ARTheque - STEF - ENS Cachan | Carbone 14 ou/et dendrochronologie ?

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C!!JREONE

14

OU/ ET

1).ENDROC!JIRONOLOQIE

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synthèse par M. LETOURNEAU 1 P. RANCHOUP

Carbone 14

Toute matière végétale vivante, et le bois en par-ticulier, contient du carbone provenant du gaz carbo-nique de l'atmosphère. Celui-ci recèle une très faible proportion de carbone 14, radioactif, donc instable, ré-sultant de l'action, dans la haute atmosphère, du rayon-nement cos mique (flux de neutrons ou « vent solaire ») sur l'azote de l'air. Les végétaux vivants, extrayant le carbone de l'atmosphère nécessaire à leur croissance au cours de la photosynthèse, verront la radioactivité du carbone qu'ils contiennent s'établir à un niveau ana-logue à celui du gaz carbonique atmosphérique. A la mort de la plante lorsque cesse l'approvisionnement en gaz carbonique la radioactivité du carbone 14 décroît régulièrement à raison de moitié tous les 5568 ans. Ainsi la mesure de la teneur en carbone 14 dans un échantillon de bois permet-elle de mesurer le temps qui s'est écoulé depuis sa mort.

Les datations au radiocarbone effectuées sur les échantillons de Colletière se répartissent entre 700 à 1100 après J. -C. Les pré-traitements de ces échantillons excluent toute erreur due à d'éventuelles pollutions par du carbone d'origine minérale ou organique. En re-vanche, ces datations doivent faire l'objet d'une correc-tion particulière, appelée calibracorrec-tions.

De quoi s'agit-il ? En 1967, un chercheur, par une étude précise, de l'activité en carbone 14 du bois prélevé dans des cernes annuels de viellx arbres

à

crois-sance lente, a mis en évidence des désaccords entre les âges mesurés par le carbone 14 et les âges réels issus de la dendrochronologie. Ainsi vers l'An Mil, faut-il ra-jouter environ 70 ans

à

l'âge radiocarbone pour obtenir l'âge réel. La cause de ces désaccords réside dans la fluctuation de la teneur en

14

C du

co2

athmosphérique, fluctuation que 1 'on a tenté d'expliquer par plusieurs théories (variations du flux des rayons cosmiques, du champ magnétique terrestre, changements climatiques ... ). Ces travaux ont abouti

à

des tables de calibration qui, appliquées aux analyses de Charavines, donnent une date qui a 95 % de chances d'être comprise entre 710 et 1040 ap. J.-C., avec une période de recouvrement

des 6 datations au X0 siècle. Mais il faut bien avoir

pré-sent à l'esprit que l'âge radiocarbone d'un échantillon reflète uniquement l'époque à laquelle il a cessé de vivre, c'est-à-dire de renouveler son radiocarbone. On ne date donc pas un phénomène historique ( construc-tion d'un bâtiment, incendie ... ), ce d'autant que des ré-emplois de matériaux ne sont pas à exclure, et que la partie la plus récente des bois a pu être éliminée par la taille (enlèvement de l'aubier, équarrissage ... ).

Compte tenu de ces remarques, on peut raison-nablement conclure que la datation radiocarbone ne contredit pas les hypothèses issues de la typologie et de la numismatique; mais elle ne permet pas de les préci-ser davantage.

C'est donc grâce à la dendrochronologie, mé-thode particulièrement bien adaptée aux gisements sub-aquatiques, que l' on pourra espérer approcher davan-tage la réalité et répondre à des questions plus précises: quelles sont les dates exactes d'installation et de cons-truction, de réparation des bâtiments et, de là, la durée d'occupation ?

Dendrochronologie

Un tronc d'arbre coupé montre des anneaux con-centriques d'une couleur légèrement plus sombres. Il s'agit des cernes de croissances. Chaque cerne corres-pond à .une année, et son aspect traduit la prospérité de l'arbre à ce moment, prospérité en majeure partie liée au climat. Les années trop sèches, ou trop froides, par exemple, se traduiront par des cernes plus étroits que la moyenne. La mesure précise de ces cernes permettra d'établir des courbes. Plusieurs arbres de même essence et provenant d'une même zone climatique qui ont vécu à la même époque présenteront une succession de cernes d'aspect comparable; leurs courbes seront donc quasiment identiques, à quelques détails près liés à 1' emplacement précis de chaque arbre (ensoleillement etc .. ) ou à des accidents particuliers (maladies .. ). Des bois d'architecture coupés au même moment se recon-naîtront donc grâce à cette méthode; de même, des arbres coupés pour la construction initiale, et ceux cou-pés quelques années après pour une réparation seront

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aisément datés les uns par rapport aux autres, puisqu'ils auront une période de vie commune et donc une partie de leur courbe identique: c'est ce que l'on appelle la dendrochronologie relative. On peut également, entra-vaillant, dans chaque bassin climatique, sur de grandes quantités de bois, procéder par interdatations succes-sives et bâtir ainsi des courbes standard (appelées < <masters > >) couvrant de vastes périodes, exactement situées grâce à un événement historique connu (bois ac-tuels, poutres datées, catastrophe écologique connue par les textes etc ... ). Tout nouvel échantillon de bois pourra donc, en principe, être daté par corrélation de sa courbe avec le standard de la région dont il provient.

Dans les habitats littoraux du lac de Paladru, et en particulier à Colletière, cette méthode a été appli-quée depuis une dizaine d'années. Elle est maintenant systématisée à tous les bois présentant une essence utili-sable (le chêne) et un diamètre suffisant (durée 'de vie supérieure à 30 ans). Les méthodes de mesure et surtout de traitement (informatique) ont été perfectionnées et permettent progressivement une meilleure fiabilité des résultats.

En 1987, toutes les courbes de Charavines ont été vérifiées et on a tenté de les interpoler avec les «masters » de référence dressés pour des zones géogra-phiques proches mais climatiquement différentes en l'absence de toute courbe publiée pour la région Rhône-Alpes. A partir d'une quarantaine d'échantillons de bonne qualité une courbe (flottante) de 151 ans a été retenue. L'essai d'interdatation, tenté à partir de « mas-ters » allemands et suisses essentiellement, a fourni plusieurs dates pour l'abattage initial. On a éliminé celles que la typologie, la numismatique et le radiocar-bone excluent parce que trop anciennes (834-935) ou trop récentes (1138, 1192, 1302). Ne restent aujour-d'hui que deux dates possibles, 1025 ou 1034, ce qui devrait logiquement être précisé par la suite des re-cherches qui, en augmentant le nombre, des arbres de référence, assurera les calculs et aboutira en fait à la constitution d'un étalon régional.

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Pour ce qui concerne la da1.1tion relative, la den-drochronologie confirme l'impression laissée par la

ty-pologie, d'une faible durée d'occupations. Pour l'essen-tiel, on constate deux phases d'abattage, séparées par une quinzaine d'années, ce qui exclut que le village ait été utilisé plus d'une trentaine d'années. Les bâtiments de bois en effet, en milieu humide, doivent être souvent réparés et une vingtaine d'années sans réparation ma-jeure paraissent par comparaison à ce qui a été observé

en Suisse ou en Allemagne, un maximum.

Enfin, le synchronisme entre les villages des Grands Roseaux et de Colletière, que laissait soupçon-ner la parenté typologique des objets, est confirmés. Ce-lui du Pré d' Ars sera vérifié au cours des prochains mois. Il resterait à établir la chronologie relative entre les habitats littoraux et les mottes castrales (Châtelard et Louvatière de Chirens Paladru). La typologie du mo-bilier et les découvertes monétaires la laissent supposer, mais ici la dendrochronologie ne sera d'aucun secours, à moins d'un grand hasard qui amènerait la découverte sur l'un de ces sites, de bois de construction carbonisés parfaitement conservés.

On espère actuellement recourir à une autre mé-thode, celle de l'archéo-magnétisme qui utilise les pro-priétés de l'argile à conserver, lors d'une cuisson vio-lente, la trace du champ magnétique terrestre. Comme celui-ci fluctue, il serait possible de comparer l'argile d'un foyer de Charavines avec celle d'un foyer du Châ-telard de Chirens. Malheureusement, la situation im-mergée du gisement de Charavines rend impossible le prélèvement délicat qui s'impose, et on n'a pour l'ins-tant découvert aucun foyer à argile au Châtelard.

Datation relative des pieux d'architecture de Colletière d'après la dendrochronologie. les bois qui ont conservé leur aubier ont permis de déterminer deux phases d'abattage des arbres. La première correspond à la construction des habitats et le secondé, une quinzaine d'années plus tard, à une étape de réfection des bati-ments. D M. L.

(Souce:Extrait p65-66 de l'ouvrage

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