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ARTheque - STEF - ENS Cachan | Automatisation et nouvelles exigences techniques sociales de formation

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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AUTOMATISATION ET NOUVELLES EXIGENCES TECHNIQUES, SOCIALES DE fORMATION

N. BOUSQUET I.N.R.P. D.P.3

91, Av. Ledru Rollin 75011 Paris

MOTS CLEFS: AUTOMATISATION - DETAYLORISATION· ELEVATION DU NIVEAU DE FORMATION . CULTURE INDUSTRIELLE.

RESUME: L'automatisation des processus de production n'est qu'un outil parmi d'autres pour rationaliser, fiabiliser et f1exibiliser la production. Pour accroître la productivité et la compéti-tivité dans un contexte de guerre économique à l'échelon mondial, certaines entreprises disent miser tout autant sur la compétence, l'intelligence, l'engagement de leurs salariés. L'accroissement des compétences générales et techniques ne constitue alors qu'une réponse incomplète aux nouvelles exigences formulées.

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Lors de son intervention, Gérard CHAUMONT, de l'A.D.EoP. a montré les difficultés auxquelles se heurte aujourd'hui dans les entre-prises en mutation, la population dite "Igée" quand le critère "Ige" se conjugue avec l'absence de diplômes professionnels et un seuil de formation initiale minimal.

La question qui se pose au système de formation initiale et qui sera le point central de la présente intervention est la suivante: les jeunes formés aujourd'hui, en particulier dans les filières profession-nelles, quand ils sont titulaires de diplômes, sont-ils à l'abri des aléas, des menaces qui pèsent d'ores et déjà sur les salariés non diplômés?

Autrement dit, les jeunes qui sortent du système éducatif, s'ils s'insèrent sur le marché du travail sont-ils considérés, parce que jeunes et diplômés, comme des individus à potentiel capables de faire face aux mutations des systèmes socio-techniques pour le moyen terme, à savoir pour les 5 à 10 années à venir?

Poser cette question implique d'abord de pouvoir caractériser ce que les entreprises, aujourd'hui, mettent sous cette notion d'indivi-dus à potentiel: de quelles compétences techniques, scientifiques et générales doivent être dotés les formés pour ne pas étre les futurs exclus du changement.

Pour apporter quelques éléments de réponse et surtout de réflexion, je m'appuierai sur des études qui ont été menées au départe-ment de recherche sur les enseignedéparte-ments technologiques à l 'I.NoRoP. et tout spécialement sur deux études relatives au secteur de la mécanique, secteur en pleine mutation sous l'influence notamment de l'automatisation.

1 - LES NOUVELLES EXIGENCES DES ENTREPRISES

--- La première étude à laquelle je ferai référence a été menée par Jean CHABAL et Jean-Pierre CORDIER, en 1980-19B1, dans vingt et une entreprises de tailles diversifiées:

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- 7 P.P.M.E. (30 à 49 personnes); - 4 P.M.E. (effectif < 500 personnes); - 4 Entreprises de 500 à 999 personnes; - 6 Entrepri ses de> 1000 personnes.

Ces 81 entreprises recouvraient une diversité de domaines d'activité (construction de véhicules, transformation de matières premières, télécommunication, sous traitance de spécialité), cette dis-persion correspondant à la diversité des emplois de mécaniciens dans le tissu industriel.

L'étude a été réalisée au moyen de deux enquêtes - l'une auprès des responsables hiérarchiques;

- l'autre auprès des jeunes salariés titulaires de diplômes professionnels à différents niveaux (C.A.P. B.E.P. -BAC F1, BTS).

Certaines des conclusions tirées par les auteurs posent véri-tablement question au système éducatif:

- Poup les employeups, si le diplôme conserve une grande impor-tance en tant qu' él ément de référence au moment de l'embauche, il ne suffit pas à garantir non seulement l'adaptabilité, mais même l'adapta-tion à la logique de l'entreprise: il manque tout ce qui cOPpespond à un dupcissement des contraintes économiques et sociales dans la conjonctupe actuelle; ouvriers et techniciens n'ont ni les mentalités ni les forma-tions voulues pour une gestion économique de leur poste de travail.

- Fait inquiètant, les jeunes salariés ne sont pas loin de partager ce point de vue. Ils reconnaissent eux aussi des manques graves dans la formation initiale et soulignent la difficulté qu'ils ont à transférer dans le cadre de l'entreprise ce qu'ils ont appris dans un référentiel scolaire.

L'étude de J. CHABAL et J.P. CORDIER constate que s'opère une distinction entre possession d'un diplôme professionnel et potentialité, distinction qui semble tenir pour beaucoup au décalage entre la logique scolaire de formation technique et scientifique et la logique industriel-le d'actualisation des connaissances et des comportements.

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En 1983, lors d'une étude sur l'automatisation et l'avenir du niveau ouvrier qui servira de second point de référence à mon intervention Colette GRANDGERARD et moi-même avons pu analyser et préciser ce qui fonde le décalage entre ces deux logiques.

- Pour appréhender l'avenir du niveau ouvrier dans des proces-sus très automatisés (secteur de la mécanique) nous avons constitué un groupe de travail, sur 13 mois. Ce groupe étaient composé, de façon per-manente, de 25 personnes environ, représentants des entreprises

(grandes et petites entreprises) à différents niveaux (essentiellement responsables de formation); représentantH d'institutions de fOY'mation permanente très liées au milieu industriel; T'eprésentants de différents ministères; chargés d'études dans des organismes ayant des missions d'assistance technique (formation, organisation du travail, gestion de personnel) auprès d'entreprises diversifiées; enfin des chercheurs.

Le groupe s'est réuni pendant un peu plus d'un an, à raison d'une réunion par mois, les participants ayant accepté de théoriser leur expérience, en présentant les politiques de formation permanente relatives à l'automatisation en articulation avec )es politiques d'embauche, de gestion de personnel, les pratiques d'innovation.

L'analyse de l'ensemble des données recueillies nous a permis de clarifier :

1) ce qui fonde l 'écard, le décalage entre la logique de l'école et la logique de l'entreprise;

2) ce qui justifie, de la part des entreprises, l'importance croissante- accordée à la notion "d'individus à potentiel"; 3) ce que sous-entend cette notion, en particulier la

plura-lité des compétences attendues, compétences qui ne sont plus seulement d'ordre technique ou scientifique. 1) 1~_~~~I~~_~~!~~I~_I~af~~_~~_I~~~~I~_~!_l~_IZŒfq~~

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Pour appréhender le moyen terme, l'école à travers ses repré-sentants, s'est située dans une logique que nous avons appelée "la logi-que du cloisonnement". En clair, les cinq à dix années à venir, devraient

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être marquées par les mutations profondes du système de production sans que ces mutations perturbent véritablement l'organisation du travail et exigent une transformation radicale des formations initiales.

Selon cette logique du cloisonnement, la complexité technique des proces-sus de production devrait entrainer une élévation des niveaux de formation et l'introduction dans les contenus de connaissances techniques et scien-tifiques complémentaires aux contenus traditionnels.

Les entreprises, elles, (et les organismes d'études, de conseil ou de formation qui leur sont liés) envisagent l'avenir sous l'angle de la rupture: ruptupe technologique, économique, opganisationnelle. Elles se définissent, empruntant leur vocabulaire à la biologie et à la science militaire, comme des fOPmes vivantes, en peppétuel devenip d'une paPt, comme en état pePmanent de gueppe économique - le champ de bataille étant le monde entiep - d'autpe papt.

Pour ne pas être perdant dans ce nouveau conflit mondial, les entreprises doivent pationalisep, fiabilisep, flexibilisep.

Cette représentation du moyen terme, de ses contraintes et de ses exigences est celle non seulement des grandes entreprises mais aussi des petites structures industrielles (sous traitantes ou non).

Dans cette logique, l'automatisation est un des outils de rationalisation, d'accroissement de la productivité, de la fiabilité, de la flexibilité, mais seulement un paPmi d'autpes dans un dispositif global. Les entreprises disent misep tout autant sU? la compétence des salapiés, sup leU? motivation, leup engagement pepsonnel, leup capacité à faipe évoluep non seulement des techniques mais aussi les pappopts de tpavail et les opganisations. Les contraintes économiques, les nouveaux procédés de fabrication et de gestion appelleraient en fait la détaylopi-sation. Or, cette détaylorisation n'est envisageable que si les salariés ont le potentiel suffisant pour véritablement prendre en charge les mutations nécessaires du système productif.

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3) 2~~~~1~~~~ti~1~~ive~_~i€E~~~r_l~~_i~~f2i~~~J2~E E~~~~~_~~~t!~_r~E~~~~ta!i~~_~~_~~~_!~E~~L_~_~~~~ 1~[i~~~_i~g~~tEi~l1~ ?

Le rapprochement entre les différents services, le décloison-nement déjà mis en oeuvre dans les entreprises constituent des indicateurs à la fois des possibilités de détaylorisation et des nouvelles exigences techniques, scientifiques, générales, attendues: le rapprochement des méthodes et de l'atelier, de la fabrication et de la maintenance, l'arti-culation des différents domaines et niveaux de maintenance, le décloison-nement possible entre fabrication et conception (avec la CFAO) appellent un élargissement des champs de compétences techniques, technologiques, générales et la mise en oeuvre de relations de coopération pour une ges-tion plus collective du travail (ilôts de fabricages-tion, équipes autonomes, équipes opérationnelles, cercles de progrès, de qualité .. ). Ces nouveaux rapports de travail qui supposent une participation active des salariés sont rendus possibles par la disparition progressive de la mattrise tradi-tionnelle au profit d'un nouveau style d'encadrement. On assiste à l'ap-pL'ition d'une nouvelle catégorie, les ouvriers techniciens de production (dont la dénomination varie selon les entreprises) qui assument des mis-sions techniques, des mismis-sions d'animation, de formation auprès de petites unités de production (cinq ou six personnes).

La conception ,et le niveau de la formation dispensés dans les entreprises montre Que celles-ci cherchent à faire évoluer les individus vers de nouveaux rôles. Dans certaines écoles d'entreprise (formation première), il apparait que les formations traditionnelles de tourneur, fraiseur, ajusteur (C.A.P.) ont disparu au profit de formation BAC Fl de façon à former des techniciens dotés à la fois des compétences scientifi-ques et techniscientifi-ques garantissant leur "potentialité" mais aussi des compé-tences générales, économiques, relationnelles nécessaires aux nouvelles exigences des fonctions. Pour ce qui est de la formation permanente, on peut relever des tendances à décloisonner les différents domaines techno-logiques mais aussi à donner des formations économiques, des formations à l'expression, à l'animation en corollaire de formations plus stricte-ment techniques.

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Il apparatt ainsi que le discours actuel de certaines entrepri-ses sur le décloisonnement, les organisations du travail détaylorisées, la mobilisation de l'intelligence de tous les salariés n'est pas un discours purement théorique : le décloisonnement des fonctions et des formations en constitue une amorce d'actualisation.

II - ~~~_~Q~!B~Q!Ç!!Q~~_Q~~_~B~!!Ç~~~_~!_~Q~!!!Ç~;~_~~_[Q~~~!!Q~

PERMANENTE

Cependant, et là nous retrouvons la notion d'hommes à poten-tiel, des contradictions existent dans les pratiques et politiques actuelles de formation qui risquent d'obérer l'avenir. Parmi les princi-pales contradictions, il faut retenir que la politique de formation des entreprise est malthusienne: en dépit d'un discours selon lequel les mutations exigent l'association de l'ensemble des salariés, les formations réellement qualifiantes sont réservées à un très petit nombre d'individus triés sur le volet.

Il apparaît que la notion de "vivier", depuis longtemps appliquée aux cadres, s'applique de plus en plus à toutes les catégories de personnels. Sont retenus dans ce vivier, selon les cas, soit des salariés dotés dès l'embauche de diplômes professionnels élevés, soit des ouvriers qualifiés ayant opéré eux-mémes des remises à niveau BAC en mathématiques.

Certaines entreprises cependant accordent plus d'importance,pour détecter le potentiel, à des aptitudes psychologiques particulières, à une forte intégration dans l'entreprise: les individus sont sélectionnés avant formation sur la base de critères complexes et diversifiés dans lesquels l'ouverture d'esprit, l'aptitude à communiquer, à animer, à participer à du travail collectif entrent autant que les capacités strictement techniciennes.

La participation de l'ensemble des salariés est par ailleurs recherchée à travers des actions de sensibilisation aux mutations: information économique, démythification des robots.

On voit ainsi que la discrimination entre individus à potentiel et autres salariés conduit à réintroduire une nouvelle cloison dans les entreprises: il y a les acteurs du changement et ce qu'il faut bien

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.considérer comme les exclus du changement. Or, les populations formées au niveau traditionnel des ouvriers qualifiés (C.A.P. - B.E.P.) sont d'ores et déjà les exclues du changement (on ne trouve pratiquement pas de salariés restés à ce niveau dans les formations qualifiantes de maintenance ou de technicien de production).

Mais le niveau de formation insuffisant n'est pas, rappelons-le, le seul critère sur lesquels s'opère la discrimination: à tous niveaux de diplômes, les ent~ep~ises déplo~ent l'absence de cultu~e indust~ielle et l'absence de p~épa~ation à un tpavail qui implique de plus en plus de mobilise~ ~apidement des savoi~s techniques évolutifs mais aussi des capacités d'o~ganisationet de communication.

Les entreprises n'ont ni les structures, ni la volonté,

(ni la mission) de dispenser à ceux qui n'auraient pas acquis en formation première de telles compétences. L'enjeu que représente pour le moyen terme les possibilités de détaylorisation est réel, les besoins des entreprises en individus mieux formés aussi.

Le renouvellement et l'élévation des formations professionnelles en formation première sont impératifs. La réflexion engagée ici sur une culture scientifique et technique articulant dans un contexte large, les différents champs économiques, scientifiques, technique et social consti-tue une priorité. Dans un pays où l'essentiel de la formation profession-nelle, technique, scientifique reste, quoi qu'on en dise, dispensée avant l'entrée dans la vie active, il est évident que seul le système scolaire peut engager des transformations qui permettraient l'association du plus grand nombre aux mutations du système socio-technique.

Références

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