qui
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sont souvent plus dispendieuses, mais qui certifient un revenu décent pour les producteurs ainsi qu'un respect minimal de l'environnement a été appliqué au procès de production. Un des grands défis auxquels nous faisons face dans le cadre de cette étude sur la consommation responsable demeure le fait que sous cette bannière se regroupent divers sous-mouvements qui n'ont pas les mêmes priorités éthiques. Par exemple, l'on retrouve un volet plus écologique où les normes environnementales priment, c'est en autre le cas de l'agriculture biologique, mais encore l'on dénote aussi des certifications équitables où la priorité primaire est accordée aux conditions humaines. Malgré leur orientation sur des aspects spécifiques de la production, il demeure que ces mouvements cherchent à responsabiliser le consommateur dans ses choix d'achat selon des critères éthiques et citoyens. Dans un premier lieu nous distinguerons donc la spécificité écologique de celle sociale. Dans la suite du mémoire, nous nous servirons indistinctement du terme de consommation responsable pour désigner tant les analyses plus spécifiques au mouvement environnemental que celles d'un mouvement axé davantage sur les droits humains, afin de comprendre et d'analyser la consommation responsable comme un mouvement se référant à des valeurs citoyennes.
J .1 L'origine de la consommation responsable
Bien que la consommation responsable naisse dans les années 1960-1970 et qu'elle ne connait son plein essor qu'au tournant des années 1990, ses origines surgissent bien plus tôt dans l'histoire. Dans La consommation engagée, Dubuisson-Quellier démontre que la consommation responsable a ses souches dans le mouvement des coopératives de consommateurs de la fm du XVIIIe siècle. Évidemment, ce point de départ est facilement jugeable d'arbitraire, puisque l'on peut s'imaginer que depuis que les humains échangent, il y a une certaine forme de sélection exclusive ou inclusive des biens de consommation. C'est plus spécifiquement à partir de cette date que s'organise plus formellement la résistance autour de la consommation à l'intérieur d'institutions structurées. Les coopératives de consommateurs naissent, presque simultanément, à deux endroits à la fois, en France et en
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Angleterre, donnant naissance à deux traditions distinctes (Dubuisson-Quellier, 2009). En France, l'on voit l'émergence de coopératives à partir de la fin du XVIIIe siècle, suite à la fragmentation sociale résultant de l'abolition du droit d'association, qui mit fin aux corporations de travail en 1791 avec la Loi Le Chapelier. Cette perte du droit d'union des travailleurs incite le socialiste Charles Fourier à suggérer un modèle d'entreprise où la production, la distribution et la consommation des marchandises seraient prises en charge par la collectivité. Il imagine notamment le Phalanstère, qui serait une sorte de cité autogérée par les habitants, où les lieux privés et les lieux publics seraient à la disposition des familles voulant vivre en communauté et où les liens communautaires primeraient sur les liens familiaux. Les rapports autoritaires et législatifs étaient imaginés au strict minimum. À l'exception du familistère de Guise, cette utopie de Fourier ne se réalisa jamais complètement sur une longue période de temps, malgré que de nombreuses tentatives furent mises en place. Elle donnera toutefois naissance à une tradition coopérative axée sur l'autogestion. En 1864, nait la Première Internationale des Travailleurs qui sera ensuite abolie en 1872. Sa courte vie lui aura quand même servit de mettre en place un lieu de contestation sociale, qui sera repris par les coopératives, conjointement aux partis politiques et aux syndicats.
Quelques années plus tôt et de l'autre côté de la Manche naît, en Angleterre, une autre tradition coopérative. Parallèlement à ces coopératives ouvrières, s'organisent aussi des coopératives patronales qui n'avaient pas pour objectif d'amener des changements dans les structures même de la société, mais qui visaient plus simplement l'accessibilité à des produits de meilleure qualité pour les familles d'ouvriers, tout en espérant instaurer une certaine discipline de consommation chez les travailleurs. Celles-ci verront le jour grâce à l'initiative du philanthrope Robert Owen, industriel du coton, vivant à Manchester. Officiellement reconnu comme le père du mouvement des coopératives, il fonde au début des années 1800 les premières coopératives de consommateurs. L'objectif est alors double, le premier but que soutient Owen est d'éduquer les familles démunies à une consommation plus saine en leur
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donnant accès à des produits de meilleure qualité à un prix abordable. Le second objectif est de permettre aux consommateurs de prendre un rôle actif dans l'administration des activités de la coopérative en leur octroyant un droit de vote. Dans ce modèle de coopérative, les membres accèdent non seulement à des produits ayant un meilleur rapport qualité-prix, mais ils bénéficient aussi des profits de la vente de ces produits. Ces coopératives deviennent rapidement le lieu d'une participation citoyenne, notamment pour les femmes à qui l'arène politique était refusée, mais aussi pour certains partisans socialistes qui n'avaient pas non plus leur place dans l'espace public majoritaire (Dubuisson-Quellier, 2009). Les coopératives bourgeoises anglaises connaitront une plus grande popularité politique que celles socialistes françaises, et elles deviendront des entreprises capitalistes à part entière, accentuant du même coup le fossé entre les deux formules.
Au début de XX:e siècle s'amoindrissent finalement les disparités entre les coopératives ouvrières et patronales lorsqu'est fondée en France, à la proposition de l'École de Nîmes, la Fédération nationale des coopératives de consommation (FNCC), qui est finalement un compromis à mi-chemin entre les coopératives socialistes et celles bourgeoises. Contrairement à la forme socialiste, cette troisième voie prendra une forme utilitariste, afin de s'inscrire dans une économie concurrentielle, mais elle demeurera la propriété des membres en gardant l'objectif d'une meilleure satisfaction possible des besoins de consommation. Au cours du XX:e siècle von se développer en Amérique, en Europe et au Japon différentes coopératives de consommateurs majoritairement inspirées du troisième modèle de l'École des Nîmes. D'un pays à l'autre, ces coopératives vont prendre plus ou moins de place sur la scène politique, mais elles vont généralement maintenir un rôle clé dans la défense des droits de consommation.
Bien que le mouvement des coopératives reste la forme la plus institutionnalisée de mobilisation des consommateurs, se sont produits parallèlement à celles-ci d'autres
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mouvements sociaux de consommateurs cherchant à moraliser le marché. Les deux principalement dénotés sont, celui des ligues de consommateurs, et celui défendant les droits humains et citoyens. Les ligues de consommateurs naissent à la fin du XIXe siècle en Amérique et en Europe. Leur but ultime est de pousser le marché à moraliser ses conditions de vente, mais aussi ses conditions de production. Ainsi, d'un côté elle cherche à sensibiliser les consommateurs à de meilleurs critères de sélection des produits et de l'autre côté elle cherche aussi à directement améliorer les conditions de travail dans les usines. Ces ligues deviennent un instrument de pression forçant les employeurs à améliorer les conditions de vie des travailleurs, elles iront même jusqu'à faire des listes blanches d'usines respectueuses des travailleurs. En guise de pression, les recommandations au patronat et aux consommateurs seront nombreuses, mais elles utiliseront aussi le boycott et le piquetage devant les magasins et les usines pour exprimer leur mécontentement. En Amérique, les ligues de consommateurs seront principalement l'ouvrage de femmes d'ouvriers, militant pour leurs propres conditions de vie, alors qu'en Europe ce seront plus majoritairement des hommes et des femmes issus de la bourgeoisie catholique voulant œuvrer pour le progrès social.
Le boycott de masse a été l'un des points cruciaux de l'affirmation de l'indépendance étasunienne face à la Couronne britannique. C'est notamment le cas du légendaire Tea Party de 1773, où du thé en provenance de l'Angleterre a été déversé dans la Baie de Boston en signe pro es a ion de domination sociale e économique anglaise (Dubuis on-Quelli r, 2009). C'est airisi qu'apparaît une première mobilisation de consommateurs autour des droits citoyens aux États-Unis. Elles connaîtront toutefois leur essor au XIXe siècle dans la campagne contre l'esclavagisme. C'est au milieu de ce débat social sur la liberté des Noirs que prend véritablement forme la contestation sociale, où l'on refuse les marchandises produites par des esclaves. Principalement initié par des groupes abolitionnistes et de Quakers, ce mouvement cannait une popularité limitée, rriême lorsqu'est créé en 1826 le premier magasin sans produits de l'esclavage à Baltimore. En fm de compte, ce ne sera pas la
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mobilisation consommatrice qui aura réussi à imposer l'abolition de l'esclavage aux États-Unis, ce sera plutôt la sphère politique qui s'en chargera, mais il demeure que ce mouvement aura marqué la solidarité sociale des consommateurs. Une foi l'esclavage aboli la communauté noire se servira plus tard encore de la mobilisation des consommateurs pour faire valoir leurs droits citoyens entourant le lutte pour les droit civique. La mobilisation sera cette fois-ci faite en encourageant les Noirs à ne pas acheter des produits là où l'on ne les engageait pas pour travailler. Le mouvement féministe utilisera aussi la consommation pour faire valoir ses droits, puisque le droit de vote des femmes ne sera octroyé aux États-Unis qu'en 1920. En fait, la consommation sera un lieu clé d'action politique féminine, et ce, longtemps avant que le droit de vote des femmes ne soit accordé. Elles s'organiseront sous diverses fédérations d'acheteuses à travers le monde.
Au tournant de la Première Guerre mondiale s'organise encore une fois une mobilisation sociale autour de la consommation, mais cette fois-ci incitée par les gouvernements eux-mêmes qui vont initier de nombreuses campagnes sur l'effort de guerre des consommateurs. C'est ainsi que commence l'histoire de l'association entre l'État et des groupes de consommateurs. Une fois la guerre terminée, cette alliance va se maintenir. Les techniques publicitaires agressives se multiplient, ce qui donne de nouveaux défis aux associations de consommateurs. Le gouvernement du New Deal marquera l'implication officielle de l'État dans la défense du droi des consommateurs, légiféran plus concrètement la qualité des produits (Dubuisson-Quellier, 2009). Durant la Seconde Guerre mondiale l'effort des consommateurs et des États reprendra de plus belle, posant cette fois-ci un dilemme entre la nécessité du sacrifice personnel en vue de l'effort de guerre et les exigences personnelles d'une consommation de qualité. Cette impasse ne durera que le temps de la guerre et sera par la suite résolue par l'instauration de la société de consommation de masse qui s'installera à partir des années 1950. La consommation deviendra alors l'action citoyenne par excellence, voir même qu'elle deviendra l'un des seuls moyens par lequel il sera possible
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de participer à la prospérité sociale, et ce, en contribuant au plein emploi et à la croissance économique. La Guerre Froide marquera un ralentissement de la popularité des groupes de consommateurs qui seront considérés comme étant partisans du régime socialiste. Naîtra toutefois une relève dans l'intérêt porté aux consommateurs, celle du marketing. La naissance du marketing apportera avec elle l'élaboration de nombreuses théories sur la psychologie des consommateurs. C'est alors que l'on commencera à faire ce qui ressemble drôlement à une science de la consommation en scrutant délicatement la construction des besoins, mais aussi la construction de l'identité même du consommateur. Alors que le marketing sera à l'avantage du patronat cherchant à peaufiner ses stratégies de vente en catégorisant les consommateurs types, les associations de défense des consommateurs vont reprendre ces mêmes catégories pour se placer à la défense des droits particuliers. C'est aussi parallèlement au développement du marketing dans les années 1950, que vont naitre tranquillement des associations incitant à une consommation responsable, consciente des nouveaux enjeux de la société de consommation et de la mondialisation naissante. En 1946, aux États-Unis est fondé Self-Help Crafts, aujourd'hui connu sous le nom de Dix-Mille Villages, une boutique d'artisanat équitable. D'autres initiatives semblables se feront ailleurs dans les pays occidentaux, notamment en Grande-Bretagne où Oxfam organisera des ventes d'artisanat fabriqué par des réfugiés chinois. Les initiatives se multiplieront, alors que s'exprimera la volonté de créer un système d'échange international alternatif fondé sur des relations plus équitables pour les artisans du sud systématiquement désavantag 's par le système d'échang dominant. Vont aussi éventuellement être fondés l'European Fair Trade Associations (1960), l'International Federation for Alternative Trade (1989), la Fair Trade Federation (1994) ou encore le Network of European World Shops (1994), l'International Federation for Organic Agriculture Mouvements (1972), des organisations clés visant à aider la coordination du commerce équitable international. Les certifications biologiques et équitables vont graduellement s'instaurer un peu partout à travers l'Amérique du Nord et l'Europe entre les années 1970, 1980 et 1990 lorsque l'on va voir apparaître des logos tels que ceux de Fair Trade Certified,
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Max Havelaar, USDA Organic, Biologique Canada ou encore Certified Naturally Grown, pour ne nommer que ceux-ci. Ainsi, par le bï'ais des associations, des certifications légales et des logos, la consommation responsable deviendra de plus en plus règlementée, mais aussi de plus en plus identifiable sur les marchés mondiaux et locaux. Évidemment, ces initiatives auront pour effet d'instaurer un lien de confiance entre les producteurs et les consommateurs, qui vont se voir garantir l'originalité de leurs achats (Waridel, 2005, p.ll3).
Pendant les années 1990 on assiste à un tournant marquant dans la consommation responsable qui va réellement se populariser. Une importante fraction du consumérisme individualisé va se réorienter vers une consommation, toujours individualisée, mais sensible aux implications sociales et environnementales, rendant la consommation responsable de moins en moins marginale. C'est incontestablement les crises écologiques et humaines qu'a entraînées la globalisation de l'économie qui conduiront à ce regain d'une conscience sociale dans la consommation, cette fois-ci orientée vers des causes environnementales et internationales, plutôt que celles locales et ethniques, comme il fut le cas, par exemple, lors des mobilisations pour les droits civiques de noirs et celles de prolétaires. La consommation responsable encouragera cette fois-ci à une mobilisation autour de critères éthiques principalement environnementaux et humains, visant à amoindrir les effets dévastateurs de la consommation de masses, produite de façon mondialisée. Ainsi, les organismes incitants à la consommation responsable se multiplieront, alors qu'un nouveau phénomène entrera en ligne de compte quand les grandes corporations, ayant une part notable de responsabilité dans les désastres humains et écologiques, commenceront-elles aussi à produire et distribuer des marchandises dites responsables (Waridel, 2005, p.121 ). C'est alors que l'on commencera à voir des produits biologiques dans de grandes chaînes comme Walmart, ou encore du café équitable chez Starbucks, mais c'est alors aussi que se créera ce que l'on pourrait appeler une mode autour de la consommation responsable. Évidemment, ces nouveaux marchés feront monter en flèche les ventes de produits éthiques, qui deviendront de plus en plus accessibles
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et même dans de nombreux cas de plus en plus abordables. Aujourd'hui, les statistiques de l'Observatoire de la Consommation Responsable (OCR), révèlent qu'au Québec, 35 % de la population se considère des adeptes de la consommation responsable, avec une priorité attribuée au recyclage, à la réduction de la consommation et à la consommation locale.
1.2 L'idéologie derrière la consommation responsable
Alors que paraissent à présent claire les origines de la mobilisation sociale autour de la consommation, il devient essentiel de se concentrer sur notre objet étude spécifique qu'est la consommation responsable afin de voir sur quelles bases elle se construit idéologiquement. Nous dénoterons trois fondements idéologiques, d'abord le respect de l'environnement, la justice sociale et finalement le bien-être particulier. En terminant ce chapitre, nous approfondirons les méthodes de mise en action prônées par la consommation responsable.
1.2.1 L'environnement
La crise écologique préalablement expliquée est l'un des plus grands défis de notre époque. Tel que le présente Gendron dans Le développement durable comme compromis, de nombreux courants théoriques ont traité de la question écologique. Tout comme Gendron, deux points de vue nous semblent toutefois essentiels à retenir, d'abord celui des groupes de pression environnementalistes et ensuite celui des dirigeants de la sphère économique. Évidemment, aucun de ces champs ne sont entièrement homogènes, nous verrons notamment que surtout dans la sphère économique différents points de vue s'opposent, principalement en ce qui concerne les moyens à adopter pour contrer la débâcle planétaire. L'objet n'étant toutefois pas de démontrer l'exhaustivité du débat écologique, mais bien la façon dont ces points de vue s'articulent dans la consommation responsable, nous avons décidé de nous restreindre aux points de vue généraux.
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D'abord, il est essentiel de se rappeler que pour les dirigeants économiques une rationalité instrumentale, utilitariste, prime généralement sur d'autres valeurs. La priorité est donc souvent donnée à l'obtention d'un meilleur rendement économique. Le cas de l'environnement n'est évidemment pas différent. La nature est perçue comme une ressource à exploiter qui doit être soumise aux lois du marché au même titre que les autres marchandises. Cette approche instrumentale de la nature est certainement l'un des facteurs ayant permis l'émergence même du capitalisme industriel (Gendron, 2006, p.l3), mais elle n'est pas sans conséquence. Plus concrètement, l'économie se considère autonome de l'environnement, dont elle n'a jamais su écouter les besoins de renouvellement, tout c01mne elle se considère autonomisée du politique et du social. De nombreux économistes classiques ont toutefois été confrontés à la question de l'écologie, et à l'incohérence du rapport soutenu par la majorité des penseurs du champ économique. C'est notamment le cas de Malthus qui, à la fin du XVIIIe siècle, soutenait que le développement économique pourrait éventuellement être freiné par les ressources naturelles si ces dernières étaient limitées par leur rareté, ou encore, Ricardo qui bâtit sa théorie de la rente en considérant que les ressources naturelles ne sont pas illimitées. Ce ne sera toutefois surtout qu'à partir des années 1980 que les économistes commenceront à concrètement se soucier de l'écologie, époque où la crise environnementale sera officiellement avouée, moment où nait aussi l'économie de l'environnement.
Malgré la menace pressante que pose cette cnse, incontestablement causée à la surexploitation des ressources naturelles par le secteur industriel, les dirigeants économiques et politiques ne verront pas une incohérence insoutenable entre l'écologie et l'économie. Force est d'admettre qu'en fait, la majorité d'entre eux reconnaissent une tension entre ces deux sphères, mais pas une contradiction. Cette tension viendrait du fait que pour les entreprises la protection de l'environnement est un coût qu'elles cherchent à minimiser afin d'augmenter la part de plus-value, ce qui se traduit par une baisse des considérations environnementales en vue de maintenir une compétitivité. Plus spécifiquement, les
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éconornistes ne s'entendent pas sur les causes de la crise écologique. L'on retrouve entre autres l'École des droits de propriété qui considère qu'une inadéquate répartition des droits de propriété environnementaux est à la souche du problème écologique. Ces penseurs voudraient évidemment que l'on se fie à l'autorégulation des marchés de la pollution et des ressources naturelles pour en arriver à une gestion équilibrée des ressources. Dans cette optique, une intervention gouvernementale privatisant la totalité des droits serait suffisante pour enrayer le problème (Gendron 2006, p.l3). Pour l'École néoclassique, (Gendron, 2006, p.l4) le problème écologique viendrait d'une sous-évaluation des ressources, menant à des prix insuffisamment élevés. Pareillement à l'École des droits de propriété, celle-ci considère qu'un certain nombre de droits devraient être privatisés, mais, contrairement à la première école, ce n'est pas la totalité des secteurs écologiques qui devrait être régulée selon la loi du marché. En fait, l'environnement devrait être divisé en plusieurs secteurs marchands, ceux-ci seraient évalués avec l'aide d'expertises techniques. Une fois les expertises approuvées, il serait possible de légiférer politiquement le marché de l'environnement, en respectant la spécificité des secteurs, tout en gardant une part d'autorégulation. C'est à partir d'initiative pareille que l'on a entendu dans les dernières années des suggestions privatisant les droits de pollution, telle que celle du pollueur-payeur où les entreprises devraient acquérir des titres de pollution, selon des principes politiques et scientifiques, plutôt que selon une régulation strictement économique. Ainsi, l'environnement représente certes un défi pour l'économie qui la pousse à innover ses marchés, entre autres les marchés immatériels, mais aussi en développant de nouvelles technologies moins polluantes. L'on voit bien ici comment, pour les économistes, la crise écologique n'a en rien remis en cause les bases du paradigme économique classique. C'est ainsi que pour les dirigeants économiques le compromis du développement durable est une solution très envisageable.
L'économie écologique (Gendron, 2006, p.29) est une branche de l'économie, mais qui devant l'insoutenable crise, a inclus la question écologique au centre de ses travaux, non
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seulement c01mne considération, mais comme point clé de la discipline. Elle souhaite en fait développer une approche transdisciplinaire réunissant les deux disciplines, plutôt que de simplement appliquer les paradigmes économiques à l'écologie. L'économie écologique a d'ailleurs largement contribué à la remise en question de l'application écologique des théories économiques, telle que celle décrite de l'École des droits de propriété et de l'École néoclassique. À la base, ce courant se fonde sur l'idée qu'une activité, qu'elle soit humaine ou naturelle, est toujours destructrice. Cette destruction peut toutefois être à la fois créatrice. On reprend évidemment le classique exemple du soleil qui par l'émission de gaz et de chaleur, témoignant de sa destruction, permet à la vie sur terre d'exister. Ainsi, l'idée de l'économie écologique est finalement de corroborer le développement économique et l'équilibre écologique, afin que la destruction de l'un devienne la créativité de l'autre. Cette école de pensée se trouve ainsi à l'intersection des deux disciplines classiques, en critiquant à la fois un économisme pur, menaçant la nature, et un écologisme pur endettant le développement. Deux écoles de l'économie écologique se distinguent a priori selon Gendron. D'abord l'École de Londres n'est pas à la base très originale dans sa compréhension du problème puisqu'elle reconnaît à prime à bord la dépendance de l'économie à l'égard de l'écologie, d'où le fait qu'elle conçoit cette dernière comme un critère contraignant l'avenir, si négligé. Devant la nécessité d'agir, l'École de Londres n'émet que des critères d'action économique, ce qui témoigne selon Gendron, de son incapacité à sortir d'une conception économique néoclassique. L'École américaine d'économie écologique est pour sa part plus créative. Elle
soutient que l'économie actuelle est littéralement insoutenable écologiquement. Ainsi, le capital naturel doit être maintenu à tout prix et trois solutions doivent être avancées. La consommation des ressources renouvelables ne doit pas excéder leur capacité de se régénérer, ensuite la consommation des ressources non renouvelables doit être soutenue par des recherches visant des produits substitutifs équivalents, fmalement le niveau de pollution ne doit pas excéder la capacité d'assimilation du système écologique. Ces normes de préservations écologiques sont toutefois incompatibles avec celles d'un développement
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économique classique, ainsi l'École américaine défend l'option d'une crotssance zéro, évidemment controversée. Le raisonnement derrière la croissance zéro est que le système écologique ne peut simplement pas soutenir une croissance illimitée, ainsi le développement doit avoir lieu, mais sous d'autres formes que celui de la croissance économique actuellement connue, qui se traduit essentiellement par une croissance de l'abondance matérielle.
Le point de vue des environnementalistes face à la crise écologique est évidemment bien différent de celui des dirigeants économiques. L'origine de l'environnementalisme moderne remonte jusqu'à l'Antiquité, où déjà les questions écologiques étaient un souci. Ce n'est toutefois que dan~ les années 1970 que le mouvement environnementaliste prend concrètement forme. C'est en 1972, quatre ans après les protestations sociales de mai 1968, que le Club de Rome publie un rapport intitulé, The Limiths of Growth, où l'on fait l'objet des limites écologiques de la croissance. Malgré que le Club de Rome est loin d'être une organisation de pures écologistes, puisque réunissant politiciens, industriels et scientifiques, il demeure que ce rapport donnera au mouvement écologiste le coup d'envoi nécessaire pour que se poursuivre leur lutte en ayant une légitimité politique et scientifique. C'est dans cette vague de contestations sociales connues que se consolident des discours réclamant que des rapports harmonieux avec la nature soient instaurés. Même si la crise écologique n'était pas encore une considération politique primaire, les groupes environnementalistes anticiperont bi n le problèm éminent. Ils réclameront concrètement que 1 pouvoir politique s'impos pour préserver, restaurer et respecter l'équilibre naturel de l'environnement, et ce, par tous les moyens nécessaires, incluant évidemment la limitation de l'économie. Pour les environnementalistes, la croissance économique illimitée est littéralement insoutenable du point de vue écologique. Les ressources naturelles exigées pour soutenir cette croissance, et la pollution qui en réside, ne sauront que mener l'harmonie naturelle de la terre à une catastrophe irréparable. De façon générale, le discours environnementaliste remet en cause les bases mêmes de la société consumériste et défend une croissance économique nulle, voire
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même une décroissance. La croissance économique n'est toutefois pas la seule responsable du déséquilibre écologique, selon les environnementalistes, même si elle est la première, la croissance démographique est aussi en cause.
L'écologisme regroupe évidemment différents point de vue, allant du radicalisme à la modération. L'écologie profonde s'est développée en opposition à l'écologie classique basée sur un anthropocentrisme. Plutôt que de comprendre la nature à partir des besoins humains, l'écologie profonde se développe plutôt autour des besoins de la biosphère. Elle critique donc la domination animale et végétale par l'homme, qui par sa conscience se considère comme un être à part dans l'écosystème. L'écologie profonde prône donc une éthique environnementale, considérant un droit universel de vie pour toutes les espèces de la biosphère. L'on retrouve aussi dans le mouvement écologiste des variantes regroupant des mouvements politiques aux mouvements écologistes. C'est le cas notamment de l'éco-féminisme et l'éco-anarchisme. L'éco-féminisme est le résultat d'une union de théories environnementalistes et féministes. Son point de départ est finalement une critique à la fois du capitalisme et du patriarcat. Les mécanismes de domination que subit la femme seraient sensiblement les mêmes que ceux que subit la nature à travers le capitalisme. Ainsi, comme perspective d'avenir ce mouvement adopte un modèle de société où femme et nature seraient libérées de cette domination. Pour sa part, l'éco-anarchisme ou encore l'arnacho-écologisme est l'intersection entre les théories anarchiste e écologiste. Celle-ci fai une cri ique de l'anthropocentrisme, comme l'écologie profonde, mais elle s'axe aussi sur une critique des technologies capitalistes qui sont perçues, non pas comme de simples moyens facilitant le rapport à la nature, mais elles sont plutôt perçues comme un système qui exploite les ressources naturelles et humaines. Comme projet de société, les anarcho-écologistes optent pour l'élimination des technologies, afin de se tourner vers des ressources renouvelables et locales. L'on retrouve aussi le conservatisme environnemental qui prône la conservation des écosystèmes et la promotion de notre rapport
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premier à la nature qui voulait qu'on l'utilise modérément et que l'on n'en transforme pas son essence.
Évidemment, les deux points de vue que nous avons regroupés autour des statuts d'économiste et d'écologiste ne sont pas les seuls existants sur le débat autour de la crise écologique, et ne sont pas non plus, ni l'un, ni l'autre homogène. Ceux-ci représentent toutefois les grandes familles idéologiques étant directement concernées par le débat actuel. Il existe aussi une panoplie d'autres positions s'étant prononcées sur la crise écologique, en optant pour des compromis entre l'économie et l'écologie, c'est notamment le cas du développement durable qui se présente justement comme un accommodement raisonnable entre la position écologique et celle économique, qui se trouve aussi à être le discours typique de la consommation responsable sur le problème environnemental.
1.2.2 Développement durable
C'est pour faire face à la crise écologique qu'un compromis est élaboré, que l'on nomme le développement durable, qui s'inscrit parfaitement dans la lignée de la consommation responsable. Le développement durable fait sa première grande sortie publique en 1987 avec la parution du Rapport Brundland, suite à la Commission mondiale sur l'environnement et le développement des Nations Unies. Le développement durable se comprend d'abord par une nouvelle conception de l'économie qui prendrait en considération les enjeux écologiques dans son procès de production. Sa défmition officielle issue de ce rapport stipule que le développement durable est « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.
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Cette initiative n'origine évidemment pas des dirigeants économiques, mais bien plutôt des dirigeants politiques, qui dans les années 1970 commencent à prendre conscience29
de la problématique écologique imminente, et qui organisent des groupes de réflexions tant nationaux, par le biais de ministères de l'environnement, et mêmes internationaux, avec le Club de Rome ou les Nations Unies. L'une des considérations principales du développement durable est que les pays occidentaux ont soutiré une grande part des ressources planétaires pour soutenir leur développement industriel, le problème étant que les pays émergents souhaiteraient aussi procéder à ce développement. La réponse est fort simple, il est littéralement impossible que les pays en développement et sous-développés suivent la même trajectoire que celle suivie dans le passé par les pays industrialisés. Les ressources sont tout simplement manquantes, alors que le niveau de pollution planétaire déséquilibrerait l'équilibre écologique mondial. Dans un monde où l'idéologie économique est perçue comme un phénomène naturel, rion pas uniquement par les économistes, mais aussi par la majorité de la population, notamment par les politiciens, il est évident que devant cette crise, l'option de sacrifier l'économie est rarement un choix concrètement envisagé. C'est pourquoi la solution devrait relever trois défis, d'abord un défi écologique, un défi économique, et un défi social. Le défi social, ne doit pas être compris comme une volonté d'éliminer les inégalités sociales, mais plutôt comme la démonstration d'une prise de conscience des enjeux sociaux dans le problème environnemental qui met en péril l'avenir des générations futures, mais aussi la possibilité du développements des pays émergents. Concrètement, le développement durable exige évidemment de prendre en considération que certaines ressources ne ·sont pas renouvelables, mais aussi que d'autres ne se renouvellent qu'au bout de centaine d'années. Ainsi, pour réaliser le développement durable le Rapport Brundland proposait principalement trois méthodes, la première était l'efficacité, par l'utilisation de techniques plus performantes. La seconde était la sobriété, par l'adoption de comportements moins énergivores et polluants. Le dernier était l'utilisation de ressources renouvelables, telles que l'hydroélectricité ou l'énergie solaire.