Faire quelque chose de ce qui fait de moi quelque chose. L'autonomie par la médiation des lieux de pouvoir.

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Faire quelque chose de ce qui fait de moi quelque chose.

L’autonomie par la médiation des lieux de pouvoir.

Simon Lemoine

To cite this version:

Simon Lemoine. Faire quelque chose de ce qui fait de moi quelque chose. L’autonomie par la médiation des lieux de pouvoir.. ”Foucault et la question sociale”, May 2017, Paris, France. �hal-01856452�

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Faire quelque chose de ce qui fait de moi quelque chose L’autonomie par la médiation des lieux de pouvoir

Simon Lemoine

Communication donnée en 2017 à l’Université Paris-Est Créteil (Séminaire « Foucault et la question sociale »), à l’Université de Tours (Sciences de l’Éducation) ainsi qu’au lycée de Monaco. Indiquons tout d’abord ce que sont les micro-violences. Elles sont des violences qui sont discrètes, difficilement perceptibles. Et leur discrétion les rend d’autant plus fortes, puisqu’elle rend les représailles difficiles : comment lutter, en effet, contre un ennemi dispersé ? Donnons quelques exemples de micro-violences : un individu fait des remarques à un autre, sur ses vêtements, sa coiffure, ses actions, sa démarche, ses fréquentations, sont travail, etc. ; et ces remarques sont parfois légèrement moqueuses, ou critiques, voire dédaigneuses. Elles sont suffisamment hostiles pour que l’individu visé se mette à douter de lui-même à chaque fois, mais pas assez pour qu’il puisse être certain qu’elles sont intentionnellement hostiles envers lui. Et elle finissent par engendrer de la souffrance – ici du harcèlement moral – si elles sont répétée. La micro-violence n’a l’air de rien, si on la considère de façon isolée. Elle paraît tour à fait anodine, il semble qu’elle ne cherche pas à nous nuire ou à nous instrumentaliser. Pour en repérer la violence, comme dans le cas du harcèlement moral, il faut faire une liste des petites brimades dont on a été l’objet, et seulement ensuite, avec le recul que l’on peut alors prendre devant l’accumulation objective de ces petites violences, il est possible de s’assurer que l’on est bien victime de micro-violences.

La micro-violence ne se borne malheureusement pas aux discours, elle est également présent dans le monde matériel. Ainsi le mobilier anti-SDF peut être qualifié de micro-violent, il ne fait pas directement de mal à la personne qui aurait voulu s’asseoir ou se coucher mais qui ne le peut pas parce que des piques, des plots, du grillage ou des banc avec des accoudoirs centraux ont été installées dans le but de les en empêcher. Ainsi plus largement des aménagements dans les villes peuvent également participer à séparer des populations urbaines et péri-urbaines : parkings payants onéreux, écoles réputées réservées au public de proximité, lieux culturels, bureaux de poste, services de police ou de santé inégalement répartis, etc.

La micro-violence relève également de certains regards qui sont portés sur nous. La surveillance, montre Foucault, est devenue constante, et elle prend la forme notamment de l’examen. L’employé et l’élève, par exemple, sont examinés très régulièrement : on relève les retards, les absences, les performances, les acquis ; on suppose des potentialités, un degré d’investissement, des capacités, des dispositions ; on connaît des éléments de la situation personnelle, etc. Cet examen minutieux et

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répété n’est, en général, pas mal intentionné, mais il peut tout à fait être instrumentalisé. Il sert aujourd’hui largement des intérêts qui ne sont pas ceux des individus. Plus que leur épanouissement, on vise souvent à satisfaire des indicateurs quantitatifs. On veut de la productivité, de l’efficience, de la flexibilité, et même une participation volontaire. L’examen constant auquel nous sommes presque tous soumis, lorsqu’il participe à ces objectifs, relève de micro-violences, car l’individu y est instrumentalisé, il n’est pas la fin des dispositifs.

Il existe encore bien d’autres types de micro-violences, nous en avons évoqué trois : dans les discours, dans l’architecture et dans la surveillance. Pour bien saisir leur grande importance, il faut à présent remarquer qu’elles sont combinées : dans certains lieux de pouvoir, que nous fréquentons tous, nous sommes pris dans des micro-violences d’autant plus efficaces qu’elles sont polymorphes, combinées, hétérogènes. Dans un supermarché, par exemple, je suis à la fois affecté par des discours (la « promotion », le « format familial », le logo qui promet un produit « naturel », « traditionnel » ou « nouveau », le conseil partial du vendeur, etc.), à la fois affecté par les aménagements (de produits ou même des échoppes, sont soumis directement à mon regard, les flux de clients sont savamment gérés pour que l’on suive des circuits allongés, des caisses automatiques sont en place pour me transformer en assistant – bénévole – du magasin, etc.), et je suis à la fois affecté par des regards (regards des caméras, du personnel du magasin et même des autres clients, regards qui me mènent à faire attention à ma conduite : me dépêcher si quelqu’un attend derrière moi, manifester mon honnêteté – ne pas avoir l’air « louche » comme on dit, et même éventuellement collaborer à ce que le magasin s’assure que mon moyen de paiement soit valide1).

Insistons : c’est dans la combinaison de micro-violences d’origines diverses, qu’une violence envers nous est engendrée, à laquelle bien souvent nous ne ripostons pas, puisque précisément on en saisit pas l’origine (trop diffuse).

Je souhaite voir ou revoir maintenant avec vous ce qu’est le Panoptique de Bentham, pour bien montrer qu’il existe depuis le XVIIIe siècle au moins, ce que Foucault appelle une « technologie des individus2 ». Cette technologie a pour but de policer les individus, de les rendre disciplinés,

c’est-à-dire dociles et utiles (les trois mots sont de Foucault). Cette technologie existe toujours de nos jours, et on peut même estimer qu’elle s’est largement améliorée, notamment grâce à l’informatique et à la mise en réseau des informations numériques. Cette technologie des individus existait dans certains lieux avant le XVIIIe siècle, mais au XVIIIe elle va se généraliser, et toucher toute la population. Elle nous intéresse particulièrement, parce qu’elle a le pouvoir de produire largement nos personnalités en nous assignant des identités, et d’encadrer finement nos habitudes. 1 Fournir une ou deux pièces d’identité si je paye par chèque, éviter les grosses coupures,

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Elle est porteuse de micro-violences, et c’est cela qui fait son efficacité, ses actions sont diffuses, innombrables, inlassablement répétées, polymorphes. Dès lors, on finit par les oublier, ou par « faire avec », ou même par les trouver nécessaires.

Le panoptique de Bentham

F décrit le panoptique de Bentham3 dans son ouvrage Surveiller et punir. [décrire le Panoptique]

Le surveillant est caché, le détenu est toujours visible, toujours potentiellement vu. Le détenu est séparé des autres, ce qui évite toutes sortes d’effets de groupe. Le pouvoir fonctionne « automatiquement » (234). Le pouvoir émane ici moins d’une personne [comme le roi] que d’un agencement des corps et des visibilités. N’importe qui peut surveiller. L’usage de la force n’est pas nécessaire. L’individu, pris dans le dispositif panoptique, « devient le principe de son propre assujettissement » (236), parallèlement le pouvoir « tend à l’incorporel ». L’individualisation dans le panoptique a l’intérêt d’éviter, pour les élèves de bavarder et de copier, pour les ouvriers d’être distraits ou de s’unir, pour les malades de propager des maladies et de se soustraire aux traitements, etc. Elle permet également de faire des expériences et de modifier les individus. De nouveaux objets de savoir apparaissent.

Le panoptique est la figure idéale d’un mécanisme de pouvoir polyvalent. « Chaque fois qu'on aura affaire à une multiplicité d'individus auxquels il faudra imposer une tâche ou une conduite, le schéma panoptique pourra être utilisé » (240). Le panoptique doit permettre, selon Bentham (cité par F) de « réformer la morale, préserver la santé, revigorer l'industrie, diffuser l'instruction, alléger les charges publiques, établir l'économie comme sur le roc, dénouer, au lieu de trancher, le nœud gordien4 des lois sur les pauvres, tout cela par une simple idée architecturale » (241). Le schéma

panoptique veut majorer les « forces sociales » (242) (augmenter la production, améliorer la santé, développer l’éducation, moraliser, etc.) en agissant de façon continue et détaillée sur tous, sans violence brusque.

Avec le panoptique, selon F, les dispositifs disciplinaires vont pouvoir se diffuser dans toute la société. On en vient à une « surveillance généralisée » et à une « société disciplinaire » (244). On observe effectivement une multiplication et une homogénéisation des institutions disciplinaires. Sommes-nous, de la même façon que les prisonniers de la prison panoptique, même si c’est à un degré différent, gouvernés par des dispositifs qui nous font prendre des habitudes et même intérioriser des normes ?

3 Le texte de Bentham sur le panoptique est publié en France en 1791.

4 TLF : « Couper, rompre, trancher le nœud gordien. Résoudre brusquement une difficulté par des moyens prompts et énergiques ou par la violence ».

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Introduction

Qui est à l’origine de l’organisation de la société ? L’État, et à travers lui les citoyens ? On peut demander si, aujourd’hui et dans certains pays, le gouvernement des individus ne trouverait curieusement pas moins son principe dans l’État, que dans de nombreux lieux (usine, école, hôpital, caserne, ville, centre commercial, transports en commun, etc.) qui encadrent considérablement nos actions en leur sein. Ces lieux, on peut les nommer, à la suite de Foucault, des « dispositifs de pouvoir ». Ils ont tous un trait commun : ils gouvernent nos conduites imperceptiblement. Parfois cet encadrement est bienvenu : il renforce la sécurité routière, incite à moins polluer, favorise l’assimilation de savoirs, prévient les accidents de travail, etc. Mais souvent cet encadrement est malvenu : il produit des quartiers défavorisés, convertit des inégalités sociales en inégalités scolaires, aliène des travailleurs, etc. Dans un premier temps je vais montrer rapidement comment a lieu cet encadrement, et insister sur le fait qu’il produit en profondeur nos subjectivités. Dans un second temps je remarquerai que puisque les dispositifs de pouvoir nous façonnent, tout autant qu’ils nous encadrent, il est dès lors urgent d’en revendiquer la maîtrise. Être libre, ou du moins se libérer, autant que possible, des contraintes naturelles et des obligations sociales, consiste non pas à faire preuve individuellement d’habileté dans l’encadrement existant, ni même à renverser les dispositifs, mais à agir collectivement sur les dispositifs, pour agir sur nous-mêmes par leur intermédiaire. Ils nous constituent comme sujets, donc si nous voulons avoir une prise sur nous-mêmes (bénéficier d’une véritable indépendance), nous devons travailler peu à peu, et là où cela est possible, à les réagencer. Je vais largement m’appuyer sur Foucault (Surveiller et punir) et Bourdieu.

Nous sommes largement encadrés

Il est assez simple de comprendre pourquoi nos actions sont encadrées. Il s’agit pour tout dispositif de faire faire, pour tirer profit de nos actions. Le magasin, par exemple, a tout intérêt à nous faire

voir d’innombrables produits lorsque nous faisons nos courses. Il est plus difficile de savoir

pourquoi nous oublions si facilement que nos conduites sont gouvernées. Souvent, il s’agit plus d’un abandon que d’un oubli, ou plutôt, il s’agit plus d’un abandon puis d’un oubli. Abandon en deux sens : on capitule et on se donne. On laisse aller son être. On se résigne, et on oublie que l’on s’est résigné. Il faut dire que la lutte est sans fin, qu’elle est menée presque partout, et qu’elle demande une énergie dont nous ne disposons pas toujours, lorsqu’il faut travailler déjà pour satisfaire nos besoins. Si l’on veut tenir comme il faut le rôle qui nous est assigné dans les dispositifs, il faut y être concentré, attentif et appliqué. Il n’y a plus guère de place alors pour la

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suspension de jugement, pour la prise ou la reprise de conscience de l’encadrement. On remarque également que tous ou presque tous autour de nous jouent le jeu, participent apparemment volontairement à la vie des dispositifs, en niant qu’ils sont l’objet d’un encadrement. Dès lors il apparaît impensable, impossible et indicible, que l’on puisse s’estimer encadré puissamment. Voyons un peu plus en détail comment cela fonctionne. Remarquons que l’on a affaire à un réseau, et que l’encadrement est polymorphe et diffus. On le remarque à peine, ce qui contribue encore à ce qu’on n’y fasse plus attention. Ainsi, autour de moi, on montre et on cache, on dit et on tait, on fait être et on empêche d’être. Mais cela va plus loin encore, on me pousse à montrer ou cacher certains aspects de mon être, à dire ou taire certains discours, et à être d’une certaine façon plutôt que d’une autre. On encadre insensiblement ce que je vois et montre de moi, ce que j’entends et dis, et ce que je puis être. Cela se voit très bien si l’on étudie l’activité du « commercial », il est formé à être d’une certaine façon, non seulement par des formations théoriques, mais aussi par une pratique encadrée de façon plus ou moins directe et continue (par le contrôle régulier d’un supérieur hiérarchique, la mise en place de mesures de productivité, la mise en œuvre de primes au mérite, la mise en concurrence, l’encouragement de divers discours de justification, etc.). Il y a des « rôles généraux » (par exemple l’élève, le professeur, le chef de service, le patient, etc.) et dans ces rôles délimités il nous est possible d’aménager des « rôles particuliers » (par exemple l’élève travailleur, le professeur accommodant, le chef de service ferme mais juste, le patient revendicateur, etc.). Les rôles généraux, et même de plus en plus les rôles particuliers, sont puissamment encadrés par divers stratagèmes croisés : un regard est posé sur nous, les discours sont filtrés, des aménagements architecturaux canalisent nos actions, des mœurs s’imposent comme évidentes et une illusion de liberté et de nécessité pèse fortement sur tous (on se croit et on se dit que l’on est assez libre, ou qu’on le sera bientôt ; tout en estimant qu’il n’y a pas à nous révolter contre notre situation, qui semble aller de soi, qui semble être dans l’ordre des choses, qui peut paraître être méritée puisqu’on n’aurait pas les capacités pour faire autre chose – le problème serait inné).

Notre personnalité est en jeu

L’abandon dans les dispositifs de pouvoir est souvent une aliénation, car ils sont le lieu d’innombrables micro-actions qui nous déterminent profondément. Des lieux qui font dire, qui font faire et qui font être, sont nécessairement marquants, puisque leur action est constante, démultipliée, et qu’elle nous prend pour objet depuis l’enfance. Il faut aller plus loin, ces lieux sont plus que marquants, ils produisent nos subjectivités. D’abord parce que nous ne sommes « élève », « cadre », « client », etc., que dans des dispositifs, ensuite parce que même nos manières d’interpréter ces rôles généraux sont elles-mêmes encadrées par eux. Des conduites sont encouragées, par mille

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stratagèmes empiriquement accumulés. Pour faire faire certaines actions (conduite automobile prudente, travail scolaire méthodique, politesse envers le client, achat d’impulsion, etc.), nos êtres sont canalisés. Nous prenons des habitudes, qui déterminent profondément en nous nos manières de penser, de percevoir, de réagir, de nous comporter, d’agir, etc. Par d’innombrables petits déterminismes, ayant tous l’apparence d’être inoffensifs si on les considère un à un, nos personnalités sont largement portées par des dispositifs. L’aliénation contemporaine a lieu de plus en plus dans l’anodin, le diffus, la multiplicité difficile à saisir.

Il faut donc faire signifier l’insignifiant, en montrant que d’innombrables micro-violences hétérogènes sont combinées, et nous déterminent. Mais il ne s’agit pas ensuite de détruire les dispositifs pour autant. Car ce serait oublier qu’ils portent nos êtres, et que nous tenons à ces êtres, quand bien même ils sont en bonne part aliénés. Il s’agirait donc de préserver les dispositifs, en tant qu’ils me permettent d’être un sujet, et, dans le même temps, d’exiger qu’ils soient réagencés (et de participer au réagencement), pour qu’ils produisent, dans la mesure du possible, des sujets qui s’émancipent.

Réagencer les dispositifs, véritable autonomie ?

Je laisse de côté une question épineuse : faut-il sauver le sujet ? Si les dispositifs produisent des personnalités pour provoquer des sujets attendus, alors on peut demander s’il n’y aurait pas à refuser toute production d’un soi par autrui. Mais n’oublions pas que c’est toujours un sujet produit ainsi qui demande à ne pas être produit. N’est-ce pas que les dispositifs ont produit des sujets à la

fois aliénés et parfois critiques de cette aliénation ? Je crois qu’il n’existe pas de sujet premier

auquel il faudrait revenir, je crois que nous sommes toujours déjà produits par la culture et qu’il faut viser à prendre la main autant que possible sur cette culture, plutôt que de la renverser.

Les dispositifs de pouvoir portent manifestement des intérêts qui ne sont pas ceux de tous. L’école reconnaît bien volontiers qu’elle reproduit des inégalités sociales, le supermarché assume son principal objectif : faire acheter pour s’enrichir, les entreprises se disent contraintes à exiger toujours plus de leurs employés, etc. Les fins des dispositifs ne coïncident pas souvent avec celles de la majorité des individus. Mais peut-on les réagencer pour que non seulement ils servent les intérêts de tous, mais encore pour qu’ils soient le support à des identités non aliénées ?

En théorie, si les sujets sont aujourd’hui largement produits par des dispositifs à travers d’innombrables micro-actions, alors il doit être possible, dans certains d’entre-eux, de modifier la combinaison des micro-actions, afin de faire en sorte qu’elles servent les individus, soit en neutralisant ou en repoussant l’aliénation dont ils sont l’objet, soit même en les organisant pour

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qu’elles produisent des sujets que ceux-ci ont choisi d’être. On peut, sans doute, agir en profondeur sur soi à l’échelle des micro-actions en reconfigurant localement les dispositifs.

Je laisse de côté la question de ce choix, qui doit être éclairé et autonome, ce qui demande préalablement qu’un tel sujet soit produit (éclairé et autonome). C’est tout le problème de l’éducation des enfants qui apparaît ici : que faut-il leur apprendre, avec une part nécessaire de

contrainte, pour qu’ensuite ils sachent reconnaître que cette contrainte était nécessaire, et penser par

eux-même de façon libre ? Il me semble illusoire de penser que l’enfant irait tout seul, spontanément, vers des apprentissages dont tout homme a grand besoin pour être libre (lecture, écriture, histoire, philosophie, etc.). Je n’aborde pas non plus une autre question difficile, celle du choix même d’une identité. En effet, s’il est assez courant de s’opposer à l’identité qu’une aliénation nous impose, il est plus difficile d’en choisir une vers laquelle porter ses efforts (problème de la contingence et de la responsabilité). Se libérer est une chose, user de sa liberté en est une autre.

En théorie il est donc possible de réagencer des dispositifs, ou même d’en créer certains, dans le but de servir les intérêts des individus qui les fréquentent et de participer à produire des subjectivités choisies par eux. En fait, d’une certaine façon, les hommes font déjà cela. Tel architecte crée un lieu dans lequel il cherche à ce que les gens se rencontrent et puissent discuter tranquillement ; tel individu aménage sa maison pour en faire un lieu reposant et propice à l’étude (absence de bruit, confort, accès à une bibliothèque, usage d’un bureau, etc.) ; tel sportif prépare soigneusement un calendrier d’activités pour s’aguerrir en vue de la participation à un marathon ; tels individus créent une coopérative solidaire pour se libérer des formes libérales du travail, etc. Mais il faut aller plus loin encore, en prenant bien conscience que les dispositifs ne nous façonnent pas en surface, à l’extérieur de nous, comme s’ils nous demandaient simplement de changer de vêtements, de faire momentanément semblant. Si les dispositifs nous produisent profondément depuis l’enfance et encore aujourd’hui, alors il faut s’appliquer à les créer et à les modifier en sachant bien ce qu’est leur pouvoir. Garder à l’esprit l’étendue de ce pouvoir permet à la fois de se donner des raisons de lutter, lorsque celles-ci viennent à faiblir, et à la fois de se donner des réserves de forces devant la tâche qui nous attend. Car tout est à faire, ou presque, dans ce domaine, étant donné que les dispositifs sont aujourd’hui traditionnellement faits pour instrumentaliser les individus, et non pour les servir. Il me paraît donc nécessaire, aujourd’hui, de modifier et créer des dispositifs, tout en sachant les effets qu’ils ont sur les sujets, et dans le but de canaliser ces effets pour que les dispositifs prennent véritablement pour fins ces sujets.

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Utilisons le mot « subjectivation » pour nommer ce que le sujet fait de lui dans son rapport à l’aliénation. Se subjectiver serait se faire sujet. Et la subjectivation est plus ou moins aisée en fonction du degré d’aliénation dont on est l’objet. On dira qu’un sujet a des marges de manœuvre (agency) plus ou moins grandes en fonction de ce degré d’aliénation et de ses propres ressources (savoirs, manières d’être, pouvoirs, etc.). Les marges de manœuvre permettent de produire et de maintenir une subjectivation. Par exemple un infirmier soumis à des impératifs de productivité qui mettent en péril la qualité de son travail, parvient, en étant virtuose (développant une grande dextérité, de l’ingéniosité, etc.), à se ménager du temps, qu’il consacre à certains malades, se faisant alors infirmier attentionné. Dans notre exemple la subjectivation bénéficie à tous (l’infirmier, l’hôpital, le patient, la société), mais malheureusement aujourd’hui pour préserver nos marges de manœuvre, il nous faut très souvent empiéter sur celles d’autrui. Pour garantir les subjectivations que nous élaborons, nous mettons en difficulté autrui, lorsque lui-même élabore et protège sa subjectivation. Et moins notre position sociale est élevée, moins nous avons, en général, de marges de manœuvre, et plus il est difficile de trouver une subjectivation heureuse et choisie. Au contraire, plus la position sociale est élevée, plus les marges de manœuvre sont grandes, et plus il est simple de se garantir une subjectivation agréable et durable. Il y a ainsi, dans nos sociétés, une gigantesque et incessante collision de marges de manœuvre, à l’avantage de ceux qui ont des positions privilégiées (puisque plus la position est privilégiée, plus il est facile d’échapper aux collisions, et moins elle l’est, plus c’est difficile ; il y a ainsi une reproduction sociale, engendrée par l’organisation même de la société).

S’il est difficile de savoir comment agencer et réagencer des dispositifs de pouvoir, afin qu’ils servent les sujets plutôt que de tendre à les asservir, c’est peut-être parce que, tout comme l’aliénation en leur sein est le fait de mille contraintes apparemment anodines, la subjectivation serait, de la même façon, à favoriser par mille agencements d’abord anodins en apparence. Il faudrait donc chercher, patiemment, du côté de l’insignifiant, pour soutenir des subjectivations à l’aide des dispositifs. Il me semble que les dispositifs de pouvoir ont développé une aliénation profonde par un long travail de tâtonnement empirique (trial and error), et par une simple imitation de procédés efficaces, dont on ne comprend pas toujours les ressorts, mais qui se diffusent partout dans le monde et dans de nombreuses activités (exemples du fordisme ou du toyotisme). Il faudrait sans doute chercher à favoriser des subjectivations de la même façon, c’est-à-dire par une recherche patiente et empirique. Car s’il faut, pour révéler des combinaisons utiles, travailler avec ce qui semble d’abord insignifiant, alors un travail intellectuel n’y suffira pas, il faudra longuement essayer, expérimenter et cartographier.

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Il n’y a pas, dans cette perspective, à tout inventer à partir de rien, puisque nous connaissons déjà mille combinaisons utiles pour les subjectivations. Un jardin agréable, une bibliothèque tranquille, une promenade au grand air qui favorise la rêverie, une terrasse de café sur une place ensoleillée, une œuvre d’art, etc., sont autant de dispositifs, au sens large, qui proposent en bonne part ce que nous cherchons. Il s’agit de multiplier nos rapports avec eux, et d’en inventer de nouveaux, en

connaissance de cause, c’est-à-dire en sachant pourquoi et comment ils nous sont nécessaires. En

gardant à l’esprit que le sujet est profondément en jeu dans les dispositifs, on devient plus exigeant envers eux, et on entreprend de vouloir les changer. Ainsi, contre l’aliénation qui se développe empiriquement à travers des dispositifs de pouvoir, ne pourrait-on pas répliquer par une libération et une auto-détermination, appuyées elles-mêmes sur des dispositifs empiriquement réagencés ?

La liberté de suffit pas

Diverses épreuves attendent celui qui aurait décidé de réagencer des dispositifs de pouvoir. Même si l’on donne à des individus la possibilité d’une large autonomie dans l’agencement d’un dispositif, ils pourront prudemment se borner à reprendre des agencements existants, même lorsqu’ils savent que ceux-ci sont imparfaits. Sans doute a-t-on une inclination acquise à reprendre ce que l’on connaît, au moins parce que c’est facile, peut-être aussi parce qu’on ne se fait pas toujours assez confiance. Comment expliquer que des individus ne s’emparent pas toujours de la possibilité qui leur est donnée d’une plus grande marge de manœuvre dans leurs subjectivations ? On peut penser que beaucoup de personnes s’estiment satisfaites de ce qu’elles sont dans les dispositifs, notamment lorsqu’elles tirent profit de leur organisation (positions sociales favorisées), elles estiment qu’il serait risqué pour elles de changer une organisation dont elles tirent des bénéfices (reconnaissance, partage des tâches avantageux, salaire, etc.). Elles peuvent aussi s’identifier au rôle qu’elles ont dans un dispositif (reprenons l’exemple de l’infirmier virtuose attentionné, qui a peut-être mis longtemps avant de trouver et construire cet équilibre), et ne pas vouloir prendre le risque de devoir en changer. Que manque-t-il alors, si la liberté ne suffit pas ? Il manque sans doute la prise de conscience que j’ai évoquée, qui consiste à réaliser à quel point les dispositifs nous produisent profondément, pour ensuite saisir qu’il est alors nécessaire que les hommes se les approprient. Mais il est sans doute naïf de penser que cette idée puisse se diffuser suffisamment dans les années à venir pour qu’elle ait l’effet attendu.

D’un point de vue théorique, on peut se demander s’il ne serait possible de mettre en place une stratégie de la « tache d’huile » (au sens où quelque chose se répand lentement, par capillarité). Il s’agirait de produire des dispositifs qui deviennent des modèles que l’on aurait envie de suivre, parce que l’on aura pu constater qu’ils contribuaient à des subjectivations heureuses. Bien sûr de

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tels dispositifs existent et provoquent déjà cette envie. Mais comme je l’ai proposé plus haut, il me semble que cette action serait plus efficace en connaissance de cause : en ayant à l’esprit le fait que les dispositifs produisent profondément les sujets, il est sans doute possible, en plus de pouvoir mieux les agencer, de pouvoir mieux montrer en quoi ils sont enviables, lorsque c’est effectivement le cas. Il est sans doute important que des « dispositifs de subjectivation » (appelons de la sorte des dispositifs agencés intentionnellement pour libérer des sujets et porter des subjectivations) existent et se revendiquent (sans mépris) comme tels, car parfois certains dispositifs peuvent aspirer au changement sans pour autant oser mettre en place une alternative qui n’aurait pas été testée déjà par ailleurs. Ainsi, selon moi, il ne suffit pas que des sujets aient une marge de liberté dans un dispositif pour que celui-ci soit alors toujours modifié dans l’intérêt des sujets, une « preuve par l’exemple » est également aujourd’hui nécessaire, qui montre manifestement que certains agencements sont effectivement libérateurs, que le dispositif reste efficace dans une certaine limite (par exemple une coopérative dont les comptes restent au moins équilibrés), et qu’il est au moins toléré autour de lui.

S’associer

Bien sûr, dans les situations les plus communes, on ne pourra pas agir seul. Il faudra trouver à s’associer à d’autres individus pour changer les dispositifs, ou pour en créer de nouveaux. Là encore la conscience que les dispositifs sont largement corrélés à nos êtres propres, pourra contribuer à faire que l’on cherche à s’associer et que l’on maintienne l’association autour d’un but commun.

L’obstacle de l’idéologie du sujet manquant de motivation ou de capacités

Cette prise de conscience est rendue difficile par une illusion récurrente : nos êtres existeraient indépendamment des dispositifs que nous avons fréquentés et fréquentons encore. Les dispositifs n’auraient qu’une influence mineure sur nos êtres. On voit partout un degré de mérite et d’efforts largement personnels, pour expliquer (et justifier) des parcours et des situations. L’idéologie du self

made man tombe à pic pour justifier les inégalités. Et la plupart des dispositifs fortifient aujourd’hui

cette idéologie. Les parents aiment à déceler très tôt un talent inné chez leurs enfants, et à l’encourager. Leur but est louable, lorsqu’ils espèrent que l’enfant pourra vivre une belle vie grâce à ce talent heureux, qu’ils auront su reconnaître à temps (là où peut-être leurs propres parents n’avaient malheureusement pas su voir leur propre talent supposé). L’école ne trouve malheureusement pas toujours d’autre moyen pour éduquer que de créer, souvent malgré elle, des hiérarchies diverses (en France, par exemple, tout en haut, la filière scientifique, tout en bas, la filière « professionnelle »), et dans les classes elles-mêmes, les « bons » et les « mauvais » élèves. Et elle suppose, j’ai pu le constater de nombreuses fois, en tant qu’enseignant, qu’être bon élève est

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une question de volonté et/ou de nature. L’impact des origines sociales sur la réussite scolaire n’est pas nié, puisque les statistiques ne sont pas contestables en ce domaine, mais il est minimisé et souvent vite oublié (comme quelque chose sur lequel on n’aurait pas prise). Quant à l’impact de l’établissement scolaire en lui-même, comme dispositif, sur les sujets, l’établissement ne l’interroge pas fondamentalement, il ne se questionne qu’à la marge sur ce point (mais a-t-il les moyens de faire autrement ?). L’école renforce l’idéologie du self made man et/ou celle de l’innéité des caractères, et ce faisant elle se dédouane à bon compte de l’échec de nombreux élèves. On voit ici que l’illusion dont nous cherchons des causes, trouve dans ce cas sa source, ou du moins un soutien de poids, dans la justification. Les inégalités seraient, dans une certaine mesure, justifiées, et il n’y aurait pas grand-chose à y faire. Le dispositif peut continuer à fonctionner sans scrupules, ses ratés sont reconnus comme les ratés des individus et non les siens : pour lui, l’élève en échec n’est pas fait pour l’école, il manque de motivation ou de capacités, le salarié qui n’est pas assez productif

est, par nature, « résistant au changement », ou, comme l’élève, démotivé, etc.

La question de la responsabilité des sujets

Il ne s’agit pas pour moi de nier toute responsabilité des sujets. En effet, si nous reconnaissons au sujet la possibilité d’une subjectivation dans des marges de manœuvre, et celle d’une appropriation des dispositifs pour agir, par leur biais, sur eux-mêmes, alors c’est que nous posons que l’homme est en partie libre (et donc en partie responsable). Mais pour bien des individus, cette liberté est très mince. Leurs marges de manœuvre sont restreintes tout comme leurs possibilités d’action sur les dispositifs. Si ces marges et ces possibilités d’action étaient inexistantes, les individus pourraient trouver une raison de renverser le pouvoir, mais elles existent, ce qui permet de faire vivre l’idée qu’il est possible, pour qui le voudrait vraiment, de se faire soi-même, tel qu’on l’a voulu.

Là encore, on a tout intérêt à propager la thèse que l’action sur les dispositifs est de première importance, du fait qu’ils sont le principal lieu de production de nos subjectivités. Car on augmente alors, en tous cas théoriquement, la marge de manœuvre des sujets, qui prennent conscience du point précis où ils doivent faire pression pour être plus libre. En effet, ils peuvent alors concentrer leurs forces (idéalement combinées à celles d’autres individus) sur un levier qui n’est pas illusoire, et donc multiplier les possibilités de produire un changement. Il me semble même que si sa marge de manœuvre est effectivement, et en connaissance de cause, en retour augmentée peu à peu par une telle action répétée, alors le sujet concerné sera acquis à la thèse dont il est question et la défendra d’autant plus.

Mais bien sûr, en pratique, même lorsqu’un individu réalise que sa liberté passe par une appropriation des dispositifs de pouvoir, pour les transformer en dispositifs de subjectivation, de

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nombreux obstacles se dressent. J’en ai évoqué certains. Il me semble qu’un blocage majeur existe dans la configuration même du réel, dans sa profusion, c’est-à-dire sa grande complexité, son abondance, son hétérogénéité. Mais ce n’est pas tant que l’on serait perdu lorsque l’on tenterait de saisir le réel, la situation dans laquelle on se trouve, dans sa dimension sociale et matérielle ; ce qui pose problème, plus que la complexité, ce sont les combinaisons qui sont en place, les agencements innombrables, qui sont déterminants, sans que l’on puisse toujours repérer des foyers précis de déterminations. Il y a, pour rependre des mots de Foucault, des « économies », des « ordres » : ordres du discours, ordres des visibilités, ordre des déplacements, ordres des manières d’être, de percevoir et de penser. Il y a des ordonnancements diffus, sans ordonnateur incarné. Nous avons saisi qu’il fallait changer ces ordres qui encadrent nos vies sans que cela soit toujours justifié, et que pour cela il fallait agir sur les dispositifs ; mais cette action même de changement est prise dans ces ordres, qui l’empêchent, la discréditent, la font passer pour inquiétante, la dévalorisent, la ridiculisent, la retardent, la minent, etc. Les dispositifs de pouvoir, par le biais de mille détails, protègent leurs agencements, ils assignent des places et des rôles et pèsent pour que les individus n’en sortent pas.

Une partie de la population, celle qui profite des agencements en cours, semble tout faire pour maintenir ces agencements dans une configuration fixe (sans avoir une conscience d’ensemble du processus d’aliénation qui est engendré). Elle a tout intérêt à être conservatrice, à maintenir les ordres que nous avons mentionnés, qui lui garantissent une poursuite de la jouissance qu’elle peut actuellement vivre. Ainsi, on pourrait repérer un blocage, dans la somme d’intérêts individuels égoïstes de personnes bénéficiant de positions sociales qui leur donnent une large maîtrise de la configuration des agencements. On comprendra pourquoi on ne résout pas le problème en remplaçant, simplement, les individus qui maîtrisent les agencements, puisque les remplaçants seront à leur tour tentés de pérenniser (voire renforcer) leurs positions avantageuses. Et là encore, l’agencement actuel conduit celui qui obtient une position de pouvoir, à la renforcer (valorisation de la « carrière », augmentation de salaire et des honneurs proportionnelle à la place dans la hiérarchie, etc.). Il y a une inertie dans la configuration du réel, qui rend difficile la perspective d’une sortie de l’aliénation. Nous avons des modes de fonctionnement qui génèrent insensiblement d’innombrables inégalités, il est important d’en repérer les mécanismes complexes, pour en montrer les effets délétères, mais aussi pour acquérir la connaissance de leurs nouvelles combinaisons possibles (on pourrait dire, pour reprendre encore un vocabulaire foucaldien, qu’une cartographie serait utile à l’élaboration de tactiques).

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Il est donc urgent, selon moi, de chercher à inventer de nouveaux agencements, qui, une fois expérimentés, servent de modèles et donnent envie d’être repris. Mais pour que ce projet fonctionne et foisonne, il faut au moins que deux domaines soient largement explorés. Il faut que l’on prenne bien la mesure que des sujets sont profondément produits par les dispositifs et que ceux-là ont dès lors tout intérêt à s’approprier ceux-ci. Et il faut prendre le temps d’appréhender le réel dans sa profusion, dans ses changements et dans son hétérogénéité, afin de savoir bien comment le réagencer. À bien y réfléchir, le point principal de blocage nous semble être le suivant : tant que l’on estimera, comme on le fait aujourd’hui, que l’on est un sujet qui s’est principalement produit lui-même, et qui, ainsi, n’a que ce qu’il mérite, on ne pourra pas reconnaître ce qui en réalité nous produit (les dispositifs, les rapports sociaux), et on ne saisira pas, dès lors, qu’il est nécessaire de devenir acteur de ces lieux pour pouvoir produire une autre politique.

Comme le montre bien Foucault dans Surveiller et punir, la lumière se porte aujourd’hui sur les individus, laissant dans l’ombre les principaux foyers de pouvoir. Pour Foucault il y a ainsi un basculement, du XVIIe au XIXe siècle, de la mise en lumière, de la distribution des regards. Au XVIIe siècle, la lumière se porte sur le souverain, qui montre à tous sa force afin de soumettre (c’est sans doute pour cela que Foucault parle de « l’éclat des supplices »), aujourd’hui, sur le modèle de la tour de la prison panoptique, le pouvoir est d’autant plus efficace qu’il se fait discret, et que les individus sont scrutés d’une façon continue et méthodique, qui détaille, qui hiérarchise et qui normalise. Les regards ne se portent plus sur les mêmes objets, on a changé de technique de pouvoir [d’« anatomie politique » dit Foucault]. L’attention est ainsi portée presque entièrement sur les individus, plutôt que sur les dispositifs qui les constituent. Plus que d’une diversion, il s’agit là d’une véritable économie des objets possibles de discours, qu’il convient de remettre en cause.

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Références