THÈSE
En vue de l’obtention du
DOCTORAT DE L’UNIVERSITÉ DE TOULOUSE
Délivré par l'Université Toulouse 3 - Paul Sabatier
Présentée et soutenue par
El Hassane LAHRAR
Le 29 septembre 2020
Simulations de l'adsorption des ions dans des carbones poreux
modèles pour étudier les relations structure-performance dans
les supercondensateurs
Ecole doctorale : SDM - SCIENCES DE LA MATIERE - Toulouse Spécialité : Physico-Chimie Théorique
Unité de recherche :
CIRIMAT - Centre Interuniversitaire de Recherche et d'Ingénierie des Matériaux
Thèse dirigée par
Patrice SIMON et Céline MERLET
Jury
M. Agílio Pádua, Rapporteur Mme Magali Duvail, Rapporteure
M. Laurent Joly, Examinateur Mme Camélia Ghimbeu, Examinatrice
Mme Magali Benoit, Examinatrice M. Patrice Simon, Directeur de thèse Mme Céline Merlet, Co-directrice de thèse
1
REMERCIEMENTS
Cette th`ese est le fruit d’un long voyage au sein du Centre Inter-universitaire de Re-cherche et d’Ing´enierie des Mat´eriaux (CIRIMAT) de Toulouse. Je remercie Prof. Chris-tophe Laurent, Directeur du CIRIMAT, qui m’a accueilli et m’a permis de r´ealiser ma th`ese au sein de son laboratoire.
Je remercie vivement mon Directeur de th`ese, Prof. Patrice Simon, de m’avoir donn´e la possibilit´e de travailler sur cette th`ese et d’avoir contribu´e `a l’expansion de mes con-naissances. Je remercie surtout ma Co-directrice, Dr C´eline Merlet, de m’avoir encadr´e pendant toute cette dur´ee de th`ese, de m’avoir transmis sa passion pour la recherche et la simulation, je pr´ecise qu’elle ´etait toujours disponible, mˆeme pendant la p´eriode difficile du confinement, et j’ai appr´eci´e son soutien, sa patience, son aide, sa confiance et ses encouragements au cours de ces ann´ees. J’ai aim´e le fait d’ˆetre le premier doctorant pour elle ! Je suis tr`es reconnaissant pour ses d´emarches d’encadrement, ses critiques et tous les conseils sur les pr´esentations orales et la r´edaction de ce manuscrit de th`ese.
Je remercie les membres ext´erieurs au laboratoire qui ont particip´e `a mon jury de th`ese : Ag´ılio P´adua, Professeur `a l’´Ecole Normale Sup´erieure de Lyon, et Magali Duvail, Chercheuse au CEA, pour s’ˆetre montr´es disponibles pour juger mon travail de th`ese `a l’´ecrit comme `a l’oral ; Magali Benoit, Directrice de recherche au Centre d’´Elaboration de Mat´eriaux et d’´Etudes Structurales, pour avoir accept´e de pr´esider mon jury de th`ese ; et Laurent Joly, Professeur `a l’Universit´e de Lyon 1, et Cam´elia Ghimbeu, Charg´ee de recherche `a l’Institut de Science des Mat´eriaux de Mulhouse, pour avoir accept´es d’ˆetre examinateurs. J’ai appr´eci´e les discussions et les nombreux commentaires que vous avez donn´e.
Ce travail a ´et´e r´ealis´e dans le cadre d’un projet europ´een, ‘European Research Council’ (ERC, SuPERPORES 714581 Grant). Je tiens `a remercier l’ERC pour ce financement, je lui en suis tr`es reconnaissant. Un grand merci au m´esocentre de calcul CALMIP de m’avoir allou´e des heures de calcul pour mon projet de th`ese durant ces trois ann´ees.
Je remercie Irena D´eroche et Cam´elia Ghimbeu du laboratoire IS2M `a Mulhouse d’avoir accept´e de faire une collaboration qui m’a permis d’avancer dans mon projet de th`ese. Je remercie ´egalement Michelle Liu avec qui j’ai eu des conversations visio tr`es int´eressantes.
Je remercie mon ami et mon ex-coll`egue Anouar BELHBOUB pour les nombreux d´ebats et discussions utiles que nous avons eues dans le laboratoire. On a commenc´e au laboratoire la mˆeme ann´ee et on s’est rendu compte que nos familles habitent dans la mˆeme ville ! Je remercie aussi les trois coll`egues de bureau et qui appartiennent au mˆeme projet, Dimitrios Kilymis, Anagha Sasikumar et El Mahdi Halim avec qui j’ai pass´e des moments tr`es amusants.
Mes remerciements s’adressent ´egalement `a mes coll`egues doctorants ou post-docs du CIRIMAT : Mehdi, Vignesh, Laura, Liu, ... et j’en oublie certainement, pour leur sympathie, bonne humeur et encouragements.
Je remercie aussi mes amis sur Toulouse, Morgane, Soufiane, Lamiaa, Idir, Yassir et j’en passe, avec qui je passe des bons moments et qui m’ont encourag´e pendant mes trois ans de th`ese.
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Je ne saurais oublier de remercier toutes les personnes qui me sont tr`es ch`eres, en particulier mes parents, Maria et Alouane, ma sœur et mon fr`ere pour l’aide, la confiance et le soutien dont ils ont fait preuve tout au long de ces derni`eres ann´ees et surtout pendant la p´eriode de confinement.
Enfin, que toutes les personnes qui ont ´et´e `a mes cˆot´es et qui m’ont aid´e d’une mani`ere ou d’une autre au cours de ces trois ann´ees et que j’ai oubli´e de les mentionner ici, elles trouvent ici l’expression de ma plus sinc`ere reconnaissance.
3
Table des mati`
eres
Introduction g´en´erale 5
1 Introduction : les supercondensateurs 7
1.1 Les syst`emes de stockage ´electrochimique de l’´energie et les diff´erents modes
de stockage . . . 8
1.2 Les supercondensateurs et leur fonctionnement . . . 11
1.3 L’optimisation des supercondensateurs . . . 20
1.4 Conclusion et objectifs . . . 26
2 Dynamique mol´eculaire et syst`emes ´etudi´es 29 2.1 La dynamique mol´eculaire classique . . . 30
2.2 Calcul de propri´et´es statiques et dynamiques . . . 39
2.3 Mod`eles d’´electrolytes et de carbones poreux . . . 43
2.4 Configurations et param`etres g´en´eraux des syst`emes simul´es . . . 48
2.5 Discussion sur la simplicit´e des mod`eles choisis . . . 53
2.6 Conclusion . . . 55
3 Effet de la taille de l’anion sur les propri´et´es du liquide ionique confin´e 57 3.1 Effet de la taille des anions sur les propri´et´es de bulk . . . 58
3.2 Effet de la taille de l’anion sur les propri´et´es des ions confin´es . . . 59
3.3 Relations entre structure locale et propri´et´es . . . 61
3.4 Conclusion . . . 67
4 Effet de la taille et de la topologie des pores sur les propri´et´es du liquide ionique confin´e 69 4.1 Effet de la taille des pores sur les propri´et´es des ions confin´es . . . 70
4.2 Effet de la topologie sur les propri´et´es des ions confin´es . . . 72
4.3 Conclusion . . . 76
5 Effets des groupes fonctionnels de surface sur les propri´et´es du liquide ionique confin´e 77 5.1 Strat´egie adopt´ee . . . 78
5.2 Effet des groupements fonctionnels . . . 79
5.3 Flexibilit´e de la structure de carbone . . . 82
4 TABLE DES MATI `ERES
6 Mod´elisation de supercondensateurs mod`eles 87
6.1 Syst`emes ´etudi´es et strat´egie d’´equilibration . . . 88
6.2 Capacit´es, charges atomiques et confinement . . . 90
6.3 Charges atomiques locales et accessibilit´e des atomes de carbone . . . 93
6.4 Conclusion . . . 95
Conclusion g´en´erale 97
Annexe A : Publications issues de ce travail 99
Annexe B : Degr´es de confinement 101
5
Introduction g´
en´
erale
L’augmentation de la population mondiale et le d´eveloppement de technologies nou-velles impliquent de forts besoins en ´energie. Les ´energies fossiles (p´etrole, charbon, gaz naturel) repr´esentent la grande majorit´e de la production d’´energie globale. Pourtant cette source d’´energie, d´ej`a limit´ee, engendre un impact n´egatif et une pollution importante sur l’environnement. En particulier, elle g´en`ere des ´emissions importantes de gaz `a effet de serre, ce qui conduit au r´echauffement climatique de la terre. Les scientifiques ont constat´e que la temp´erature moyenne de la terre a subi une augmentation de 0.8◦C depuis le d´ebut de 20`eme si`ecle. Afin de r´eduire cet impact, la soci´et´e se tourne vers l’utilisation d’´energies renouvelables (´energie ´eolienne, ´energie solaire photovolta¨ıque. . . ) qui sont des sources intermittentes, ce qui implique de rechercher des moyens pour stocker de l’´energie ´
electrique en quantit´e suffisante et relativement peu coˆuteuse.
Parmi les modes stockage d’´energie, nous trouvons les batteries et les supercondensa-teurs, des syst`emes caract´eris´es par des fonctionnements diff´erents mais compl´ementaires. Les batteries poss`edent une grande densit´e d’´energie mais se chargent et se d´echargent sur de longues dur´ees (faible densit´e de puissance). Les supercondensateurs, `a l’inverse, poss`edent une faible densit´e d’´energie qui peut ˆetre d´elivr´ee rapidement (grande densit´e de puissance). Les supercondensateurs sont d´ej`a utilis´es dans de nombreuses applications (d´emarrage de v´ehicules, ouverture d’urgence des portes d’avion, applications militaires, etc...), mais leur faible densit´e d’´energie repr´esente un inconv´enient majeur. De nombreu-ses ´etudes exp´erimentales et th´eoriques visent donc `a am´eliorer leurs performances.
Les supercondensateurs sont constitu´es de deux ´electrodes s´epar´ees par un ´electrolyte. Le processus de charge/d´echarge se fait par adsorption/d´esorption de l’´electrolyte sur la surface des ´electrodes sous l’effet d’un champ ´electrique et la densit´e d’´energie d´epend de la capacit´e qui est la quantit´e de charges accumul´ees `a l’interface sous une diff´erence de potentiel donn´ee. L’optimisation de cette capacit´e a fait l’objet de nombreuses ´etudes approfondies sur les constituants des supercondensateurs, en particulier les ´electrodes et les ´electrolytes, avec l’objectif de comprendre les relations entre la structure des ´el´ements actifs et les propri´et´es ´electrochimiques r´esultantes. Parmi les r´esultats marquants, il a ´et´e montr´e que l’utilisation de carbones nanoporeux comme mat´eriaux d’´electrodes induit un impact positif sur la capacit´e et donc sur la densit´e d’´energie. Depuis cette d´ecouverte, de nombreux travaux ont ´et´e r´ealis´es pour comprendre l’augmentation de capacit´e observ´ee dans les carbones poreux poss´edant de tr`es petits pores et la diff´erence de comporte-ment entre ´electrodes non poreuses et nanoporeuses est maintenant bien comprise. En revanche, la pr´ediction de la capacit´e pour une structure de carbone donn´ee, ou un couple ´
capacit´e maximale qu’on pourrait atteindre avec des ´electrodes de carbone nanoporeuses n’est pas enti`erement r´esolue.
L’objectif de cette th`ese est de mieux comprendre le comportement et le processus d’absorption de l’´electrolyte dans les carbones nanoporeux, en r´ealisant une ´etude plus syst´ematique que ce qui est d´ecrit dans la litt´erature. L’approche adopt´ee est la dynamique mol´eculaire classique. L’utilisation de cette approche nous permet d’´etudier les relations entre les propri´et´es de l’´electrolyte et les structures de carbone nanoporeux afin d’identi-fier les diff´erents param`etres et descripteurs qui affectent la quantit´e d’ions adsorb´es, la diffusion et la capacit´e. Pour atteindre ces objectifs, diff´erentes strat´egies ont ´et´e abord´ees au cours de cette th`ese et les r´esultats principaux sont d´etaill´es dans ce manuscrit.
Dans le premier chapitre, nous d´ecrivons bri`evement les supercondensateurs et leur fonctionnement, et nous les comparons avec d’autres syst`emes de stockage d’´energie. La deuxi`eme partie de ce chapitre est plus particuli`erement consacr´ee aux diff´erents travaux visant `a optimiser les propri´et´es ´electriques des supercondensateurs en jouant sur des des-cripteurs physiques tels que la structure et la taille des pores des ´electrodes, ou chimiques tels que la pr´esence de groupements fonctionnels sur la surface des ´electrodes.
Dans le deuxi`eme chapitre, nous rappelons le concept de la dynamique mol´eculaire classique et le calcul statistique des propri´et´es structurales et dynamiques sur lesquelles nous nous sommes bas´es pour ´etudier les syst`emes mod`eles. Nous pr´esentons ´egalement les diff´erents syst`emes ´etudi´es et les mod`eles utilis´es dans cette th`ese en expliquant les choix effectu´es.
Le troisi`eme chapitre aborde une ´etude syst´ematique sur l’influence de la taille de l’anion sur les propri´et´es structurales et dynamiques du liquide ionique confin´e. Pour ce faire, nous ´evoquons des simulations par dynamique mol´eculaire classique de liquide ionique en contact avec des carbones nanoporeux de structure ordonn´ee qui sont l’´el´ement manquant dans la litt´erature entre les structures trop simples, telles que les structures planes et les nanotubes, et les structures d´esordonn´ees r´ealistes.
Dans le quatri`eme chapitre, nous d´ecrivons une ´etude de l’impact de la structure de carbone, notamment la taille des pores et la topologie, sur le comportement du liquide io-nique adsorb´e. Pour l’influence de la taille des pores, nous avons choisi deux carbones ayant des topologies diff´erentes mais une mˆeme densit´e et une mˆeme taille de pores moyenne. L’un des carbones a une structure plus r´eguli`ere que l’autre. Pour l’effet de la topologie nous ´etudions une gamme de structures de carbone (ordonn´ees et d´esordonn´ees).
Dans le cinqui`eme chapitre, nous traitons l’impact des groupements fonctionnels sur les propri´et´es du liquide ionique confin´e en simulant des carbones ordonn´es de type “r´epliques de z´eolite”. Nous ´evoquons `a la fois l’effet chimique, dˆu `a la nature des groupements fonctionnels, et l’effet physique, dˆu `a la structure.
Dans le dernier chapitre, nous abordons les simulations de supercondensateurs mod`eles avec applications d’une diff´erence de potentiel. Ces syst`emes sont compos´es de deux ´
electrodes de carbones s´epar´ees par le mˆeme liquide ionique. Des simulations ont ´et´e faites sur deux syst`emes : l’un avec des ´electrodes de structure r´eguli`ere et l’autre avec des ´electrodes de structure d´esordonn´ee.
Finalement, une conclusion g´en´erale rassemble les diff´erents r´esultats obtenus durant ces ´etudes et offres des perspectives pour de futurs travaux.
7
Chapitre 1
Introduction : les
supercondensateurs
Sommaire
1.1 Les syst`emes de stockage ´electrochimique de l’´energie et les
diff´erents modes de stockage . . . 8
1.1.1 Processus faradiques . . . 9
1.1.2 Processus non faradiques . . . 10
1.2 Les supercondensateurs et leur fonctionnement . . . 11
1.2.1 Sp´ecificit´es des supercondensateurs . . . 11
1.2.2 Th´eories d´ecrivant la double couche ´electrochimique . . . 13
1.2.3 Les ´el´ements constitutifs des supercondensateurs . . . 16
1.2.4 L’´energie et la puissance stock´ees dans un supercondensateur . 20 1.3 L’optimisation des supercondensateurs . . . 20
1.3.1 Propri´et´es physiques : la structure et la taille des pores . . . . 20
1.3.2 Propri´et´es chimiques des carbones : la fonctionnalisation des ´electrodes . . . 25
8 CHAPITRE 1. INTRODUCTION : LES SUPERCONDENSATEURS
1.1
Les syst`
emes de stockage ´
electrochimique de l’´
e-nergie et les diff´
erents modes de stockage
La d´ecouverte de l’´electricit´e statique a ´et´e effectu´ee vers 600 avant J´esus Christ par Thal`es de Milet qui a observ´e des ph´enom`enes int´eressants tels que l’attraction de plumes ou de paille par un morceau d’ambre frott´e avec de la fourrure, mais `a ce stade, il n’´etait pas question d’utiliser cette ´electricit´e. Les recherches s´erieuses sur l’´electricit´e statique ont commenc´e au 17`eme si`ecle. Les scientifiques ´etudiaient l’´electrisation des objets et
essayaient de comprendre les effets des charges ´electriques en fonction de la nature des objets et les cons´equences sur leurs propri´et´es. Ils sont arriv´es `a d´emontrer qu’il existe deux types de corps : ceux qui laissent passer les charges ´electriques, les mat´eriaux conducteurs, et ceux qui les conservent sur leurs surfaces, les mat´eriaux isolants. `A l’heure actuelle, l’´electricit´e reste un sujet de recherche tr`es important qui attire les scientifiques. Leur but est de comprendre dans le d´etail les m´ecanismes `a l’origine de l’accumulation et du transport des charges ´electriques. Si la possibilit´e d’utiliser l’´electricit´e pour de multiples syst`emes est apparue rapidement comme une ´evidence, son application en pratique a rencontr´e et rencontre encore des verrous. L’un des d´efis toujours d’actualit´e est le stockage de cette ´electricit´e.
Le stockage d’´energie consiste `a mettre en r´eserve une quantit´e d’´energie pour une utilisation ult´erieure. Cela peut permettre par exemple de compenser les ´ecarts entre ´ ener-gie produite et ´energie consomm´ee `a un instant t et donc de limiter les pertes d’´energie. D’un point de vue technologique il existe diff´erentes voies de stockage de l’´energie ´ elec-trique : chimique, thermique, ´electrochimique, etc... L’un des avantages du stockage ´ elec-trochimique est que l’´energie ´electrique et l’´energie chimique partagent le mˆeme vecteur, l’´electron, ce qui permet de diminuer les pertes li´ees `a la conversion de l’´energie d’une forme `a une autre.
Le premier dispositif permettant de stocker l’´energie par voie ´electrochimique a ´et´e r´ealis´e par Alessandro Volta en 1800. La pile de Volta (figure 1.1) est constitu´ee de deux
Figure 1.1 – a) Dessin de la pile propos´ee par Volta dans une lettre du 20 mars 1800 [1]. b) Sch´ema explicatif de cette pile [2].
plaques m´etalliques, les ´electrodes (une en zinc et l’autre en cuivre), s´epar´ees par un tissu impr´egn´e d’eau sal´ee, l’´electrolyte (eau + NaCl). Depuis cette innovation, de nombreuses
1.1. LES SYST`EMES DE STOCKAGE ´ELECTROCHIMIQUE DE L’´ENERGIE ET LES DIFF´ERENTS MODES DE STOCKAGE 9
´
etudes ont ´et´e r´ealis´ees afin de comprendre les m´ecanismes de stockage d’´energie par cette voie et augmenter les performances des syst`emes. Il existe deux proc´ed´es permettant le stockage de l’´energie ´electrique par voie ´electrochimique :
- le premier est bas´e sur des processus faradiques, au cours desquelles il y a un transfert d’´electron ;
- le deuxi`eme implique uniquement des interactions physiques ´electrostatiques, il s’agit de processus non faradiques.
Ces deux processus, fondamentalement diff´erents, impliquent de grandes disparit´es en termes de propri´et´es telles que la densit´e d’´energie et la puissance.
1.1.1
Processus faradiques
Dans les syst`emes faradiques, le stockage d’´energie se fait par conversion de l’´energie ´
electrique en ´energie chimique : le transfert d’´electrons `a l’interface ´electrode/´electrolyte correspond `a une r´eaction d’oxydation ou de r´eduction. Ces r´eactions ´electrochimiques suivent la loi de Faraday qui dit que la quantit´e d’´electrons transf´er´ee est proportion-nelle `a la quantit´e de mati`ere oxyd´ee ou r´eduite. Le flux d’´electrons g´en´er´e (le cou-rant) est influenc´e par la vitesse de transport des r´eactifs dans l’´electrolyte ainsi que par la vitesse de transfert des ´electrons `a l’interface ´electrode/´electrolyte. Le processus le plus lent d´etermine la vitesse du processus faradique. La figure 1.2 illustre les r´eactions ´
electrochimiques qui sont en jeu `a chacune des ´electrodes lors des phases de charge et de d´echarge.
Figure 1.2 – Sch´ema pr´esentant le fonctionnement d’un accumulateur ´electrochimique. Durant la charge, l’´electrode positive subit une r´eaction d’oxydation qui lib`ere des ´
electrons et l’´electrode n´egative consomme des ´electrons par une r´eaction de r´eduction. Lors de la d´echarge, les ´electrons suivent le chemin inverse.
elec-10 CHAPITRE 1. INTRODUCTION : LES SUPERCONDENSATEURS
trochimiques. Les batteries lithium-ion qui sont utilis´ees dans la plupart des appareils ´
electroniques comme les t´el´ephones et les ordinateurs portables sont un exemple d’accumu-lateur ´electrochimique. Ces syst`emes pr´esentent certains inconv´enients majeurs qui sont i) une faible densit´e de puissance, limit´ee par la cin´etique des r´eactions d’oxydor´eduction et ii) l’irr´eversibilit´e des r´eactions de certains constituants qui implique une diminution de la dur´ee de vie de l’accumulateur.
1.1.2
Processus non faradiques
Pour les processus non faradiques, le stockage d’´energie se fait par des ph´enom`enes physiques, ´electrostatiques, c’est-`a-dire qu’il n’y a pas de r´eaction chimique. Il s’agit d’une accumulation de charges suite `a l’application d’une diff´erence de potentiel entre deux ´electrodes s´epar´ees par un isolant ´electronique. Parmi les syst`emes non faradiques, les plus simples sont les condensateurs conventionnels Ceux-ci sont constitu´es de deux plaques m´etalliques s´epar´ees par un isolant (comme sch´ematis´e dans la figure 1.3). Le processus de charge des condensateurs conventionnels se manifeste par la polarisation des atomes du mat´eriau di´electrique qui conduit `a l’accumulation de charges `a l’inter-face ´electrode/di´electrique. Le temps de charge-d´echarge de ces dispositifs est tr`es court (quelques microsecondes), ce qui g´en`ere une forte densit´e de puissance par rapport aux accumulateurs. En revanche leur densit´e d’´energie est tr`es faible.
Figure 1.3 – Sch´ema d’un condensateur conventionnel constitu´e de deux ´electrodes (ar-matures m´etalliques) s´epar´ees par un mat´eriau di´electrique.
1.2. LES SUPERCONDENSATEURS ET LEUR FONCTIONNEMENT 11
La capacit´e d’un condensateur et l’´energie qui y est stock´ee sont donn´ees par :
C = ε0εrS
d E =
1 2CU
2 (1.1)
Les diff´erentes variables sont : - C, la capacit´e (en F)
- S, la surface des armatures (en m2)
- d, la distance entre les deux armatures (en m) - ε0, la permittivit´e du vide (en F.m−1)
- εr, la permittivit´e relative du mat´eriau di´electrique
- E, l’´energie du condensateur (en J)
- U , la tension appliqu´ee entre les deux armatures (en V)
D’apr`es la deuxi`eme relation ci-dessus, la capacit´e et la tension appliqu´ee aux bornes du condensateur affectent directement la quantit´e d’´energie stock´ee. L’optimisation du syst`eme peut donc d´ecouler de l’am´elioration de la capacit´e. L’augmentation de la capacit´e peut se faire suivant deux approches : la premi`ere est de choisir un mat´eriau di´electrique poss´edant une grande permittivit´e relative, la deuxi`eme est d’optimiser le rapport Sd par la fabrication d’un condensateur tr`es mince et poss´edant de grandes armatures.
Performances ´electrochimiques des diff´erents syst`emes
Les deux types de syst`emes de stockage, faradiques et non faradiques, peuvent ˆetre compar´es dans un diagramme de Ragone [3] (figure1.4). Le diagramme de Ragone montre que les accumulateurs peuvent emmagasiner de grandes quantit´es d’´energie avec des puis-sances limit´ees, contrairement aux condensateurs conventionnels qui sont caract´eris´es par une forte puissance et faible ´energie. Nous pouvons aussi identifier sur ce diagramme un syst`eme dont les caract´eristiques se situent entre les accumulateurs et les condensateurs conventionnels. Il s’agit du supercondensateur.
1.2
Les supercondensateurs et leur fonctionnement
1.2.1
Sp´
ecificit´
es des supercondensateurs
Les supercondensateurs, ´egalement appel´es condensateurs `a double couche ´ electrochi-mique (EDLC), sont des syst`emes non faradiques. Leur processus de charge-d´echarge est bas´e sur l’adsorption-d´esorption d’ions de l’´electrolyte `a la surface des ´electrodes. Il n’y a donc pas de r´eaction chimique. C’est ce qui explique leurs excellentes performances en termes de puissance par rapport aux syst`emes faradiques. En revanche, les superconden-sateurs poss`edent une relativement faible densit´e d’´energie. Malgr´e cela, ces dispositifs sont d´ej`a utilis´es dans plusieurs applications telles que :
- la r´ecup´eration de l’´energie de freinage [5,6], - le d´emarrage des moteurs thermiques [7],
12 CHAPITRE 1. INTRODUCTION : LES SUPERCONDENSATEURS
Figure 1.4 – Le diagramme de Ragone pr´esente les diff´erents syst`emes de stockage ´
electrochimique en fonction de leurs densit´e d’´energie et de puissance (figure extraite de [4] et adapt´ee de [3]).
La diff´erence entre les condensateurs conventionnels et les supercondensateurs se situe au niveau des constituants : le mat´eriau di´electrique solide et isolant est remplac´e par un ´
electrolyte liquide contenant des ions mobiles ; les armatures m´etalliques simples sont rem-plac´ees par des ´electrodes poreuses complexes. L’´electrolyte ´etant un conducteur ionique, il est n´ecessaire d’ajouter un s´eparateur dont le rˆole est d’isoler ´electriquement les deux ´
electrodes tout en laissant passer les ions. La figure 1.5 illustre les diff´erents composants d’un supercondensateur.
Le fonctionnement des supercondensateurs est bas´e sur le stockage des charges ´ elec-triques par adsorption r´eversible des ions de l’´electrolyte sur la surface des ´electrodes. En effet, lorsqu’une diff´erence de potentiel est appliqu´ee aux bornes du supercondensateur, les ´electrodes se polarisent et attirent les ions de charge oppos´ee, ce qui cr´e´e une zone de charge d’espace au niveau de chaque interface ´electrode-´electrolyte, c’est la double couche ´electrique. Chaque double couche ´electrique se comporte comme un condensateur. Le syst`eme global peut donc ˆetre repr´esent´e par le sch´ema ´equivalent donn´e dans la figure 1.5.
La capacit´e totale d’un supercondensateur peut alors ˆetre calcul´ee comme celle de deux condensateurs en s´erie :
1 Ctot = 1 C+ + 1 C− (1.2)
avec Ctot, C+et C−, la capacit´e totale du supercondensateur, la capacit´e de double couche
de l’´electrode positive et la capacit´e de double couche de l’´electrode n´egative respective-ment.
1.2. LES SUPERCONDENSATEURS ET LEUR FONCTIONNEMENT 13
Figure 1.5 – `A gauche : Sch´ema d’un supercondensateur avec ses principaux composants. Chaque double couche ´electrochimique repr´esente un condensateur. `A droite : Circuit ´
equivalent d’un supercondensateur o`u chaque interface ´electrode/´electrolyte correspond `a un condensateur ´electrique. La r´esistance est la somme de plusieurs contributions. Figures extraites de [8].
1.2.2
Th´
eories d´
ecrivant la double couche ´
electrochimique
Pour comprendre les capacit´es mesur´ees exp´erimentalement, plusieurs th´eories de la double couche ´electrique ont ´et´e envisag´ees. Ces th´eories d´ecrivent la distribution des ions `
a proximit´e d’une surface charg´ee. Des sch´emas repr´esentant les potentiels ´electrostatiques r´esultant des mod`eles les plus communs sont donn´es dans la figure1.6. Historiquement la premi`ere personne qui a ´etabli un mod`ele de la double couche ´electrique est Helmholtz, en 1874 [9]. Le mod`ele qu’il a propos´e n´eglige la diffusion ionique et l’agitation thermique, et repr´esente la double couche par deux plans parall`eles de charge oppos´ee, dans lesquels les charges sont r´eparties de mani`ere uniforme : un plan correspond `a la surface m´etallique et l’autre plan correspond `a la couche d’ions solvat´es adsorb´es `a la surface. Les dipˆoles des mol´ecules de solvant pr´esentes entre les deux plans sont orient´es en fonction de la charge de la surface m´etallique. Cette distribution entre les charges mobiles et les dipˆoles orient´es est `a l’origine de la diff´erence de potentiel ´electrostatique `a l’interface et engendre une d´ecroissance lin´eaire du potentiel.
Afin de prendre en consid´eration la diffusion ionique et l’agitation thermique, Gouy et Chapman ont propos´e un mod`ele [10,11] o`u les ions les plus proches de l’interface ne sont plus localis´es sur des plans mais ont une concentration qui d´ecroˆıt avec la distance `a la surface charg´ee. Ce mod`ele implique l’existence d’une couche m´elang´ee de contre-ions et de co-ions bas´e sur un ´equilibre entre les forces ´electriques et thermiques (associ´ees aux mouvements d’ions et suivant le principe de Boltzmann) formant ainsi une couche diffuse. Dans ce cas, le potentiel suit une d´ecroissance non lin´eaire en fonction de la distance `a la surface charg´ee. Il est `a noter que mod`ele de Gouy-Chapman s’appuie sur 4 hypoth`eses : 1) la surface charg´ee est plane avec des charges distribu´ees de mani`ere uniforme ;
2) les ions sont repr´esent´es par des charges ponctuelles ;
14 CHAPITRE 1. INTRODUCTION : LES SUPERCONDENSATEURS
type d’anion et un seul type de cation ;
4) le solvant est repr´esent´e implicitement par sa constante di´electrique.
Figure 1.6 – Distribution des charges ´electriques et forme du potentiel ´electrostatique `
a l’interface surface charg´ee - solution pour 3 mod`eles d´ecrivant la double couche ´
electrochimique : le mod`ele de Helmholtz, le mod`ele de Gouy-Chapman, et le mod`ele de Stern [4].
La ponctualit´e des charges propos´ee dans le mod`ele de Gouy-Chapman entraˆıne des surestimations de la capacit´e de la double couche. Pour fournir une solution `a cette probl´ematique, un troisi`eme mod`ele est propos´e par Stern. Celui-ci combine les deux mod`eles pr´ec´edents en un seul mod`ele [12]. L’interface ´electrode/´electrolyte est repr´ e-sent´ee par deux couches d’ions : la premi`ere couche, dite couche compacte, contient les contre-ions de charge oppos´ee `a la surface m´etallique ; la deuxi`eme couche, dite couche diffuse, contient des cations et des anions. Les contres-ions de la couche compacte s’ad-sorbent suivant les isothermes de Langmuir tandis que les ions de la couche diffuse suivent les lois statistiques de Boltzmann.
`
A partir du mod`ele de Stern, la chute du potentiel ´electrostatique peut ˆetre d´ecompos´ee en deux r´egions : la premi`ere r´egion o`u la d´ecroissance est linaire, et la deuxi`eme r´egion o`u la d´ecroissance est non lin´eaire :
VM − VS = (VM − VH) − (VH − VS) (1.3)
avec VM le potentiel du m´etal, VS le potentiel de la solution et VH le potentiel de la
premi`ere couche de Helmholtz. La capacit´e surfacique C de la couche double ´electrique est donn´ee par la combinaison des capacit´es de la couche compacte CH et de la couche
diffuse Cd suivant : 1 C = 1 CH + 1 Cd (1.4) Le mod`ele de Stern a ´et´e am´elior´e par Graham en 1947 [13,14] qui s’est appuy´e sur des ´
1.2. LES SUPERCONDENSATEURS ET LEUR FONCTIONNEMENT 15
son mod`ele, il divise la couche compacte d’Helmholtz en deux couches : une couche interne (IHP) et une couche externe (OHP). Cette s´eparation en deux couches est justifi´ee par la diff´erence de taille entre les cations et les anions : la taille des cations est consid´eree plus petite que celle des anions, et les cations forment des couches de solvatation en raison du fort dipˆole ion-solvent. Le mod`ele global consid`ere donc trois couches : la couche externe qui contient des cations solvat´es, la couche interne qui contient des anions en contact direct avec le m´etal et la couche diffuse (figure 1.7). Comme la taille des anions d´esolvat´es est plus petite que celle des cations solvat´es, les anions sont plus proches de la surface de l’´electrode, ce qui induit une capacit´e de double couche plus grande pour l’´electrode positive que pour l’´electrode n´egative. Les travaux de Graham l’ont amen´e `a proposer certaines conclusions :
- la capacit´e totale est principalement d´etermin´ee par la capacit´e de la couche compacte dans le cas d’´electrolytes concentr´es ;
- la taille et la polarit´e des ions d´etermine le comportement capacitif de la couche com-pacte ;
- la capacit´e de la couche compacte est ind´ependante de la concentration de l’´electrolyte.
Figure 1.7 – Le mod`ele propos´e par Graham pour d´ecrire la double couche ´
electrochimique [13].
Ces quatre mod`eles de double couche ´electrochimique de nature purement ´ electrostati-que bas´es sur le concept d’´electrode parfaitement polarisable et de distributions id´eales des ions permettent de comprendre un certain nombre de r´esultats exp´erimentaux mais sont trop limit´es pour ´etudier les supercondensateurs carbone-carbone qui nous int´eressent ici. En particulier, ces mod`eles analytiques n´egligent les corr´elations ioniques instantan´ees. Ceci implique entre autres qu’ils ne sont pas adapt´es pour traiter les concentrations
16 CHAPITRE 1. INTRODUCTION : LES SUPERCONDENSATEURS
exp´erimentales autour de 1M. De plus, tous ces mod`eles consid`erent une ´electrode plane alors que les ´electrodes performantes de supercondensateurs sont poreuses. Un mod`ele propos´e par Kornyshev en 2007 [15] pour mieux d´ecrire les liquides ioniques `a l’interface avec une ´electrode m´etallique a raviv´e les d´eveloppements sur cette th´ematique. Quelques ann´ees plus tard, Kondrat et Kornyshev [16] ont introduit l’id´ee de porosit´e et de confi-nement, ce qui les a conduit `a sugg´erer l’existence d’un ´etat “superionique”. Grˆace `a l’´ecrantage des charges ioniques par les charges des ´electrodes, des ions de charge ´egale peuvent ˆetre premiers voisins. La v´erification de l’existence de cet ´etat sera discut´ee dans la suite de chapitre.
1.2.3
Les ´
el´
ements constitutifs des supercondensateurs
Parmi les composants des supercondensateurs repr´esent´es dans la figure 1.5, deux ´
el´ements constitutifs sont particuli`erement d´eterminants pour les performances de ces syst`emes, il s’agit des ´electrodes et de l’´electrolyte.
Les ´electrodes
Les ´electrodes sont le lieu o`u les charges ´electroniques s’accumulent, en r´eponse `a l’adsorption des ions, et sont donc des ´el´ements essentiels des supercondensateurs. De plus, les ´electrodes font le lien entre l’interface solide / ´electrolyte et le circuit ´electrique ext´erieur via les collecteurs de courant. Le carbone est le mat´eriau le plus utilis´e `a l’heure actuelle grˆace `a ces propri´et´es attractives : il est stable ´electrochimiquement, il est peu cher et c’est un bon conducteur ´electronique. Par ailleurs, le carbone existe sous diff´ eren-tes formes, qui d´ependent notamment du proc´ed´e du synth`ese, ce qui permet d’envisager des optimisations. La figure 1.8 montre certaines structures de carbone qui peuvent ˆetre utilis´ees comme ´electrodes.
Figure 1.8 – Tableau pr´esentant diff´erentes structures de carbones pouvant ˆetre utilis´ees comme ´electrode et leurs caract´eristiques (figure extraite de [4] et adapt´ee de [17]).
1.2. LES SUPERCONDENSATEURS ET LEUR FONCTIONNEMENT 17
Les oignons de carbones [18,19]
Les oignons de carbones sont des nanoparticules quasiment sph´eriques constitu´ees de fuller`enes imbriqu´es les uns dans les autres. Ils sont caract´eris´es par une faible surface sp´ecifique qui est de l’ordre de 500-600 m2.g−1 et qui est tr`es accessible, ce qui favorise l’adsorption / d´esorption rapide de l’´electrolyte et donc de grandes densit´es de puissance.
Les nanotubes de carbones [17,20,21]
Les nanotubes de carbones sont constitu´es de feuillets de carbone hybrid´es sp2,
en-roul´es sur eux-mˆemes, ce qui donne des cylindres coaxiaux dans le cas des nanotubes multi-feuillets. Leur surface sp´ecifique peut atteindre 1000 m2.g−1. Ils peuvent ˆetre
ou-verts ou ferm´es `a leur extr´emit´e, ce qui va impacter la surface accessible et donc la capacit´e.
Le graph`ene [20,22,23]
Le graph`ene est une forme de carbone bidimensionnelle avec une structure cristal-lographique hexagonale, il poss`ede de bonnes propri´et´es physico-chimiques, une bonne conductivit´e ´electrique, une bonne stabilit´e ´electrochimique et une grande surface sp´ eci-fique de l’ordre de 2500 m2.g−1. Le principal probl`eme associ´e `a l’utilisation du graph`ene pour des ´electrodes macroscopiques est sa faible densit´e volumique.
Les carbones activ´es [17,24–26]
Les carbones activ´es sont des structures tridimensionnelles poreuses, d´esordonn´ees, caract´eris´ees par des tailles de pores variables (des micropores, des m´esopores et des ma-cropores), d’o`u la grande surface sp´ecifique qu’ils pr´esentent, qui est de l’ordre de 2000 m2.g−1. Cette propri´et´e permet `a ces carbones d’atteindre des valeurs ´elev´ees de capacit´e
´
electrique de l’ordre de 200 F.g−1. Le proc´ed´e de synth`ese de ces structures, par action d’un acide `a haute temp´erature, peut engendrer des impuret´es au niveau de la surface du carbone qui vont influencer directement les performances des supercondensateurs.
Les carbones d´eriv´es de carbures m´etalliques (CDC) [27–30]
Les carbones d´eriv´es de carbures m´etalliques sont aussi des structures de carbone d´esordonn´ees. Leur avantage r´eside dans leur distribution de la taille des pores qui est plus ´etroite que celle des carbones activ´es et qui peut ˆetre contrˆol´ee `a partir du choix de la m´ethode et de la temp´erature de synth`ese. Le contrˆole de la taille des pores `a partir de la temp´erature de synth`ese permet aussi de contrˆoler la surface sp´ecifique. Ces mat´eriaux sont performants et sont de bons mod`eles pour l’optimisation des propri´et´es ´electriques.
R´epliques carbon´ees de z´eolites [31–36]
struc-18 CHAPITRE 1. INTRODUCTION : LES SUPERCONDENSATEURS
tures de carbone ordonn´ees `a l’´echelle m´esoscopique obtenues par une synth`ese en deux ´
etapes principales : 1) l’impr´egnation des pr´ecurseurs de carbone dans les pores de la z´eolite initiale, puis 2) l’´elimination de la z´eolite mod`ele par action d’un acide fort. La figure 1.9illustre les deux ´etapes permettant l’obtention de la structure ZTC. `A partir de cette m´ethode, des ZTC avec des g´eom´etries vari´ees ont ´et´e ´elabor´ees, la structure la plus connue est la structure cubique “Faujasite Zeolite-Templated” (FAU-ZTC). En g´en´eral, ces structures poss`edent une grande porosit´e, une grande surface sp´ecifique ainsi qu’une forte robustesse.
Figure 1.9 – Principe de la synth`ese de mat´eriaux carbon´es par la m´ethode “r´eplique de z´eolite” [32]. Reproduit avec permission. Copyright 2007, American Chemical Society.
Les structures de carbones de type FAU et CDC font l’objet d’´etudes sp´ecifiques dans cette th`ese, en comparaison avec des structures de carbone plus ordonn´ees. La description d´etaill´ee des structures mod´elis´ees est donn´ee dans le 2`eme chapitre.
Les ´electrolytes
L’´electrolyte assure la conductivit´e ´electrique au sein du supercondensateur grˆace aux ions mobiles qui peuvent migrer d’une ´electrode `a l’autre. Le choix de l’´electrolyte est bas´e sur plusieurs crit`eres importants : sa fenˆetre de stabilit´e ´electrochimique, sa conductivit´e ionique, sa viscosit´e, sa mobilit´e ionique, etc... Il existe trois types d’´electrolytes utilis´es dans les supercondensateurs : les ´electrolytes aqueux (sel + eau), les ´electrolytes orga-niques (sel + solvant organique) et les liquides ioorga-niques purs (sel liquide `a temp´erature ambiante, sans solvant). Le tableau 1.1 ci-dessous regroupe quelques caract´eristiques de chaque ´electrolyte [4].
´
Electrolytes aqueux
Les ´electrolytes aqueux sont constitu´es d’un sel dissous dans l’eau, et peuvent avoir, selon la nature des anions et des cations, un caract`ere acide, basique ou neutre. L’augmen-tation de la concentration en sel permet une augmenL’augmen-tation de la conductivit´e ionique qui peut d´epasser 400 mS.cm−1. Les ´electrolytes aqueux peuvent fonctionner `a temp´erature relativement mod´er´ee, entre 5◦C et 80◦C. De plus, ils ne sont pas inflammables, et peu chers. L’inconv´enient majeur de ce type d’´electrolyte, est sa fenˆetre de stabilit´e ´ electro-chimique r´eduite, de l’ordre de 0.9 V, qui est limit´ee par la d´ecomposition de l’eau. Ceci
1.2. LES SUPERCONDENSATEURS ET LEUR FONCTIONNEMENT 19
´
Electrolytes Electrolytes´ Electrolytes´ Liquides et caract´eristiques aqueux organiques ioniques
Fenˆetre
faible ∼ 0.9 V mod´er´ee ∼ 2.7 V ´elev´ee ∼ 3 `a 5 V ´electrochimique (V) Conductivit´e 400 60 0.1 `a 20 ionique (mS.cm−1) Temp´erature 5 `a 80 -30 `a 80 -50 `a 100 de fonctionnement (◦C)
Commentaires facile d’utilisation, cher et parfois viscosit´e ´elev´ee, g´en´eraux sˆur, peu cher toxique conductivit´e faible
Table 1.1 – Caract´eristiques des diff´erents ´electrolytes utilis´es dans les supercondensa-teurs carbone-carbone [4].
est probl´ematique car l’´energie stock´ee d´epend de la tension de fonctionnement du super-condensateur (cf. ´equation 1.1) qui est alors limit´ee.
´
Electrolytes organiques
Les ´electrolytes organiques sont constitu´es d’un sel dissous dans un solvant organique polaire tel que l’ac´etonitrile (ACN) ou le carbonate de propyl`ene (PC). Ceci augmente la fenˆetre de stabilit´e ´electrochimique qui peut atteindre 2.7 V. Les solvants organiques ont en g´en´eral un pouvoir solvant moins important que l’eau, ce qui va engendrer une plus grande viscosit´e, une plus faible conductivit´e ionique (60 mS.cm−1) et donc une grande r´esistance. Parmi leurs inconv´enients, ils sont aussi plus chers que les ´electrolytes aqueux, et souvent inflammables et toxiques. Toutefois, leurs propri´et´es interm´ediaires entre les ´
electrolytes aqueux et organiques en font des ´electrolytes tr`es utilis´es commercialement.
Liquides ioniques
Les liquides ioniques sont constitu´es d’un sel liquide `a temp´erature ambiante sans pr´esence de solvant. La conductivit´e ionique de ce type d’´electrolyte est souvent faible, de l’ordre de 0.1 mS.cm−1`a 20 mS.cm−1. Ceci est dˆu notamment `a de fortes interactions entre les ions. Le principal avantage des liquides ioniques est leur grande fenˆetre ´electrochimique de 3 V `a 5 V. L’ajout d’une mol´ecule organique polaire, mˆeme en faible quantit´e, permet d’augmenter la conductivit´e ionique et d’abaisser la viscosit´e [37–39].
Dans cette th`ese, nous nous focalisons sur les liquides ioniques purs, tr`es int´eressants d’un point de vue fondamental, et qui nous permettent d’´etudier des potentiels relative-ment ´elev´es (1V, 2V, 3V).
20 CHAPITRE 1. INTRODUCTION : LES SUPERCONDENSATEURS
1.2.4
L’´
energie et la puissance stock´
ees dans un
supercondensa-teur
L’´energie et la puissance sont les deux caract´eristiques qui d´eterminent la performance d’un supercondensateur. L’´energie est donn´ee, comme pour les condensateurs convention-nels, par :
E = 1 2CU
2. (1.5)
La puissance est quant `a elle :
P = U
2
4R. (1.6)
o`u U , R, et C sont respectivement la diff´erence de potentiel appliqu´ee, la r´esistance et la capacit´e.
`
A partir de ces deux ´equations nous pouvons constater que l’´energie et la puissance d’un supercondensateur d´ependent de plusieurs param`etres : la diff´erence de potentiel appliqu´ee, la r´esistance ´electrique et la capacit´e. Le potentiel maximal appliqu´e est li-mit´e et d´epend notamment de la nature de l’´electrolyte. Tout d´epassement de la fenˆetre de stabilit´e ´electrochimique de l’´electrolyte va engendrer des r´eactions d’oxydor´eduction avec en particulier la d´ecomposition, souvent irr´eversible de l’´electrolyte. La r´esistance ´
electrique correspond `a toutes les r´esistances des composants constituant le superconden-sateur ainsi que les interfaces entre ces composants. D’une mani`ere g´en´erale, il faut choisir des composants avec une faible r´esistance interne et veiller `a optimiser les contacts aux interfaces. La capacit´e est la quantit´e de charge accumul´ee dans une ´electrode soumise `a une diff´erence de potentiel donn´ee. L’optimisation de cette propri´et´e repose sur l’optimisa-tion de la s´eparation des charges ioniques au sein de l’´electrode. La capacit´e d´epend d’un grand nombre de param`etres : la structure de l’´electrode, la taille des pores de l’´electrode, la composition de la surface de l’´electrode ainsi que la nature de l’´electrolyte.
Dans la prochaine partie, nous d´ecrivons les diff´erents travaux exp´erimentaux et th´ eo-riques effectu´es dans le but d’optimiser la capacit´e.
1.3
L’optimisation des supercondensateurs
Afin d’optimiser la densit´e d’´energie des supercondensateurs, de nombreuses ´etudes ont ´et´e effectu´ees dans le but d’augmenter la capacit´e ´electrique, en jouant sur certains “descripteurs”. Ici, nous allons pr´esenter deux types de descripteurs : i) les descripteurs physiques de la structure, tels que la taille des pores de l’´electrode ; ii) les descripteurs chimiques, tels que la pr´esence de groupes fonctionnels sur la surface de l’´electrode, qui permet notamment de changer la nature des interactions entre l’´electrode et l’´electrolyte.
1.3.1
Propri´
et´
es physiques : la structure et la taille des pores
La capacit´e de l’interface ´electrode/´electrolyte d´epend largement de la quantit´e d’ions adsorb´es `a la surface de l’´electrode. La pr´esence de pores augmente syst´ematiquement la surface sp´ecifique, mais pas forcement la surface accessible par l’´electrolyte. C’est ce qui a1.3. L’OPTIMISATION DES SUPERCONDENSATEURS 21
´
et´e montr´e, par exemple, par Lin et al. [40] qui ont ´etudi´e des carbones ´elabor´es par voie sol-gel ayant diff´erentes tailles de pores (des micropores et des m´esopores). Ils ont montr´e que les micropores ne sont pas accessibles aux ions et ne contribuent pas `a la capacit´e. La mˆeme tendance a ´et´e observ´ee dans les travaux de Endo et al. [41] sur une vari´et´e de carbones activ´es qui ont montr´e ´egalement que la capacit´e variait non lin´eairement en fonction de la surface sp´ecifique dans des mat´eriaux contenant un m´elange de micropores et de mesopores (figure 1.10). De plus, leurs r´esultats indiquent que les ´electrolytes aqueux permettent d’obtenir de plus grandes capacit´es que les ´electrolytes organiques, ce que les auteurs expliquent par la taille des ions solvat´es, plus petite dans l’eau que dans un solvant organique. Suivant ces r´esultats et ceux de travaux similaires [42–44], les mat´eriaux microporeux ont ´et´e d´elaiss´es pendant un temps.
Figure 1.10 – Un ensemble de r´esultats exp´erimentaux montrent une non lin´earit´e de la capacit´e en fonction de la surface sp´ecifique pour l’´electrolyte aqueux [H2SO4-H2O] et
l’´electrolyte organique [LiClO4-PC] [41]. Reproduit avec permission. Copyright 2001, The
Electrochemical Society.
En 2006, un certain nombre de travaux ont d´ementi l’hypoth`ese que les ions ne pou-vaient pas entrer dans des micropores. Frackowiak et al. [45], ont synth´etis´e une s´erie de carbone activ´es par la technique de r´eplique carbon´ee en utilisant une silice m´esoporeuse comme substrat et montr´e l’existence d’une corr´elation lin´eaire entre la capacit´e et le volume des micropores. Dans ces mat´eriaux, il semble que les ultramicropores de taille inf´erieure `a 0.7 nm participent `a la formation de la double couche ´electrochimique, `a condition qu’ils soient `a proximit´e de mesopores avec un diam`etre de 3 nm ou plus. Wang et al. [46] ont quant `a eux observ´e la n´ecessit´e de l’interconnexion de pores de diff´erentes tailles pour que l’´electrolyte puisse entrer dans les micropores. La taille des ions solvat´es ´etant plus importante que la taille des pores, l’adsorption des ions dans les micropores implique une modification, d´eformation et/ou diminution du nombre de mol´ecules de solvant, de la couche de solvatation ainsi qu’un impact au niveau des pro-pri´et´es dynamiques [47–49].
22 CHAPITRE 1. INTRODUCTION : LES SUPERCONDENSATEURS
`
A la mˆeme p´eriode, Chmiola et al. [50] ont test´e des carbones d´eriv´es de carbures comme mat´eriaux d’´electrodes de supercondensateurs avec l’acide sulfurique H2SO4
com-me ´electrolyte. Comme mentionn´e pr´ec´edemment, ces carbones poreux constituent de bons mat´eriaux mod`eles car leur distribution de la taille des pores est ´etroite et contrˆolable grˆace aux conditions de synth`ese. Ils ont montr´e que la capacit´e refl`ete ´etroitement l’aug-mentation de la surface microporeuse pour les mat´eriaux TiC-CDC (carbones d´eriv´es de TiC) et ZrC-CDC (carbones d´eriv´es de ZrC). De plus, pour ces carbones, l’augmentation du volume des pores de taille inf´erieure `a 2 nm augmente la capacit´e sp´ecifique, tandis que l’augmentation du volume des pores de taille sup´erieure `a 2 nm a un effet n´egatif sur la capacit´e. Ce qui montre que non seulement les micropores participent `a la construc-tion de la double couche ´electrique mais qu’ils sont en plus b´en´efiques. Une autre ´etude de Chmiola et al. [30] sur les TiC-CDC en pr´esence de [NEt4][BF4] dans l’ac´etonitrile a
montr´e que les pores de taille inf´erieure `a 1 nm participent largement `a la capacit´e. En fait, les carbones d´eriv´es de carbure ont permis d’atteindre des capacit´es in´egal´ees jusqu’alors de 140 F.g−1. `A la mˆeme ´epoque, des augmentations de capacit´e remarquables ont aussi ´
et´e mesur´ees pour des carbones activ´es plus classiques [51], ce qui montre la g´en´eralit´e de la performance des nanopores pour le stockage d’´energie. Ce r´esultat a g´en´er´e beaucoup de travaux de recherche pour comprendre les m´ecanismes du stockage de charge au sein des pores nanom´etriques, et comprendre les transitions structurales et dynamiques des ´
electrolytes confin´es dans les nanopores.
Figure 1.11 – Capacit´e en fonction de la taille de pore moyenne pour diff´erents types de carbones [30]. Reproduit avec permission. Copyright 2006, AAAS.
1.3. L’OPTIMISATION DES SUPERCONDENSATEURS 23
diff´erents types de carbones. Dans la zone I, qui correspond aux m´esopores de taille sup´erieure `a 2 nm, la capacit´e augmente avec la taille de pore. Lorsque la taille de pore diminue, dans la zone II, la quantit´e d’ions adsorb´es diminue avec une conservation de la couche de solvatation ce qui fait diminuer la capacit´e. Dans la zone I, o`u la taille des pores est inf´erieure `a 1 nm, la diminution de la taille des pores engendre une grande augmentation de capacit´e.
Des ´etudes th´eoriques par simulation mol´eculaire ont ´et´e effectu´ees sur l’adsorption d’´electrolytes (liquides ioniques et sels dissous dans des solvants organiques) sur des sur-faces comme celles du graphite, du quartz et du sapphire [52–56], ainsi que dans des na-nopores avec des g´eom´etries bien particuli`eres comme des nanopores cylindriques [57,58] et des nanopores en fente [58,59]. Ces ´etudes ont fourni des informations importantes sur le comportement et les propri´et´es des ´electrolytes aux interfaces et lorsqu’ils sont confin´es `
a l’int´erieur des pores de simples g´eom´etrie.
Singh et al. [60,61] ont ´etudi´e les propri´et´es dynamiques et structurales du liquide ionique [BMIM[PF6] confin´e dans des nanotubes de carbone multi-feuillets (MWCNTs) et
dans des pores en fente `a diff´erentes temp´eratures (voir figure1.12). La structure des pores affecte l’´etat structural de la double couche ´electrochimique et les propri´et´es dynamiques de l’´electrolyte. Ces auteurs ont montr´e aussi qu’au sein des pores, la structure et la dy-namique locale des ions sont tr`es h´et´erog`enes et d´ependent fortement de la distance entre ces ions et la surface du solide. Les ions qui se trouvent au centre des pores poss`edent une dynamique et un temps de relaxation similaires aux ions dans le bulk. En revanche, la dynamique des ions ralentit et les temps de relaxation augmentent sensiblement pour les ions proches des parois solides.
Figure 1.12 – Simulations de liquide ionique confin´e a) dans des pores en fente et b) dans des nanotubes de carbone multi-feuillets [60,61]. Reproduit avec permission. Copyright 2010-2011, American Chemical Society.
Singh et al. ont aussi analys´e les fonctions de distribution radiale, g(r), qui corres-pondent `a la probabilit´e de trouver une paire d’atomes `a une distance r, par rapport `a la probabilit´e estim´ee pour une distribution compl`etement al´eatoire `a la mˆeme densit´e. Cette analyse sugg`ere que les h´et´erog´en´eit´es dynamiques observ´ees sont li´ees `a des cara-ct´eristiques structurelles. En effet, les g(r) des ions au centre du pore sont similaires `a
24 CHAPITRE 1. INTRODUCTION : LES SUPERCONDENSATEURS
celles du liquide ionique non confin´e, mais des diff´erences marqu´ees existent avec celles des ions confin´es dans les premi`ere et deuxi`eme couches adsorb´ees `a la surface du solide. Nav et al. [62] ont fait des observations diff´erentes. Ils ont travaill´e sur le liquide ionique [EMIM][TFSI] adsorb´e dans des pores en fente et ont montr´e que la variation de la taille des pores et de la quantit´e des ions confin´es (“pore loading”) induisait un l´eger changement au niveau de la structure locale du liquide par rapport au bulk. D’autre part, lorsque la densit´e ρ des ions confin´es est ´egale `a 0.8ρbulk leur diffusion devient plus importante que
celles des ions non confin´es.
Un travail r´ecent de Futamura et al. [63], combinant exp´eriences et th´eorie, a confirm´e que le nano-confinement du liquide ionique [EMIM][TFSI] entre des couches de graph`ene (“bilayer graphene nanochannel”, BLGC) brise partiellement l’organisation du liquide et forme un ´etat superionique comme cela avait ´et´e propos´e par Kondrat et Kornyshev [16]. Afin d’´evaluer le rˆole des propri´et´es thermodynamiques sur le comportement du liquide ionique confin´e dans le BLGC, Wang et al. [64] ont r´ealis´e des simulations mol´eculaires de ce liquide ionique entre deux couches de graph`ene non charg´ees, et ont fait varier la distance entre ces deux couches, not´ee H (figure 1.13). Ils ont montr´e que lorsque la
dis-Figure 1.13 – Simulations mol´eculaires des propri´et´es thermodynamiques du liquide io-nique confin´e [EMIM][TFSI] en fonction de la taille de pore H [64]. Reproduit avec per-mission. Copyright 2019, Royal Society of Chemistry.
tance entre les deux plans de graphite diminue de 5 nm `a 0.75 nm, le liquide confin´e forme diff´erentes structures telles qu’une structure d´esordonn´ee, une structure bi-couche et finalement une structure mono-couche. Pour la taille de pore H = 0.75 nm, le liquide ionique est caract´eris´e par une forte structuration proche de celle du liquide ionique cris-tallis´e (faible entropie, faible coefficient de diffusion). Lorsque la distance H augmente, l’adsorption entre les surfaces de graph`ene augmente et les propri´et´es du liquide ionique au milieu du pore tendent vers les propri´et´es du liquide ionique bulk.
1.3. L’OPTIMISATION DES SUPERCONDENSATEURS 25
supercondensateurs mod`eles [65–67], les nanopores de carbone jouent un rˆole pr´edominant dans la r´eponse capacitive. L’absence d’overscreening, la r´eduction de la distance ion-carbone ainsi que la d´esolvatation expliquent l’augmentation de la capacit´e dans les pores nanom´etriques [65,68–71]. Pourtant il reste des questions ouvertes, par exemple : a-t-on atteint la capacit´e maximale ? Certains auteurs pr´edisent une capacit´e de 500 F.g−1 [72] qui est une valeur bien sup´erieure aux r´esultats actuels. La question qui se pose alors est de savoir s’il existe des structures de carbone permettant d’avoir une capacit´e ´electrique plus grande.
1.3.2
Propri´
et´
es chimiques des carbones : la fonctionnalisation
des ´
electrodes
Comme nous avons pu le voir, la taille des pores a une forte influence sur les pro-pri´et´es dynamiques et structurales des ions confin´es et donc un impact sur la capacit´e. Ici, nous nous int´eressons `a un autre facteur d´eterminant : la composition de la surface des pores. En effet, la pr´esence de groupements chimiques sur la surface peut modifier significativement la densit´e et la dynamique des ions dans les pores via des interactions intermol´eculaires et des r´epulsions st´eriques [73], ce qui va aussi avoir un impact sur les propri´et´es ´electrochimiques. Ceci est un sujet important `a aborder car de nombreux car-bones exp´erimentaux poss`edent des groupements fonctionnels, parfois mal contrˆol´es et mal caract´eris´es.
Plusieurs ´etudes ont ´et´e effectu´ees afin de d´eterminer l’influence de la composition de surface sur la capacit´e et les propri´et´es dynamiques et structurales, en comparant des syst`emes fonctionnalis´es et non fonctionnalis´es. L’ajout d’oxyg`ene sur la surface de car-bones de type CDC, par exemple, engendre une augmentation significative de la diffusion des ions du liquide ionique [EMIM][TFSI]. C’est ce qui a ´et´e montr´e par Dyatkin et al. [74] en utilisant la diffusion quasi-´elastique des neutrons (Quasi-Elastic Neutron Scattering, QENS) et la diffusion in´elastique des neutrons (Inelastic Neutron Scattering, INS). L’ex-plication propos´ee est que les parois des pores riches en oxyg`ene sont plus ionophiles que le carbone, c’est-`a-dire qu’ils attirent plus fortement les ions. Plus particuli`erement, il semble que les anions soit plus attir´es par les parois mais que les cations soient plus expuls´es sous des potentiels proches de z´ero. Globalement les densit´es ioniques sont plus faibles et permettent aux mol´ecules d’´electrolyte de diffuser plus rapidement. Pour les carbones non fonctionnalis´es, la configuration des ions sur les surfaces permet une plus grande compaction. Cet arrangement augmente les densit´es locales, ce qui limite les mou-vements des ions. La figure1.14 sch´ematise l’effet de l’oxyg`ene sur l’arrangement des ions dans les pores de carbones de type CDC.
Cette modification des propri´et´es dynamiques et structurales en pr´esence de groupes fonctionnels, qui conduit `a l’optimisation de la capacit´e, a ´et´e observ´ee dans plusieurs travaux [75–77]. Il existe cependant des observations contradictoires montrant que l’ajout de groupes hydroxyles sur une surface de graph`ene affecte n´egativement la capacit´e [78]. Ceci n’est pas forc´ement surprenant car la densit´e et la dynamique des ions confin´es d´ependent des interactions intermol´eculaires qui sont sp´ecifiques `a chaque combinaison ´
26 CHAPITRE 1. INTRODUCTION : LES SUPERCONDENSATEURS
Figure 1.14 – Repr´esentation sch´ematique a) d’une coupe transversale et b) d’une vue de dessus du liquide [EMIM][TFSI] confin´e dans un pore de carbone non fonctionnalis´e. c)d) Mˆeme repr´esentations pour un pore fonctionnalis´e. Les atomes de carbone sont en gris, les atomes d’hydrog`ene en blanc, les atomes d’oxyg`ene en rouge, les atomes de fluor en violet, les atomes d’azote en bleu et les atomes de soufre en jaune [74]. Reproduit avec permission. Copyright 2016, American Chemical Society.
1.4
Conclusion et objectifs
Dans ce chapitre nous avons d´ecrit le principe de fonctionnement d’un superconden-sateur et ses diff´erents composants qui d´eterminent les performances ´electrochimiques du syst`eme en terme d’´energie et de puissance. Nous avons aussi introduit des mod`eles analytiques permettant de comprendre en partie la double couche ´electrochimique, et nous avons pr´esent´e quelques travaux abordant les param`etres ayant des impacts majeurs sur le comportement des ´electrolytes confin´es et donc sur les propri´et´es ´electrochimiques. Au niveau des descripteurs physiques nous avons montr´e que ce ne sont pas seulement les m´esopores qui contribuent `a la capacit´e, mais aussi les pores de taille nanom´etrique. Concernant les descripteurs chimiques nous avons montr´e que la nature chimique de la surface a une influence sur les propri´et´es structurales et dynamiques de l’´electrolyte, ce qui impacte notamment la capacit´e.
Dans ce travail de th`ese, nous avons explor´e les relations structures-propri´et´es `a l’in-terface carbone-´electrolyte en vue de fournir des informations pour r´epondre aux ques-tions suivantes. Quels param`etres pr´ecis d’une structure carbon´ee influent sur les pro-pri´et´es du liquide confin´e et sur la capacit´e ? Est-il possible de pr´edire les performances ´
electrochimiques d’un supercondensateur carbone-carbone sans r´ealiser de simulations ? Pour ce faire, nous avons r´ealis´e des simulations de dynamique mol´eculaire classique pour d´eterminer les propri´et´es dynamiques et structurales d’un certain nombre de sys-t`emes. Le premier type de syst`emes correspond `a un carbone neutre en contact avec un liquide ionique. Ceci nous a permis d’explorer un grand nombre de structures carbon´ees
1.4. CONCLUSION ET OBJECTIFS 27
pour essayer de rationaliser, grˆace `a une ´etude syst´ematique, les quantit´es d’ions adsorb´es et la diffusion des ions en milieu confin´e. Nous avons ´etudi´e en particulier des carbones poreux de structure ordonn´ee, non ´etudi´es auparavant, qui sont l’´el´ement manquant entre les structures trop simples, telles que les structures planes et les nanotubes, et les struc-tures d´esordonn´ees r´ealistes. Nous avons fait varier syst´ematiquement certains descripteurs g´eom´etriques, tels que la taille des pores et la taille des ions. Ce mˆeme type de syst`emes nous a permis d’´etudier l’influence de certains groupements fonctionnels de surface (-O et -H) sur les propri´et´es du liquide ionique confin´e. Nous avons effectu´e des simulations avec des carbones de type Zeolite Templated Carbons , de structure ordonn´ee, avec
et sans groupes fonctionnels. Enfin, pour une ´etude sur la capacit´e ´electrique nous avons r´ealis´e des simulations pour un deuxi`eme type de syst`emes correspondant `a des super-condensateurs mod`eles constitu´es de deux ´electrodes en contact avec un liquide ionique. Nous nous sommes concentr´es sur des ´electrodes de structures diff´erentes mais ayant une mˆeme densit´e et une mˆeme taille de pore moyenne. L’un des supercondensateurs a des ´
29
Chapitre 2
Dynamique mol´
eculaire et syst`
emes
´
etudi´
es
Sommaire
2.1 La dynamique mol´eculaire classique . . . 30
2.1.1 Le concept de la dynamique mol´eculaire classique. . . 30
2.1.2 Le champ de force . . . 33
2.1.3 Les conditions aux limites p´eriodiques . . . 34
2.1.4 La sommation d’Ewald . . . 36
2.1.5 Les ensembles thermodynamiques. . . 37
2.1.6 Simulations `a charge constante et `a potentiel constant . . . 38
2.2 Calcul de propri´et´es statiques et dynamiques . . . 39
2.2.1 Densit´e . . . 40
2.2.2 Quantit´e totale d’ions adsorb´es . . . 41
2.2.3 Fonctions de distribution radiale . . . 41
2.2.4 Coefficients de diffusion . . . 41
2.3 Mod`eles d’´electrolytes et de carbones poreux . . . 43
2.3.1 Description de l’´electrolyte par un mod`ele gros grains . . . 43
2.3.2 La mod´elisation des carbones poreux . . . 44
2.4 Configurations et param`etres g´en´eraux des syst`emes simul´es 48
2.4.1 Les syst`emes de type ´electrolyte/carbone/´electrolyte . . . 48
2.4.2 Les syst`emes de type ´electrode/´electrolyte/´electrode . . . 51
2.5 Discussion sur la simplicit´e des mod`eles choisis . . . 53
2.5.1 Discussion sur l’utilisation d’un mod`ele gros grains . . . 53
2.5.2 Discussion sur la rigidit´e du carbone . . . 54
30 CHAPITRE 2. DYNAMIQUE MOL´ECULAIRE ET SYST`EMES ´ETUDI´ES
2.1
La dynamique mol´
eculaire classique
La mod´elisation mol´eculaire correspond `a un ensemble de m´ethodes, bas´ees sur la description des mol´ecules et de leurs interactions, qui permettent de simuler les pro-pri´et´es structurales, dynamiques et thermodynamiques de la mati`ere sous forme gazeuse ou condens´ee. Il existe deux types de distinctions principales au sein des simulations mol´eculaires. On discerne les simulations “statiques” et “dynamiques” d’une part, et les simulations “ab initio” et “classiques” d’autre part. Les simulations statiques concernent principalement des optimisations de g´eom´etrie et des calculs d’´energie, et sont souvent utilis´ees pour ´evaluer la stabilit´e de diff´erents mat´eriaux ou esp`eces. Les simulations dy-namiques visent `a explorer les multiples configurations microscopiques correspondant `a un ´
etat macroscopique et `a d´eterminer un certain nombre de propri´et´es structurales, dyna-miques et thermodynadyna-miques. Ces deux types de simulations n´ecessitent la d´etermination des forces existant entre les esp`eces simul´ees, celle-ci peut se faire suivant des m´ethodes dites ab initio ou classiques. Pour les m´ethodes ab initio, les ´electrons sont pris en compte ce qui permet des calculs plus pr´ecis mais implique des temps de calculs plus longs. Pour les m´ethodes classiques, aussi appel´es m´ethodes de m´ecanique mol´eculaire, les forces sont d´ecrites de mani`ere plus ou moins empirique `a l’´echelle des atomes, sans prendre en compte les ´electrons, ce qui permet d’acc´el´erer les calculs.
Le choix d’une m´ethode de simulation mol´eculaire repose sur la taille du syst`eme que l’on souhaite ´etudier ainsi que sur les informations que l’on souhaite pouvoir calculer. Dans notre cas, nous souhaitons simuler plusieurs centaines de mol´ecules et plusieurs milliers d’atomes de carbone pour pouvoir d´eterminer la structure locale et les coefficients de diffusion de mol´ecules confin´ees. Faire des calculs au niveau quantique serait donc inaccessible et nous nous sommes tourn´es vers la dynamique mol´eculaire classique.
2.1.1
Le concept de la dynamique mol´
eculaire classique
La dynamique mol´eculaire consiste `a simuler le mouvement temporel de N particu-les [79,80], de fa¸con d´eterministe, en int´egrant explicitement la deuxi`eme loi de Newton pour l’ensemble de ces particules. L’´equation du mouvement de Newton pour chaque particule i du syst`eme peut s’´ecrire de la mani`ere suivante :
− →
Fi = mi−→ai (2.1)
o`u −→Fi, mi et −→ai sont respectivement la force qui agit sur la particule au temps t, sa
masse et son acc´el´eration. La force agissant sur la particule i est la cons´equence de toutes les interactions entre cette particule i et les autres particules constituant le syst`eme. Autrement dit, c’est le gradient de l’´energie potentielle, U , qui est donn´e par :
d2−→r i dt2 = − X j6=i ∇U (−r→ij) (2.2)
Les interactions entre les diff´erentes particules sont d´ecrites par un certain nombre d’ex-pressions, le plus souvent analytiques, et de param`etres. L’ensemble de ces expressions
2.1. LA DYNAMIQUE MOL´ECULAIRE CLASSIQUE 31
et param`etres constituent un champ de force. Le choix de celui-ci d´epend essentiellement de la nature du syst`eme ´etudi´e. En g´en´eral, on cherche `a avoir des interactions les plus r´ealistes possibles tout en limitant le coˆut en temps de calcul.
Pour d´eterminer la trajectoire des particules, il s’agit d’int´egrer num´eriquement les ´
equations diff´erentielles correspondant aux particules. Le pas d’int´egration, ou pas de temps, est alors un param`etre important des simulations. Au cours de l’int´egration des ´
equations du mouvement, il est essentiel que l’´energie, la quantit´e de mouvement et le moment angulaire du syst`eme soient conserv´es. La r´eversibilit´e du temps doit aussi ˆetre v´erifi´ee puisque la dynamique mol´eculaire classique est une m´ethode d´eterministe. L’un des algorithmes qui satisfait les conditions de conservation et de r´eversibilit´e du temps est l’algorithme de Verlet [81], propos´e en 1967, qui est l’un des plus utilis´es encore ac-tuellement. Soit un syst`eme de N particules identiques o`u chaque particule poss`ede une position −→ri, avec
−→ rN = (−→r
1, −→r2, −→r3....−r→N) l’ensemble des vecteurs de position. En faisant le
d´eveloppement de Taylor pour une particule i `a l’instant t + δt, on obtient :
− →r i(t + δt) = −→ri(t) + d−→ri(t) dt .δt + d2−→ri(t) dt2 . δt2 2 + d3−→ri(t) dt3 . δt3 6 + o(δt 4 ) (2.3)
De la mˆeme mani`ere `a l’instant t − δt : − →r i(t + δt) = −→ri(t) − d−→ri(t) dt .δt + d2−→ri(t) dt2 . δt2 2 − d3−→ri(t) dt3 . δt3 6 + o(δt 4) (2.4)
En faisant la somme de ces deux ´equations, on obtient :
− →r i(t + δt) = 2−→ri(t) − −→ri(t − δt) + d2−→ri(t) dt2 . δt2 2 + o(δt 4) (2.5)
Et en rempla¸cant l’acc´el´eration par son expression en fonction des forces ressenties par la particule i, on obtient : − →r i(t + δt) = 2−→ri(t) − −→ri(t − δt) + − → Fi(t) mi .δt 2 2 + o(δt 4) (2.6)
Grˆace `a l’algorithme ci-dessus, on peut donc calculer la nouvelle position de chaque parti-cule avec une pr´ecision de δt4 `a partir des forces au pas de temps pr´ec´edent et des positions aux deux pas de temps pr´ec´edents. `A partir des positions aux instants t − δt et t + δt, on peut calculer la vitesse `a l’instant t :
−−→ v(t) = − →r i(t + δt) − −→ri(t − δt) 2∆t (2.7)
Il existe d’autres algorithmes qui permettent de calculer les nouvelles positions en fonction de la vitesse. C’est le cas de l’algorithme “Verlet-vitesse” ci-dessous [82] :
− →r i(t + δt) = −→ri(t) + −→vi(t)δt + − → Fi(t) mi .δt 2 2 + o(δt 3) (2.8) − →v i(t + δt) = −→vi(t) + 1 2mi −→ Fi(t) + − → Fi(t + δt) δt + o(δt3) (2.9)